All language subtitles for Le Petit Blond de la casbah.2023-Fran莽ais-25,000fps-2h08m23s

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Original subtitles

Mon coeur plein de tristesse

ne t'oublie pas, en revanche.

Où es-tu place des gouvernements ?

Elle est remplie de mes amis,

votre couleur (immigrés) et pleins de tourment

Quand je me souvient d'elle, je souris.

J'aime toutes les villes,

un peu plus Paris,

Mais ce n'est pas comme l'Algérie,

Comme elle est belle ... je l'aime à la folie

Où je suis je ne l'oublie pas

Alger Alger, comme je l'aime !

Antoine, allez, il ne faut pas être en retard.

J'ai eu peur que tu m'oublies.

-Salam. -Salam.

Oh, bonjour les enfants !

-Comment ça va, Monsieur ? -Il fait beau aujourd'hui.

Ce dimanche-là, le cœur battant, je serrais très fort la main de ma voisine Josette.

Et dis-moi, comment ça va être ?

Tu vas voir.

Ces rues encore vides, ce ciel d'un bleu si profond,

ces vols désordonnés d'hirondelles,

cette lumière de la mer toute proche.

Notre Algérie, c'était un vrai décor de cinéma.

Et c'est pourquoi ce dimanche est resté si particulier.

J'allais vivre le moment le plus important de ma vie.

Tu dis rien, je vais te faire rentrer.

Haussez les bras, jeune homme.

Mes chers amis, bonjour.

Quel bonheur de vous retrouver chaque dimanche matin pour célébrer le cinéma.

Ils sont là, les vrais amateurs de cinéma,

à l'Olympia d'Alger, c'est ici qu'il faut être.

Aujourd 'hui, on va vous présenter un chef-d'oeuvre de René Clément.

Jeux interdits.

Une histoire bouleversante portée par deux enfants merveilleux,

Georges Poujouly et Brigitte Fossey.

Et puis évidemment, on se retrouve après pour en débattre, comme d'habitude.

Hein, vous connaissez maintenant, c'est la tradition.

Alors, bonne projection, les amis !

Antoine !

C'est terrible !

Ils ont fait sauter une voiture devant la Maison des Colons.

Il y a des morts, il y a des blessés, c'est terrible.

Je vais vous arrêter ici, s'il vous plaît.

Voilà.

Alger.

C'était une des plus belles villes de France.

Nous, on est partis de ce quai, là-bas, je m'en souviens comme si c'était hier.

Ici, tous les 14 juillet, j'étais là avec mon père pour le défilé militaire.

Le moment que je préférais, c'était les spahis à cheval

C'est quoi, l'église, là-bas ?

Notre-Dame d'Afrique.

Là, à droite, c'est la Grande Poste, le Forum, et là, devant, le port.

C'est beau, hein ?

Elle est déjà venue avec toi, maman ?

Non.

Elle voulait pas me voir pleurer.

C'est une petite blague entre nous.

Tu vas pleurer, papa ?

Excuse-moi.

Non, t'inquiète.

Oui, oui, oui...

Allô ?

Allô, maman ?

Mais c'est moi.

Ah, c'est toi, enfin.

Vous êtes au Saint-Georges ?

Au Saint-Georges, bien sûr.

Oh, j'adore le jardin.

Un jour, ton père m'a invitée à prendre le thé, là-bas.

C'était mon anniversaire.

Tu vas aller rue du Lézard ?

Bien sûr qu'on va y aller.

Tu sais comment y aller ?

Oui, oui, oui.

Tu traverses la place du gouvernement.

Oui.

Tu prends la rue de la Lyre et c'est la première à droite.

Ah, je voudrais savoir.

Regarde s'il y a toujours le petit bijoutier en face.

Oui, c'est là où ton père, le pauvre, m'a acheté mes bracelets.

D'accord.

Comment il s'appelait déjà ?

Je me souviens.

Salomon Benichou.

Voilà, c'est ça.

Benichou, oui.

Non, mais je...

Je radote.

C'est...

C'est une histoire ancienne, tout ça.

Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise ?

J'ai vécu 40 ans là-bas.

Mais pourquoi tu es allé avec le petit ?

C'est dangereux.

Maman, c'est juste deux jours pour présenter mon film.

Je vais plus vivre jusqu'à votre retour.

Allez, arrête maman !

Bon, je dois te laisser.

On t'embrasse.

Bisous, mamy.

Je t'embrasse.

Oui, moi aussi, je vous embrasse.

Sois prudent.

Tu vois, là-bas, c'est la Casbah.

C'est là où je suis né.

Je vais t'y emmener, tu vas voir.

Nous habitions tous deux la même ville.

Et notre école était la même aussi.

Le soir venu, les garçons et les filles...

T'as plus de devoirs ?

Il me reste le calcul et un peu de grammaire.

L'imparfait du subjonctif, j'y comprends rien.

J'étais una cigale au cœur plein de chansons

Le bac nous paraissait l'examen diabolique

Qu'il fallait réussir pour le qu'en dira-t-on !

Qu'est-ce que t'as ?

Je veux avoir la carte du ciné-club.

Je veux retourner à l'Olympia avec toi.

C'était tellement beau, ce film.

Et triste aussi, surtout la fin.

C'est comme ça, le cinéma.

C'est comme la vie.

Tu sais quoi, Josette ?

Je crois que j'aime mieux le cinéma que la vie.

Allez, va aider ta mère.

Va.

Arrêtez, ça suffit, les enfants !

Vous allez réveiller le bébé !

J'en peux plus de vous !

Mes frères et moi, on est né rue du Lézard.

Dans notre immeuble se côtoyaient toutes les communautés.

Au premier étage, il y avait M. Ferro,

espagnol d'origine, c'était le concierge.

En face, la belle Nelly,

qui était célibataire et personne ne comprenait pourquoi.

De l'autre côté, Mme Wary, qui écoutait à tue-tête Luis Mariano toute la journée.

Et sur l'autre coursive, Pierrette, la mère adoptive

de Josette, la cartomancienne la plus célèbre d'Alger.

Arrêtez les cris, il fait chaud !

Nous, nous étions les plus nombreux et les plus pauvres.

Mais on s'en rendait pas compte.

C'est quand on découvre la vie des riches qu'on sait qu'on est pauvre.

Je t'avais dit que ça serait encore un garçon, tu n'as pas voulu me croire.

Mes cartes, elles ne mentent jamais.

N'est-ce pas, Dinah ?

J'avais tellement envie que ce soit une fille.

En tout cas, celui-ci, c'est le dernier.

J'en peux plus des quéquettes.

Oui, mais t'as fait un garçon !

Il y en a pas de mademoiselles.

Un jour peut-être tu fera un garçon, c'est tout.

Mais je triche, mais je triche. Il n'y aura plus.

Tu peux pas faire de fille !

Mais maman comment je vais faire

quand je serai vieille si je n'ai pas une fille avec moi. Hein ?

Chéri, va chercher le biberon.

Ton frère, il doit manger.

Allez, tu as faim ?

Merci, Pierrette.

Il fait chaud.

50

Mais j'ai pas, j'ai pas.

Papa, il faut le faire chauffer ?

Non, il fait assez chaud comme ça.

Antoine, Lili m'a donné une photo pour toi.

Regarde comme elle est belle.

Merci, tonton.

Coco, allez, joue !

Mais c'est toi, d'abord.

Dis-moi, Sania,

il est pas venu plus tôt que prévu, ce bébé, là ?

Eh oui, au huitième mois.

Il en avait marre, il a dit, je veux sortir.

Comme ça, t'es une équipe de basket au complet.

Comment tu l'appelles, le petit dernier, déjà ?

Lehel.

Lehel, mais d'où ça sort, ça ?

C'est pas de chez vous ?

C'est hongrois.

Je suis né en Hongrie, je vous rappelle.

Arrête avec ta Hongrie, si ça se trouve, elle existe pas, ta Hongrie.

Lehel, c'était le nom de mon père.

Ah, si c'est le nom de son père, c'est normal.

Belote et rebelote.

T'es capot, moi, Jacob.

La putain de sa mère, celui-là !

Pourquoi tu fais toujours la tête, toi ?

Regarde, il dit qu'il l'a pas dit.

Qui ?

De Gaulle.

Il dit qu'il l'a pas dit, Algérie française, putain.

Eh ben, il dira qu'on a malentendu, c'est tout.

On tape la belote, là ?

Oui, on tape la belote, on s'amuse, non ?

Dis-moi, Jacob, il y a un type sur le port, il veut me vendre 10 sacs de talc.

Tu peux faire quelque chose ?

Ah, ça, le talc, c'est bon pour les bébés.

T'as raison.

Ben, dis-lui que je prends tout, mais s'il me fait un prix, hein.

Comme ça, je vais le mettre dans une boîte

avec une jolie photo.

Avec les fesses du bébé sur la photo.

Eh oh !

Oui, je vais mettre les fesses de ta copine,

parce qu'elle a un tarma ...

Je vais mettre une grosse boîte comme ça, je crois ?

Bon, Jacob, un peu de respect, Lili, c'est ma régulière.

Sois sérieux.

Bon, c'est vrai qu'elle a un tarma bas, bas, bas ...

On joue là, ou ?

Allez, joue, joue.

C'est bon.

Voilà.

Ouh là là !

Lui, ça va être la sérénade toutes les nuits.

Tu sais ce qu'elle faisait, ma mère ?

Elle donnait de l'anisette.

Ça, c'est radical.

Remarque ce qui est bien avec toi Sania

c'est que le rabbin, il a pas besoin de prendre rendez-vous pour les circoncisions

Il sait qu'il peut venir ici tous les neuf mois.

Calme-toi.

À la prochaine.

Et ton mari, il est pas là ?

Tu trouves ça normal pour la circoncision de ton fils ?

Il est jamais là pour les fêtes, il aime pas ça.

Quand même, c'est bizarre.

Même pour Kippour, on le voit pas.

Mais il est comme ça.

Qu 'est-ce que tu veux que je te dise ?

Il aime pas la religion.

Il aime pas la religion, il aime pas les fêtes.

Qu'est-ce qu'il aime, alors ?

Moi.

Il m'aime, moi.

C'est l'essentiel.

Un mari qui vous aime, c'est ce qu'il y a de plus important.

Mais dis-moi, quand vous êtes dans l 'intimité,

t'as jamais pensé à regarder si ... ?

Non, tu vas arrêter, c'est pas le moment.

Mais si, justement.

Antoine ! La kippa.

Comme tu es beau, mon chéri.

Arrête, Lili, il déteste ça.

Il porte maintenant le nom de...

Lehel.

Lehel ! Mazal tov ! [Bonne chance !]

Mazal tov !

Dans la rue du Lézard,

dépassé le certif, vous vous placez parmi les exceptions.

Moi, depuis deux ans, j'étais rentré au lycée.

Et c'est là que j'ai rencontré mon ami Slimane et son père,

le professeur Monsieur Farès et ses petites moustaches.

Monsieur Farès était sévère, mais tellement bon.

Je garde de lui un souvenir ému.

Papa, tu me donnes des sous, je dois faire des courses pour maman.

Et cette fois-ci, tu me ramènes la monnaie, hein ?

Allez, bonne journée, mon fils.

Bonjour.

Et surtout, en classe, tu donnes l'exemple.

Ouais, c'est ça.

Et je ne veux pas entendre une mouche voler.

Allez.

Hassim, je t'ai vu.

Samedi, deux heures de colle.

Et tu discutes pas.

Qu'est-ce que c'est, ça ?

Laisse.

C'est un con, ça sert à rien.

Mais pourquoi moi ?

Parce que t'es blond, coulon !

Ça, ça marche comment ?

Faut mettre le chargeur.

T'armes.

Bon, on va se taper une garantita ?

Je peux pas, je dois aller chercher mes frères à Saint Vincent de Paul.

Et tu nous rejoins après ?

Oui, bien sûr.

Ah, Antoine.

-Bonjour, mon père. -Bonjour.

Antoine !

Bonjour, soeur Marguerite.

Bonjour, mon petit.

Comment vas-tu ?

Ça va.

Ça fait longtemps que tu n'es pas venu voir soeur Marguerite.

Assieds-toi.

La prière pour Notre Seigneur.

C'est bien.

C'est très bien.

Allez, viens.

Mathias ?

Frank ?

Les enfants, venez.

Au revoir, soeur Marguerite.

Au revoir, les enfants.

Rentrez bien.

Au revoir, ma soeur.

À demain.

À demain.

Allez, viens.

Oh, Jacky.

Ça va, Mathias ?

Oui.

T'as passé une bonne journée ?

Oui.

Ça va, mon bébé.

Ça va.

Ça va aller.

Il est prématuré, mais il est costaud comme son père.

Merci, docteur.

Maman, reviens, chéri.

Vous étiez infirmier à la Légion, non ?

Dix-neuf ans.

J'en ai vu des choses.

Des copains éventrés qu'il fallait recoudre.

Au fil et à l'aiguille, hein ?

À Hanoï, je me souviens, même j'ai dû couper une jambe à la scie.

Arrête avec ta Légion.

Tenez docteur, des gâteaux et des dragées du baptême pour votre papa.

Merci, ça va lui faire plaisir.

Gourmand comme il est.

-Au revoir, Monsieur Lisner. -Au revoir.

-Salut, les garçons. -Salut, docteur.

Dis-lui pour le loyer.

Il va très bien.

-Allez, allez, allez. -Bonjour papa.

Docteur, le bébé, il est arrivé trop tôt, alors pour le loyer, si vous pouviez dire

à votre père... Que vous aurez du retard, ne vous inquiétez pas, il a l'habitude.

Au revoir.

Merci.

Et voilà, tu vois.

On a un délai.

Coupe.

Pierrette, pourquoi il fait ça, Jésus ?

Il nous montre qu'il nous donne son cœur.

Il est comme ça, Jésus.

Il nous aime.

Et c'est vrai qu'il était juif, lui aussi ?

Bien sûr.

Alors, dis-moi chéri, est-ce que tu fais toujours le soir ta prière ?

Oui.

Laquelle ?

Les deux.

Le Jésus-Marie et le Shema Israël.

T'as raison, comme ça, t'es tranquille.

Qu'est-ce que tu vois ?

Rien du tout.

Comment ça, rien ?

Je vois rien.

Mais vous, les enfants, vous avez trop de choses à la tête.

Oui, j'arrive.

Trop de choses.

Oui, oui, oui, j'arrive.

Oriane, bonjour.

Entrez.

Bonjour, Pierrette.

Voilà, je vous ai amené deux poulets.

Trois kilos chacun, comme vous m'avez demandé.

Alors ?

Des nouvelles ?

Non, rien du tout.

Je n'arrive plus à dormir tellement je l'ai dans la peau et

mon mari commence à se poser des questions.

Bon, bon, bon.

Je vais vous tirer les cartes.

Et demain, je vous prépare un petit porte-bonheur avec les plumes de poulet.

Allez-y.

Asseyez-vous, asseyez-vous.

Antoine !

Tu dis à ta mère que dimanche, vous allez manger du poulet.

Oh, Antoine !

Ramène ta gueule, on va manger.

Et toi !

Tu parle pas comme ça à ton frère !

J'en ai assez de lui, mèmé, dis quelque chose.

... Tu dis à son père !

Doucement, doucement.

Les lentilles, c'est du fer.

Moi, j'aime pas ça.

Toi, tu te tais et tu manges.

Pour être fort, il faut manger du fer.

Tous les légionnaires, ils mangent du fer.

Voilà.

Maman, mets-le dans le berceau.

Il y a l'EGA (Électricité et Gaz d'Algérie) qui est passé ce matin.

Si on ne paye pas, il coupe le courant la semaine prochaine.

Je vais payer.

J'ai trouvé un travail.

Chez Thaïeb, tu sais, les Anisettes Phénix.

J'ai rencontré son fils.

Moïse.

Il a besoin d'un représentant.

Je commence demain.

C'est ça.

Toi qui veux arrêter de boire, travailler pour un marchand d'alcool, ça va t'aider.

D'abord, je veux juste lever le pied, pas m'arrêter.

Puis c'est du travail.

C'est ça qui compte.

Travailler dans les cafés avec ce qui se passe en ce moment.

Tu as vu, Rodriguez ?

Tu sais, celui qui a le bar à Bab el-Oued, le copain de Coco.

Ce matin, une bombe et puis voilà, il n'y a plus personne.

Le maïste.

Je veux faire.

On va pas s'arrêter de vivre.

Zohra !

Fais gaffe-toi !

-J'ai pas fait exprès ! -Du pain, s'il te plaît !

Merci.

Elle vient d'où la viande ?

De chez Gage ?

Oui.

Oui, il est gentil.

Il m'en donne toujours un peu plus.

Et des beaux morceaux.

Maman.

C'est ça.

Lui aussi, c'est un bon morceau.

Bel homme, ce Georges. Non ?

Bien sûr.

Hein ?

Il paraît qu'il plaît aux femmes.

Arrête.

Sa femme, elle est à la caisse toute la journée.

Tu vas pas recommencer.

Non, mais alors tu me dis pourquoi

Et voilà, c'était sûr.

À chaque fois que le sel se renversait sur la table, c'était une dispute.

Tu me prends pour un idiot ou quoi ?

Il était trop jaloux, mon père.

Mais c'est vrai qu'elle était belle, ma mère.

Pourquoi il te donne le meilleur morceau moins cher ?

Hein, pourquoi ?

J'en peux plus de cet homme.

Alors, dès que je pouvais, je montais sur la terrasse.

C'était mon refuge.

J'aimais regarder les bateaux qui partaient.

Et puis, et surtout, surtout,

j'avais pas mon frère Jacky sur le dos.

On était tellement différents tous les deux.

J'ai mis beaucoup de temps à l'aimer.

Toute une vie.

Putain, il est bon, hein ?

Grosoli, c'est le meilleur pour le créponné.

C'est pas ton oncle, là-bas, avec le chapeau ?

Ah bah oui, mais je croyais qu'il était à Marseille.

Et alors ?

T'es revenu, tonton ?

Oui, oui, mon fils.

Comment elle va, mémé ?

Ça va, mais elle a toujours trop chaud.

Bon, dis lui que je passe ce soir, d'accord ?

Comment ça va, les petits ?

Bonjour, monsieur.

Elle est bonne, la glace ?

Ouais.

Allez.

Là, je t'en ai trouvé trois, là.

Deux Bretonnes, une Marseillaise.

Qu'est-ce qu'il fait dans la vie, ton oncle ?

Je sais pas.

Ma mère dit toujours, qu'au coup, il se débrouille, mais...

je sais pas ce que ça veut dire.

Mais t'es con, ou quoi ?

C'est un maquereau.

Qu'est-ce que tu racontes ?

Mais tout le monde le sait, et je l'ai vu l'autre jour au Tantonville avec sa femme.

C'est une vraie pute, hein.

C'est quoi, une pute ?

Une carba, comme les filles dans la Casbah.

Lili, c'est pas une pute.

Et elle est très gentille.

Tu les envoies à Constantine ?

Non, à Bougie.

J'ai plus personne à Bougie.

À chaque fois que j'ai un zéro,

mes parents me disent que je vais finir comme les yaoulèdes.

Moi, c'est pareil avec mon père, mais c'est juste pour me faire peur.

Quand je pense que j'aurais pu être comme eux.

Mais c'est de leur faute aussi.

C'est de leur faute aussi s'ils sont pauvres ?

Il a raison.

C'est pas de leur faute et c'est pas juste.

Antoine !

Viens, mon fils, viens.

Tiens, tu vas donner ça à ta mère.

Et on sera une dizaine pour Shabbat, vendredi, hein ?

Merci, Tonton.

Allez, mon fils.

Bon, allez, tu dis que je veux la voir.

Oh, doucement, les enfants, doucement !

Hey, Nzid.

You're still not used to it. They gave it back to you. Read it.

Bonsoir, bonsoir.

Bonsoir, Mère.

Bonsoir, Mère.

Les enfants ?

C'est fini !

C'est fini.

Merci.

Maman, pourquoi tu mets toutes ces photos dans le tiroir de la cuisine ?

Tu as raison.

Il faut que j'achète une boite.

Une belle boîte.

Ah là là. Studio vedette.

Le studio photo.

C'est là qu'on se faisait prendre en photo.

Tout le monde y est passé.

Les parents, les frères...

Je me souviens même d'une photo de moi toujours floue en barbotousse bleue.

Je me demande s'ils ont gardé les négatifs.

Tout a brûlé il y a quelques années.

Le photographe, il est mort.

Josette ?

Je ne crois pas.

Incroyable !

C'est un hasard ou tu savais que j'étais là ?

C'est toi qui choisis.

Mais tu sais à Alger, les nouvelles vont plus vite que le vent.

C'est Josette.

Thomas, mon fils.

Je suis contente de te rencontrer.

Merci.

Ça fait tellement longtemps.

J'ai tellement changé.

On a tous changés, qu'est-ce que tu racontes ?

Pas toi, Josette.

Pas toi.

Ici, c'est Saïda.

C'est jolie, Saïda.

Ça vient d'où ?

De Kabylie.

Pour moi, tu seras toujours ma Josette.

Tu savais que j'étais là.

Oui, j'ai lu les journaux.

Ils annonçaient ta venue à Alger.

Tu viens demain soir à la projection ?

Ah, bien sûr.

Dis-moi, pourquoi tous les magasins sont fermés ?

Parce qu'on est vendredi.

C'est un peu comme le dimanche chez vous.

La rue du Lézard, c'est là.

Juste derrière.

Si t'as pas envie d'y aller, on n'y va pas.

Si, si.

Si, si, on y va.

Monsieur !

Monsieur !

Bouge pas ! Bouge pas !

Monsieur Lisner ?

Oui ?

Vous êtes bien, monsieur Lisner ?

Laissez-le, lâchez-le, s'il vous plaît.

-S'il vous plaît, laissez-le. -Allez, vas-y, vas-y.

Je vous ai vu à la télé.

C'est moi qui habite dans votre ancien appartement.

Aux 7 rues du Lézard.

Je m'appelle Mehdi.

Enchanté.

Mon Dieu.

Quand je vais dire ça à ma mère,

elle va être assez contente s'il vous plaît, monsieur Lisner.

Venez prendre un café chez nous.

Non, non, je ne veux pas vous déranger.

Mais si.

Bon, d'accord.

Venez s'il vous plaît.

Vous êtes chez vous ici.

Ah, qu'est-ce que j'en ai marre de ces sirènes avec ce couvre-feu, là.

Maman ?

On est chez nous.

Lehel, il ira chez les sœurs, lui aussi ?

Oui, comme vous.

Il est bien cette école.

Mais on n'est pas catholiques.

C'est pas bien de mentir.

Avec un père comme le vôtre, c'est pas vraiment un mensonge.

Arrête Dinah.

Oh !

Maman, c'est ma chanson.

♪ Que tout le ciel de l'Italie ♪

♪ Et canta, canta de ta voix câline ♪ ♪ mon petit Bambino ♪

♪ Tu peux chanter tant que tu veux ♪ ♪ Elle ne te prend pas au sérieux ♪

♪ Avec tes cheveux si blonds ♪ ♪ Bambino, Bambino ♪

♪ On dirait un chérubin ♪ ♪ Bambino, Bambino ♪

♪ Va plutôt jouer au ballon ♪ ♪ Bambino, Bambino ♪

♪ Comme font tous les gamins ♪

♪ Tu peux fumer comme ♪ ♪ un monsieur des cigarettes ♪

♪ Te déhancher sur le trottoir ♪ ♪ quand tu la guettes ♪

Ah, je crois pas

Maman ? Maman ?

-T'as rien mangé ? -Non.

Alors, on avait un château là-bas, en Hongrie.

Mes ancêtres, c'est-à-dire vos ancêtres aussi, ils étaient nobles.

Vous savez pourquoi ?

Pour avoir aidé les princes hongrois à repousser l'envahisseur ottoman.

Ottoman, vous savez ce que c'est ?

Mémé a rien mangé.

Encore ?

Les Ottomans, c'était les Turcs.

Ils avaient un empire, les Turcs.

Ils voulaient toujours l'agrandir.

Alors,

pour nous remercier de les avoir foutus dehors,

les princes hongrois,

ils ont changé notre nom.

Ils ont donné le titre de baron.

Baron, hein.

Au premier né de la famille.

Ils auraient pu te donner de l'argent, quand même.

On serait peut-être plus riches.

Alors, tu vois, Antoine, t'es un baron.

Un baron de la Casbah.

Mais pourquoi toujours moi ?

Parce que t'as la tête dure, voilà pourquoi.

Raconte-nous comment t'es parti.

À pied, il est parti.

Vous rendez compte, votre père ?

De la Hongrie jusqu'à Marseille, il a marché.

À Marseille.

Je voulais m'engager dans la Légion étrangère.

J'arrive à la caserne et je tombe sur un Balfasz

qui me dit que le quota des Hongrois c'est dépassé,

qu'il n'y a plus de place.

C'est quoi, Balfasz ?

Un gros mot de chez nous.

Et par hasard, dans un petit café du Vieux-Port,

je rencontre un Russe.

Lui, il avait été accepté.

Alors, je lui ai payé à boire et quand il était bien soûl ...

et moi aussi, d'ailleurs,

je lui ai racheté son engagement.

Ni vu, ni connu.

Dix-neuf ans dans la Légion.

Et puis...

j'ai rencontré votre maman.

Allez, arrête de boire, ça suffit.

Comment vous vous êtes rencontrés ?

Moi, je vous ai déjà racontés.

Allez, maman, encore une fois.

Allez, maman.

Allez, s’il te plaît.

Allez.

Bon, j'avais quoi ?

23 ans, quand j'ai été engageée comme serveuse au mess des officiers.

C'est quoi, le mess ?

Le restaurant des gradés.

Au cercle militaire, près du square Bresson.

Et votre père ?

Eh bien, c'était mon patron.

Voilà, c'est tout.

Elle était belle avec son petit tablier.

J'oublierai jamais la première fois que je l'ai vue.

Elle est toujours belle, votre mère.

Elle est toujours belle, votre maman.

Qu'est-ce que tu fais ?

Arrête.

Pas devant les enfants.

Bambino, bambino.

Ça va, arrête.

Je suis désolé.

C'est pas grave.

Ce sera, pour une autre fois.

Désolé.

Merci.

Lâchez-moi !

-Maman, non. -Ça va aller.

-Arrête. -Jacky, vient m'aider.

Mais arrête de gicoter comme ça. Ça va.

Ça va pas durer très longtemps.

Tata Blanche, elle sait ...

Tu connais.

Arrête, mon chéri.

C'est pour ton bien.

Tu vas voir, l'angine, elle va partir aussi vite qu'elle est venue.

Allez, ouvre la bouche.

Ouvre la bouche.

Non, c'est le deuxième.

T'as jamais été aussi ...

Allez, on y va.

Aïe, voilà.

Bien au fond.

Voilà.

Voilà, voilà.

Tu vas plus le sentir.

Regarde, toutes les couches que je t'ai enlevées !

Mais c'est pas ma faute si tu fais toujours des angines, hein ?

Faudra l'opérer des végétations, il n'y a que ça.

Viens, je vais te donner une cuillère de miel.

Fais pas cette tête.

Il y a du bonbon pour vous autres. Ah, les enfants.

Les enfants, il y a des bonbons.

Ah, des bonbons.

Tiens, mon chéri.

Merci, tata.

Ton mari, il a trouvé du travail, il parait ?

Oui, chez Taillèbre représentant.

Mais tu le connais, il veut jamais prendre le bus ni le tram.

Il fait tout à pied.

De la rue du Lézard à Elbiard, combien ça fait ?

À pied ?

Oui.

Bah, une heure et demie à aller, la même chose au retour.

Ça fait une trotte, hein.

Eh oui, trois heures sous le soleil.

Et pour rien du tout.

Ah non, mais j'en peux plus de lui.

Même l'épicier veut plus nous faire crédit.

Deux mois qu'on l'a pas payé.

Je sais plus quoi faire, Blanche.

Tiens, avec ça, tu devrais pouvoir tenir.

Merci.

Ça, c'est pour aller chez le coiffeur demain.

Ah, mon mari, quand il dort, il dort.

Oh, merci, tu me sauves la vie.

Ah, ça y est.

Elle t'a encore mis le chiffon dans la gorge.

Elle a pas pu s'en empêcher, hein.

Mais tu vas voir, ça marche.

Tu vas plus avoir mal, hein.

Allô.

Oui, Marmon.

Oui.

Oui, oui, bah, je t'ai dit dimanche. C 'est dimanche, non ?

J'ai qu'une parole.

Voilà.

Oui, le tac et les bougies, oui.

Allez.

Oui.

La main.

Mon fils, tu viens à la fabrique jeudi ?

J'ai une grosse commande de bougies qu'il faut décorer.

On va mettre du papier doré comme ça.

Et puis toi, t'es le plus rapide avec tes petits doigts.

D'accord ?

Mais la paraffine, ça brûle les doigts, tonton.

Eh oui, je sais.

Qu 'est-ce que je te dis, ça brûle... ça brûle !

C'est comme ça ?

Tiens.

Ça, c'est une avance pour aller au cinéma.

Il paraît que t'aimes ça.

Eh, moi aussi, j'aimais ça.

Mais je tiens plus.

Au bout de cinq minutes, je m'endors.

Voilà.

En plus, il paraît que je ronfle.

Eh oui, qu'est-ce que je te dise ?

Dis-moi, mon fils,

si jamais tu vois rouler une grenade à tes pieds,

tu donnes un grand coup de pied dedans, comme au foot. T'as compris ?

Comme ça, la grenade, elle va exploser plus loin.

Eh oui.

C'est comme ça.

C'est la guerre maintenant.

Allez, va.

Mon Dieu !

C'est encore lui.

Rappelez-vous ce truc.

C'est le dernier.

Madame, enfants.

Alors...

Oh, putain, regardez-moi ce bidouillage.

Il est où, le crétin qui a fait ça ?

Vous savez qu'en France, c'est interdit de toucher au compteur.

Mais pourquoi vous dites ça ?

Ici aussi, c'est la France, monsieur.

La France ?

Vous rigolez ou quoi ?

Avec les femmes voilées dans la rue,

les mosquées, les types qui foutent rien au bistrot.

Vous êtes sérieuse, madame ?

Et alors ?

On est comme ça, ici, on s'entend bien.

Je dis pas le contraire.

Le soleil, la plage, le couscous,

c 'est sûr que j'ai pas tout ça chez moi, à Bourges.

Mais bon, faut voir les choses en face.

Ici, ça n'a rien à voir avec la métropole.

Vous êtes d'accord ?

Vous voulez que je vous dise la vérité, madame ?

En France, les gens, ils vous prennent pour des Arabes.

Et les Arabes, on les aime pas.

C'est comme ça.

Vous savez mieux que le général, peut-être.

Parce que lui, il dit que la France et l'Algérie, c'est pareil.

Le général, c'est un grand homme.

Il dit ce qu'il veut, quand il veut.

Mais pour lui, c'est juste une montagne de problèmes.

Et quand on a des problèmes, on s'en débarrasse.

Vous verrez ce que je dis.

J'aurais dû lui pousser les cheveux dans ce pothos.

Arrête, Jacky.

Allez, au revoir, madame.

Et désolé pour la lumière.

Je vous l'ai jamais dit, mais vous avez de très jolis yeux.

Allez, à la prochaine.

Où tu vas, toi, encore ?

Chez Josette, faire mes devoirs.

C'est tout noir, à la maison.

Pas sous l'échelle !

Allez, venez, les enfants.

Jacky, va chercher les bougies.

Josette ?

Josette ?

Qu'est-ce que tu fais là ?

Je suis venu faire mes devoirs avec Josette, mais elle est sous la douche.

On t'a encore coupé la lumière.

C'est pas malheureux, ces salopards.

Ils n'ont pas de cœur.

Chéri, viens, s'il te plaît.

Viens me masser un peu les pieds. Je n'en peux plus de ces chaussures.

Ah ! Je n'en peux plus.

Un peu plus fort. Un peu plus fort.

Faut bien les enfoncer, hein, Sania ?

Fais attention avec l'électricité. C'est dangereux.

Arrête avec tes conseils.

J'ai fait ça mille fois.

Et quand tu as fait ça mille fois ?

En Indochine.

Quand les Viêt nous coupaient les projecteurs.

Ils faisaient ça pour nous attaquer la nuit.

Et voilà, les enfants.

Bravo papa, bravo... et oui...

Et voilà.

À Alger, par contre, les actes de terrorisme ont repris.

Cet après-midi,

dans la rue de Lyon, déjà célèbre dans les annales du terrorisme.

Deux jeunes gens...

Un parquet, s'il vous plaît.

Merci.

De multiples contrôles destinés à filtrer les suspects

sont opérés dans les différents quartiers et dans la banlieue.

Les trolleybus d'Alger sont soigneusement passées au crible.

Plus de 5000 hommes, appuyés par de solides réserves,

veillent ainsi à la sécurité des Algérois.

Il est mort.

L'éclat, c'est le bicot.

Vous mettez Fellaga au rapport.

Mon lieutenant, on n'est pas sûrs.

Ta gueule !

125 à Delta.

Un maccabée à récupérer rue du Lézard.

J'ai peur, papa.

Allez, ça va.

Si tu veux être un soldat un jour, il faut être fort, mon fils.

Je ne veux pas être soldat.

Pourquoi ils l'ont tué ?

C'est difficile à expliquer.

Qu'est-ce qui se passe ?

Ils ont tué un Arabe en bas.

D'accord.

Il y a trop d'injustices dans ce pays.

Alors, les hommes, ils se révoltent.

Ils ne veulent plus baisser la tête.

Ils veulent des droits, c'est normal.

Allez, viens là, mon fils.

Allez, viens.

Tu vois, je savais que ça allait arriver un jour.

Dès que j'ai mis les pieds à Alger, je l'ai su.

Ils vont nous tuer, nous aussi.

Mais non, t'inquiète pas.

On va partir.

Mais maman, elle ne sait pas encore.

Alors, c'est un secret.

Et mémé, elle va partir avec nous ?

Faut bien.

Elle peut pas rester ici toute seule.

Mais ça va être dur pour elle.

Allez.

Va te recoucher.

C'était ça, la guerre d'Algérie.

Un jeu constant avec la mort.

Personne n'était à l'abri.

On vivait avec cette peur au ventre en faisant semblant de continuer.

Comme si la vie était plus forte.

Oh, Nelly.

Bonjour, Nelly.

Bonjour, Dinah.

Alors, il paraît que tu vas être secrétaire ?

Oui, je rentre la semaine prochaine chez Pigé.

Bravo.

Bonne journée.

Bonne journée.

Elles sont très belles, ces tomates.

Voilà.

Merci.

Trois cent cinquante, madame.

Et voici.

Tenez.

Merci.

Tu crois que je t'ai pas vue ?

Qu'est-ce que tu racontes ?

Quand tu lui as donné les pièces, tu lui as touché la main.

Dis-moi que c'est pas vrai.

Dis-moi que c'est pas vrai.

Devant le petit, en plus.

T'as pas honte, toi ?

Tu arrêtes sinon je m'en vais.

Et avec le laitier ?

Tu vas me dire que c'est pas vrai non plus ?

Ah, mais si, avec le laitier, avec le boucher, monsieur Gage, avec le boulanger,

tout ceux à qui on doit de l'argent.

C 'est pour ça qu'ils font crédit.

Allez, débrouille-toi.

Ça t'apprendra.

Allez, rattrape-la.

Maman !

Maman, où tu vas ?

Allez, on se dépêche.

Les bras.

Allez.

Avance.

Les mains.

Allez, on y va.

Arrête de faire cette tête.

C'est pas de ma faute. Tu as vu ton père ?

Toujours la même rengaine.

J'en peux plus de lui.

Il a recommencé.

Eh oui.

Tu veux un café ?

Oui, merci.

Et toi, mon fils, la citronnade comme d'habitude ?

Oui, tata.

J'ai demandé à Jacob d'aller lui parler.

Tu peux pas accepter d'être traitée comme ça.

Ça va mal finir, cette histoire.

Un légionnaire, ils sont pas normaux.

Je t'avais prévenue.

Mais bon, tu l'as voulu, tu l'as eu.

Tiens.

Chéri, va sur la terrasse.

Il fait chaud ici.

Alors ?

Aujourd'hui, c'était à cause d'un marchand de légumes

qui a mis du temps à me rendre la monnaie.

Ah oui, il m'a fait une crise aussi à cause du laitier.

Un jeune qui s'est installé rue de Chartres.

Remarque, c'est vrai qu'il est beau, hein.

Faut pas nous faire un sixième avec lui, toi.

Arrête.

Je rigole.

Ah oui, j'oubliais.

Pierrette, elle t'a tiré les cartes.

Elle a vu un garçon pour toi.

Non, c'est pas possible.

Si.

Non, on a tout essayé avec Jacob depuis tellement longtemps.

Tu sais bien, ça marchera plus.

C'est tellement triste.

Pierrette, elle se trompe jamais.

Alors dis à ton mari de viser juste pour une fois.

Pas de détour, comme d'habitude.

Bon, dis-moi la vérité, Dinah.

Ton mari, il est vraiment de chez nous ?

Ça y est, tu recommences ?

Et bien sûr que oui, il est de chez nous.

Non, mais je te dis ça parce que les gens, ils posent des questions.

Alors moi, je leur dis, évidemment qu'il est de chez nous.

C'est ma sœur qui me l'a dit.

C'est sa femme, bande d'abrutis.

Ben oui.

Pourquoi tu prends pas une photo de son zgeg

quand il dort et tu la mets dans le journal ?

Comme ça, tout le monde te croit.

Mais tu arrêtes, il y a le petit.

Elle est où, maman ?

Elle est où ?

Chez Blanche, sûrement.

Où veux-tu qu'elle soit ?

Et Zohra, elle est pas là ?

Non, elle est malade par-dessus le marché.

Faut mettre de l'eau.

Mais papa, pourquoi c'est toi qui repasses toujours tes affaires ?

Un képi blanc, il sait faire deux choses.

La guerre et repasser.

Là, tu vois ce pli dans le dos ?

Ça, c'est le plus difficile.

À la Légion, on est les seuls à savoir le faire.

Jacky, s'il te plaît.

Lehel, tu vois qu'il pleure. Occupe-toi.

-Bonjour, Lisa. -Bonjour.

Mon fils.

Il est où, Sania ?

Là-bas, à la cuisine.

Fait du goulash.

Allez, donne-moi ton assiette.

Voilà.

Et toi.

Bonjour, tonton.

Bonjour, les enfants.

Bonjour, tonton.

Ça va ?

Ça sent bon, hein ?

Ah, Jacob, assieds-toi.

J'ai fait un goulash.

Non, mais il faut que je te parle. Viens.

Qu'est-ce qui se passe, Jacob ?

Qu'est-ce qui se passe ?

Qu'est-ce que t'as encore fait avec ta femme ?

Elle débarque comme ça chez moi avec le petit.

Mais rien.

Tu la connais.

Elle se monte la tête pour des bêtises.

Des bêtises, t'as pas honte ?

Elle t'aime, elle te fait 5 enfants et toi tu fais l'idiot.

Je suis jaloux.

Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?

T'as vu comment les hommes, ils la regardent ?

Eh ben, fallait pas prendre une belle.

Et Dinah, elle est belle, qu'est-ce que je te dise ?

Mais je la connais.

Elle est comme ma femme.

Elle est fidèle.

Alors, je te le dirai pas deux fois, hein.

Tu me menaces ?

Mais non, je te menace pas.

Je te préviens.

Un jour, elle sera capable de te quitter.

Tu comprends ?

Bon, tu me fais goûter ton goulash ?

Ah, c'est le meilleur.

Allez, viens.

C'est vrai que ça sent bon.

Les Maîtres du Mystère.

J'en peux plus.

Puisque je te dis que Jacob lui a parlé.

Il a compris.

Il veut que tu reviennes.

Oui, c'est ça.

Il recommencera plus, il a dit.

C'est à toi de voir.

Tu veux me ficher la fausse ou quoi ?

Jeanne, Jeanne !

Ah, je l'ai claquée.

Monsieur ?

Qu'est-ce qui arrive à monsieur Limousin ?

Je ne t'affiche rien, mais

Je suis très inquiet.

Il a vidé cette bouteille.

Je comprends rien de ce qu'il raconte.

Le voisin, il l'a tuée ou il l'a pas tuée ?

Mais non, tonton. Le voisin, il a un alibi.

Il était avec sa mère le soir du crime.

Un alibi ?

Où tu connais ce mot, toi ?

Qu'est-ce qu'il est intelligent, ce gosse merveilleux.

Un baiser.

Qu'est-ce que vous faites encore là, madame Albert ?

Tu vois, tonton ?

C'est le mari qui l'a tuée.

Ah, tu vois ?

Alors dis-moi, c'était bien le film, l'autre fois ?

Ouais.

C'était une belle histoire d'amour avec des soldats.

"Tant qu'il y aura des hommes".

Tant qu'il y aura des hommes, on sera tranquilles.

Toi aussi, tu deviens un homme, hein ?

Bientôt t'as Bar Mitzvah.

Alors dis-moi, il paraît que quand tu seras grand, tu veux faire du cinéma ?

Ouais.

Sans blague.

Mais qu'est-ce qu'il a, ton mari ?

Et pourquoi tu ris comme ça ?

Tu sais, avec ton fils, il voulait faire du cinéma.

Des fois, il dit n'importe quoi.

C'est pas n'importe quoi, maman.

Alors, peut-être que tu vas faire un film sur nous un jour ?

Ah !

Et alors, il s'est peut-être dit que là on fera nous les vedettes.

Du cinéma !

Du cinéma !

Du cinéma !

Pas la nique !

Ah, ce gosse !

Il est gracieux !

Ah, t'as fait de la loubia !

Tiens, sers-moi de la semoule, va !

Je te mets un piment aussi ?

Oui, tu me le mouilles pas trop, hein.

Tiens.

Clark Gable !

Bonjour, monsieur.

Bonjour.

C'est bien ici, l'Olympia ?

Exact.

Je peux rentrer ?

Bien sûr, soyez le bienvenu.

Merci.

C'était quoi, ce cinéma ?

C'est ici que ton père a vu son tout premier film.

Tu vois, je te l'avais dit.

Fallait pas venir ici.

Il a mis aussi les pois chiches ?

Elle te demande si tu as mis les pois chiches.

Ah oui, oui, j'ai tout mis !

Alors, allez-y, madame Pierrette, allez-y !

Allez-y !

Allez-y !

Merci, hein !

Attention à la balustrade, madame Pierrette !

Attention, hein !

Allez !

Ah là là, aujourd'hui, t'as été généreux !

Ouh !

Tu l'as bien garni !

Elle est où, Josette ?

Dans sa chambre ?

Elle est là-haut, sur la terrasse.

Merci !

Josette !

Bonne journée, hein !

Josette !

Josette, tu veux lire ma lettre ?

C'est pour le concours de la plus belle invention.

Tu sais, l'émission à la radio le jeudi.

Il y a un concours ?

Ouais, et j'ai trouvé une idée.

Alors,

j'ai eu l'idée d'inventer le buvard magique qui a pour but d'effacer

les fautes d'orthographe lorsque l'encre sèche.

Mais c'est génial comme idée.

Tu vas absolument l'envoyer.

Tu veux que je corrige les fautes ?

Ouais, merci.

J'avais participé à ce concours sur un coup de tête,

pour être encore une fois différent.

Mais je m'étais pris au jeu,

en espérant tellement être reconnu.

Moi, le gamin de la Casbah.

Mon père, lui, a réagi drôlement.

Si tu gagnes ce concours, mon fils, j'arrête de boire.

Alors je me suis mis à y croire.

En sachant au fond qu'il ne respecterait pas cette promesse.

Les enfants, montez faire vos devoirs.

Oui, maman.

Allez.

Et maintenant, pour nos petits amis,

voici le résultat de notre concours de la plus belle invention.

Le premier prix est décerné au jeune Antoine Lisner,

pour son buvard magique.

-Cette idée très originale a enchanté... -J'ai gagné !

Comment je t'aime toi.

Vas vite lui dire à ta maman.

Maman ?

Maman ?

Oui ?

J'ai gagné le concours.

Qu'est-ce que ça sent ?

Rien, la cuisine.

Qu'est-ce que tu as gagné ?

Le concours de la plus belle invention.

Ils viennent de l'annoncer au poste.

Fifi !

J'ai gagné le premier prix.

T'as triché, ouais.

C'est Josette qui a eu l'idée.

Non, c'est pas Josette, c'est moi.

Oui, c'est vrai que c'est lui.

Attends, il va passer jeudi à la radio.

Il a gagné 200 francs, une montre,

et en plus, il va chanter une chanson.

Mon fils.

Bravo.

Tu vas chanter quoi ?

Davy Crockett.

Ouais, Davy Crockett.

Il y avait un homme qui s'appelait Davy.

Aujourd'hui, tout le monde a oublié Davy Crockett, le célèbre trappeur.

Mais il a fait de moi une vraie vedette dans tout Alger.

J'ai chanté au studio de la rue Hoche, équipé des pieds à la tête comme lui.

J'avais même son célèbre blouson en daim

qu'on vendait au Prisunic de la rue Michelet.

Ma mère était fière, car tout le monde avait écouté l'émission dans le quartier,

sauf Monsieur Bouana, le maroquinier de la rue Bab Azoun.

Au revoir, Madame Ribon.

Au revoir, Monsieur Bouana.

Bonjour, mon petit.

Celui-là?

Je te préviens, il est cher, hein?

Combien?

25 000 francs.

25 000?

Non, je me trompe toujours.

250 francs nouveau.

J'ai que 200 francs.

C'est pour l'anniversaire de mon père.

J'ai gagné l'argent dans un concours à la radio et j'ai aussi gagné cette montre.

J'ai même chanté dans le poste.

Si t'as chanté dans le poste, alors va pour 200 francs.

Je peux avoir un papier cadeau?

Bien sûr, un joli papier cadeau.

Hé hé ! Alors Joukov, ça a été ta journée ?

Ah, moyen-moyen.

Les gens n'ont plus le cœur à boire de l'alcool en ce moment.

Ah, moi pareil, oui.

Plus personne ne va prendre le taxi aujourd'hui.

J'ai fait deux courses aujourd'hui, deux.

Ils ont tous peur... Salam alaykoum.

Ils ont tous peur de prendre une rafale, tu sais.

Ça va, l'espagnol?

No, no, no.

Claro que no.

Vous savez combien Bel-Abbès il a mis au Gallia à Saint-Eugène ?

Combien?

Combien?

Quatre zéro.

Ah ! Putain, tous des coulos.

T'as raison, José.

Ils sont pas bons, cette année.

Dis-moi, c'est quoi, cette histoire?

Il paraît que tu vas partir à Paris?

C'est ta femme qui l'a dit à Pierrette.

J'ai peur que les choses tournent mal ici, mon ami.

Faudra peut-être mettre une croix sur notre Algérie.

Qu'est-ce que tu racontes là? C'est n'importe quoi.

Paris!

Et pourquoi pas la Hongrie pendant que tu y es, hein?

Budapest avec les Russes? Non, merci.

Je veux juste aller voir, au cas où.

Trouver un toit, du travail, on sait jamais.

J'ai cinq enfants à nourrir.

Vous êtes chez vous, ici.

Et Dinah, elle vaudra jamais.

Imagine, Lisa en train d'essayer de monter sur la Tour Eiffel.

Aïe!

Aïe!

Aïe, ma main!

Aïe, ma jambe!

Aïe!

Aïe!

Aïe!

Aïe!

Aïe! Aïe! Aïe!

La pauvre!

Bon anniversaire, mon ami.

Merci.

Je t'ai fait du poulet, comme tu aimes.

Et des vols au vent avec des champignons.

Bon anniversaire, papa.

Alors?

C'est avec l'argent du concours.

C'est...

le plus beau cadeau de ma vie.

Je le garderai...

toujours...

là...

sur mon coeur.

Merci, mon fils.

Allez !

♪ Bon anniversaire ! ♪

♪ Nos voeux les plus sincères. ♪

♪ Que ces quelques fleurs ♪

♪ Nous apportent le bonheur. ♪

♪ Que la vie entière ♪

Qu'est-ce que tu fais avec ça?

C'est la boîte à souvenir de mamy .

Elle m'a demandé de la remplir pendant le voyage.

Qu'est-ce que c'est, ça?

Une fourragère.

Mon père la portait sur son uniforme de légionnaire.

Il y a même la tasse à café de Mémé Lisa.

Incroyable.

Ça aussi, elle a gardé.

C'est dingue.

C'est Josette qui me l'a offert.

Non !

Il est triste pour toi, ce voyage?

Un peu, oui.

Tu sais, on était vraiment une drôle de tribu.

Mon père et son crâne rasé, ma mère...

mes frères...

Je me rappelle, un dimanche,

on rentrait de la plage et tous habillés pareil.

Et dans le bus, il faisait tellement chaud

que toute la famille s'était endormie.

Mais pas moi.

Moi, je faisais semblant.

Tous les gens nous regardaient.

Et j'avais honte.

Je sais que c'est pas bien,

mais c'est la vérité.

Aujourd'hui, c'est de moi que j'ai honte.

Oh, t'as pas faim?

Moi, j'ai super faim.

On va dîner?

Allez.

Tata, il vient d'où ce bâton de police?

Je sais pas.

Mais si, tu sais très bien.

Elle a connu un soldat américain pendant le débarquement.

En quelle année c'était déjà?

43.

Non!

42.

Mais j'aime pas en parler.

Pourquoi? Y a pas de mal.

C'était avant que tu te maries, non?

Il s'appelait Bob.

Il était dans la police militaire.

Il avait un sacré bâton.

Il savait s'en servir, surtout.

Ça suffit.

Ça suffit.

Non, ça suffit.

Le militaire américain, alors.

Et Sania, il est toujours en France?

Oui, il revient bientôt.

Tonton.

Chéri.

Pourquoi on fait ces gâteaux au pot pourri?

Ça, c'est une grande histoire.

Il y a François.

Dis-moi, depuis quand il est parti?

Deux semaines.

Il te laisse toute seule avec les enfants,

sans dire où il est, sans dire quand il revient.

Et si qu'il revient.

Ce soir, je te tire les cartes, ma pauvre Dinah.

Tu sais, je veux pas t'inquiéter, mais il y en a une à Maison Carrée.

Madame Chiche.

Hein?

Madame Chiche.

Madame Chiche.

Eh ben, tiens, son mari, il est parti à Marseille pour trouver un appartement.

Il a trouvé une jeune.

Il est jamais revenu.

Eh ben, qu'il en trouve une là-bas.

Moi, en tout cas, je bougerai pas d'ici.

Je suis inquiète.

J'ai vu des choses.

C'était la première fois que notre père nous quittait.

Le temps passait

et on n'avait pas de ses nouvelles.

Alors tous les jours, j'allais sur la promenade du front de mer

pour voir les bateaux arriver.

Et tous les jours, j'espérais.

S'il vous plaît, mon Dieu.

Faites qu'il revienne.

Oh, Bataille.

Il va revenir, tu crois?

Bien sûr, il va revenir.

C'est pas un déserteur, ton père. Je le connais.

Il va revenir.

Bataille.

C'est quoi?

C'est mes bracelets.

Celui-là, c'était pour la naissance d'Antoine.

Celui-là, c'était pour toi, Jacquy.

Ces deux-là, c'était pour Mathias et Franck.

Et celui-là, c'est pour Lehel.

A chaque naissance, votre père, il m'a fait un beau cadeau.

Et ils sont en or.

Et demain, je vais les déposer au crédit municipal.

Tu vas les vendre?

Non.

Non, non.

Ils vont juste me prêter de l'argent.

Elle va les mettre au clou.

C'est quoi, au clou?

C'est comme ça que ça s'appelle.

Non, ça, c'est pas le mot de pitié.

Tiens.

Ça fera plus d'argent.

Mais non, chéri.

Elle est à toi.

Tu l'as gagné.

Garde-la.

T'es sûre?

Mais oui.

Regardez comme il est gentil, votre frère.

Dès que papa il rentre, il va les reprendre.

Hein?

Moi, je suis sûr qu'il reviendra pas.

Qu'est-ce que t'as dit?

Il reviendra pas.

Si, il va revenir.

Mais non.

Pourquoi tu dis ça?

Il va nous abandonner.

Il va nous laisser.

Ça suffit, Jacky.

Papa va pas retourner.

Tais-toi !

Mais je t'ai dit tais-toi !

Ça suffit.

Bien sûr que si, il va revenir.

Il nous a abandonnés.

Tu comprends ?

Arrêtez.

Ça suffit tous les deux.

Jacky.

C'est fini.

Vous voyez pas que je suis fastiguée.

Je te déteste.

Et du café Nizière, s'il te plaît.

De suite.

Combien je te dois?

Ça fait beaucoup... 550 francs.

Ça ira.

Et voilà.

Merci.

Tu peux effacer mon crédit.

Tu vois, je t'avais promis.

Tu reviens quand tu veux, madame Dinah.

T'as le plus beau sein du quartier.

Arrête.

Heureusement que mon mari, il est pas là.

Bonne journée.

Bonne journée.

Bonjour.

Bonjour Nelly.

Bonjour.

Ça va?

Tu vas à la plage?

A Padovani.

Je suis amoureuse d'un Français de France.

Ben, amuse-toi bien.

Merci.

Bonne journée.

Bonne journée.

Ah, maman, regarde.

Il y a de quoi tenir au moins une semaine.

Tiens, je vais t'aider.

Etrait.

Assieds-toi.

Qu'est-ce que tu dis, maman?

Sania, il est rentré de Paris, mais qu'est-ce qu'il travaille ?

Où est l'eau ?

Sania.

J'ai rien trouvé.

Voilà.

C'est pas grave, tu es revenu.

Il est revenu.

Papa.

Il est revenu, papa.

Il a trop manqué.

Nelly, je te parle, toi.

C'est de la bonne qualité.

Bonjour, monsieur Benaïm.

Bonjour, monsieur Haram.

Ça va?

Oui, merci, ça va.

A l'étude, tout va bien?

Dieu merci.

Bonne journée.

Bonne journée.

Entendez-vous, monsieur Benaïm ?

Ça se passe à un petit bazar.

Tiens.

C'est très beau, c'est les ruines romaines.

T'as jamais lu Camus?

Non, jamais.

Tu vas adorer.

Merci.

Tu l'as lu en combien de temps?

Je sais pas, trois jours.

Putain, ces clés, j'arrive jamais à trouver la bonne.

Bonjour, monsieur Benaïm.

Bonjour, mon petit.

Tu peux dire à ton père que je voudrais le voir?

Oui, monsieur.

Merci.

Voilà, venez, j'ai tout préparé.

Vous avez des nouvelles de l'office?

Oui, oui, je suis allé à Alismos.

Mais alors, tu étais où?

Ça fait des heures qu'on t'attend.

J'étais avec Josette.

Il est amoureux.

Tais-toi et mange, sinon je t'en colle une autre.

Regarde ce qu'elle m'a donné.

Elle dit que c'est formidable.

Ça se passe à Tipaza, il paraît que c'est très beau.

On ira visiter?

C'est où, Tipaza?

Près de Tzéli Téruche

Ah oui, papa.

Il y a le propriétaire dans l'escalier.

Il veut te voir.

Qu'est-ce que tu vas lui dire?

Ça fait des mois qu'on n'a pas payé.

Bonjour.

Je dérange pas?

Non, bonjour.

Oh, qu'il est beau !

C'est mon fils qui m'a demandé de prendre des nouvelles.

Asseyez-vous, monsieur Benaïm.

Je vous sers un petit café?

Avec plaisir.

Moi aussi, j'ai des enfants.

Ils sont trois.

Ils sont tous médecins.

Même ma fille.

Je suis très, très fier.

C'est pour ça qu'il faut beaucoup travailler à l'école.

Comme ça, votre père, il est fier de vous.

D'accord, monsieur Benaïm.

J'ai fait des petits gâteaux.

Des couronnes et des croquets.

Vous en voulez?

Avec plaisir.

Merci.

Monsieur Ferro vient de m'annoncer qu'il nous quittait.

Il part en Espagne rejoindre ses enfants.

Depuis que sa femme est morte, il se sent tout seul.

Ils sont bons.

Ma pauvre mère, elle les faisait pareil.

Madame Ajej !

Vous êtes du Constantinois?

Non, non,

de Sétif

parce que nous, on est de Colomb-Béchar.

Mais on a la famille à Tlemcen.

Ah, Tlemcen.

Oui, nous avons été à Tlemcen.

Eh oui,

à Tlemcen je suis allée en pèlerinage avec ma mère quand j'étais petite.

Hein, maman?

Vous savez qu'au cimetière de Tlemcen, il y a un rabbin qui est enterré.

C'était un saint.

Et il était vénéré autant par les musulmans que par les juifs.

C'est rare!

Bon, écoutez, je vous propose de prendre la loge de Monsieur Ferro.

L'appartement est plus grand et vous n'aurez pas de loyer à payer.

Tlemcen!

Il suffit juste de sortir les poubelles,

de fermer la porte le soir et de distribuer le courrier.

Merci.

C'est très gentil.

Merci, Monsieur Benaïm.

Merci.

Maintenant, je vais prendre mon café.

Allez, on va le réchauffer.

C'est quoi ici, papa?

Ma synagogue.

C'est là que j'ai fait ma bar mitzvah.

Comment on a pu nous oublier comme ça?

Allez, je peux pas rester ici.

Et comment va ta mère?

Tu m'as pas parlé d'elle.

Ça va.

Elle change pas trop.

Mais elle a tourné la page.

Enfin, c'est ce qu'elle dit.

Et toi?

Moi, j'y arrive pas.

Comment tu peux oublier ça?

Est-ce que je suis d'ici?

Est-ce que je suis de là-bas?

Et pour une fois, là-bas, c'est la France.

Quoi? Tu l'as gardé depuis le temps?

C'est ma mère.

Je comprends ici ce qu'on appelle gloire.

Le droit d'aimer sans mesure.

Tout est dit.

C'est le livre de Camus.

Le plus beau.

Là, sa Tipaza.

C'est une histoire d'amour?

Si on veut, oui.

Mais pas pour une femme.

Pour un pays.

Tu vois?

En faisant ce film, je croyais que

je voulais faire revivre un monde disparu, mais

la vérité,

c'est que je voulais comprendre d'où je venais.

Qui j'étais vraiment.

Et alors?

T'as compris?

Walou.

C'est le seul mot d'arabe que mon père connaissait.

Ouais, mon fils.

C'est comme ça.

Ça va aller, chéri, ça va aller.

Papa, il va arriver.

Papa, il arrive.

D'accord.

Qu'est-ce qu'il a?

Je sais pas, il transpire depuis ce matin.

T'as pris la fièvre?

Oui, il a trente-neuf et demi, presque quarante.

Il va pas bien.

Heureusement que t'es rentré.

Antoine?

Réponds-moi.

Antoine?

Réponds-moi, chéri.

Qu'est-ce que tu fais?

Mais où tu vas?

Il va mourir, le petit.

Ah, maman, arrête, classe.

Sania, où tu vas?

A l'hôpital.

Hadi !

Qu'est-ce qu'il y a?

Hadi !

Qu'est-ce qu'il a, le petit?

Viens vite, j'ai besoin de ton taxi.

Vite !

Qu'est-ce qu'il a Antoine ?

J'arrive.

Je sais pas, mon chéri.

Maman?

Monsieur Benaïm!

C'est urgent!

Le docteur Benaïm!

Vite!

Docteur!

Qu'est-ce qui se passe?

Il a la méningite .

La méningite ?

Antoine, regarde-moi.

Antoine?

Allez, on l'amène au bloc.

Merci.

Ça va aller, Antoine, ça va aller.

Vous aviez raison.

J'ai fait une ponction lombaire, ça a confirmé la méningite.

Il a un peu hurlé, mais il va s'en tirer.

Vous avez un garçon très vigoureux.

Comme tous mes garçons.

Enfin lui, vous lui avez vraiment sauvé la vie.

C'est comme s'il était né une deuxième fois.

Vous voulez une cigarette, docteur?

Oh non, non, merci.

Dites-moi, comment vous êtes devenu infirmier dans la Légion?

Vous avez fait des études de médecine?

À Budapest.

Un peu de médecine puis j'ai arrêté.

La Hongrie vous manque?

La Hongrie, si.

Pas les communistes.

Puis vous savez docteur, avec la Légion, j'en ai tellement vu des pays.

Saigon, Hanoï, Damas, vous vous rendez compte?

Pas vraiment.

Je suis jamais parti d'ici.

Comme la plupart d'entre nous d'ailleurs.

Bah, je vais pas vous faire peur, hein.

Mais il va falloir vous préparer, parce que

les Algériens, ils vont reprendre le pays.

Vous pensez ça?

Sûr et certain.

En même temps, ils auraient raison.

C'est chez eux, ici.

C'est la première fois que j'entends un Français d'ici dire ça.

Allez.

Rentrez chez vous, monsieur Lisner.

On s'occupe d'Antoine.

Merci docteur.

Bonne nuit.

Chéri, tu entends?

Tu as vu, il a ouvert les yeux.

-Bonjour. -Bonjour docteur.

Bonjour docteur.

Bonjour, bonjour.

Bonjour les enfants.

Alors?

Comment tu te sens, Antoine, ce matin?

Antoine.

Tout va bien.

Ne vous inquiétez pas, il sort vendredi.

Tu pourras remercier ton père, hein.

Il aurait fait un excellent médecin.

Ça va aller.

Bonne journée.

Merci docteur.

Alors mon fils...

Tu nous as fait peur, hein.

Les pupilles sont très bien.

Il a bonne mine, déjà.

Oui, il a repris les joues, les couleurs.

Et t'es fort.

Tu feras un bon soldat.

Si, comme papa.

Monsieur Lisner, je peux vous dire un mot?

Votre fils m'a dit que vous aimiez beaucoup le football.

Vous allez à Saint-Eugène voir le match?

Oui, ça arrive, si j'ai des places.

Ce dimanche, n'y allez pas.

Odieux attentats cet après-midi dans les tribunes du stade municipal d'Alger.

Une bombe dans un sac abandonné a fait 8 morts et 30 blessés, dont 20 graves.

Évidemment, le match entre le Galia de Saint-Eugène

et l'AGSM de Mascara a été interrompu.

Les autorités militaires ont pris tout...

T'as entendu?

Oui, morts, les pauvres, c'est terrible.

Qu'est-ce qu'on fait pour la loge?

Ce serait bien quand même, non?

C'est plus grand qu'ici et il y aurait une chambre pour maman.

Je ne sais plus.

Qu'est-ce qu'il a dit, le docteur, à l'hôpital, avant que le petit ne sorte ?

qu'il ne fallait pas aller au football aujourd'hui.

Et alors?

Et alors, ça veut dire qu'il était au courant

pour la bombe au stade à Saint-Eugène.

Et s'il était au courant, c'est qu'il magouillait avec le FLN.

C'est peut-être même lui qui les fabrique.

Mon Dieu, c'est pas possible.

Le fils de Benaïm faire ça?

Il a choisi son camp, c'est tout.

N'oublie pas, vous êtes plus algériens que les algériens.

Les juifs, vous êtes des berbères.

Mais qu'est-ce que tu racontes? On est français.

Depuis quand? Même pas cent ans.

Crémieux, en vous faisant français, il vous a coupé de vos racines.

Voilà ce qu'il a fait.

Tu vas le dénoncer?

Qui va me croire?

Allez, dort.

8 morts, les pauvres.

Ferro, nadie le dije adiós. Nadie. Ferro, personne ne lui a dit adieu.

C'est là-bas.

Allez.

Bonjour, monsieur.

Bonjour.

Bonjour.

Bonjour, mon grand

Bonjour, monsieur.

Vous voyez, je vous reçois sans manière, en famille.

Jacques, mon fils.

Sonia, ma fille, ma femme, Fortunée.

Et mon grand Daniel, que vous connaissez.

Bonjour.

-Comment ça va, Antoine? -Bonjour.

Vous avez un garçon formidable.

On a parlé un peu de cinéma quand il était à l'hôpital.

Allez, venez dans mon bureau, on va régler nos petites affaires.

C'est par là.

Venez, venez, entrez, entrez.

Bon, les clés.

Les papiers.

Voilà tout ce qui concerne le 7 rue du Lézard.

Alors, j'ai vu monsieur Ferro.

Il laisse ses meubles, je me suis arrangé avec lui, vous pouvez les garder.

Écoutez, vous êtes un ancien militaire.

Alors, je compte sur vous pour mettre un petit peu d'ordre dans l'immeuble.

J'ai une totale confiance.

Qu'est-ce qui se passe?

Vous avez changé d'avis?

Non, non, non.

Je peux vous parler franchement, monsieur Benaïm?

Bien sûr.

C'est l'ancien légionnaire qui vous parle.

Écoutez-moi bien.

Faites attention.

Attention à quoi?

Faites attention à vos enfants.

Ils font des choses...

ça risque de leur coûter cher.

Qu'est-ce que vous voulez dire?

J'ai été légionnaire, monsieur Benaïm.

La guerre, ça se fait entre soldats.

Pas en tuant des femmes et des enfants.

Faites attention.

C'est tout.

Merci.

Antoine, viens.

On va déménager quand?

Bientôt, mon fils.

Bientôt.

La mezouzah, la mezouzah.

N'oublie pas de la mettre en bas.

Tu me prends pour un bambou ou quoi ?

Allez, allez, allez.

Allez, allez, allez.

Allez, allez, allez.

Je vous dis, je peux pas.

Qu'est-ce qu'elle est lourde.

Allez, Lisa, fais un effort.

Maman, mais s'il te plaît, fais un effort.

Allez, allez, allez.

Ça tourne.

Mais non, allez, moi je peux pas te porter, t'es trop grosse.

Allez, Lisa.

Bonsoir, monsieur.

Bonjour, Lisa.

Combien il y a de marches ?

16, jusqu'au premier.

Bravo, maman, viens, viens.

Voilà.

Viens, je te fais un bisou.

Viens, maman, on y va.

Vas-y, vas-y.

Tu vas voir, c'est pas loin.

Vas-y, vas-y, c'est bien.

Regarde, c'est là-bas.

Allez, allez, Lisa, c'est vraiment un jeu.

Allez.

Ah là là, j'en ai marre.

Attention, les petits.

Oui, maman, tu vas voir.

Attends, je vais le mettre là.

Tu vas voir.

C'est facile, c'est facile.

Marche par marche.

On y va.

Voilà, c'est bien, maman.

Voilà.

Voilà, c'est bien.

Encore une, encore une.

Allez, encore trois.

Allez, ça marche, ça marche.

Ça marche.

Maria.

Là, je m'assois.

Maria.

Vas-y, alors, c'est bon.

Voilà.

Prends le temps, vas-y.

Voilà.

C'est dommage.

J'en peux plus.

Qu'est-ce qui se passe ?

Je me meurs, ici.

Arrête, ça va pas, non ?

J'ai une idée.

J'espère qu'elle est bonne.

Tu vas voir.

Doucement.

Doucement.

Il y a la balustrade, mouvement normal.

Doucement.

Voilà.

Doucement, doucement, doucement.

Regarde-moi, regarde-moi.

Regarde-moi ça, regarde-moi.

C'est bizarre. C'est bizarre.

Voilà.

C'est bien.

Regardez-la, regardez-la.

Voilà, doucement, doucement.

On est là.

La reine d'Alger.

Je crois qu'on va être bien ici.

Les enfants, ils sont contents de leur nouvelle chambre.

Et maman dans sa caisse.

Quelle rigolade.

Et voilà.

Ils ont condamné Benaïm.

Le propriétaire ?

Mais qu'est-ce qu'il a fait ?

Mais non, pas lui.

Son fils, le toubib.

Pourquoi tu m'écoutes jamais ?

Mais je t'écoute.

Comment on peut soigner les gens et en même temps

fabriquer des bombes pour les tuer ?

Je comprends pas.

Il avait l'air si gentil, ce docteur.

Si gentil.

C'est terrible.

Et son père, le pauvre, comment il doit être malheureux ?

Ah, écoute.

Le FLN décrète une grève générale illimitée.

Partout, même pour les écoles.

Quoi ? Il y aura plus d'écoles ?

Mais comment je vais faire, moi ?

Mais non, pas pour les Français, seulement pour les Arabes.

Ah, heureusement. Dieu merci.

Ils vont tout fermer, les Arabes.

On disait toujours ça à la Légion.

Ça veut dire quoi ?

Ça veut dire que c'est la merde.

Range-le !

Dinah, demain, tu achètes des provisions.

Beaucoup, tu m'entends ?

Et avec quoi ?

Allez, tout le monde au lit, là.

Exécution. Demain, il y a école.

Au lit, les enfants. Votre père, il a dit.

Bonne nuit, maman.

Bonne nuit, mon fils.

Bonne nuit, mon grand.

Bonne nuit, mon Jacky.

Bonne nuit, maman.

Dans la Casbah d'Alger,

où l'appel impératif à la grève générale de huit jours lancé par le FLN

avait trouvé un écho favorable,

les forces chargées de la sécurité

ont, dès le premier jour, lancé des sommations aux commerçants.

Partout, les parachutistes ont levé les rideaux de fer

et ouvert les magasins fermés en laissant un garde à la porte.

Comme vous le voyez, vos camarades musulmans ne sont pas là.

Cette grève risque de durer et c'est bien triste.

Quant à vous, vous allez continuer à travailler.

Et je ne veux pas, vous m'entendez ? Je ne veux pas des tirs au flanc.

Moi, j'aimerais bien faire la grève.

Silence.

Écoutez-moi bien.

Si vous avez des copains algériens, n'hésitez pas à leur donner vos cours

pour qu 'ils puissent continuer à suivre le programme.

C'est une façon de les aider.

Cette grève est absurde.

Il n'y a pas plus stupide que d'empêcher des enfants d'apprendre.

Et nous, vos professeurs, nous sommes là

pour lutter contre l'obscurantisme et la bêtise.

Allez, tous en classe maintenant.

Allez.

Est-ce que vous croyez ...

Hé, la Fatma, dégage !

Dégage !

J'habite au 7.

Je fais comment pour rentrer chez moi maintenant ?

Passe par la cathédrale.

C'est fermé ici.

On ne reste pas là. Dégagez.

...auquel un chaos de peur et de misère

eut été plongé ce pays, où nos soldats

métropolitains musulmans africains

avaient défailli dans leurs devoirs d'ordre public.

Depuis trois ans, le nombre des enfants musulmans scolarisés a doublé.

Il doublera encore dans les trois années qui viennent.

Quelle puissance !

Mais, qu'est-ce que tu fais là, toi ?

Il est où ton frère ?

Lehel ?

Bah, avec mémé.

Tu as beaucoup de devoirs ?

Oui, beaucoup.

Tu me donneras un peu d'argent ?

Je vais aller au cinéma, jeudi.

Au cinéma ?

Ah non.

Il y a des poux dans les salles, elle m'a dit, Mme Murphy.

Et puis, si tu veux y aller, tu n'as qu'à gagner de l'argent.

Regardez-moi tout ce repassage avec cette chaleur.

Maman ?

J'ai une idée.

C'est trois francs pour tout le panier.

On est d'accord, hein ?

Mais où tu as appris à repasser comme ça, toi ?

J'ai regardé papa, c'est tout.

Tu vas devenir légionnaire comme lui aussi ?

Jamais.

Qu'est-ce que tu vas aller voir comme film ?

Babette s'en va-t-en guerre.

Avec Brigitte Bordeaux.

J'aime bien Brigitte Bordeaux, elle est gracieuse.

Tu sais quoi, mon fils, c'est toi qui a raison.

C'est bien le cinéma.

Quand on regarde un film, on oublie tout.

Le linge, la vaisselle.

Et même la folie des hommes.

Et leur bêtise, même.

Ah, mon lait !

Qu'est-ce que tu fais là, toi ?

Vous êtes Mme Fernande ?

Oui, alors ?

Bonjour, madame.

Je m'appelle Babette.

Je viens de Conflans, de l'appart de Simon.

Vous savez Simon, le maréchal des logis?

Je ne connais ni Conflans ni Simon.

Et je n'ai pas le temps de faire connaissance.

Je vous aide ?

Oui, je t'en prie, mon petit.

Allez, Gaby !

Ouvrons les volets en gros, ça monte !

Ah, mais tu es déjà là ?

Viens m'aider, c'est lourd.

Tiens.

Houlà ! Qu'est-ce que tu as encore, toi ?

Alors, ça dure depuis combien de temps ?

-Mais qu'est-ce que tu racontes ? Non, mais tu crois que je t'ai pas vu ?

Vous faites ça où avec le boulanger ?

Sur les sacs de farine ?

Sur les sacs de farine.

Non, mais ça te fait rire de me faire cocu ?

Ça te fait rire ?

Vous entendez, les enfants ?

Votre mère, elle me fait cocu !

Arrête !

Tu es fou !

Je ne suis pas fou, moi !

Voilà que tu es complètement fou !

Je ne suis pas fou !

Votre mère est une traînée !

Vous entendez, les enfants ?

Une traînée !

Voilà ce qu'elle est, votre mère !

J'en ai marre de toi !

J'en ai marre de cette vie !

Ouvre la porte !

Je vais te tuer, moi !

Tu m'entends ?

Papa

Arrête !

Dinah !

Dinah !

Maman, ouvre.

C'est nous, maman !

Maman !

Maman !

Maman !

Maman, ouvre s'il te plait !

Mais qu'est-ce que vous avez tous, là ?

Je voulais juste être un peu tranquille.

C'est tout.

Viens, Antoine.

On va où ?

Au cinéma.

Attends, attends, maman.

Mais tu ne reviens pas, maman ?

Maman !

Samia !

T'as pas honte ?

T'as pas honte ?

Maman, on va voir quoi ?

Babette s'en va-t-en guerre.

Je l'ai déjà vu.

Eh ben, tu le verras encore une fois.

Bonjour.

Deux orchestres, s'il vous plaît.

Voilà.

Merci.

Bonne projection.

Tenez.

Merci.

Alger même, au cours d'une opération massive,

préparée dans le plus grand secret,

la vieille Casbah a été verrouillée par 7000 hommes

pendant que sous la surveillance d'un hélicoptère

les forces de police fouillaient la ville arabe aux mille ruelles,

maison par maison.

D'importants stocks d'armes ont été saisis

et près de 500 arrestations opérées.

Parmi les suspects, on compte plusieurs chefs terroristes.

Alger respire.

Dégage.

Son sac.

Simon ?

Tu vas où comme ça ?

A la salle de sport.

Mon père veut que je fasse de la boxe.

De la boxe ?

Ouais.

C'est pour nous défendre, il dit.

Dans les poids plumes, alors.

Très plumes.

Si tu crois que j'ai envie.

Antoine, Simon !

Comment ça va ?

Ça va.

Alors voilà, on s'en va.

Où ça ?

À Perpignan.

Mon père, il a trouvé un travail et ma mère, elle fait du soleil.

Alors on va plus jamais se revoir ?

Eh non.

Mais je vais vous écrire pour vous donner mon adresse.

Vous avez la chance, vous autres, les Arabes.

Vous partez pas, vous avez gagné.

C'est ici, chez vous, maintenant.

J'imaginais pas les choses comme ça.

Ça va être triste sans vous.

Allez, viens, mon pote.

Tu me fais triste.

Ciao, les copains.

Ça va, Mamy ?

Elle a quel âge, Mamy, aujourd'hui ?

65.

Et pourquoi elle parle mal français ?

Parce qu'elle a jamais appris.

Tu sais, à l'époque, les Juifs, ils allaient pas à l'école.

Remarque, les Arabes non plus.

Personne ne parlait français, alors.

Eh si, les Français.

Tu sais comment elle s'appelait, ta grand-mère, avant ?

Messaouda.

Voilà, pas Lisa.

Et puis après, elle s'est mariée à 16 ans, la pauvre.

Arbatache !

Arbatache !

C'est vrai, 15 ans.

Quand papa est mort, on a tout perdu à cause de son associé.

Morali, s'appelait.

Il a tout gardé.

Le moulin, la maison.

Et mémé, elle est devenue sa bonne.

Morali !

Quel enculé, ce Morali !

Coco, pas pour les enfants.

Je sais ce que c'est, l'enculé.

Toi tu sais là, oh !

Tu trouves pas qu'il a un peu maigri, Coco ?

Oui, un peu.

Pourquoi il est venu avec sa copine ?

T'as vu ce maquillage ?

Un vrai carba.

Arrête, bon, je la trouve gracieuse.

T'as vu comment elle est maigre ? Elle fait pitié.

Elle mange rien, la pauvre.

Il paraît que c'est à la mode chez les Françaises.

Elle sait pas ce qui plait aux hommes, elle est malheureuse.

Il a bougé.

Il a bougé ?

Regarde comme il bouge.

Mabrouk Blanche ! Félicitations ....

On dirait moi avec Mathias, il arrêtait pas de me donner des coups de poing.

Tu vas pas savoir ce que je suis heureuse.

On dit ça quand c'est le premier.

Tu verras.

À table !

Que tu es beau, mon chéri.

Arrête, Lili.

Elle lui a mis le tampon.

Ça suffit, les enfants.

Vous sortez de sous la table, là.

Alors ?

Ça y est.

T'as enfin réussi.

T'en as mis du temps, toi.

C'est pour quand ?

Dans quatre mois, si Dieu veut.

C'est le temps.

Coco, ça va ?

Bien sûr, ça va.

Vous avez vu ce qui s'est passé hier, à côté de Saint-Eugène ?

Après la bombe du Casino de la Corniche.

8 morts.

80 blessés.

Quel malheur.

Le chef d'orchestre, là, qui est mort.

C'est un copain à moi.

C'est une raison pour jeter une voiture par dessus bord ?

Avec toute une famille d'arabes à l'intérieur.

Résultat, ils se sont tous écrasés contre le rocher.

Même les enfants, mesquins !

Mais qui a fait ça ?

Je sais pas, moi.

Des manifestants fous, c'est tout.

Mais on vivait bien tous ensemble.

Comment on en est arrivés, là ?

C'est la guerre, ma pauvre Blanche.

Je crois vraiment que c'est foutu pour nous, ici.

Mais pourquoi on partirait ?

Ici, on est chez nous.

On est bien, il fait beau, il y a du soleil, il y a la mer.

Elle a raison, votre femme.

Depuis combien de temps nos premiers sont arrivés en Algérie ?

Hein, Lisa ?

Yeah, ça va.

Les Atlantes, les Guébalis, les Adjèdes.

On était là depuis le début, nous, avant les arabes, les turcs, même les romains.

Les romains ?

Oui, mon fils, avant les romains, on était là, nous.

Quelqu'un veut du riz ?

Tiens, donne-moi un peu, va.

Mets-moi des boulettes aussi, elles sont bonnes.

Elle les fait bien, ma femme.

Ça va, maman ?

Tu vs bien ?

Ouais, ça va.

Un petit peu fatigué.

Vas-y.

Écoute, je vais à Marseille, hein.

Il me chie et je reviens, d'accord ?

Tu vas pas rester comme ça.

Faut que t'ailles faire une radio des poumons.

Quand je reviens, je vais chez le docteur.

C'est pas Benaïm, hein.

Il est au trou.

Bon anniversaire mémé !

Bon anniversaire !

Ah, c'est bien.

Allez, on va prendre une photo.

Allez, tout le monde sourit.

Attention.

Et...

Voilà !

Non, non, attends, attends, refais-la, j'avais les yeux fermés, là.

Mais non, on verra rien.

Les bougies.

Toujours pareil avec lui.

Allez ! Allez !

Coco n'est jamais revenu de Marseille.

La tuberculose lui avait détruit les poumons.

Il est parti sur une dernière cigarette.

Lisa ne pouvait pas supporter de vivre sans son fils, chéri.

Et ça, on le savait.

Un matin, elle s'est sentie fatiguée.

Alors elle a réuni ses enfants et ses petits-enfants autour de son lit.

On nous a regardés les uns après les autres avec un grand sourire.

Elle a levé la main.

Elle a dit, je vous remercie tous.

Et puis elle a fermé les yeux et elle est partie.

C'est quelle année ?

1960 ou 59 peut-être.

Ça se brouille un peu dans ma tête.

1959, Hadjedj, Hadjedj, Lucien, Hadjedj, Philippe... Lisa, Lisa.

Lisa, Hadjedj, Lisa, Hadjedj, Lisa.

C'est ça.

Carré 56, allée 5.

D'accord.

Par ici.

Carré 56...

Carré 56...

Tu vois, tu vas pleurer.

Non, non.

Je cherche la tombe, hein ?

Je suis sûr que c'est par là.

Sûr.

Mais c'est là.

Famille Hadjedj.

J'ai trouvé.

Voilà.

Ton arrière-grand-mère, Lisa.

Claude Hadjedj, c'était qui ?

Mon oncle.

On l'appelait Coco.

Et aussi mes tantes.

Céleste, Clairette et Blanche.

Morte en couche en 1961.

Ça veut dire qu'elle est morte sans avoir d'enfant.

Mais elle avait deux spécialités: la pâtisserie et guérir les angines.

Allez, tu vas dire au revoir.

S'ils t'avaient connu, ils t'auraient tous aimé.

Comme ils m'ont aimé.

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, bonsoir.

Pour la première fois à la télévision en Algérie,

le film d'Henri Verneuil intitulé La vache et le prisonnier.

Bonne soirée.

Madame.

Das ist grossier personnage. Schweine.

Le chien a raison, c'est des anglais.

Mais comme sais-tu ?

Tu n'as rien vu.

Il n'y a pas besoin de les voir pour les sentir.

Sûr.

Alors, il est comment ce film ?

Je sais pas. Ça vient de commencer.

Écoute mon vieux, moi je n'ai pas des raisons personnelles comme toi

qui me retiennent ici.

Tu sais, être là ou à Paris, mais ici au moins ils sont chez eux.

L'ennui c'est que moi ici je ne me sens pas chez moi.

On me dirait qu'il y en a pour deux ans, cinq ans.

Bon, je pavoiserais pas, non bien sûr.

Mais je me ferai une raison et je compterai les jours.

Allez, au revoir mon vieux.

Ne m'en voulez pas trop de vous quitter comme ça.

Mais, fous le camp, andouille !

Ah, on a beau dire, la France, c'est un beau pays.

Surtout à l'étranger.

Ça me fait de la peine.

Et d'un côté il vaut mieux parce que ici, tu es chez toi,

tu as tes habitudes et puis tu comprends la langue.

Allez, sors de là.

Allez hop.

Assieds-toi là, tu verras mieux.

Tu crois que je ne t'ai pas vu arriver, toi ?

Ça lui fait tellement plaisir.

Viens.

Marguerite recule.

Il y a du monde qui arrive.

Halt !

Halt !

Arrête-toi !

Arrête !

Halt !

Fils de pute !

Halt !

Là-bas !

Je le veux vivant !

Sors !

Fils de raton !

René, tu montes dans la jeep, nous, on repart.

Allez !

Allez, allez, allez, allez !

Il est où ce fumier ?

Oh, ça il est passé où ?

De la gauche, il reste avec moi.

Viens là-dedans !

-On frappe sur toutes les portes. -Occupez !

Là, là !

Ouvrez !

Ouvrez !

Ouvrez !

J'arrive, j'arrive

Qu'est-ce que tu foutais toi ?

Y'a un type qui se cache ici.

Tu l'as aidé ?

Allez, viens !

Baisse la tête, connard !

Je ne suis pas un connard.

Je suis le gardien de l'immeuble.

Allez, retourne-toi.

Ferme ta gueule.

Vous sortez tous les pitauds !

Exécution !

Allez, fouillez-moi tout ça !

Allez, bouge, bouge, toi !

Il est où ton père ?

Il n'est pas là.

Allez, mettez les là !

Dinah !

Descend ma carte d'ancien combattant !

Viens ici !

Papa !

Tu crois que j'ai peur de toi ?

La légion n'a jamais peur des paras.

Vous êtes que des fiottes !

Je suis français.

Légionnaire et décoré.

Ouais, c'est ça.

Mains sur la tête, exécution !

Allez, on les descend tous, là !

Je veux tous les voir ici !

Qui est là ? Qui est là ?

Bernard !

Ils sont tous là ?

Il n'y a plus personne !

Il a disparu, ce crouille !

Fais chier !

Allez, on les embarque tous, là !

Fais ça !

Sauf lui.

Allez, allez, à la porte !

Allez, à l'entrée, à l'entrée !

Allez !

Ne pose pas de question, dépêche-toi !

C'est rien.

C'est rien, les gars, allez

Que la paix et la miséricorde de Dieu soient sur vous.

Alger est marquée par une violence accrue.

Car au même moment, les quartiers musulmans d'Alger,

intoxiqués par les meneurs du FLN,

déclenchaient une journée de brutalité.

Vers le soir, quelques milliers de musulmans

voulurent descendre vers la ville.

Mais le drame, déjà, était joué.

Mais ne faut-il pas dire que ce ne sont ni tous les Européens,

ni tous les musulmans qui sont descendus dans la rue.

Et la leçon que tirera le général de cette visite aux échos dramatiques,

c'est que sans doute tout n'est pas perdu par ce bilan tragique de 84 morts.

Mettez-moi vos manteaux, tout de suite !

Qu'est-ce que tu fais ?

Je connais la folie des gens.

Ils viennent de saccager la grande synagogue de la rue Randon.

Oh, mon Dieu !

Vous resterez comme ça jusqu'à ce qu'on parte.

Comment ça, partir ?

C'est pas possible.

Tu ne voudrais pas qu'on aille chez Blanche ?

C'est plus tranquille là-bas.

Non, c'est fini pour nous ici.

Allez, allez, vite !

Allez voir votre mère, vite, vite, vite !

Vous entendez ?

Il va falloir se défendre.

Si quelqu'un rentre, un jet d'acide dans les yeux,

ça va les calmer.

J'ai peur.

T'as peur ?

T'as jamais peur, toi ?

T'inquiète pas, ça va aller.

Et puis, Paris, c'est la capitale, quand même, non ?

La plus belle ville du monde.

Tu te rends compte ?

On a de la chance.

Ça pourrait être pire, crois-moi.

Ah, te voilà.

Y'a plus de valises nulle part.

J'ai juste trouvé ça sur le port.

Tiens, bois.

Il y a des morts sur les trottoirs et des manifestants partout.

C'est terrible.

J'ai le billet pour Marseille.

Et où tu as trouvé l'argent ?

Dans la caisse de mon patron.

Sania, mon Dieu, tu ne peux pas faire ça.

C'est du vol, tu vas te faire arrêter.

T'inquiète pas.

Dès qu'on est à Paris, je le rembourse.

Je ne veux pas partir, Sania.

Je peux pas laisser ma mère seule au cimetière. Je peux pas.

Dinah, pense aux enfants.

Ça fait trois jours qu'on est enfermés.

C'est devenu trop dangereux.

Allez, on va y arriver.

Jour de tension en Algérie.

En effet, pour la première fois depuis le début des événements,

les drapeaux du FLN sont apparus massivement et au grand jour

dans tous les quartiers musulmans.

Dans la casbah en particulier,

les drapeaux verts et blancs,

signe de la volonté d'indépendance des Algériens,

sont présents partout, sur les balcons,

sur les terrasses, au-dessus des commerces.

Les enfants, vous dites à personne qu'on va partir.

Vous entendez ?

A personne, c'est un secret.

Même Josette, elle ne doit rien savoir.

Mais pourquoi on doit partir comme ça, comme des voleurs ?

Commence pas, Dinah.

On doit partir, c'est tout.

Mais qu'est-ce qu'on leur a fait, mon Dieu ?

Bon, allez, tout le monde s'occupe de ses affaires et les apporte ici.

Aucun jouet, compris ? Juste le nécessaire.

Et même ça, c'est trop.

Exécution, les garçons.

Allez, allez, allez.

Non, mais t'as pas compris ?

On a dit qu'on prenait que les habits.

Voilà. C'est bien, là.

Eh, vas-y.

Merci.

Les enfants, allez, dépêchez-vous.

La tasse de mémé.

Ça, on la met.

Tiens.

Allez.

Antoine, là.

Vas-y.

Oui, c'est bien.

C'est bien. Très bien.

Bon, c'est tout ?

Non, c'est trop lourd.

Il pèse au moins 10 kilos, ce pilon.

T'es tombé sur la tête ou quoi ?

Pourquoi pas la glacière et la cuisinière aussi ?

Sania, s'il te plaît.

Non.

Écoute-moi.

Si j'emporte pas le pilon de ma mère et de ma grand-mère, je pars pas.

Mais t'es folle ou quoi ?

Mais c'est toi qui es fou de nous faire partir comme ça.

Si le pilon, il reste ici, je reste avec lui.

C'est tout.

Elle a raison. C'est un souvenir de mémé Lisa.

Si elle part pas, moi non plus, je pars pas.

Et moi non plus.

Bon, allez.

Allez.

Merci.

Vous êtes fous.

Vous êtes tous fous.

Allez, venez, venez.

Josette !

Josette !

Josette !

On s'en va.

Allez, viens, mon petit.

Allez, viens.

Ça va aller.

Antoine !

Antoine, reviens !

Allez, viens, chéri. Il faut y aller.

Allez, viens.

Allez, allez, allez.

Allez-y, les enfants.

J'espère que j'ai un beau rôle.

Pas seulement dans le film.

Dans mon cœur.

Attention, attention.

Les passagers du "Ville d'Alger" doivent se présenter

sur le quai d’embarquement numéro 12.

Au revoir, Fatma, au revoir.

Allez, mon chéri.

Mémé Lisa, elle va rester toute seule ici ?

Mais oui, mon chéri.

Toute seule ici, elle va rester.

On aurait quand même pu prendre ses restes dans une valise et l'emmener avec nous.

Arrête avec tes bêtises, toi.

Mon Dieu.

Les photos.

Quelles photos ?

Mais toutes les photos, je les ai oubliées dans le buffet de la cuisine.

T'en fais pas, maman.

Un jour, je te les rapporterai.

Attention, attention.

Tous les passagers du "Ville d'Alger" ...

Allez on y va

Allez, on avance.

Allez !

Allez ! Allez !

Allez, on avance là.

Plus vite, allez.

Les photos.

C'est tout ce qu'il nous restait.

Je te jure que je les retrouverai, maman.

Merci, merci beaucoup.

Je tiens à remercier notre ami.

Antoine Lisner.

Viens me rejoindre, Antoine. Viens.

Merci.

Ce film, mon cher Antoine, c'est le témoignage

de l'amour que tu portes en toi pour l'Algérie.

Merci.

Je savais que j'aimais ce pays, mais ce soir, je découvre que ce pays m'aime aussi.

Moi, je suis un enfant d'Algérie.

Un enfant de la Casbah.

Je le serai toujours.

Je voudrais vous présenter quelqu'un qui m'a accompagné dans ce voyage.

C'est mon fils, Thomas.

Monsieur Lisner. Monsieur Lisner.

Le monsieur de la rue du Lézard.

C'est le monsieur de la rue Lézard

Non, mais laissez-le.

Laissez-le, on se connaît. Laissez-le.

Voilà, monsieur Lisner.

Après votre visite, je me suis souvenu que quand vous êtes parti, ma mère a trouvé ça

derrière le buffet de la cuisine.

Non, c'est pas possible.

C'est pas possible.

Hier, j'étais jusqu'à Mascara.

Chez elle pour la récupérer.

Mon Dieu.

C'est vrai que Tonton Jacob, il avait les yeux fermés.

Papa arrête,

tout tombe bien.

Tonton jeune.

Merci.

Tu vois, la barboteuse bleue .

Tout nu.

Regarde.

C 'est moi.

Josette et Pierrette.

Sous-titres par Umbi

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