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Original subtitles

...

...

Fracas

- Bien balayer, là.

Je les rappelle, je les rappelle.

Musique délicate

...

...

- Pour le dire en deux mots,

j'ai cessé mon activité de photographe pour être écrivain.

Rester écrivain a été une autre histoire.

Vrombissement de scooter

...

...

- C'est bon, je vous le prends.

Tenez.

- Merci.

- Vous avez la carte grise ?

Des talons approchent.

- Tiens, ton courrier des lecteurs. - Merci.

- Bon.

Paul, tes livres ont un vrai succès d'estime.

La presse t'aime bien, mais on va pas se mentir.

Les ventes sont décevantes.

On a tout fait pour le dernier, mais en vain.

On a tout fait pour le dernier, mais en vain.

- Vous en avez vendu combien ?

- Moins de 5 000.

- Ah.

- C'est pas totalement nul.

- Ouais. - Certains s'en contentent.

Mais c'est ton troisième livre.

- OK, et mon texte ?

- Trop autobiographique.

- Ah bon.

- A mon avis,

la rupture amoureuse, c'est risqué.

Et le titre, "Histoire d'une fin"...

- Mais c'est une histoire d'amour.

La perte d'un idéal. - Tu lis les infos ?

On nous annonce l'apocalypse toutes les 10 minutes.

Les gens, ils ont besoin d'énergie, d'espoir.

Tu peux faire mieux.

Réfléchis-y.

- Je veux bien, mais... - Mais quoi ?

- Ca va prendre du temps.

- Je suis pas pressée.

- La période est pas simple.

Je suis un peu à sec.

- Je t'ai donné une avance pour ce livre.

Je peux pas faire plus.

Paul, c'est ton quatrième livre.

Aujourd'hui, j'attends de toi ton grand roman.

- Et là, on y est pas ?

- Non.

Klaxons

...

Cliquetis de clés

La porte se ferme.

Musique lente au piano

...

...

- J'ai fini mes cartons.

Je vais recevoir un colis demain. Tu pourras ouvrir ?

Paul.

Tu m'écoutes ?

- Oui ?

- Un livreur doit venir demain pour déposer un colis.

Tu pourras ouvrir ?

- Oui.

- T'es con de lâcher cet appartement.

- Je ferais quoi de trois chambres, tout seul ?

- J'y vais.

- Et les enfants ? - Montréal, c'est pas si loin.

- T'as vu le prix des billets ? - Tu te débrouilles.

- T'es vraiment dure.

- Non, je suis réaliste.

- J'ai eu Christine.

Elle est d'accord pour te prêter son studio.

Et ton nouveau livre, ça avance ?

- J'y travaille. - Tu feras quoi s'il marche pas ?

- Je sais pas, j'en suis pas là. - C'est de la folie,

d'avoir arrêté la photo juste pour écrire.

- La folie, ç'aurait été de continuer.

- Pourquoi arrêter ? Tu gagnais bien ta vie.

- Si t'avais lu mon 1er livre, tu le saurais.

- Et tes enfants, ça va ?

Ils partent très loin.

- Ils grands et heureux de suivre leur mère.

Pourquoi je les en empêcherais ?

- Et ça va payer leurs études, un père écrivain ?

T'espères quoi ?

Un prix Goncourt ?

- Un père écrivain.

J'aurais aimé avoir un père écrivain au lieu du mien.

Cet homme frustré, empêché 8h par jour.

Attaché au bureau,

puis au canapé du salon.

Silencieux, résigné.

Je te débarrasse ?

- Non, je vais prendre un peu de salade.

- Tu reveux un peu de vin ?

- En présence d'un membre de ma famille,

je suis l'enfant qui n'a pas grandi.

Celui qu'on aime bien mais à qui on ne fait pas confiance.

A qui il faut encore dire de ranger sa chambre.

Je devrais ranger ma vie.

La porte s'ouvre.

- Ca va aller ? Désolé.

Je peux pas t'aider, avec mon dos. - T'inquiète, j'ai bientôt fini.

Merci, papa.

- Paul, viens un peu.

Prends ma chevalière, vends-la et garde l'argent.

- Non, c'est celle de ton père. Merci.

Respiration haletante

...

Eclats de voix des voisins

...

Photographe, je gagnais 3 000 euros par mois.

Certaines années, 8 000.

Certaines années, 8 000.

Depuis que j'ai arrêté,

je ne touche que 250 euros par mois de droits d'auteur.

200 euros par mois, ce n'est pas la misère,

mais on commence à en avoir une vue bien dégagée.

Rires

...

Musique intrigante

...

Quand j'ai épuisé mes économies sans espoir de les renouveler,

j'ai réalisé

que je devenais pauvre.

- Vous n'avez pas de chômage ? - Non.

- Vous parlez l'anglais ?

- Non, pas vraiment.

- Des diplômes ?

- Juste le bac.

- Et vous avez 42 ans.

- Je ferais n'importe quel boulot.

Mais j'aurai besoin de temps pour écrire.

- Vous voulez avoir du temps ?

Vous pensez à quoi ?

- Je sais pas... Gardien de nuit ?

Dans un hôtel ou un parking. - Ah non, on trouve plus ça.

*- Pour arrondir tes fins de mois, deviens Jobber et clique ici.

*L'inscription Jobber et Client est gratuite.

Attention, avec 15 Jobbers pour 1 Client,

la concurrence est sérieuse, tu dois être dynamique et motivé.

*Quelles sont tes compétences ? Tu seras noté, ne triche pas.

- Mmh, déménagement.

Bricolage...

*- Regarde la caméra et présente-toi en 8 secondes.

Sois souriant, donne confiance, c'est la clé de la réussite.

Sois souriant, donne confiance, c'est la clé de la réussite.

- Bonjour, je m'appelle Paul, j'ai 42 ans.

Bonjour, moi, c'est Paul.

Je suis soigneux,

efficace et ponctuel.

N'hésitez pas à faire appel à moi. Merci.

*- Si tu ajoutes une photo, tu augmentes tes chances.

Une photo est prise.

...

Bravo ! Tu es un Jobber.

(avec ironie) - Super.

En lisant mon 1er livre,

un journaliste littéraire m'a dit : "Vous irez loin."

un journaliste littéraire m'a dit : "Vous irez loin."

Je suis allé rue Pigalle, dans un immeuble en travaux.

Musique douce

Ils parlent en langue étrangère.

Rires

Le principe de la plateforme est simple.

Un client manifeste le besoin d'un service

que Jobbing propose aussitôt à des travailleurs.

Les enchères à la baisse commencent.

1 euro de différence dans le tarif suffit à faire perdre la mission.

Le moins cher rafle la mise.

Misérable, car la concurrence est sans limite de prix.

Respiration bruyante

- Ca va, tonton ?

- Ouais, ouais. Il tousse.

- Ne remplis pas trop le sac.

- Ces petits boulots ont l'avantage

de me laisser du temps pour écrire.

C'est ainsi, par un chantier peu payé

auquel rien m'avait préparé, que j'ai changé de vie.

Sifflotement

Une femme en talons passe.

Eclats de voix d'une fillette

Des enfants jouent.

...

Notification

*Musique gaie

- Paul ?

- Oui. - Vous n'avez pas de tondeuse ?

- Non, vous avez un jardin, j'ai cru que vous en aviez une.

- Non, j'aurais tondu moi-même.

- Vos voisins en ont sûrement une.

- Non, je veux pas, c'est tous des cons.

Des oiseaux chantent.

...

J'ai trouvé ça.

Ca peut faire l'affaire ?

- Je vais me débrouiller.

- Ca va prendre un temps fou.

J'ai trouvé ça, aussi.

Faut juste que ce soit correct pour ravoir ma caution.

- Je vais faire mon maximum.

- OK.

Alors ?

- Impeccable.

- On avait dit 18 euros. - Oui.

Merci.

Paul lit le commentaire.

...

Chant des oiseaux

Chant des oiseaux

Vrombissement de moteur

Aboiements

Soupir

Eclats de voix des passants

Il frissonne.

...

Aboiements

Pavillon Noisy-le-Sec.

Trajet + pelouse : 5h.

Total : 18 euros.

Cliente avec de drôles de chaussures.

Chemisier boutonné mardi avec jeudi.

Chemisier boutonné mardi avec jeudi.

Tour de reins.

Avoir les bons outils.

Musique douce

- Bonjour. - C'est pour un colis.

- D'abord, bonjour.

...

*- C'est quoi, ce bruit ? - C'est les travaux.

...

- Ca va ?

- Oui, oui.

Sonnette

Aboiement

En entrant chez le client, je regarde ses pieds.

- Bonjour. - Bonjour.

S'ils sont en chaussettes, je me déchausse à mon tour.

- Entrez, allez-y.

- C'est bon, vous tenez ?

- Oui, oui.

- J'accepte ce qu'on me donne

et le pire client n'est pas celui qui paye peu

mais celui qui reste avec moi pour vérifier mon travail.

Il me stresse davantage. - Que faites-vous ?

- C'est pour la poussière.

- Vous percez ?

- Oui, pour poser le miroir.

- Je suis locataire.

- C'est autorisé, si vous rebouchez les trous après.

L'écran plat, je le mets où ?

- Suivez-moi.

Vibreur

- Excusez-moi.

(Allô ?)

*- Paul, c'est moi.

Dis, t'as pas oublié le cocktail des primo-romanciers ?

Léa dit que t'as pas répondu. *- C'est quand ?

- Le 18 décembre. *- Ah, oui.

- Tu dois venir, t'es parrain. On compte sur toi.

- OK, je serai là.

*- Qu'est-ce que tu fais ?

- Je travaille. *- T'écris ?

- Oui.

- J'y vais. Je veux pas te couper.

J'ai hâte de lire. Travaille bien.

- Tu fous quoi ? T'es pas sérieux !

Rires

*"La piscine" (P.R2B)

*...

Sonnette

*...

Arrêtez, putain !

Ah !

Les pizzas.

Merci.

- Vous avez le numéro de commande ? - Qui a le numéro de commande ?

- Euh... 79.

- Y a pas les bières.

- Y a pas les bières.

- Je vous l'avais dit. - Mais je les ai payées.

- Je fais du punch. - Merci.

- T'es l'ami de Sara ?

- Non, moi, je suis Paul.

- Paul ? - L'armoire.

- Ah, Paul ! Oui, vas-y, entre.

*Musique festive

*...

- Désolée, j'ai rien pour le pourboire.

- Vous pouvez mettre sur l'appli. - Ah ?

- Ouais. - Comment on met un pourboire ?

- Attends, je te montre. Regarde, tiens.

*...

- Il y a pas d'autres vis ?

- Je sais pas, j'ai ouvert, j'ai rien compris, j'ai refermé.

*Musique douce

*...

*...

- Vous faites ça depuis longtemps ?

- Pas vraiment.

- Vous avez pas trop la tête à ça. - Ouais.

- Vous avez plutôt l'air d'un...

médecin.

- Ou d'un prof.

- Ouais. - C'est les lunettes, sans doute.

- Vous êtes quoi ?

- Vous voyez, une sorte de dépanneur.

- MMH...

- Moi, je fais du design. - Moi aussi, avec elle.

- C'est bien ?

- Bof.

On bosse sur de l'alimentaire. - On dessine des paquets de jambon.

- Ca va, je me plains pas.

Je gagne bien ma vie.

- On va à la fête de Léa ?

- Ouais, pourquoi pas ?

- Tu viens avec nous ? - Non.

- Excusez-moi.

- Cette armoire,

je sais pas pourquoi je l'ai achetée.

L'autre jour, après les infos, j'ai acheté un rameur.

L'autre jour, après les infos, j'ai acheté un rameur.

- Pourquoi tu fais

ces boulots nuls ?

- Tu pourrais vivre normalement.

- "Normalement" ?

- Faire autre chose.

- Comme quoi ?

- Autre chose. - T'es un artiste.

Tu te compromets pas.

Tu veux rester pur.

Tu joues au pauvre.

- Je ne joue pas.

- T'es pas un vrai pauvre.

- "Le contraire d'une chose n'est pas son contraire,

mais cette chose affectée de l'adjectif vrai."

Aldous Huxley.

- J'ai rien compris. - Arrête.

- C'est quoi, un pauvre ?

- Les SDF en Inde,

les miséreux de Madagascar.

Ceux de Mexico, aussi.

J'ai voyagé, je les ai vus.

- Il y en a 11 millions en France, mais ils ne le seraient pas,

parce que les vrais sont ailleurs ?

- Mais arrête.

Elle parle de toi.

- Oui.

Je dis juste que toi, t'as le choix.

- Ca te perturbe

que je fasse pas un travail normal mais je fais ce que je peux.

que je fasse pas un travail normal mais je fais ce que je peux.

J'ai besoin de sens.

Tu me juges.

- Mais non. - Si.

Elle dit que j'ai le choix

pour signifier que je fais les mauvais.

Tant mieux si tu fais les bons. Je te condamne pas.

- Paul, ça va. Renverse pas la situation.

- Non, mais je rêve !

C'est toi qui as choisi un boulot d'esclave.

- C'est peut-être le prix de ma liberté.

Et puis tu sais, à notre époque, il y a des esclaves bien payés.

- Je suis une esclave bien payée, mais moi, j'ai une famille,

un vrai travail et j'assume mes responsabilités.

J'y vais.

Bisou, papa.

Elle claque la porte.

Musique douce au piano

Musique douce au piano

...

*Jingle de démarrage

*Bips électroniques

- Il y a des livres qui rapportent de l'argent.

Ecris un truc qui marche.

Cliquetis de clavier

Des talons approchent.

Musique élégante

...

- T'es con de quitter cet appartement.

J'aimais bien la vue.

Il avait une belle vue. - Non.

- T'es con de quitter cet appartement.

- Non.

- Non.

(voix de Paul) Tu mens, c'est pas la bonne raison.

Tu ne donnes pas... Cliquetis de clavier

la bonne...

raison.

(voix de Paul et de son ex-femme) En vérité, tu as trop mal.

(voix de sa soeur) - T'es pas un vrai pauvre.

(voix de son père) - Ecris un livre qui marche.

- Vous pourrez descendre le futon aux encombrants ?

Mon copain peut rien porter.

- Ouais, j'ai des agrafes.

- On a aussi une machine à laver à descendre.

Mais elle est pas très grosse. C'est une 5kg.

Le couple se dispute à voix basse.

...

- Je vais avoir besoin d'un coup de main.

Mettez-vous derrière.

- Oui.

J'arrive.

Là ?

Attendez, là.

- Attendez.

Ca va aller ? - Oui, oui, oui.

Ca va aller ? - Oui, oui, oui.

OK.

Ah !

Futon, futon.

Choc

Putain de mezzanine de chiotte !

- Putain !

Attention, attention, je pose. - Oui.

Respiration bruyante

Deux secondes.

J'en peux plus.

C'est trop dur.

Pardon, hein.

Elle renifle.

Respiration pleine de sanglots

OK.

- Non, je vais m'en occuper.

- C'est vrai ? - Vraiment.

- Je suis désolée, hein.

Quelle galère !

- Ca va ?

- Oui, oui.

- Oui, oui.

Désolée, hein.

- J'ai mal à la fin de la respiration.

- C'est normal. Tu as fait ça comment ?

- Je sais pas... Un faux mouvement.

- Tiens-le là.

Monte sur la balance.

C'est bon, rhabille-toi.

Tu fais une radio, même si pour moi c'est qu'une déchirure.

On sait jamais. - La poisse.

- Je te donne du fer, mais il faut que tu manges plus de viande.

- Tu me rajoutes du Doliprane ?

Aïe...

- Ca te coûtera rien, t'es à la CMU.

Mais repos pendant au moins un mois.

- Faut que je travaille un peu.

Cliquetis de clavier

...

Il expire doucement.

Eclats de voix des passants

...

En ce moment, les annonces se font rares.

Une stratégie pour que les Jobbers achètent l'abonnement premium ?

Aboiement

Je prends donc l'offre payante pour booster mon potentiel.

La compétition est plus rude et je baisse mes tarifs

jusqu'à atteindre des prix indignes.

C'est de l'or blanc.

- Je ne vois pas le poinçon.

- Elle vient de Suisse.

- D'accord, on va voir ça.

Je vais la frotter, mais ça n'abîmera pas, hein.

Mmh-mmh.

Oui.

Je suis désolé, elle est pas en or, elle est plaquée or.

- Pardon ?

- Si la trace de l'acide disparaît, c'est qu'il n'y a pas d'or.

Et là, elle a disparu.

Et là, elle a disparu.

- Il y a pas d'or ?

- Quasiment pas, et puis alors le...

Le plaquage est très mince.

- Ah.

- Qu'en faites-vous ?

- Je sais pas.

- Je vous la prends.

- Ah. - Voilà.

- Combien ?

- Oh, euh...

Pour la pierre, euh...

30 euros.

- OK. - Ouais ?

- Ton père l'utilise pas. - Merci.

- Fais attention. Elle est de collection, maintenant.

Elle parle en portugais.

...

- Devenir pauvre ne consiste pas à vivre simplement.

Au contraire, la pauvreté complique singulièrement la vie.

Du papier toilette qu'il faut rationner

à la température de mon logement que j'essaie d'abaisser.

On trouve toujours quelque chose à sacrifier quand on vit avec peu.

- Bon retour. Bise

- Bonne soirée.

Bonsoir, merci d'avoir attendu.

La voiture démarre.

- Gare du Nord ?

- Euh, oui.

Paul ?

Tu me reconnais ?

- Oui, bien sûr.

Pierre.

- Tu fais quoi dans ce taxi ?

- Je travaille.

- Tu fais plus de photo ?

- Non.

J'ai arrêté.

- Ah bon.

Tu... Tu...

Tu fais le taxi ?

- Entre autres.

- Je travaille à Paris, mais je vis à Londres, maintenant.

- Je travaille à Paris, mais je vis à Londres, maintenant.

- Ouais, je sais.

- J'ai un fils.

- Je sais aussi.

Facebook.

- Ah, oui.

*"Joe le Taxi" (Vanessa Paradis)

*...

*- Joe le taxi, il va pas partout

Il marche pas

*Au soda

Son saxo jaune

*Connaît toutes les rues par coeur

Tous les petits bars

Tous les coins noirs

*Et la Seine

Et ses ponts

*Qui brillent

*Dans sa caisse

La musique à Joe

- Salut, Paul. - Salut.

La portière claque.

- Donne-moi ton numéro. - Quoi ?

- Dépêche-toi, donne-moi ton numéro.

- 06.39.98.24.08.

Ils répètent ensemble.

- Je t'appelle.

Je veux que tu me racontes tout.

*Musique jazz

*Musique jazz

*...

- J'ai adoré votre livre. Il est très beau.

A tout à l'heure.

Paul Marquet n'est pas là ?

- Pardon ? - Paul Marquet.

Brouhaha

...

*Musique jazz

*...

- Alice ?

*...

Musique mélancolique au piano

...

...

- Ca marche pas ? - Mon code ouvre pas.

- Vous pouvez le tenir ? Attendez.

...

- Noël vient de s'achever.

...

Je m'emploie à débarrasser les gens de leur sapin.

Je coupe du bois

pour faire du feu chez moi.

...

- Châteauneuf-du-Pape.

C'est délicieux !

- AH !

Eclats de voix joyeuses

Eclats de voix joyeuses

- Montlabert 2020.

Un côtes-du-rhône ?

Quel est le rat qui a ramené cette piquette ?

- Je suis là, mais je ne suis plus là.

Pour aucun de mes enfants. *- Tu viens quand ?

- C'est compliqué, en ce moment. J'ai regardé les billets.

Je vais trouver une solution.

Soupir Vous voulez un coup de main ?

- Oh, je veux bien, oui.

C'est Poney Magazine, là.

On les vend pas, en plus, personne achète.

- Entre mon métier d'écrivain et de manoeuvre,

je ne suis socialement plus rien de précis.

Je suis à la misère ce que 5h du soir

sont en hiver à l'obscurité.

Il fait noir, mais ce n'est pas encore la nuit.

Aboiements

- Je vais être franche avec toi.

Le texte est pas à la hauteur.

Je l'ai envoyé en comité de lecture,

pour voir si j'étais passée à côté.

Personne n'est enthousiaste.

T'écris bien,

t'as de la sensibilité, du talent,

mais ça suffit pas.

- Il faut que j'arrête ?

- Non.

Je dis simplement que nous, ce livre, on le publiera pas.

Vibreur

- Allô ?

*- Allô, papa ?

Je te réveille pas ? *Eclats de voix

Je te réveille pas ? *Eclats de voix

- Non, ça va, je suis réveillé.

*...

T'es bourré ?

*- Non, non, papa, tu m'entends ou pas ?

- Euh, pas très bien, mon fils, il y a beaucoup de bruit.

*- Je suis au bar avec des potes, je fais la fête.

- Mais pourquoi tu m'appelles ? Tout va bien ?

*- Oui, ça va super. Est-ce que t'entends ?

*"Le vieux couple" (Serge Reggiani)

C'est notre chanson !

- Oui.

*...

Vous fêtez quoi ?

*- On fête mon stage.

J'ai été pris chez Morgan Stanley.

C'est énorme, c'est une super compagnie.

- Je suis content que tu m'appelles pour partager ça avec moi.

*- T'es mon père, c'est normal que je te dise ça.

C'est incroyable, mes potes sont jaloux !

Papa, t'es fier de moi ? - Bien sûr.

*- Tu peux me le dire, s'il te plaît ?

*- Tu peux me le dire, s'il te plaît ?

- Je suis fier de toi, mon fils.

*- Je te filerai de l'argent.

- Non, garde ton argent, tout va bien.

Je t'embrasse, je t'aime, fêtez bien ça.

*- Je t'aime, papa. - Bisous.

*- Bisous.

- Tu aurais pu me demander. Et elle est crade.

- Je suis désolé.

- Maintenant, je peux même plus m'en servir.

Ecoute, Paul.

C'est pas une bonne idée, que Christine t'héberge.

Moi, ça me gêne.

Et ça ne t'aide pas.

T'es plus un gamin.

Pourquoi tu vis comme ça ?

Tu fous quoi ? - J'essaie d'écrire.

Tu fous quoi ? - J'essaie d'écrire.

- Mais t'écris quoi ?

Et ça te sert à quoi ?

D'accord, t'as été publié, t'es passé à la télé, à la radio,

et après ?

Tu vois bien que rien ne se passe.

Ca sert à rien, de t'entêter.

Christine reprend le studio pour son petit-fils.

- Il fallait le dire.

- Ca me fait peur.

Je veux pas que tu finisses à la rue comme un clochard.

"Le vieux couple" (Serge Reggiani)

...

- Ce qui me plaît dans ce duo

C'est que tu fais la voix du haut

C'est toi qui sais

C'est toi qui dis C'est toi qui penses, moi je suis

C'est toi qui dis C'est toi qui penses, moi je suis

Mais les grands soirs Lorsque tu pleures

Quand tu as peur

Dans ta chaloupe

C'est moi qui parle

Pendant des heures

Nous sommes, en somme,

Un vieux couple

Je ne sais plus où je t'ai connu

C'est à l'école ou au guignol

Je me rappelle cet ingénu

Qui avait perdu la boussole

Depuis, je t'empêche de boire

Sauf les grands soirs

Dans ta chaloupe

Quand tu me chantes tes déboires

Nous sommes, en somme,

Un vieux couple

Des oiseaux chantent.

...

Sonnette

- Entrez, entrez.

- Bonjour.

- Bonjour.

La porte, le chien.

- Excusez-moi.

Il claque la porte.

Je retire mes chaussures ?

- Non, c'est sur le balcon, venez.

C'est par là.

Des buis.

Il y a du terreau, il faut mélanger pour qu'on puisse replanter.

- OK.

- Non, reste pas là, tu vas te salir.

Allez, allez, allez.

Tu peux poser ça là.

- Je retire les racines, aussi ?

- Oui, évidemment.

Je ferme,

pour le chien. - Mes outils.

Merci.

- OK, je ferme, hein.

Cliquetis de clavier

Musique douce au piano

...

...

(- Oh, putain...)

...

Gémissement d'effort

Putain !

Putain...

...

Musique douce

...

Putain...

...

...

Il frappe à la vitre.

- Vous avez fini ? - Oui, je descends les sacs ?

- Je veux bien, merci.

- Vous avez une vue magnifique. - Ouais...

Et derrière ? Vous avez pas fait derrière.

Le balcon fait un angle, vous avez pas vu ?

Faites le tour, s'il vous plaît, je vous montre.

Je l'ai mis dans l'annonce : 16 jardinières.

- Je suis désolé.

- J'en peux plus, de ces buis, ils me dépriment.

- J'en peux plus, de ces buis, ils me dépriment.

Vous êtes là pour gagner de l'argent, non ?

Je vous paie double.

Vrombissement de moteur et aboiements

Sonnerie

- Coucou.

*- Salut papa, ça va ? *- Salut.

- Oui, et vous ?

*- Oui. *- Regarde.

On t'a attendu pour le gâteau. 18 ans, quand même.

- Ouais. *- Tiens, ma beauté.

Allez !

*- 1, 2, 3 !

*- Ouais !

- Joyeux anniversaire, ma chérie. *- Merci !

*- C'est quoi, cette coupe ?

- C'était plus simple pour tout.

*- Alors, les cadeaux !

Tiens, ma poupée. *- Merci, qu'est-ce que c'est ?

Oh, elles sont trop belles, merci. *- Montre à papa.

*Il sera content. *- Je les voulais.

- Chouette, la couleur. *- Ouais.

*- C'est les "gazelles", là. - Oui.

*- C'est pour toi. *- C'est quoi ?

*- Tu vas rire.

*- Je vais rire ? *- Toujours la surprise, avec lui.

*- Un T-shirt ? *- Regarde.

*Rires

- Faites voir. *- Mais n'importe quoi !

- Montrez-moi. *- Merci.

*- Montre-lui. *- Je vais porter ça quand ?

- Joli. *- Ah, là, là !

*Je vais chercher... Tiens, t'as ça aussi.

*- C'est de toi, celui-là ? - Oui.

*- Tu t'es fait beau ?

- Oui, ça te plaît ?

*- Attends, je l'ouvre.

Merci, c'est joli.

- Prise au lac de la Blanchette. Tu venais d'avoir sept ans.

Tu te souviens ?

*- Pas trop.

- En route, on avait parlé de nos choses préférées,

et t'avais dit : "Les nuages".

Alors c'est toi et des nuages qui se reflètent dans l'eau du lac.

*- Elle est belle.

- Tu pourras l'encadrer. *- Bon.

Je vais pas trop rester parce que je vais rejoindre des copines.

*Je te laisse ? - Ouais.

*- Je raccroche

*ou je te passe maman ? - Passe-la-moi une seconde.

*- Maman ? *- Oui ?

*- Papa. *- Je t'ai fait une part de gâteau.

*- Papa, j'y vais aussi. - Bisous, mon chéri.

*- Bisous.

*- Dis-moi, je t'écoute.

- Elle est en colère contre moi ?

*- Ah non.

Pas du tout, elle est inquiète, c'est tout.

- Pourquoi ? *- Ben, la façon dont...

- Pourquoi ? *- Ben, la façon dont...

Dont tu vis est pas rassurante pour une fille de son âge.

*A son âge, on a besoin...

de choses solides, et ta précarité,

c'est pas rassurant pour elle.

- J'ai une question.

*- Vas-y. - Elle a lu mes livres ?

*- Honnêtement, je crois pas, non.

Mais personne les a lus, ici.

On a peur d'y trouver des trucs.

- Je comprends pas, quels trucs ? *Soupir

*- Tu sais bien.

*Des trucs sur nous, je sais pas, qui se passent dans ta tête.

Franchement, c'est gênant, quoi.

*Promets-moi de ne plus jamais parler de nous dans tes livres.

- Mais pourquoi ?

*- C'est notre vie. - C'est ma vie aussi.

*- On a le droit de pas avoir envie d'être...

D'être exhibé comme ça, c'est intime.

D'être exhibé comme ça, c'est intime.

Tu peux comprendre, non ?

Tu veux écrire,

invente des histoires, t'as de l'imagination.

- Quand l'avion a du retard, l'attente est facturée en plus ?

- Non, c'est un forfait.

Enfin, c'est vous qui voyez.

Allez à l'avant, la banquette est bloquée.

Vous allez bien 12 allée du président Wilson ?

A Fontainebleau ? - Oui.

Vous avez de la musique ? - J'ai que la radio.

- Mettez la radio.

*"Foule sentimentale" (Alain Souchon)

*- Il se dégage

De ces cartons d'emballage

Des gens lavés, hors d'usage

Et tristes et sans aucun avantage

On nous inflige

Des désirs qui nous affligent

*On nous prend faut pas déconner Dès qu'on est né

Pour des cons alors qu'on est

Des foules sentimentales

*Avec soif d'idéal

*Attirés par les étoiles, les voiles

*Que des choses pas commerciales

*Foule sentimentale

- Il a rien dit.

Il sait.

C'est comme ça.

Non, mais...

il était tellement...

froid...

tellement distant.

Tu vois ?

Glacial.

Comme s'il y avait...

jamais rien eu.

Pas de vie.

Pas d'histoire.

Pas d'enfants.

Rien.

C'est pas grave.

Ouais.

Euh...

Il fallait tourner à droite.

- Je vais faire le tour.

- C'est juste après la camionnette blanche.

- Je vais vous aider à monter votre valise.

- C'est gentil.

Vous voulez peut-être charger un peu votre portable ?

- Oui, pourquoi pas.

Respirations lentes

...

Grincement

Soupir

Ca fait longtemps que j'ai pas fait l'amour.

Je suis un peu intimidé.

- Moi aussi.

Je sais plus comment on fait.

Gargouillement

Tu gargouilles.

- J'ai faim.

- Je suis désolée.

J'ai rien à te proposer.

Je viens de rentrer. - Ca va passer.

Vrombissement de moteur

...

- Dis-moi que je te plais un peu.

*Musique relaxante

*...

- Bonsoir.

- Bonsoir.

- Excuse-moi pour le retard.

Ca ira.

*...

- Je suis végétarien, je mange plus de viande.

Tu fais toujours le taxi ?

- Oui.

- C'est moi qui t'invite.

Notification

- Pardon, c'est le travail. - Pour faire quoi ?

- Là, par exemple, c'est pour vider une cave.

- Vider une cave ? Mais...

tu demandes combien pour ça ?

- Combien tu donnerais ? - Pour vider ma cave ?

Euh...

100 euros ?

- Ouais, t'es généreux.

Là, ça passera pas.

Là, ça passera pas.

Je vais proposer 20.

- 20 ? Ah, non.

Enfin, c'est pas assez.

- Oui, mais on est nombreux sur le marché.

*Musique gaie

J'ai empoché l'affaire.

- Alors,

comment t'en es arrivé à faire ces boulots ?

Enfin...

Je veux dire, t'es intelligent

et il y a 1 000 façons de gagner de l'argent.

Tu pourrais donner des cours ou des conseils.

Ca paie bien.

Excuse-moi, hein.

Je suis banal.

Je suis pris dans l'engrenage, j'ai un bon job, une belle maison.

Hyper consommation, quoi.

Enfin, toi, tu décélères.

C'est bien.

*Musique relaxante

*Musique relaxante

*...

- Pardon.

Musique intrigante

...

- Paul ?

Qu'est-ce qui se passe ?

Je suis inquiet, tu réponds pas au téléphone.

Ca pue, là-dedans, faut aérer.

...

Mais...

...

...

T'as fait quoi ?

- C'est un chevreuil.

Je l'ai découpé.

Musique inquiétante

...

- Mais t'es complètement taré !

J'en peux plus de cette saloperie ! - Non !

...

Klaxons

...

Cliquetis de clavier

...

- Je suis désolé, monsieur. Le disque dur, il monte pas.

Il y a rien à faire.

- Il y avait des choses personnelles, dedans ?

- Oui, mon travail.

- Oui, mon travail.

- Ah. Et c'est quoi, votre travail ?

- Un livre.

J'ai tout perdu.

Tout ce que j'aime. J'ai plus rien.

Rien du tout.

- Vous savez, vous devriez rentrer chez vous,

dormir un peu et ça ira mieux après.

Soupir excédé

- J'ai plus de chez moi.

Mon père a raison, je vais finir à la rue.

- Qu'est-ce que vous racontez ?

- Rien, désolé, je suis fatigué.

- Vous voulez vous reposer ?

Alors suivez-moi.

Tu peux surveiller la caisse ? - Bien sûr.

- Voilà.

C'est ici que je fais ma sieste.

Installez-vous.

Et voilà.

(- Merci.)

Elle tire le rideau.

Grincement électrique

...

Rire - Oui, ma copine.

Ouais, elle est enceinte, elle arrive bientôt.

Ben oui.

Et toi, de ton côté ? Tu bosses bien, n'est-ce pas ?

Rire

Ouais.

Coups répétés

Ca va, tonton ?

Ca va, monsieur ?

- Oui, oui.

- Non, pas toi.

Je parle à un client, là.

Euh, oui, je suis au café.

Je suis à pied d'oeuvre.

Pépiements d'oiseau

...

- Je peux vous aider ? - Bonjour, Agathe.

- Oh, je vous ai pas reconnu.

- Tenez, c'est pour Alice.

- Oui, je lui transmets.

- Je compte sur vous. - Promis.

- Merci. - Je vous en prie.

- Au revoir. - Au revoir.

Musique lente au piano

...

...

- Chère Alice,

voici un nouveau texte.

Il parle de mon nombril.

Et de toi, de mes enfants,

de mon père

et de tout un tas de gens que j'ai croisés récemment.

Je crois aussi qu'il parle de notre époque.

Tu verras.

...

- La veste ! - Elle est belle, hein ?

- Ah ouais, j'adore. - Regardez dans le miroir.

- BONJOUR.

- Tenez, ça vient de Paul Marquet. - Merci.

Musique douce

...

- Vous faites ça à domicile ? - Oui.

- J'ai une grande baie vitrée et je cherche quelqu'un...

(Merci.)

- Je reprends pour madame. - Oui.

...

...

- Agathe ?

- A la photocopieuse. - Ah, OK, merci.

Un téléphone sonne.

Tape-le, imprime-le et relis-le. - OK.

- Vous parlez l'anglais ? - Les pizzas.

- Pas vraiment. - Un diplôme ?

- Juste le bac. - Quel est votre métier ?

- Ecrivain.

- Autre chose.

Musique frénétique

- C'est pas une mezzanine Ikea.

Perçage électrique

Perçage électrique

- Un côtes-du-rhône ?

- C'est votre métier ?

- Vous avez pas trop la tête à faire ça.

- Et le poinçon ?

- Le chien, la porte...

- Il faudra bien balayer, là. C'est le chantier.

...

Musique sombre

...

Musique énigmatique

- Il est minuit et j'ai envie de pisser.

Je prends la plus petite route,

Je prends la plus petite route,

celle qu'aucun panneau ne m'encourage à emprunter.

Je m'arrête

et descends pour constater les dégâts.

Rien de grave, mais je suis contrarié.

J'entends sur la route, derrière moi, un raclement.

Là, à une dizaine de mètres,

une forme au sol remue.

Un chevreuil.

Le chevreuil est à terre.

Pas mort, mais les pattes ou le dos brisé.

Je ne peux pas partir sans tenter quelque chose.

*- Allô, gendarmerie nationale. - Oui, bonsoir, madame.

J'ai percuté un chevreuil, il est au milieu de la route...

*- Vous êtes blessé ? - Non.

J'appelle pour lui. *- Ecoutez.

*C'est la ligne pour secourir les humains.

- Je m'en veux d'avoir blessé la seule trace,

le seul vestige de beauté en ces lieux dévastés.

Debout,

devant lui,

je le toise un instant.

je le toise un instant.

Je n'ai aucun outil létal

pour mettre un terme au supplice de l'animal.

Je décide de l'étrangler.

Cette souffrance,

cette beauté condamnée,

ce drame,

c'est aussi beaucoup de viande.

Musique lugubre

...

...

Il a la nausée.

...

L'écrivain entretient un feu qui ne demande qu'à s'éteindre.

Achever un texte ne veut pas dire être publié,

être publié ne veut pas dire être lu,

être lu ne veut pas dire être aimé,

être aimé ne veut pas dire avoir du succès,

avoir du succès n'augure d'aucune fortune.

Pour autant,

les écrivains sont inaccessibles au découragement.

Beaucoup d'entre eux, comme moi en ce moment

jettent leurs dernières forces dans l'aventure.

*- J'ai lu. On peut se voir ?

- Euh... oui.

*- T'es libre pour le déjeuner ?

- Oui, oui.

*- 12h au Café du Gymnase.

- OK.

- Tu veux quelque chose ? - Un café, s'il vous plaît.

- Le texte est bien.

On va te publier.

C'est ton prochain livre.

Mais j'ai un problème.

- Quoi ?

- Ecoute,

on t'a déjà versé un à-valoir sur l'autre livre.

Là, t'as décidé d'écrire sur ta situation d'auteur précaire.

C'est bien, même très bien.

Mais je peux pas te payer plus.

Tu comprends ?

- Du moment que j'écris.

Musique douce au piano

...

Une porte s'ouvre.

- Bonjour. - Bonjour.

- Tenez. - Merci, je suis très touché.

- Bonjour.

- Bonjour.

- Pour Inayat.

- Inayat... - I, N, A, Y, A, T.

Merci beaucoup. - Merci.

Notification

- Bonjour.

- Pardon. - Pour Marie.

- Marie. - En page de garde.

- Marie. - En page de garde.

- Oui.

- J'aime vraiment ce que vous faites.

- C'est gentil, merci.

- Merci beaucoup.

- Voilà, Marie. - Merci, bon courage.

- Bonjour. - Bonjour.

- C'est pour ma mère, Sabrina.

Notification Merci.

- Pardon, c'est pour ?

- Alexandre.

- Merci. - Merci beaucoup.

- C'est pour Marguerite. Sonnerie

- Excusez-moi, j'arrive.

(- Ca va ?)

- Une seconde. - Bien sûr.

- Allô, ça va ?

- Allô, ça va ?

*- Ca va et toi, papa ? - Oui, oui, ça va.

Ca va très bien.

Alors,

quoi de neuf ?

*- Papa, je t'appelle...

parce que je t'ai lu.

- Quoi ?

*- J'ai lu ton livre.

Je sais pas comment te dire...

Ca m'a fait pleurer.

- Ah, merde.

Je l'ai pas écrit pour qu'on ait pitié.

*- Non, non, c'est pas ça.

C'est le texte qui m'a bouleversé.

- Ah bon ? *- Mais oui.

J'adore quand tu tonds la pelouse avec les ciseaux.

Et quand le flic t'arrête pour la ceinture, c'est drôle.

Tu sais, je disais à mes potes

que t'étais écrivain.

Et là, j'ai compris, je vais leur offrir ton livre.

Et là, j'ai compris, je vais leur offrir ton livre.

Je suis tellement fier de toi, papa.

Papa, tu m'entends ? - Oui.

*- Pourquoi tu dis rien ?

- Parce que je sais pas quoi dire.

Parce que ça me rend heureux.

*- Dès que j'ai des vacances, je viens te voir à Paris.

Et je squatterai ton studio.

- J'ai déménagé, je suis dans une chambre de bonne.

*- Une chambre de bonne ? - Ouais.

*- Alors je squatterai ta chambre de bonne.

Ca m'a tellement fait plaisir de te lire, papa.

C'était super important pour moi.

Je t'embrasse, papa.

- Moi aussi, je t'embrasse, mon fils.

Musique douce au piano

...

...

...

Avec ma courtoisie,

mon zèle de débutant,

j'ai dû prendre la place d'un ouvrier moins souple,

moins souriant, un type rongé de soucis

que je n'ai pas

ou si récents que je n'en suis pas affecté avec autant de force.

Je suis comme de nombreux autres, appâté par la souplesse du système

et paradoxalement,

par l'impression de liberté qui s'en dégage.

Le piège est drôlement bien pensé.

On a affaire à un savant mélange de liberté

et de privation de celle-ci.

et de privation de celle-ci.

La disponibilité

à toute heure conditionne la possibilité d'en vivre.

Je m'endors heureux si ma note est haute

et angoissé quand elle baisse.

Avec 5 étoiles, on travaille plus.

- Paul est gentil mais pas très bavard.

Quelqu'un parle en langue étrangère.

- Le client manie lui-même la carotte et le bâton.

La note peut chuter soudainement, sans raison,

affectant durablement les revenus.

Les plateformes n'ont pas recours à la répression pour nous tenir.

L'algorithme organise le travail à leur place.

Et un paquet de feuilles. - Lesquelles ?

- Les moins chères.

Les chefs ne craignent pas les employés.

Admirable mécanique

de destruction et de récupération des déchets.

de destruction et de récupération des déchets.

Musique harmonieuse

...

- Merci beaucoup. - Merci.

Voilà, c'était pas grave. - Super.

Vous m'aviez dit 25, c'est ça ? - Oui.

- J'ai une amie qui déménage demain.

Je peux lui donner votre numéro ?

- Bien sûr,

mais je travaille pas le matin.

Le matin, j'écris.

Musique harmonieuse au piano

...

...

...

...

...

...

Sous-titrage : Edith Ramos Sparrow

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