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Zulu
...
Sirènes d'ambulance.
-Jeff !
Jeff ?
Jeff !
-On le prend en charge. Ecartez-vous.
-Poussez-vous !
Vas-y, rentre.
-Jeff !
...
Jeff !
Jeff !
Cris, gémissements, brouhaha.
...
-Ecartez-vous !
-Vous avez mal où ?
...
-J'ai besoin de renforts.
...
-Pardon...
...
Excusez-moi, vous auriez un portable ?
Pour appeler mon mari, je l'ai perdu.
Je sais pas où il est.
-Bruno !
Bruno !
Putain ! Bruno !
Bruno, t'es où ?
-Monsieur, pardon.
Je peux emprunter votre portable ? -Plus de batterie.
-Quoi ? -Plus de batterie.
-Vous êtes sûr ? -J'ai plus de batterie.
-Pardon ! Vous auriez un téléphone portable ?
Je vous en supplie, mon mari est resté là-bas, avec eux.
Quelqu'un a un téléphone portable ? Mon mari est resté avec eux.
-Le téléphone est là. -Merci.
Merci.
*Sonnerie.
*...
(Réponds, putain !
...
(Réponds !)
Réponds !
-Tes mains ! -Levez les mains !
-Mains en l'air ! -On avance !
-Montre tes mains ! -On y va ! Ouvre ta veste !
-Tes mains !
-Eh ! Venez... Ca va ?
Venez avec moi.
Restez avec moi.
S'il vous plaît ! Venez m'aider !
Restez avec moi. Restez avec lui.
Je vais appeler les secours.
-Restez avec nous. Serrez-moi la main.
Gardez les yeux ouverts.
Cris de douleur, brouhaha.
...
-Vous avez Facebook ?
Je dois envoyer un message, et j'ai plus de batterie.
Je me souviens pas de son numéro.
Je veux juste dire à quelqu'un que... que ça va,
que j'ai rien.
Merci. Merci beaucoup.
(Non, c'est pas ça...)
Merde...
"Mon amour,
"c'est moi,
"Nono.
"J'ai été otage.
"Je vais bien."
Merci.
"Mon amour, c'est moi, c'est Nono. J'ai été otage."
-Attendez-moi là.
Allez-y.
Je vais vous trouver un toubib.
-Non, c'est bon, reste assis.
-Pardon...
Marie ?
Je cherche Marie.
Excusez-moi, je cherche Marie.
Elle est blonde, petite, elle a les cheveux là.
-Non, désolé.
-Excusez-moi, je cherche Marie.
Marie ?
Je cherche Marie.
-Moi ?
Moi ? Je m'appelle Marie.
-Ah ? Non, c'est pas vous.
C'est pas vous. Elle est blonde. Elle a les cheveux là.
Marie ?
Marie ?
T'étais où ?
Je vais bien.
-T'es blessé !
T'es blessé ? -Non, je vais bien.
Je vais bien. -C'est fini.
C'est fini, c'est fini, c'est fini.
C'est fini, c'est fini, c'est fini. -Je vais bien.
-Je vais bien. -C'est fini.
-C'est fini. -C'est fini. C'est fini.
...
-Les vêtements que je portais vendredi soir, où ils sont ?
-Ils étaient abîmés, déchirés, très sales.
Je les ai jetés.
J'aurais pas dû ?
...
Stéphane...
...
-C'était une mauvaise idée, ça va coûter une blinde.
On s'en va ?
-Greg, on est là, on reste.
-Monsieur Grégory Yelsky ? Le docteur vous attend.
-Vous avez une trentaine de petits éclats de métal,
là, dans le dos.
On va devoir vous opérer pour en extraire le maximum.
Ca ressemble à des éclats de munitions reçus par ricochet.
Vous étiez sur les terrasses ?
-Non, au Bataclan.
-On ne vous a pas orienté sur un hôpital ?
-Si, si. -On était à la Salpêtrière.
-Ils vous ont pas fait passer de radio ?
-Ils étaient débordés et j'étais pas une urgence.
-Oui, d'accord.
Prenez rendez-vous à l'accueil pour l'opération.
Demain, si possible.
-Demain ?
-Je ne suis pas inquiet, mais mieux vaut aller vite.
-En fait...
J'ai pas de chéquier, pas de carte bleue,
ni même les clés de chez moi. Tout est dans mon sac au Bataclan.
Et... Serait-ce possible de...
d'avoir un devis ? Je me rends pas compte du montant.
-Attendez.
Prenez rendez-vous, on se retrouve dans le hall.
D'accord ?
-Merci.
-Bonjour. -Bonjour.
-Professeur Tardieu, je dirige la clinique.
Le docteur Marquet vient de m'expliquer.
Ne vous inquiétez pas. Les frais seront pris en charge
par notre établissement.
Courage à vous. -Merci beaucoup.
-Madame. -Merci.
-A demain.
-A demain. Merci.
-Merci, docteur.
En espagnol.
-Tu te fais du mal.
-Faut pas rester comme ça, David. C'est pas possible.
-Elodie a appelé cinq fois. Pourquoi tu lui réponds pas ?
-Elle est bien, cette fille, David. Elle pourrait t'aider.
-Tu as besoin de voir du monde,
de sortir.
-David ?
-Tu as ouvert la fenêtre, au moins ?
-Putain, foutez-moi la paix !
...
-Va-t'en.
...
Moto.
La moto pétarade.
...
-Stéphane.
-David.
-Ca va ?
-Je crois, je sais pas trop.
Tu veux une bière ?
-Oui.
-On pourrait avoir une blonde ? Merci.
-T'es chilien ?
-Tu t'en souviens ? -Mon ex est chilienne.
Mon beau-père disait toujours :
"N'importe où dans le monde, soulève une pierre,
"tu trouveras un Chilien."
Merci. -Merci.
Comment tu m'as retrouvé ?
-Mon ex, justement, Catalina. Elle bosse au consulat.
Ils ont listé les Chiliens impactés cette nuit-là.
Après, c'était assez facile.
Par Facebook, j'ai retrouvé un gars du couloir. Il devrait venir.
Ca t'ennuie pas ?
-Non, non. Au contraire.
T'as quel âge ?
-49 ans.
Divorcé.
Trois filles.
Mais... Elles sont grandes. Même âge que toi, à peu près.
Autrement, je vis en couple.
Mais c'est tranquille, sans enfants.
Et toi ?
-Moi, c'est...
Moi, c'est le bordel.
J'ai deux relations en même temps, c'est n'importe quoi.
Je vis chez mes parents, faut que je bouge.
Y a plein de trucs qui... Je raconte tout maintenant ?
-Je sais pas, comme tu veux. -Je peux commencer.
Je sais pas si j'aurai le temps. -Je crois que c'est...
-Salut.
-David.
-Stéphane.
-Arnaud.
J'y ai pas pensé. J'ai répondu au journaliste.
J'aurais pas dû, c'est passé au 20h.
Tout le monde l'a vu. -Qu'est-ce qui t'inquiète ?
-Tout le monde connaît ma tronche, maintenant.
-Et ?
-On n'est pas morts, peut-être qu'ils voudront finir le travail.
-Sérieusement ?
-Ils sont venus une fois, rien ne les empêche, si ?
-La télé m'a demandé si je voulais qu'on floute mon visage.
J'ai pas compris... J'ai dit oui. C'était pour nous protéger.
-Ils vont pas revenir, la police les traque.
Et c'est pas à nous personnellement qu'ils en veulent.
-Mais c'est sur nous qu'ils ont tiré.
-Je sais.
Mais j'y crois pas.
Et j'ai un peu peur de devenir parano, donc...
Vous avez essayé de reprendre le métro ?
-130 morts dans Paris, c'est pas de la parano, c'est réel.
C'est bien réel.
-En voyant les gens en terrasse, je me dis qu'ils sont fous.
-Moi, j'aimerais pouvoir dormir plus de deux heures de suite.
-On m'a filé des trucs,
ça m'aide bien. -Je veux pas qu'on m'endorme.
-C'est pour quelques nuits, pour pas revoir les images.
-C'est pas un cachet qui les fera partir.
-Si, quand même un peu.
-Non.
Le cachet, c'est toi qu'il efface, c'est pas les images.
-Vous vous rappelez de tous ceux qui étaient dans le couloir ?
-Je sais qu'on était 11, c'est tout.
A part toi, et toi, maintenant.
Et celui qui faisait le malin, qu'ils appelaient "le Libyen".
-Non, devant les fenêtres, à regarder le mur pendant 2h30...
Je me souviendrai de personne. Même ma femme, je l'ai pas vue.
-Ta femme ? -La blonde.
Celle qui était sur les marches,
qui a donné son téléphone. -Oui.
-C'est Marie, ma femme.
On a deux enfants.
Zoé, c'est presque un bébé, encore.
18 mois.
Fallait pas qu'on meure.
...
Il tape le code.
Coucou.
-Papa, j'ai fait un dessin. J'en ai même fait plein !
-Dis donc ! Il est joli, celui-là !
Bravo, ma chérie.
-Alors ? C'était comment ?
-C'est incroyable. L'un des deux peut te raconter minute par minute
ce qui s'est passé. J'en revenais pas.
Jusqu'à l'assaut.
Ce que moi j'ai fait, où j'étais, il s'en souvient mieux que moi.
-Vous vous êtes fait tout le film ? -Ben...
On va se revoir bientôt. On va chercher celui du couloir.
Tu devrais venir. -Jamais de la vie.
-Pourquoi pas ?
-Parce que...
Ca va, c'est bon !
-Vous parlez encore du Bataclan ?
-Hein ?
Oui, ma chérie, on va en parler longtemps encore.
-J'aime pas. -Mon lapin...
Nina.
Nina...
-T'as appelé Léa pour annuler le dîner ?
-Comment tu sais ?
-Elle m'a appelée. Boris aussi, d'ailleurs.
Je leur ai dit qu'on maintenait. Ca va nous faire du bien.
-Si tu le dis.
Clavier d'ordinateur.
*-Les enquêteurs ont fouillé une Clio immatriculée en Belgique,
*retrouvée au nord de Paris hier matin,
*et louée par Salah Abdeslam, Français résidant en Belgique,
*toujours recherché activement.
*Cris, brouhaha.
*...
*-Bordel de merde !
*...
*-Cours ! Cours !
*...
*Coups de feu.
*...
-Monsieur, monsieur ! Je suis enceinte !
-Imagine l'angoisse.
Suspendu dans le vide, les tirs continuent...
-Je préfère pas imaginer. -Comment tu peux vivre ça ?
*-S'il vous plaît, je suis enceinte.
*S'il vous plaît, monsieur.
-J'y crois pas, quelqu'un a filmé ça...
Putain...
-T'étais dans la ruelle ? -Je te croyais à l'intérieur.
-Non, c'est moi. J'étais caché sous la scène.
J'ai eu de la chance.
Par contre...
Dis-leur. -On s'en fout.
-Non.
Le mec accroché aux fenêtres, là,
qui passe d'une fenêtre à l'autre et qui va aider la femme enceinte,
c'est lui. -Non ?
C'est pas vrai ? -C'est dément, ça.
-T'es resté suspendu longtemps ? Combien de temps on peut tenir ?
-La fille est enceinte, en plus.
-Elle le répétait, mais je l'entendais comme dans...
Comme dans un brouillard.
-Et le gars à côté, tu sais qui c'est ? Vous vous êtes parlé ?
-Il m'a demandé mon nom et m'a dit qu'après, on boirait des bières.
On était comme des cons, suspendus dans le vide,
je pensais qu'on allait mourir, mais qu'il dise qu'on se reverrait,
ça m'a fait un choc.
Grâce à lui,
je suis sorti de la panique et j'ai pu aider la fille.
Il est parti dans les couloirs. Je sais pas ce qu'il est devenu.
-Ces images font le tour du monde. -C'est en boucle sur les réseaux.
-T'es un héros, Seb. -Bravo.
-Une star ! -Arrête tes conneries.
-C'est pas déconner. Tu comprends pas.
Appelle les journalistes. Ils te cherchent partout.
-T'as le droit d'en profiter. -Imagine la thune
que tu peux te faire avec ça ? -T'as sauvé la vie d'une meuf.
-Si ça se trouve, elle est morte, la meuf.
Dans ce cas, je suis plus un héros, plus rien.
Un héros, c'est que dalle. Ca fait chier.
Vous me faites chier.
-Passe pas à côté. Si tu veux, j'appelle les journalistes.
-Arrête avec ça, putain ! On s'en fout, des journalistes !
Les héros existent pas, c'est pas vrai.
Le héros, c'est le type qui m'a demandé mon prénom.
Lui, il est pas parti en vrille.
Il m'a demandé mon nom et se souvenait du sien.
Tu comprends pas ? Alors, va te faire foutre.
Le reste existe pas. Y a que des morts partout.
-Seb... -On parle, c'est tout.
-Laissez-le.
Laissez-le.
-Merci d'être venu. -Félicitations.
-Merci.
-Je suis désolé.
Viens.
-Seb, qu'est-ce qu'il y a ?
-Je suis pas mort, on est d'accord ?
C'est qu'y a une raison. C'est un signe.
On peut plus se séparer.
-C'est toi qui...
-C'est hallucinant que je m'en sois sorti.
Une chance sur mille.
Je vais changer. Je vais t'aimer mieux.
-Attends, je sais pas... -Mais si, Karine.
Regarde-moi.
On m'a donné une deuxième chance, une deuxième vie.
Elle est pour toi, je te promets.
D'accord ?
Perçage strident du métal.
...
-Et voilà ! -Génial, merci.
Vous prenez les chèques, monsieur ? -Oui, bien sûr.
Ca y est, c'est fini.
-Merci. -Vous voulez un café ?
-Non, merci, ça ira. -Je vous dois combien ?
-1 500E avec la TVA. -Pardon ?
-1 500.
-C'est une blague ?
-C'est le tarif pour un dimanche matin.
-Non, mais là... Faut prévenir.
C'est pas possible, c'est du vol.
-Laisse.
Désolée, c'est trop cher pour moi, je peux pas payer.
-Faut pas vous enfermer dehors.
-On était au Bataclan, on nous a tout pris.
-Qu'est-ce que j'en sais ?
Vous pouvez raconter ce que vous voulez.
-OK... -C'est pas grave, Caroline.
On retourne chez tes copines. -C'est moche
d'utiliser ça pour réduire une facture.
-Caro...
-Il prend son pognon et il se barre.
Je veux plus le voir.
Allez, cassez-vous. Dégagez !
Dégagez !
Espèce de connard, d'arnaqueur, de profiteur à la con !
-Au revoir. -Cet argent va vous porter malheur,
y a pas de raison ! Connard !
Pour ce soir, tu peux...
Tu peux dormir sur le canapé. -Oui, OK.
-On fera ouvrir chez toi demain.
-La famille était dans le salon, devant les chaînes en continu,
le téléphone sonnait...
Ta mère pleurait beaucoup.
A la télé, ils donnaient les infos au compte-gouttes,
le nombre de morts sur les terrasses,
le Stade de France...
C'était insupportable.
On arrivait pas à vous joindre. Papa pensait déjà que...
-Il pensait quoi ?
-Que toi et Marie, c'était...
C'était fini.
Que vous étiez morts.
Il a pensé à préparer la suite.
-La suite ?
Ca veut dire quoi, la suite ?
-Ben... les obsèques.
Et qui garderait les filles. Il a appelé Guillaume,
qui a dit qu'il les prendrait. -Quoi ?
Putain, j'y crois pas.
Sérieux ?
Ma mère a dit quoi ? -Elle priait.
-C'est quoi, ces messes basses ?
On vous attend. Il est prêt, ce café ?
-T'avais déjà tout prévu ?
Notre enterrement, la garde de Nina, de Zoé...
-Oui.
Qu'est-ce qu'il y a ? Il fallait bien qu'on réagisse.
Ca te choque ?
-Enfin, papa, c'est une blague ? -Arnaud...
T'en es sorti vivant, que veux-tu de plus ?
On est là ensemble,
on déjeune... Passe à autre chose. -Comment tu fais
pour être aussi buté ? Comment tu fais pour pas comprendre
que je suis toujours au Bataclan ? -Ces choses-là, ça se décide.
C'est une question de volonté. -J'adorerais.
J'adorerais oublier le mec qui s'est fait sauter à trois mètres.
Toutes les nuits, j'entends encore les morts,
les gens qui meurent autour de moi.
-T'as fini ? On peut prendre ce café ?
-Non, j'ai pas fini, justement.
Quoi que je fasse,
tout, tout le temps, nous y ramène.
On a coupé la télé. On voulait pas que les filles voient des images.
Pas de radio, pas d'ordi, rien. On les a protégées.
Et lundi, après l'école, Nina nous explique qu'un camarade
m'avait vu à la télé quand je sortais de l'hôpital.
"Ton papa a fait la guerre", il lui a dit.
J'y peux quoi, moi, à ça ? Tu comprends ou pas ?
-Voilà, comme toujours.
Que veux-tu ? T'arrives pas à protéger tes filles.
-Pardon ? T'as dit quoi ? Répète.
Ca va pas la tête ? Tu réalises ce que tu dis ?
-Vas-y. Je t'écoute.
Tu lui as répondu quoi, à Nina ?
-On lui a dit que c'était pas vraiment la guerre,
que c'était juste des méchants venus nous faire du mal,
mais qu'on allait bien. Qu'on était bien vivants.
Mais y a eu des morts, donc, on en parle à l'école et à la télé.
Tu sais ce qu'a dit Nina ?
-Non, mais tu vas me le dire.
-"C'est pas vrai, personne n'est mort."
Et elle est allée s'enfermer dans sa chambre.
Tu vois ce que ça veut dire ?
Elle peut pas supporter qu'on ait pu mourir.
A son âge, c'est impossible à accepter.
On fait comment ? On lui dit quoi ? Elle a six ans.
-Et toi, t'as quel âge ? Hein ? T'as quel âge ?
Reprends-toi, mon vieux. Tout ce déballage, c'est gênant.
-Allez-y.
-Bonjour. -Bonjour.
-Marie ? Tu es là ?
-Bonjour, Agnès, ça va ?
Bonjour.
-Qu'est-ce que tu fais là ? -Comment ça ?
Je viens bosser.
-T'étais pas au Bataclan ? -Si.
Et alors ?
Salut, tout le monde.
-Oh là là, Marie, comment ça va ? -Ca va.
-Ouais ? -Ouais.
Non, franchement, ça va.
Je suis pas morte, pas blessée, Arnaud non plus...
Tout le monde n'a pas eu cette chance.
-Pourquoi t'es venue ? Tu dois être dans un état...
-Tu trouves ? -Oui, un peu pâlichonne.
Sérieusement, c'était comment ? -C'était animé.
Musical... Un peu chaotique, parfois.
Mais les mecs assurent : en 2h30, tu vois pas le temps passer.
-T'es restée 2h30 au Bataclan ? Comment c'est possible ?
-Je serais bien partie plus tôt,
mais deux mecs avec des kalachs tenaient à ce que je reste.
Je les ai pas contrariés. Je suis conciliante.
-T'étais avec les terroristes ? -Oui. Enfin, pas que moi.
Un petit groupe d'amateurs de rock qui n'avait rien demandé.
Pris en otage.
Et les flics, déguisés en RoboCop, sont venus nous sauver.
-Quel enfer ça a dû être...
-On n'était pas fiers, je dois dire.
Après, les terroristes, c'était vraiment des brêles.
Rien dans la tronche. A part leurs tracts sur le djihad
et leurs frères en Syrie que notre Président bombarde,
y a pénurie de neurones.
Les mecs ont voulu négocier avec les flics par talkies-walkies.
On a tous des téléphones portables depuis un moment.
Eux, ils sont là, bloqués dans un film des années 80.
Après, ils ont des gros machins qui font vraiment du bruit.
Ca, on peut pas leur enlever. D'ailleurs, faut pas essayer.
J'ai pas trop regardé ce qui se passait autour.
Je me suis concentrée sur l'essentiel :
ma petite personne.
Je sais pas ce qui s'est passé : j'ai bloqué sur mon sac à main.
Je m'y suis accrochée comme si ça allait me sauver.
Je me répétais : "Si j'ai mon sac, ça va aller."
Je sais pas. Comme un mantra. Je sais pas ce que ça veut dire.
J'en parlerai à ma psy. On va avoir des trucs à se dire !
Mais non, je sais pas.
Après, dans mon sac à main, y a mon téléphone portable,
et dans mon téléphone, y a toute ma vie.
Après, absurde :
quand les terroristes ont voulu négocier avec les flics,
qui a filé son téléphone ? Moi. La conne !
Hop, tac, hop ! J'ai filé le truc et je l'ai perdu...
Et j'ai tout perdu.
Ca va pas, Quentin ?
-Excusez-moi.
J'ai eu peur de pas vous voir aujourd'hui.
-Mais non...
Ca va, Quentin.
Je suis là. -Oui.
-Je suis là et tout va bien, d'accord ?
Eh ! Ca va, ça va...
Chut...
Allez, c'est fini.
Hein ? Ca va. Tout va bien. -Oui.
-Tout va bien. OK ?
Faites pas ces têtes, parce que... Tout va bien.
Ca va ? -Oui, ça va.
-Ca va toujours, papa ? -Oui, c'est très bien, ma chérie.
Tu peux changer.
Change. -Merci.
J'appuie plus fort ?
-Comme ça, c'est très bien. Tout doucement, tu désinfectes.
Aïe...
-Ca va ? -Oui, c'est pas toi.
C'est juste que ça pique un peu.
Voilà.
Ca veut dire que ça guérit.
AK-47.
Explosion.
...
...
-"Je cherche toujours à retrouver les gens pris en otage avec moi
"dans le couloir du Bataclan.
"J'ai déjà vu David, le Chilien, et Arnaud, le graphiste.
"Il en manque beaucoup d'autres. On était 11, dans ce couloir.
"Faites-moi signe, s'il vous plaît."
"J'étais sur la terrasse du Carillon.
"Qui peut me donner des nouvelles du couple assis derrière moi ?
"Elle blonde, lui brun, ils ont pas 40 ans."
-"Elle blonde, lui brun, ils n'ont pas 40 ans.
"Il a été touché aux jambes. J'arrête pas de penser à eux."
"On avait échangé quelques mots.
"Je voudrais savoir comment ils vont.
"Il avait un accent. Italien, je pense, sans certitude.
"On a parlé de la douceur du soir et du climat qui changeait.
"Si vous vous reconnaissez, donnez-moi de vos nouvelles."
-Bonjour. -Bonjour.
-On m'a volé mon téléphone. Je dois porter plainte pour l'assurance.
-On vous l'a volé dans quelles circonstances ?
-Je pensais pas avoir à raconter.
-Si vous portez plainte, faut être précis.
-J'étais au Bataclan, un terroriste me l'a confisqué.
J'étais pris en otage dans le couloir.
J'aurais pu y aller seul.
-Vous plaisantez ?
C'est tout à fait normal.
-Je vous propose de porter plainte pour vol de portable, séquestration
et tentative d'assassinat en lien avec une entreprise terroriste.
-Carrément ?
-C'est ce qui vous est arrivé, non ?
-Oui, je...
Je m'y attendais pas.
Ca fait du bien.
-Voilà une liste de psys pris en charge par la Sécu.
Faut pas hésiter.
On mesure pas l'ampleur de l'impact et des dégâts que ça fait.
Même nous.
-Merci. -Je vais vous entourer
le nom de quelqu'un à la direction de la PJ. Elle est très bien.
-C'est possible de rencontrer les hommes de la BRI
qui nous ont sortis du couloir ? -Je comprends, mais...
C'est pas quelque chose qui se fait.
Ils doivent rester anonymes.
Enfin...
-Je voudrais leur dire merci.
-Appelez une fois. Si ça répond pas,
laissez un message et détruisez le Post-it.
Voilà.
Billy.
-Oui, patron ?
-Le lieutenant Belkaze va prendre votre déposition.
Bon courage. -Merci.
-S'il vous plaît, par ici.
-Merci.
...
*Sonnerie.
*-Laissez votre message, merci. -Bonjour.
Je suis David Fritz Goeppinger.
Je... J'étais otage au Bataclan.
J'aurais aimé savoir si c'était possible
de rencontrer les hommes qui m'ont sauvé.
Pour... Juste comme ça. Pour pouvoir les remercier.
Mon numéro a dû s'afficher. Si vous me rappeliez, ce serait...
Génial, vraiment génial.
Voilà. Merci beaucoup.
David Fritz Goeppinger. Merci.
...
*-Mesdames, messieurs,
*le 13 novembre dernier, à Paris et à Saint-Denis,
*des attentats ont fait 130 morts et de nombreux blessés.
*En hommage aux victimes,
*nous vous prions de respecter une minute de silence
*et de ne plus vous déplacer. Cet hommage
*se déroule simultanément sur tout le territoire français.
*Merci.
Sirène.
...
-C'est n'importe quoi !
Ils le font pour eux, pas pour nous !
...
-Papa ? -Quoi ?
-Faut s'arrêter. -Non, allez.
-Papa ! -Nina, s'il te plaît.
-Faut s'arrêter. -Tu viens avec moi.
-Laisse-moi !
Laisse-moi ! -Nina, s'il te plaît.
...
Je sais pas comment dire, c'est pas réel.
Pourtant, ça a duré 2h30 dans ce putain de couloir, mais...
Sans les brûlures dans le dos, je pourrais penser avoir rêvé.
J'ai déjà rencontré deux personnes prises en otage avec moi,
David et Stéphane.
Je voudrais en profiter pour demander à tous les autres,
ceux qui étaient là, avec nous...
Qu'ils nous fassent signe.
Je voudrais vous revoir, c'est important.
J'en ai besoin.
-Non. Je t'ai dit deux verres. -Fais pas chier.
On va pas jeter ça. -Je conduis.
-Il en veut pas, c'est pas grave. -C'est bon.
-Et donc, à ce moment-là,
vous savez qu'ils vont enfoncer la porte.
-Ce qui est dingue,
c'est que tu sais, et en même temps, tu sais pas.
Ca fait plus de 2h30 que t'es là, donc, tout doucement, ça monte...
Tu sais que ça va arriver, mais tu peux rien y faire.
T'es plus rien, t'es personne.
T'es juste un truc posé là.
Le couloir est à peine large comme ça.
La porte bascule, ça tire, ça hurle,
tu vois plus rien, ça explose de partout.
Avec les grenades assourdissantes, t'entends plus rien non plus.
Mais y a un truc, quand même, que j'oublierai jamais,
c'est quand le premier des connards s'est fait exploser.
J'ai vu son pote, là, qui était juste à côté de moi,
se prendre un boulon dans la tronche.
Ca lui a emporté... peut-être la moitié du crâne.
Je l'ai vue se détacher.
C'est...
Et je vous jure, putain... Je vous jure que j'étais heureux
de baigner dans le sang et les tripes de ces pauvres mecs.
Tellement heureux...
J'en avais partout sur moi.
Je nageais dedans.
Et putain, vous pouvez pas savoir le pied que c'était.
-Nina, que fais-tu là ?
Faut dormir, chérie !
Doudou, t'as fait un cauchemar ?
-Non. -Non ? Viens.
On va se recoucher. Tout va bien.
Tout va bien.
-On y va ?
On va y aller. -Oui.
-Nous aussi, on va vous laisser vous reposer.
-On dort plus, de toute façon.
Tiens, reprends un petit coup.
Il est bon, celui-là, hein ?
C'est marrant comme ça change vite,
l'intérêt qu'on vous porte. -Comment ça ?
-Au début, tout le monde veut vous prendre dans les bras...
On fait pleurer, ça en jette, on vous pose des questions...
On en redemande, avec des détails gore, si possible.
Et puis forcément, à un moment donné, c'est trop.
Je comprends, on n'en veut plus. On regarde ailleurs.
Et nous...
Ca nous laisse dans une solitude plus grande encore.
Ca s'arrête vite, la compassion.
C'est de la merde, la compassion.
-Le problème avec Arnaud, c'est qu'il raconte pas tout.
Il fait le tri, comme d'habitude. -Ah oui ?
-Oui.
T'as raconté ce qui s'est passé entre nous
avant que les terroristes nous coincent ?
-Non. -Voilà.
On était allongés par terre entre les fauteuils du balcon.
Et...
On entendait les rafales de kalachs,
les cris des gens dans la fosse, les gémissements...
A un moment, il a voulu se relever.
Je l'ai retenu.
Il se serait pris une balle, sinon.
Et on s'est embrassés.
Comme on s'était pas embrassés depuis longtemps.
Depuis très longtemps.
Et on s'est dit "je t'aime".
Tu t'en souviens ?
-Ben oui.
-Un vodka, une tequila ?
-Un gin to, s'il te plaît ! -Tequila qu'est là !
Tequila qu'est là...
Tiens ! Tiens, elle est là ! -Excusez-moi !
Deux vodkas !
-Tiens. -Merci.
-Et deux vodkas ? -Non, un vodka, un tequila.
-Quatre shots de vodka. -Quatre shots de vodka.
Un gin to...
-Ca fait mille ans qu'on attend. -Je fais ce que je peux !
-Deux margaritas,
un mojito et un blanc sec. -Je te fais ça tout de suite.
-Allez, David !
Tournée générale !
Saturation auditive : musique, chants, bruits, discussions...
...
-Quatre ! Quatre ! -Ca marche.
-Je t'avais demandé deux shooters. -De quoi ?
-Vodka.
Acouphènes.
...
Cris, musique, acouphènes.
-3 pintes de bloody mary !
David ?
Il est où, ce con ? -Il s'est barré, ton serveur.
-David ?
Qu'est-ce tu fous ?
-Je vais pas y arriver.
Je peux pas.
Message reçu.
...
-Que se passe-t-il, Sébastien ?
Il est 3h du mat', c'est quoi ?
C'est une fille, encore ? -Non, c'est personne.
Rendors-toi.
-Tu te fous de moi ? Qui t'a écrit ? Fais voir.
-Ca va pas ?
Prends pas mon portable, lis pas mes messages. Jamais !
Compris ? C'est ma vie ! Putain !
...
-J'avais pas très envie de venir. -J'étais pas sûre non plus.
-T'habites à Paris ou t'étais venue pour le concert ?
-Non, ça fait quatre ans que je suis à Paris.
Mais je viens d'Alsace : Haguenau.
Pas très loin de Strasbourg.
A 30 minutes en train.
Pardon, moi c'était le panaché.
-Ah ? Tiens. Et le verre de rouge ? -Le rouge, c'est moi.
Et toi, Grégory ?
C'est bien Grégory ? -Oui.
-Tu viens d'où ?
-De la banlieue de Lyon. -Ils ont pas des cacahuètes ?
-Et toi ?
-La Roche-sur-Yon. Toute mon enfance.
Paris, c'est pour le boulot.
-Moi, Athis-Mons, banlieue sud, depuis mes quatre ans.
Sinon, Pucon, au Chili, région des lacs.
-Ca fait plus chic. -Oui.
-Moi, Arles. J'y vis toujours. Je suis monté juste pour vous voir.
-D'accord ! Y a pas un seul vrai Parisien ?
-Si.
Enfin, la banlieue. Saint-Denis. Et toi ?
-Moi, je suis née à Toulouse. -Toulouse.
-Et vous êtes ensemble, tous les deux ?
-Non, pas du tout.
On se connaît depuis un bail, Caroline est ma meilleure amie.
-Ce serait une catastrophe.
-Pourquoi ? -Je déconne.
Je lui ai offert la place de concert.
C'est moi qui l'ai entraîné dans ce cauchemar.
-T'y es pour rien.
-Je voulais pas y aller non plus. Je connais pas les Eagles.
Un ami m'a forcé la main.
-Et il s'en est tiré ? -Oui, heureusement, tout va bien.
-Alors, c'est toi, à la fenêtre ? -C'est moi, oui.
-Pourquoi vous êtes rentrés ?
-Quand ça a commencé à tirer, j'ai pas réfléchi.
J'ai couru dans le couloir, j'ai voulu partir par la fenêtre.
-C'est là qu'on s'est retrouvés.
Les deux connards ont déboulé, ils nous ont mis en joue.
On est rentrés dans la salle, sinon, ils nous flinguaient.
-Ce qui me revient sans arrêt,
c'est l'odeur de la poudre et du sang.
Ca me reste là. -Oui, pareil.
-Vous aussi ? -Oui.
-Moi aussi.
-J'ai tout de suite su que j'allais m'en sortir.
-Ah bon ?
-Je me suis dit : c'est pas possible.
Je peux pas mourir à cause d'un mec en jogging.
-Quand je revois leur gueule au milieu de la nuit...
Je me dis : "Si je pouvais..."
-C'est déjà fait.
-Ouais.
-Buvons à ça !
Parce que... Allez, à nous. -A nous !
-C'est chouette de se rencontrer.
-Y a rien de plus con qu'un mec avec un flingue à la main.
-Sauf les flics de la BRI. -Bien sûr.
-La nuit, souvent, je pense à ces deux abrutis.
-Ah oui ?
-Je vous jure, je deviens sauvage. -Sauvage comment ?
-Je préfère pas le dire.
-Allez ! Vas-y. -Tu peux.
-Je leur arrache la bite.
-C'est bien ça ! -Super.
-C'est bien ! Très bien ! -Moi, je leur arrache les yeux.
-Pas mal. -On peut tout dire ?
-On y va, "Paris est une fête" ! -On leur fait lire "Charlie Hebdo",
à voix haute, en public, du début à la fin.
-Dans les deux sens. -Et refaire les dessins.
-Ca donne envie. -De quoi ?
-D'être mauvais.
-Bien dégueulasses.
-Et pas du tout corrects.
-Tu penses à quoi ?
-Vas-y, dis. -Non.
C'est l'horreur. Pardon...
Pardon.
-Les confettis, vous vous souvenez ?
-De quoi ? -Les confettis.
-De quoi il parle ?
-Ces petits trucs qui volaient dans la salle comme de la neige.
-Ah putain ! Oui.
-Quand le connard en bas s'est fait sauter ?
-C'est ça. -Je me souviens pas du tout.
-C'est bizarre
comme y a des choses qu'on oublie. -Moi non plus, pas du tout.
-Depuis le balcon,
on le voyait pas, c'était en bas. Mais on l'a entendu.
Je m'en souviens bien. -Vas-y, raconte.
-Quand le commissaire de la BAC est entré avec son collègue,
le type sur scène leur a gueulé dessus.
Ils ont tiré, et le gilet du mec s'est déclenché.
-Comment j'ai pu oublier ça ?
-Moi, pareil : rien.
-On était où à ce moment-là ? -Je sais pas.
-Avec nous contre le mur.
Au départ, vous étiez tous allongés entre les fauteuils.
Ils sont arrivés.
Ils nous ont fait relever. Je me rappelle l'ordre exact :
toi, toi...
Vous deux. Après,
ceux qui sont pas là : le mec, la femme, les deux jeunes.
Toi, toi
et moi au bout.
-Comment tu peux te rappeler de tout ça ?
-La psy m'a dit que j'étais dans un état d'hypervigilance.
J'ai tout scanné comme une machine. La "mémoire traumatique",
elle appelle ça.
-Lève-toi !
Lève-toi ! Faites ce que je dis et je vous tue pas.
Va contre le mur. -Couché ou je tire !
Détonation.
Eh ! Toi, en bas ! Eh ! Couché !
Téléphone.
...
Debout !
Va rejoindre les autres.
Ouais, toi.
Lève-toi, c'est à toi que je parle.
Lève-toi, rejoins les autres là-bas.
-Je vais mettre du temps, je suis handicapée.
-Rien à foutre que tu sois handicapée. Lève-toi !
Et toi aussi, là !
Ouais, toi.
Lève-toi.
-Mes frères aussi sont handicapés.
-Allez !
Dépêche-toi.
Tir.
Quelqu'un sanglote.
Avance.
Tout droit.
Allez ! Dépêche-toi.
-Il aurait pu partir, Grégory.
Bien avant qu'ils arrivent, il avait largement le temps.
Moi, je peux pas vraiment courir, mais lui, s'il avait voulu...
Je lui disais : "Vas-y, pars !
"Pars !"
Et... Il a préféré rester avec moi.
-Le plus petit, quand il avait le pied sur la rambarde du balcon,
et qu'il tirait sur les gens dans la fosse, en riant...
Je revois souvent ça.
-Je me souviens.
Une femme l'a insulté, et il a tiré.
-Oui, je l'ai entendu aussi.
J'étais collé au mur, je grattais le plâtre avec mes ongles.
Après, la meuf, on l'a plus entendue.
AK-47.
...
Gémissement.
-Toi, là ! Eh !
Tu crois que je te vois pas ? Eh ! -Arrêtez !
AK-47.
-Nous, on est des hommes.
On vous bombarde sur terre, pas besoin d'avions.
Votre Président, François Hollande...
...
Remerciez-le.
Il fait le cow-boy,
à envoyer des troupes dans le monde pour combattre des musulmans.
Avec des bombes, des missiles.
Tout ça, c'est terminé.
L'heure de la vengeance a sonné.
Tir. Cri. C'est que le début !
Les soldats du califat sont partout !
Oh ! Regardez quand je vous parle. Arrêtez de baisser les yeux.
Toi, toi et toi !
On est partout, je vous dis !
Il arme la kalachnikov.
Détonations. Cris de douleur.
Il arme la kalachnikov.
Tu penses quoi de ton Président, toi ?
-Moi ? -Oui, toi.
-Rien. -Plus fort, je t'entends pas.
-Rien. -Plus fort !
-Rien.
-T'en penses bien quelque chose ?
-J'ai pas pu voter pour lui, je suis pas français.
-T'es pas français ?
N'aie pas peur.
-Je suis chilien.
-Dis la vérité.
-Je dis la vérité.
-Ce que ça m'a fait quand t'as dit ça, je sais pas
à qui l'expliquer. -A nous.
-Oui, ça m'a fait, je sais pas...
revenir à moi.
Dans la vie, en vrai, pour de bon,
mon ex, la mère de mes filles, est chilienne.
Mes filles sont à moitié chiliennes, donc...
C'est un pays que j'aime,
sans bien le connaître. En tout cas, pas assez.
Je l'aime.
Et quand David a dit ça, j'ai pensé : "C'est un signe."
Un bon signe.
La preuve.
On est là.
Fallait que je te revoie.
Téléphone.
...
Ils parlent en arabe.
...
-Tout le monde debout !
Rentrez tous dans le couloir ! Levez-vous, allez !
Dépêchez-vous !
Allez, on avance !
-Dépêche-toi ! -Tu fais quoi, toi ?
Laisse-le, t'en as plus besoin. Tu vas mourir.
Accélère !
-Asseyez-vous !
Asseyez-vous, j'ai dit !
Au sol !
Téléphone.
france.tv access
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