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Original subtitles

[ressac de la mer]

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- [musique douce et enjouée] - [thème du film]

[le thème s'arrête sur une note de piano aigüe]

[Machond] Ah, le vide...

Oui, le vide à nouveau.

Tabula rasa et vita nova.

Ça veut dire "table rase" et "vie nouvelle".

C'est du latin.

Ma première salle vide ? Je ne compte pas les cagibis, hein.

C'est Mannheim. On est en 1989. Gros scandale.

J'ai une cicatrice, vous voyez ?

Un critique m'a lancé une canette.

C'était ma période nothing. Ça veut dire "rien" en anglais.

I don't care de ce que vous pensez.

Puis 2009, la rétrospective à Beaubourg.

Oui, une consécration, on peut le voir ainsi.

Pardon, ensuite ?

Ensuite, c'est rupture, séparation,

c'est... retrait du monde. J'ai pas envie de parler de ça.

Non, mais n'insistez pas, mon vieux !

Je dis que non.

[sonnette]

Je me suis consacré corps et âme à l'enseignement.

Mais maintenant, c'est fini ! Changement radical.

Machond a encore quelque chose à dire !

[d'un ton doux] Oui ?

- Machond, c'est vous ? - Oui.

- Déménageur. - Oh !

Pardon, excusez-moi.

[Machond balbutie] C'est par là.

[thème du film]

[une portière claque]

[un moteur démarre]

[la camionnette s'éloigne]

Monsieur Machond, vous partez ?

Oh !

Oh les enfants, quelle belle surprise !

C'est gentil de me dire au revoir.

Plus rien ne me retient ici.

Vous allez vivre à la mer, alors ?

Oui, la mer, les vagues,

la grève, la muse des peintres.

On est venus pour vous dire que vous étiez notre prof préféré.

C'est vrai ?

Oh là là, ça me... Je suis...

Oh ça me touche, les enfants.

- Vous nous faisiez rire. - Oui.

Rire ?

D'accord, oui. Vous savez, chez les grands singes,

la manifestation de la peur se confond parfois avec le rire.

"Au-delà du beau,

commence le terrible." - [l'étudiant rit]

- Rainer Maria Rilke. - Voilà, c'est ça.

- Un petit cadeau. - Oh !

- C'est de tout le monde. - Du chocolat !

Vous me gâtez. J'adore le chocolat.

- D'où viennent-ils ? - Marcolini.

Non, je demandais de quel pays viennent-ils ?

- Je ne sais pas. - Ah, c'est important, Ambre.

On ne plaisante pas avec le chocolat.

Le chocolat vénézuélien est différent de l'éthiopien.

Un chocolat des Carpates,

c'est un chocolat plus musclé,

plus agressif avec ses petites baies.

Y a que les Chinois

qui ne savent pas en faire.

Peu importe. Tabula rasa,

vita nova. Alea jacta est !

On s'en va !

Bravo, monsieur.

[le thème du film se dynamise]

[le thème se radoucit]

[des mouettes chantent]

[le moteur de la voiture s'éteint]

[notes de piano aigües]

[cliquetis métalliques]

[il soupire]

[il expire et inspire profondément]

[grincement]

- Regarde. - [une clochette tinte]

Je ne t'avais pas menti.

Vita nova.

[il s'exclame]

[il respire fort]

Que dis-tu ?

Bien sûr que je vais m'y mettre,

mais laisse-moi un peu de temps.

- [une clochette tinte] - Non, non, non. Tu as raison.

Il ne faut pas perdre de temps.

Mais j'ai quand même le temps de défaire mes affaires, non ?

[grincements métalliques comme un bateau qui tangue]

[il gémit, intéressé]

[il gémit, conquis]

[il mastique fort]

Valables.

- [il respire fort] - [musique stressante, crescendo]

[musique rythmée, stressante]

[coup de tambour]

[coup de tambour]

[la musique s'arrête]

- [il crie] - [la musique reprend, englobante]

[il crie]

Oh !

[grincements métalliques]

[des objets sont déposés]

- [des mouettes chantent] - [le vent souffle]

Monsieur !

Bonjour.

Vous êtes sur une propriété privée, ici.

Quelqu'un habite là, maintenant ?

Oui, moi. C'est écrit. "Propriété privée".

- C'est à vous, la voiture ? - Oui.

- Vous squattez ? - Je ne squatte pas. J'habite ici.

Quoi ? Vous avez acheté ça ?

- C'est vivable ? - Oui, c'est vivable.

Mais vous avez pas vue sur la mer là, hein.

Un choix de l'architecte, Georges Mouton,

contre le dictat du panorama.

Contrairement à vous. Maintenant, allez-vous-en.

Ben, je suis désolé.

Ça fait des années que je peins ici,

sur le motif.

- Ouais. - Je suis confus.

Non, mais vous pouviez pas le savoir.

Mais vous êtes peintre ?

[Machond exhale] Peintre...

C'est un peu plus nuancé que ça.

Eh, oh, on est entre peintres, allons.

Hein ?

- C'est plus compliqué, voilà. - [l'autre rit]

Peintre mais...

Me mentez pas, regardez votre blouse.

Pierre Bagnoule, artiste peintre

du Tréport. - Jean-Yves Machond.

Eh bien, nous allons boire un coup.

Allez !

- Il est tôt, non ? - J'ai que des gobelets,

ce serait bien qu'on aille chez vous, non ?

Euh, chez moi ? Non.

Parce que, voyez-vous,

la visite de l'atelier implique une intimité qui...

Vous inquiétez pas. On fera ça une autre fois, hein.

Allez, c'est pas de la piquette, ça. Goûtez-moi ça.

Vous savez, Belloul, vous me parliez de cette blouse.

- Bagnoule. - Pardon ?

- Bagnoule. - Oui.

- Vous me parliez de cette blouse. - Oui.

Vous savez à qui elle a appartenu ?

Non. À... ?

Bernard Buffet, qui la tenait d'Henri Matisse,

qui la tenait de Jeanne Boudin.

C'est fou.

Je l'ai achetée dans une salle de vente il y a cinq ans.

Avec, euh... le chevalet.

[musique douce]

Il me reste à trouver la palette maintenant.

C'est un concept.

Un concept qui a dû coûter bonbon quand même, là, hein.

Cher, mais bon... Coup de cœur.

Figure-toi que j'ai connu quelqu'un qui a bien connu Bernard Buffet.

Ah bon ?

Ouais, c'est une amie peintre extraordinaire

et il faudrait que tu la rencontres. Hein ? D'accord ?

Et il faudrait que tu viennes chez moi, surtout.

On est une petite bande.

Non ? Ça te dit pas ?

[Machond hésite] Ben, si...

Faut que je voie si j'ai le temps.

- [éclats de rire] - [la musique prend le dessus]

[conversation indistincte]

[la musique s'arrête soudainement]

[notes de percussion]

[Machond d'un ton sec] Jean-Yves Machond.

[d'un ton convivial] Jean-Yves Machond.

[d'un ton pédant] Jean-Yves Machond.

Ben, dites donc !

[obturateur d'appareil photo]

[des mouettes chantent]

[il soupire]

[le moteur vrombit]

[musique cool et rythmée à la radio]

[il chante en anglais, voix rauque]

[il rigole entre les paroles]

- [il chante à pleins poumons] - [la musique est englobante]

[la musique perd en intensité]

[en chantant, avec un accent anglais] Jean-Yves Machond !

- [klaxons] - [des pneus crissent]

[Machond] Recule, connard !

[la musique s'arrête]

[il siffle un air joyeux]

[des mouettes chantent]

Monsieur ? Mais vous êtes entré comment ?

Par la porte, pardi.

Je viens au vernissage.

De Pierre Bagnoule, le peintre.

C'est beaucoup trop tôt.

On n'ouvre que dans une demi-heure.

D'accord.

- Donc je... ? - Oui.

Oui, voilà.

Merci.

[chanson française à la radio]

- Bonjour. - Bonjour.

Bonjour.

Bonjour, monsieur.

- Je vous sers quelque chose ? - Euh, oui.

Auriez-vous une carte, un menu ?

Si c'est pour manger, c'est trop tôt.

Non, je voudrais une consommation, une boisson.

Une recommandation ?

Non, c'est sur la carte.

Vous avez des cocktails ?

Oh oui, c'est écrit. Non, non, attendez, attendez.

Mmh.

Que de choix.

C'est un art de choisir un cocktail à la bonne heure.

[rictus]

Fitzgerald disait : "On s'en fiche de l'heure

puisque c'est toujours l'heure."

Parce que la Terre tourne.

Quel que soit l'endroit, la Terre tourne.

C'est toujours l'heure de l'apéritif.

Vous prenez quoi ?

Je vais me laisser tenter par un...

un Bleu du ciel.

Vous êtes sûr ?

Oui, je me sens bleu aujourd'hui.

C'est la couleur de la vérité et spiritualité.

Le blues !

Le blues, l'heure bleue.

Vous n'avez pas des condiments ?

- C'est pas l'heure. - Bien sûr, bien sûr.

[une dame parle à la radio]

[un objet petit et lourd tombe]

[Machond gémit, intéressé]

C'est intéressant.

- C'est une spécialité locale ? - Non.

Artiste ?

[Déborah] Si vous voulez.

J'espère qu'ils viennent pas d'Étretat.

C'est interdit d'en ramasser.

- Ah oui ? - Ah oui !

Non, ceux-ci viennent d'ici.

Ouf... Bon sang, ce que c'est mauvais.

Tenez, je vous le laisse,

si vous avez besoin d'un peu de bleu pour vos cailloux.

[Machond maugrée]

C'était très mauvais ce que vous m'avez servi.

[notes de piano, douces et calmes]

[Macha] Incroyable.

[Bagnoule] Macha, c'est pas étonnant.

- Pourquoi ? - Car c'est magnifique.

[Macha] Merci.

Eh, Machond ! Ça va ?

T'es sapé comme un milord.

C'est quoi ça ?

- Japonais. - Ah ouais ?

Viens, je te présente Macha Moniak, l'artiste.

- Elle est géniale. - Déjà ?

- Macha ? Macha ? - Oui ?

Je te présente

Machond, un peintre

en colère, hein, c'est ça que tu m'expliquais ?

Jean-Yves.

Je suis Jean-Yves Machond.

Je n'ai pas encore eu le temps de bien découvrir, mais ça sent bon.

Et vous êtes peintre ?

C'est plus complexe.

Abstrait, figuratif ?

Tu as vu ma rétrospective ?

À Paris, au Petit Palais, l'année dernière.

Petit Palais...

[Bagnoule] Sacré numéro, hein. T'as vu ?

C'est elle qui a connu Bernard Buffet, tu sais ?

Buffet, il est né en 23.

- Il lui a fait l'amour à quel âge ? - Oui, euh...

À tout à l'heure.

[brouhaha]

Mmh.

Vous aimez ?

[Machond est intimidé]

J'étais en train de me demander

si c'était de l'huile ou de l'acrylique ?

Sûrement un mélange, je pense, oui.

Cécile Fouasse-Demauprès.

- Je suis la galeriste. - Oh, bigre !

- Enchanté ! - Enchantée.

- Très belle galerie. - N'est-ce pas ?

Très belle installation.

- Vous n'aimez pas ? - Non, j'ai pas dit ça.

Simplement, c'est le sujet.

Vous voyez, le sexe féminin, à notre époque...

Après Courbet, tout a été dit. Enfin, j'ai le sentiment.

À moins qu'elle ait mis un troisième degré...

Sushi ?

Oui merci. ...un discours politique.

Mais je ne sais pas.

[d'un ton intéressé] Hmm.

Je ne sais pas. Est-ce que c'est encore bien...

d'actualité ?

Un grand sexe de femme, comme ça ?

[d'un ton incertain] Hmm ?

[bruits de mastication]

Excusez-moi.

Est-ce qu'on peut avoir à boire ?

Je sais pas si c'est encore... Merci.

Moi, je me dis pourquoi pas le sexe féminin ?

Regardez les verges de Mapplethorpe.

Oui !

Les verges. Bon, cet homme... aimait la bite.

Et alors ? Moi aussi, j'aime la bite, bon.

Et pourquoi pas les vulves ?

Vraiment, pourquoi pas les vulves ?

Oui.

Quoi de mal à ça ?

Rien. Oh, absolument rien, non. Alors là, non, pas du tout.

Vous savez que c'est le mien ?

Ah.

C'est bien peint. Il y a du volume.

Je plaisante.

Oh !

Vous m'avez eu !

En même temps, je m'en doutais un peu.

Vous êtes blonde et...

celle-là est... est très poilue.

C'est sûrement quelqu'un de noir de cheveux.

Plus sombre, quoi.

On va pas parler de Macha toute la soirée ?

Non, non.

Voilà. Excusez-moi.

Je me suis pas présenté.

- Jean-Yves Machond. - Je sais,

[elle chuchote] je vous ai reconnu.

Ah bon ? Oh, bigre !

Figurez-vous que je relisais un article sur vous

dans la revue Artung.

Attendez... Artung... Ah, oui ! Mais ça...

Ça date un peu.

Oui, ça traînait dans mes toilettes.

- [Cécile rigole] - Ah bon ?

J'ai appris

par la presse locale, Bagnoule,

que vous emménagiez à Mers-les-Bains.

C'est exact.

Et il m'a dit...

Ah oui : "Tout plaquer pour se ressourcer

et retrouver du sens." C'est ça, hein ?

C'est un peu fané ça comme storytelling, non ?

[la voix faible] Oui, oui.

Non mais, pour être honnête...

Euh... Comment dirais-je ? Je...

Je suis venu ici pour faire tabula rasa, voilà.

J'ai abandonné le conceptuel conceptuel.

Enfin, tout en restant dans le conceptuel, hein.

Mais je me pose des questions sur le motif. Mais je le refuse.

Je me remets à la peinture.

À votre âge ? Vous êtes complètement fou.

Pourquoi ?

Je rigole ! C'était une blague.

Quel sérieux !

Hein ? Vous êtes sérieux !

Détrompez-vous ! J'adore plaisanter. J'adore le rire !

Vous savez, chez les grands singes...

Pitié. Je l'ai entendue mille fois celle-là.

Pas de citation de Rilke ce soir.

S'il vous plaît, épargnez-moi.

Oui, bien sûr.

En tout cas, c'est passionnant. Passionnant, Jean-Yves.

Il faut que vous me réexpliquiez tout ça, mais lentement.

- Avec plaisir. - Très lentement.

Bien sûr.

Je vous cache pas qu'elle suscite énormément d'intérêt,

mais elle est encore libre d'acquisition.

Donc après, faut se positionner...

Coucou.

Coucou.

- Excusez-moi. - Un instant.

Cécile, j'ai pensé...

Si vous voulez voir quelques travaux,

j'ai des ébauches d'ébauches dans ma voiture.

Oui. Un autre moment, je suis occupée,

mais avec plaisir.

Oh ! Je n'ai jamais de cartes de visite sur moi, mais...

Parfait. Extraordinaire, en voici une. C'est mon fixe.

Vous donnez ça à mon assistante ? Laëtitia ?

Voilà, elle vous attend.

Excusez-moi. Qui est votre assistante ?

- Laëtitia, qui est là. - Ah oui... je la connais.

Le business des GAFA, c'est plus que

de la vente par correspondance.

Ces gens génèrent le virtuel.

Ah, vous êtes là !

Je vous cherchais !

Oh, Macha, très chère amie !

Qu'est-ce qui vous prend ? Vous êtes dingue ! Oh !

[l'homme continue son monologue]

- Un malentendu. - Ah oui !

J'ai pensé qu'elle me parlait, je...

Pour un conceptuel, vous êtes drôle. Vraiment, bravo.

Je vais vous présenter mon mari.

- Tu es du data, je suis du data... - Claude.

Voici Jean-Yves Machond, un artiste.

Bonjour, enchanté.

Mon mari, docteur Claude Fouasse.

- On est tous du data ! - Je vous laisse faire connaissance.

Amazon, c'est quoi ? 99 % de leur chiffre,

c'est du data ! - C'est terrible.

Ça suffit !

Stop ! Stop.

Moi, je prends.

Pourquoi ? Parce que j'ai investi dans le bitcoin.

Moi, j'ai plus de cash sur moi !

[musique interloquante]

J'adorerais visiter votre atelier, Jean-Yves.

Vous faites visiter votre atelier ?

Seulement sur rendez-vous.

Les Chinois ont tout compris ! Je parle même pas d'Hong-Kong.

Ça va les messes basses, ici ?

Jean-Yves me propose de visiter son atelier.

Pas du tout ! Pas du tout. C'est...

Oh ! Pas du tout ?

- Ah, je connais ces trucs-là. - Non.

Les visites d'atelier, je connais.

Tu veux visiter sa petite culotte ?

Pilou, arrête. T'es lourd !

[des mouettes chantent]

- Quoi, c'est pas marrant ? - Non.

C'était pas marrant ?

- Si. - Non !

Non.

Si, c'était marrant.

Bon, allez, c'est bon.

De toute façon, ici, moi, je m'emmerde.

Il faut pas faire attention à lui. Il est...

Oui, je sais. C'est tragique l'alcool, parfois.

Vous, vous ne buvez pas ?

- Je mesure. - Ça m'étonne pas.

On fait un petit pot chez nous

avec Macha et d'autres, ça vous dit ?

Avec plaisir.

- Alors on y va. - il sera là ?

Ben oui, c'est chez lui.

Allez, putain !

Allez !

Il me colle au cul cet imbécile.

Sur la place handicapée en plus !

Regarde ça, c'est fou ça !

On est chez les dingues, là.

Vous êtes venu en voiture ?

Euh... non. Ah, si.

Je suis stationné un peu plus loin.

Montez avec nous. Pour rentrer, on vous commandera un taxi.

D'accord, d'accord.

Voulez-vous que je vous aide pour la manœuvre ?

- Non. - Non ?

Tu vas voir ce que tu vas voir.

Putain ! Pourquoi il va se coller, là, lui ?

Il va prendre l'attache remorque dans...

Attention parce que...

- Vous avez touché ! - Non, t'occupe.

Y'a qu'un pilote.

Putain, dis !

Toi, tu t'es collé, Pilou !

Moi qui suis collé ? Je suis pas collé !

C'est l'autre devant qui t'a coincé.

Non. Tu fais des amalgames, là.

Vous l'avez touchée encore.

[Machond] C'est une voiture de collection, tout de même.

[Claude] Ah ouais ? On va la soigner alors.

Qu'est-ce que tu fais ?

- Mecqueton. - Machond !

Tu vas me rendre un service.

Je vais avancer tout doucement... Baisse ta vitre !

Fais-le directement. Bien.

On va passer à côté de la bagnole, tu vas choper son rétro.

Vas-y, vas-y !

Arrache-le ! Ah, tu le chopes !

- [Machond gémit] - Tu l'as ?

[musique trépidante]

Pilou, franchement...

Pilou, arrête un peu, tu veux pas ?

Fous-moi la paix, hein. Occupe-toi de tes affaires.

Je suis un peu étonné, parce qu'on m'avait vanté le...

le confort des berlines allemandes,

mais ici, je trouve que la sellerie,

enfin, l'assise est un peu sèche. Vous ne trouvez pas ?

Regarde ce qu'il m'a fait ton artiste là !

- Pardon ? - Bravo ! Super !

Il s'est assis sur la croûte de Macha.

- Quoi ? - Ben oui, regarde.

Oh non, Jean-Yves...

- Je suis désolé. - File-la-moi.

- Merde, merde... - Ah, je suis désolé.

Qu'est-ce que c'est que ce mec, putain.

Qu'est-ce... Pilou mais enfin !

C'est un blasphème.

De plus, je pense qu'elle n'était pas sèche.

On pourrait peut-être s'arrêter parce que je crois que je...

Pouvez-vous ne pas vous asseoir

car s'il y a de la peinture sur les sièges,

on va en entendre parler jusqu'à Noël. Sa voiture, c'est...

Voilà. Je vais me tenir comme ça.

- En suspension, voilà. - Voilà.

Vous ne pouvez pas conduire.

Madame devra prendre le volant.

C'est toi qui es plein comme un boudin.

Non, c'est vous qui l'êtes.

Madame, vous avez entendu ?

- Je ne conduis pas. - Conduit pas.

J'ai le droit. C'est permis ?

J'aimerais rentrer chez moi.

- Monsieur l'abbé, peut-être ? - Pardon ?

- Vous avez bu ? - Non.

Heu... Un petit cocktail. Un Bleu du ciel.

C'est petit.

Monsieur l'abbé, descendez.

Vous aussi.

Je ne suis pas un abbé.

Et il dit qu'il a pas bu...

- Venez par ici. - Oui.

- Du curaçao... - Sortez, docteur.

- Soufflez de manière continue. - [il souffle un coup]

- Non, continue. - [il souffle un coup]

- Continue. - [il souffle par petits coups]

- S'il vous plaît. - Pardon, monsieur.

[il souffle continuellement]

Encore, encore, encore.

C'est bon, merci.

Il est négatif.

C'est bon, vous pouvez y aller.

- Merci. - On y va, là ?

- Oh ! - Oui, j'arr...

Pardon, Cécile.

[thème du film, rythmé et apaisant]

[de la musique anime une fête dans une maison]

Ouh là là.

[quelqu'un ronfle]

Bravo, Jean-Yves. Vous avez assuré comme un chef.

- Comment vous remercier ? - Oh, je ne cherche pas...

Je veux pas voir les autres.

Venez, on va dans ma chambre.

- Votre chambre ? - Mmh ?

Mais volontiers.

- Entrez. - Oh.

[Machond est admiratif]

Bel espace.

Par contre, ça vous ennuie pas d'ôter votre pantalon ?

Avec la peinture, vous allez tout me saloper.

Oui.

[Machond hésite]

Ici ?

Oui.

Ça vous dérange pas ?

Non.

Je peux vous prêter

un pantalon de Claude, si vous voulez.

Non.

Oh !

Un petit peu de Macha.

- [musique dramatique] - [l'homme parle une langue asiatique]

[Cécile] Vous savez que j'adorais vos pièces vides.

[Machond] Ah bon ?

[Cécile] Mais je vous assure. De tous les vides,

c'était le vide le plus vide. - [la vidéo continue]

- [sa tête cogne] - Attention.

La première fois que j'ai abordé et exposé une pièce vide,

c'était pour moi l'apogée de l'art.

Pas seulement de l'art conceptuel, l'apogée de l'art tout court.

J'avais envie que les gens

quand ils rentrent dans cette pièce vide,

qu'ils aient envie d'être libres, libres de voir ce qu'ils voulaient.

C'est ça que j'ai voulu faire.

J'ai failli vous acheter une pièce vide.

- Ah bon ? - Ah oui ! Mais Claude a pas voulu.

On se comprend pas du tout, lui et moi.

Mmh... Pilou !

C'est dommage puisque vous avez une belle demeure.

J'aurais bien vu une belle grande pièce vide ici.

Quel grand fou vous faites !

C'est vrai je suis un peu fantaisiste, mais fou...

[Cécile rit doucement]

On fume un joint ?

Un joint ? Ma foi, pourquoi pas.

J'ai une question à vous poser, Jean-Yves.

- Mmh ? - Vous pensez que je vais

coucher avec vous ?

[la voix faiblarde] Quelle idée ! Bien sûr que non.

J'ai eu l'impression

que vous y pensiez.

Quelle idée, non. Enfin, je ne suis pas une bête, Cécile.

Pas du tout ?

Parce que là, vous allez me vexer.

- Vous jouez avec moi. - [Cécile ricane]

Vous êtes célibataire ?

Euh, oui.

Pas marié, pas d'enfants ?

Vous êtes hétéro, cisgenre, binaire, non ?

Oui, hélas.

Si, j'ai été marié.

Divorcé. J'ai un enfant, mais je ne le vois plus.

Oh non, pitié.

Pas les tristesses.

Encore. Épargnez-moi.

[il chuchote] D'accord.

Je trouve que nous nous ressemblons, Jean-Yves.

J'ai envie qu'on soit amis.

Pardonnez-moi. Je ne m'y attendais pas.

- C'est extrêmement fort. - Mais c'est bon.

C'est bon.

Faut pas qu'on aille trop vite.

[le souffle de Cécile tremble]

- Cécile ? - [Cécile inspire profondément]

Ça ne va pas ?

Non mais c'est pas ça, il faut pas faire attention,

je suis trop émotive.

C'est vrai que ça se bouscule un peu.

[Cécile expire]

Je suis une merde, Jean-Yves.

- Une merde ? Pas du tout. - Si.

Oh là là, c'est la drogue qui vous fait dire ça. Pas du tout.

Vous êtes... Comment vous dire...

Vous êtes merveilleuse.

Passez-moi le joint, Jean-Yves.

[elle chuchote] Le joint, passez-le-moi.

Dans votre main.

[il chuchote] Vous m'entendez ?

Vous êtes une femme exceptionnelle.

[Cécile gémit] Arrête, Jean-Yves,

tu veux bien ? Arrête parce que...

J'ai ouvert une deuxième galerie.

Oui, j'ai récupéré des grandes halles à Honfleur.

C'est un endroit magnifique, C'est magique. C'est immense.

J'aimerais que vous m'accompagniez. Et alors...

c'est vide !

D'accord.

Vous pourriez me conseiller. Et peut-être

que là-bas, vous pourriez me sauter.

- [ressac de la mer] - Avec plaisir.

Non ! Qu'est-ce que je raconte ?

Avec plaisir pour vous aider.

Évidemment, Claude s'oppose au projet.

- Ah Claude ? Pilou ? - Comme par hasard.

On n'a pas les mêmes goûts. Il est terre à terre. Il me comprend pas.

Son truc, en peinture, c'est les bateaux qui rentrent au port.

[d'un ton intense] Vous savez, Cécile,

je suis un homme entier, moi.

Et j'ai l'impression

que vous et moi, c'est comme un coup de foudre.

- Ça arrive chez les gens... - Mmh...

ouverts à toutes les possibilités.

Je pense qu'il vaut mieux que vous partiez avant de tout gâcher.

Oh là là... Recule

[comme à un enfant] vilaine bouche.

Oh, qu'elle est vilaine !

Pardon, je ne sais pas ce qui m'a pris.

- J'ai cru un instant que vous... - Beh non.

D'accord.

J'ai pas envie.

Excusez-moi, je ne sais pas...

Je me suis comporté comme un...

Ah, téléphone ! Oula, c'est où ?

Cécile.

Ah, il est là !

Ah !

Harold !

T'es où, grand méchant ?

[Cécile s'exclame]

Attends, parle plus fort. T'as pris quoi ?

J'y vais.

[elle chuchote] Oui.

Eh Ben, j'arrive alors.

Qu'est-ce que tu fous là, toi ?

Rien.

[des oiseaux pépient]

[l'alarme de la voiture retentit]

- [un corbeau croasse] - [ressac de la mer au loin]

[musique douce]

[des mouettes chantent]

[note d'instrument à cordes]

[des notes sont jouées au clavier]

[Machond chante approximativement, la voix faible et cassée]

[Machond force sur sa voix et grogne]

Jean-Yves Machond, je vous croyais plasticien, pas musicien.

[Machond joue une musique intimiste]

On est tous un peu musiciens.

Simplement, je pense que l'ignorance dans quelque chose

offre bien des opportunités.

[Machond chantonne approximativement]

[avec intensité] ♪ Mother ! Motherrr ! ♪

[il pousse sur sa voix cassée] ♪ Mother ! ♪

Voulez-vous dire qu'en musique comme en peinture,

vous seriez comme l'oiseau chante ?

Vous citez Messiaen ! Vous m'amusez.

[un téléphone sonne]

Excusez-moi.

Oui, allô ? Jean-Yves Machond.

[Cécile] Jean-Yves, c'est moi.

- Cécile ! Comment allez-vous ? - J'ai si honte pour hier soir.

Comment avez-vous fait ? Tout seul ? Cul nu ?

Je voudrais juste mon pantalon.

Je suis en dessous de tout.

J'aurais pu au moins vous offrir quelque chose...

Un drink, une soupe, une gaufre, un sandwich...

Ça n'a pas d'importance...

Ou même une pipe ?

- Une ? Excuse-moi, je... - Non, une pipe.

Non, je ne...

Je suis une femme flamme, vous savez.

- Une ? - Flamme.

- Une femme flamme ! - Oh !

- Bon allez, je vous embrasse. - Moi aussi, je...

- [tonalité du téléphone] - Allô ?

Cécile ? Allô-allô ?

Ah...

[Macha] Une même couleur

appliquée par deux mains différentes donnera deux tons différents.

Car chaque peintre crée son medium

au fur et à mesure de son travail.

Renoir disait : "C'est ce qui donne à la peinture

"cette hésitation, cette fragilité

"qui lui est si cruciale."

Vous êtes artiste ?

Quelle étrange question, Macha.

On est tous et toutes artistes, non ?

Autre question bête, vous allez me dire :

c'est quoi ?

C'est de l'expressivité.

- Ah oui, oui... - Oui !

Pour moi, c'est un hérisson, hein.

[Macha ricane]

Alors...

[Bagnoule] T'apprenais quoi à tes élèves ?

T'étais prof de quoi ?

Moi, je les aidais à monter des dossiers de subventions.

Le plus important.

Dis-moi, tu vois quoi, toi ?

Euh...

Un hérisson. Non ?

- Oui. - Ben oui.

Bien vu.

[Macha conseille d'autres élèves]

[Machond] C'était très inspirant,

merci !

Je t'en prie, quand tu veux.

- Ouh là ! - [Machond ronchonne]

Il pleut toutes les deux heures ici !

Écoute, tu vas attendre deux minutes avant d'y aller, là.

- Tu crois ? - Ah ben oui.

J'adore peindre quand il pleut.

Je trouve qu'y a rien de plus réconfortant, hein ?

Ah bon ?

Pourquoi t'as arrêté le conceptuel ?

[hésitant] J'ai jamais arrêté le conceptuel.

Oui, je sais. Mais enfin... T'avais une renommée, on m'a dit.

Et du jour au lendemain, t'as plus exposé...

Pourquoi ?

Ainsi va la vie, Bagnoule.

J'ai eu une séparation un peu difficile.

Tu sais que j'ai un enfant ?

- Ah bon ? - Oui, une petite fille.

Enfin, petite, elle doit être grande maintenant...

Un jour, ma femme est partie. Elle me l'a enlevée.

Elle est partie en Chine.

À l'époque, je travaillais sur le vide.

Le vide, je peux te dire, je l'ai vécu.

- On l'a tous connu. - J'y vais, tant pis.

Mouillé pour mouillé...

Merci, hein, Bagnoule !

[musique douce]

[il soupire] Putain. Quel temps de merde.

[en anglais] Cécile Fouasse-Demauprès,

laissez un message.

Cécile.

C'est Jean-Yves.

Ça fait trois jours que j'essaie de t'appeler.

Mais silence radio.

Alors, je me décide à te laisser un message.

Écoute, il faut que je te parle.

Je... Comment te dire, je...

[il s'énerve] Par la porte ou par la fenêtre,

il faut que ça passe !

[il se radoucit et bégaie]

Oh. Excuse-moi, je me suis emporté. Je...

Non. Non...

Non, non, non !

- [une porte s'ouvre] - [des clés tintent]

[une porte claque]

[écoulement d'un liquide]

[vacarme]

[il gémit]

- [écoulement d'un liquide] - [du métal grince]

- [les mouettes chantent] - [ressac de la mer au loin]

Oh, putain !

Oh, merde !

Elle a glissé ! Oh, merde.

Elle a glissé !

Oh non ! Oh !

[musique dramatique, électronique]

[des oiseaux pépient]

Elle glisse...

Je suis pas surpris. Je connais ta maison.

Vous connaissez ?

Bien sûr, avec Le Homet, t'es entre de bonnes mains.

Il va t'arranger ça.

Venez, on va boire un coup. Oh !

[Le Homet] Je vais voir si Noï est visible.

- Attendez ! - [Bagnoule rit]

[Machond] Mais... l'hommet là, il est entrepreneur ?

Oui. C'est Le Homet.

Le, plus loin, Homet. Vas-y, répète.

Le Homet, j'ai compris. Mais il est compétent ?

Bien sûr.

Et aussi artiste.

Regarde cette girafe.

Et là, un portrait de Noï.

[Machond chuchote] C'est qui Noï ?

C'est la personne avec qui vit Le Homet.

- Oh ! Vous venez ? - Oui. On arrive, Le Homet.

Ouais, par-là.

- Ça va ? - Mmh, salut.

Ça boume ?

- Ça va. - Assieds-toi.

- Beh, avec plaisir. - On peut t'aider Le Homet ?

- Non ! - Bonjour, Madame.

- Euh... Jean-Yves Machond. - Salut.

Waouh.

[Le Homet] Ça vous va, du vin blanc ?

Qui est-ce ?

- Noï. - Ah, c'est Noï.

[musique provenant des écouteurs]

C'est une dame ?

Pourquoi ? Ça t'inquiète ça ?

Non ! Du tout, du tout.

Mais... euh...

Elle a déjà glissé, hein, votre maison.

- Ah bon ? - Il y a quinze ans.

Là, il faudrait voir si c'est pas les canalisations qui ont souffert.

Non, je m'en porte garant.

Oh, ben, ça. Si je peux me permettre,

j'ai mis 15 mètres de gros tuyaux pour tout évacuer.

Non, mais Le Homet va te tirer d'affaire.

- Et il va te faire un prix, hein. - Non, non.

Si, Machond est un ami.

C'est aussi un artiste comme nous.

Enfin...

Nous n'avons pas le même travail...

Eh ! Il faut se serrer les coudes entre artistes...

Ce n'est pas faux !

Et d'ailleurs, il me disait que le portrait de Noï était magnifique.

- C'est ses termes, hein, magnifique. - Ah ouais ?

Ben ça me touche. Ça me... Je prends !

Mais je pense que votre architecte

est un con. Pas faire de fondations...

c'est un truc de con. - Non, attention.

L'architecte, un peu con, c'est Georges Mouton.

Alors les fondations, il s'en fout un petit peu.

Un peu d'audace dans l'art ne fait pas de mal.

Donc, "foin de ces idées reçues",

comme dirait monsieur Mouton.

Il faisait foin !

Mais je vous adore !

- Ah bon ? - Je vous adore.

Je suis ravi. Merci, monsieur Le Homet. Bon, alors...

- À Georges Mouton ! - À Georges Mouton !

- Foin ! - Voilà !

[tintements d'un carillon à vent]

- [musique douce] - [des criquets stridulent]

[Bagnoule] Arrête-toi deux secondes.

[Machond] Ouais.

[la voiture grince]

C'est bien là.

[le moteur se coupe]

Eh franchement !

T'aurais pu le faire chez Le Homet, hein !

[des criquets stridulent]

[des mouettes chantent]

Mais où est-ce qu'il va ?

[Machond] Qu'est-ce que tu fais ?

J'y arriverai jamais mon vieux.

Mince. Problème de prostate ?

Non, si je pouvais m'en approcher,

ne serait-ce qu'un peu, tu vois ?

Et non, c'est interdit.

Je te parle pas de ça. Je te parle de ça !

De ces couleurs, de cette grâce, de cette beauté.

Si seulement j'étais digne de les peindre !

Oh, pff ! Mouais.

Je te comprends pas, Machond.

Pourquoi ?

Ben pourquoi t'es venu ici ?

Ben...

c'est toi qui m'as demandé de m'arrêter pour uriner.

Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'il y a ? Hein ?

Mais ça va.

- Non, ça va pas. - Si.

Mais vas-y, vide ton sac, hein ! Dis-moi.

Non.

Ben, si. Je m'inquiète un peu pour ma maison, voilà.

Bagnoule souffle.

Ta maison, y a pas que ta maison, ça se voit.

Parle à Bagnoule.

Dis-moi ce qui va pas chez Machond. Allez !

Dis-le !

Ah mais je sais !

- Quoi ? - Machond est amoureux !

Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe...

Mon pauvre ami.

Oui, c'est vrai.

- Elle me rend fou. - [Bagnoule rit]

Je m'en doutais.

Tu le diras pas, hein ?

- Non. Ça reste entre nous. - Bien sûr.

- [les mouettes chantent] - [ressac de le mer]

La nature ! Y'a que ça de vrai.

Tout en vient, tout y retourne, tout s'y résout.

Tu vois cette petite mouche, là ? Regarde.

Mmh.

Ben c'est la mouche du navet. Delia floralis.

Alors, d'abord, elle se pose sur la fleur du navet.

Elle y prélève une petite substance lubrifiante

pour ensuite aller féconder la femelle.

Tu vois, c'est fou la nature.

Mais t'es sérieux là, pour la mouche ?

- Mais non, je déconne. - Ah, d'accord.

- C'est pour te distraire, eh oh ! - OK.

Tiens, regarde.

Eh !

On est là !

- Salut ! - Ça va ?

Je ne fais que passer. Je file.

Tu connaissais Machond ou pas ? Je me rappelle plus.

On s'est déjà vus ici, mais on ne s'était pas présentés.

Ben, du coup. Machond. Déborah.

- Jean-Yves ! - Ah, Jean-Yves. Voilà.

Figure-toi, il voulait t'acheter un caillou.

- Ah, ouais ? - Heu, non. Ben, non.

C'est gentil, ça. J'en ai un là, justement.

Une pierre de poche.

- Fais voir, je peux ? - Euh, oui...

C'est cher ?

- Combien ? - 50.

50 ! J'en ai pas un aussi beau chez moi. T'as de la chance.

- Prends-le ! - Je t'en ferai un autre.

Prends celui-là. J'ai pas les moyens.

Gardez-le. Vous payerez après

en échange du Bleu.

- Je me sauve ! - Ah, oui ! Le Bleu !

- [la cloche de l'entrée tinte] - D'accord, d'accord.

Qu'est-ce qu'elle est belle,

ça me fait presque mal.

Quoi ?

C'est une drôle de fille...

Elle parle je sais pas combien de langues, elle est quasi SDF.

Elle voyage tout le temps. Et ici, elle travaille derrière là.

- Ah oui, je... - Le patron est cool.

Cécile Fouasse lui a proposé d'exposer.

Cécile ? Dans sa galerie ?

Elle l'a envoyée sur les roses. T'imagines le cran de cette petite ?

- T'as bien fait de l'acheter. - Non, je lui ai pas pris.

Si, attends, tu lui as acheté là, oh !

Ça l'aide.

Moi aussi, j'ai besoin d'être aidé. Je te rappelle que ma maison glisse.

Mais tu fais chier avec ta maison. Ça coûte trois fois rien, ça.

À chaque fois...

ça peut pas être moi qui achète. Ça commence à se voir.

Mais je te rembourserai si tu veux.

- Non, attends. C'est bon. - Tiens, garde-le.

Ça te portera chance.

- Tu crois ? - Ben, oui. Ça porte chance...

Aider les autres.

- C'est vrai que c'est joli. - Ben, oui !

[musique douce et rythmée]

[le moteur démarre]

- [la musique s'arrête] - [quelqu'un crie]

Stop, stop !

Stop ! Il y a un gros problème.

Quelque chose s'est cassé, ça a fait un bruit étrange.

Peut-être quelque chose qui s'est détaché.

Oh. [il inspire]

- [ils reniflent] - Mon dieu.

[un liquide s'écoule]

Il y a des remugles.

- Ça sent horriblement mauvais. - Ben, la merde.

La merde ?

L'évacuation... Ça tenait plus que par la fosse.

Il faut faire quelque chose !

Je vais revenir avec des gars, mais quand ?

Et en attendant, cette nuit, attention aux rats.

Des rats ?

Oui.

C'est un calvaire.

[il s'énerve] C'est un calvaire !

Je suis déçu, hein.

Oh là. Oh, ça sent davantage à l'intérieur.

Oh là là, c'est épouvantable.

- [musique douce au piano] - [des insectes grésillent]

[la musique s'arrête]

[la vitre est frottée]

[la musique reprend]

- [il rit doucement] - [les frottements continuent]

[grincements métalliques]

[d'un ton pédant] "Machond.

"Nous sommes un peu surpris.

Pourquoi avoir pris un sujet d'une mièvrerie aussi convenue ?

Le hérisson." [il imite un rire]

[il inspire, blasé] Oh, détrompez-vous, chers amis !

Non, il n'y a rien de mièvre à cela.

Je vous l'ai dit, je travaille depuis des années

contre le diktat du sujet, vous le savez.

Vous devriez plutôt vous demander

pourquoi vous ne vous autorisez pas cette liberté ?

Car vous n'êtes pas artiste.

[ton pédant] "Écoutez, Machond !

- [musique intrigante] - De la gouache.

[rire ridicule] Un peu de mine noire.

[il est surexcité] Et on en fait un, de hérisson !"

Là, vous voyez ! Je m'autorise le long hérisson

comme je m'autorise le hérisson carré.

"C'est ça, Machond. Pris de folie, vous peignez comme un fou !"

[la musique s'intensifie]

[des notes aigües fébriles s'insinuent]

- [tintement] - [la musique s'estompe]

[il bâille]

[la musique s'arrête]

[coups presque imperceptibles]

[rire amusé]

[on frappe à la porte]

Qui est-ce ?

[des insectes grésillent]

Oh ! Cécile !

[il est confus]

C'était ouvert.

Quelle surprise !

Vous m'avez envoyé un message. Je pensais que vous alliez venir.

Un fâcheux contretemps. Désolé.

Mais j'étais tout émotionnée. Je vibrais dans l'attente.

Ah bon ?

Cette odeur est épouvantable. Vous venez de chier ?

Non, pas maintenant. Mais simplement, c'est mes...

évacuations qui posent problème.

Voulez-vous que je mette...

Oui. Un papier d'Arménie ?

Ah ben voilà. Tenez.

[il prend un ton très enjoué] Oh, une bonne bouteille de Porto !

- [elle rit] - Bigre, je suis gâté.

Servez-nous pendant que je...

découvre l'atelier de l'alchimiste.

J'étais jamais venue dans cette maison.

[en riant] Dommage que vous la traversiez...

dans ces remugles un peu dégoutants, mais bon...

Vous aussi, vous peignez des chattes ?

[il verse le porto]

Ce ne sont pas des chattes, ce sont des hérissons.

Des hérissons ?

[elle se moque] Coucou.

[il rit, un peu confus] Coucou.

- Attention, ils sont numérotés. - Pardon, pardon, pardon.

- On trinque ? - Oh !

À votre visite.

[elle chuchote] Tchin.

[il s'exclame] Délicieux.

Comment vous pouvez boire ça dans cette puanteur ?

Je suis sincèrement désolé. [il inspire, embarrassé]

Alors, Jean-Yves, des hérissons ?

Oui, ça vous surprend.

Un peu, un peu.

Voyez-vous, Cécile, j'ai décidé de dépasser le sujet.

[d'un air pédant] Je veux que le sujet soit à la fois

validé, en tant que hérisson, bien entendu.

Mais aussi mis hors jeu de par sa reproduction.

Vous comprenez ?

Validé, hors jeu.

On en avait parlé la dernière fois à l'exposition.

Je ne veux plus du diktat du sujet. Donc, il n'y a pas de sujet.

Ce sont des chattes, Jean-Yves.

- Des milliers de chattes. - [coups presque imperceptibles]

C'est pour moi que vous avez peint ça.

- [musique romantique au piano] - Toutes ces chattes.

[il a le souffle court]

Je sais pas trop ce qui m'arrive. Je...

Je débarque en pleine nuit

dans l'atelier d'un artiste que je ne connais pas.

Personne ne sait que je suis là.

- Personne ? - Personne.

- Vraiment personne ? - Non.

Il peint des chattes.

Non... [il balbutie, gêné]

[la musique s'arrête]

Non. Pas dans cette puanteur. Il faut que je prenne l'air...

- Attendez... - Je vais me sentir mal.

On peut peut-être...

- Non. - Se promener ensemble

ou peut-être... Non, vous croyez pas ?

Retourne à tes hérissons, gros cochon.

[elle rit]

[la porte s'ouvre]

[elle pousse des cris de soulagement]

Mais enfin, Cécile ! Je ne suis pas de bois !

- [le lit est secoué] - [il respire fort]

- [grincements.] - [il se racle la gorge]

[Machond] Fous le camp ! Fous le camp ! Non, non !

Oh non, pas maintenant !

[il râle]

Oh, merde !

[thème du film rythmé et apaisant]

[grincements aigus]

[la musique s'arrête]

[les fusains grattent le papier]

[Sylvia] Pardon.

C'est drôle...

vous laissez une grosse tache à la place du sexe,

on dirait un nuage.

- Oui ! - Vous le faites exprès ?

Oui. Oui, oui, oui.

Je trouve que le sexe est un concept un peu désuet.

À l'heure où on se pose des questions de genre,

ce thème frôle le réactionnaire, la droite, voire l'extrême droite.

Désolé de vous le dire. Qui serais-je pour...

[il inspire] Désigner le sexe d'un autre ?

Tu ne vois pas le sexe de Sylvia ?

Franchement, non, non. Et puis, de toute façon,

je suis contre l'idée de voir, voilà.

- [il rit] - C'est fou ça.

- Oui. - Je suis une femme.

En êtes-vous sûre ? En êtes-vous sûre ?

Oui, la société vous bourre le crâne depuis des siècles et vous le dit.

Mais... [il souffle avec dédain]

Il faut se poser les vraies questions.

Je suis très sérieux.

T'es trop mignon quand t'es sérieux. Tu nous fais rire.

- Rire ? Chez les grands singes... - [tonalité d'un téléphone]

[il chuchote] Oui...

Les amis, je vais à Bruxelles.

Oh, non !

La maison,

les travaux !

- Tu retournes vivre à Bruxelles ? - Non.

Pour une transaction.

[tonalité du téléphone]

[il inspire profondément]

[air doux au piano]

[il imite les bruits d'une batterie]

[un téléphone sonne]

- Allô ? Cécile ? - Oui, mon amour.

Oh, je me demandais quand vous alliez m'appeler.

[Bagnoule] Mais non, c'est moi. [rire]

- Non. - C'est Bagnoule.

Je l'ai entendu à ta respiration.

Tu m'appelles pourquoi ? Je travaillais.

Je t'appelais pour t'inviter à dîner ce soir.

Non, demain je me lève aux aurores. Je ne peux pas.

Allez. J'ai des chapons...

Il les cuisine à la truffe et au foie gras.

Mmh.

- C'est pas interdit le foie gras ? - Non. Pas encore.

- Allez, viens. - OK. Il faut que je me détende.

Mais je te préviens, je n'ai pas l'intention...

de me coucher tard. - [musique de tension]

Je te laisse, pardon.

- [la musique s'arrête] - [il hurle et halète]

Qu'est-ce que tu fous avec une poêle ?

Tu cuisines ?

[il a le souffle court] Oui, pardon. Tu m'as surpris.

J'allais me faire des champignons.

- Veux-tu partager ma table, Claude ? - [grincements]

Non merci. Appelle-moi Pilou, c'est plus simple.

D'accord.

[sa voix est aiguë] Je te sers à boire ?

Tiens, c'est marrant ça.

J'ai exactement le même Porto chez moi.

Quelle coïncidence.

C'est pas pour ça que je suis venu.

Mais pour un service.

[sa voix sort à peine] Avec plaisir.

Tu pourrais accompagner ma femme à Bruxelles ?

Bon, alors..

En deux mots, je vais aller droit au but.

J'ai plus confiance.

Si, si.

Ouais, euh... Je mets ma main à couper que...

elle me trompe, qu'elle a un amant, voilà.

Bigre.

- Bigre, tu l'as dit. - [grincements]

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? - Parce que...

J'ai constaté, maintenant qu'on rentre dans l'intimité, que...

elle est de plus en plus excitée. - [il est gêné]

- Oui. - Excitée ? Mais...

Tu veux dire...

- Oui. - Sexuellement ?

Ça me regarde pas.

- C'est pas la question. - Non.

Es-tu prêt à l'accompagner ? Oui ou non ?

Oui, mais elle va...

Je lui expliquerai, t'occupes pas de ça.

Moi, j'ai besoin d'un périscope.

- Tu vois ? - Périsc...

- C'est ce que j'attends de toi. - OK.

Je dois savoir ce qu'elle fout, avec qui.

En toute discrétion.

Un périscope pour regarder à la surface.

Pourquoi tu crois qu'il est de Bruxelles ?

Il n'est pas d'ici !

Je connais tout le monde, c'est tout petit.

Je te signale, pour information, je suis belge à la base, hein.

- Mais non ! - Ah, si.

Ça ne s'entend pas.

Parce que j'ai gommé mon accent.

Je l'ai lissé !

De façon à être plus passe-partout, entre guillemets.

Tu comprends ?

- C'est vrai, tu n'as pas d'accent. - Je te prie de me croire une chose.

Lui, il habite ici, je le croise, il passe un sale quart d'heure.

Je lui dézingue sa gueule. Et bam, bam, bam,

bam, bam, bam, bam, bam, bam, bam...

Bam !

- Je crois qu'il... - [il recommence]

Jusqu'à quand il a plus une ratiche.

- Plus de... - Ouais.

- Puis ? - Ses couilles.

Ses couilles ?

- T'en as gros sur la patate. - Dernière chose que je voulais dire.

- On la joue à l'ancienne. - À l'ancienne ?

- Elle va t'appeler. - Oui.

Mais nous, on ne s'est jamais vus.

- Jamais croisés. - Je...

Pas entendu. On a rien dit. Tu comprends ça ?

D'accord. OK.

Je trouve que tu fais du très beau travail

- Ça te plaît ? - Je prends les deux petites chattes.

Ça doit pas valoir très cher.

- Ce sont des hérissons. - Appelle ça comme tu veux.

Si ça t'excite.

Écoute, parce que tu es un ami, je te fais 3 000 euros la pièce.

J'aurais mis 1 500 pour les deux.

Va pour 1 500.

- C'est plus correct. - Oui.

Éventuellement...

Je pourrais te demander une avance ?

- Je suis dans l'embarras. - Tous les mêmes, les artistes.

Des rats. C'est tout ce que j'ai.

S'il te plait, cadeau. Eh ! Confiance,

mon grand. Et dans "confiance", y'a ?

- "Fiance" ? - Non, motus.

Et dans motus, y'a ?

"Tus" ?

Ah, je préfère.

- Au revoir, Pilou. - [il ouvre la porte]

[la porte claque]

[coups presque imperceptibles]

[une femme parle] Jean-Yves ?

Jean-Yves ?

[des pas approchent]

- Tu fais quoi ici ? - J'ai rendez-vous avec les galets.

- [il rit] - T'as vu ?

- Toi, tu promenais ? - Oui.

On marche ?

D'accord.

Au Parthénon, c'est interdit de ramasser les pierres.

C'est du vol.

Il resterait plus rien du Parthénon sans ça.

Ce serait pas plus mal.

- [les mouettes chantent] - Tabula rasa.

Ce ne sont que des vieilles pierres.

Pourquoi tu refuses l'expo ?

Parce que c'est chez Cécile ou parce que tu ne veux pas exposer ?

Ni l'un ni l'autre. Je veux pas de galeries,

pas d'expos, pas de curateur.

- Je veux rien. - Ben, tu ne vendras rien !

Si, même, à toi.

[Machond sur un ton hésitant] Oui. Écoute-moi...

Ce que tu fais...

c'est très bien. C'est très fort.

C'est... C'est sincère. C'est simple et c'est concret.

Et la dictature du beau, je la refuse.

- [elle acquiesce en riant] - Non. Il ne faut pas rire avec ça.

C'est dramatique d'aborder la beauté, tu sais.

C'est tragique. Ah oui, parce qu'on hiérarchise les valeurs.

Y'a le beau, y'a le laid

qui devient valable, périmé, banal.

Bref.

Mais pourquoi tu fais ce que tu fais ?

C'est quoi le... Enfin, le...

- Le concept ? - Voilà. Je ne comprends pas.

Je crois que...

Je cherche un passage.

Un passage vers quoi ?

Vers l'éternité.

Mais si tu n'exposes pas, tu n'existes pas.

T'as déjà exposé ?

Ah, moi, comment te dire ? C'est plus compliqué.

Personnellement, moi, je suis contre le principe,

le concept d'exposer, exposant, expo...

Enfin, oui, j'ai déjà exposé.

Alors ça y est, t'existes ?

[il est amusé par sa remarque]

Bien vu, bien vu, bien vu. Tu m'as mouché, hein ?

Tu vas chez Bagnoule ce soir ?

- Oui. - On va ensemble ?

Oui. Je dois passer chez moi pour mes valises.

Je pars à Bruxelles.

Je sais.

Comment ça ?

T'as peint 1 000 hérissons.

Ils sont presque tous les mêmes.

[il souffle, frustré] Non.

[grincements] Vois-tu, Déborah,

c'est justement dans la répétition qu'il est intéressant de...

considérer le hérisson, qui en soi, n'a pas beaucoup d'importance.

Sans importance ?

Oui, j'aurais pu peindre un mégot, un crachat, un préservatif,

Ça n'a aucune importance.

Dans la répétition, je me pose la question du donner à voir.

T'es pas sérieux ?

Je suis sérieux. Attention.

[il est embêté] Déborah, tu vois...

- Elles sont numérotées, tu les... - C'est qui ? Ta fille ?

Oui.

[il s'approche]

Comment le sais-tu ?

Ben, elle te ressemble un peu.

Ah, tu trouves ?

Elle s'appelle Jia-Li.

Elle avait quatre ans.

Là, 20 ans.

Sa mère est partie vivre en Chine.

C'est une grande passionnée d'arts orientaux.

Elle m'a d'ailleurs quitté pour un Chinois.

- Oui... - Jia-Li en chinois,

c'est "bonne et belle".

Oui, c'est exact. Comment le sais-tu ?

Je parle un peu chinois.

Allons, bon ?

Tiens, regarde.

Elle me l'a envoyée.

Je sais que c'est elle. Elle a signé Jia-Li, tu vois ?

Mais là, le chinois. Je suis dans l'embarras.

Mmh. "Nous ferons connaissance.

Il reste du temps."

La carte vient de Qingdao, c'est une grande ville en Chine.

- [musique douce au piano] - T'as vu au bord de la mer ?

Mais comment sait-elle où je suis ?

Les Chinois savent tout.

Ah, tu penses ?

[la musique continue]

[Machond] Mais d'après toi, qu'est-ce que je dois faire ?

[Déborah] Attendre.

- [le vent souffle] - [les mouettes chantent]

[Machond] Ai-je droit à une question ?

- Comment je sais le chinois ? - Déjà.

- Tu veux savoir, hein ? - Tu es une énigme.

Excuse-moi, mais je...

Et si...

Et si on laissait tout ça imprécis ?

- Si on mettait pas d'adjectifs. - Oui.

Si pour une fois, on laissait ça là comme ça se présente ?

Oui, tu as raison. Oui, c'est vrai.

C'est un bon concept, non ?

C'est un excellent concept.

Un concept libérateur ?

- On peut dire un concept libér... - Allez, on y va.

[la musique s'estompe]

- [des couverts s'entrechoquent] - [propos indistincts]

Vous savez qu'aujourd'hui,

j'ai vendu deux de mes œuvres ?

À qui, Machond ? À qui ?

- Un collectionneur. - [on le félicite]

Ça s'arrose. Bravo, Machond !

- Cul sec ! - Allez, cul sec !

[ensemble] Cul sec, cul sec, cul sec, cul sec !

[acclamations et applaudissements]

- [Machond] On est tous des artistes. - Oui, plus ou moins.

On sera de plus en plus nombreux.

Chaque famille en compte au moins un,

voire deux par famille,

comme à jadis, y'avait un médecin, un curé, un soldat, un avocat.

Donc qu'est-ce qu'on va faire de tous ces artistes ?

Vous y avez pensé à ça ?

Non, il va falloir repenser l'art.

L'art va devenir organique, épidermique, interne !

Qu'est-ce que vous racontez ? Oh !

Et tes hérissons ?

- Quoi ? - Ils sont bien.

Oui, c'est gentil.

Mais je ne peins pas, je n'ai d'ailleurs jamais peint !

Moi, je peins l'idée de peindre. Il faut se poser cette question !

- Ça radote ! - [tonalité d'un téléphone]

[Bagnoule] Bon, écoutez, euh... Resservez-vous un Calva, les amis.

- [cris enthousiastes] - [ils discutent]

[Machond] J'ai entendu le mot Calva !

[musique rythmée en fond]

- Tu n'arrêterais pas là ? - Non, c'est bon.

Déborah...

Tous les artistes tiennent l'alcool.

[musique électronique rythmée]

[il ronfle]

[musique psychédélique]

[musique électronique]

[la musique s'estompe]

- [les mouettes chantent] - Oh, merde

[il gémit]

Bagnoule ? Bagnoule ?

[il respire fort]

[tonalité du téléphone]

[il respire fort]

Oh, merde.

[brouhaha de la gare]

Ah, Machond ! Machond !

Ah, c'est pas possible !

C'est quoi, cet accoutrement ? Puis, votre gueule.

Ah ! On a fait une petite fête chez...

chez Bagnoule, et c'est un peu long à expliquer.

Ça vous dérange si on repasse par chez moi ?

Non, on est très en retard.

Vous prenez le volant ?

- De la voiture ? - Oui.

Mais ? On y va pas en bus ?

Vous êtes dingue. Vous me voyez vraiment prendre le bus ?

Euh, non... Mais j'ai pris mon billet. Donc...

Machond, vous êtes sympathique, mais parfois embarrassant. On y va !

[il marmonne]

[les mouettes chantent]

- Bon Ben, demain alors ? - [Machond grogne]

Enfin, je sais pas, je vais réfléchir. Méchant.

Allez à demain.

[sur un ton empressé] À demain.

J'ai dû aller vomir dans les latrines.

Bagnoule m'avait préparé un chapon. Lourd, lourd, lourd.

Il cuisine comme un soviet.

- Oh, tu es sublime, mon amour. - [elle crie]

- Où tout ça va nous mener ? - Vous avez une haleine d'otarie.

Tiens, prenez une menthe, là.

Ah, c'est possible...

- J'ai des allergies. - Non, mais c'est pas dangereux.

Allez-y franchement, hein.

Bon, c'est pas tout ça,

j'ai l'estomac vide, et j'ai une petite faim, moi.

On s'arrête dans un restaurant ?

Non. On fera une étape ce soir.

- Dans un hôtel charmant. - Ben, non.

Bruxelles n'est qu'à 500 kilomètres,

Pas besoin de faire une étape.

J'aime pas les longs trajets. Il faut que j'explique tout ?

- C'est pénible. On y va ? Allez, zou. - Bon, d'accord.

[musique intrigante]

Une petite étape en amoureux.

[le moteur démarre]

Parfois, je suis si...

- Allez, en route. - [elle gémit, désespérée]

[des oiseaux pépient]

Votre carte et votre clé.

L'autre pour lui.

- Je vous laisse régler, Jean-Yves ? - Oui, bien sûr.

Euh... Vous acceptez le cash ?

- Oui. - Et une table pour 19 h.

Je vais me reposer dans ma chambre.

- On irait pas se balader ? - Je suis crevée.

Je vais dormir. Faites ce que vous voulez.

- D'accord, ma Cécile. - Euh...

Votre chambre n'est pas prête. On a un beau jardin.

- Si vous voulez y attendre. - [il acquiesce]

Ça fait 122 euros, s'il vous plaît.

[des oiseaux pépient]

[il ronfle]

[arrosage automatique]

[musique douce au piano]

Ah ! C'était bon.

Très bon.

Je me sens bien, Jean-Yves.

Je crois que je me sens libre.

Je me suis même rarement sentie aussi libre,

Pour en revenir au concept de ton nouvel espace.

On a beaucoup parlé de la galerie.

On se fait une petite promenade dans le jardin ?

J'ai envie de me dégourdir les jambes.

Bonsoir, merci.

- [elle salue le couple] - [la musique continue]

Parfois, la nuit, je me sens comme un loup.

Oui.

[ambiance de la nature]

Une des plus belles soirées de ma vie.

Oh.

Tu es une femme... tellement étonnante.

- [la musique s'arrête] - Proche et lointaine.

Le "Différent différent".

Ah, oui. Mais oui. "Différent différent."

Votre idée pour ma galerie.

J'aime bien. C'est intéressant. Ça pourrait être comme...

un flux sous-jacent, un rhizome.

- Et tellement d'actualité. - Bien sûr.

Mais, je me pose toujours la question.

Ne devrait-on pas envisager l'anglais ?

[elle est surprise] Ah !

Oui. "The different different". "The different different".

- Parce que "Différent différent". - Like, "The different different"...

J'ai un peu froid, on rentre non ?

Voilà, pas plus. Pas ces jours-ci, je suis pas...

Couchez-vous, on commence très tôt.

- [il proteste faiblement] - Bonne nuit, soyez raisonnable.

Cécile. Cécile.

Laisse-moi m'allonger à tes côtés. Je me ferai tout petit.

Je serai l'ombre de ton ombre, l'ombre de ta main...

C'est Brel ça ?

Oui. Oui, c'est Brel.

Enfin, on est même pas en Belgique encore !

[note angoissante]

- M. Machond. Ici, la réception. - Oui ?

Bonjour, il est 12 h. Vous deviez partir à 11 h.

- Oh merde ! Il est midi ? - Il est 12 h 12.

[brouhaha de l'auberge]

- Auriez-vous vu madame Fouasse ? - Elle est partie.

- Ah non, pas possible. - Si, elle est partie très tôt même.

[il maugrée]

- Monsieur, le mini bar ! - Une petite seconde, madame.

- [une tondeuse à gazon couvre sa voix] - Cécile ?

- Bien dormi, mon grand ? - Oui, je me suis assoupi longtemps.

[impatient] Où es-tu ?

- À Bruxelles. - À Bruxelles. Non. Mais non !

Cécile... Cécile...

Ce n'est pas possible. Je suis ici, devant l'hôtel, sur le parking.

Avec ma petite valise à roulettes. Je t'attends. Viens me rejoindre.

[il est désespéré] Je fais comment ?

Ne m'assommez pas avec le réel. Vous me faites du mal.

Excuse-moi. T'assommer avec quoi ?

- [bip de fin d'appel] - Allô ? Allô ?

- Allô ? Allô-allô ? - [tondeuse à gazon]

- [tonalité d'appel] - Cécile Fouasse-Demauprès.

- Leave a message. - [il raccroche]

- Alors ? - Le mini-bar.

Oui. J'ai pris une petite bière.

- Je m'en rappelle. - Monsieur a tout pris.

Digestifs et chocolats.

Ça fait 69,50. En espèces ?

- J'avais oublié. - Espèces ?

En espèces, oui. Je dois aller à Bruxelles.

- Vous savez où il y a une gare ? - Oh, là !

Le train passe plus. Essayez Daumiane,

c'est à 50 km. - Daumiane.

- Comment m'y rends-je ? - Comment ?

- La gare de Daumiane... - Ah ! En autocar.

En autocar ?

Par contre, faut vous dépêcher pour attraper le dernier.

OK.

[du verre tinte au loin]

- Merci. - Bonne journée, Monsieur.

[le moteur vrombit]

Attendez ! Attendez !

Attendez !

[il maugrée]

Atten... Attendez !

[il pousse des grognements plaintifs]

- [ambiance de la circulation] - [des oiseaux pépient]

[un téléphone sonne]

Oui, Cécile ?

[il prend une voix réjouie et rit] Oh, Pilou.

Non. Je pensais que c'était Cécile qui m'appelait

parce qu'elle est aux commodités. Peut-être, elle avait un souci.

Donc non, non, tout va bien. Hier, on a dû peut-être s'arrêter.

Elle était malade. On a pris une petite auberge très sympathique.

Elle était un peu... Oui, voilà. Bon, je ne le dirais pas comme ça.

Non, non, non. Elle ne m'a pas parlé d'amant.

Non, non. Soyez sans crainte. Non, non, je le saurais, non.

Non, non. On a beaucoup parlé de... sa nouvelle

galerie, mais pas d'amant. Voilà.

Ne vous inquiétez pas. De toute façon, monsieur Pilou...

Je suis là. Je vous tiendrai au courant de quoi qu'il arrive.

Voilà, à bientôt.

Merde, merde, merde !

Merde !

- Tout va bien ? - Non, tout va pas bien.

Je marche. J'ai le droit, non ?

[il crie] Hop, hop, hop !

Hop, hop, hop ! Je fais ce que je veux.

Et là, je repars en arrière. C'est un concept.

Et là, je repasse en avant. Un, deux, trois, quatre, cinq...

C'est un concept. Je marche comme ça. Voilà.

Mais le concept vous dépasse. Et à nouveau en arrière.

Et je reviens vers l'avant.

- Vos papiers, monsieur. - Non, monsieur.

- Je n'ai pas à le faire. - Vos papiers.

- Jean-Yves Machond, c'est suffisant. - Très bien, vos papiers.

Non. Pourquoi ? Je suis dans une forêt, monsieur.

J'ai le droit. À moins que je dérange.

- Je ne dérange personne. - Monsieur, reculez.

Ne levez pas la main sur moi. Pas de violence policière.

- Je lève pas la main. - Vous l'avez levée !

- Black lives matter ! - Quoi ?

[il hurle] Bien essayé ! Non !

Mais de quoi ?

Avec vos chaussures de haine.

Aïe ! Calmez-vous !

[il le raisonne]

- Jacky, viens ! Ça suffit, monsieur ! - [Machond délire]

C'est pas possible. Quel taré ! Allez, c'est bien.

Peuple de la forêt !

[sur un ton normal] Ma valise !

- Je vous l'apporte, la valise. - [il délire]

- Attention ! - Salaud !

- Ma valise ! - Rentre.

[il continue de délirer]

[sur un ton normal] Merci.

[il chante faux]

[sur un ton normal] Elle est où votre gendarmerie ?

Ça m'arrangerait qu'on se rapproche de Daumiade.

[il respire fort]

[tintements de clés]

- [on insère une clé dans une porte] - [il se racle la gorge]

[on déverrouille la porte]

[la porte est déverrouillée]

- Ça va ? - Ça va.

Vous êtes calmé depuis hier ?

Je vais mieux. Excusez-moi. Je...

- C'est fini l'insurrection ? - Non.

Justice pour Adama ?

- Non. - On est bien ?

- Oui. - Je ne suis pas Göring ?

Goring ? Non.

Goebbels ?

Goebbels, non plus. Non, non, c'est davantage le Che...

Guevara.

[il soupire] Allez-y.

Comme ça ? Je peux...

Merci. [il hésite]

Je peux vous demander une petite chose ?

Comment rejoindre le Tréport en transport ?

J'ai un petit conseil, d'abord.

Un conseil ? Volontiers. Je vous écoute.

Vous devriez apprendre à fermer votre gueule.

[un moteur vrombit]

[il ronfle doucement]

[musique inquiétante]

[la musique devient oppressante]

[la musique s'estompe]

[un moteur vrombit]

[le plastique du sac grince]

[grincement du sac]

Vous savez ce qu'ils font aux loups ?

Pardon ?

Vous savez ce qu'ils font aux loups ?

- Non. - Ils les miniaturisent.

C'est vrai, on me l'a dit.

Ils les font de plus en plus petits.

Moi, j'en ai un, là.

Un loup qui veut sortir.

Je l'entends.

Vous l'entendez ?

Non.

Écoutez.

[sa voix tremble] Vous entendez ?

[il chuchote] Oui.

[il imite le loup] Ouh, ouh, ouh.

Ils voulaient l'enlever à l'hôpital.

Mais dans le contexte actuel, c'est trop dangereux.

Je comprends.

Vous avez aussi un loup ?

[il soupire]

Non.

Non, non.

[il hésite]

[d'un ton mal assuré] J'ai une fille.

[musique sentimentale, douce]

[sa voix craque] Mais...

Je n'ai... Je n'ai plus rien.

Excusez-moi. Excusez-moi. Pardon.

[il chuchote] Ça va aller.

Je suis désolé. Excusez-moi, je...

[il renifle]

Mais, il est là ton loup.

Regarde.

Là.

Oh, ma pierre ?

[sa respiration est saccadée]

Merci.

- [les mouettes chantent] - [brouhaha de la gare]

[il chuchote] Oh, putain.

Mais qu'est-ce que...

Oh, mon dieu.

Oh, mon dieu.

[sa voix craque] Qu'est-ce que...

[grincements]

[d'un air abattu] Oh, putain. Oh, non.

Oh, non.

Oh, non.

[grincements]

[le vent souffle]

[grincements]

Ça va, Machond ?

Ça va, Pilou.

- [il a un petit rire gêné] - [Pilou l'imite]

Je sais pour Cécile.

[grincements]

Écoute, je vais t'expliquer.

Je sais, je sais tout.

Un ostéopathe belge

de Bruxelles.

Cet imbécile a dû donner un stage de chamanisme à la con ici.

C'est de l'histoire ancienne ça, c'est terminé.

T'as rien vu ?

- Pardon ? - Tu me l'aurais dit ?

- Bien sûr. - Ça va de soi.

Je te l'aurais dit.

- Un ostéopathe ? - Mmh.

Belge.

Tiens, j'ai ton pognon. Et j'ai...

Deux mille pour les chattes.

Les chattes... ? Ah, les chattes ! Oui, les hérissons.

Malheureusement, je suis en train de les brûler.

- Oui, j'arrête. - Oh, hé !

- Si, j'arrête. - T'arrêtes ?

- Si. - Quoi ?

La peinture, le cinéma, la littérature.

- Fini. - Cinéma, littérature, toi ?

- Ben, oui. - Ah, je savais pas.

Ben, c'est peut-être mieux comme ça.

Ah, tu crois ?

D'accord...

Enfin, tu sais, il y a beaucoup trop.

C'est pour toi.

T'en as plus besoin que moi.

J'ai encore la toile de Macha. Tu veux pas la récupérer ?

Mais je l'avais bazardée par la fenêtre, moi, ça.

- Oui, c'est vrai. - Ouais...

M'intéresse pas.

[musique douce au piano]

[les mouettes chantent]

- Je vous sers un Bleu du ciel ? - Pardon ?

Je vous sers un Bleu du ciel ?

Ah non, pas cette fois.

Vous savez où est Déborah ?

Elle est partie, hein.

- Partie, c'est-à-dire ? Où ? - Ben loin, je crois.

Vous savez, elle revient toujours.

Deux semaines, trois mois, ça dépend.

[Machond souffle, abattu]

Vous auriez un stylo ?

Vous pourriez lui remettre ça ? En main propre.

J'ai acheté une œuvre à Déborah, je lui devais de l'argent.

Vous pouvez compter sur moi.

Merci.

Oh !

Si vous croisez Bagnoule,

vous pouvez lui donner ça ?

Bien entendu.

Merci.

- Bonne journée. - [les mouettes chantent]

- [musique dramatique au piano] - [ressac de la mer]

[des notes inquiétantes au piano s'insinuent]

[musique triste au piano]

[la musique s'arrête]

[sonnerie joyeuse de téléphone]

Oui, allô ?

Ah, excuse-moi, je suis occupé, là.

Je suis rentré, mais je ne resterai plus très longtemps, voilà.

Quoi ?

Mais non ! Quand ?

Oh, merde. J'arrive, j'arrive !

Oui, c'est encore moi. Je ne sais pas où c'est.

[ses chaussures couinent]

[il soupire]

[couinements au loin]

[il chuchote] Merde.

[d'une petite voix] Machond.

- Merci d'être venu. - Oh là là.

[il chuchote] Il s'est passé quoi ?

Un malaise, je sais pas. Il travaillait sur sa girafe,

il est tombé de l'échelle, et il est dans le coma depuis hier.

Et même un Chambertin 2016, il réagit pas, je sais pas.

- Non, Ben enfin, Bagnoule. - Mmh.

Dans cet état-là, on s'intéresse pas à la cave à vin.

- Tu crois ? - Et où est... Où est sa femme ?

- Noï ? - Oui, Noï.

Mais Noï, c'est pas sa femme...

Ouais. Mais chut.

[il chuchote] Je suis sûr qu'il nous écoute et nous entend.

- Tu crois qu'il nous entend ? - Ben oui, oui.

[il chuchote] Ah merde !

- Écoute. - Oui.

[Machond hésite]

Je pourrais lui parler.

- Ben... - Moi, quand je parle aux gens,

je leur fais toujours un effet un peu... Je peux...

Mais c'est marrant, je l'ai remarqué.

T'as un drôle de truc.

- Tu vois ? - Oui.

Ben, vas-y, essaie

- J'y vais parce que... - Tu dois être crevé.

- J'ai pas dormi. - Oui.

Merci. Merci beaucoup.

Ciao.

[il soupire]

[d'une voix solennelle] Que dire au chevet

d'un artiste mourant ?

Je ne sais.

Ah, Le Homet.

Vraisemblablement...

- [musique sentimentale] - Vous nous quittez.

Mais quelque part, je vous envie.

Parce que vous quittez un monde de brutes.

Être un artiste est une souffrance.

Vous vous en rendiez pas compte, mais moi, je suis trop lucide.

Votre travail était particulier, un peu brut...

inesthétique, sauvage...

maladroit, parfois, mais...

Mais si vrai.

Moi, j'avais opté pour le TGV de l'avant-garde.

La belle blague.

Vous étiez naïf, Le Homet.

Mais c'était votre force. C'est si rare à notre époque.

Vous étiez heureuse ? Heureux ! Pardon.

Je disais, vous saviez vivre. Vous mordiez la vie à pleine dent.

Les omelettes au lard... [il rit doucement]

Le chou farci. Les champignons qui font péter...

Le Bordeaux, qu'est-ce que vous aimiez ça.

Moi, par contre... [rire blasé]

Je me contentais de quelques pages de James Joyce.

Un article des Cahiers...

De la musique bruitiste.

Une discussion à brûle-pourpoint avec une Parisienne cultivée.

Ça me manquera peut-être. M'enfin, c'est pas moi qui pars.

Alors il faut savoir regarder la mort en face.

Mais avant tout, je voulais vous dire adieu.

Adieu et surtout merci, Le Homet.

Vous m'avez ouvert les yeux, vous m'avez fait comprendre...

que je faisais fausse route.

Oui...

Je voulais peindre, mais qu'est-ce que je pouvais peindre ?

C'était vous les artistes.

C'était vous, c'était Déborah, c'était Bagnoule,

c'était Macha.

Vous étiez les gardiens de la mémoire.

Les vigiles...

Dans ce nouveau royaume des aveugles,

vous êtes les gardiens borgnes de la beauté du monde.

Ferme ta gueule.

Ferme ta gueule, ferme ta gueule !

À jamais.

À jamais.

- Et laisse-moi crever. - Je vous laisse crever.

- Voilà. - Voilà.

- Voilà. - Allez.

Dieu du ciel ! Il est vivant ! Il s'est réveillé !

[le vent souffle]

[musique du thème, douce]

Tu dois écouter le monde, comme ça tu le verras mieux.

Mais c'est bien.

[une mouette chante]

Bagnoule ! Regardez, une mouette !

[Bagnoule] Ce que c'est beau.

Tu vois, Machond, la beauté, c'est pas fini.

Jean-Yves !

On vous appelle en visio. Vous venez ?

J'arrive, j'arrive.

Déborah ?

- Mon dieu. - Hello !

Tu vas bien ?

Oui, j'étais en train de peindre.

On a créé une petite équipe...

avec Bagnoule, Macha, tout ça.

Mouton's Painting Painting. C'est de l'anglais.

Et toi, t'étais où ? T'étais où, bon sang ?

Je t'appelle de Qingdao, en Chine.

Qingdao ?

Mmh...

Je te passe ta fille.

- [les mouettes chantent] - [ressac de la mer au loin]

[musique sentimentale au piano]

[ressac de la mer]

[musique dramatique]

[musique électronique douce]

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