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Original subtitles

La mère de ma copine

travaille chez Hondos, elle nous offre sans arrêt des trucs

et on a plein de cosmétiques chez nous.

Là, j'ai des palettes de paillettes. Elles déchirent, elles sont top.

Celles que je porte, tu vois ?

Tu crois que je mens ? Regarde le résultat !

- Vous voyez ? - Pas ses boutons, hein !

Alors les filles, on fait quoi ?

Je les garde ou vous les prenez ?

- On en prend une ? - Très bon choix, parfait pour l'été.

Vous ne le regretterez pas !

- C'est clair ! - Merci !

Je les aurais bien gardées. Merci !

- Portez-les bien ! Bye ! - Salut !

Assieds-toi !

- Je te sers ? - J'ai déjà mangé.

Qu'est-ce que t'as mangé ?

J'ai mangé.

C'est quoi, ça ?

Pourquoi tu me regardes comme ça ?

Tu croyais vraiment que ça pouvait durer ?

T'es une vraie salope !

Chloé !

Comment tu l'as appelée ?

Salope.

S A L O P E

Le plat te va, mon Andréas ?

Tu n'as pas l'air d'avoir très faim.

Non, c'est parfait maman.

Ne me touche pas !

J'ai dû supplier le type de la sécurité

- de ne pas appeler la police. - Je t'ai rien demandé.

On en a discuté et Chara a parlé au responsable.

Lundi, tu commences à l'essai comme assistante au magasin.

Quoi, hmm ?

À partir de lundi. Tu peux pas vivre d'allocs !

C'est mieux que les 500 euros que gagne Chara.

Je gagne 580.

Pardon, 580.

C'est pas si mal. Penses-y, OK ?

On sera ensemble.

Et t'auras une remise de 15% sur les cosmétiques.

Ça te fera un petit travail, ma fille ! Tu verras, ce sera bien.

Vous êtes si bons avec moi. C'est émouvant. Mais pourquoi ?

Parce qu'on est une famille.

et une famille, malheureusement, on la choisit pas.

Mais se faire exploiter et dire merci, par contre.

Écoute bien, pauvre conne.

Ou tu commences lundi,

en remerciant Chara d'avoir eu pitié de toi,

ou je te conduis au poste pour qu'ils te bouclent

et je te pourris la vie comme jamais.

Autrement, tu quittes cette maison et tu ne reviens pas.

- T'as compris ? - Laisse-la, Andréas.

On veut dormir !

Lâche-moi.

Ça recommence !

Tous les jours pareil.

Zenia !

Pourquoi tu cognes comme ça, meuf ?

Pardon.

Je peux rester chez toi quelques jours, s'il te plait ?

Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Mon frère a appris, pour le maquillage, ça a été le bordel, je me suis barrée.

Comment ça, « il a appris » ?

Comment il a appris ?

Chara nous a balancées.

Putain !

Et ce connard menace de nous dénoncer.

La merde. Je peux entrer ?

Non. Retourne le voir et supplie-le.

J'irai pas en taule parce que ton frère flic est une balance !

OK ?

T'es conne ou quoi ?

- Zenia ! - J'arrive.

La conne, c'est toi, tu nous fous dans la merde !

Dans ce cas, donne-moi ma thune.

Je l'ai pas.

Qui l'a ?

J'ai acheté du HHC avec.

Pour nous deux. Tiens.

12 euros 50, s'il vous plaît.

- 12,50 ? - Oui.

- Pour ça ? - Oui.

Sans le Coca, c'est combien ?

Il est déjà dans le verre.

Je vais payer pour la demoiselle.

Je ne veux pas. Pas besoin.

- Aucun problème. - Je veux pas !

- Merci. - Prenez pas !

Parfait. Merci.

- Merci beaucoup. - Bon appétit.

- Une pita et une bière. - 5,30.

Je ne veux pas aller plus loin, OK ?

Tu veux dire mariage, des enfants, tout ça ?

Moi non plus.

Pour ça, il faudrait te connaitre un peu mieux.

Non, je veux dire que je ne veux pas.

On s'embrasse juste. Je ne veux pas baiser.

OK, t'en fais pas. De toute façon, j'ai pas de capotes.

Je peux, maintenant ?

Qu'est ce que j'ai dit, pourquoi tu insistes ?

Pardon, pardon, bébé, pardon.

« Bébé » ?

Désolé. Non, pas « bébé », t'as raison.

- J'avais pas envie. - Si, t'avais envie.

C'est vrai, j'avais envie.

Mais je ne voulais pas te mettre mal à l'aise.

T'as raison, pardon.

Je promets que je ne vais rien faire.

Moi, ça m'a coupé l'envie. On laisse tomber.

Non, attends, attends !

Je vais pas te laisser ici en pleine nuit.

Au milieu de nulle part.

C'est pas correct.

Et la prochaine ville, elle est où ? Loin ?

À pied, je sais pas, en voiture, une demi-heure, je dirais.

Laisse-moi t'y conduire.

Je saurai que tu vas bien.

OK, tu m'y conduis et on en reste là.

Je me sens minable.

N'y pense pas, c'est OK.

- Je te rapporte un truc ? - Non.

Les capotes, il les prend pour toi.

Pour toi, tu veux dire, pour te niquer.

Allez mon pote, dépêche.

Tiens, prends.

Qu'est-ce qu'il se passe là-bas ?

Sofia ?

- Tu m'entends ? - C'est fermé à clé !

Il m'a enfermée !

Il m'a enfermée !

- Qui ? - Lui !

Pourquoi elle klaxonne ?

C'est ma copine, on s'est disputés, elle a pété un câble, OK ?

Ta copine, hein ? Ouvre, qu'on lui demande !

- Écoute, mon pote. - Ouvre, qu'on lui demande !

Bon, OK.

- C'est quoi ce bordel ? - On va tout de suite voir.

- Tu l'ouvres maintenant, connard ? - Oui, oui !

Qu'est-ce qui te prend ?

Les capotes, tu te les mets dans le cul !

- T'as pété un plomb, ou quoi ! - Je vais te niquer !

On y va, on y va !

- Ça va, Sofia ? - Le vélo !

- Anna, Sissy, prenez son vélo ! - Oui, oui !

On y va, on y va.

- Il est où, son vélo ? - Dans le coffre.

Ouvre-le !

Ça va ?

Hé.

- Tu pleures ? - Non.

- Si, tu pleures. - Non, vraiment pas.

Je crois qu'un bout de verre m'est entré dans l'œil.

Je peux voir ?

Je souffle ?

C'est parti ?

Oui.

Ça va mieux ?

Tout va bien maintenant, hein ?

Moi, je m'appelle Sofia.

Et toi ?

Hey ! Hey !

T'as faim ?

Comment tu t'appelles ?

Chloé.

Elle s'appelle Chloé.

Chloé, hein ?

Chloé, où est-ce qu'on te dépose ?

Je vais dans la région d'Évros. Je sais pas si vous...

Évros ?

Qu'est-ce que tu fais par ici, alors ?

Je ne suis pas d'Évros, mais ma sœur y vit.

Je vais la voir. Voilà.

Attends.

Ta sœur, qu'est-ce qu'elle fait là-bas ?

Elle bosse dans un supermarché.

Elle a un enfant. À part ça elle va bien, je crois.

Et vous, vous êtes un groupe ? En tournée ?

En tournée, oui, on peut dire ça.

Et quand on donne pas de concerts, on lave des vêtements.

Arrête, tu veux l'embrouiller ?

Comment ça ? Vous les lavez où ?

On les lave, enfin pas vraiment. Mais on lave, oui.

Mais on fait pas que ça.

- On aide les gens. - En lavant.

Et vous vivez de ça ?

On a une subvention de l'Union Européenne.

Pas énorme,

mais ça nous permet d'aller là où les gens ont besoin

et de laver leurs fringues.

Tu es pressée ?

Non, pas du tout.

Chloé !

Chloé !

Viens !

On y va !

- On s'en va ! - Chloé ! Chloé ! Chloé !

Chloé, viens, on s'en va !

Viens, on part !

Pardon. Il y a une prise quelque part ?

Là.

Mais fais gaffe de ne pas te prendre le jus !

Comment vous faites pour recharger ?

Recharger quoi ?

Personne n'a de portable ici.

- Et comment vous communiquez ? - Entre nous ?

Je peux t'emprunter le tien pour regarder un truc ?

- Pas entre vous, en général ? - On a pris une décision.

De ne pas avoir de portables.

Ni péter dans le van, mais ça personne ne respecte.

Les amis, les parents ? Vous faites comment ?

On fait des arrêts quand on veut. Personne contrôle où on va.

Dis-moi.

Je peux t'abonner à ma chaine YouTube ?

Ça ne te dérange pas ?

Je fais des tutos de maquillage.

Tu verras, ça te plaira.

Tu es très belle.

On pourra faire une vidéo où je te maquillerai.

Je vais voir si la dernière a des vues.

Chérie.

Tu me passes le cahier ?

Salut !

- Sofia ! Anna ! - Yep.

Allons-y !

- Salut ! - Comment va ?

Venez m'aider !

Tout le monde va bien ?

Merci beaucoup !

Comment ça va, madame ?

- Laissez-moi faire. - Merci !

Salut !

Cosmas, tu portes que dalle. Aide Aris.

Cosmas !

Merci !

Merci pour tout.

- Hé ! - Aris, mon pote !

Alors, quoi de neuf ?

Tout roule ?

Dis-moi, ils te servent à quoi, tes bras ?

- Au milieu, pour que ça tienne. - Il y a assez de pinces ?

- Tiens. - C'est bon, j'en ai.

Ok, je vais en chercher.

Là-bas. La dame, à côté du monsieur en bleu.

OK.

C'est à vous.

- Lavé de frais ! - Merci !

Merci pour les vêtements !

Merci beaucoup !

KA - TA - NA !

- C'est à qui ? - Allez, allez !

- C'est à qui ? - Je vois rien.

Plus haut !

- Sissy, à toi ! - Je peux pas !

Maintenant !

Ça compte pas. Mais, ça, ça compte !

Non, d'accord, OK.

- C'est qui ? - Aris.

- Dis-lui qu'on arrive. - OK, les gars, à tout à l'heure.

- À tout à l'heure. - OK.

- Attention à vous. - On part voir des potes.

- Quels potes ? - Des potes.

- On se voit demain matin. - Je pars, demain matin.

Mais non, on aura le temps de se voir avant midi.

Bisous.

Bisous.

- On te convient pas, nous ? - Si, bien sûr.

Mais pourquoi ils sont partis comme ça ?

- Pourquoi vous n'allez pas avec eux ? - Je suis claquée.

- Ça me dérange pas. - C'est pas pour toi qu'on reste.

C'est des types super chiants. C'est surtout des amis d'Aris.

Tu nous sauves, en vrai.

Si tu pouvais aussi nous sauver des moustiques, ça serait top.

Sofia ?

Sofia !

Qu'est-ce que t'as ?

Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Qu'est-ce que t'as ?

S'il voit les plaques, il pigera que des locaux sont dans le coup.

- Ça foutra tout en l'air ! - Tu préfères qu'on se fasse choper ?

Putain, le gars nous a abandonnés et s'est barré !

Tout le monde va bien ?

On bouge ! On bouge !

T'étais où, toi ?

Anna ?

Elle n'est pas revenue, on se casse !

Et Anna ?!

Ils peuvent débarquer à tout instant !

Anna sait ce qu'elle doit faire. On se casse !

- Toi, tu restes ici. - Chloé m'a sauvée,

on ne peut pas la laisser là.

Allez, on y va, on y va !

Loukas !

Allez, on y va !

On bouge ! On bouge !

Montez !

Je vais le niquer, ce salaud.

Il nous a trahis. J'y crois pas !

- Calme-toi, Piotr, calme-toi, putain ! - Me dis pas de me calmer, merde !

T'étais là-bas ? Non, tu dormais ici.

Assis et calme-toi ou je t'allume !

Ça suffit !

Dites-moi ce qu'il se passe !

Je vais te dire.

- Tu vas lui dire quoi, putain ? - Tu veux que je fasse quoi ?

Oui, il va me dire !

Ton portable !

Tu as peur que je t'enregistre, c'est ça ?

- Regarde, ça n'enregistre pas. - Prends-le.

Alors, tu me dis ?

- Il n'y a pas d'Union Européenne. - Hein ?

On n'a pas de subvention de l'UE.

Il y a des gens qui ont faim et sont sans thunes.

Je le sais, ça.

OK.

Ces gens-là donnent ce qu'ils ont à des prêteurs sur gages,

pour que dalle.

Des salauds d'usuriers qui profitent de ceux dans le besoin.

Nous, on reprend ces choses et on les leur rend.

Comment ?

On rentre chez les prêteurs et on embarque tout.

On ne demande rien en échange.

On prend juste le cash dans la caisse pour survivre.

Les lessives, c'est une façade.

Je crois qu'elle avait compris, Cosmas.

Seulement, aujourd'hui, ça a merdé.

Le type avait des chiens, il habitait là.

On était mal préparés. Voilà.

Et donc ? Il va appeler les flics ?

Quoi qu'il arrive, ces mecs là ne peuvent pas appeler les flics.

Ce qu'ils font est aussi illégal que ce qu'on fait, nous.

Anna !

C'est Anna !

Anna.

Tu vas bien, ma chérie ? Que s'est-il passé ?

Qu'est-ce qu'elle fout là, elle ?

Je veux rester avec vous !

- Quoi ? - Je veux rester avec vous.

Et tes parents ?

Ils vont te rechercher et on aura les flics au cul.

Ils s'en foutent de moi.

Et moi d'eux.

Chloé, c'est pas si simple.

S'il nous arrive une merde, on termine tous en taule.

J'ai bien compris.

T'as compris ? Quoi ?

Tu crois pouvoir vivre le reste de ta vie comme une voleuse ?

Allez !

Non, s'il te plait, non !

Non !

Wen-dy.

Wendy.

Pourquoi Wendy ?

C'est moi.

Je voulais être la Wendy de Peter Pan.

T'as vu le film ?

Oui, bien sûr.

Pourquoi Wendy, et pas, disons, le capitaine Crochet ?

Parce que c'est ce que je veux faire.

M'occuper de vous.

En général, m'occuper des autres.

Comme Wendy.

Et surtout pas vieillir.

Jamais.

J'ai vraiment pas envie de ça.

Ça, c'est mon préféré.

Fais voir.

Ferme à nouveau les yeux.

Une seconde.

Prête.

Souriez, souriez !

- Voyons ça. - Fais voir.

Chloé. Chloé, Chloé.

Tiens ça.

Fais « Ah ».

- Ah ! - Ah.

T'es la dernière.

Régale-toi.

Il est beau, ce maquillage ou ce look, comme tu dis.

Ça, ça me rend perplexe.

La dernière phrase ?

Oui.

Il n'y a qu'elle pour parler comme ça.

Allons, mon cœur. Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?

Ça me paraît tiré par les cheveux. Pas toi ?

Tu as déjà entendu quelqu'un parler comme ça ?

Tu peux laisser ça, s'il te plaît ?

Elle est à toi ?

Oui, j'aime jouer aux petites voitures.

Tu me l'offres ?

Impossible, c'est ma préférée.

Celle que j'achèterai quand on vendra le camping-car.

Moi, je l'achèterai. Il est à qui ?

À moi.

Je veux dire à nous.

Il était à mes parents.

Et tes parents n'en voulaient plus ?

Quel morceau de ouf.

Cosmas !

Hey !

Ici, les maisons sont construites et détruites de la même façon.

Facilement.

Tu peux avoir une terrasse au bord de l'eau

mais, le lendemain,

une énorme vague hivernale l'aura peut-être emportée.

Le bonheur et se le faire voler, vont de pair.

Ensemble, dans le sable, comme ça,

tchouc, tchouc, tchouc.

Comme les crabes !

Tu as déjà vu ça, hein ? Comme ça.

Mais c'est beau, aussi,

de ne pas savoir de quoi demain sera fait.

Ça permet de rester jeune.

Tire !

Il y a un mariage ce soir ici.

Ça sera la diversion rêvée.

La camionnette sera là où on a dit.

Vous la prenez, vous faites le boulot, et vous la ramenez au même endroit.

Angelos sera au mariage pour détourner les soupçons.

Pour qu'on ait un alibi.

Donc.

Aujourd'hui, un mariage a lieu.

Merci.

Sofia, évidemment, ira au mariage. Fais attention à elle.

Évidemment !

Ne me frappe pas, garce ! Je le ferai, je promets !

Bien sûr.

Pas touche !

Chloé, qu'est-ce que t'as ?

- Tu fais la gueule ? - Non, tout va bien.

- Allez, dis-moi ce que t'as. - J'ai rien.

Je voulais venir.

C'est pas grave.

Tu sais désactiver une alarme ?

Non.

Déverrouiller un tiroir-caisse ? Conduire ?

Oui, conduire, un peu.

Un peu.

Alors qu'est-ce que tu veux venir faire ?

J'en sais rien, mais si je viens pas, comment j'apprendrai ?

Ça viendra. On n'est pas pressés.

Pour le moment, t'es plus utile ici.

OK.

Prêts ?

Bienvenue à la mariée ! Elle est magnifique !

Le marié a de la chance !

Vive les mariés !

Alors, mes chéries.

Le maquillage autour des yeux doit être intense

pour un look de...

Pour un look de mariage, où qu'il ait lieu.

Amérique.

En Amérique Latine, en Argentine.

Le Brésil, c'était un voyage top.

J'avais rencontré un type. C'était pas facile, dangereux même,

mais grâce à lui j'ai pu vivre dans une favela.

- Expérience extrême. - Expérience extrême, la favela ?

Moi, ça m'a changé :

j'ai vu comment les gens y vivent et ça m'a changé, comme être humain.

Je suis aussi allé en Asie, la totale.

Tokyo, Okinawa.

Okinawa !

Tu dois être riche ?

- Non. - Si.

Riche, comment ?

Ce que je veux dire. Comment le formuler ?

Je n'avais pas énormément d'argent.

Être riche signifie autre chose d'une personne à l'autre.

- Toi, t'as pas envie de voyager ? - Je voyage, avec vous.

Hors de la Grèce, je veux dire.

Non, j'y ai jamais pensé.

Tu veux dire un endroit extrême, qui me changerait ?

Ici, pour moi, c'est déjà exotique.

Dis-moi. Est ce que vous baisez ?

Avec qui ?

Comment, avec qui ? Entre vous, avec d'autres.

On est une famille, du coup, ça ferait trop tragédie grecque,

mais on a trouvé une solution.

Vous vous branlez ?

Allez quoi, n'aie pas honte.

- J'ai pas honte ! - T'as honte.

C'est même moi qui ai inventé le système.

Quel système ?

T'as remarqué, quand quelqu'un entre seul dans le camping-car,

- ce néon qu'on accroche dehors ? - Oui.

Eh bien, c'est quand on veut.

- Quand Loukas va écrire des vers. - Oui ?

En fait, il y va pour se branler.

En vrai, le groupe est fondé sur le pilier de la masturbation.

Je t'emmène danser ? Viens, viens.

Tu es d'ici, toi ?

- Je me suis dit je devais te sauver. - De quoi ?

J'ai entendu pilier et masturbation et me suis dit : « La pauvre » !

- Tiens. - Non, merci.

- Ça me tourne la tête. - Oui, c'est pour ça qu'on boit.

Et c'est pour ça que je ne bois pas.

- Je prends une pilule tous les jours. - Contraceptive?

Oui, je baise tout le temps et j'ai peur de tomber enceinte.

Je croyais que t'avais saisi

que le groupe repose sur la masturbation.

T'as dit « pilule », c'est pour ça.

On peut très bien boire en prenant la pilule.

En fait, j'ai un problème qui touche mes émotions.

C'est-à-dire ?

Je peux être très heureuse à un moment,

très triste à un autre, ou avoir peur.

Et j'ai besoin d'un truc qui m'équilibre.

- T'as ça depuis longtemps ? - Oui.

C'est un cadeau légué par ma mère.

Aujourd'hui ça touche même sa mémoire.

Ça me fait un peu peur.

J'ai peur de finir par oublier des endroits,

des visages, des choses.

C'est pour ça que j'ai un faible pour les photos.

Mais ne t'en fais pas, hein.

On va pas faire une dépression non plus.

Toi, enfin. Parce que moi.

Allez, on va danser.

Allez, on y va.

Tout le monde sur la piste !

Ta blanche robe de mariage,

Je la vois et l'oublie.

Une journée belle comme celle-ci

Ne reviendra jamais.

C'est pour qui, ça ?

- C'est au nom de Mavromatis. - Mavromatis.

J'ai une broche en forme de larme.

De larme ? Une seconde.

Au nom de Stoufi.

Bien, très bien.

Piotr ! Stoufi. Stoufi. Bien.

Où on l'avait vue ?

- Merci ! - Ah, la voilà !

- Mes affaires. - L'épingle, il y a de l'or dessus ?

Andrèou ?

Andrèou ?

- C'est à vous ? - Oui ! Merci infiniment !

Merci.

Une chevalière et une montre en or. Attends.

La chevalière est au nom de Tsangaris.

Parfait. Tsangaris, c'est bon !

On a pas recensé de montre en or.

Tant mieux pour nous !

Mille mercis !

- Merci. - Avec plaisir.

- Merci mille fois. - Portez-vous bien.

On y est !

C'est parfait, ici !

Attends, je vais t'aider !

- Je vais chercher du bois ! - Je viens avec toi.

Tu enlèves ça et l'alarme est désactivée. OK ?

- C'est bon ? - Oui.

- Tu le fais ? Vas-y. - Oui.

- OK, j'enlève ça et-- - Attends !

Doucement.

C'est une alarme, pas un jouet.

- J'enlève ça. - Oui.

Ça prévient la police.

Après, j'ai oublié.

Oh, Sido !

« Il y a eu trop d'abeilles cette année.»

« Elles nous ont gâché l'été. »

De quelles abeilles ils parlent ?

Ils récitent des haïkus de kamikazes chaque fois qu'ils se retrouvent.

Le jour où l'un d'eux ne connaîtra pas la suite, leur amitié sera morte.

Qui c'est, Sido ?

Viens.

Tu m'as manqué, mon frère.

Toi aussi, frérot.

Et tes enfants ?

Et les tiens ?

Eux ?

Ça va.

- Et la voiture, elle est volée ? - Leasing.

Anna ! Te voilà.

Mon Sido !

- Sissy ! - Sido !

- Petit frère ! - Ça roule ?

- Quoi de neuf, mon grand ? - Tout baigne.

Toi, je te connais pas.

Chloé.

Et dis-moi, Chloé.

Tu as peur de voler ?

Braque !

Accélère, accélère !

J'appuie !

- Encore ? - Non, ça suffit comme ça.

Ouh là.

À partir de demain, toi aussi tu pioches.

Et si on se fait choper ?

Si on se fait choper,

on aura nos circonstances atténuantes.

On en prend la veille des braquages, mais pas juste pour planer.

Avec ça, t'es classé toxicomane

et ta peine est réduite à un cinquième.

T'inquiète pas.

Tu seras en sécurité.

Sofia, viens par ici !

Pardon, pardon, mais

Attention !

On y va, on y va.

Lampe.

Fais vite !

Fais pas chier !

C'est bon. On y va !

Sofia !

Chloé ! Apporte le sac !

- C'est à qui ça ? - Au proprio.

Bonne chance !

- C'est toi qui conduis, hein ? - Oui, oui.

Chloé.

- Tu viens avec moi ? - Sac !

Et les autres ?

Les autres seront plus à l'aise.

Viens !

Rentre !

Tu me tiens les pieds ?

Je me souviens, quand j'étais petite.

À une époque, ma mère sortait avec un mec qui vendait des jouets.

Pour un anniv', il m'avait offert une moto,

une petite, qui marchait avec des piles.

Je l'adorais,

j'étais tout le temps dessus à faire des tours dans le quartier

et les garçons étaient verts de jalousie.

Parfois j'avais pitié d'eux.

Je les laissais monter derrière moi

et je les emmenais faire un tour.

Aujourd'hui c'était ma première fois derrière

et j'ai fini dans la mer.

C'était pas si mal.

Et toi ?

Petit, tu avais un jouet préféré ?

Oui, j'avais un train électrique.

Qui sait de quelle manière mon père l'avait dégoté.

Je le regardais pendant des heures tourner en rond

et je m'imaginais, dedans, faisant le tour du monde.

Puis ça a commencé à m'ennuyer parce qu'il ne sortait pas des rails.

J'ai décidé que si je parcourais le monde,

ça ne serait pas sur des rails.

Tes parents ont acheté le camping-car quand tu étais petit ?

Oui, on avait été expulsés.

C'est un peu ma maison de famille.

Il n'était pas comme ça, bien sûr.

J'ai tout démantelé parce que je ne voulais pas me souvenir.

De quoi ?

C'est là-dedans qu'ils sont morts.

Qu'ils ont été tués.

Comment ?

Pardon, pardon.

T'es pas obligé de répondre.

Non, ça va.

Ils voyageaient l'hiver, il y a eu une tempête.

La route glissait, un camion a perdu le contrôle.

Une de ses roues s'est détachée et s'est plantée dans le pare-brise.

Ils n'ont pas été tués par le verre.

C'est le pneu qui a défoncé leurs visages.

On ne pouvait plus les reconnaître.

Yeux, nez, bouche, tout n'était plus qu'une masse.

Quand on m'a appelé, je n'ai pas pu les reconnaître.

Je les ai reconnus à leurs fringues.

Mais ça va. Ça fait longtemps.

Mais quand j'en ai hérité,

j'ai voulu oublier que ça avait été notre camping-car.

Et oublier tous les endroits qu'on avait visités avec.

Mais au fil du temps, je me suis retrouvé à retourner dans ces endroits.

Je me suis rappelé le mal que les gens avaient à vivre.

Et qu'ils ont encore.

Et j'ai décidé de faire quelque chose.

Après mes voyages, je suis revenu à Athènes et j'ai vécu dans un squat.

Les flics ont fini par débarquer, on s'est tous retrouvés à la rue.

Alors, avec Piotr, Anna et les autres, on a décidé que ma maison de famille

deviendrait notre maison.

C'est quoi ?

EVROS

Madame Penny est attendue à la caisse 3.

Chloé !

- Tassia ! - Je n'y crois pas !

Attention à mon ventre !

- Combien ? - 26 semaines.

Comment ça, 26 semaines ? Parle normalement !

7 mois.

- C'est bon ! Gruyère ? - Pecorino.

- Je peux ? - Oui.

Tiens.

- C'est quoi ? - Pour la petite.

Chloé, mais c'est pour les garçons.

C'est ce que j'aimais, petite. Pas grave. Rends-le-moi.

- Non, ça va. - T'aimes pas !

Si, ça me plaît. Ça lui plaira peut-être.

Pourquoi t'as pas appelé, donné signe de vie ?

J'ai jeté mon téléphone.

- Jeté ? - Oui.

- Vous étiez angoissés, hein ? - Bien sûr. Pourquoi tu dis ça ?

Je dis pas ça pour toi.

Sois pas conne. Maman t'adore.

- Maman s'en branle de moi. - Ne parle pas comme ça !

Elle a failli devenir dingue quand elle a appris pour tes vols.

Chloé, tout va bien ?

Oui. Tout va bien.

- T'es sûre ? - Oui, oui ! J'arrive.

OK.

Qui c'est, celui-là ?

Un ami.

Ton ami ? Tu as des amis ici ?

Ils m'ont pris en stop et je suis restée avec eux.

On parcourt la Grèce, on aide les gens.

De l'auto-stop ?

Chloé, tu dérailles ?

T'es devenue dingue ?

Je dis à maman de venir te chercher.

N'appelle pas maman !

- Andréas, alors. - Arrête !

- C'est pas drôle. - Il doit être en service.

Tu restes ici jusqu'à ce que je termine le travail.

Viens chez moi, tu verras la petite.

Après, on te fera rentrer à la maison.

- Je ne rentre pas à la maison. - Bien. OK.

Viens vivre avec moi, tu m'aideras avant l'accouchement.

Tu feras quelque chose pour ta famille.

Je ne viens pas chez toi.

Je suis venue pour que tu me donnes des bons de réduction.

- Quoi ? - Des bons de réduction.

Dégage !

Je m'en irai quand tu me donneras des bons de réduction.

Il y a une jeune fille louche au rayon fromages.

Stop. C'est pas drôle.

Fouillez-la !

T'es pas croyable !

Pas de coupons, finalement. Ma sœur n'a rien lâché. Désolée.

J'en ai pas eu besoin. Mais merci quand même.

Quoi ?

Qu'est-ce qu'il y a ?

C'est à toi de nous le dire.

J'ai rien à dire.

Pourquoi tu me regardes pas ?

Comment ta sœur est au courant pour les cambriolages ?

Elle parlait pas de ces vols-là.

- Desquels, alors ? - Des trucs que j'ai faits à Athènes.

- Et Andréas, c'est qui ? - Ton père ?

Pourquoi il viendrait te chercher ?

- C'est un interrogatoire ? - Oui.

C'est mon frère.

- Pourquoi il est « en service » ? - Tu crois quoi, Aris ?

T'en connais beaucoup ? Il est flic !

- Il n'est pas flic ! - Pas flic ?

Il est quoi, alors ? Pompier ?

Agent de la circulation.

Il est con, c'est la seule chose qu'il sait faire.

Me pousse pas ! Arrête ou je te défonce !

- Arrêtez ! - Vous lui faites quoi, là ?

Ton frère est flic et tu n'en parles que maintenant ?

J'ai aucun rapport avec lui ! Pourquoi j'en parlerais ?

Il ne veut rien dire pour moi !

Pourquoi pas en parler ? Tu sais ce qu'on fait ?

Tu fais quoi, là ? Viens ici ! Allez, refais-le !

Pauvre conne, t'as compris ce qu'on faisait ici ?

Ne me colle pas ! Si tu me reparles comme ça.

- Tu fais quoi là ! - Moi, connard ?!

Ma mère a mis au monde un connard !

Pourquoi moi je devrais payer ? C'est moi qui l'ai fait naître ?

Chloé, j'aime beaucoup le drame mais t'aurais pu dire qu'il était flic.

Toi, qu'est-ce que tu fais ? Hé ?

Pourquoi tu fais ça ?

- Tu veux que je fasse quoi ? - Pourquoi tu me regardes pas ?

Pardon, mais pourquoi on l'oblige à rendre des comptes sur sa famille ?

On fait ça maintenant ?

Vous voulez que je parte ?

Dites-le.

Tu veux que je m'en aille ?

Regarde-moi !

Chloé !

Attendez-moi.

Qu'est-ce que tu passes ton temps à écrire dans ce carnet ?

Je crois que mes parents cherchent à communiquer avec moi

via les commentaires de ma chaîne YouTube.

Il y a un compte, « Mr & Mrs_Darling ».

Ils demandent rien sur le maquillage.

Leurs remarques, c'est que pour me dire où je me trompe,

Ils me disent que je suis trop maquillée

ou que j'articule mal.

Pourquoi tu crois que ce sont tes parents ?

Darling, c'est le nom des parents de Wendy.

Bon, Anna dit

que c'est juste des haters

qui racontent des conneries pour que je me sente mal.

Mais je suis toujours impatiente de lire leurs commentaires.

Et chaque fois que je les lis,

j'ai l'impression d'être à la maison.

C'est pas forcément agréable, mais

heureusement qu'on est venues l'inspecter.

Il va sûrement fermer.

Dommage.

C'était comment, le sexe ?

Il y a des sentiments ou c'était juste ?

Je sais pas. J'aime le fait qu'il soit gentil.

Qu'il s'occupe de nous. Je ne suis pas habituée à ça.

Mais parfois, il se met tellement en colère.

Il devient quelqu'un d'autre.

Tout à l'heure, par exemple.

Comment faire confiance à quelqu'un qui fuit mon regard quand je suis mal ?

Tu te sens peut-être mal, en ce moment,

mais cet instant te paraîtra plus beau dans ton souvenir.

Les photographies, pourquoi ça te plaît autant ?

Parce que...

Parce que, si une photo de moi se perdait

et se retrouvait entre les mains d'un autre,

ce serait mon opportunité de vivre une autre vie

à travers leur imagination.

Peut-être même, une vie plus belle que la mienne.

Je fais la même chose pour ces gens

parce que je sens qu'ils ont été très seuls.

Autrement, quelqu'un aurait gardé leurs photographies.

Elles n'auraient pas fini dans la rue.

Et eux, c'est qui ?

C'est une petite fille et son papa.

Ils reviennent de la chasse.

Le papa fait la gueule parce qu'il rentre les mains vides.

La petite est contente exactement pour la même raison.

Chaque fois que son père ratait un tir,

elle détournait les yeux pour qu'il ne se sente pas minable.

Mais elle était fière, en fait.

Elle était fière qu'il rate les cerfs.

So !

Sofia !

Sissy ?

Sissy !

Bon, quoi.

Vous êtes toujours fâchées contre nous ?

Chloé, elle nous a pardonnés.

Chloé n'est pas sans cœur, elle. Elle est Lion.

- Et c'est pour ça qu'elle a du cœur ? - Pour ça aussi.

Si vous êtes des cons, c'est à cause de votre signe du zodiaque ?

Schrödinger entre dans un bar.

Ou n'y entre pas.

- Il faut le plier comme ça. - Rends-le moi.

Sofia pigera pas la blague. Elle comprend que le maquillage.

Qui est là.

Ma chérie !

- Tu m'as manqué. - Toi aussi, beaucoup.

Salut, toi.

- Ça va ? - Ça roule !

Eh, Piotr !

Ma belle.

- Moi, c'est Athina. - Chloé.

Tu es très belle.

- On y va ? - Oui.

300.

500.

- 1000. - Nickel.

C'est trop, mec.

- C'est pour le petit. - Aris.

Oui, t'as raison, c'est un camping.

C'est juste qu'il n'y a plus de touristes.

Pendant la crise déjà,

et avant tout ce qu'il s'est passé depuis,

le propriétaire le partageait :

l'été pour les touristes

l'hiver pour ceux qui ne pouvaient pas payer de loyer.

Merci !

Maintenant, il ne le partage plus.

On habite tous ici de façon permanente.

Et la vie à Athènes ne vous manque pas ?

Pourquoi elle me manquerait ?

J'ai bossé toute ma vie pour acheter un appart

et à la fin, c'est l'appartement qui me possédait

et je ne vivais que pour l'entretenir.

Non.

Ça me plaît ici.

Ça me plaît même beaucoup.

Ici, dans la nature.

Avec tous ces gens.

Vous savez combien de familles vivent ici ?

Certains sont venus avec leurs enfants,

d'autres sont venus en secret,

par honte.

De honte ? Pourquoi ?

Justement, dis-le-moi : pourquoi ?

Pourquoi avoir honte de ne pas avoir eu une vie facile ?

Pourtant, certains ont honte.

Pas moi !

Moi, ça me plaît ici.

Tu sais, ma fille.

On est peut-être brisés,

mais on est là les uns pour les autres.

Papa, où on va ?

Oh, il s'est cassé !

C'est pas grave, on en prendra un autre.

On va en prendre un autre !

Spyros, tu vois, elle, c'est Chloé.

Pourquoi elle s'occupe des vêtements ?

On les ramasse, on les étend pour les sécher,

les repasser et les ranger dans l'armoire, tu vois ?

- Regarde, quels beaux yeux verts. - Puis on les rend aux gens.

Je veux aller voir maman.

On doit aller voir maman.

D'accord.

Chloé !

Je vérifie la caisse enregistreuse.

Ouvre, putain !

Ouvre, espèce de merde !

Y a rien d'autre.

Putain.

J'y crois pas, j'y crois pas !

Putain de poisse de merde, putain ! Putain ! Putain !

Piotr !

Ça suffit, ça suffit, arrête !

- C'est celui-ci ? - Oui, c'est celui-là. Merci !

- Tu t'en souviens ? - Oui.

C'est à papa.

C'est bon ?

Oui, enfin. Ça, personne l'a pris.

Je ne sais pas ce que c'est exactement.

Quoi ? C'est quoi ?

Il est chargé.

Il appartenait à un flic.

Sans doute.

Il y avait un flic qui vivait ici. Tu te rappelles ?

Il était dans des histoires de paris. Des mecs le cherchaient.

Bref. Il s'est tiré.

Vérifie. Il y a un numéro de série ?

C'est rien ça, on peut le gratter.

Faut pas faire ça, il perdrait de la valeur.

- Vous êtes comment, niveau fric ? - Dans la merde.

Ça va. On s'en sortira.

Mais non, ça va pas, mec.

On comptait sur le coup d'hier soir.

Quelqu'un les prévient. On doit faire profil bas un moment.

Je connais un gars.

Il paiera un bon prix pour.

Combien ?

Environ 1500.

Il est où ?

À Corinthe, en face de chez mes parents.

Je me souviens.

Un flic à la retraite.

Un connard, mais il aime les armes. C'est un collectionneur.

Mais, réfléchissez bien.

Si vous vous faites arrêter et ils le trouvent, vous êtes baisés.

Bonjour, monsieur.

Bonjour.

M. Kosmetatos ?

Oui.

Vous m'entendez ?

Tu crois qu'il est du genre rancunier ?

Qu'est-ce que vous voulez ?

Bonjour.

On est des amis de Markos.

C'est qui, Markos ?

Markos. Il a grandi ici, en face.

Ok, et vous voulez quoi ?

Il nous a dit que M. Kosmetatos collectionnait les armes à feu.

Disons qu'on a une pièce à lui montrer.

Si ça vous intéresse.

Fais voir.

Il est en parfait état. Vous n'avez qu'à voir vous-même.

Papa.

« Il est en parfait état ».

250.

250 c'est pas assez.

Comment tu sais que 250 c'est pas assez ?

On le vend à 1500.

1500 ?

Il y a combien de carats ?

Il a encore un numéro de série.

Votre père est policier à la retraite.

Personne va vérifier s'il a un permis.

Et pourquoi mon père aurait peur qu'on vérifie s'il a un permis ?

300 euros.

Rends-le moi.

On le vend à 2000.

Pardon.

Je comprends pas.

Pourquoi Piotr aurait une plus grande portion ?

Tiens.

Non, je veux pas.

Pourquoi il a une portion plus grande ?

Vous faites le même poids ?

M'en fous ! Les portions doivent être égales.

Elles doivent être justes.

Les portions sont justes que si elles sont égales.

Pourquoi tu t'en mêles, toi ?

Parce que ça me chante.

Je pige pas pourquoi tu devrais bouffer plus.

Hein ? T'es meilleur que les autres ?

Ou plus intelligent ? Ah, je sais : t'es plus riche, c'est ça.

Bien, allez, allez ! Prends-le et bouffe !

Tu me jettes ta bouffe comme à un chien ?

- Tu te comportes comme une chienne. - Comme une chienne ?

Viens, alors !

Ça suffit !

On arrête ! Allez !

Piotr.

Piotr, viens manger avec nous !

Tu mangeras par terre !

Viens manger !

- Chloé, calme-toi ! - Ça va, ça va !

- Tu jettes de la nourriture, connard ! - Calme-toi.

- Laisse-le. Assieds-toi. - Pardon.

Pardon, les gars !

Tout ça pour ça.

- Laisse tomber, mec. - Lâche ma pote, imbécile.

Allez, Spyros, on y va.

Tu le reverras, ton papa.

2000, tout ce que vous nous aviez donné.

J'espère que ça vous suffira avant de reprendre.

Je suis désolé.

Pardon, Markos.

Bonne chance, mon ami.

- 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1.

Bonne année !

Il y a des moments où je crois qu'on est des fantômes

et que personne ne sait qu'on est ici.

C'est pour ça qu'ils nous trouvent jamais.

Ni la police, ni personne.

Et les journées qu'on passe ensemble ici ? C'est quoi ?

Nos journées n'existent pas.

Nous flottons au-dessus des villes que nous croyons visiter

et des gens que nous croyons aider.

Mais nous n'aidons personne

parce que nous n'existons pas.

Nous sommes des fantômes.

Des fantômes que quelqu'un a appelé en oubliant ce qu'il voulait leur dire.

C'est pour ça que nous errons au-dessus de villes désertes,

en attendant qu'il se souvienne de la question qu'il voulait nous poser.

C'était sûrement très important.

Tu dors ?

Je fais un rêve.

Tu crois que les fantômes font des rêves

dans les villes désertes ?

- Voila. - Je te remercie de tout cœur !

- On vous remercie ! - De rien !

C'est quoi, ça ?

- Un tourtereau ? - Ça ?

C'est Glykeria.

Le seul canari qui reste des mines des années 80.

Il a sauvé mon père, entre autres.

Autrefois, on mettait des canaris dans les galeries.

Quand ils arrêtaient de chanter,

on savait qu'il fallait se barrer en courant.

Mon Dieu, entends-tu ? Fais que ça se passe bien, cette fois.

- Au moins, qu'il fasse plus chaud. - Seigneur.

Encore un peu.

Seigneur, donne-nous la force. Pour voir fleurir les amandiers.

Tu crois vraiment que quelqu'un nous entend ?

Oui.

Pas toi ?

Tu as l'impression qu'on est seuls, ici ?

Ici, c'est le seul endroit où je ne me sens pas complètement seule.

Mais en général non, je ne crois pas en quelque chose.

Tu ne crois pas qu'il y a quelque chose après ?

Non. Et toi ?

Moi ?

Oui.

Je pense que Dieu nous attendra à la fin,

comme nos parents nous attendaient à la sortie de l'école,

quand on était gosses, pour nous ramener à la maison.

Et si on ne veut pas revenir à la maison ?

Merde !

Les gars !

Je crois que j'ai trouvé !

On l'emmène directement là-bas ?

Non, on fait ça ici.

- La sécurité du flingue est mise ? - Le voilà !

- C'est lui ? - Oui, on y va !

- On y va ! - Allez.

- Viens ici ! - Attrape-le !

Laissez-moi ! Qu'est-ce que vous voulez ?

Avance, connard !

Qu'est-ce que vous me voulez ?

Lâchez-moi !

- La ferme ! - Avance !

Pousse-le à l'intérieur !

Montez, on y va !

- Allez ! - On y va ! On y va !

Je vous en supplie, pensez à vos parents !

J'ai pas de parents, connard !

Donne-moi le code, putain !

11-88-19.

Putain, ça s'ouvre pas.

Ce truc ne s'ouvre pas, putain !

Pourquoi ça ne s'ouvre pas fils de pute ?

Laisse-moi.

Qu'est-ce qui te prend, mec !

Calme-toi !

Regarde-moi.

Regarde-moi.

- C'est ouvert ! - Les sacs, les sacs !

J'ai une famille, des enfants.

C'est l'argent de mes mômes, pour l'école.

Comment ils iront à l'école ?

Qu'est-ce que tu regardes ?

Ouvre, ouvre !

- Non, je vous en prie. - Ouvre !

Je vous en supplie.

- Putain, y a combien de blé là ? - Allez, on y va !

S'il vous plaît.

S'il vous plaît.

Enfin, on va dormir comme des gens normaux.

Viens-là, mon gars !

Juste pour que tu saches, je reste ici pendant tout l'hiver.

Allo ?

Oui ?

Qui est-ce ?

Chloé ?

Chloé, ma fille, c'est toi ?

Ma chérie.

- Sofia reste derrière. - Un, deux, trois, quatre, cinq.

Nous cinq.

- Tu conduis. Nous, on entre. - D'accord, d'accord.

- Sissy, viens ! - J'arrive.

- Tu devrais venir avec nous. - Lukas aussi ?

Tu aimes mon vélo ?

Attends une seconde.

T'en penses quoi ?

C'est pas la même chose, mais c'est beau.

Je peux pas faire comme avant mais c'est pas mal, non ?

Non, c'est même mieux, je trouve !

Tu as un vélo à toi ?

Non.

Alors il est à toi.

Si tu le veux.

Il faut d'abord que je demande à ma maman.

Et où elle est, ta maman ?

Qu'est-ce que tu as ?

Rien.

Quelque chose t'a fait peur ?

Quoi ?

De quoi tu as peur ?

Chaque fois que je vois ma maman dormir

j'ai peur qu'elle se réveille plus.

Pourquoi elle ne se réveillerait pas ?

Ta maman est fatiguée parce qu'elle travaille beaucoup.

Si elle a du mal à se réveiller, c'est pour ça,

mais il faut pas avoir peur qu'elle ne se réveille pas.

Tu ne dois avoir peur de rien.

Toi, tu n'as peur de rien ?

Non.

Et quand tu étais petite ?

Quand j'étais petite, oui.

De quoi tu avais peur ?

J'avais peur des araignées.

Du noir.

Des fantômes.

Quoi ? J'en ai plus peur.

J'ai compris qu'ils n'existaient pas pour de vrai.

Ils existent pour de vrai.

Ah, c'est ce que tu penses ?

Oui, simplement ils ne cherchent pas à nous effrayer.

Ils veulent juste de la compagnie.

Ils sont tristes d'être seuls.

Pourquoi ils sont seuls ?

Parce que personne veut être leur ami.

Tout le monde a peur d'eux.

C'est à cause du vélo que t'es triste ?

Chloé.

Chloé ?

Allez.

Hé.

Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Tu pleures ?

Non.

Si, tu pleures.

Je crois qu'un bout de verre m'est entré dans l'œil.

Où ?

Laisse-moi voir.

Je peux souffler ?

Je crois que c'est parti.

Tu vas mieux ?

Oui.

Tout va bien, maintenant.

Viens.

Allez, viens.

Viens !

Chloé !

Dépêche-toi !

J'arrive.

J'arrive !

Il le pense pas vraiment !

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