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LE FESTIN DE BABETTE
Dans ce coin reculé du Danemark, vivaient autrefois deux surs
qui n'étaient plus de la première jeunesse.
Elles avaient été appelées Martine et Filippa
comme Martin Luther et son ami Philipp Melanchthon.
Elles consacraient leur temps et leurs modestes ressources aux aumônes.
Merci.
Merci.
Leur père avait été pasteur, prophète,
fondateur d'une secte religieuse,
et il était respecté, peut-être aussi un peu craint.
Le pasteur s'était marié tard et il était mort depuis longtemps.
Ses disciples diminuaient d'année en année.
Mais ils continuaient à se réunir pour lire et interpréter le Verbe,
et honorer l'esprit de leur maître
dont ils sentaient la présence parmi eux.
Les deux surs avaient une servante française.
Elle s'appelait Babette.
Cela peut surprendre chez deux dames puritaines
vivant dans une région aussi reculée, désolée,
et ce fait mérite d'être éclairci.
La présence de Babette chez les deux surs
ne trouve d'explication que dans les secrets du cur.
La beauté de Martine et Filippa jeunes filles
était extraordinaire, digne des arbres fruitiers en fleurs.
Elles ne se montraient jamais aux bals et aux fêtes.
Les jeunes hommes allaient à l'église dans l'espoir de les voir.
Pour les ouailles du pasteur, l'amour terrestre et le mariage
étaient dénués d'intérêt, tout bonnement une vaine illusion.
Dans ma vocation, mes deux filles sont ma main gauche et ma main droite.
Me priveriez-vous d'elles ?
Néanmoins, ces deux beautés
avaient bouleversé la sérénité et la destinée
de deux jeunes messieurs du vaste monde extérieur.
L'un d'eux était un jeune officier du nom de Lorens Löwenhielm.
Il avait mené une vie de plaisirs dans sa ville de garnison
et s'était endetté.
Garde-à-vous !
Mon capitaine, 20 hommes à l'appel !
Lorens ! Ressaisis-toi.
Tu vas aller passer trois mois chez ta tante.
- La vieille dame ? - Oui.
- A Norre Vossborg ? - Oui.
- Dans le Jutland ? - Oui.
A Norre Vossborg, tu pourras réfléchir tout à loisir sur ta conduite
et envisager de la corriger.
Bienvenue à Norre Vossborg.
Viens. Je vais te montrer ta chambre.
A l'instant même, il eut une grande vision
d'une vie plus élevée et plus pure,
sans lettres de créanciers ni sermons paternels,
avec un doux ange à ses côtés.
Grâce à sa pieuse tante,
il fut admis chez le pasteur.
Martha, ne reste pas les bras ballants ! Prends un torchon !
La grâce et la vérité se sont rencontrées,
chers frères et surs.
La justice et la joie vont s'embrasser.
Il renouvela ses visites, mais il lui semblait
qu'il devenait encore plus insignifiant à chacune d'elles.
Excusez-moi.
Les voies de Dieu traversent les mers
et les sommets enneigés des montagnes,
là où l'il humain ne voit pas de route.
Amen.
Je m'en vais pour toujours,
et je ne vous reverrai jamais plus.
Car j'ai appris que la vie est dure et cruelle,
et qu'au monde, il y a des choses qui sont...
impossibles.
Quand les autres officiers parlaient de leurs histoires d'amour,
il ne soufflait mot de la sienne.
Car en la revivant au mess des officiers,
en la voyant avec les yeux des autres,
il la trouvait pitoyable.
Lorens.
Comment un lieutenant des hussards
peut-il se laisser vaincre et abattre...
Par de pieuses mélancoliques
qui n'ont même pas de sel pour leur soupe.
Je n'arrive pas à oublier cette belle jeune fille.
Tu es un rêveur, Lorens.
Je préférerais être comme toi.
J'oublierai ce qui s'est passé sur la côte du Jutland.
Dorénavant, je regarderai l'avenir, pas le passé.
Je ne penserai qu'à ma carrière, et un jour...
je deviendrai un personnage important dans le monde.
Il épousa une dame d'honneur de la reine Sophia.
A l'époque, la piété était de bon ton à la cour.
Il sut faire valoir les expressions du presbytère
qu'il gardait en mémoire.
Nous implorons la miséricorde divine.
Il faut accomplir la mission du Seigneur avec amour.
Tu te souviens du jeune homme silencieux qui est apparu un jour
et qui a disparu tout aussi vite ?
Oui.
Un an plus tard, arriva un personnage encore plus distingué.
Le célèbre chanteur de Paris, Achille Papin,
qui avait chanté à l'opéra royal de Stockholm.
Merveilleux ! Merci beaucoup ! Une belle soirée.
Je vous remercie beaucoup, Madame. Vous êtes gentille, merci.
Stockholm est une ville charmante.
Le Nord vous offre un éventail de jolies villes.
Je voyage beaucoup mais...
dans le fond, je préfère être seul.
J'aime le silence.
Le silence et le bruit des vagues.
Alors, il faut que vous alliez sur la côte du Jutland.
C'est grandiose...
et sauvage.
Là, vous pourrez vous rassasier de grand air,
vous reposer.
Je connais un lieu.
Vous pouvez habiter chez l'épicier.
Mais Achille Papin sombra dans une sorte de mélancolie.
Il se vit soudain comme un vieil homme en fin de carrière.
Dieu tout-puissant.
Ta miséricorde atteint le ciel.
Ta justice va jusqu'au fond des océans.
C'est une diva.
Bientôt elle aura Paris à ses pieds.
Bonjour, M. Le pasteur.
Bonjour.
Je suis venu dans votre beau pays pour des raisons de santé.
Je loge chez l'épicier.
Je serais très heureux de donner des leçons de chant
à la jeune demoiselle qui demeure ici.
Elle a une bien jolie voix, et en travaillant un peu,
nous en ferons une voix d'ange.
C'est important pour célébrer la gloire de Dieu.
Vous êtes papiste ?
Oui. Catholique. Papiste.
Entrez, Monsieur...
Monsieur Achille Papin.
J'ai parlé à ma fille, M. Papin, et je vous donne mon consentement.
J'en suis ravi et vous remercie. Au revoir, M. Le pasteur.
Au revoir, M. Papin.
Au revoir, Mesdemoiselles.
Au revoir, Monsieur.
- Et à bientôt ? - Oui.
Monsieur...
Ah, merci.
Très bien.
Vous serez comme une étoile au firmament.
Personne ne pourra jamais chanter aussi bien que vous.
Vous serez l'unique étoile.
Les autres s'éteindront d'elles-mêmes.
L'empereur viendra vous entendre mais aussi la petite cosette du faubourg.
Vous avez assez de talent pour distraire les riches de leur richessse
et consoler les pauvres de leur misère.
Eh bien, Filippa, fais-tu des progrès avec M. Papin ?
Oui, père.
L'amour nous unira.
L'amour nous unira.
Bonjour, Madame ! Bonjour, Madame !
Je désire arrêter mes leçons de chant.
Permettez à M. Papin de connaître ma décision.
Les voies du Seigneur traversent aussi les fleuves, mon enfant.
Remettez ceci à votre hôte, je vous prie.
Adieu ma vie.
Adieu mon cur.
Adieu mon espérance.
Achille Papin prit le premier bateau pour Frederikshavn,
et de là, il repartit à Paris.
C'est la maison là-bas.
Bien des années plus tard,
un soir de septembre 1871...
Entrez donc.
"Mesdames..."
"Vous souvenez-vous de moi ?"
"Quand je pense à vous,
"il me vient le parfum des lys de la vallée.
"Le souvenir du Français qui vous est dévoué à jamais
"vous touchera-t-il pour sauver la vie d'une femme française ?
"L'infortunée porteuse de cette lettre, Mme Babette Hersant,
"comme ma belle impératrice en personne,
"a dû s'enfuir de Paris.
"La guerre civile a fait rage dans nos rues.
"Le mari et le fils de Mme Hersant ont été tués.
"Elle a échappé aux mains tachées de sang du général Galliffet.
"Elle a tout perdu et n'ose rester en France.
"Son neveu travaille sur un bateau en partance pour Frederikshavn.
"Il a tout arrangé pour son voyage.
"Elle m'a demandé si je connaissais des âmes généreuses au Danemark.
"Cela a réveillé mes souvenirs de vous, que j'ai chéris.
"Pendant 35 ans, Mlle Filippa...
"J'ai déploré le dur destin qui a empêché votre voix
"de remplir le grand opéra de Paris.
"Lorsque je pense à vous - honorée, respectée, entourée
"d'une chaleureuse ribambelle d'enfants -
"et que je pense à moi, vieux, célibataire, grisonnant,
"oublié par ceux qui, autrefois, m'applaudissaient et m'adoraient,
"je sens que vous avez choisi la vie la meilleure.
"Qu'est-ce que la célébrité ? Le cimetière qui nous attend tous.
"Pourtant, belle soprano des neiges,
"alors que j'écris, je sens que le cimetière n'est pas la fin.
"Au paradis, j'entendrai encore votre voix.
"Vous y serez pour l'éternité la grande artiste que Dieu voulait.
"Oh, comme vous enchanterez les anges !
"Babette sait faire la cuisine.
"Mesdames, acceptez cet humble hommage d'un ami
"qu'a été un jour Achille Papin."
Madame...
Nous craignons de ne pouvoir honorer vos services.
Nous n'avons pas de revenu assez important
pour nous permettre d'avoir à notre service une servante douée d'expérience.
Mais je ne veux travailler que pour les amis de M. Papin.
Je travaillerai pour rien.
Si vous ne me prenez pas à votre service,
je n'ai plus qu'à mourir.
- Restez avec nous. - Oui, restez avec nous.
Laissez-le tremper.
Vous le mettez à tremper.
Laissez-le tremper.
Laissez-le tremper.
Vous coupez.
Pain.
Pain.
Laissez-le tremper.
Un peu de bière.
- Un peu de bière. - Bière.
Comme ça...
Passez au sigte.
- Tamis. - Oui, passez au tamis.
- Pain à la bière. - Pain à la bière.
Oui. Faites-le bouillir pendant une heure.
Bouillir une heure.
Bonjour, M. Larsen.
Bonjour, Mme Babette.
Oignons.
Deux oignons.
Deux oignons.
Sucre.
- 20 skillings. - 20 skillings ?
20.
20 skillings.
- Merci. Au revoir, M. Larsen. - Au revoir, Mme Babette.
Au revoir.
Voilà.
Merci, Babette.
Etonnant. Depuis que Babette est là, nous avons plus d'argent.
Babette travaillait chez les filles du pasteur depuis 14 ans.
- Pas frais. - Pas frais ?
Mon poisson n'est pas frais ?
Il nageait encore il y a deux minutes !
- Combien ? - 30 skillings.
- 20 skillings. - 30.
- 30. - 40 skillings.
30.
Bon. Donnez votre panier et emportez-les.
Merci beaucoup !
Ces deux-là pour 30 ?
Non ! En voilà assez !
Ils coûtent 50, un point c'est tout.
Bonjour.
Bonjour, Mme Babette.
Je voudrais une petite tranche de lard.
La dernière fois, il était rance.
Ça, je ne comprends pas.
...qui m'a donné le jour.
La France ne vous manque pas ?
Mon seul lien avec la France est un billet de loterie
qu'un fidèle ami de Paris me prend tous les ans.
Un lien plutôt mince.
Merci beaucoup. Au revoir.
Au revoir, Mme Babette.
C'est une fine mouche.
Oui.
Vos péchés de jeunesse seront pardonnés, Christopher.
Le Christ nous a aimés et il a lavé nos péchés avec son sang.
Alléluia.
Vous qui cherchez le Christ,
tournez vos yeux vers la voûte céleste.
Vous y verrez le signe de son royaume infini,
la lumière éternelle.
Le royaume, la puissance et la gloire T'appartiennent
pour l'éternité. Amen.
Et merci, Seigneur, de nous avoir envoyé Babette.
Elle aide nos petites surs afin qu'elles puissent se dévouer
à Tes ouailles les plus pauvres. Amen.
Avec le temps, les disciples du pasteur
devinrent quelque peu hargneux et querelleurs.
De petits schismes éclataient au sein de la confrérie.
Bien que cela remonte à longtemps, Solveig,
je me souviens très bien qu'une fois, tu m'as très mal traitée.
Tu te souviens que je t'ai mal traitée ?
Moi, je me souviens que tu étais jalouse.
Tu n'as pas été gentille du tout avec ma pauvre mère.
Chantons tous ensemble "Ton royaume arrivera, ô Seigneur".
Mon bon Paul, tu m'as roulé cette fois-là.
Je l'ai toujours su.
"Toujours su" !
Tu ne sais même plus ce que tu as mangé hier soir.
Je le sais très bien. J'ai toujours su que tu m'as volé.
Alors ? Pouvons-nous avoir un peu de silence ?
Crois-tu que mon cher mari me pardonnera de le tromper ?
Oui.
Nous étions si jeunes.
Ce n'est pas une excuse.
J'étais mariée avec lui. Tu m'as entraînée.
Oui.
- Mais tu le voulais. - Tu m'as séduite.
Dieu me Il ?
Ou mon âme devra-t-elle souffrir pour ce que nous avons fait ?
Bien sûr que non. Dieu pardonne tout.
N'est-ce pas, Martine ?
Mes chers frères et surs,
vous savez que le 15 décembre, ce sera le centenaire
de la naissance de notre cher père.
Filippa et moi-même attendions ce jour avec impatience.
Nous souhaitons le célébrer
comme si notre père était encore parmi nous.
Nous sommes toutes deux très peinées
de l'intolérance et des désaccords qui nous divisent.
Rappelez-vous que la paix et la fraternité devraient régner ici.
Je t'ai percé, Christopher. Tu es sournois.
Alléluia !
C'est tout pour aujourd'hui.
Elle vient de France.
Entrez.
Pour Mme Babette Hersant.
- Merci. - Elle vient de France.
Oui, merci.
Elle est adressée à Babette.
Une lettre pour vous, Babette.
Merci.
Seigneur tout-puissant !
J'ai gagné à la loterie !
10000 francs !
Mes félicitations.
Mes félicitations, Babette.
Merci.
Cela devait arriver un jour.
Le Seigneur a donné...
Et Il a repris.
- Merci pour votre aide. - De rien.
Entrez.
J'ai un souhait, Mesdemoiselles.
- Quel est-il, Babette ? - Asseyez-vous, Babette.
Je voudrais préparer moi-même le dîner pour fêter
l'anniversaire du pasteur.
Chère Babette, nous ne comptions pas donner un dîner.
Ma sur et moi-même pensions à un modeste souper
suivi d'une tasse de café.
Vous savez que nous n'avons jamais offert plus à nos hôtes.
Je voudrais préparer un dîner français.
Un dîner français ?
Un dîner français ?
S'il vous plaît, pour une fois. Un vrai dîner français.
Un vrai dîner français ?
D'accord, Babette.
C'est entendu, Babette.
Je voudrais payer le dîner avec mon propre argent.
Non, Babette. Il n'en est pas question.
- Non, nous ne pouvons l'accepter. - Non, Babette, à aucun prix.
Mesdemoiselles...
Je ne vous ai jamais rien demandé.
Ecoutez ma prière aujourd'hui. Elle vient du cur.
Babette a raison.
C'est la première fois qu'elle demande quelque chose,
et sans doute la dernière.
Soit, Babette.
- C'est entendu, Babette. - Merci.
Je dois demander quelques jours de congé
pour donner des instructions pour le dîner à mon neveu.
Oui, votre neveu.
C'est son bateau qui vous a amenée de France à Frederikshavn.
- Prenez quelques jours. - Naturellement.
Merci, Mesdemoiselles.
Elle nous quittera bientôt.
Son cur est déjà en France.
Ne négligeons pas nos vieillards maintenant que nous sommes seules.
- Elle revient dans une semaine. - Pour combien de temps ?
Merci, Johannes.
Bienvenue, Babette. Avez-vous fait bon voyage ?
Excellent, merci.
Avez-vous pris vos dispositions ? Avez-vous vu votre neveu ?
Oui. Tout s'est bien passé.
Je lui ai donné une liste de denrées qu'il m'apportera de France.
Attention !
Bon.
Martine, je me fais beaucoup de souci.
Ce dîner français ne m'enchante pas moi non plus.
La voilà.
Dieu soit loué !
Les denrées sont arrivées sans dommage.
Quelles denrées, Babette ?
Les ingrédients du dîner. Pour le dîner français.
Ce n'est pas du vin, n'est-ce pas ?
C'est un clos Vougeot 1845...
De chez Philippe, rue Montorgueil.
Nous avions de bonnes intentions.
Nous voulions seulement exaucer un souhait de Babette.
Nous ne soupçonnions pas où cela pouvait mener.
Et maintenant... nous sommes exposés
à des puissances dangereuses, peut-être malfaisantes.
Je ne saurais vous dire ce que vous devrez manger ou boire.
Que va-t-il advenir de nous ?
Seigneur, accorde-nous Ta miséricorde.
Oh, pardonnez-moi.
Ne pleurez pas, Martine.
Si vous saviez combien je pense à père maintenant.
Je sens qu'il me regarde, qu'il voit ses filles prêter sa demeure
à un sabbat de sorcières !
Nous ne prononcerons pas un mot sur ce que nous mangeons et buvons.
Alléluia.
Par amour pour nos petites surs,
quoi qu'il arrive, nous promettons
de ne souffler mot sur ce que nous mangeons et buvons.
Nous ne desserrerons pas les lèvres sur ce point.
La langue.
La langue, cet étrange petit muscle,
a accompli de grandes et glorieuses prouesses.
Mais elle éveille aussi les forces du mal et un poison mortel.
Quand nous rendrons solennellement hommage à notre maître,
nos langues se consacreront à la prière
pour rendre grâce à ce qu'il a été pour nous.
Loué soit le Seigneur.
Accorde-nous le salut.
Nous ferons comme si nous n'avions jamais eu le sens du goût.
- Une lettre de Mme Löwenhielm. - Merci.
Allez vous restaurer à la cuisine.
Une lettre de Mme Löwenhielm.
Elle écrit qu'elle a reçu la visite imprévue
de son neveu, le général Lorens Löwenhielm.
Il a parlé de père avec admiration.
Elle demande si elle peut l'amener ce soir.
Mme Löwenhielm nous a écrit.
Son neveu, le général Lorens Löwenhielm, l'accompagnera.
Donc nous serons douze à dîner et non onze.
Le général est attaché à la cour royale.
Il a vécu à Paris dans sa jeunesse.
Un général ?
Ne vous inquiétez pas, il y a de quoi en abondance.
C'est pour la soupe de tortue.
Ah, bon.
Tiens la nappe.
Avez-vous besoin de quelque chose ?
Non, tout est prêt.
Les bougies.
Vanité.
Tout...
est vanité.
J'ai réalisé tous tes rêves,
et satisfait tes ambitions.
Mais dans quel but ?
Ce soir, nous réglerons nos comptes tous les deux.
Tu dois me prouver que j'ai fait le bon choix.
Que la volonté de Dieu soit faite.
Bonsoir. Merci, Filippa.
Ils sont arrivés.
Tant d'années de victoires pourraient-elles
se conclure en une défaite ?
Bien ! Le général arrive.
Avec notre chère Mme Löwenhielm.
C'est une fidèle.
Soyez les bienvenus.
C'était aimable de nous inviter.
Merci de m'avoir invité.
Merci d'être venu de si loin.
Bonsoir, Mme Löwenhielm.
Bonsoir, chères surs. Bonsoir, chers frères.
Je vous en prie, asseyez-vous.
Bonsoir.
- Bonsoir. - Bonsoir.
Entrez, il fait bon ici.
Merci.
Nous sommes prêts à servir.
Babette dit que le dîner est servi.
Allons prendre nos places à table.
Nous avons perdu le sens du goût !
Prions avec les propres mots du pasteur.
Que le pain nourrisse mon corps.
Que mon corps respecte la volonté de mon âme.
Que mon âme ressuscite pour servir Dieu éternellement.
Amen.
- Pas un mot sur ce que nous mangeons. - Pas un mot.
Comme aux Noces de Cana, la chère ne compte pas.
Nous n'y penserons même pas.
Stupéfiant !
Un amontillado !
Et le meilleur que j'aie jamais dégusté !
C'est bien une soupe de tortue.
Et quelle soupe de tortue !
Maintenant, Erik, du champagne. Un verre par personne.
Ressers le général dès que son verre est vide.
Ce doit être une espèce de limonade.
C'est bon.
- Monsieur. - Merci.
Mais c'est un blinis Demidoff !
C'est certainement un Veuve Clicquot 1860 !
Oui, oui. Je suis certain qu'il neigera toute la journée demain.
Je n'oublierai jamais ma rencontre avec le pasteur,
et le sermon qu'il a prêché.
J'étais dépravé et querelleur.
J'ai essayé de devenir un bon chrétien.
Vous rappelez-vous ses enseignements ?
"Petits enfants, aimez-vous les uns les autres."
Petits enfants, aimez-vous les uns les autres.
Mes amis, sachez que le recueil des sermons du pasteur
est l'une des lectures préférées de Sa Majesté la reine.
Dans les grands verres.
Attention !
C'est bon.
Ça aussi.
Vous rappelez-vous
- vraiment, c'était presque un miracle -
quand le pasteur avait promis de prêcher pour Noël
dans l'église de l'autre côté du fjord ?
Le temps avait été si mauvais pendant deux semaines
qu'aucun marin ne voulait risquer la traversée.
Les villageois avaient perdu tout espoir.
Le pasteur annonça que si un bateau ne l'accompagnait pas,
il marcherait sur les vagues.
Et regardez, trois jours avant Noël, la tempête s'apaisa.
Le froid s'abattit et le fjord gela d'une rive à l'autre.
On n'avait jamais vu ça de mémoire d'homme.
A Paris, un jour que j'avais gagné un concours hippique,
mes camarades officiers français m'invitèrent à dîner
à l'un des plus grands restaurants, le Café Anglais.
Chose surprenante, le chef en était une femme.
On nous servit des cailles en sarcophage,
un mets de son invention.
Le général Galliffet, qui était notre hôte,
expliqua que cette femme, ce chef cuisinier,
était capable de transformer un dîner en une sorte d'histoire d'amour.
Un amour qui ne faisait pas de distinction
entre l'appétit physique et l'appétit spirituel.
Le général Galliffet dit qu'autrefois,
il s'était battu en duel pour l'amour d'une jolie femme.
Mais qu'il n'y avait plus de femme à Paris
pour laquelle il verserait son sang, à part ce chef.
Elle était considérée comme le plus grand génie culinaire.
Ce que nous mangeons en ce moment,
ce sont les cailles en sarcophage.
Alléluia.
C'est bien une caille en sarcophage !
Oui. Ça l'est.
Non seulement l'homme se privera,
mais il se dispensera de penser au boire et au manger.
Alors seulement il mangera et boira dans le bon état d'esprit.
Comme disait toujours le pasteur:
"Chers frères et surs,
"tout ce que nous emportons de la vie terrestre,
"c'est ce que nous avons donné."
Nos chères surs seront riches dans la prochaine vie.
Erik !
Un bon repas, n'est-ce pas, ma tante ?
Oui, la bourrasque est tombée.
De l'eau dans les petits verres.
Monsieur.
Regardez, quel beau raisin !
"Ils arrivèrent dans la vallée d'Eshkol,
"où ils coupèrent un sarment avec une grappe de raisin.
"Ils le portèrent à deux au moyen d'une perche."
"La grâce et la vérité se sont rencontrées."
"La justice et la paix se sont embrassées."
L'homme, avec sa faiblesse et sa myopie,
se croit obligé de faire des choix dans sa vie.
Il tremble devant les risques qu'il prend.
Nous connaissons cette peur.
Mais non.
Notre choix est sans importance.
Vient le moment où nos yeux se dessillent.
Et nous réalisons enfin
que la grâce est infinie.
Il suffit de l'attendre en toute confiance,
et de la recevoir avec gratitude.
La grâce n'impose pas de conditions.
Voyez ! Tout ce que nous avons choisi
nous a été accordé.
Et tout ce à quoi
nous avons renoncé
a été également accordé.
Oui, nous retrouvons même ce que nous avons rejeté.
Car la grâce et la vérité se sont rencontrées.
Et la justice et la paix
se sont embrassées.
Monsieur.
Coquin ! Tu m'as roulé quand tu m'as vendu du bois !
Cher frère, je t'ai roulé plus que tu ne crois.
Je le savais.
Mais je t'ai joué un tour que tu n'as jamais découvert.
Je l'ai mérité, mon cher frère.
Y a-t-il encore du Clos Vougeot ?
- Le général peut avoir du Clo Jouvo ? - Oui.
Erik, laisse la bouteille.
Après le café, dans les petits verres.
Et allume les bougies dans le salon.
Vieux marc... fine champagne.
- J'espère que ce repas vous a plu. - Merci. Merci.
Que Dieu te bénisse, chère Solveig.
Il te bénisse aussi, chère Anna.
Que Dieu te bénisse, Christopher.
Mon frère !
Oh, regardez le jour s'enfuir encore une fois
Et le soleil se baigner dans l'eau
L'heure d'aller reposer approche
Ô Dieu, qui demeure dans la lumière céleste
Qui règne dans le séjour du ciel
Sois notre lumière infinie dans cette vallée de ténèbres
Notre sablier sera bientôt vide
Le jour est conquis par la nuit
Les gloires du monde prennent fin
Leur temps est bref, leur vol rapide
Dieu, que Ton éclat brille à jamais
Admets-nous auprès de Ta grâce divine
Lorens.
Il est l'heure de rentrer à la maison.
Le général et sa tante s'en vont.
- Merci pour cette belle soirée. - Merci pour votre aide.
De rien.
J'ai été avec vous
chaque jour de ma vie.
Dites-moi que vous le savez.
Oui, je le sais.
Sachez aussi que dorénavant, je serai avec vous
chaque jour qu'il me sera accordé de vivre.
Tous les soirs, je prendrai place pour dîner avec vous.
Pas avec mon corps, qui ne compte pas,
mais avec mon âme.
Car j'ai appris ce soir, ma chère,
que dans notre beau monde,
tout est possible.
Au revoir, merci pour cette belle soirée.
L'horloge sonne et le temps passe
L'éternité approche
Faites que nous puissions employer le temps qu'il nous reste
A servir le Seigneur corps et âme
Afin que nous trouvions notre vraie demeure
Afin que nous trouvions notre vraie demeure
Les étoiles se sont approchées.
Peut-être le font-elles tous les soirs.
Peut-être n'y aura-t-il pas de neige cette année.
Alléluia.
Oh, c'était vraiment un très bon dîner.
Ils ont tous trouvé que c'était un très bon dîner.
Autrefois, j'étais chef cuisinier au Café Anglais.
Nous nous rappellerons de cette soirée quand vous serez à Paris.
Je ne retourne pas à Paris.
Vous ne retournez pas à Paris ?
Rien ne me rappelle à Paris.
Ils sont tous morts.
Et je n'ai pas d'argent.
Pas d'argent ?
Mais les 10000 francs ?
Dépensés.
10 000 francs ?
Un dîner pour douze au Café Anglais coûte 10000 francs.
Mais, chère Babette,
vous n'auriez pas dû tout dépenser pour nous.
Ce n'était pas seulement pour vous.
Maintenant, vous serez pauvre toute votre vie.
Un artiste n'est jamais pauvre.
Prépariez-vous des dîners semblables au Café Anglais ?
Je savais les rendre heureux.
Quand je me surpassais. Papin le savait.
Achille Papin ?
Oui.
Il disait:
"Un cri jailli du cur de l'artiste retentit dans le monde entier:
"Donnez-moi une chance de me surpasser."
Mais ce n'est pas fini, Babette.
Je suis certaine que non.
Au paradis,
vous serez la grande artiste
que Dieu voulait que vous soyez.
Comme vous saurez ravir les anges !
Sous-titres : giboo@free.fr
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