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[appel au cor]
[mélodie douce et mystérieuse]
[la musique s'assombrit]
[acmé de percussions]
[symphonie dramatique]
[la mélodie douce reprend]
[inflexion sombre et martiale]
Je suis scandalisé !
Une convocation,
de vous, à la va-comme-je-te-pousse,
sans consulter personne. Je suis scandalisé !
Moins fort.
Arrêtez de gueuler.
C'est dingue, ça.
Vous en avez expédié ?
Ça, de l'expédition, il y en a eu.
Oh là là...
60 copies, ils ont fait.
- Envoyées dans toutes les directions. - Ça glande,
on déclenche.
On occasionne. On précipite.
Qui vous dit que la Table ronde est prête ?
On sait parfaitement qu'elle ne l'est pas.
Bon, ça suffit.
- Où est le roi ? - Il roupille.
Dans sa chambre.
Il roupille dans sa chambre.
Et il soutient cette initiative ?
Pour soutenir, faut savoir. C'est pour ça que vous devez pas gueuler.
Vous provoquez
la première réunion
de la Nouvelle Table ronde
dans le dos d'Arthur Pendragon ?
- Oui, mon con. - Et on le referait.
Vous êtes dingues ?!
- (Moins fort, nom d'un chien.) - J'ai dit que j'étais pas d'accord.
Nous, que ça changeait rien.
C'est une catastrophe.
Vous dramatisez.
Bon. Quand vous dites "pas prêts"...
On veut dire : "On n'est pas prêts."
Bien, mais il y a "pas prêts"
et "pas prêts". - C'est pas prêt.
Bon Dieu,
que reste-t-il à faire ? - C'est juste foutre une table
au milieu d'une grange. - Voilà une demi-année
que nous travaillons d'arrache-pied à la restauration d'une bâtisse
dont votre gouvernement nous a concédé le droit usufructuaire.
Cette bâtisse, jadis consacrée à la fabrication d'engins de siège,
est devenue, sous la prohibition de l'armement,
un marché à bestiaux.
Ça de fientes
sur tout le plancher.
On ratisse avec du thym dans le pif pour pas gerber.
Quand y en a plus, y en a encore.
Comment tolérez-vous
qu'on fît siéger les chevaliers dans pareille odeur de crotte ?
Le mot d'ordre de la Nouvelle Table ronde, c'est l'humilité.
Jusqu'aux genoux dans le purin. Ça nous dissuadera de frimer.
[chœur féminin céleste]
[sursaut respiratoire]
[clapotis de la pluie]
[il soupire]
[il expire]
[grondement d'orage au loin]
[coup de tonnerre]
[battement des gouttes]
[percussions graves]
[glissando cristallin au carillon]
[violons romantiques]
[percussions de suspense]
[violons mystérieux]
[coup de tonnerre]
Vous croyez vraiment que vous allez vous lever un matin
et que tout sera redevenu normal par miracle ?
[Léodagan] C'est sûr,
c'est majestueux de jouer les implacables.
Il arrive : "Foutez ça par terre."
Sa cabane effondrée,
il crèche dans la mienne.
Il y en a ras-le-turban de le voir glander,
les mains dans les poches.
Enfin, pour les poches, faudrait qu'il mette un froc.
Il parle jamais
de votre Table ronde. Il s'en tape.
"Il s'en tape". Tout de même.
Au moins, il nous emmerde pas.
Des fois,
il se lève le soir.
- Quand il se lève... - À sa place,
je me lèverais pas non plus.
Qu'insinuez-vous ?
Les dieux lui ont confié
une épée de foudre.
Pour se couper les ongles ? Non, pour zigouiller Lancelot.
L'a-t-il zigouillé ?
Il me semble pas.
- Et quand on obéit pas aux dieux... - C'est un péché
de désobéissance.
Et si je coltinais ça,
je me lèverais pas non plus.
[porte]
[coup de tonnerre]
M'sieurs-dames.
Vous surchargez pas un peu la barquette ?
Ça bosse un peu, ce matin ?
Vous élaborez quoi ?
Sire, j'ai quitté le site
de la Table ronde, à la seconde
où nous avons intercepté cette missive.
Vous ne rêvez pas.
Vos beaux-parents
ont organisé la première réunion
de la Nouvelle Table ronde. - Sans informer personne.
On informe, par courrier.
Eh ben ? C'est bien, ça.
- Mais enfin... - Mon oncle, on n'est pas prêts.
Vous serez prêts.
Ah !
Sire,
vous approuvez ?
Ben, j'approuve...
À partir du moment où je compte pas y aller...
Je crois qu'on a tous
bien pris en compte votre nouveau style : réfractaire.
On l'a intégré,
mais exagérez pas : pas de Table ronde sans vous.
Je force personne. Si vous voulez, faites-la.
J'y vais pas.
Que vais-je dire à tous ces chevaliers convoqués
à tort ? "Bienvenue,
y a pas de roi."
Y a pas de roi et ça pue.
- Sire... - Insistez pas,
il ira pas.
Vous devriez vous habituer à faire sans lui,
parce qu'un jour ou l'autre...
"Un jour ou l'autre" ?
Il se loupera pas.
Quand Kaamelott s'effondrait,
vous vous étiez installé
pour rester dessous !
Sans les mômes, vous y seriez encore.
Qu'est-ce que ça peut vous foutre ?
Les peuples bretons viennent de se farcir 10 ans
de dictature sous Lancelot.
Et si c'était pour leur donner de faux espoirs,
vous pouviez rester en Arabie.
Quand j'étais en Arabie, j'étais esclave.
Ici, je suis roi.
Figurez-vous
que j'étais mieux en Arabie.
Non,
je tuerai pas Lancelot.
Non, je commanderai pas la Table ronde.
À un moment,
j'ai cru...
Et puis non.
J'ai pas les épaules.
[musique mélancolique]
[grésillement électrique]
[tonnerre]
[crépitement du feu]
Hé.
Eh ben...
Chargez-vous la môme sur le paletot
et foutons le camp. - Avant,
on asperge ?
La cabane va flamber.
Nous, on se tire.
Vous êtes sur une urgence ou on peut vous solliciter ?
[musique pop médiévale]
[ouverture de porte]
Et 4 !
Ça, ça reste dehors.
4, même si vous êtes pas ensemble. Sur une table de 2 près des gogues.
Ou vous bouffez des fougères en forêt.
Hé, les marlous !
20 bûches de mieux.
- 20 ?! - 1 h qu'on veut bouffer.
Vous ferez 2 dîners.
Pfff !
Sans rire,
vous allez pas décamper en pleine saison des foires.
Y a marqué quoi, là-dessus ? Vous avez parlé de convocation.
Oui, mais... pfff...
Si vous arrivez sans savoir ce que vous voulez,
vous refaites la queue.
- Il sait ce qu'il veut ? - Que dalle,
il postillonne, je comprends rien.
Ça décarre ! Au bout de la file !
Au bout de la file, vilain.
Vous savez que je sais pas lire.
Quand on a du courrier, dites-moi ce que c'est.
Celle-là, c'est sûrement des nouvelles
du Seigneur Perceval.
Le Seigneur Perceval, je m'en fous !
Celle-là, c'est quoi ? Le blason de la Carmélide.
Oui, c'est peut-être un genre de convocation.
Mais si vous foutez le camp, je fais comment ?
J'assure avec votre frère et 3 guignols ?
J'en suis, des 3 guignols ? Faites gaffe, je rends service.
Mais, pfff...
Je suis Chevalier de la Table ronde.
Si on me convoque à la Nouvelle Table ronde, j'y vais.
Je vais pas faire que servir la soupette.
Faut servir la soupette, vilain.
- Ça rentre pas. - Vous pouvez rater le début.
Ils vont présenter la Table ronde, les chevaliers, toute la boutique.
Vous connaissez déjà le système.
Il reste 5 saucisses de porc !
[tollé]
Hé oh ! Hé oh !
Pas de bordel ! Le premier qui pète une chaise,
ceinture pendant un mois,
il mangera des feuilles. Chialez pas, il reste
des pâtés volaille-champignons. - 3 seulement.
[protestations véhémentes]
Je bosse seul depuis 1/2 heure. Que foutent les 2 dehors ?
Ils font du bois.
- Pas vous, alors filez-moi la main. - Je côtelette.
Ça sert à quoi sans écuelles propres ?
- Faut accélérer, les écuelles. - Vite, les écuelles !
Ça suffit !
Ça suffit, vilain !
Pour une propre, vous m'en rendez 5 dégueu ! Je suis pas magicien !
On n'a plus d'écuelles !
- La barbe ! - [on frappe]
Hein ?
Y a un type qui demande à voir Merlin,
"le célèbre enchanteur".
Célèbre enchanteur ? On a un Merlin, mais pas célèbre.
Et pas enchanteur non plus.
[musique solennelle]
[cris]
Merlin !
Grand Enchanteur
de Kaamelott.
Sorcier des rois Uther et Arthur Pendragon.
Vainqueur du Grand Écureuil du bois de Markyal.
Auteur du parchemin
"Le Druidisme expliqué aux personnes âgées".
Grand Destructeur du Banc de truites
de la rivière aux Cinq Maléfices.
Je viens, ici,
te trouver.
Vous pouvez faire un pas en arrière ?
Pourquoi ?
S'il me provoque, je file par là.
Merlin !
Nous devons nous allier contre les forces du Mal.
Je vais vous en foutre, moi, du style réfractaire.
[résonance fantasmagorique]
[soupir de soulagement]
Voilà.
Démerdez-vous.
[percussions lentes, violons et chœur envoûtants]
[grondement d'orage au loin]
Démerdez-vous !
[cuivres solennels, puis cordes inquiétantes]
Ah.
Je pensais à une chose !
Vous blasphémez les dieux,
et c'est moi qui me prends la foudre !
Vous trouvez pas ça un peu musclé des pieds ?!
Quand je vous ai vu partir à l'aube, je me suis dit :
"Ah, ça y est, on s'en est pris à sa femme,
il va tuer Lancelot avec son épée magique !"
Ah.
Bon.
- Une autre fois. - Youhou !
C'est nous !
Qu'est-ce qu'elles foutent là, celles-là ?
- Qu'est-ce qu'elles foutent là ? - Alors ?
On se nippe ainsi pour sa maman et sa tatie ?
De là-bas,
on a pensé : "Tiens, un nécessiteux qui vient chiper des épluchures."
Personne vous a dit
qu'on arrivait ? - Ça nous est sorti de la tête.
Je croyais que vous étiez canées.
Il se serait pas apprêté.
- Non, il se serait barré. - Alors ? C'est ça,
votre fameuse Carmélide ?
Dieu sait qu'on s'était juré
de jamais y foutre les pieds. - Belle promesse, fallait s'y tenir.
Je n'ai pas vu mon fils depuis presque 12 ans.
Depuis le coup d'État
de Lancelot.
On s'est fait un sang d'encre.
Combien de fois les Saxons
sont venus nous interroger. - "Où est votre fils ?"
"Vous avez des informations sur votre fils ?"
"Non, on n'en a pas", qu'on leur disait.
On n'a pas balancé.
Oui, mais vous n'en aviez pas, des informations.
Ben c'est ça.
Par manque d'informations, on n'a pas balancé.
Bien...
Ça suffit. Que voulez-vous ?
Nous sommes venues vous parler d'héritier.
- De ? - On ne peut pas dire
que vous soyez bien opérant de ce côté-là.
- C'est pas vrai. - Je les lourde
ou je les lourde pas ?
Il est très étonnant que vous ne nous rejoigniez pas
sur ce point.
Je vous ai pas attendues pour leur bourrer le mou,
3 fois par semaine.
Va te faire fiche.
Notre turne est à côté de la leur.
Aucun tapage,
on dort comme des macchabées.
S'ajoute aussi à la question historique
de votre manque de virilité
celle, plus récente, de votre âge.
À tous les deux, en l'occurrence.
Ça va me plaire.
- Que disent-elles ? - Rien.
Il n'y a pas de honte à être un mou du sifflet.
C'est pas votre truc,
vous préférez discuter à table avec des cons.
Vous essayez,
au moins ?
- Ça ne vous regarde pas. - Non !
Je commence à lire sur les lèvres.
Elles veulent savoir
si on s'arrange, c'est ça ?
Non, on ne se touche pas.
Mais je le dis
sans amertume,
nous nous apprécions beaucoup, mais non.
N'y connaissant rien,
je me verrais mal identifier le problème.
Encore moins initier quoi que ce soit.
Maintenant
que vous avez égayé nos vies, vous vous tirez ?
- On n'exposerait pas un problème... - Sans apporter
une solution.
Nous déposons ici une mixture...
Une mixture qui nous a coûté une guitare.
Une mixture
pour couple.
Vous divisez ça dans deux tisanes, un soir avec un peu d'ambiance.
Ça met tous les paramètres au max.
Fécondité, enthousiasme, endurance.
Avec ça,
une paire de vieux moisis
de 100 piges, ça vous sort des quadruplés.
Cette fiole contient peut-être la promesse radieuse d'un avenir
pour le royaume de Logres.
Hum ?
[cliquètements métalliques]
[choc]
Tiens, le miraculé.
Je vous promets pas
que le plafond vous aplatira pas.
Et changer de chambre ?
Changer de chambre...
On n'est pas chez Amenhotep. Y a plus de chambre.
Ça vous va qu'on retape votre piaule pendant que vous glandez ?
Ça vous scandalise pas
qu'on se coltine ça ? Quel est notre tort ?
Héberger un jeanfoutre
qui agace les divinités.
Au moins, aidez-nous à retirer les pièces brûlées,
qu'on nettoie derrière le lit.
[lente mélopée]
[craquement]
[vibration d'un gong]
[lente mélopée rythmée]
[montée de chœurs macabres]
[acmé final]
[mélodie sifflante et mystérieuse]
[montée des contrebasses]
Père ?
[souffle caverneux]
Père ?
[déflagrations]
Père !
Père !
Là !
Ici !
Père !
Vous m'entendez ?
Vous comprenez ce que je vous dis ?
Je suis votre fils ! Vous comprenez ?
Hé ! Oh !
Je suis Lancelot !
Lancelot !
Père, j'ai quitté cette forteresse
et vous-même,
quand je n'étais encore qu'un petit...
garçon.
[souffle, mugissement et déflagrations]
Hé !
Bougez pas.
Bougez pas !
Hé ! Regardez !
C'est vous qui m'avez offert ce couteau.
Vous le rappelez-vous ?
[détonations]
Je sais pas trop ce que ça signifie, quand vous changez de teinte.
- Ça veut dire oui ? Non ? - [mugissement caverneux]
Père ?
[sifflement du vent]
Père !
[violons et violoncelle mélancoliques]
[tintements]
Sire, je vous présente
un des druides les plus respectés
de Britannia. - Pfff.
Il est pas respecté ?!
Pas plus que n'importe qui.
Personne connaît son pif.
Sitôt qu'on est plus célèbre que Môssieu Élias...
Célèbre ? Vous l'êtes plus que lui.
C'est un clodo.
C'est important, qu'il soit célèbre ?
- Ce qu'il a à dire non plus. - Ce n'est pas à vous d'en juger !
Voici le druide Conle.
- Le druide... ? - Conle.
- Conle le Fameux, même. -Le fameux Conle.
- C'est son blase. - La boucle, vilain péteux !
- Suffit ! - Votre Tranquillité
remarquera l'élégance avec laquelle je me tiens à l'écart de tout débat.
"Tranquillité" ? Vous venez de Rome ?
Nous avons servi le même César.
Quoi qu'à des époques différentes.
Je vous écoute.
Voilà une paire de jours que le hasard guida mes pas
vers un sous-bois.
Le hasard...
À bien y repenser, n'était-ce pas plutôt l'intuition ?
Mais que l'on soit druide,
prince, roi ou simplement homme, que sommes-nous
sans l'intuition ? - Pfff...
J'arpentais donc ce sous-bois.
Sire, si je vous disais...
Pourquoi vous êtes là ?
Pour que dalle. Ça se voit pas ?
- Sire, la suite va vous intéresser. - Non.
J'arpentais donc ce sous-bois, quand soudain,
je réalisai que je me trouvais...
à Kaamelott.
Ah oui ?
Oui, Sire. L'instinct m'avait mené
aux abords des ruines de votre ancienne forteresse.
Théâtre légendaire de la confrontation
entre le perfide Lancelot du Lac et Arthur Pendragon.
Lèche-boules.
- Quoi ? C'était pas légendaire ? - Pas tant, pas un n'est mort.
Ça va, non ?
Je n'aurais su dire pourquoi
je me sentais... mal,
gêné, presque souffrant. - Ah, souffrant ?
Y avait pas un druide
qui mettait une plombe à chier une histoire ?
Et puis, j'ai eu une idée.
Les oiseaux.
Quels oiseaux ?
"Quels oiseaux ?" Mais n'importe lesquels.
Il m'a suffi d'en faire voler quelques nuées pour comprendre.
- Écoutez ça, Sire, c'est captivant. - Autant que le reste ?
Sire,
les oiseaux refusent de voler à l'aplomb de Kaamelott.
Et alors ?
- Rien. - Sire, vous vous rendez compte ?
Non, j'admets.
Sire, je n'irai pas par 4 chemins.
- Vous êtes pressé ? - Ça va.
Je crains fort
que les ruines de Kaamelott ne soient maudites.
Tiens donc.
Mais l'erreur est possible.
N'avez-vous jamais eu vent de quiconque
ayant pratiqué la magie noire ?
Vous auriez pas fait
de la magie noire là-bas ?
Avec votre dégaine ?
Je cause pas dégaine avec un ermite
qui se lave à la saucisse.
[claque]
- Ça suffit ! - Mais la barbe !
Virez-les du château
avant que ma mère ne le fasse !
Sire, qui aurait pu s'adonner
à ce type de magie ?
Lancelot ? Je déconne, Sire.
Vous déconnez... Il était
quand même en armure blanche.
Armure blanche, magie noire.
[cloche et vibration aiguë mystérieuse]
Les ruines de la forteresse
renferment
un foyer, une poche
de magie noire,
n'est-ce pas... Hum...
toujours vive, qui irradie le périmètre.
De la magie noire,
on peut pas ignorer. - C'est
comme une plaie. - S'il y a un foyer,
il faut le détruire.
C'est votre avis aussi ?
Que s'est-il passé ici ?
La foudre.
Quelqu'un a-t-il
traduit cette inscription ?
On est dessus, papa. J'avoue
que l'écriture runique,
j'ai jamais été doué.
Faut bien un truc
où on n'est pas doué...
C'est manifestement un message du ciel.
Heureusement que vous êtes là.
Il faut donc le lire du point de vue du ciel.
Là, pour nous, il est à l'envers.
"L'assassin du roi
viendra d'Orcanie." - Quoi ?
- Quoi ? - C'est ça.
Hum... oui...
On peut hésiter entre "assassin"
et "meurtrier".
Mais...
"l'assassin du roi",
c'est un possessif ? Genre :
"engagé par le roi" ?
Non, c'est plutôt "l'assassin qui va assassiner le roi".
"Viendra d'Orcanie".
[musique d'angoisse]
Sire... Ah, Sire.
- Quel honneur ! - La ferme.
Bien sûr.
Bien sûr, Sire.
La boucle, vraiment.
Évidemment.
Motus. Je saisis cependant l'opportunité
de vous remercier de ne pas m'avoir exécuté.
C'est pas encore trop tard.
J'ai eu un moment de flottement quand ils sont venus me chercher.
"Le roi s'est-il décidé
à me trancher la tête et le sifflet ?" Et j'ai pensé
à votre magnanimité.
Cette magnifique humanité qui fait de vous
la figure emblématique
d'un gouvernement civilisé.
Vous vous taisez maintenant ou ça va mal se foutre.
Absolument, Sire.
Mais quelle belle modernité.
Bravo, Sire.
Bra...
Puisque, contrevenant à mes ordres,
vous n'avez pas suivi les autres fumiers d'Orcaniens dans l'exil...
J'y suis pour rien. Le bateau était complet.
Ils m'ont largué sur le sable
comme un cabillaud crevé. - Je me fous de votre couplet !
Sire, j'ai sillonné le littoral, mais pas d'autre bateau.
Et là, paf ! La milice.
"Vous n'êtes pas censé être sur l'île des Bannis ?"
"Si, sauf que je vais pas y aller à la nage."
Et là, patatras, en prison.
Les autres,
ils seraient pas revenus ?
Les autres ?
Ou ils sont jamais partis ?
- Non, mais heu... - Attention,
essayez pas de les couvrir, dans votre intérêt.
Vous connaissez ma loyauté, Sire. J'en ai pas.
Si je pouvais les balancer, vous n'auriez pas besoin
de demander. - Alors ?
Ils sont partis en bateau. Je les ai vus.
Mais où ? En exil ?
Ou chez eux, en Orcanie, en train de manigancer
ma décarrade ?
Comment le saurais-je ? Je suis ici depuis leur départ.
Pour la dernière fois, Jurisconsulte,
est-ce que oui ou non
Loth et son équipe de cons sont sur l'île de l'Exil ?
J'en suis persuadé.
On a eu tellement peur, Sire, d'être mis à mort.
Le bannissement était inespéré.
Ils sont montés dans une barquette pas plus grande que la table,
ont ramé comme des tarés et ont disparu dans la brume.
Ils reviendront pas.
Sire, vous et moi,
on est taillés dans le fer. La témérité nous définit.
- Mais alors... - [rires]
Loth et sa brigade de macaques n'ont pas les épaules
pour braver vos commandements. - Ah oui ?
Je suis pas sûr.
Le roi Loth, tout péteux qu'il est,
quand il s'agit de fomenter ma dégringolade, a les épaules.
Redescendez-moi ça.
Sire, je sollicite une cellule privative.
Pitié. Vous connaissez
ma sensibilité olfactive. Les geôles
empestent.
Ils mangent du rat. L'un m'a jeté des abats.
C'est ignoble, immonde. Vous n'imaginez pas.
On ne peut pas cohabiter
avec des demi-bêtes ! Des demi-bêtes !
[Petrok] Je dis pas que ça m'intéresse pas,
mais vous m'interrompez
alors que je recense mon cheptel.
- On se fiche de vos bestioles ! - Nous sommes convoqués
à la Nouvelle Table ronde d'Arthur Pendragon.
Très bien.
Ça attendra que je compte mes biques.
Bouffez-les, vos biques !
Arthur nous met à l'épreuve
sur notre courage et notre noblesse.
Vous croyez que je peux
quitter mes terres et jouer les touristes comme ça ?
Inconsidérément ?
Depuis mon mariage, j'ai dit à mon père
que je reprenais tout
à ma charge.
C'est pas tombé dans l'oreille d'un bigleux.
Il recompte la boutique 3 fois par jour.
Très bien, cousin.
Moi, j'en fous plus une rame.
D'accord, mais ça date pas du mariage du petit.
C'est spectaculaire
qu'après votre carrière,
vous transmettiez à votre gamin que 3 têtes de bétail.
Et un lopin bourré de taupes qui schlingue.
Entendez-vous ?
Ne gâtez pas votre jeunesse pour un héritage pourri.
Les as de l'élevage !
Ça critique le voisinage,
mais ça me vole mes bêtes !
Je comprends,
leurs vaches, on dirait des ratons-laveurs alcooliques !
Je confirme !
Elles sont vilaines car ce sont les vôtres !
Et encore, on vole les moins pires.
Partons à l'aventure, Petrok !
Laissez-les à leurs bisbilles,
et venez avec nous rencontrer votre destin.
[chamailleries]
Mon destin,
mon destin...
Il va pas semer mes pois.
Bon sang !
On vous parle prestige, et vous répondez légumes.
Je réponds précaution,
je réponds pondération,
je réponds circonspection.
- Eh ben nous, on répond... - Gueulez pas comme ça, jeunesse !
C'est pas bon.
Ça dessèche les conduits.
Passez-vous plutôt ça
entre les gencives. - Excellente idée, père.
Un petit remontant et on repart du bon pied.
Non, avec ça, on part les pieds devant.
Nous, au pays,
on appelle ça de la pisse de couleuvre.
Vous savez pourquoi ?
Parce que c'en est.
[on frappe]
Vous avez sorti le sirop pour les bronches ?
Voyez ? Quand on débouche la bouteille,
ça repousse les insectes et ça attire les gros cons.
Ça va que j'ai soif,
parce que...
[on frappe]
Boire sans complices mérite le supplice.
Et allez...
Faut se trouver déshydraté
pour consentir
à trinquer avec pareille clique de malandrins.
Allez, vous avez une bonne terre...
vous occupez pas de tables rondes ou quoi que ce soit.
C'est pas ça qui vous fera bouffer.
Jour après jour,
grain après grain,
voilà ton besoin. - Vous avez
rajouté de l'arsenic, non ?
Rien que là, je distingue plus les couleurs.
Vous êtes face
à un choix déterminant, Petrok.
Qui... voulez-vous... être ?
[Mehben] Allez hop !
- Salutations. - Hein ? Mais...
Enfin, Mehben,
vous partez ?
Un peu ! Si l'aventure m'appelait, je partirais.
Parce que l'agreu... l'agriculture,
c'est pas une aventure ? - Étendu
sur tes terres à 2 pas du village,
l'hiver avait jeté sur ton humble visage
le givre et la rosée.
Tu es mort, mon pégu.
Oh, c'est dommage.
- Bon. Carmélide. - Table ronde.
- Mais, mais... - Mais...
entre la quête du Graal et le purin,
vous choisissez quoi ?
- Le purin. - Bravo !
[cris de joie]
[mélodie épique]
Mehben ! Vous n'allez pas me laisser ?
Un avenir mirobolant nous attend
dans la ruralité !
- Je préfère la chevalerie ! - Sans rire,
qu'attendez-vous pour prendre 3 calbars et filer ?
Sans savoir où aller
et ce qui nous attend ?
Pfff.
[Petrok] Mehben !
Ne partez pas !
Notre mariage est frais comme un fromage !
Ça va, ça vient.
Dans moins de 5 ans,
nous pouvons compter
sur une rente de 65 solidi semestrielle !
A minima !
[musique baroque épique]
[le style se fait solennel]
Seigneur Lionel !
Cet élément, on l'accepte ?
- Qui a apporté ça ? - La délégation de Carmélide.
- Tiens... - Seigneur Léodagan,
vous n'avez trouvé que ça ?
Vous avez demandé de la récup.
Un bout du plancher
foudroyé ? - Vous vous moquez ? C'est calciné !
Évidemment, ça a pris la foudre !
Ça va fragiliser l'ensemble.
- Oh... - Enfin, bon...
Votre bordel est branlant,
mais c'est
"notre" planche qui le fragilise ?
Arrêtez votre tir !
Seigneur Hoël, vous n'avez pas déclaré
le représentant de la délégation d'Armorique.
Mais je suis tout seul dans ma délégation.
Votre délégation doit élire un représentant
à main levée.
Hoël d'Armorique.
Hoël d'Armorique.
On place notre planche
où ça nous chante ?
Oui, mais vite.
Pressons,
nous devons commencer.
Tous ne sont pas arrivés.
- On n'attend pas les deux ? - Les deux ?
Quels deux ?
Coquinet et Rouspéton ?
Perceval et Karadoc ?
Ils se sont frités.
- Perceval est parti de son côté. - Pourquoi Père
est pas là ?
Personne
pour le pays de Vannes ?
Pour le pays de Galles, il y a le frère de Perceval,
le Seigneur Lamorak.
Parfaitement. Pas besoin de plus.
Mon frère glandouille on ne sait où,
je représente un pays de Galles
engagé,
un pays de Galles concerné.
On s'en fout !
Heu... Bon.
Prenez place,
je vous prie.
[brouhaha des conversations]
Attendez, j'ai loupé un chapitre ?
C'est pas Arthur Pendragon qui préside ?
Quel potage !
[réprobations]
J'aime pas bien ça !
On va pas tout réexpliquer.
Ceux qui pigent rien dégagent.
- Si c'est ça, je dégage. - Pareil.
Tout d'abord,
petit tour de table pour les présentations.
On s'en tape !
Un symposium de tarés ! Un colloque de culs !
Voilà les présentations.
Vous avez du culot,
de semer la discorde à votre réunion !
Se présenter alors qu'on se connaît comme cochons ?
Comme cochons ? La moitié, j'ai jamais vu leur pif.
La dernière fois,
celui-là était même pas né.
[cris]
Un peu de tenue à la Table ronde, Seigneur Trévor !
Il a dit que j'étais pas né.
Tenez-vous bien. Vous nous faites passer pour des tarés.
Pas de présentations ?
[tous] Non !
- Non ! - Non !
Non !
Si tous se fichent de tout,
passons directement
au sujet principal de cette 1re réunion :
les quêtes.
[huées de déception]
La délégation
de Carmélide... est contre.
Contre ? Déjà ? Mais contre quoi ?
Contre les quêtes.
On a passé l'âge.
Contre les quêtes ? On fout quoi là, alors ?
Le roi Arthur
a toujours imposé à ses chevaliers
de prouver leur valeur par un haut fait.
Il a qu'à être là !
Nous, les anciens, on en a marre
d'aller au charbon.
Certains ont encore le courage d'affronter les périls.
Le fils de Loth d'Orcanie,
le traître, peut prendre la parole
comme ça ?
Les Orcaniens dehors, confinés dans leur patelin de collabos !
[tous] Ouais !
Lui n'a pas collaboré.
Je suis le 1er à dire
que mon père est pitoyable.
Socra d'Irlande, anti-collabos ? La fille de Ketchatar ?
Respect pour un souverain décédé.
Il était pour Lancelot !
Oui ! Mais c'est parce qu'il le confondait avec un autre mec !
Les fils de Loth, comme les cèpes, si on en voit un,
un autre est pas loin.
[tous] Oh !
J'ai prouvé ma fidélité à Arthur sous Kaamelott qui s'éboulait !
Je refuse d'être assimilé à mon forban de père.
N'usez plus de sa magie.
[huées indignées]
Ça suffit !
Nous n'arriverons à rien dans ce climat d'adversité.
Coucou, coucou.
[tous] Ouh !
Mille excuses,
mes croquinets, l'Aquitaine-Kaamelott,
c'était pas du clafoutis.
Mais alors là, carrément,
la Carmélide, quoi.
La prochaine fois, c'est où ? Au pôle Nord ?
C'est super, ici.
L'Armorique, c'est loin aussi. Gaunes, c'était plus central.
Alors... j'ai apporté ma petite planchette.
Comme on m'a dit.
Un joli petit framboise, voilà.
Ah, tiens... Y en a que je connais,
d'autres pas.
Je sais plus qui m'a dit ça, y a un nouveau fils de Loth ?
On en est où de cette histoire ?
[huées menaçantes]
Ça suffit !
Je ne disais pas ça méchamment.
C'est un lieu de paix
et de vertu. - Mon cul !
Ne m'obligez pas
à prononcer des exclusions !
J'ai l'impression que... je vous ai mis
la pagaille. Vous en étiez où ?
Aux quêtes.
Ça disait quoi ?
Ça disait merde.
C'est pas voté.
J'avoue que, pour ma part,
j'y tiens pas plus que ça.
Dans la quête, il y a le paramètre de la dangerosité.
La Table ronde sans quête ?
Vous insultez
l'esprit chevaleresque.
J'ai pas le temps de tortiller du fion
pour la veuve et l'orpheline.
Les rois d'un bled peuvent pas faire les guignols.
J'imagine que nous votons à main levée.
Qui est pour ?
[huées de désapprobation]
Nous n'y arriverons jamais.
J'ai presque plus mal !
Jamais j'aurais pensé que les dieux s'en prennent à vous.
Ils s'en prennent à ce que j'ai de cher.
Vous me parlez ?
Entre les oreilles en rideaux et la mâchonnade...
[il soupire]
Je vais...
Comment ?!
Je vais essayer de faire un effort.
Vous attendez du renfort ?!
Je vais faire un effort !
- Ah, vous allez faire un effort ?! - Voilà.
Tuer Lancelot ?
Pfff...
Oh ben, pardon.
Je pensais
que vous parliez de ça !
[musique mélancolique]
Je vous ordonne
de rétablir
le calme.
Nous allons devoir
prononcer des sanctions !
J'ai pris les noms, y a tout le monde.
[appel du cor]
Même moi, j'y suis.
Des retardataires ?
- Bon sang. - Silence.
Silence !
Levez-vous
devant le roi.
La Nouvelle Table ronde,
rapatriée de Gaunes. Et tous les éléments
ajoutés par chacun,
comme vous l'avez demandé.
Planche, morceau de porte, assise
d'une vieille chaise...
Comme vous le voyez, le disque
sera bientôt complet.
Sire, vous ne portez pas
Excalibur ?
Perceval et Karadoc sont pas là ?
J'ai posé la même question.
Nos amis, comment dire...
Ils se sont engueulés.
Voilà. Nous en étions
au difficile sujet des quêtes.
On va pas se mentir, on était à deux doigts de la discorde.
Les plus jeunes sont enthousiastes, mais pour les autres,
partir à l'aventure... - Si les jeunes
veulent se faire les semelles, bon,
mais nous, chefs d'État, l'aventure...
Je suis d'accord avec la remarque du Seigneur Léodagan
de Carmélide. Bien sûr,
un chef d'État, un duc n'ont certainement
plus rien à prouver.
[remous discrets]
Après, dans l'aventure,
y a plus vraiment de chefs d'État, de chevaliers,
de paysans.
Ni de jeunes ni de vieux, d'ailleurs.
Je suis d'accord,
cette Table ronde, on peut
s'en servir pour gouverner,
pour décider des lois.
Le royaume de Logres a besoin de gouvernance... certainement.
Mais après ce qu'il a vécu,
la régence tyrannique de Lancelot,
est-ce qu'il ne serait pas surtout en manque...
d'inspiration ?
De sentiment, même ?
Pourquoi partirait-on
à l'aventure ?
Eh bien, parce qu'on... on essaierait de prouver
que la vie,
la vraie vie commence
là où nous cessons de la connaître.
N'importe quel gamin qui franchit le ruisseau
au bout du jardin alors qu'il n'a jamais osé le faire
est un chef d'État
cent fois légitime,
car...
l'inexploré est son royaume.
Il est le chef incontestable
d'un État qui ne lui appartient pas,
d'une terre secrète
où il est l'étranger,
mais qui n'existe que pour lui.
Une terre de sentiments.
Après, est-ce que les rois, les chefs d'État
risqueront de n'être soudain plus personne ?
Et de franchir ce ruisseau ?
Fouler les collines
et les prairies nouvelles
d'où surgiront les adversaires
et les alliés nouveaux ?
Rapporter de leur aventure quelque chose capable de...
restaurer le sentiment ?
Seront-ils des chevaliers ?
À vous de me dire.
Qui part à l'aventure ?
Non, je...
- Quoi ? - Moi, il m'a eu.
Vous partez à l'aventure ?
Non, je lève la main.
On part pas vraiment.
Mais non.
[craquements de bois]
Père ?
[croassements]
[musique d'angoisse]
[craquement]
[rythme de cloches]
[musique dynamique]
[glissement métallique]
[croassements]
[musique d'angoisse]
Incroyable !
Saisissant.
Vous ?
N'avez-vous pas vu...
Quoi donc ?
Une immense...
Qu'est-ce que c'est...
que cette...
nouvelle dégaine
que vous nous avez composée ?
- Je reçois très peu. - Ah bon ?
Vous n'organisez pas de petits pique-niques de clodos ?
[rire sardonique]
Armure blanche,
magie noire.
N'auriez-vous pas,
avant qu'Arthur ne vînt détruire Kaamelott
et vous mettre en fuite,
tenté d'opérer
une petite...
reconversion ?
Vous avez abandonné l'idée ?
Disons que je...
j'essaie des choses.
Quand j'ai fui, je n'ai rien pu emporter de mes travaux.
Il me manque...
Il vous manque beaucoup de choses.
À commencer par...
un instructeur.
La quête... du dragon... opalescent.
Voilà qui est
plein de promesses.
Comme titraille,
ça donne envie de s'appliquer.
Il en reste ?
Il n'en resterait
plus qu'un, Sire, un seul en tout.
C'est possible.
Mais difficilement vérifiable.
Nous nous proposons de :
nous rendre sur les terres glacées du dragon opalescent,
vérifier qu'il est vivant...
Le mettre à l'abri des contrebandiers.
Mais on ne pourra rien pour sa descendance
si c'est le dernier de son espèce.
Si c'est une femelle, si.
Que voulez-vous dire ?
Elles peuvent faire des œufs
sans mâle. - Encore mieux.
Avec un peu de chance...
- On la protégera jusqu'à la ponte. - La quête ultime.
Les dieux nous protègent.
Compagnons, hâtez-vous.
Partons pour la terre du dragon opalescent.
Oh là !
Tout doux, les foufous.
Pardon, Sire.
Nous ne partirions pas
sans votre bénédiction.
C'est bien.
C'est bien. Ça a de la gueule.
Sitôt qu'on met du dragon...
- Faut pas se fermer non plus. - Certainement.
Les difficultés auxquelles s'attendre...
À part, évidemment,
le froid. - Oui, c'est vrai.
À pas négliger.
- Couvrez-vous. - Voilà.
- Mieux vaut le dire 2 fois. - Mais pas 3.
Les contrebandiers de dragons diffèrent des contrebandiers
d'écrevisses.
Vous risquez de tomber
sur... - Nous triompherons
de ces vauriens !
On n'a peur de rien.
Hâtons-nous, la route est longue,
fiers camarades !
Que les dieux nous protègent.
Heu... Moi,
il me faudrait 2-3 éléments...
pour commencer à...
A-t-on besoin de tout ça ?
Sous terre, on avait moins.
Vous, non. Vous glandiez du matin au soir.
Mais en souterrain,
ce n'est pas possible de ne pas être équipé.
Et il manque les flasques
d'huile et la double pique.
On peut pas bouger.
- Ni plier le genou. - Personne ne vous le demande.
J'ajoute
que nos sens magiques
pourraient être perturbés par cet attirail.
C'est pas mes oignons.
Vous partez avec La Drille.
On vous le prête.
Quand il aura fini de s'occuper des terrines.
Il passera
en tête.
Et au fond,
y a qu'un seul patron.
Moi.
Sinon, je vous largue dessous
et vous vous démerdez.
Bon, ça y est ? On met en place pour ce soir ?
Minute ! Pour une fois qu'on gère autre chose que la limonade !
Vous ferez comment quand je serai à la Nouvelle Table ronde ?
Mais c'était hier, la réunion de la Nouvelle Table ronde.
Quoi ?
- Vous y êtes pas allé ? - C'est pas vrai !
Quand vous avez lu le papelard, vous m'avez jamais parlé d'hier.
Ah ? J'aurais omis de stipuler la date ?
Oh ! Il l'a fait exprès.
Pour pas que vous y alliez.
Qu'il se démerde, aussi.
Je suis pas son secrétaire.
Bon Dieu, ils se sont distribué les quêtes
et moi,
j'explique à 3 vieux filandreux comment creuser des tunnels.
- Nous agressez pas. - Ou on vous électrocute le pif.
Le meilleur moyen
d'éviter ce genre de déconvenue ne serait-il pas
d'apprendre à lire ?
- N'y voyez nulle critique. - Heu...
Vous, attention.
J'ai déjà pas compris qui vous êtes.
[on frappe]
Une fille qui pue demande à voir le Chevalier Karadoc.
Une fille qui pue ?
Elle dit
qu'elle le connaît.
Je connais personne qui pue. À part le Chevalier Perceval.
Ça fout le camp. On a un service à préparer.
J'ai rêvé de vous !
- J'ai rêvé de vous, c'est un signe ! - Ça suffit, calmez-vous !
La clodo qui se prend pour la Dame du Lac.
Ça rentre pas
dans l'établissement si ça pue.
Toute votre clientèle pue.
J'ai fait la route à pied depuis le rocher Excalibur !
J'ai pas pu me laver.
Foutez le camp !
- Elle veut pas. - Elle est costaude.
Et elle pue.
Vous étiez sur une île,
avec des fontaines, un bateau qui coule !
C'est un rêve prémonitoire !
Moi aussi, je fais des rêves préparatoires,
avec la chalandise
qui radine dans 1 h, et pas une table de prête.
Y a des rêves, on s'en fout. Celui-là, non.
En ce moment, je fais un rêve. J'admets.
Toujours le même.
Sous l'eau, un bateau qui coule.
C'est un message des dieux, c'est sûr.
Là, vous me voyez
en déguenillée qui schlingue, ça a pas toujours été le cas.
Croyez-moi, je m'y connais, en dieux.
Ce salopard d'Arthur a replanté Excalibur, rendez-vous compte.
Il nous a tous lâchés.
Vous, moi, le peuple, le Graal.
Tous.
Mais vous,
vous,
vous avez une mission.
Je sais pas laquelle.
Mais vous avez une mission.
[porte]
Eh ben.
Vu vos gueules, vous êtes de ceux qui n'ont pas envie de partir.
Oh si, Sire. Nous avions une quête
des plus grisantes. - Retrouver
Yvain, Chevalier au lion, dont on est sans nouvelles
depuis 10 ans. - C'était parfait
pour nous.
Les nouveaux chevaliers recherchant un ancien.
- C'était trop beau. - C'était pas mal.
Secourir un compagnon, c'est porteur.
Cependant,
n'avez-vous pas peur qu'il soit... on ne le souhaite pas...
Mort ?
- Par exemple. - Sire,
il est trop futé.
Nous, on pense qu'il est mort.
Ce qui n'empêche pas votre quête.
Ce n'est pas si simple.
À cause d'une certaine quête personnelle
du Seigneur Trévor.
Une quête
personnelle en plus de la collective ?
C'est quoi,
votre quête personnelle ? - Tuer son frère.
[Arthur] Quoi ?
Tuer son frère Lucan, Chevalier-Seiche,
ici présent.
Son autre frère,
Bédéver, qui a repris la ferme de son oncle,
et son demi-frère Géran qui le remplace,
eux, ça va. Mais Lucan, rien à faire.
Il veut le tuer.
Vous êtes marteau ? Pourquoi ça ?
Parce qu'il m'énerve.
- À cause de l'épée. - Non.
C'est pas l'épée ?
- Non ! - Nous avons forgé
pour Lucan une belle épée à l'effigie d'une seiche.
- En rapport à son totem. - Et le Seigneur Trévor
a juste un petit couteau. Alors,
il veut le tuer. - C'est pas pour ça.
Sachant que moi, je ne peux m'offrir que ce gourdin merdique.
Si je l'oublie
quelque part, je le retrouve dans la cheminée, pris
pour une bûche.
Alors flûte, merde.
Pardon.
Seigneur Trévor,
tout ça est grotesque.
On passe pour des cons devant le roi.
Vous le voyez, quand même.
L'autre fois, il nous a fait à manger.
J'ai dégueulé 3 jours.
- Juste moi. - Moi aussi.
- J'avais fini votre assiette. - Seigneur Trévor,
il n'y a aucun moyen de vous faire fléchir ?
Tout ça
vous empêche de partir à l'aventure ensemble.
Je veux bien qu'on parte à l'aventure ensemble.
- Avec le Seigneur Lucan ? - Bien sûr.
Vous ne le tuerez pas.
Ben si.
[grogne]
Il vous faut opérer
une scission. Vous n'y couperez pas.
J'ai pas que ça à foutre non plus... Scinder ce que vous voulez,
et revenez quand vous aurez des quêtes précises
à nous proposer.
Alors,
la moitié d'entre vous,
les trévoriens,
partira à la recherche du Seigneur Yvain.
L'autre moitié, les lucaniens...
- Eh bien, ma foi... - Se retrouvent sans quête.
Les 3 seuls pignoufs de la Table à pas savoir où aller.
- Pour un couteau. - Non !
Mais si !
Vous sentez pas tenus à l'impossible.
Vous êtes jeunes,
une quête bien menée,
un péril, un périple,
un antagoniste, paf l'antagoniste. Et terminé.
On l'a dit et répété :
l'aventure, oui ; les risques inutiles, non.
Allez, allez.
[marche lente]
[violons sombres]
[coup de tonnerre puissant]
[le rythme s'accélère, ponctué de grelots]
[contrepoint des vents]
[attaque des cuivres]
Holà, Sire.
Quelle convocation pittoresque.
Faut admettre que ça a du cachet.
On pourrait penser que vous assumez pas
de nous voir au grand jour. - Ça y est, oui ?
- La rancune vous tourmente peu. - Ça...
Et c'est à porter à votre crédit, Sire.
Je ne suis pas de la compagnie des salopes
qui vous pourchassa en Arabie.
Peut-être car c'est pas votre secteur.
Ça a joué.
Qu'on soit clairs : je vous engage
car vous êtes les meilleurs, pas car vous êtes mes potes.
Pour être les meilleurs,
on a peut-être besoin de bosser dans un climat amical.
Alors voilà...
je vous envoie en Orcanie
vérifier que Loth et ses collaborateurs
ne sont pas clandestinement rentrés chez eux,
pour ourdir le projet de me buter.
Hum...
Vous avez des raisons de penser que...
J'ai des raisons de penser, vous occupez pas.
Je veux du discret.
Oh !
[ricanements]
Vous avez peur d'avoir une taupe à votre Table ronde ?
Qui a prévenu les Orcaniens ?
On dit que 2 fils
de Loth sont dans votre équipe.
J'ai horreur des commérages.
Bon, c'est oui ou c'est merde ?
Sire, nous apprécions la confiance que vous nous portez
et votre inaptitude au ressentiment,
mais un chasseur de primes n'est pas un espion.
[tintement de pièces]
Je me suis dit
que vous aimiez assez le pognon pour élargir vos statuts. Non ?
- Mouais. - Oui, si.
Un tiers là,
deux tiers au retour.
Alors,
bien que vos disparitions
me chagrineraient peu, faites attention à vos tronches.
Et vous, Sire ? Vous faites attention à votre tronche ?
C'est vrai. Vous avez peur qu'on fomente de vous buter,
et vous êtes là, dans la forêt,
la nuit... - Sans garde du corps.
Vous, vous allez en Orcanie, chez les fumiers.
Nous, chez les fumiers, on passe... inaperçus.
On se fond dans la masse.
Indétectables.
[sifflet]
[coup de tonnerre]
C'est la convocation, qu'il fallait me lire.
Les lettres de Perceval,
je m'en tape au petit marteau.
Y en a pour 2 minutes.
Je perdrai pas 2 minutes à écouter un glandu
qui veut faire son malin
à partir en quête sans moi. Je m'en fous, de ses lettres.
Et il est pas
dans mon rêve inflammatoire.
Dans le mien non plus.
Ah !
Ça empêche pas de la lire.
Un bout de viande moisie est accroché à la lettre.
Mais foutez-moi ça en l'air.
Allez, on la lit. Il y a peut-être un mot pour vous.
J'ai un mot pour lui. Devinez...
Peut-être qu'il s'excuse.
- Pfff... - "Chers tous,
sauf l'autre gros faisan...
Je dicte cette lettre
à une gentille dame
qui vend du gras de canard
sur les marchés,
et des œufs, et qui sait écrire.
Et du canard,
quelle qualité de canard.
Je mange bien et je serai
bientôt de retour avec le Graal.
Dites à Karadoc
que si c'est pour faire une équipe de glands, j'y arrive tout seul.
Je mange bien. J'envoie pas
souvent des lettres, car les gens qui savent écrire,
ils disent qu'ils ont pas le temps
et lancent des chiens à mes trousses.
Pardon pour le gras sur la lettre.
Je vous ai attaché
un bout de bon canard."
Ah !
"Perceval, Chevalier solitaire et rébarbatif."
Vous n'avez rien de plus convaincant ?
De plus convaincant ?
- Ben, c'est mon épée... - Elle est tarte, votre épée.
Le style est pas votre obsession, mais quand même.
- Mon ennemi a une épée. - Justement.
Opposez-lui quelque chose de plus surprenant.
Et éventuellement, si ça pouvait
un peu épouvanter les foules...
Que voulez-vous opposer à une épée enchantée par des dieux ?
[tintements métalliques]
Un râteau.
Je vais épouvanter
avec ça.
Lancelot, le Ratisseur des ténèbres.
Faut le sentir.
Je le sens pas.
Mettez-y
du vôtre. - Des armes de jet ?
Regardez. Si je balançais des pots de miel magiques ?
Quel dommage
que vous ne preniez pas ça un peu plus au sérieux.
Oui.
[souffle caverneux]
Père !
[déflagrations]
Père !
Père !
Bon sang, allez-vous finir par m'écouter ?
Ban de Bénoïc.
- [ricanement] - Quoi ?
Vous le connaissez ? Enfin, connaissiez ?
Bien sûr, qui ne connaissait pas
le roi Ban ?
- Même mon père ne m'écoute pas. - Attention,
c'est pas si simple.
Votre père, de son vivant,
était très têtu et surtout très con.
La pire combinaison.
- Très con ? - [rire]
Terrible.
Légendaire.
Un jour, il reçoit
un général phénicien,
ici, et le type lui dit :
"Ban, à partir d'aujourd'hui, ta forteresse est ma forteresse.
Ici, je suis chez moi."
Votre père a répondu :
"Ah ? Je savais pas."
Et il est allé faire ses valoches.
Ses chefs de guerre
ont dû le rattraper dans la forêt, sans quoi,
il abandonnait la cabane.
Alors,
grand débile ?
- Hein ? - [rire faux]
Allez, perdez pas votre temps avec ça.
Pourtant, si je pouvais...
en faire un allié. - Trop difficile.
Ça demanderait un niveau de contrôle que vous n'avez pas.
Allez plutôt
planter ça dans le sol,
et dessinez-moi un grand cercle autour.
Un cercle... Alors,
je vous préviens,
j'ai fait un million de cercles
et pas un n'a marché. - Un cercle, ça ira,
mais pas avec un bâton, bien sûr,
avec le doigt.
La chair et la terre.
[soupir d'effort]
La chair et la terre.
Franchement,
l'aventure vous manque pas ?
Pas du tout.
Je gueule pour le courrier, mais je me fous de la Table ronde.
Vous êtes tellement parti à l'aventure.
Tout ça pour être
traité comme un con. 10 ans sous terre, pas un merci.
Et puis, franchement,
on a notre petite vaisselle.
Nos petites saucisses.
Un coup de balai à midi.
Un œil à l'affinage des fromedus.
Et à cause d'un seul rêve sous l'eau, faudrait tout lâcher ?
Un seul, non.
Toutes les nuits.
[grincement de la porte]
Mettons.
Je descends sous l'eau,
je fais quoi ?
J'en sais rien.
J'arrive sous l'eau, je demande qui ?
Je n'en sais rien.
Mais je suis presque sûre qu'il s'agit
de la Méditerranée.
Qui c'est, la Méditerranée ? Une copine clodo ?
Elle se prend pour qui ?
Cléopâtre, Agrippina maior ?
Un homme de mon poids,
si je me déplace sous l'eau, c'est qu'il y a du butin.
- Et pas du petit. - Vous en rêvez, vous aussi.
Arrêtez de faire le concon.
- Vous savez que c'est capital. - Non.
- C'est juste un rêve. - Une fois,
j'ai rêvé que j'étais une gerbille coincée dans une chaussure,
qui dégobillait de la salade.
Donc les rêves,
c'est pas toujours capital.
Celui-là, si.
Ça pourrait avoir un lien avec le...
Avec le quoi ? On entend rien.
Le foutez pas en rogne.
Ne me prenez pas
pour un quichon.
Vous vous foutez de nous.
Les prémonitions, c'est pas précis-précis.
Ça vous guide,
et vous vous débrouillez. J'en sais pas plus,
juste qu'il s'agit
de la Méditerranée
et qu'il est question de fontaines.
De fontaines ?
Quoi encore ?
Oui, de fontaines.
Trois fontaines, il me semble.
Ben oui, c'est flou.
Je vous donne mon avis honnêtement,
ça pourrait avoir un lien avec...
[articulation muette]
Ça recommence !
Avec le quoi ?
[elle chuchote] Avec le Graal.
[chœur féminin céleste]
[soupir]
[musique mystérieuse]
[montée héroïque]
[la musique s'adoucit]
[tintement de pièces]
[ronflements]
[ouverture de porte]
[fermeture de porte]
[tambours et cuivres épiques]
[carillons et violons doux]
(Prêts ?)
[rythme de marche]
[accents dramatiques]
[sursaut respiratoire]
[carillon et chœur féminin cristallins]
[mélodie nostalgique à la harpe]
Seigneurs Trévor et Rostan, mes amis
de la quête du Chevalier au lion...
- En espérant qu'il soit pas décédé. - Nous sommes à une fourche.
- On va par où ? - Où on veut.
Nous n'avons pas le moindre indice.
Zéro indice ?
Zéro, zéro.
Peau de sifflet, mon préfet.
Mais la dernière fois que vous avez vu Yvain, il a rien dit ?
Si.
Voilà plus de 10 ans, et j'ai l'impression que c'était hier.
Il m'a dit :
"La vie, Seigneur Gauvain, est comme les blettes.
La feuille est souvent hachée
à la manière des épinards ;
la carde, quant à elle, se consomme cuite à l'eau,
frite ou en gratin."
Seigneur Trévor ?
Pourquoi ce chemin ?
Marre des discussions,
il faut qu'on avance.
Sémillant camarade.
Suivons-le, Seigneur Rostan.
Parions sur l'intuition de notre jeune ami.
Bon, quand même...
Faites pas la gueule.
On fait pas la gueule, on est désœuvrés.
- Moi, je fais la gueule. - Oh, pfff...
J'ai pas de mission, je fais la gueule.
- C'est peut-être ça, notre mission. - Quoi ? Rien foutre ?
Surveiller la Table ronde.
Garder la cabane pendant que les autres deviennent des héros ?
Je cherche.
Comme les dieux nous guident pas.
Les dieux, on sait ce qu'ils veulent.
Ils l'ont demandé à Arthur, et Arthur l'a pas fait.
Tuer Lancelot ?
- Vous êtes dingues ? - On cherche
une quête, c'en est une.
C'est pas la nôtre.
La nôtre... C'est un commandement des dieux, la quête de tous.
Est-on de taille à affronter Lancelot ?
On est trois contre un.
C'est sûr, si on le zigouille...
Ah !
Et les autres, avec le chevalier-mes-deux,
auront l'air d'une bande de gros pifs.
Ils cherchent
un mec dont tout le monde se tape.
[rires moqueurs]
Soit on reste là et on sera les tire-au-flanc de la Table ronde,
soit on refroidit Lancelot
et on est des héros.
Non, arrêtez...
Arrêtez... c'est bon.
Oh !
Vous vous magnez le tronc ?
- 2 secondes. - Pas d'aventure à la va-vite.
Je vous préviens, si on arrive pas au bateau à l'heure,
on part pas aujourd'hui,
je flotte pas de nuit. - Attendez !
Attendez-moi !
Attendez-moi !
Attendez-moi !
Je pars avec vous.
- Comment ça ? - Si vous êtes 3,
le tarif change. - Et votre commerce,
fallait pas s'en éloigner...
Vous me croirez ou pas...
Ce matin, je me lève et je demande : "Où qu'y sont, mes 2 bistouquets ?"
"Ils sont partis à l'aventure."
Alors là, ni 4 ni 12, 2 slibards dans le baluchon,
et je suis parti comme 2 pets qui font la course.
Ouais, ouais,
j'ai donné mes instructions.
J'ai confié à qui de droit les clés de mon précieux établissement,
imprenable bastide ressuscitée de ses cendres,
éternel refuge du voyageur
fourbu.
Vous irez pas chercher
tous les honneurs pendant que je m'esquinte
à goinfrer
tous les traîne-sandale du coin. - Attendez !
Attendez-moi !
Qu'est-ce qu'elle fout là ?
Toute la région
se pointe ? - Tous les pignoufs ?
- C'est joli, de filer à la discrète. - Non, pas tant.
Je me lève, personne.
Faut se lever plus tôt.
Vous attendez encore du monde ?
Vous partez pas sans moi.
Et pourquoi pas ?
Je vous ai filé l'indice sur la Méditerranée.
Mais maintenant
qu'on l'a, pourquoi on se farcirait
votre tronche ? - Je viens !
Attendez,
la Méditerranée ? Si on veut y arriver avant la nuit,
il s'agit de pas se prélasser.
- Ah bon ? - Comment ça ? On est d'accord
que la Méditerranée, c'est pas la mer autour de l'île de Bretagne.
On sait pas où elle est.
Donc on va
vers la mer qu'on connaît.
J'ai le nom, mais je saurais pas la reconnaître.
Commencez pas à finasser.
Ça fait quoi ? 2 jours de mer ?
Hein ? Un mois et demi, je vous ai dit.
Mais on croyait
que vous disiez ça pour justifier vos tarifs.
Vous pensiez que c'était
pour 2 jours ?
J'aurais dû majorer.
Allez, mes petits pourceaux.
Au bateau.
Un mois et demi ?
Si c'est trop, retournez à votre vaisselle.
Je viens avec vous !
Un mois et demi avec vous sur la flotte...
Vous espacerez les engueulades
ou je vous jette à la baille.
Allez.
[musique mystérieuse]
Alors ?
Ben, rien du tout.
Ce bordel marche pas.
Des bordels inopérants,
j'en connais un ! - Vous fritez pas.
Pour la dernière fois : au-dessus,
il y a une forteresse fragilisée.
Si on gueule trop, on va tout prendre sur la poire.
C'est tout éboulé, impossible de passer.
Rassurez-moi, votre engin dit pas que c'est par là ?
- Non. - Ben, encore heureux.
De la cire noire.
Noire ?
Ça veut dire quoi ?
Que quelqu'un empruntait cet escalier
en s'éclairant avec un cierge macabre.
- Macabre ? - Macabre.
Arrêtez.
- C'est pas forcément ça. - Comme vous voudrez.
Encore de la cire.
Il faut poursuivre...
par là.
Par là ? Même un renard anorexique passe pas !
Espèce de marteau !
Oh ! Comment vous parlez à Conle le Fameux !
Respectez les célébrités.
Vos gueules.
Y a pas d'air. Soufflez les flammes des casques.
Les lampes suffiront.
[rythme épique]
Je prends les paris : nous avons parcouru
le quart du chemin total. Boum !
Ma sœur,
quelle pétulance. Le quart...
Je ne saurais me prononcer. Nous marchons d'un bon pas,
mais... - Alors,
ce grand pic
doit être celui-ci.
Le champ de dunes,
nous y sommes.
À n'en point douter,
nous nous trouvons ici.
Le point bleu
n'est pas le point de départ ?
Oui, nous sommes juste à côté.
Et le point d'arrivée ?
Vous voulez visualiser l'arrivée ?
N'est-ce pas utile à mesurer notre progression ?
Rien de plus simple.
À propos du chemin parcouru...
Nous n'y sommes pas.
Non.
À vérifier, mais nous n'avons pas parcouru le centième du voyage.
Sans parler du chemin retour.
À bien réfléchir,
j'espère que je ne suis pas insuffisamment chaussé.
[musique lente et sombre]
Pfff...
C'est abandonné, le machin.
Holà, la bourgeoisie !
Nous sommes un groupe de malchanceux
voyageurs !
Trois pauvres bougres égarés, surpris par la nuit !
Toi-même.
Nous demandons l'hospitalité !
Ben.
On y va à la ruse, tu vas pas les buter à l'entrée.
C'est pas pour eux, c'est pour vous.
Au moindre pet de travers,
un carreau dans le cul à chacun.
Quel pet de travers ?
Je sais pas encore, surprenez-moi.
Restez dans le jardin.
Les riches me déstabilisent,
alors avec deux guignols...
Moi, je travaille toujours en solitaire. Pourquoi ?
Je me connais.
Je n'ai pas la patience
de me trimbaler des connards.
[bruit de clenche]
[grincement de la porte]
Bonsoir, bonsoir.
On va tout vous salir.
[mastication bruyante]
Surpris par la nuit.
On est partis un peu tard, et paf.
Grosse erreur.
L'erreur, c'est de considérer que vous êtes à l'abri ici.
Vous êtes de la maison ?
De la famille
du roi Loth, peut-être ?
J'ai épousé sa 3e sœur il y a 21 ans, par intérêt pécuniaire.
21 ans
que je déguste.
Ces grands livres
très lourds, avec des enluminures,
vous en ouvrez un, vous placez votre appareil génital au milieu
et vous refermez
d'un coup sec,
et ce, 5 fois par jour.
Eh ben pour moi,
c'est ça, le mariage.
Que vous arrive-t-il ?
On est vraiment chez les bourgeois. Je me sens pas bien.
Mangez ce qu'on vous a servi et tenez-vous à carreau.
Présenterons-nous nos hommages au roi Loth ?
Il est banni.
Interdit depuis la destruction de Kaamelott.
Si vous aimez le beau monde, on va vous en donner.
Attendez-vous à du gratin.
- Du gratin ? - La femme de Loth.
Ex-femme. Il a rompu avant de s'exiler.
Anna de Tintagel.
Demi-sœur du roi Arthur.
Accompagnée
de ses 3 connasses de belles-sœurs, dont ma femme.
Bordel, la demi-sœur d'Arthur...
Mais vous avez rencontré Arthur en personne.
C'était en plein air.
Vous supportez pas les bourgeois, mais seulement en intérieur.
La nuit tombe.
Elles arrivent.
Elles dorment le jour
et emmerdent le monde la nuit. Comme les moustiques.
[pas qui s'approchent]
Trois voyageurs égarés, surpris par la nuit.
Un immense merci pour votre hospitalité, Dame Anna.
Comment savez-vous qui je suis, si vous êtes égarés ?
Ben, heu... Je...
C'est ce Seigneur,
qui nous a expliqué
chez qui la providence nous avait conduits.
Je vous en prie,
poursuivez votre repas.
Je me sens mal, je vais tomber le front dans ma bidoche.
Dites quelque chose, une politesse.
- Vous allez attirer l'attention. - Une politesse ?
Votre ami n'aime pas le chevreuil ?
Le chevreuil ? Vous rigolez ? J'adore ça.
J'en mangerais dans la raie de cul d'un chiasseux.
Wouah.
Les haricots sont d'un tendre...
Vous ajoutez une cuiller de chaux dans l'eau, non ?
Voyageurs égarés...
Hum !
[musique de suspense]
Hé.
C'est vous, qui ricanez ?
Comment ?
Depuis 1 h, ça glousse. Vous tenez
un stand de volailles ? - Vous êtes marteaux ?
Vous voyez bien que j'arrive.
On s'en fout, le bordel vient de chez vous.
- [cri aigu] - Là.
[gloussements]
Que se passe-t-il ?
Il y a réunion de pintades dans votre turne ?
Ça nous rappellerait presque l'ancien Kaamelott.
- Vous qui aviez plus goût à rien. - Je confirme, surtout à ça.
Et alors ?
Et alors, merde. Voilà.
J'ai pas envie d'en discuter, ni d'en discuter avec vous.
[les femmes] Surprise !
- Ça alors. - Eh oui.
Je vous les ai retrouvées.
C'est gentil, mais je les cherchais pas.
Même si, attention,
ça me fait plaisir.
- Nous aussi. - On est contents.
Ça serait possible
de modérer le volume des retrouvailles ?
- Écoutez, ça va... - Non, ça va pas.
Fermez-la ou on lâche les clébards.
J'œuvre pour l'avenir du royaume.
J'ai un peu
picolé pour l'entrain.
Venez
avec nous. - Restez pas planté au milieu.
Allez ! Mais quel godichon.
[fracas]
Attendez.
Qu'avez-vous en tête, au juste ?
L'héritier.
- L'héritier ? - Quoi ?
Je ne parviens pas
à vous stimuler, j'ai donc invité
d'ex-maîtresses à vous
réputées y parvenir.
Même si on a ramassé,
depuis l'époque. - Mais moins que lui.
En tout cas,
elles sont prêtes à porter
l'héritier à ma place,
et à nous le céder à sa naissance.
"Porter l'héritier" ?
Quel micmac avez-vous conçu ?
- On contribue à la quête du Graal. - On rend service.
Même si on comprend pas que vous vous débrouilliez pas.
Pourquoi ils se débrouillent pas, c'est l'énigme ancestrale !
Qu'avez-vous donc encore
inventé ?
Je n'invente rien.
Toute l'histoire romaine est bourrée
de ces manigances.
1 César sur 2 n'est pas le fils
de qui on croit. L'important,
c'est l'héritier. - Ces manigances ont mis au pouvoir
des lignées de débiles.
Après Lancelot, pas de Caligula.
Honorez donc
votre reine, au lieu de recevoir des jumelles.
- J'ai rien demandé. - C'est moi, qui demande !
Pour la dernière fois,
c'est pas vous, le problème.
C'est moi. Vous n'êtes pas
moins stimulante qu'elles.
Mais on a la petite fiole magique
de votre maman
et de votre tatie. - C'est un peu vexant, cette fiole.
On n'en a pas besoin.
Mais on est moins vieilles que vous.
[musique mélancolique]
[piano nostalgique]
[montée dramatique de l'orchestre]
Par tous les dieux. Où sommes-nous donc rendus ?
Le ciel lui-même est envahi de sortilèges.
Des fumées célestes toutes vertes.
Maléfice, maléfice, maléfice.
Jamais nous n'aurions dû quitter le royaume.
Nous ne sommes pas de taille.
Ne commencez pas.
Souvenez-vous des mots d'Arthur :
si on est de taille face aux périls, pas d'aventure.
Si nous mourons, pas d'aventure.
Installons le bivouac. Mes pieds sont frigorifiés.
Ici ? Le froid a paralysé
votre cervelle.
- On est épuisés. - Affamés.
Les nougats glacés.
Sans repos, nous n'irons pas loin.
Ni si la sorcière de ce sortilège nous tombe dessus.
Taisez-vous. Ne parlez pas de sorcière.
- Vous allez nous porter le guignon. - Mes amis !
La dissension nous menace.
Redoublons
de vigilance. - Modérez
vos répliques de mémé.
La mémé va vous gifler.
Ou me donner un pot de confiture ?
Nous ne sommes pas
convenablement équipés. - J'ai si faim.
Je vous échangerais tous contre des myrtilles.
Iagu !
Vrai, Gareth.
Sinon de faim ou de froid,
on mourra par les loups. - Ou pire,
par une créature satanique
dont cette terre regorge.
Que disent les cartes ? Est-elle loin,
la terre du dragon opalescent ?
- Dur à dire. - Nom d'un ours,
ne dites pas que nous sommes perdus.
Non, c'est dur à dire
car ma bouche est gelée.
- Mais on s'en fout tellement ! - Alors ?
Le dragon
est réputé habiter cette région. Une région assez vaste.
[explosion]
Par les dieux, qu'est-ce ?!
L'annonce de notre fin.
- Maléfice ! - Tiens...
Un groupe de jeunes voyageurs.
Tout perdus.
Qui êtes-vous ?
Une trappeuse.
Comme vous 4.
Faribole.
Nous, des trappeuses ?
Partagez votre feu...
je partage mon pain.
Alors, jeunesse ? Pourquoi
venir si loin de chez vous ?
- Vous ignorez où c'est. - Nous recherchons
le dragon opalescent.
Vous balancez direct, vous !
Magnifique créature.
S'il en subsiste.
Bien sûr que oui.
On m'a rapporté hier qu'un voletait
au-dessus de son repaire.
[ensemble] Quoi ?
Trappeuse, il serait
malvenu que vous affabulassiez.
Où est son repaire ?
Dites qu'il est proche.
L'emplacement est connu.
Contre quelques sous,
je vous y mènerai au petit jour.
La chance nous sourirait-elle enfin ?
[percussions sinistres]
[soupir]
[fermeture de verrou et pas qui s'éloignent]
(Quarto !)
Quarto, bordel !
- Quoi ? - Ma lourde est verrouillée.
Qu'est-ce que ça peut me foutre ?
On est chez les givrés. C'est notre dernière nuit.
La gaspillez pas à m'emmerder.
Alzagar !
- Alzagar ! - Quoi ?
- On m'a enfermé dans ma piaule. - Moi aussi.
Ma porte est verrouillée.
Quoi ? Nom d'une bite véreuse,
on va pas attendre de se faire buter dans notre sommeil.
- Et Quarto, que dit-il ? - Il dit merde.
[manipulation de verrou]
[ouverture de verrou]
[ronflements]
[métal et chair transpercée]
[ronflements]
[cri d'attaque]
[impulsion étouffée]
Voilà.
[soupir de soulagement]
[expiration]
Pour qui travaillez-vous,
fils de chiennes puantes ? - On est
des voyageurs égarés, surpris par la nuit.
C'était acquis, non ?
Peut-être qu'on travaille,
mais qu'on veut pas dire pour qui.
Car ce quelqu'un n'aurait pas envie
que ça se sache...
à une certaine table.
Une table d'une forme
pas carrée.
C'est miraculeux,
que vous soyez parvenu à faire une carrière assez honorable
en étant aussi con.
C'est Arthur qui vous envoie ?
Le bâtard de Pendragon ?
[coup de poing]
Alors les mecs,
des choses semblent évidentes,
mais ça coûte pareil de formuler :
on est d'accord que je me barre avec vous ?
[musique épique]
On était pas 3, en arrivant ?
Ben, on est 3.
Ah, en arrivant...
Je pensais que l'autre suivait,
mais il est resté.
Incoltinable, cet engin.
J'ai dit de pas le prendre.
Oh ! Quoi ? Non, mais...
Que foutez-vous, cornichon ?
C'est quoi, ce bordel ?
- Je sais pas lire. - Quel intérêt ?
- Y avait de l'argenterie. - Je voyais que dalle,
j'ai pris ce que j'ai trouvé. Par principe.
Du papelard ?
Magnez-vous le cul.
Arrêtez de discutailler.
Vous le coltinerez tout seul ! Comptez pas sur nous !
Arthur Pendragon...
m'envoie des espions.
À moi.
Vengeance.
Vengeance !
Hep !
Je veux pas paraître insistant,
mais faut vous décider : vous allez où ?
- On vous l'a dit 40 fois. - En Méditerranée.
Vous y êtes.
Après l'océan, les colonnes d'Hercule,
et là,
la Méditerranée. - D'accord, mais...
on va pas sauter à la flotte.
Vous allez nous débarquer, marin véreux ?
Je demande que ça.
Mais où ?
Massilia ? Syracuse ?
- Thessalonique ? Alexandrie ? - N'importe.
"N'importe" ?
- Peut-être pas quand même. - Vous en pensez quoi ?
Rien. Si vous payez, je vous emmène en Chine.
Y a que l'argent qui compte ?!
Quoi d'autre ?
Et quel est votre avis ? Même si ça vaut rien...
À part les trois fontaines, je sais pas quoi vous dire.
Faudrait peut-être roupiller,
en espérant un nouveau rêve. - Vous ne faites que roupiller.
Je cherche pas des fontaines pendant que vous pioncez.
Alors quoi ? On va pas faire demi-tour ?
- Ben non. - Écoutez,
j'accoste à Portus Albus, on n'a plus à becqueter.
Si ça vous vient, tant mieux,
sinon, vous continuerez à pinces. Après m'avoir payé.
Y a que l'argent qui compte, c'est ça ?!
J'ai déjà demandé...
[flatulences bruyantes]
[gémissements de douleur]
Oh mon Dieu, mon ventre !
[flatulences]
Quel inconfort !
Moi aussi, ça lance, ça tiraille.
Oh, c'est terrible.
- Seule l'élégance me retient de... - [pet]
Malédiction.
Nous n'avons rien mangé de...
- Le pain ! - Sorcière !
Je n'ai plus ma bourse !
Moi non plus.
Cette bique dysentérique a pris tout notre argent !
Que va-t-on devenir ?
- Sans pouvoir acquérir un radis ! - Nous allons mourir !
Mais non, elle doit pas être bien loin !
[éboulement de pierres]
Halte !
Arrête-toi, ourdisseuse qui a voulu nous gâter au brignolet merdeux !
Ton poison n'a pas fonctionné !
Il en résulte un simple encombrement intestinal !
Toi, en revanche,
tu vas déguster !
Ah oui ? Eh bien, allez-y,
salopards de braconniers ! Tuez-moi !
Semer la mort est votre seul but !
Que racontes-tu,
vilaine femme ?
Tu nous traites de trappeuses,
de braconniers...
Tu nous mésestimes, nous, Chevaliers
de la Table ronde !
Nous arrivons du royaume de Logres en mission pour Arthur !
Pour défendre le dernier dragon opalescent.
Trop tard !
Le dernier dragon
opalescent a été massacré.
Massacré ? Est-ce possible ?
Quel démon s'est rendu coupable
de cette ignominie ? - Alfarn.
Qui ?!
Alfarn !
Alfarn ?!
Le chasseur de dragon !
Il aime pas "braconnier",
il trouve ça péjoratif.
Nous n'en ferons qu'une bouchée.
Vous ?
Vous allez trouver Alfarn ?
Parfaitement.
Notre mission est commuée en opération punitive !
Iagu ?
Je doute que la vengeance fasse partie des devoirs d'un chevalier.
- Quoi ?! - Je dis :
je doute que la vengeance
fasse partie des devoirs d'un chevalier !
On en rajoutera un !
Laissez tomber, les lutins !
Vous n'êtes pas taillés
pour affronter Alfarn !
Si, avec vous !
Pardonnez
et rejoignez-nous !
Aidez-nous à dénicher Alfarn !
- Nous ferons le reste ! - Rentrez chez vous !
Comment vous trouver ?!
On connaît même pas votre nom !
On aurait mieux fait de passer en surface...
Quoi ?
Quelle surface ? Vous parliez
d'un laboratoire
en sous-sol. - Parler, parler...
La magie noire se pratique souvent
à l'abri du jour. D'où le sous-sol.
Si ça se trouve, le labo est en haut d'une tour.
Ou il n'y a jamais eu de labo.
On est là, autant chercher.
Vous vous foutez de moi ?!
Vous savez
à quel point c'est dangereux ?
À tout moment,
le bordel peut partir en bri... - [craquètement]
[musique de suspense]
[craquètement frénétique]
Je sais pas sur quoi on est tombés, mes zizis, mais ça promet...
Bon sang. Et cette odeur...
Qu'est-ce qui peut schlinguer autant ?
On continue ou c'est trop fort pour vous ?
Le bon sens nous commanderait de rebrousser chemin.
Mais... bon.
Oui, bon...
[modulation plus claire aux violons et à la harpe]
[pulsations sombres]
C'est ça,
un laboratoire de magie noire ? - "De magie noire" ?
Mon pauvre ami...
Je pense que c'est bien pire que ça.
Et ce truc qui pend, c'est quoi ?
Un mauvaise nouvelle, mon cher.
Vous pensez comme moi ?
Ce n'est pas un laboratoire de magie noire.
C'est un laboratoire de nécromancie.
- Nécro... quoi ? - Mancie.
L'art d'animer les morts. Et ça, c'est une matrice.
Oui, qui a demandé plusieurs années de travail.
Il a fallu l'urgence de fuir la forteresse
pour que le sorcier
abandonne un ouvrage aussi avancé.
Ce truc-là, un ouvrage avancé ?
- Quasi fini. À peu près. - L'ouvrage
qui maléficie les ruines.
Rendez-vous compte de la valeur de la chose.
On parle de la bidoche moisie pendue au plafond ?
Il faut passer de l'autre côté de cette grille.
De l'autre côté ?
Ça, c'est un boulot pour l'enchanteur.
Échauffez-vous, les athlètes, ça va être dynamique !
Ah ah ah ! Paf !
Vous en dites quoi ?
De la téléportation !
Calmez-vous.
Qui nous sort du porridge ? Ma sphère de téléportation !
Vous l'avez pas fabriquée,
mais achetée. - Diffamation !
- Du conçu de zéro ! - Allez, on glandera plus tard.
Destruction
du foyer maudit.
Mais comment on... ?
Comment s'y prendre
pour détruire un...
un lieu comme ça ?
Y a plus de malédiction ? On se tire ?
Oui, mais vite.
Les produits répandus sont toxiques.
Allez-y, Merlin.
Où ça ?
Jetez une autre sphère.
J'ai pas d'autre sphère.
Quoi ?!
Vous avez pas le retour ?
J'ai pas les moyens de m'acheter 2 sphères !
On est enfermés là-dedans ?
Oui.
Nous allons mourir.
Ils sont pas là. Juré.
- Y a votre sœur. - Demi-sœur.
- Et les 3 autres tarées. - Pas de Loth,
de Dagonet, de Jurisconsulte.
Ça veut pas dire qu'ils sont pas revenus, mais pas en Orcanie.
Ça, c'est cadeau.
C'est quoi ?
Il a pris ça en partant...
Des machins fonciers, actes de propriété...
Je vois pas ce qu'on peut en foutre.
Les papiers, c'est mystérieux.
Pour les illettrés.
Ma demi-sœur
est dans quelles dispositions ?
En termes
de dispositions, je dirais qu'elle a connu mieux.
Diplomatiquement,
je pense pas qu'on ait
tellement détendu vos relations avec l'Orcanie.
Dans le cadre de notre mission d'observation,
nous avons dû
y péter sa tronche.
Mais elle vous faisait déjà un peu la gueule avant.
On n'a rien arrangé. Non.
Et pour moi ?
Un petit quelque chose pour service rendu ?
À votre avis ?
À mon avis, non...
[musique orientale]
[échanges en dialecte]
Venec !
Venec !
- On a un indice ! - On a un indice !
Pourquoi
ces déguisements de pitres ? - On a fait les échoppes.
On a le droit, non ?
C'est pour faire méditerranéen.
Sapés comme des paillasses ?
On s'en fout.
On a un indice.
Un indice de quoi ?
On sait où aller.
Vous avez les vivres ?
On s'en tape, de vos commissions !
Je me suis payé ça...
[pipeau strident]
On est à court de rations.
On était dessus, et on est tombés sur un vieux.
Il mangeait
une salade de poulpe,
et il nous a entendus.
Nous, on se bigornait.
Soi-disant que trouver 3 fontaines prendrait 200 ans...
- C'est vrai ! - Moi, je gueule,
et je lance ma saucisse, tout juste achetée, sur sa tronche.
J'esquive, et la saucisse rebondit sur son pif à elle.
Et la saucisse file dans la salade de poulpe
au vieil outil.
Il se lève, on se prépare à filocher.
Et il nous explique avec un accent impossible
qu'il connaît un patelin
où il y a 3 fontaines.
Et demande qu'on paie sa salade.
Oui, avec la saucisse,
la moitié de son bol
avait fini par terre.
"Ton patelin a un nom ?",
qu'on lui fait.
Il arrêtait pas, "3 fontaines",
"3 fontaines"...
On allait l'avoiner avec sa salade, quand on a compris...
[ensemble] C'est le nom du bled !
Quel nom ?
[ensemble] Trois fontaines
Ce serait sur l'île de Sicile.
En Méditerranée.
Ne commencez pas à nous les péter.
Jamais entendu parler de Trois Fontaines.
Je vais à bord jeter un œil aux cartes.
Vous, vous retournez
aux étals acheter de la bouffe,
pas un tambourin ou des boucles d'oreilles.
Hé !
La Sicile, c'est loin.
Ça va rallonger la note.
Mais vous servez la quête du Graal, bon sang !
Mettez le fric de côté !
Ça, c'est ma grande passion. Donc Graal ou pas Graal,
ça facture pareil.
Je vais vous dire. Vous êtes...
[détonation]
[musique sombre]
[grondement tellurique qui s'amplifie]
[détonation]
[pas fracassants]
[détonation]
Que se passe-t-il ?
Bon sang, qu'avez-vous foutu ?
Comment ça ? J'ai foutu ce que vous m'avez dit.
Ssabernock.
Vous avez appelé Ssabernock ?
Qui ? J'ai appelé personne, moi.
Il se pointe pas pour un rond
et une bêche enterrée. - Une faux !
[détonation]
[crescendo dramatique]
[pas fracassants]
À l'abri !
Maintenant !
Espèce de frappé !
[détonation]
Priez pour qu'il ne vienne pas ici vous dénicher.
- Maintenant. - Quoi ?
- Pourquoi il ferait ça ? - Pour vous zigouiller.
- Vous croyez que Ssabernock... - [choc]
Oh...
Vous croyez que Ssabernock a que ça à foutre,
de venir enchanter vos outils de jardinage ?
S'il vous trouve, il vous éradiquera de toutes les dimensions.
J'ai pas spécialement invoqué ce Ssabernock.
J'y suis pour rien si c'est lui qui vient.
Pourtant, il est là.
Ça va être la fête à vos fesses.
- Que faire ? - Allez le voir, excusez-vous.
Restez ici, imbécile. Planquez-vous.
Et priez pour qu'il reparte sans vous emporter avec lui.
Bon sang, mais pourquoi ?
Pourquoi un démon majeur répond à votre appel ?
Je ne sais pas.
Mais dites-vous bien que c'est une visite exceptionnelle.
Le spectre de mon père peut m'aider ?
- Votre père contre Ssabernock ? - [rire sarcastique]
Préparez-vous à une confrontation éclair.
Votre père pourrait ainsi
débarrasser le plancher du plan intermédiaire.
On n'est pas taillés pour ça.
On vient tabasser un loqueteux,
on tombe sur un démon de 12 pieds. On n'a pas de bol.
Depuis le début, on n'a pas de bol, si on y pense.
Mais là, ça commence à faire.
[rythme de suspense]
[impact des prises et souffle profond]
[chœurs ténébreux]
[sifflement du vent]
Ça n'a pas marché.
Il est venu me punir de mon arrogance,
il m'a pas trouvé,
et il est reparti.
[soupir]
Encore un échec...
Ssabernock a quitté son plan pour vous.
Même pour vous zigouiller,
un événement pareil ne peut pas être un échec.
Appelez ça comme vous voudrez.
Qui est pour...
attaquer Lancelot sur-le-champ ?
Très bien.
Qui est contre ?
[musique sombre]
Oui, oui...
sur la carte, il y a Trois Fontaines.
Ça doit être mort, personne n'en parle.
On ne cherche pas des loisirs.
L'autre zinzine prétend que le Graal est là-bas.
Elle dit pas tout à fait ça.
Si on veut résumer,
vous dites que...
Eh ben ?
Oh, oh !
[grondement terrestre]
[souffle caverneux rugissant]
[crécelles métalliques]
- [éructation] - Oh, oh !
Vous avez quoi ?
Pâle comme une fesse.
C'est les bigorneaux ?
Que fait-on ? On y va quand même ?
Comme on a voté...
Le Seigneur Lucan aussi
a une arme magique.
Ah non. Une seiche est forgée dessus, c'est tout.
On est venus là,
on reste.
Vous êtes prêts ?
Trois, deux...
Aïe !
Hein ?
Êtes-vous devenus cintrés ?!
Voilà votre quête ?
- Vous jeter dans la gueule du loup ? - Arthur vous a autorisés
à attaquer Lancelot ?
- C'est un projet récent. - Pas un vrai projet.
On n'avait pas de quête,
on s'est dit : "On va buter Lancelot."
On a dit ça comme ça.
On était en train de regretter quand...
vous nous avez tiré les oreilles. - Sans notre idée
de vous épier de loin,
à cette minute, vous seriez
occis par Lancelot et son arme maudite.
Vous allez foutre le camp
et trouver une quête
à votre mesure ! Bande d'inconscients !
Allez, ouste.
Le panier-goûter s'appelle reviens !
[envolée majestueuse]
[percussions de suspense]
[montée dramatique]
[musique épique]
Ah !
Ah !
Ben quoi ? Vous êtes louf ?
Vous m'entendez ?
- Eh ben ? - Eh oh !
Si la bouffe vous va pas, allez à la taverne.
Lisez votre courrier !
Désolé, j'ai dû m'assoupir.
Oui, les repas sont pas saisissants,
mais vous pourriez
pousser la bienséance jusqu'à l'éveil.
Le courrier ! Il faut le lire ! Oh là là...
Votre... votre courrier...
De quoi ?
- La petite lettre... - Quoi quoi ?
J'ai pas compris ce que vous avez dit.
Que j'ai dit quand ?
- Là, avant. - Avant ?
J'ai rien dit. Là, je vais vous dire...
Allez vous foutre la tête dans la glace.
Il faut
que vous lisiez votre courrier !
[toussotement]
Est-ce que...
- Est-ce que j'ai du courrier ? - Du courrier... récent ?
Je sais pas.
Vous en avez forcément en retard, vous ne le lisez pas.
Et je peux l'avoir ?
Maintenant ?
Le courrier en retard, à part s'y mettre...
Je sais pas pourquoi
on s'obstine à côtoyer un engin pareil.
On bouffe, tranquillou,
il fait un bond de 3 pieds, je recrache mes petits pois,
et il lui faut le courrier. - Héberger un glandu,
c'est une chose, mais héberger un zinzin,
ça change le boulot.
Faites
un effort !
Celle-là est tachée
de gras et sent mauvais. Je crois
que ça vient du Chevalier Perceval.
Et ça ?
Arrivée ce matin.
Venec...
Il faut que je parte d'urgence
à Portus Albus.
- Portus Albus ? - Pour y foutre quoi ?
Vous allez voir qu'il va se tirer sans rien nous expliquer.
Vous auriez vu ça... un démon
plus haut que 2 hommes. - Avec des éclairs.
On a failli se faire dans le froc.
On s'est fait rouspéter, trop risqué.
Et vous, y a eu du péril ?
- Non. - Oh que si.
Oh que non.
Péril à foison.
Y a rien eu du tout.
Nous sommes tombés
sur infinité de bifurcations.
Il fallait sans arrêt choisir : gauche, droite...
De la merde.
Et les nuits dehors.
Ça grignotait près du campement.
On n'a pas osé se lever, mais on pense
que c'était un blaireau.
C'était de la merde.
On risquait pas d'aller vérifier.
Mais...
le Chevalier au lion ?
- Ça avance. - Bien sûr !
Ça fait son chemin.
Ça fait rien du tout.
Pourquoi je mange pas comme vous ?
Qui a préparé le repas ?
Le Seigneur Trévor.
C'est pas un caractère facile.
[musique sépulcrale]
[hurlements des loups, aboiements]
[cris de mouettes]
Ils sont morts, vous croyez ?
- Je sais pas. - C'était qui,
ces types qui les ont alpagués ?
Je sais pas.
On peut aller plus vite ?
Y a pas de vent.
On avance quand même.
Regardez à droite : Carthago.
On verra bientôt la Sicile.
Si on lisait la lettre de Perceval ?
Ouh là !
Elle pue.
Il y avait du fromage
enroulé dedans.
Ah bon ? Il est où, le fromage ?
- Je l'ai jeté. - Pendant la traversée
avec les loustics, on évoquait pas Perceval.
À la moindre mention,
Karadoc se foutait en pétard. - Et le fromage ?
Lisez la lettre, peut-être qu'il en parle.
"Sire,
j'espère que tout roule à la Table ronde
comme sur des petits rouleaux.
Hier, je me suis baigné
dans la rivière, et on m'a volé tous mes vêtements.
J'ai continué mon aventure
en calbar,
mais au village, le vieux qui vendait des fromages
avait toutes mes fringues sur lui.
J'ai voulu le taper,
mais il est gentil et c'est lui qui écrit la lettre.
Il vous envoie un de ses fromages frais de goût,
à déguster le matin, ou entre amis, ou même sans pain.
Demain, j'irai au rocher
pour surveiller les véreux qui essaient de retirer votre épée.
Je sais que personne y arrivera, mais on sait jamais.
Je pense vous rapporter le Graal
dans deux semaines ou au pire, dans 15 jours.
Perceval,
Chevalier solitaire et régional."
[soupir]
[gémissements et toux]
Écartez-vous.
[chœurs célestes]
[montée dramatique]
Sous-titrage : Agnès Servenière pour TELOS Adaptation
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