All language subtitles for Toi.Non.Plus.Tu.N.as.Rien.Vu.2023.FRENCH.VOF.1080p.WEB.EAC3.5.1.H264-LiHDL_track3_[fre]

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Original subtitles

...

Musique douce

...

-Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept,

huit, neuf,

dix, onze,

douze, treize,

quatorze, quinze...

...

Cris

-Arrête !

S'il te plaît, stop !

Rire

... ...

... Soupir

... ...

...

-Maman !

Maman, viens ! Lise, elle m'a fait mal !

-Oh ! -Regarde ! Je la déteste !

-Mmh.

...

-Tu vas trop vite.

-Oh, mon petit poussin.

...

-Ah ! Oh, là, là, c'est froid !

Comment t'as fait ?

-Moi, je la trouve bonne.

-Oh, là, je peux pas, moi.

-On y est resté une heure.

-C'est vrai ?

Non, elle est trop froide !

Arthur, s'il te plaît !

Les deux pieds !

Cris affolés

...

-Attends-moi !

-Oh, mais non !

Lise, enlève ça, s'il te plaît.

Et on va au bain !

Elle râle. Bon, allez !

-Mais arrête !

-Mais, laisse-moi tranq...

Rends-le-moi.

-Non ! -Babou.

Allez.

Soupir

Bisou, pyjama. Allez, mon petit loulou.

Et ma grande cocotte. Oye, oye, oye.

Tu as pas froid ?

Vrombissement

...

Oui ?

*-On a pris du retard.

-Ah.

Et alors ? Il est comment, l'arbre ?

*-Il pousse trop vite.

*Pas le temps de s'élargir avec l'acidité.

*-Tu es triste ?

-Il fallait le faire.

Il va nous apporter tant de choses.

*-Tu en parles comme d'un bonhomme.

-Oui, c'est ça, un petit bonhomme.

Vrombissement

Fracas

Vrombissement

*Radio en fond

*...

*Radio en fond

Soupir

*Radio en fond

*...

Il verrouille le portail.

*-On est heureux de vous retrouver pour un bon moment.

Soupir

*On continue de célébrer les voix, les voix fondatrices, les voix jazz,

*les voix blues,

celles qui ont façonné nos goûts musicaux,

*dès tout petits.

*Ce soir est pas un soir comme les autres.

Claire !

Claire !

Claire !

...

Sirène

...

-Bonsoir. -Bonsoir.

-Bonsoir, monsieur.

Emilie Morel. Je prends mes petites-filles.

-Je vais vérifier.

Emilie Morel souhaite entrer.

...

*-Bien reçu, c'est bon, faites entrer.

-Vous me suivez ? -Merci.

-Allez-y.

...

C'est Mme Morel. Tu la fais rentrer ?

-Oui. -Merci.

...

-Tiens. Tiens, ma chérie, enfile ton manteau.

Soupir Vous êtes sages avec grand-mère.

...

-Elle est aux urgences ? -Oui. Prends ton sac.

Allez.

-Donne.

...

-Au revoir, mes chéries.

-Tu y vas pas ?

-Je t'ai mis ce que j'ai trouvé.

...

-Descends ! -Je veux pas sortir.

-Descends, descends ! Bouge pas !

-Putain, lâche-moi !

-Hé ! -Lâche-moi !

-On est arrivés. -Mais j'ai rien fait !

-Allez.

-Vas-y ! -Avance !

Avance ! Avance !

-Asseyez-vous.

Vous êtes en garde à vue

pour complicité de tentative d'homicide.

-Je comprends pas de quoi vous parlez.

-Vos nom, adresse et profession.

-Thomas Morel.

-Vous l'épelez ?

-M-O-R-E-L.

-Adresse.

-33, rue des Passeurs.

Fenouillet.

-OK. Profession ?

-Je travaille à l'ONF.

-Bûcheron ?

-Non, ingénieur.

-Et concrètement ?

-Vous pouvez me dire comment va ma femme ?

-Plus vite vous répondez, plus vite on vous laisse dormir.

Ca vous dit rien, des cris de bébé ?

Claquements de doigts Madame Morel, restez avec nous.

Qu'avez-vous voulu

faire à votre enfant ? -Trop tôt. Elle sort du bloc.

-Dans combien de temps ?

-Pas avant demain après-midi.

Porte

Gémissement

Musique triste

...

-J'ai pas le droit de lui parler.

...

Bah, non, la maison est sous scellé.

...

On a retrouvé

un bébé sur les containers en face de chez nous.

Ce serait l'enfant de Claire.

-C'est quoi, ce délire ?

-Quand je suis entré, elle était au sol.

Il y avait du sang partout.

-Tu as vu quoi exactement ?

-Rien.

Je prenais un morceau de fromage et elle était là, par terre.

-Elle criait, elle parlait ? -Elle était inconsciente.

...

-Et les filles ?

-C'est ma mère qui les garde.

-Mais Claire t'a laissé un message ?

...

-Ca peut pas être le sien.

Je serais au courant si ma femme était enceinte.

...

-Attends deux secondes.

...

...

Sanglot Bruissement

Tiens, prends ça.

Les petites vont bien, t'inquiète pas.

Soupir

Thomas est là, il a pas le droit de venir.

Tu as vu le petit ?

Il va bien.

Thomas m'a demandé d'assurer ta défense.

T'es d'accord ?

Ca va aller.

Il souffle. Pas approchants

-Alors ?

-Elle est faible.

-Mais elle t'a dit quelque chose ?

-Elle en est pas capable.

-Tu veux un café ? -Je veux bien.

-Mademoiselle, deux cafés.

-Merci. -Tout de suite.

-Ca lui ressemble pas d'être aussi loin.

-Plus rien lui ressemble.

-Ce qu'elle va dire risque de pas lui ressembler.

Elle doit arriver à savoir qui est la Claire qui a fait ça.

Fais un test ADN.

Merci.

-Mais pourquoi ?

-Ils voudront savoir si tu es le père.

-Et sinon ?

-S'il te plaît, Thomas...

Elle risque la perpétuité.

On va se fixer une règle.

On se verra deux fois par semaine, c'est tout.

Ca peut être long. Et excuse-moi

si parfois, je peux pas être et professionnelle et délicate.

-J'aurais pas dû venir. -Mais non.

Ca rajoute à la déception, mais fais-moi confiance.

-J'ai commencé à fixer des rendez-vous.

Je vais en obstétrique demain à Paris.

-Ouais. -Voilà le planning.

-Quoi ?

-J'y croirais pas. Je comprends pas.

-Personne comprend. Arrête, je rangerai après.

-Certaines femmes ont peu de ventre.

-Le principe des dénis de grossesse.

-Non, là, c'était en général.

T'as de quoi dîner ?

-Je vais aller au bureau à 13 h, demain. Le babyphone ?

-Derrière toi. -Pardon.

Rire

-Quel âge, Arthur, déjà ?

Rire ironique

Essaie de dormir.

-Bonne nuit, Paul, merci.

-Bonne nuit.

(-Doucement avec la porte.)

Porte

Désolée, excusez-la.

-Ca va, on a l'habitude.

Merci.

...

-Qu'est-ce qui te prend ?

On peut parler calmement ?

Paul cherche de la documentation.

Non, attends, attends.

...

-De comprendre quoi ?

Tu comprends quoi, toi ?

Tu ferais quoi, à ma place ?

Mmh ? Soupir

Portières

Léger brouhaha

...

Pas approchants Tintement de clés

Claquements

Porte

-Merci.

Comment ça va ? Comment tu te sens ?

-Je suis dans le quartier des dures.

-C'est comment ?

-Au moins, ils allument pas en pleine nuit.

...

-Regarde, on a reçu les résultats du test ADN.

C'est bien celui de Thomas.

-Bah, oui.

Je t'avais dit. -C'est une preuve concrète.

Ca va tranquilliser la magistrature.

Tu saurais me dire

quand les douleurs ont commencé ?

-Je sais plus. -Tu sais plus. Et...

A partir de quand, tu sais plus ? Tu te souviens ?

D'accord. Euh...

Ces douleurs, à quoi elles ressemblaient ?

-Bah, comme un spasme.

Mais j'aurais dû comprendre, tu vois bien.

Un enfant, quand il est là, on le sait, on le sent...

C'est pas possible.

-Tu prenais plus la pilule ?

-Mais si.

-Il me faudrait les ordonnances.

Tu sais comment ça va se passer.

Ils vont poser des questions sur la fréquence de vos rapports.

Où, quand, quelles positions.

C'est vraiment pour essayer de comprendre

pourquoi Thomas a rien vu.

-Non, là, je suis pas capable.

Toi, tu sais

quand tu as baisé ces derniers mois, où, quand, comment ?

-Je sais, c'est insupportable.

Regarde, on va arrêter là. On reprendra plus tard.

-Non, on va le faire.

D'accord.

Musique triste

-"En tant que sage-femme, j'ai dû traiter 60 dénis.

"Souvent partiels, heureusement.

"J'ai vu des femmes avec un ventre plat

"et une hauteur utérine qui n'avait rien à voir avec une grossesse.

"Pourtant, après la palpation,

"l'échographie révélait qu'elles attendaient bien un enfant.

"C'est stupéfiant.

"Même pour des soignants."

...

Pas approchants

Porte

Porte

-Tu me manques tellement.

Ces 13 jours, ça a été un supplice.

-Je suis sale.

-J'ai eu tellement peur.

Ils m'ont pas laissé le droit de t'accompagner.

-Sophie m'a raconté.

-Qu'est-ce qui nous est arrivé ?

-Qu'est-ce qu'ils t'ont raconté ?

-Je me fiche de ce qu'ils disent. Je veux t'entendre, toi.

-Bah, moi, je sais plus.

Je sais pas trop.

-Comment tu as fait pour accoucher toute seule ?

-Non, j'accouchais pas.

-Tu as pas trop mal ?

-Là-bas, ils m'ont soignée, j'ai des fils. Ca va.

Soupir

-Tu arrives à dormir ?

-Pas trop.

C'est ma faute, tout ça.

-Non, c'est pas de ta faute. Il y a pas de faute.

C'est arrivé, c'est tout.

-Tu dois m'en vouloir. A ta place...

-Mais tu es pas à ma place.

Tu aimes toujours Simon, comme prénom ?

-Tu t'en souviens ?

-J'ai dû décider, pour l'état civil.

-Tu as bien fait.

Ils te l'ont montré ?

Enfin, le bébé, tu l'as vu ?

Il faut demander un droit de visite.

-C'est toi que je veux voir, Claire.

-Ca va être long. Viens pas trop, tu vas t'épuiser.

-Je viendrai autant de fois que possible.

-Vous nous dites, sur le PV,

le lendemain de la révision utérine,

que les douleurs se sont intensifiées,

que vous avez retiré vos collants, vous vous êtes assise sur les WC,

en sueur, tremblante.

Aviez-vous de la fièvre ?

-Non.

-Avez-vous pris votre température ?

-Non.

-Vous avez accouché par voie basse,

deux fois, pour chacune de vos filles.

Vous connaissez votre corps.

Vous avez forcément ressenti quelque chose de semblable.

-Pas comme les autres fois. Non.

-"Pas comme les autres fois."

Mais vous avez senti qu'il se passait un truc ?

Que votre corps était pas normal.

-Peut-être.

Mais non, je crois pas.

-Pardon ?

-J'avais mes règles.

-Comment ça ?

-J'ai eu mes règles régulièrement ces derniers mois.

-Et quand vous attendiez vos filles ?

-Non. Mais cette fois-ci, oui.

J'ai eu mes règles habituelles.

-Pas d'aménorrhée, cette fois-ci.

On parle bien d'une 3e grossesse.

-Non ! Enfin...

Cette fois-ci, a posteriori,

vu qu'on me dit...

-On vous dit que ?

-Que j'ai eu un autre enfant.

-Comment ça, on vous dit que ?

Je vous cite à nouveau.

Vous touchez ce truc chaud, mais vous comprenez pas

à cet instant de quoi il s'agit.

Mais ce sang, sur votre main,

ne correspond pas à une gastro.

Vous vous pensiez atteinte de quelle maladie ?

Une fois que vous avez compris que c'était pas une gastro.

-J'ai pas compris.

-Vous accouchez sans aide et sans cris ?

-J'ai jamais pensé être en train d'accoucher.

-Bon. Vous reste-t-il quelque chose d'autre en mémoire ?

Quelque chose à ajouter, Me Beauvois ?

-M. le juge,

Mme Morel a besoin de nous pour comprendre.

Si on tente pas de comprendre aussi, c'est une impasse.

-J'ai compris.

J'ai ordonné une expertise psychiatrique et une psychologique.

Vous recevrez

les conclusions, Me Beauvois.

-Très bien, monsieur le juge.

-Au revoir. -AU REVOIR.

-Claire ?

Pleure pas. Il devait donner son point de vue.

Ca éclaire notre argumentation.

Vous pensez qu'elle va s'échapper ? -Laisse.

-Non, je laisse pas tomber. Tu te reposes.

Lundi, je suis avec toi, OK ?

(Je suis avec toi. Repose-toi.)

Musique dramatique

...

Vibreur Fracas

Soupir Vibreur

Soupir -Allô ?

-Vous en avez mis du temps.

-Vous avez trouvé facilement le gîte ?

*-Ouais, pas de problème. Très sympa.

-Mmh.

*-Ca va, toi ?

-Les auditions ont commencé.

*-Je te laisse, on se rappelle ?

-OK.

-Bisous, les filles.

Soupir

Claquement

-Allez.

-Pourquoi elle est là ? -Peu importe.

Au contraire, ça t'aidera. Tu te concentres, OK ?

(Tu te calmes et tu te concentres.) Voilà.

-Bien.

Mme Morel, on vous demande de nous donner un récit complet

sur vos actions le soir du 10 novembre.

Alors,

où étiez-vous quand la douleur a débuté ?

-A la cuisine.

-Avant ou après le dîner ?

-Non, avant.

Il devait être 19 h ou 20 h.

J'ai fait prendre leur bain aux filles,

ça les aide à dormir.

Lise était nerveuse, avec la rentrée.

-Vous avez dîné aussi ? -Oui, un yaourt.

Les filles se sont couchées.

Je suis descendue dans la cuisine pour ranger.

Ensuite,

Thomas m'a téléphoné.

-Il était quelle heure ?

-Peut-être 22h30 ou 23 h.

-Vous avez mentionné la douleur ?

-J'ai pensé que ça passerait. -D'accord.

Et après son coup de fil ?

-J'ai...

J'ai écouté de la musique.

Ensuite, je suis remontée.

Dans la salle de bains, j'ai pris un antidouleur.

-Avant de regarder vos filles ?

-Non, après.

-Vous les regardez souvent dormir ?

-Avant de me coucher, je jette un oeil,

comme quand elles étaient bébés.

-Elles peuvent dormir seules.

Vous êtes une mère

très protectrice.

-Oui, peut-être.

Ca me fait un moment de calme agréable.

-Vous préférez quand elles dorment ?

-Non, c'est juste un moment...

de douceur.

Un moment privilégié.

-D'accord.

Vous allez les voir dormir.

On vous suit, madame Morel.

Soupir

-Vous êtes restée longtemps ?

-Non.

La douleur est devenue violente. J'ai été chercher un antalgique.

-Dans la salle de bains ?

-Oui. -Allons-y, s'il vous plaît.

-Allez, viens.

-Je me suis vite assise sur les WC. Quelque chose de chaud, de poisseux,

sortait de mon corps.

La douleur me compressait la poitrine,

je pouvais pas respirer.

-Vous avez eu des contractions.

-Je sais pas.

-Et la perte des eaux.

C'est votre 3e accouchement.

-Non, on accouche quand on est enceinte.

-Et vous l'étiez pas ?

Pourtant, l'expertise fait état d'un garçon né en parfaite santé.

Votre abandon

ressemble de très près à un infanticide.

Plus ou moins bien déguisé.

Vos aveux rendraient cette situation rocambolesque

enfin rationnelle. -Euh...

Mme la procureur, laissons ma cliente nommer ses souvenirs.

Si on lui impose un système de pensée, on va pas y arriver.

-Je vous en prie. -Merci.

-Montrez-nous.

Donc, vous êtes sur les toilettes.

-J'ai perdu quelque chose.

-Qu'est-ce que ça pouvait bien être ?

-Je sais pas, madame.

-Vous saviez pas ou vous savez pas ?

-Je savais pas. Balbutiement

Je me suis réveillée au sol, sur le carrelage frais.

-Ca a pas réveillé vos filles ?

Elles ont le sommeil bien lourd.

-Quand vous rouvrez les yeux,

vous êtes au sol ici, ici même ?

Déclencheur -Oui, je crois, par là.

-Le carrelage. C'était frais, ça m'a fait du bien.

-Oui, ça, on a noté. Et pour vous relever ?

-J'ai dû prendre appui sur les toilettes.

-D'accord.

A ce moment-là, l'enfant était dedans ?

-Me dites pas qu'il est tombé dedans !

-Madame Morel, c'est à vous de nous éclairer.

Alors, où était l'enfant ?

-Il était au sol.

Sur le carrelage ? Comme ça ?

-Il y a des serviettes, ici.

-D'accord. Vous avez entouré votre enfant avec ?

-J'ai tiré la serviette. Pour nettoyer les traces.

-Vous voyez des traces de sang et pas d'enfant ?

Donnez ça.

vous sortez. Il y a du sang dans le couloir.

Dans l'escalier, dans la cuisine, sur la terrasse.

Jusqu'au portail rouge, à l'arrière.

-Après, j'ai plus aucun souvenir.

-Et le cordon ?

-Le cordon ?

Qui vous reliait à l'enfant.

-Madame Morel,

pourquoi passer par la cuisine ?

-J'ai dû prendre le sac. Ils sont rangés sous la fenêtre.

-Vous descendez avec votre bébé.

Montrez-nous, s'il vous plaît.

Allez.

Bruissement

Allons-y.

Le container était plein ?

-J'ai pas regardé. Je me souviens du vert.

-Du vert ? -Du plastique vert.

-Et du sac gris posé dessus ?

-Non.

Juste... le large volume vert.

-Pourquoi sur le couvercle ?

Pour lui laisser une petite chance ?

C'est bon, rentrons.

-Allez.

-En revenant, vous prenez le linge sali

et faites une machine ?

Vous comprenez bien que cette machine

que vous faites entre 1h30 et 1h50

après avoir abandonné votre bébé

pose un sérieux problème ?

-C'était sale.

Mes filles devaient pas voir ça, j'ai allumé par automatisme.

-Vous retrouvez votre maîtrise quand ça vous arrange.

-Madame, je...

-Mme le procureur !

-Madame le procureur,

cette machine, j'y pensais plus. C'est que vous l'avez notée.

-N'êtes-vous pas venue dans la cuisine laver un couteau ?

-Quel couteau ?

-Vous avez rien dit de ce lien

dont il a fallu que vous vous défassiez.

Vous avez dû couper le cordon de votre enfant.

-Le couteau trouvé dans l'évier est en cours d'expertise.

Vous avez pas appelé les secours ?

Votre mari ?

-J'avais pas mon portable.

J'avais plus la force de penser aux choses.

-Vous étiez où, dans la cuisine ?

-Sans doute ici.

Je voyais le tambour de la machine tourner.

-Et là, vous n'aviez plus mal ?

(-Non.)

vous faisiez une hémorragie. Votre mari vous a sauvée.

Trente minutes de plus et vous n'étiez plus vivante.

Vrombissement

...

Gémissement

...

...

...

...

...

-Téléphone.

*-Veuillez saisir votre numéro et appuyer sur la touche #.

*Tonalité

*...

-Allô ?

Allô ?

*Raconte-moi. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Musique mélancolique

...

Soupir

...

-Tu dois me dire une chose.

Tu pensais que je serais contre ?

Je veux dire, contre un 3e enfant.

J'arrive pas à me défaire de cette idée.

Tintement de clés

Serrure

Porte

-Bonjour.

Allez-y, madame, entrez.

Bonne soirée, mesdames.

... Serrure

-Ca vous va, côté fenêtre ?

Porte de placard

Raclement

Elle souffle.

-Tu fumes ?

-Non, mais allez-y, ça me dérange pas.

...

-Euh... -A qui appartient ce corps ?

-Ah. Sors de ce corps. -Non, pas ça. Arrête, Claire.

essentielle, elle interroge. Il faut la poser.

-Notre corps nous appartient.

Personne nous force à faire des enfants.

Pas notre génération.

-Non, désolée. Si tu as pas enfanté, tu es suspecte.

Si tu dis que tu souffres pendant la grossesse,

ou après, au minimum, tu es névrosée,

ton gosse, c'est la cata. C'est notre défense.

Il faut interroger la maternité. Ton point de vue dessus.

Vouloir ou pas, consciemment ou pas...

vouloir ou pas être mère.

C'est ça.

On nous programme à être une bonne maman,

à jouer à la poupée.

-On se laisse pas faire. Tu as eu Arthur quand tu l'as souhaité.

-Bien entendu. Toi aussi.

-Eh ben, oui.

-Et cette fois-ci ?

-De quoi tu parles ?

Soupir

Tu crois que je te balade ? -Mais arrête.

Mais excuse-moi, on parlait, je...

Il y avait pas de piège.

C'est sorti comme ça.

-Interprète pas. Pas toi. Sinon, il me reste qui ?

-Arrête !

Je cherche. On travaille.

Claire.

-Surveillant.

-Tu fais quoi ?

Porte

Serrure

Sanglot

...

Claquements métalliques

...

-Mme Morel, il se passe quoi ?

-C'est coincé.

-J'ai un pass, vous inquiétez pas.

Je vous ouvre.

Non, j'ai pas fini, c'est rien. C'est la poubelle.

-Je passe la main à un confrère.

-Oh, non ! Hors de question ! S'il te plaît, reste.

-On en parlera plus tard.

-J'ai repensé à l'enterrement de ma grand-mère.

-Pourquoi ?

-Ma mère m'a appelée.

-Ici ? C'est une blague ? -Mmh. J'ai raccroché.

Je m'y attendais pas. En fait, j'ai rappelé plus tard.

En gros, elle comprend pas que je lui en aie pas parlé.

Elle dit qu'elle serait occupée du bébé.

Elle a insisté. Que j'aurais dû lui parler.

Que Thomas pouvait comprendre.

-C'est-à-dire ? -Si c'était pas lui, le père.

Elle m'a écoutée.

Elle a ajouté : "Je suis une tombe."

Un soir, on était dans la cuisine, papa était encore là,

elle m'a dit qu'elle avait vu un cercueil d'enfant,

un petit cercueil blanc dans le caveau familial.

Elle revenait des obsèques de ma grand-mère.

-L'enfant de qui ?

-Elle dit qu'elle sait pas.

-Tu la crois pas ?

-Tes lettres sont lues avant de me parvenir.

-Et alors ?

-C'est pas la peine de rajouter des doutes.

-T'écrire, c'est comme te parler, j'en ai besoin.

-J'ai pas pensé que tu sois pour ou contre un 3e,

juste parce que j'ai pas pensé à un enfant.

-Je suis désolé.

Sophie a rencontré une psychiatre

qui a expertisé des cas similaires pour le parquet de Lille.

Dommage qu'ils l'aient pas citée.

-Je croyais qu'on irait pas au procès ?

-On doit être prêts à toutes les éventualités.

-Non, ça va aller.

On peut pas te reprocher ce que personne a vu, même pas moi.

Ca a pas de sens.

-Parfois, on sent le bébé pendant le déni.

-Pourquoi tu me dis ça ?

Tu as senti un truc ?

-Bah, oui, peut-être.

-Tu as imaginé porter un enfant ?

Je comprends pas. Tu l'as senti ?

-Non.

-Alors, arrête, stop !

Arrête de te torturer !

-Si j'avais su

que j'étais enceinte,

je l'aurais gardé, sûrement.

-S'il avait été contre ?

-Je l'aurais gardé.

Ca aurait été plus compliqué, oui.

-Que pense-t-il de l'avortement, votre mari ?

-Je sais pas,

ça dépend du contexte.

-Vous parlez facilement ensemble ?

-On a rien à se cacher.

-Diriez-vous de lui que c'est un mari fidèle ?

-Je me pose pas la question. On est bien ensemble.

-Avez-vous fait des dépressions quand vous étiez jeune ?

-A la mort de mon père, j'ai été dans le désarroi.

J'étais seule, ma mère était partie depuis longtemps.

-Partie ?

-Elle est partie avec un autre homme, j'avais 12 ans.

-Vous aviez quel âge au décès de votre père ?

-27.

-J'ai lu

que vous l'aviez accompagné dans la maladie pendant vos études.

C'est beaucoup. Vous étiez très jeune.

-Ca m'a pas dérangée. C'était évident.

-Evident ?

-D'être là pour lui.

-A sa mort, avez-vous eu des angoisses particulières

ou fait des rêves qui vous auraient marquée ?

-Non.

Rien de particulier, non.

-Je suis ravie que vous vous occupiez de ma fille.

Elle a confiance en vous.

-Que pouvez-vous me dire sur ce cercueil ?

-Elle a demandé s'il y avait pas eu un enfant comme ça

après mon frère et moi.

-Un enfant né d'un déni de grossesse ?

-J'ai pas le souvenir d'un truc pareil.

-Je crois que Claire porte un truc qui lui appartient pas.

Est-ce que, dans votre famille, il y aurait eu

des violences faites sur une femme ?

-Des violences ? Des violences comment ?

-Un viol.

-Même si c'était l'enfant d'un viol, pourquoi il serait mort ?

-C'est vrai.

La mort ne prouve ni le viol, ni le déni.

Ca raconte une douleur cachée de famille.

En tout cas, une douleur liée à la maternité.

On n'a plus personne, là-bas.

Vous allez pas faire des tests ?

-Non.

Ca changerait rien pour Claire.

-Ou la mort de son père ?

-Les filles de Claire sont nées après son décès,

pourquoi pas elles ?

-Je suis partie très tôt, on s'est perdues de vue.

Finalement, je la connais mal, ma fille.

Je vous aide pas beaucoup.

-Tiens, les ordonnances.

-Celles de la gynéco ?

-Il faut les photocopier et les classer.

Thomas, regarde ça, plutôt.

-Nos loyautés secrètes ?

Qu'est-ce que c'est ?

-On parle de loyauté inconsciente, dans ces affaires.

C'est ce que cette psychiatre démontre.

Des femmes qui ont un lien trop fort avec le passé.

-C'est des témoignages.

-Non, elle est partie de cas cliniques.

C'est la thèse de son doctorat. Elles ont toutes

des familles compliquées.

Une adoption, le fils d'un autre, un inceste.

Bref, le lien coupé dans la filiation.

-Dès qu'une femme

vit un traumatisme, sa fille fait pas toujours un déni.

-Franchement, je vois pas qui tu vas convaincre avec ça.

-Mais ça existe, on est obligés d'en convenir.

Tu es d'accord ? -Ils veulent une vraie explication.

C'est incompréhensible, ce truc.

-Je vais pas en parler,

mais ça ouvre le champ des possibles.

En Allemagne, ils étudient ça.

Les gamins demandent où était papi en 1940.

Parce qu'on parle des fantômes familiaux.

-Des fantômes ? Sérieux ? -Mais non !

Des fidélités inconscientes nous reliant à nos ascendants.

Je te demande pas d'y croire, mais ça existe.

-Excuse-moi, Sophie, je...

Je vais vous laisser bosser. -Mais non.

-Je t'ai envoyé le lien du récit d'une femme.

-D'accord, je vais regarder.

Salut. Bisou

Soupir Salut, Paul.

-Sérieux ? Devant lui ?

-Laisse-lui le temps.

-De quoi ? Tu m'aides pas.

-Ca va ?

-Oui.

-Et avec les filles,

ça va ?

-Oui, ça va.

Elles t'embrassent. Tu leur manques beaucoup.

La PMI a appelé.

-Qu'est-ce qu'ils disent ?

-Simon va bien.

Je crois qu'ils m'encouragent à aller le voir.

-Tu devrais. Mmh ? -Je leur ai laissé

des affaires à nous, qu'il sente notre odeur.

...

Tu m'as jamais

parlé de ce petit cercueil.

-On sait rien de cet enfant.

-Il y a Sophie qui s'est lancée dans le transgénérationnel.

-Bah, ça me paraît terriblement fragile.

-Ah oui.

C'est pas tangible.

-Moi, on m'a appris, tu étudies, tu expérimentes...

Tu notes. Pas d'interprétation.

-Et toi, tu interprètes pas ?

Tu penses pas ?

Tu crois à rien ?

-Voilà, voilà, c'est ça. Soupir

-Le parquet est saisi dix fois par jour.

Il doit être attentif à l'opinion publique

et aux citoyens.

Je lis : "Peine de mort pour ces salopes."

"L'IVG leur suffit pas."

"Sorcière !"

"Médée !"

"Elles brûleront toutes en enfer."

On peut rien nier.

Il s'agit là d'un nouveau-né, j'espère que vous l'avez compris.

Vous pouvez noter.

Ni l'enfant ni l'émotion.

On veut la reconnaissance de l'altération du discernement.

-Seulement ?

L'altération amènerait

la requalification pour défaut de soins. Nous avons

compris votre démarche. Mais est-ce un déni ?

En sommes-nous certains ?

-Oui, nous sommes capables de le démontrer.

Mme Claire Morel a été dupée par son propre corps.

Elle n'a pas accouché, elle s'est vidée.

Vous savez

qu'il faut l'accepter.

-Mme le procureur le réfute.

avait menti, son ventre aurait grossi.

Elle aurait été poursuivie

pour dissimulation. C'est pas le cas.

Si on garde pas à l'esprit

que son corps a subi aucun changement,

elle devient une manipulatrice.

-Merci, maître.

J'avais bien suivi.

J'allais oublier. Les associations Enfance et Liberté,

Enfance en danger, se réveillent.

Où se situent les réalités psychiques

et matérielles de madame ?

Musique mystérieuse

...

-On avance, il est pas contre nous.

Claire !

...

-Tu as pensé à quoi, pendant tout ce temps ?

Pendant que tu accouchais ?

-J'ai pas vécu ce moment-là.

-Si j'avais pas vu la télé, je te prendrais pour une mytho.

-Quelle télé ?

-Un reportage sur ton affaire.

Tu es presque une star.

Ils ont montré ta maison.

Pas mal, d'ailleurs.

Il paraît que c'est la stupeur, en ville.

"Des gens si gentils."

-Ca, c'était quand ?

-Avant qu'on me mette avec toi.

-Et sur quelle chaîne ?

-J'en sais rien, on zappait.

-D'accord, donc, ici, tout le monde sait.

Si ça se trouve, mes filles l'ont vu.

Musique triste

...

-Avez-vous refusé la maternité ?

...

-J'ai rien refusé. J'ai eu deux enfants.

-Elles sont arrivées comment ?

-On voulait des enfants, puis elles sont arrivées.

-Parlez-moi de ces grossesses.

...

-J'ai bien aimé être enceinte.

...

Petit rire

-Après combien de temps d'aménorrhée avez-vous su ?

...

-C'est trop loin.

-Comment

avez-vous appris, pour votre première fille ?

-On a fait un test, comme les mois précédents.

On était

assez impatients. Pour Babou, je passais une échographie des reins

et le praticien me l'a annoncé. J'étais à trois mois.

J'avais oublié.

...

Pour Lise, on passait

notre temps à faire des tests, mais Babou...

elle est arrivée en silence.

...

-Ca marche pas. -Oh, tais-toi !

-Il est un peu timide. Faites pas trop de bruit.

...

-Mais il a vraiment un coeur comme nous ?

-Non, mais il a de la sève et de l'eau,

ça irrigue ses branches, ses feuilles,

un peu comme nos veines.

...

-Claire ?

-Posez votre chaise sur la table. Voilà.

Voilà. -Claire ?

Claire ?

-Surélevez-lui les jambes. Je prends à boire.

-D'accord, merci.

Claire ? Tu as les mains froides.

Claire !

Claire ? Ah, ça va ?

Une petite chute de tension.

Ca va ?

Tu es sûre ? Déjà, là ?

Ca va ? Tu m'as fait peur.

-Tenez.

-Ah. -Donnez-lui ça.

-Merci beaucoup.

Tiens, c'est plein de sucre. Bois ça.

...

Ca va ?

Claire, franchement, comment tu as pu zapper ça ?

Et Thomas ?

C'est limite vexant.

Tu as probablement fait un déni partiel pour Babou.

Que tu as un antécédent. Personne a rien vu.

Tu comprends ? Est-ce que tu avais tes règles ?

-Je sais pas.

Sûrement, sinon, j'aurais fait un test.

Ils vont dire

que je savais qu'on pouvait être enceinte et saigner.

-Non. Tu as déjà fait un déni.

Le corps médical s'est planté.

Si on intervient pas, le déni se répète.

Porte

-Ouais.

-Ca va, c'était bien ? Ca va, Line ? -Ca va ?

-Tu as mangé des bonbons. Allez, il est tard.

-Non... -Non, non, non.

On négocie pas. Les dents, au lit.

Vibreur -Excuse-moi.

Oui, bonsoir.

Merci de me rappeler.

D'accord.

-Ca va, toi ?

Parfait, c'est noté.

-Tu veux ?

Au revoir.

J'ai le rendez-vous avec Vorse.

-Super. -Tu as toujours adoré ce chien.

-Bah...

-Tu l'as nourri ?

Quoi ?

-Tu es belle. -Ah non !

-Excuse-moi, je...

-Ah, Sophie. -Oui ?

-Arthur a été puni.

-Pourquoi ? -Il s'est battu.

-Avec qui ? -Les filles.

Il a traité Claire de sorcière. Ca a dégénéré.

-Vous inquiétez pas. -Non.

-A demain. -Merci, à demain.

-Ca va passer. -Oui.

-A demain. -Oui.

Petit aboiement

Je pense que Claire est une femme réfléchie.

Plutôt introvertie. Ca peut lui nuire, n'est-ce pas ?

*-Elle supporte comment l'incarcération ?

-Depuis quelque temps, elle a développé de l'eczéma.

*-Elle se referme ?

-Non, je trouve pas. Elle s'habitue, plutôt.

C'est pas tellement mieux.

*-Je propose de venir m'exprimer

*et donner mon sentiment à titre privé.

*Si je suis cité, c'est plus simple.

-Il y a peu de chances.

Aucun psy a réussi à lever un déni ?

*-En hôpital comme en privé, on est comme tout le monde.

*Si la patiente n'entrouvre pas la porte,

*on ne voit pas.

Porte

-Pardon, je suis en retard.

J'ai demandé une audience pour qu'on nomme Vorse.

-Ca passera jamais.

-Au pire, on le nommera en tant qu'expert privé.

-Il est si irremplaçable ?

-Je trouve qu'il est clair, qu'il pose les bonnes questions.

-Et il a les réponses ?

-On va demander au juge de le revoir. C'est pas possible.

Tu vas pas moisir ici.

S'il est honnête, tu seras sortie pour l'anniversaire de Lise.

Je t'ai préparé un peu de lecture. Tiens.

Je sais pas qui viendra témoigner.

Révise les points de vue. Ca t'aidera.

-On aura pas de renvoi en correctionnelle ?

-Ecoute, la procureur a du mal avec la requalification.

Le défaut de soins.

-Ils ont donné une date ?

-On en est pas encore là.

-"Ca tient

"à quelques secondes.

"Et vous verrez pas la suite, la sentence de la Cour

"est toujours sensible à la vie ou la mort de l'enfant.

"Pourtant,

"la gravité d'un déni n'a pas de relation directe

"avec la vie ou la mort du bébé.

"Ca, ce n'est qu'une question de chance."

C'est pas faux.

Imagine que le voisin ait pas eu de chien à sortir ?

-Comment tu sais ça ?

-On s'en fout, Claire.

Tu as eu de la chance, en fait.

Il aurait pu avoir un chat.

Bah, ouais, ça pisse tout seul. Pas besoin de le sortir.

Si je comprends bien...

Tu vas bientôt te tirer.

-Oui. Ca va durer plus longtemps que tu ne penses.

-Bon sang, Claire ! Il est vivant, ton gosse !

Musique pesante

...

Aboiements

-Oslo ! Oslo !

...

Vibreur

...

-Allô ?

-Ouais, pardon, c'est encore moi.

J'ai reçu un courrier du tribunal.

*-Qu'est-ce qui se passe ?

-Il y aura procès.

Soupir -Putain.

C'est foutu, quoi.

-Non, c'est pas fini.

Pas du tout. *-Ce sera un expert

contre un autre. On voulait l'éviter.

*-Avec Vorse, ce sera à notre avantage.

-Non. Expert contre expert, elle sera condamnée.

-Je vise l'acquittement.

*-On l'a dit cent fois. Elle est avocate.

Ils lui feront pas de cadeau.

*-Et alors ?

On démontrera ce qu'on a à démontrer.

Pour Claire et les autres.

Elles ont rien à cacher, vu qu'elles ont rien vu.

*Une mère avec un déni, c'est pas un assassin, mais une victime.

*La justice doit

prendre ses responsabilités.

Ce combat rejoint celui de la liberté de la femme.

Je suis prête !

-Ca va être une catastrophe.

Une vie de parloir. Imagine si elle prend dix ans.

Rien que sept. Je vais pas y aller sept ans.

J'y arriverai pas. -Ecoute, on en est pas là.

-Elle va me reprocher d'être rentré tard.

-Elle t'en a parlé ?

-Ca viendra, c'est logique.

-Ecoute, si elle est coupable, on l'est tous.

On parle aussi de déni de l'entourage.

-Oui, on patauge.

-Mmh.

Vous êtes trop impatients.

-Bouh !

Rires

... Tu es chatouilleuse !

-Comprenez, elle refuse qu'on traite cette affaire comme un cambriolage.

Le salut de l'enfant est dû au hasard.

On est d'accord ?

Les avis des deux experts ne s'accordent pas,

sans être totalement divergents.

Quoi qu'il en soit,

les deux vous considèrent saine d'esprit.

Mme Sarlat, communiquez les conclusions

de Mme le procureur à Me Beauvois.

Bon.

Nous sommes donc à quatre mois de détention provisoire.

Un retour sous condition peut être dur.

Parfois, l'isolement est une forme de tranquillité.

Le passé va vous sauter au visage, les questions aussi.

-Ca, j'en ai bien conscience.

pas d'autorisation d'aller à la pouponnière.

-On comptait pas la demander. Trop tôt. Pour tous.

-Vous devrez pointer

une fois par semaine au commissariat.

...

-Pour l'anniversaire de Lise, tu vois.

Musique douce

...

-Tiens.

-Mmh !

Merci.

-A ta vie future !

Tu m'écriras ?

Petit rire

-Toi aussi ?

Tu me diras si tu as besoin de trucs, dehors.

Rire Salut.

-Viens là, Elliott !

...

...

...

-Allez, Elliott !

-Monte, monte ! -Alors ?

Soupir

...

Tintement de clés

Vous avez changé les fauteuils ?

-Oui.

Tu aimes pas ?

Tu verras, dans le bureau,

les filles ont fait une frise éléphant.

Soupir

Qu'est-ce que tu veux faire ?

-Manger des pâtes au pistou et prendre un bain chaud.

Elle renifle.

Soupir

-Tu viens ?

Elle renifle.

-Tu peux me serrer fort ?

Plus fort.

Respiration appuyée

Soupir Me touche pas !

Laisse-moi !

Souffle court

Pas précipités Soupir

...

Petit gémissement

(-Maman, c'est qui, la dame ?)

-C'est Pascale, je t'ai dit.

(-C'est la maman de maman.)

-Comment tu peux manger autant ?

-Je bois.

-Santé. A vous !

-Santé.

A ta santé, mon amour.

-JOYEUX ANNIVERSAIRE

JOYEUX ANNIVERSAIRE

JOYEUX ANNIVERSAIRE, LISE

JOYEUX ANNIVERSAIRE

Applaudissements

Alors, chocolat.

-C'est pour qui, la grosse part ?

-T'as encore faim ?

-Si.

-Chocolat-framboise, pour la princesse.

-Pour papa.

-Bon anniversaire. -Merci.

-Ah, bah, non.

-Et voilà.

Ca, pour qui ?

Toi ? Rire

Tiens, ma chérie.

-Merci.

-Pascale ? -Mmh.

Merci, Emilie.

-Un petit bout pour Thomas.

-Merci, maman.

-Pour toi, Claire.

-Merci, Emilie.

(-Ca, c'est pour moi.)

-Avec les framboises. -OH !

Rires

-C'est pas vrai !

-On dirait un extraterrestre.

-C'est minuscule.

-C'est comme ça qu'ils l'ont appris ?

-Ouais. La radio a levé le déni,

comme ton écho pour Babou.

Musique douce

-Ils comprendront.

-Je suis pas sûre. Ils peuvent dire :

"Elle sentait, c'est forcé."

-Mmh. -Regarde ça.

-Sophie a raison.

...

-Madame, madame !

Votre carte d'identité. -Ah, merci.

-A mercredi.

-Oui.

...

-J'ai oublié mon tapis.

-Mais non, tu vas voir !

...

-Approcher la vérité, comprendre, c'est difficile, toujours.

"Mais nous allons éclairer les faits par ce qui nous paraît juste."

Euh...

"Il faut la punir. Il faudrait..." Il faut ?

-Il faut, c'est mieux.

-Il faut. -Il faut.

(-"Il faut qu'elle soit punie.)

"On peut pas sortir d'ici en se disant que dans ce pays,

"on peut tenter de tuer ses enfants impunément."

-"Mais demandez-vous aussi quel danger réel

"représente Claire Morel

"pour notre société."

-Salut, Arthur.

Comment ça va ?

-Tu fais quoi ? -Je savais pas que tu étais là.

-Qu'est-ce que c'est ?

-Elles m'ont reconnue. La robe, ça brouille les pistes.

-Quelles pistes ?

Tu as acheté des vêtements pour Simon.

C'est bien.

-Je pourrai plus jamais travailler.

-Qu'est-ce que tu sais de ce que je peux comprendre ?

-Il va me haïr, cet enfant.

Les bébés, ça sent tout. Surtout les émotions de la mère.

Ils le disent tous.

-Oui, mais ils disent aussi

que si tu lui parles,

si tu lui expliques que tu as pas compris...

-Il comprendra quoi à ce charabia ?

-C'est pas un problème de mots, mais d'émotions.

C'est toi qui m'as dit de lire Dolto.

-Elle parle pas du déni.

-Oui,

mais la sage-femme qui s'est occupée de toi.

-Ouais ?

C'est un service de périnatalité, oui, c'est le principe.

-Tu l'as trouvée géniale.

-Bah, ouais, bien sûr.

Mais c'est pas le problème.

-Quand on a laissé Babou

à l'hôpital... -Babou nous connaissait.

-Arrête. -Il faut se rendre

à l'évidence, il me fera jamais confiance.

Vous non plus.

Vous pourrez plus.

-Franchement, tu es pénible.

Comment tu peux me dire ça ?

Tu commences à me faire chier.

Ca suffit, j'en ai marre.

Il se lève et s'éloigne.

Il claque la porte.

Soupir

...

...

...

...

Pas approchants

Soupir

Musique mystérieuse

...

Souffles courts

-On peut reprendre ?

-Non, on a vu les questions 15 fois.

Tu as vu la tête du président Bréguel ?

-Pourquoi ? -Il faut t'habituer.

S'il avait des yeux-fusils, on serait au cimetière.

Petit rire

-Oh, je m'habituerai à le regarder. -Mmh.

Vas-y, fais voir.

Allez !

Madame Claire Morel,

comment pensez-vous qu'on va vous croire ?

Vous connaissez les usages, vous êtes ici presque chez vous.

Vous êtes mère.

Deux fois. Trois fois, maintenant.

Comment ? J'entends pas, plus fort !

Le micro ! Plus fort !

Musique mystérieuse

...

-Je vous le demande pour la dernière fois.

...

Pourquoi sur le couvercle ?

...

-Je sais pas, monsieur le président.

...

-Je suis bien, en Me Bréguel ?

Toi, tu es plus solide.

Tu connais les dates de Babou, celles de Lise, c'est bien.

-Je me suis fait des listes. -Ouais, parfait.

Le jour J,

tu gardes ta spontanéité.

Parle avec tes mots, ta voix.

Tu es Claire Morel, pas Me Morel.

-Oh, toi, tu es archiprête.

...

...

Tu vas faire quoi, la veille ?

-Tu veux qu'on soit ensemble ?

-Non, ça va. -Je vais faire ma soupe.

-Oh. -Ah, bah, oui.

-Au tribunal ? -Thermos, comme d'hab.

Claire rit.

Et toi, tu as envie de quoi, la veille ?

-Aucune idée.

-Recentre-toi. Fais un truc qui te fait plaisir.

En vrai, je plaisante pas.

Promis ?

-Ouais, promis.

...

-Je souligne trois choses.

Le reste...

Mme Morel connaît l'aspect juridique

et les faiblesses

de son dossier mieux que personne. Pardon, maître.

Claire Morel est une notable.

Une intellectuelle.

J'y vois 2 phénomènes aggravants.

Dans les faits,

Claire Morel a traversé la rue et omis de fermer ce sac-poubelle.

Donc, elle savait qu'il ne s'agissait pas de déchets,

comme on le prétend.

Elle a posé son nouveau-né sur le couvercle.

Pas dans le bac.

Sciemment.

En conscience.

Cette affaire se résume à ça.

Cet enfant ne pouvait pas naître.

Elle était déjà mère, ça lui suffisait.

A aucun moment elle n'a perdu son consentement.

Il n'y a pas eu d'altération de ses facultés.

Elle n'a pas perdu son libre arbitre.

L'enfant est vivant.

C'est bien votre chance.

Je vous demande, mesdames et messieurs les jurés,

de montrer que la manipulation

et l'obstination face à la vie d'un bébé

n'aboutissent qu'à une chose.

Une peine de sept ans.

Brouhaha Et un suivi socio-judiciaire.

...

-Bien, l'audience est suspendue.

Elle reprendra demain, à 10 h.

...

Musique oppressante

...

-Si on cherche du sens...

...

On passera à côté d'un grand mystère qu'il nous est donné de voir.

D'approcher.

...

Les questions auxquelles vous aurez à répondre

vont au-delà de la culpabilité de Claire Morel.

Il s'agit bien de se demander ce qu'est une grossesse.

Pourquoi fait-on un déni de grossesse ?

Personne a trouvé de cause commune pour classifier ce phénomène.

Le déni, c'est pas seulement celui de la femme.

Il atteint tout son entourage.

Comme personne a rien vu,

qui est coupable ?

Les cas sont assez nombreux.

La société

verra-t-elle qu'il faut accompagner et non condamner ces femmes ?

Pourquoi, au 21e siècle, est-ce si dur de l'admettre ?

Peut-être parce que la maternité

et une question d'adoption et pas d'instinct.

Peut-être

parce que le déni de grossesse prouve la puissance du psychisme,

qui inquiète, puisqu'il va jusqu'à modifier une silhouette.

Accepter le déni serait accepter

de ne pas tout maîtriser.

Voici Mme Morel deux semaines avant l'accouchement.

Brouhaha

Ce cliché n'est pas truqué.

Vous le voyez, Claire Morel n'est pas enceinte.

Pourtant, il y a eu naissance.

Les experts nous ont dit où était l'enfant.

Parfois, le foetus se montre

pendant une radio du dos

ou du bassin.

...

Sachez combien le facteur chance

joue dans le dénouement d'un déni.

Pas d'altération du discernement ?

Il y aurait intention de tuer ? Pardon, mais où est le mobile ?

Il n'y a pas d'intention délictueuse.

Donc, le crime, ou du moins, son intention supposée

ne peuvent en aucun cas être caractérisés.

On a ici

l'acte d'une femme dont l'état se trouve

à la lisière de la science.

Vous avez entendu le Pr Vorse,

je le cite à nouveau.

"En état de sidération, il ne peut y avoir d'intention.

"En état de sidération,

"il ne peut y avoir entière volonté, entier consentement."

Il n'y a pas d'intention.

Ni de tuer ni d'abandonner.

Rien.

C'est le vide.

Il y a quelque chose de fragile en Claire Morel.

On pourrait dire "faible".

Désespéré, peut-être.

Mais sans cette épreuve, l'aurait-elle su ?

L'aurions-nous tous compris ?

Il faut qu'elle soit suivie

pour que ce clivage ne revienne jamais.

Dans l'intérêt de l'enfant,

dans l'intérêt de ses filles,

de Claire Morel elle-même, pour nous tous, pour notre humanité,

je vous demande de la laisser retrouver les siens.

Il faut l'aider à accepter.

A construire un nouveau pan de sa vie, de son histoire.

Je crois en la 2e chance.

...

Aussi je vous demande

l'acquittement de ma cliente. Brouhaha

...

-S'il vous plaît, silence.

Silence, s'il vous plaît !

Silence !

Madame Morel,

avez-vous quelque chose à ajouter pour votre défense ?

-Je n'aurais jamais imaginé vivre une chose pareille.

Je comprends qu'on le croie pas.

J'ai jamais voulu

faire de mal à ce petit être.

J'aimerais pouvoir le connaître.

...

-S'il vous plaît !

...

... Musique mélancolique

...

Soupir

...

... ...

...

Babillage

... ...

...

-Voilà Simon.

Mais oui.

...

Petit rire

...

Musique douce

...

Sous-titrage : Hiventy by TransPerfect

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