Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
French
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (SoranĂ®)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
Rotor d'hélicoptère
Musique sombre
L'ambulance démarre.
Sirène d'ambulance
Sirènes de bateaux
Brouhaha de la foule
Ils parlent algérien.
- Pardon, monsieur.
Musique sombre
Sirène d'ambulance ——
- Non, je ne me doutais pas que mon père,
… le lendemain matin, allait mourir.
L'ascenseur s'arrĂŞte.
- Jean, tu as la bière ?
- Oui, maman.
- Tu as pensé au pain ? - Oui.
- Mets ça sur l'évier.
Tu as mis du temps pour ces courses.
- Je me suis promené.
J'irai chez Fatima cet après-midi.
- Mes moutons…
Mes moutons… Mes moutons…
- Papa rĂŞve de la ferme.
Je vais le réveiller.
Rotor d'hélicoptère
- C'est toi, mon fils ?
Musique douce
- HĂ©, papa ! Regarde-moi ! HĂ©, papa !
Papa, regarde-moi ! Je lâche le guidon !
- Tu dois manger de la soupe. ——
Oh, mais c'est terrible ! Tu as les jambes cassées !
Il faut aller à l'hôpital. ——
Et la tête, elle est pas cassée ?
Allez, fiche le camp. ——
Ali, porte le sac plus loin ! ——
Posez-le doucement, ne le déchirez pas !
- Nous allons faire un peu de toilette.
On dirait que ça va mieux.
- J'avais quitté l'Algérie.
Je travaillais en France.
J'y avais mes occupations, mes amis, mes habitudes.
Tout y était réglé.
Ma femme et mon fils étaient en vacances à Angoulême.
Ma vie commençait à s'organiser.
Sans mes parents, l'Algérie n'aurait plus existé.
- Avec cette chaleur, les raisins doivent être mûrs.
Ils ont dĂ» commencer les vendanges.
- J'étais venu à Alger pour mon père.
J'aurais voulu que mes parents s'installent en France.
Je les retrouvais toujours avec les mêmes préoccupations.
Mon père n'avait jamais été prudent.
Il y a 15 ans, il avait dĂ» vendre sa ferme.
- La fille du roi était à sa fenêtre
La fille du roi était à sa fenêtre
Et ri et ran
Ils rient.
- Qu'y a-t-il ?
- Rien, j'ai pas le droit de te regarder ?
Oh, j'ai reçu une lettre de ton fils.
Où est-ce que j'ai… Ah, voilà .
Il aime bien ses vacances Ă AngoulĂŞme.
Il m'a fait un dessin, c'est un animal.
C'est arrivé ce matin.
- C'est une histoire pour le faire dormir.
Des moutons croisent une voiture.
Ce mouton prend les phares pour le soleil.
Papa me racontait cette histoire.
- Tu as des soucis d'yeux ? - Un peu.
- Tu es là , va chez mon spécialiste.
- J'en ai vu un Ă Paris. Je porte des lunettes.
- Tu as vu Fatima ce matin ? Oh, tu me l'as déjà dit.
- Oui, t'inquiète pas.
J'irai la voir cet après-midi.
Musique sombre
J'ai profité des courses pour faire un tour en ville.
J'étais là depuis 2 jours et j'étouffais.
J'étais pressé que mon père guérisse…
… pour retourner en France. ——
Brouhaha de la foule ——
- Si tu n'as pas besoin demain, ne sors pas.
- Pourquoi ? - C'est l'Achoura.
- Combien je te dois ? - 300 francs.
- Alors, demain… - Hé…
Musique sombre
- Bonjour, mesdames.
Un gros pain. - Je n'ai que des baguettes.
- Ça va, une baguette.
- Ce soir, nous fermons de bonne heure.
Demain, c'est l'Achoura. - La fĂŞte de l'Achoura.
- Ça suffira ? - Oui, merci. Au revoir.
- Au revoir.
- Non, je ne me doutais de rien.
C'était la veille de l'Achoura.
On disait que c'était une fête musulmane…
… et que des vignes avaient été coupées…
… à proximité d'Alger.
Musique traditionnelle
Je m'étais promené dans les rues, comme quand j'allais en classe.
Presque rien n'avait changé.
C'était pour moi des vacances.
Je comptais aller Ă la plage.
Sirène
- Qu'est-ce qu'il a dit ?
- Ils sont armés. C'est pas pareil.
- Faites circuler.
- Allez, circulez.
Il n'y a rien Ă voir.
- J'habite lĂ .
- Qu'est-ce qu'il a dit ?
- Ils sont armés. C'est pas pareil.
- Allez, allez, reculez !
Reculez, s'il vous plaît !
- Une bombe dans un panier. On l'a désamorcée.
Il était temps.
- Tiens… Demain, c'est l'Achoura.
Musique gaie
- Maman, rapporte-moi des cacahuètes !
- Si tu es sage ! Au revoir !
Un homme le dispute en algérien. ——
- Salut, Brahim ! Ça va ?
Bonjour ! ——
Salut ! ——
Bonjour ! ——
Au revoir, maman ! ——
HĂ© ! Boralfa ! SaĂŻd !
Boralfa ! SaĂŻd !
Bonjour.
- Dégage !
- Peur des cailloux ? - T'es jaloux !
Musique gaie
Ils discutent en algérien.
- Pourquoi ces bougies ? Il fait chaud.
- Le début de l'année, c'est après Noël, non ?
Le clocher sonne.
- À quoi ça leur sert de couper les vignes ?
- Ils se révoltent, on s'occupe plus d'eux.
- Tes doigts, papa.
Tu as mal dormi cette nuit.
Repose-toi, il faut que tu dormes.
- Papa, il fait trop chaud. - Fais un peu la sieste.
- Papa, j'ai pas envie.
- Il faut que tu dormes. - Papa…
- Je veux que tu dormes. - Papa…
- Dors. Je veux que tu dormes.
Dors.
Dors bien.
Et surtout, ne fais pas de mauvais rĂŞves.
Dors.
Dors bien. Dors.
Dors.
Dors.
Dors.
Dors.
Dors…
Cigales
Flûte traditionnelle
- La ferme de mon père s'étendait dans la plaine.
Une vingtaine de familles arabes y vivaient.
On y cultivait de la vigne, du blé, des orangers.
Mon père y avait construit la maison de mon enfance.
Sirène de bateau
Sirène de la ville
- HĂ©, les gars !
HĂ©, les gars ! J'ai le casque !
Allez, en avant !
PrĂŞts ? Partez !
Cris des enfants
- Jean, dépêche-toi !
Allez, dépêche-toi !
- Ça y est !
- Jean ! Jean ! ——
- Laissez-moi pisser en paix ! ——
Ça y est ! Youhou ! ——
- Saïd a gagné !
- C'est nous ! En avant ! ——
Musique gaie
- On m'avait raconté…
… qu'il n'y avait là que des buissons…
… où rodaient des chacals et des hyènes.
On y mourait de paludisme.
C'est lui qui avait défriché, assaini,
… planté des arbres et des vignes.
C'était son œuvre.
- Attendez, je reviens.
OĂą tu as appris Ă travailler ?
C'est pas comme ça ! Dessous, dessous !
- C'est comme ça que je faisais.
- Regarde si tu as fait comme ça.
Là , là , là … Ça ou rien, c'est pareil.
Recommence tout.
Et vite !
Faut 5 ou 6 hommes de plus. On aura jamais fini demain.
Ils discutent en algérien.
- M'barek, arrĂŞte avec ces marabouts.
Tes tombes partout, je vais les enlever.
Il parle algérien.
- Tu sais, moi, je peux plus labourer.
Je vais les faire sauter.
Allez, allez, du balai.
- C'est moi le patron ou non ?
Hue !
Musique gaie
M'barek, dégage ! Dégage, je te dis !
Hue ! Hue ! Hue ! ——
- M'barek s'occupait des marabouts.
Des tombes de pieux personnages enterrés là .
Il y en avait près de l'écurie, derrière la maison,
… au milieu des vignes…
- Pas une maladie.
Avec le soleil qu'on a eu,
… s'il y a un peu de pluie, ça sera gros comme ça.
Tu verras les vendanges.
- Peu à peu, le paysage était devenu fertile.
Brouhaha de la foule
*- Ici Paris, poste parisien.
Nous vous donnons l'heure exacte.
*Bip
*16 heures, 59 minutes et 40 secondes.
*Bip
*Au 4e top,
*… il sera exactement 17 heures,
*… 0 minute.
*4 bips
- Il est 17 h.
*- 17 heures,
*… 0 minute, 10 secondes.
*Bip
*17 heures, 0 minute,
*… 20 secondes.
*Musique gaie de jazz-band
Les moutons bêlent ——
Sirène de bateau au loin
Musique sombre
Discussions en algérien
- Il faisait très chaud dans les rues.
À la ferme, par cette chaleur, c'était les vendanges.
- Fatima ! Viens, Fatima ! ——
Elle vient. ——
Elle parle en algérien. ——
- Tu te souviens pas ? Tu disais que j'avais pas de tĂŞte.
"Ce qui vient là , ça sort là ."
- Ah ! Monsieur Jean !
J'ai eu… peur.
Et pourquoi aujourd'hui, tu penses Ă Fatima ?
- Ma mère te croyait malade. Elle t'attend pour le ménage.
- Viens, viens. Viens nous voir.
Entre, va.
Elle parle en algérien.
Monsieur Jean…
La petite tousse.
Chouf, Monsieur Jean…
Ton fils est en France ?
- Oui, j'ai laissé mon fils en France.
- Tu vois ?
Comment tu fais ?
Oh ! Plus…
Tu prends lĂ ,
… tu mets là , tu mets là .
Tu prends du sucre.
Ça, il vient là .
T'es méchant, hein…
- OĂą est SaĂŻd ?
- Il est parti lĂ -bas.
- Où ça ? - Là -bas. Je sais pas.
Et pourquoi, Monsieur Jean ?
Pourquoi ?
La petite parle algérien.
- Comme tu es vieux, tu attends.
Tu attends le bon Dieu.
Elle chantonne.
Rotor de l'hélicoptère
Musique sombre
- On dirait qu'il va pleuvoir.
- C'est bon signe.
S'il pleut cette nuit, le sirocco est fini.
- Parle pas trop, repose-toi.
- Il vaudrait mieux qu'il ne pleuve pas.
Avec ce sirocco, les raisins doivent être mûrs.
S'il y a un orage, ils pourriront.
- Il ne pleuvra plus.
Papa, pour la dernière fois, venait de voir la pluie.
On sonne Ă la porte.
- C'est gentil d'ĂŞtre venue. - J'aurais dĂ» venir plus tĂ´t.
Comment va-t-il ? - La chaleur le fatigue.
- Ils ont encore coupé des vignes, à 2 km de chez moi.
Il y a des militaires partout et la police.
Ça va arriver ici. Et Jean ?
- Jean, c'est la cousine Louise.
Jean, viens ici !
- Tu ne viens pas embrasser la cousine Louise ?
Comme c'est beau !
- Papa les a ramenés de Paris.
- Mon fils veut ĂŞtre boxeur.
Dès qu'il est propre, il se roule par terre.
Boralfa, va jouer. Jean reste avec nous.
- Il a de bonnes notes ? - Pas brillant.
- Jean, il faut travailler pour diriger la ferme.
C'est un travail d'homme.
Je me bats tous les jours, pas facile pour une femme.
- À Paris, tu n'as trouvé personne ?
Une Algéroise avec une ferme, des vignes, une auto,
… ça devrait les faire courir.
- Un Parisien en Algérie, dirigeant des Arabes ?
Il se ferait posséder. Ce serait une fantasia.
- Il te faudrait un amoureux. - Penses-tu !
Je n'ai pas la tête à ça.
Je dirige cette propriété seule.
Je ne me laisse pas avoir.
Pas comme Michel.
- Il n'a confiance qu'en ceux qui lui demandent de l'argent.
- Tu ne changeras jamais ton Michel.
- C'est sa vie, il est heureux comme ça.
- C'est aussi la tienne.
Il devrait ĂŞtre prudent.
Il se laisse entraîner dans des affaires…
- Si tu voyais ce qu'il a ramené !
On installe un chauffage central.
Pourquoi ? On va crever de chaleur !
- Non, Michel ! ArrĂŞte.
Rires
- Ne fais pas ta coquette.
- Tu ne sais pas ce qu'est la peur.
- Tu veux boire quelque chose ?
- Merci. Si vous étiez dans une ferme…
- Michel, je vais te faire tes piqûres.
- Ça te fait plaisir.
- Ils descendront dans la rue avec des haches.
Vous verrez.
- Tu le crois vraiment ?
- Elle a toujours annoncé des catastrophes.
- Mais si tu m'avais écoutée, tu aurais encore ta ferme.
Il faut voir les choses telles qu'elles sont.
Si à chaque attentat, on en fusillait 10…
- Tu nous casses la tête. - Tu as vécu dans une ferme.
Ici, seule compte la force. Leur religion veut ça.
- Tu ne les comprends pas. - Et toi, tiens, ton SaĂŻd,
… parti dans la montagne.
- Le fils de Fatima ?
- Celui qui jouait avec Jean et Boralfa.
Il va égorger comme les autres.
Jean, tu vois Boralfa ?
- Je pense aller le voir. Il doit ĂŞtre dans son garage.
- Dis-lui de venir chez moi tailler les arbres.
- Michel, relève ta manche. - J'aimerais le revoir.
- Il est parti avec les autres.
- Ouh lĂ !
Tu me fais mal. - Oh, toi !
- Vous ne savez pas ce que c'est de rentrer seule dans sa ferme,
… de se barricader chez soi,
… de tirer l'armoire devant la fenêtre et d'attendre.
C'est pas une vie.
Si tu voyais ma ferme, avec ces barbelés, ces soldats…
La tienne aussi, Michel.
Les Arabes viennent me demander ce qu'il faut faire.
"Pourquoi on ne fait rien ?"
"Que va-t-on devenir si tu t'en vas ?"
Tous me disent ça.
Ils veulent que je reste.
Eh non, cette ferme, je la tiens de mon père.
J'ai tout sacrifié à cela.
C'est mon pays.
Je ne le quitterai pas.
Ils me tueront, mais je ne le quitterai pas.
Prenez vos dispositions. J'ignore ce qu'il va vous laisser.
Pauvre Michel…
Il ne reste rien de l'homme qu'il a été.
Si tu l'avais connu jeune…
Musique sombre
- Marquez la piste. ——
Musique gaie
Musique sombre Jean.
Un, deux, trois, ——
… quatre, cinq, six, ——
… sept, huit, neuf,
… dix, onze, douze, Musique gaie
… treize, quatorze, quinze. ——
Saïd, le piquet. ——
C'est là qu'il y a de l'eau. ——
Ils parlent algérien.
- On a dĂ» rencontrer l'eau.
- Ça vient !
Musique sombre
Musique gaie
Qu'est-ce que je disais ? ——
C'est bien, Monsieur Michel, de trouver l'eau.
Dieu te protège.
- Oui, Boralfa travaille lĂ .
Tu te souviens pas de moi, M. Jean ?
J'ai habité dans la ferme de ton père avant la vente.
Tu me reconnais pas ? Idir.
On était dans les tirailleurs.
Avec Boralfa, on t'a rencontré en Alsace,
… pendant la guerre, près de Mulhouse.
De la neige comme ça.
Boralfa est allé au village…
… voir sa femme.
Ici, on est bien, on est tranquilles.
Tiens, assieds-toi. Boralfa et moi, on couche lĂ .
- Tu n'es pas marié ?
- Si, j'ai une femme et trois gosses.
Deux garçons et une fille.
Je les ai laissés au village chez mes parents.
Je vais les voir quand je peux.
Il faisait froid en Alsace, pendant la guerre !
Il pleut, il neige…
On vivait dans de la limonade.
Boralfa me faisait une tête comme ça.
Toute la journée, il me parlait du soleil,
… des figuiers, de tout.
On aurait tout donné pour retourner à la ferme.
- Nous aussi, on pensait comme ça.
- Remarque, ici, on est bien.
Saïd venait me voir quand il était chez ta cousine.
- Boralfa, comment il va ?
- Il va bien. Il me parle souvent de toi.
C'est lui qui m'a trouvé cette place.
Ici, je gagne bien, j'ai la sécurité sociale.
Comme un Européen, quoi.
- Bonjour. - Madame.
- Pardon, je viens chercher mon auto.
Mon mari vous l'a confiée pour un graissage.
- Ce mécanicien va vous donner un coup de main.
Je vais l'appeler.
Ali ! - Oui ?
Ils discutent en algérien.
- C'est bon, c'est fait.
- Merci bien, très aimable.
Saïd aurait voulu une place comme ça.
Boralfa te dira :
… "Ici, on est mieux que dans une ferme."
Feux d'artifice
Explosions
- Boralfa, c'est le 14 juillet.
Musique sombre
- Boralfa n'était pas là . Il rentrera demain.
- Louise ignore ce qu'est une ferme.
- Cette femme sait gérer ses affaires.
- C'est une vieille fille.
Elle aurait dĂ» se faire pincer les fesses.
- Oh, Michel ! - Son père a créé sa ferme.
Je l'ai obligée à planter de la vigne.
Maintenant, elle s'en occupe.
Elle sait Ă peine parler arabe.
- Mais elle sait l'anglais.
- "Elle sait l'anglais." Tu entends ?
"Elle sait l'anglais." Et Jean sait le latin.
- Avec toi, on peut pas discuter.
- Tu sais encore parler arabe ?
- Un peu. En France, on a pas trop l'occasion.
- Avec Boralfa, on parle arabe.
Sinon, tu peux pas les comprendre.
J'étais toute la journée avec eux.
On se disputait, surtout avec M'barek.
Il se prenait pour le prophète, des marabouts partout.
Ă€ sa mort, il m'a eu. Un marabout de plus.
Quand il y avait un malade, je devais faire la piqûre.
J'ai dĂ» en faire Ă toutes les mauresques.
Ils nous offraient des gâteaux.
On se connaissait.
C'était une grande famille.
Chacun connaissait sa place.
Je leur ai appris Ă greffer les arbres.
Quand j'ai acheté, il n'y avait rien.
Il a fallu tout défricher et planter.
On mourait de paludisme.
J'ai été un des premiers à planter de la vigne.
On me prenait pour un fou, surtout Louise.
Après, tout le monde s'y est mis.
On a gagné beaucoup d'argent.
Des gens d'Alger m'ont embarqué dans de mauvaises affaires.
Et j'ai perdu la ferme.
- Tu as toujours été trop confiant.
- Les Arabes m'ont appris Ă ĂŞtre juste.
Si tu es juste, ils ne l'oublient jamais.
À l'époque, c'était dur de savoir quoi faire.
Je ne regrette rien.
J'ai fait ce que j'avais Ă faire.
Tout ce que j'ai fait était juste.
Un homme parle algérien.
- Tu veux coucher dehors ?
- J'aurai moins chaud. Éteins.
Sirène de bateau
Aboiements
Coups de feu
- Jean, qu'est-ce que c'est ?
- Des coups de feu ?
- Ce n'était rien. T'inquiète pas.
- Est-ce qu'il pleut ? - Non, papa.
Mon père avait vécu une vieille histoire…
… avec de l'amour et de la haine.
Il ne restait que la haine.
Papa…
… quand a-t-on vendu la ferme ?
Les moutons bĂŞlent
- Jean, viens ici ! ——
- Oh, oh ! Allez, allez… ——
Oh, oh, oh, oh… ——
Allez, allez, allez… ——
Oh, oh, oh, oh… ——
Oh, oh, oh, oh… ——
Oh, oh, oh, oh… ——
Oh, oh…
- Jean ! Jean ! - Oh, oh…
- Jean ! Jean ! Jean ! Papa ne respire plus !
- Maman…
Musique triste
Rotor de l'hélicoptère
Musique sombre
- Les magasins étaient fermés, c'était l'Achoura.
En Algérie, c'est un jour férié pour tout le monde.
C'était mon père. ——
Toute sa vie, ——
… il avait eu l'habitude de se lever tôt.
Pour aller dans les vignes ou Ă la cave,
… il longeait l'orangerie, ——
… arrivait devant l'écurie des chevaux,
… et après avoir suivi l'allée de cyprès,
… passait devant le marabout de M'barek,
… au pied de l'olivier. ——
En ville, après avoir vendu la ferme,
… il se promenait à l'aube dans les rues désertes,
… s'arrêtant pour parler à des Arabes du quartier.
C'était la première fois qu'il me faisait de la peine.
J'étais son fils.
Oui, papa est mort.
Il est mort en dormant.
Ce matin, vers 5 h. Il n'a pas souffert.
J'ai fait la déclaration à la mairie.
Au revoir. Merci.
- C'est Jean. Il est allé à la ville.
Tiens, mets ça sur l'évier.
Boralfa a apporté des figues pour papa.
Préparons la chambre.
- Qui va venir ?
- Désolé, M. Jean. M. Michel, il est mort.
- Louise est partie. - Qui est-ce ?
- Le fils de SaĂŻd. Boralfa s'en occupe.
Boralfa va nous aider.
Dans la salle de bains.
Jean, le chiffon.
Il te faut une cravate noire. - Les magasins sont fermés.
- Tu dois en avoir une. On va regarder.
Aide-moi Ă le tirer, nous mettrons les chaises autour.
- Tu vas venir en France.
- Tiens, tire.
On dirait qu'il sourit.
Pépiements d'oiseaux
- Ça s'est passé là , hier soir.
- C'était un règlement de compte.
- Certainement.
- J'ai rencontré un général qui venait de là -bas.
Il disait que depuis l'indépendance,
… les Français doivent partir.
- Et sa ferme ?
- Mes condoléances. - Il l'a vendue.
- On leur rend la vie dure.
Leur argent est bloqué.
- Michel l'a bien connu, ils étaient à l'école ensemble.
- On devrait partir.
- On ne sera pas à l'église demain.
- À cause de la chaleur, on l'a enterré vite.
Louise s'était occupée de tout.
- Jean, je vais te présenter à Mathilde.
Mathilde.
Jean, le fils de Michel.
- Je le connais, je l'ai vu tout petit.
Je te présente mon mari. - Mes condoléances.
- Pauvre Michel…
- Il dormait, il n'a pas souffert.
- J'avais l'impression que papa ne nous appartenait plus.
- Tante Françoise.
Maman sera demain à l'église.
Jean.
- Vous avez toujours votre ferme ?
- Nous l'avons mise en gérance, nous habitons en ville.
- On n'ose plus montrer sa force.
Si on en exécutait…
… 10 au hasard… Seule la force compte.
Musique angoissante
Que fiches-tu ? ——
Je ne veux plus te voir nettoyer ! ——
- Monsieur Michel ! Monsieur Michel !
Brouhaha de la foule
Monsieur Michel ! ——
- Ils descendent de la montagne.
- Ils ne trouvent pas de travail. - Je leur ai déjà donné du pain.
Ils sont pas de la ferme, qu'ils se débrouillent.
Il y a pas de travail ici ! ——
Je vous dis qu'il y a pas de travail.
Je vais les faire circuler. - Attention…
- Avancez, je l'assomme. ——
Ils discutent en algérien.
- Fiche le camp.
Flûte traditionnelle
- Si je vais en France, je gagne bien ma vie.
On travaille, je ramène l'argent aux gosses.
Quand on cherche du travail, on ne sait pas quoi faire.
Il y a des gens qui se promènent.
Ça dépend ce qu'ils font.
Des types restent 2 ans sans voir leur famille.
Tu sais, il deviendra comme un fou.
Mais je comprends rien.
Quand on marche dans la rue,
… les Français nous regardent de travers.
On a fait la guerre ensemble. On a traversé le Rhin.
On a été les deuxièmes à traverser le Rhin.
Mon père était un sergent. Moi aussi.
Mon cousin était un lieutenant. Il est encore dans l'armée.
Moi, j'ai voulu retourner Ă mon pays.
Quand j'étais arrivé là , j'ai trouvé que c'était pareil.
Tous les gens nous regardent de travers.
C'est pour ça que Saïd est parti.
Il travaille chez ta cousine.
Ils se sont disputés avec ta cousine Louise.
Il est chauffeur de tracteur et on le paye comme un pĂŞcheur.
Ça n'allait pas.
Après, ta cousine Louise, vous le savez bien,
… elle est venue chez moi.
Quand elle est rentrée, je sais qu'elle allait blaguer,
… parce qu'elle blague beaucoup.
J'ai dit : "Celle-lĂ , ils vont lui dire quelque chose."
Elle est arrivée : "Bonjour, Boralfa. Ça va bien ?"
J'ai dit : "Oui, madame. Ça va très bien.
"Qu'est-ce que vous voulez ?"
Elle m'a dit : "Viens me tailler les arbres."
J'ai dit : "D'accord."
Je suis parti tailler les arbres. J'ai fait 3 jours chez elle.
Quand j'ai fini, elle m'a donné 600 francs.
J'ai réfléchi et j'ai dit : "Non, c'est honteux."
MĂŞme si elle a pas honte, moi, je l'estime pas.
Même le trolley, elle ne me l'a pas payé.
J'ai pris les 600 francs et j'ai dit :
"Si c'était un Français, combien tu aurais donné ?
"2 000 francs par jour. 3 jours, ça fait 6 000 francs.
"600 francs, c'est pas le prix."
Je suis un Arabe, un boudjadi.
Alors, j'ai été trouver ton père.
Je lui ai dit : "Regarde ce qu'elle m'a donné, Louise."
Il m'a dit : "Combien ?" Je lui ai dit : "600 francs."
Il m'a dit : "Tu as qu'Ă les garder.
"L'année prochaine, on va lui arranger la cravate."
Je les ai gardés et je suis parti.
L'année prochaine, elle est venue.
Elle m'a dit : "Viens… me tailler les arbres encore."
Avant que je la voie, j'ai été voir ton père.
Il m'a dit : "L'an dernier, elle t'a donné 600 francs."
J'ai dit : "Oui."
C'est lui qui m'a montré la taille de la vigne,
des arbres, planter, greffer, tout ça.
Ton père, c'est lui qui m'a tout appris.
Il m'a dit : "Maintenant, tu vas couper les bonnes branches.
"Comme ça, elle va se rappeler.
"Tu laisses les mauvaises. C'est elle, le boudjadi.
"C'est pas toi."
C'est pour ça que Saïd, il est parti.
Il a laissé ses gosses.
On est pas dans la vigne, nous.
Tous ces gens, pourquoi ils se révoltent ?
Parce qu'on a pas de pays.
Moi, je suis pas parti pour la question de ton père.
Rotor d'hélicoptère
- Ça ne m'intéresse plus.
J'ai quitté l'Algérie pour plus être mêlé à ça.
- Tu sais ce que m'a dit ton père ?
Il voulait que tu restes ici.
- Que vais-je faire ici ?
Je vais faire comme Louise ?
En France, au moins, je suis tranquille.
Je m'ennuie, mais je suis tranquille.
Mon père a essayé de tirer quelque chose de cette terre.
Il a fait une ferme lĂ oĂą il y avait rien.
Il a trouvé de l'eau, planté des arbres.
En France, quand je vois un olivier ou des vignes,
… je pense à ça.
Il avait fait quelque chose de bien pour ce pays.
Tout ce qu'il a fait, c'est comme si c'était rien.
J'aurais voulu faire quelque chose ici.
Mais tu vois le résultat et tu as plus le courage.
Toi et SaĂŻd, vous voulez faire un autre pays.
Comment tu veux que j'aie confiance ?
Je veux pas faire des salamalecs face aux Arabes.
Je veux pas vivre avec la trouille,
… puis devoir faire mes valises et foutre le camp,
… moi et ma famille, de mon pays, comme un étranger.
Je veux ĂŞtre dans la vigne.
Un pays est pour tout le monde. Sinon, il y a pas de justice.
Pas de pays. Il n'y a rien.
Comme avant.
Toi, tu peux espérer quelque chose.
Moi, j'ai pas confiance.
Maintenant, on va se tuer tous les jours.
Après, il restera que des gens qui se détestent.
On fera plus rien ensemble.
Je reste pas ici.
On peut pas ĂŞtre fier de ce qu'on fait.
Alors, toi ici, moi lĂ -bas.
Au moins, mon fils sera heureux.
Moi, j'oublierai.
On a plus rien Ă faire ensemble.
- Moi et ton père, on pense que tu vas revenir.
- Mon père est mort.
Avant de partir, il fallait…
… rédiger un communiqué de presse.
Nous avions rédigé ceci : "Il fait partie…
… "des colons de la première heure qui,
… "par leur travail, ont fertilisé la plaine.
"Une des dernières figures de cette génération.
"Un des premiers Ă planter cette vigne,
… "qui devait devenir la richesse de l'Algérie."
Malgré la convention des mots, c'était vrai.
Cela résumait bien sa vie.
Les moutons bĂŞlent et les vaches meuglent.
Je n'avais mĂŞme pas la haine pour me consoler.
- Il est mort en dormant.
Il paraissait pourtant bien mieux.
Le dernier soir, il a parlé de la ferme.
Sans cette chaleur, avec un peu de pluie…
- Vous allez au village ? - Oui.
- Ne prenez personne, il y a eu un attentat.
Allez, passez.
- J'allais enterrer mon père. Après, tout serait fini.
Le clocher sonne.
- Envoie le ballon ! Vite ! ——
- Envoie, vite ! - Envoie le ballon !
- Envoie le ballon ! - Allez !
- Merci ! ——
Les enfants crient et le clocher sonne.
Le clocher sonne.
Musique sombre
- Shoote ! - À moi ! À moi !
- Michel…
Musique angoissante
- M'barek ? ——
- Anima eius et animae omnium fidelium defunctorum…
… per misericordiam Dei requiescant in pace.
- Amen. ——
- Mes condoléances.
Votre père a été un grand défricheur,
… un bâtisseur, un pionnier. Nous le garderons dans nos cœurs.
- Merci, monsieur.
- Madame. - Merci.
- Tu as vu la situation, mon petit Jean ?
Tu seras plus heureux en France.
- J'ai bien connu votre père.
Malgré nos désaccords politiques, c'était un homme droit.
S'il n'a pas de statue, ses vignes témoigneront pour lui.
- Merci, monsieur.
- Je ferai porter des roses. Ne tardez pas Ă rentrer.
- Bien sûr. - C'est plus prudent.
Michel aura au moins connu le bon temps.
- Au revoir. Je pars après-demain.
- Je suis venu à cause de ton père.
Crissements de pneus
Brouhaha de la foule
- Vite, chez le toubib. - Étale les journaux.
Flûte traditionnelle
- À la ferme, M'barek disait souvent :
… "Dans le paradis, il y aura un immense figuier…
"… à l'ombre duquel les serviteurs de Dieu…
"… boiront une eau limpide et fraîche.
"L'un d'entre eux dira : 'J'avais un ami sur la terre.
" 'C'était devenu mon pays.' " ——
Adaptation : Edouard Sonet Sous-titrage L'ATELIER D'IMAGES
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.