All language subtitles for Des Vivants, Episode 2

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Original subtitles

-Le mec aux fenêtres qui va aider la femme enceinte,

c'est lui. -Elle le répétait,

mais je l'entendais comme dans un brouillard.

-Je cherche Marie.

Marie ? Je cherche Marie.

On a deux enfants. Fallait pas qu'on meure.

-Vous parlez encore du Bataclan ? -Un petit groupe d'amateurs de rock

qui a rien demandé à personne,

pris en otage. -J'aimerais rencontrer

les hommes de la BRI

qui nous ont sortis du couloir ? -Appelez, puis brûlez le Post-it.

-"Je cherche toujours

"à retrouver les autres otages du Bataclan.

"Faites-moi signe."

-A NOUS ! -Grégory aurait pu partir.

Il avait le temps.

Il a préféré rester avec moi. -Ce sont des éclats de munitions.

Vous étiez sur les terrasses ? -Non, au Bataclan.

-Laisse-le, t'en as plus besoin. Tu vas mourir.

-Je viens de le récupérer.

Ils ont mis un mois à me le rendre.

-C'est long, vous trouvez ?

-Pour la police, je sais pas, mais pour moi... J'avais mes clés,

mes cartes, mes papiers...

Et un carnet dans lequel je note des choses que personne ne sait.

Mais en même temps, le récupérer dans un commissariat,

ça m'a fait du bien. C'était la preuve que j'étais là-bas.

-Vous en doutiez ?

-Un peu. C'est pas très réel.

Et...

Depuis le 13, je suis là... mais je suis pas là.

C'est un drôle de truc. C'est pas que moi,

c'est la façon dont les gens me regardent.

Cette nuit-là, y avait un interne, à l'hôpital, on discutait.

Je lui dis que j'ai été pris en otage au Bataclan.

Et il me regarde avec mépris comme si j'étais un mytho :

"Y a pas eu de prise d'otage, c'était juste une tuerie."

-Il ne savait pas.

-Oui. Non, il sait pas. Mais je veux dire...

Pourquoi il me croit pas ? Pourquoi penser que je suis un...

tordu, ou malade ou que j'en rajoute ?

C'est... dégueulasse, c'est sale, ça...

C'est avilissant, car on finit par y croire.

Et...

On se sent coupable.

-Coupable ?

-Coupable...

C'est ce que j'ai dit, oui.

-Coupable de quoi ?

-Je sais pas, justement.

-Les gens autour de vous vous croient ?

Vous pourriez prendre contact

avec les associations de victimes. Aller aux commémorations,

vous rapprocher de ceux qui, comme vous, l'ont vécu.

Ils vous croiront, eux.

Ils seront pas effrayés.

Ca pourrait vous aider.

-Ca va suffire ?

Vous pensez ?

...

Bips.

...

-Allô ?

*-Je voudrais parler à M. David Fritz Goeppinger.

-C'est moi.

*-Pourriez-vous venir au 36, quai des Orfèvres ?

-Y a un problème avec ma plainte ? *-Non. Des opérateurs de la BRI

*qui sont intervenus au Bataclan sont prêts à vous rencontrer.

-Je suis là dans une heure. J'arrive. Merci beaucoup.

...

-Venez.

Les gars, je vous présente M. Fritz Goeppinger,

qui était dans le couloir, au Bataclan.

-Enchanté, monsieur.

-Enchanté.

Bonjour.

-Comment ça va ?

-Ca va bien.

Content d'être là.

-Vous voulez dire

"toujours en vie" ? C'était moins une.

-Oui, ça aussi.

Je voulais dire content d'être ici pour vous dire merci.

-Nous aussi,

on est contents de vous voir. Ca nous arrive pas souvent.

En fait, jamais, de rencontrer les gens après une intervention.

-C'est une connerie.

-Renaud pense qu'on devrait pas.

Il est sérieux, Renaud.

Toujours dans les clous. -Il a peur que ça nous attendrisse.

-OK. -On te sert un café ?

-Oui, je veux bien.

Merci beaucoup.

Si vous saviez l'importance que ça a pour moi...

C'est la seule chose à laquelle je me raccroche depuis,

l'envie de vous rencontrer.

La dernière fois que je vous ai vus,

j'étais allongé par terre, la tête dans la poussière.

J'ai vu que vos bottes et vos grenades assourdissantes.

Elles ont un petit liseré jaune, non ?

-Il avait les yeux bien ouverts.

-Pas tout le temps. Ca brûle, la fumée.

-Oui, ça brûle.

C'est fait pour.

-Quand le type s'est fait exploser, je les ai fermés.

-T'étais encore là ?

-Ca m'a...

Ca m'a soulevé du sol comme une crêpe.

-T'as pas été touché ?

-Non, en fait...

On peut se dire "tu" ? -"Tu", oui.

Après ce qu'on a vécu, on peut.

-Quelqu'un m'a attrapé et jeté vers la sortie comme un paquet.

C'était dément.

J'avais l'impression d'être pris en main.

Vous vous souvenez pas de qui a fait ça ?

-Tu parles. On se souvient de tout. -C'est Damien qui a fait ça.

Lui, il y va pas de main morte.

-Tu parles, je m'en souviens encore.

Enfin... Toi aussi, t'étais dans la colonne ?

-Non. Là, il faut dire "vous".

C'est le patron. On lui dit "vous" et on l'appelle "monsieur".

-Pardon. -Y a pas de problème.

On se donne quelques règles : c'est la BRI, ici.

Je vais vous montrer quelque chose.

Bouclier Ramsès, en Kevlar. Sans lui, on ne serait pas rentrés.

-Je le voyais plus large que ça.

-Y avait une colonne de 18 hommes derrière.

-C'est les kalachs qui ont fait ces marques ?

-27 impacts exactement, presque un chargeur entier.

Nassim le tenait.

-Je peux ? -Mmh.

-Putain...

...

-Voilà, monsieur. Vous pouvez remettre votre T-shirt.

On change les pansements tous les deux jours,

et on attend demain pour la douche. -D'accord. Merci.

-On vous en a retiré un peu moins d'une dizaine, cette fois-ci.

Asseyez-vous.

Ca va ?

Vous les voulez toujours ?

-Si c'est possible. -Oui.

-Merci.

-Il n'en reste qu'un,

dans votre dos, près de l'omoplate droite.

-D'accord. Pourquoi ?

-Il n'est pas gros, mais trop près du poumon

pour qu'on prenne le risque. -Ca veut dire quoi ?

-Vous ne devriez pas le sentir. Ca va rien changer pour vous.

Mais il faut le savoir :

vous ne pourrez plus passer d'IRM. -Mais, ça veut dire...

-Rien de particulier.

Même pas une petite gêne.

C'est un détail, je vous le garantis.

-Je vais garder pour toujours un éclat de balle du Bataclan ?

-Oui.

Je n'avais pas pensé à ça comme ça, mais c'est vrai.

-Et c'est où ? Où vous avez dit ?

-Au-dessus de l'omoplate.

-Et ça peut pas bouger ? -A priori, non.

Si vous avez la moindre douleur, n'hésitez pas.

-C'est gros comment ?

-Regardez.

C'est ça, là.

Ca va aller ? Qu'est-ce qui vous inquiète,

M. Yelsky ?

-Ce serait idiot que tant de gens ont tout fait pour me sauver la vie

et que je meure à cause d'un éclat de métal qui me perfore le poumon.

-Ca n'arrivera pas.

-C'est dur, après le Bataclan, d'entendre que ça n'arrivera pas.

-Greg, viens t'asseoir, le taxi est pas encore arrivé.

Vibreur.

...

-Allô ?

Oui.

Non, non.

Bien sûr. Un tout petit instant.

(C'est Dassault Aviation.)

Oui, je suis à vous.

Oui, ingénieur en études et développement logiciel.

Etudes sismiques. Mais ça, c'est lié à mon employeur actuel.

Les hydrocarbures, oui.

Développement Java et Eclipse RCP, avec de l'OpenGL.

Je suis tout le cycle de développement du logiciel,

depuis l'analyse client, la spécification, la conception,

la réalisation et le maintien opérationnel.

Bien sûr.

Je postule chez Dassault

car je suis passionné d'aéronautique.

J'ai raté aucun salon du Bourget depuis mes 11 ans.

J'ai un double diplôme en génie mécanique.

Un DUT que j'ai suivi parallèlement à mes études d'informatique.

J'aimerais mettre à profit cette double compétence.

Chez vous, ce serait une occasion rêvée.

Oui.

Bien sûr, 10h, je serai là.

Génial. Oui, merci.

Très bien. Merci.

Dassault Aviation, c'est le job de ma vie.

Ils m'ont appelé. C'est dément. Juste dément.

-C'est génial. J'ai halluciné en voyant ta tête.

Le taxi est arrivé. -OK.

-Et le médecin ?

-Le plus dur, c'est d'obtenir un entretien, et là, je l'ai.

-C'est vrai. -J'en reviens pas.

-Alors ! Tu peux leur faire ça avec.

En dessert, y a des yaourts et des fruits.

-C'est bon, je gère.

C'est quoi ce soir, déjà ?

-C'est... Swing, Snake et Babylon. -Waouh !

-Tu pouvais venir. -Lâche-moi avec ça, franchement.

-T'as raison. Mieux vaut arrêter de vivre.

Comme ça, tu prends pas de risques.

-C'est pratique, y a quelqu'un pour tes filles.

-Je comprends pas ce qui bloque. -Tu m'étonnes :

la psychologie d'un caillou.

-Ah ouais ?

Moi, je vais voir un psy depuis plus d'un an et demi.

J'y vais parce que t'as jamais eu le courage de le faire.

J'y vais à ta place.

-J'ai vu assez de psys quand j'étais ado.

-Pardon, mais le résultat est pas flagrant.

-Pas faux.

D'ailleurs, ça va changer.

Je vais voir la meuf dont les flics ont parlé.

C'est gratuit, je vais essayer.

Je suis sûr que ça marche aussi bien quand c'est gratuit.

-C'est super.

Je trouve ça super. -Très bien.

-Bon, j'y vais. -Oui, file.

-Les filles !

J'y vais !

-Maman, tu sors encore ? -Oui, chérie.

Je vais au concert, ce soir.

C'est moi qui t'emmène à l'école, demain.

D'accord ? OK ?

Allez...

Bonne soirée. -Au revoir.

-Bisou.

-Papa, j'ai faim.

-Oui, ça arrive, ma chérie. Ca cuit. Je m'en occupe.

Tu veux pas rester un peu avec ta soeur ?

J'ai un truc à faire, d'accord ? J'en ai pas pour longtemps.

Vas-y.

*-Abdelhamid Abaaoud, cerveau des attentats du 13 novembre,

*est mort dans un squat à Saint-Denis lors de l'assaut

*mené par les hommes du RAID.

*Les enquêteurs ont formellement identifié son corps.

*Salah Abdeslam n'a toujours pas pu être localisé.

*Il se serait réfugié dans les environs de Bruxelles

*et aurait échappé...

*-Vous nous avez opprimés !

*Vous avez combattu notre religion, insulté notre prophète !

*Aujourd'hui,

*nous mécroyons en vous et vos passeports !

*Si vous venez ici, nous vous combattrons jusqu'au dernier !

*Propos en arabe.

*...

*-ALLAHU AKBAR ! ALLAHU AKBAR !

*...

*Ceci est un message pour tous les musulmans

*qui vivent encore... -Non.

Nina, je suis pas d'accord.

Va à table, je vous retrouve.

-Mais papa, on t'attend.

-J'arrive, ma chérie.

Commence à mettre la table comme une grande. J'arrive.

-Si Marie-Claire, ma compagne, n'avait pas insisté,

je suis pas sûr que je serais venu vous voir.

Elle est importante, Marie-Claire.

Depuis les attentats, je suis assez facilement irritable.

Elle me supporte.

Elle...

C'est elle qui a demandé à mes filles de venir me voir,

dès le lendemain.

Mes filles aussi ont été magnifiques.

Depuis le divorce, je les voyais plus beaucoup.

Là, elles ont mis tous les conflits de côté.

Elles m'ont pris dans les bras.

Et y a David.

Il est bien, ce type.

Il est direct, sincère.

J'apprécie beaucoup.

Ca, c'est une vraie rencontre.

-Vous parlez beaucoup des autres,

et pas du tout de vous.

-Les autres, je les vois.

Ils sont en face.

Tandis que moi...

Je saurais pas vraiment quoi dire.

Enfin si, y a des choses que j'apprécie chez moi...

Organiser notre groupe d'otages avec David,

participer aux cérémonies en mémoire des victimes.

C'est pas mal.

-Là, vous parlez encore des autres, n'est-ce pas ?

-C'est essentiel pour moi d'avoir des gens solides autour de moi.

D'avoir des repères, de pouvoir m'appuyer sur...

de vraies amitiés, de vrais sentiments.

Je voudrais pas me retrouver sans ces appuis.

Je les ai et j'y tiens.

-Bonjour. -Bonjour.

-Alors ?

-J'espérais un coup de fil, quand même.

-Ah...

Et pourquoi ?

-C'était sur mon mur Facebook.

J'étais au Bataclan, prise en otage pendant 2h30,

dans un couloir.

-Je suis désolée.

Je suis désolée, Marie, que vous ayez vécu ça.

Je ne vais jamais sur les comptes Facebook de mes patients.

Vous auriez dû venir plus tôt, sans attendre votre rendez-vous mensuel.

Comment allez-vous ?

-Bien.

Enfin, ça va.

Je suis pas blessée, pas morte. Mon mari non plus.

Tout le monde peut pas en dire autant.

-Comment ça s'est passé,

pour vous, exactement ?

-On était un peu plus d'une dizaine face aux terroristes,

avec leurs gilets explosifs, leurs kalachnikovs...

Donc, c'était...

Un peu bizarre.

Les mecs, c'était vraiment des brêles.

Rien dans la tronche, des brêles. Ils nous ont fait un sketch...

-Un sketch ?

-Oui, vraiment. Ils improvisaient.

Ils demandaient des trucs absurdes à la police.

Ils voulaient juste passer à la télé. C'était n'importe quoi.

-Vous n'avez pas eu peur ? -Ah ben si.

Si, bien sûr que si.

Mais...

Il s'est passé un truc très bizarre.

Dans ma tête, j'ai bloqué sur mon sac à main.

Je m'y suis accrochée comme s'il allait me sauver.

J'étais assise sur des marches contre la porte du couloir.

Un autre otage était à côté de moi.

Une ou deux fois, ils lui ont demandé d'ouvrir la porte.

-Oui ?

Il a ouvert la porte, et puis ?

-Rien.

On entendait...

-Vous entendiez ?

-Rien.

La salle.

Les gens dans la salle.

Et... Et moi j'avais mon...

Mon sac à main collé contre mon ventre.

Et je n'ai pensé qu'à ça.

Et... Je comprends pas.

C'est un délire. Comment j'ai pu croire pendant 2h30

que mon sac en vachette

allait me protéger d'un mec avec une kalachnikov ?

C'est absurde, non ?

Non ?

-Marie, vous avez traversé quelque chose de monstrueux,

d'épouvantable.

C'est difficile de croire que vous en sortiez indemne

en le racontant comme vous le faites, en souriant.

-Oui, mais...

Je me doutais que vous alliez me dire un truc comme ça.

C'est normal, c'est votre travail.

Mais...

-Mais ?

-Je trouve que tout le monde en fait trop avec ça.

Beaucoup trop.

J'ai pas envie de m'appesantir. J'ai envie de passer à autre chose.

C'est pourquoi je vous en parle, d'ailleurs.

-Qu'entendiez-vous quand la porte s'ouvrait ?

-Le plus fou, c'est que j'ai donné mon téléphone aux deux connards.

Ils ont pris le mien pour téléphoner à la police.

Ils l'ont confisqué.

Et donc...

Toutes les photos de mes filles sont dedans, depuis leur naissance.

Et voilà.

Terminé, fini, envolé.

Et j'ai pas fait de sauvegarde. C'est vraiment...

Je suis la reine des connes, quand même, non ?

...

-Arnaud !

-David !

Ca va ? -Oui. Que fais-tu là ?

-Je... Je passais dans le coin.

Je zone, je peux pas m'empêcher.

-Pareil.

Je te présente Cyril et Nassim, de la BRI.

-Bonjour.

-Ils étaient dans la colonne qui nous a sauvés.

-Salut.

-Arnaud était le dernier à sortir du couloir

Nassim, le premier de colonne,

tenait le bouclier. -OK...

-Ca va ? -Ouais, ouais.

-On y est retournés, là. -C'est vrai ?

Merde, j'aurais voulu être là.

-Si on leur demande, ils vont nous laisser rentrer une 2e fois.

-Vous croyez ? -Ouais.

-Tu veux venir ?

Venez, on y va.

...

-Putain, c'est pas grand.

Je le voyais beaucoup plus long.

...

C'est quoi ? -Le gilet du terroriste.

En explosant, ça a fait un trou dans le béton.

...

-J'étais là. J'étais allongé là.

-C'était vous ?

On a dû vous marcher dessus, on a cru que vous étiez mort.

-Je sais, oui.

...

-Allez, on y va.

...

Il frappe.

-C'est pour quoi ?

-C'est moi, David.

-Entre.

-Je te dérange pas ? -Non.

Je lisais, j'allais éteindre.

Je suis très contente de te voir. Vraiment.

Ca va ?

-J'ai quitté Elodie, ça y est. Je suis venu te dire ça.

Je la reverrai plus.

Si tu veux encore de moi.

-T'es sûr ? Tu l'as quittée ? -Je te jure.

-Bien sûr que je veux encore de toi.

J'attends que ça. J'y croyais plus.

-C'est plus possible de mentir, de tricher,

d'être partout et nulle part. J'y arrive plus.

Je veux vivre avec toi,

tout reconstruire avec toi.

Seulement...

-Seulement ?

-Je suis pas un cadeau.

Je sais pas ce qui m'attend.

-Je suis là.

Je vais être là.

Tous les jours, toutes les nuits.

Pour t'écouter, pour t'aider, pour...

partager ce qui te fait du mal et le supporter avec toi.

Je veux rien vivre d'autre que de vivre ça avec toi.

...

-Bonjour. -Vous allez bien ?

-Très bien.

-Ca va ? -Oui, très bien.

...

-Sébastien, enchanté. -Stéphane.

-Bonjour Stéphane. Cyril.

...

-Nassim. -Enchanté.

-Bonjour. -Bonjour.

-Seb, je te présente Cyril, qui a neutralisé le 2e terroriste,

le 3e de colonne. -Wow !

-Sébastien était derrière les fenêtres.

Il a crié au RAID de ne pas prendre le petit passage.

-Vous avez bien fait. -Ca a failli me coûter cher.

-On a fait ce qu'on pouvait.

Merci de nous accueillir. -Avec plaisir.

On a prévu des petites choses. -Merci, c'est gentil.

-Vous savez qui est sorti en premier du couloir ?

-Ce qui est certain, c'est que c'est pas moi.

-Ca, c'est sûr.

C'est peut-être Marie ou moi ?

-Ca va tellement vite. C'était un tel chaos...

-J'ai même pas senti les bouts de ferraille me rentrer dans le dos.

-Nassim, le premier de colonne. C'est lui qui tenait le bouclier.

-C'est vous ? -C'est moi.

-Elle est restée bloquée sous le bouclier.

-Désolé.

-C'est la seule fois de ma vie que ça m'arrivera.

J'ai jamais été aussi heureuse de me faire piétiner.

-Nous, on savait pas ce qui nous attendait.

On savait même pas qu'y avait des marches.

Le bouclier fait quand même 80kg. -Premier de colonne,

c'est un énorme risque, non ?

-Après ce que j'avais vu dans la fosse,

je me serais battu pour être premier de colonne.

-Je te ressers. -Merci.

-Oui, nous aussi, on fait ça après une mission un peu chaude.

Ca permet d'y voir clair.

-On met derrière nous, comme ça, et on passe à autre chose.

-J'aimerais que ça soit aussi simple.

-Avec le temps, vous verrez.

-J'arrête pas d'y revenir. C'est plus fort que moi.

J'arrive pas à comprendre comment ils ont pu faire ça.

-De qui ? Les terros ?

Faut pas chercher à comprendre.

Jamais.

-Les mecs étaient drogués, ou pas du tout ?

-Du tout. On a eu les analyses, et ils étaient clean. Tous.

-Ca m'étonne pas. Ils étaient tellement calmes...

C'est ça, la vraie terreur.

Celle qui te réveille la nuit. -Vous avez combien d'enfants ?

Accent du Midi. -Deux. Pour le 3e,

ma femme a dit : "Stop, basta, j'ai d'autres projets."

J'en ai que deux. -C'est elle qui gère tout ?

-De A à Z. -Vous chantez, vous !

-Je chante ?

-L'homme derrière toi ? -Oui !

-Oui, le fameux : "06 !"

-"39 ! 88 !

"16 ! 35 !"

-37. -Non, 35.

-C'est vraiment 35. D'ailleurs, ils m'ont pas rendu le téléphone.

-C'est la DGSI qui doit l'avoir.

-Parfois, votre accent, je me le fais seul, dans la rue.

Je suis mort de rire, je me marre.

-C'était tellement improbable.

C'était surréaliste. Vraiment.

-Pour nous sortir, vous y êtes allés fort.

Vous nous arrachiez le T-shirt en hurlant...

-On s'assurait que personne ne porte d'explosifs.

Et on savait pas que c'était fini.

Parfois, les terroristes attendent les secours pour attaquer.

On doit y penser.

-Quand tu te retrouves seul après une nuit pareille, c'est bizarre.

Ca reste, le sentiment d'être seul, vraiment seul, et pour toujours.

-Je comprends, mais ça, nous, on peut pas.

On n'a pas le droit. Ou alors, on change de service.

-Vous étiez aussi à Saint-Denis, après le Bataclan ?

-Oui, en soutien au RAID.

Vous savez combien de cartouches ils ont tirées pour Abaaoud ?

1 500 cartouches.

Nous, dans le couloir, on en a tiré sept.

Sacrée différence !

-C'est des bourrins, vous êtes des chirurgiens ?

-Je dirais pas comme ça... -Faites pas attention, je déconne.

Je fais de la provoc. Je peux pas m'en empêcher.

-En bas, dans la fosse,

y avait des blessés qui nous disaient : "Aidez-nous !"

Ils nous attrapaient la jambe, et on pouvait pas s'arrêter.

Il fallait sécuriser la salle avant de faire rentrer les secours.

Je l'oublierai jamais.

-Je pensais pas que vous aussi, vous aviez...

-Si. On est pas différents.

-Vous êtes entraînés, quand même.

-On sera jamais entraînés à marcher sur des corps.

-D'habitude, on est 12, dans une colonne.

Vu les circonstances, on pensait que les six premiers y passeraient.

On s'y est donc mis à 18.

-Quand même !

Vous étiez à quelle place ? -Quatrième, dans la colonne.

Le pire,

c'est que je m'étais engueulé avec ma femme, quand on m'a appelé.

On était assis chacun à un bout du canapé, on se parlait plus,

ça allait durer toute la soirée... Et on m'appelle.

Et j'y vais.

Et là, je me dis : "Je lui parlerai plus jamais."

C'est ça, surtout, que j'arrivais pas à encaisser.

-Je comprends.

C'est marrant... Enfin, "marrant"...

J'ai l'impression que c'est vous qui m'avez...

-Ramassée ? -Oui.

-Non, c'est moi. -Ah bon ?

-Oui. Mais c'est normal :

ça va très vite, on attrape tous ceux qu'on peut,

on se les passe d'avant en arrière pour les évacuer.

Normalement, on voit pas les visages.

Mais vous, je sais pas pourquoi, je vous ai vue. Ca s'est imprimé.

-Ca, c'est moi. J'imprime assez bien.

-Pour tout vous dire, ça m'arrive de repenser à vous.

Alors, je suis pas mécontent d'avoir une voix avec le visage.

C'est un peu un cadeau.

-Non, c'est vous, le cadeau.

-Je veux pas de journalistes.

Si y a le moindre truc zarbi, je me casse tout de suite.

-OK.

-On se retrouve au métro. -Ca marche.

-A toute. -A toute.

-C'est lui.

-Bonjour. -Bonjour.

-Bonjour. -Bonjour.

-Moi, c'est Charlène, et je vous présente Daniel.

-Enchanté. -Sébastien, enchanté.

-C'est vous ?

-Oui.

-Moi, j'étais pas là.

En sauvant Charlène et mon bébé, vous m'avez sauvé aussi.

-Tant mieux.

Tant mieux, alors.

-On peut vous offrir quelque chose ?

-Pour dire la vérité,

je m'en veux d'avoir tellement tardé.

J'étais pendu à la fenêtre,

je vous entendais appeler... Et je bougeais pas.

J'étais comme...

éteint.

J'ai mis trop de temps. Je suis pas fier de ça.

En venant vous aider, au bout du compte,

c'est peut-être plus pour moi que je l'ai fait.

Pour l'image que j'ai de moi. C'est pas glorieux du tout.

Je reviens.

Porte verrouillée. Pardon.

*Sonnerie.

(Réponds.)

*...

Jeff, je sais pas ce qui se passe, je la reconnais pas.

Elle est enceinte, mais pas brune : blonde.

C'est pas la bonne.

Je sais pas quoi faire. Je fais quoi ?

J'ai envie de me barrer.

OK, OK.

OK, à tout de suite.

J'ai un rendez-vous avancé. Je peux pas faire autrement.

-Ah... -Mais...

Je suis très content que vous alliez bien tous les trois.

Vraiment...

Très content.

Excusez-moi.

Bonne chance pour le petit.

-Merci.

-Merci. -Au revoir.

-Au revoir.

-Pardon.

Choc.

...

-Pourquoi Dassault Aviation aurait besoin de vous, M. Yelsky ?

-Je suis expert Eclipse RCP. -Les codes sources,

vous les développez avec ? -Maven.

-Pourquoi ?

-Ca automatise l'intégration pendant le développement,

en mode agile.

-Identifiez-vous des limites aux méthodes statiques ?

-Elles permettent pas d'accéder aux variables d'instance,

donc on risque d'induire un couplage entre les classes.

-Les particularités d'une source cube ?

-Elles sont uniques, originales.

Plus puissantes, plus rapides que les sources relationnelles.

-Quelles sont vos principales qualités ?

-En dehors de ma passion pour l'aéronautique, réelle,

j'aime ce qui est logique, précis. Quand c'est net, bien défini.

-Vos défauts ?

-Perfectionniste ? Non, pardon. C'est une boutade.

Euh... J'ai pas pu m'empêcher.

J'ai parfois du mal à me...

Je me fixe des objectifs difficilement atteignables,

donc, je peux parfois les présenter avec un certain délai, mais...

Je veux dire, c'est rare. Normalement, j'y arrive.

-Vous êtes-vous déjà retrouvé en situation d'échec ?

-Oui, bien sûr.

Oui.

Il y a deux ans, on devait livrer un logiciel à une date donnée.

On a été confrontés à un bug assez important.

On a dû doubler les effectifs pour respecter la deadline.

-Donc, ce n'est pas un échec. -Non, heureusement.

-D'autres situations difficiles à gérer ?

-Oui.

-On vous écoute.

-Non...

-Pardon ?

-Non, non...

-C'est important de pouvoir gérer un échec.

Le stress aussi.

Merci d'être venu, monsieur.

-Bonne continuation, monsieur. -Merci.

-Les temps sont durs.

-Au revoir.

-Pardon, excusez-moi. On est bien au 6, rue Soufflot ?

-C'est ça, madame. -Merci.

Vibreur.

...

François ?

*-Salut, petite soeur. -Salut.

*-Je peux pas venir, je suis désolé.

-Qu'est-ce qui se passe ?

*-J'ai une réunion de dernière minute avec des amis.

*Je peux pas dire non, c'est un truc régulier entre nous.

*Tu comprends ? Si j'y vais pas, c'est...

*C'est pas... C'est pas possible.

-Et avec moi, c'est possible.

*-Je sais pas...

*Oui, non ?

*T'es ma soeur, tu peux comprendre.

*On se verra plus tard. Je sais pas trop quand, mais...

*Ecoute, je te fais signe. Je te promets.

-Tu te souviens que t'étais pas là après les attentats ?

T'es parti en vacances deux jours après.

Tu l'as su, que j'étais au Bataclan, non ?

Je sais pas, on s'est pas revus depuis.

Je me faisais une joie.

*-Va donc te reposer chez maman, si tu te sens seule...

*T'aimes bien l'Alsace, en plus. -Très bonne idée.

François,

tu sais ce que m'a dit maman quand elle a su que j'étais pas morte ?

Tu dis rien ? *-Non, je sais pas.

-Elle a dit :

"Alors, tout va bien."

Depuis, plus rien.

*-Caro, je suis désolé, je peux pas faire autrement.

*Hein ? Je te rappelle.

*Tonalité.

*...

-Au revoir.

...

-La mineur, do, mi, ré.

On y va, les gars. -Qu'est-ce qu'on fait ?

-3, 4... -C'est quoi ?

Ah ! OK !

-Bien sûr ! -Attention...

-LIKE THE LEGEND OF THE PHOENIX,

ALL ENDS WITH BEGINNINGS.

WHAT KEEPS THE PLANET SPINNING,

THE FORCE FROM THE BEGINNING. -Grégory !

-LOOK !

-Voilà !

-WE'VE COME TOO FAR TO GIVE UP WHO WE ARE.

SO, LET'S RAISE THE BAR AND OUR CUPS TO THE STARS.

SHE'S UP ALL NIGHT 'TIL THE SUN,

I'M UP ALL NIGHT TO GET SOME,

SHE'S UP ALL NIGHT FOR GOOD FUN, I'M UP ALL NIGHT TO GET LUCKY.

WE'RE UP ALL NIGHT 'TIL THE SUN, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET SOME,

WE'RE UP ALL NIGHT FOR GOOD FUN, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY.

WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY. WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY.

WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY. WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY.

-Pas mal !

-Allez !

-THE PRESENT HAS NO RIBBON,

YOUR GIFT KEEPS ON GIVING.

WHAT IS THIS I'M FEELING ?

IF YOU WANNA LEAVE, I'M WITH IT.

WE'VE COME TOO FAR TO GIVE UP WHO WE ARE.

SO, LET'S RAISE THE BAR AND OUR CUPS TO THE STARS.

SHE'S UP ALL NIGHT 'TIL THE SUN, I'M UP ALL NIGHT TO GET SOME,

I'M UP ALL NIGHT FOR GOOD FUN, SHE'S UP ALL NIGHT TO GET LUCKY.

WE'RE UP ALL NIGHT 'TIL THE SUN, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET SOME,

WE'RE UP ALL NIGHT FOR GOOD FUN, WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY.

WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY. WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY.

WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY. WE'RE UP ALL NIGHT TO GET LUCKY.

-La fin était si hasardeuse !

Ca m'éclate les doigts, ce morceau.

C'est fou, c'est pas compliqué, mais j'ai l'impression que...

je vais niquer mes cordes ! -C'était magnifique.

-Non, moi, ça va. Ils me laissent traîner sur le Net.

Si je rends des trucs en retard, ils disent rien.

-Moi aussi, ils ont été très cool. D'ailleurs, c'est mon refuge.

Aller bosser me fait un bien fou. -Moi, ça m'angoisse.

Plus de 5mn sur le même sujet, je décroche.

-Moi, je suis un toxico : je bouffe des articles en ligne.

J'y retourne sans cesse, comme un taré.

Et ça a dérapé : je suis passé au poker en ligne.

-Tu gagnes ? -A ton avis ?

-C'est pour ça que je joue pas.

-Le pire, c'est les collègues qui font tout pour éviter le sujet.

-Il pointait son arme sur moi, et je le fixais tranquillement.

-Sérieusement ? T'as fait ça ?

-Oui, j'avais lu quelque part

que c'est plus difficile de tuer quelqu'un

avec qui on a établi un contact. Même pas grand-chose.

-Moi, c'est l'inverse. J'ai évité leur regard

de peur qu'ils voient ma haine pour eux.

-Entre les deux, selon vous, c'était le grand, le chef ?

-Il était taré, mais maîtrisait rien.

-Le petit voulait plaire au grand, qui décidait.

C'était lui, le fanatique. -Je pense aussi.

-Je suis pas sûre.

Prière coranique en arabe.

...

-(Oh ! Tu fais quoi, là ? Fais pas ça ici, maintenant.)

-T'inquiète, je vais rien faire.

On va rester ici combien de temps ?

Hein ? On fait quoi, maintenant ? -(On tient, c'est tout.)

-Comment ça ? -(On tient !)

-On appelle Souleymane ?

Propos en arabe.

... -(Arrête de parler devant eux !)

Regarde devant toi.

...

-C'était lui, le plus allumé : le plus grand.

C'est lui qui a fait son discours sur l'Irak, la Syrie, Daech...

-Le petit a tiré sur des gens en riant, le pied sur la rambarde.

Je peux pas l'oublier, ça.

-L'autre, depuis le couloir, a tué le type chez lui, en face,

qui regardait la télévision... -C'est le grand qui avait la main.

L'autre était juste un pauvre type à la traîne.

-On peut ne pas être d'accord.

-Ouais, on s'en fout. -On s'est bien démerdés

pour que personne ne craque ou parte en vrille.

Ni eux ni aucun de nous. Ca a quand même duré 2h30.

-Oui, c'est hallucinant.

-C'est comme si y avait eu un pacte entre nous.

Un truc qui a circulé en secret.

Pour rester calmes, pour pas mourir.

-On se doit la vie les uns aux autres.

-Il s'est passé quoi, avec les billets ?

J'ai rien compris. -Je sais pas trop.

J'ai déconné, sur ce coup-là.

Un des deux terroristes, le plus grand,

me tend une liasse de billets de 50...

-Avant ou après qu'ils nous mettent devant les fenêtres ?

-Après. -Après.

-Non, c'était avant.

J'étais pas encore à la porte. -Si.

Si, on était côte à côte, à ce moment-là.

-Attends... Ils nous ont mis devant les fenêtres,

y a eu l'histoire des billets brûlés,

puis la fausse exécution. -Non.

Les billets brûlés, c'était avant qu'on soit devant les fenêtres.

-Avant qu'ils nous demandent qui était avec qui.

-Je sais plus. Je suis perdu. -Si, je me souviens bien.

Les cousins ont dit qu'ils étaient cousins.

Et vous avez pas dit que vous étiez mariés.

-Je me suis dit que c'était peut-être un piège,

qu'ils pourraient en jouer, et qu'il fallait rien leur donner.

Mais y a pas que ça.

Jusqu'à la fin, j'ai pas regardé Marie une fois.

Je pensais :

"Si y en a un de nous deux qui doit mourir, c'est moi.

"Pas elle."

Marie, faut qu'elle s'en sorte.

Qu'elle élève nos filles, car elle le fera mieux que moi.

-Pourquoi tu me l'as jamais dit ?

-J'aurais aimé, moi,

pouvoir penser un truc comme ça à ce moment-là.

-C'est pas n'importe qui, ton mec.

-Alors que moi, pas une seconde, j'ai pensé à nos filles.

Sinon, je serais devenue folle.

Je me suis juste agrippée à mon sac.

J'ai pensé qu'à ça, tout du long. Mon sac, mon sac, mon sac...

Je me disais : "Faut pas que je le perde. Ca va me sauver."

Et ça a marché !

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