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JOURNAL INTIME
Y a quelque chose sous mon lit.
Touche pas le sol.
Il peut pas t'attraper si tu touches pas le sol.
Il n'y a rien sous ton lit.
- Juste des moutons. - Je sais.
Il va vous dévorer.
Endors-toi, Aurora.
Bonne nuit, Aurora.
Je fais un vœu.
Aurora ?
- Oui ? - Monte.
Allez.
- Aurora. - Aurora.
Que fais-tu lĂ ?
- Comment es-tu sortie ? - Entre. Tu vas bien ?
Entre donc.
Aurora, ça me chagrine quand tu te couches tourmentée.
Visualise tous tes soucis
et mets-les dans ma poche.
Tout ce dont tu as peur.
Tous les maux qui pourraient arriver,
mets-les dans ma poche.
Je m'en charge, dors tranquille.
Tous tes soucis sont lĂ ?
Bonne nuit, Aurora.
Au revoir, papa.
ArrĂŞte de sucer ton pouce, sinon tu auras des dents de lapin.
Bonne nuit, Aurora.
Au revoir, maman.
Aurora ?
Aurora, que se passe-t-il ?
Aurora ?
Maman ?
Maman ?
Notre Père, qui es aux cieux
Que ton nom soit sanctifié
Que ton règne vienne Que ta volonté soit faite
Sur la terre comme au ciel
Notre Père, qui es aux cieux
Que ton nom soit sanctifié
Que ton règne vienne Que ta volonté soit faite
Sur la terre comme au ciel
Donne-nous aujourd'hui Notre pain de ce jour
Pardonne-nous nos offenses
Comme nous pardonnons aussi À ceux qui nous ont offensés
Pardonne-nous nos offenses
Notre Père, qui es aux cieux
Que ton nom soit sanctifié
Que ton règne vienne Que ta volonté soit faite
Sur la terre comme au ciel
RÉSIDENT 5B
RÉSIDENT 5B
JE VEUX VOUS ENGAGER POUR TUER LE MONSTRE SOUS MON LIT.
EST-CE SUFFISANT POUR SOLLICITER VOS SERVICES ?
A.
C'est assez d'argent ?
Pour quoi ?
Solliciter vos services.
J'ai pas compté.
〝Solliciter〞, t'as appris ça où ?
Le calendrier des mots.
T'as un prénom ?
Ou c'est juste 〝A〞 ?
C'est Aurora. Et vous, c'est comment ?
Il y a 327 dollars et 42 cents, Erora.
OĂą as-tu eu cet argent ?
J'ai volé une église.
C'est assez pour tuer un monstre ?
Tu crois que je tue les monstres ?
Je vous ai vu en tuer un.
Qu'est-ce que tu as vu ?
Ă€ Chinatown.
Derrière un restaurant.
J'ai vu un dragon.
Et vous l'avez tué.
Tu m'as vu tuer un dragon ?
Comment je l'ai tué, Erora ?
Vous l'avez éventré,
comme un poisson,
avant de lui couper la tĂŞte.
Tu as de l'imagination.
J'ai deux yeux.
- Les monstres n'existent pas. - Ils existent.
Faites pas semblant.
Les adultes ne font pas semblant.
Ils font semblant de pas avoir peur, mais ils ont tout le temps peur.
C'est presque vrai.
- Erora. - Aurora.
- Erora. - Aurora.
Petite, tu as dit Ă tes parents que je tuais des monstres ?
Arrête ça.
Qu'en pensent tes parents ? Ils croient aux monstres ?
Maintenant, oui.
Maintenant, ils y croient.
Avant, non, mais maintenant, oui.
Comment ne pas croire en quelque chose qui te dévore ?
Qui t'a dévoré.
Le monstre a dévoré tes parents ?
Oui.
Il ressemble au monstre que j'aurais éventré comme un poisson ?
Oui.
Et ce monstre vit sous ton lit ?
Oui.
Montre-moi.
Tu l'as vu manger tes parents ?
J'étais sous ma couverture.
Tu les as entendus se faire manger ?
Je les ai entendus se faire attraper.
C'est la chambre de mes parents.
Ils ont essayé de s'y cacher.
Je ne vois pas de sang.
Quand on dévore, il reste du sang.
Il les a mangés entiers.
Un de tes parents avait une arme ?
Quelqu'un avait une arme. Tu as entendu un coup de feu ?
Je vous l'avais dit.
Il a dû y avoir un sacré boucan. Tes parents n'ont pas appelé à l'aide ?
Tu as des voisins.
Personne n'a entendu ça ?
Il avale tout.
MĂŞme les cris.
Quand il me mangera, il avalera ton 〝je vous l'avais dit〞 ?
Je vous dirai que je vous l'avais dit.
Quand vous serez mangé, vous saurez que je vous l'avais dit.
Pourquoi t'es pas allée à la police ?
Pourquoi vous y allez pas ?
Je leur dirais quoi ?
Vous voyez ?
Je pourrais leur dire qu'une petite a été abandonnée par ses parents.
Vous leur raconterez ça après l'avoir tué.
J'essaie d'imaginer ce que tu as vu, petite.
Le monstre que tu crois m'avoir vu tuer...
Que je vous ai vu tuer.
Ton monstre, il est pareil ?
Oui, donc je vous ai engagé.
Mais je ne veux pas être engagé.
J'ignore ce que tu as vu derrière ce restaurant
mais je n'ai tué aucun monstre.
Je n'ai rien tué.
VoilĂ pourquoi vous irez pas Ă la police.
Tuer, c'est illégal.
Vous avez beaucoup tué ?
On dirait bien que vous avez beaucoup tué.
D'après mon expérience, un monstre qui dévore des gens entiers,
sans verser de sang, ne le fait pas au hasard.
Vous faites plus semblant ?
J'essaie de voir les choses à ta façon.
Pourquoi aurait-il mangé ta famille ?
Ils ont touché le sol.
Un monstre comme le mien
ne mange pas les gens parce qu'ils marchent sur le sol.
Pourquoi il voulait vous dévorer ?
Parce que je tue des monstres.
Rentre chez toi, petite.
Y a une chose sous mon lit qui veut me dévorer.
Alors, ne touche pas le sol.
Je ne pensais pas te revoir.
Je te prendrais bien dans mes bras,
mais je ne fais pas dans les formalités.
- Vous avez commandé un sandwich ? - Oui.
Tu veux la moitié ?
J'essaie de relâcher ma mâchoire.
Elle est tout le temps crispée, et donc...
je la relâche avant de manger pour qu'elle ne se décroche pas.
Ça te dit quelque chose ?
Ça devrait ?
Des voisins qui ont disparu. Du travail de pro.
- Tu as rencontré tes voisins ? - Je sais qu'ils existent.
Leur fille était là .
- Elle a tout vu ? - Elle a tout entendu.
Elle croyait Ă un monstre sous son lit.
Tu cherches un monstre ?
Le monstre me cherche.
Il a dĂ» se tromper d'appartement.
Il a eu de la chance de se tromper.
Ils ont dĂ» entrer par effraction avant de comprendre.
Ils ont éliminé les témoins.
La petite n'a rien vu. Ils l'ont laissée vivre.
Je vais vérifier ça.
Comment sais-tu qu'elle n'a rien vu ?
Elle me l'a dit.
Elle t'a vu.
Une petite fille connaît ton visage.
- Elle sait ce que tu fais ? - Elle ne sait rien.
Elle croit avoir vu des monstres.
Tu es un monstre. Est-ce qu'elle croit en toi ?
Je ne tuerai pas une petite fille.
Parce que tu as déjà tué ses parents ?
Tu ne les as pas tués.
Pas dans les faits, mais d'une certaine façon.
Un guépard tue un babouin.
Il découvre qu'un bébé s'accroche au cadavre.
Que fait le guépard ? Il ne mange pas le bébé.
Priver un enfant de ses parents, ça fait chier même un guépard.
Ouais, j'ai vu des docus animaliers.
Le bébé meurt.
Et le guépard trace.
Alors, fais pareil.
Touche pas le sol.
Un monstre arrive. Va sous ton lit.
Y a un monstre dessous.
Alors va dans le placard.
Non.
Non !
Il y avait quelqu'un ?
L'escalier de secours ?
Elle s'est fait prendre.
Ton monstre ?
Je touche le sol. OĂą est ton monstre ?
Pourquoi il vient pas ?
Il mange.
Viens lĂ .
S'il y avait une personne, elle s'est enfuie et elle reviendra.
Elle s'est pas enfuie.
Reste lĂ .
Qu'est-ce que tu fais ?
Je le vide de son sang
pour pouvoir le découper sans en mettre partout.
Pourquoi tu le découpes en morceaux ?
Je dois me débarrasser du corps.
Pourquoi tu le mets pas dans ma chambre ?
Le monstre le mangera.
- T'es déjà allée chez un boucher ? - Oui.
C'est comme chez le boucher avec les cochons et les vaches,
mais avec une personne.
Et ça ira dans une valise, pas dans nos estomacs.
- J'adore les cochons. - Disons que c'est une vache.
Si ça te choque pas avec une vache,
dis-toi que c'est la mĂŞme chose.
- Je peux voir ? - Non.
Ça ne ressemble plus à un humain.
Aide-moi Ă emballer les morceaux.
Si tu veux.
C'était qui ?
Un tueur.
Il était venu tuer le monstre ?
ArrĂŞte de parler de monstres.
Tes parents ont été tués. Ils n'ont pas été dévorés par un monstre.
Quelqu'un les a découpés en morceaux ?
Il était venu pour moi.
Ou pour toi.
Pour tuer l'un de nous deux.
À cause de mes activités ou d'une erreur.
Pourquoi il m'aurait tuée ?
C'étaient pas des monstres, mais des hommes, à Chinatown.
Ce sont des hommes qui ont tué tes parents.
Qui voulaient me tuer parce que j'ai tué des monstres.
Des monstres qui étaient des hommes.
Ne culpabilise pas parce que mes parents ont été dévorés.
Arrête de dire ça.
Tu peux refuser la réalité,
mais ça changera pas la réalité.
Parce que c'est ainsi.
Un monstre a mangé mes parents.
Si on le tue pas, il mangera mes prochains parents.
J'aimerais y croire, au monstre sous ton lit, petite.
J'ai jamais été aussi heureux qu'en croyant à l'impossible.
Tu vas être très heureux.
Bonjour, je suis Brenda Bautista, des services sociaux.
- Aurora est votre... ? - Oui.
- Bonjour, Aurora. - Bonjour.
On avait rendez-vous.
Vraiment ?
On est un peu dispersé ? J'attends un petit moment ?
Ça va pas changer sous peu. Peut-être un autre jour ?
ĂŠtre parent, c'est pas facile.
Surtout parent d'accueil.
Oui, surtout pour un parent d'accueil.
On est la première famille à entrer dans sa vie depuis...
ce qui est arrivé.
Ce n'est jamais facile de gagner la confiance.
La troisième famille.
Vous êtes sa troisième famille d'accueil. Ils vous avaient expliqué ça, non ?
- Vous le saviez ? - Bien sûr.
On est la première famille à entrer dans sa vie
depuis... la famille précédente.
Et j'ai toujours été... Désolé.
Je couve quelque chose. On est tous mal en point ici.
Vous ne devriez pas entrer ou approcher.
- J'aimerais aller aux toilettes. - Non.
Je dois vous prévenir, et ça m'ennuie de le dire,
car j'ai le mauvais rĂ´le, mais si vous manquez Ă vos obligations,
ce sera inscrit dans votre dossier.
Brenda, vous avez le mauvais rĂ´le.
- Mais vous l'assumez bien. - En effet.
C'est pas une menace.
Je sais, alors reportons.
Désolé de ce contretemps, au revoir.
Pensez Ă vous laver les mains.
Ce n'est pas ton assistante sociale.
Ce n'est pas son père d'accueil.
Donc, c'est ta troisième famille.
Ce monstre a mangé combien de tes familles ?
- Toutes. - Toutes ?
Et personne ne te croit ?
Non.
Analysons ça scientifiquement. Les enfants sont des scientifiques.
Vous ne jouez pas, vous expérimentez, collectez des données, analysez.
Vous croyez au père Noël et à plein de conneries.
Vous ignorez la réalité.
- Je la connais. - Non.
- Tu crois la connaître. - Toi, tu crois savoir.
D'oĂą vient ton monstre ?
C'est un vœu.
J'ai vu une étoile filante.
J'ai aussi souhaité que tu le tues.
Ce n'est pas scientifique. Ce n'est pas rationnel, petite.
Pourquoi ce vœu ?
Je voulais qu'il mange mes parents.
Pourquoi tu voulais qu'il les mange ?
Ils n'étaient pas gentils avec moi.
Donc tu étais fâchée et tu as souhaité leur disparition.
Puis tu as regretté ce vœu.
Tous tes parents étaient méchants ?
Certains étaient gentils.
Alors pourquoi le monstre les a mangés ?
Il essayait de me manger.
Qu'as-tu fait ?
T'as vu ce qu'il fallait pas voir ?
Qu'est-ce qui te rend si appétissante, Erora ?
- Aurora. - Arora.
- Aurora. - Erora.
- Aurora. - Oui. Aurora.
- Je suis méchante. - Qui a dit ça ?
Il sait que je suis méchante.
Il dévore ma famille parce que j'en mérite pas une.
J'ai rencontré des méchants. Crois-moi, t'es pas méchante.
OĂą est ton monstre ?
- Il dort la journée. - Sous ton lit ?
Sous le sol, sous mon lit.
Il sort la nuit pour essayer de me manger.
Il ne s'arrêtera pas avant de m'avoir mangée.
Tu dois le tuer avant.
T'as essayé un contre-vœu ?
Ça n'a pas marché, évidemment.
Disons que je tue ton monstre.
Tu vas aller oĂą ?
Il y a des endroits pour les enfants comme toi.
S'ils m'attrapent.
Tu n'as pas d'autre famille ?
Non.
Et toi ?
Si tu disparaissais, tu manquerais Ă quelqu'un ?
Non.
Ils ont tous été mangés.
Et toi, tu manquerais Ă quelqu'un ?
Tu me manquerais.
- Qu'y a-t-il dans la valise ? - PlutĂ´t, qui est dans la valise ?
- C'est la petite ? - Le grand est lĂ .
LĂ , c'est la petite.
Il l'a tuée, et tu l'as tué.
- Retour à l'expéditeur. - J'en ai envoyé deux.
Je n'ai vu que celui qui me ciblait.
Tu veux du lapsang souchong ?
Oui, s'il te plaît.
Je n'ai envoyé personne pour te tuer.
Sois honnĂŞte avec moi.
Qui essayait de tuer qui ?
Est-ce que ce n'était pas juste de la légitime défense ?
Parce que personne n'était censé te tuer.
C'est peut-être moi qui ai commencé.
Tu sais, je voulais juste aider.
C'était un geste envers une personne de la profession.
Je me voulais généreuse.
En envoyant quelqu'un tuer une fillette.
En envoyant quelqu'un tuer un témoin qui connaît ton visage et tes activités.
Tant pis si tu penses que j'ai aucun scrupule Ă tuer une gamine.
Je mange un mini-sandwich au cochon de lait.
J'avais la situation en main.
Ça t'a mis à cran.
Cette petite fille t'a perturbé. Tu étais comme le guépard avec le babouin.
Au moins, j'ai réglé le problème.
Tu peux passer ton chemin ou faire du sentimentalisme,
mais tu n'as plus à te soucier de ça.
De rien.
Merci.
De rien.
Pour de vrai. Le premier, c'était ironique.
Et mon deuxième envoi ?
Tu l'as tuée aussi ?
Je vais raconter quoi aux familles ?
J'ai pas vu de deuxième envoi.
Un monstre sous le lit l'a attrapée ?
Oui, voilĂ .
Personne ne sait pour les parents.
On ne sait rien sur eux, mis à part les détails sans intérêt.
Ce n'était même pas leur fille. C'était juste une famille d'accueil.
- Et ses parents biologiques ? - Ils l'avaient abandonnée.
Ils sont partis en l'abandonnant.
Tu vois le topo ? Moi, je vois très bien.
On sait qui était le monstre.
Je tue les monstres.
Personne ne t'a suivi.
Personne ne sait où tu habites, mais déménage quand même.
J'ai découvert qui essaie de te tuer.
Qui ?
Tout le monde essaie de te tuer.
C'est remarquable, et dans ta profession, c'est inévitable.
Alors, félicitations et mes condoléances.
C'est le bébé babouin ?
Qui est dans la petite valise ?
On a essayé de tout mettre dans la grande.
〝On〞 ?
Je t'ai dit de m'attendre Ă la maison.
Tu ne rentrais pas. Tu allais m'abandonner.
Ça lui arrive souvent.
Aurora, viens ici. Assieds-toi à côté de moi.
Je te connais pas.
- Tu allais m'abandonner. - Je t'ai rien promis.
Je t'ai engagé. Tu as accepté mon argent.
Aurora, sais-tu que dans certaines cultures
quelqu'un de ton âge n'est pas considéré comme une personne ?
Ils appellent ça 〝la reconnaissance différée〞.
Tu n'es qu'un petit corps avec une âme qui grandit lentement dedans,
qui pourrait devenir une personne, mais c'est pas encore le cas.
Laisse les vraies personnes discuter.
- Je suis... - Non, tu la fermes.
Tu veux un sandwich ?
Elle ne mange pas de porc.
Toi, tu traverses une mauvaise passe.
Je vois ça, un traumatisme d'enfance.
Arrête ça.
Cette petite n'est pas comme toi, et l'aider ne te réparera pas.
Il paraît qu'on ne peut pas surmonter un traumatisme d'enfance
si on n'a pas soi-mĂŞme un enfant.
Et on resterait brisé sans enfant, mais je ne suis pas d'accord.
- Je vais casser... - Personne ne peut.
C'est ainsi que va la vie.
Elle t'a engagé pour quoi ?
Pour tuer le monstre sous son lit.
Le monstre qui a dévoré sa famille d'accueil ?
Et ses parents biologiques. Et tous ses parents.
Et la femme armée qui est arrivée par la fenêtre de ma chambre.
- Je ne l'ai pas vue. - Moi si.
Elle a été dévorée.
- Je sais pas quoi penser. - Tu vois ?
Qui a tué la femme armée qui est entrée par la fenêtre ?
- Je sais pas. - Le monstre sous le lit.
Tu n'es pas la seule Ă avoir un monstre sous son lit.
Tous ceux qui essaient de te tuer,
ils n'abandonneront jamais
avant de t'avoir tué ou de te savoir mort.
Ne dors jamais deux fois au mĂŞme endroit.
Tu peux dormir dans mon lit.
Le monstre les mangera.
Pars tout de suite, quitte la ville, ne retourne pas chez toi.
Plus de resto, ni le reste, et tu disparais complètement.
Bonsoir, bienvenue. Comme d'habitude ?
Oui, s'il vous plaît.
Selon la dame, tu as des problèmes.
Pour l'instant, j'ai deux problèmes. Pour être clair, tu es l'un des deux.
Tu pourrais ĂŞtre mon papa.
Tu serais un bon père.
Je veux pas être un de tes pères. Tous tes pères meurent, Erora.
Aurora.
Enfant, j'ai pensé un moment que ma mère était la plus belle femme du monde.
Et un jour, j'ai bien regardé et j'ai réalisé que ce n'était pas le cas.
Mon cerveau me poussait Ă le penser.
C'est bĂŞte, non ?
Ce que tu attends de moi, ça ne vient pas vraiment de toi,
mais ça vient de ton cerveau.
Et ce que j'attends de toi...
Ça vient de ton cerveau.
Exactement.
On se connaît pas vraiment.
- Tu es un de mes vœux. - Tu attendais ça,
mais ce n'est pas toi qui contrôles tout ça.
- Si. - Non.
- Si ! - Non.
- Si. - Mais non.
Je...
- Je peux m'asseoir ? - Je vous le déconseille.
C'est votre fille ?
- Oui. - Non.
- Désolé de douter. - Alors, ne doutez pas.
Shumai crevettes, raviolis champignons et biscuit dragon.
Aumônière vapeur, ravioli juteux, ravioli lapin aux crevettes.
Tu sais pourquoi je suis lĂ .
- Donc, vous êtes là pour moi. - C'est ça.
Et pas pour elle.
Vous la laissez tranquille.
On pourrait parler dehors.
On vient de nous servir.
Sa présence ne les arrêtera pas.
Ils vont la transpercer.
Je n'ai encore prévenu personne.
Tu devrais, non ?
Tu sais quoi ?
Elle mange son dessert, je te rejoins dehors.
On va pouvoir discuter.
À notre façon.
Ça te va ?
Deux doggy bags, s'il vous plaît.
Le monstre va l'attraper ?
Un monstre.
Salut, Aurora. Je peux entrer ?
Mon père est dans le salon.
Merci d'ĂŞtre revenue si vite.
Je m'excuse pour ce matin.
J'espère que vous comprendrez quand je vous expliquerai.
- Vous n'étiez pas malade. - Non.
Ne touchez pas le sol.
C'est de la lave ?
Non, c'est pas de la lave.
Un monstre vous mangera si vous touchez le sol.
Je vais suivre ton conseil.
Vous êtes la première.
- Erora. - Aurora.
- Erora. - Aurora.
C'est ce que j'ai dit.
N'entrez pas dans son jeu.
Elle pense qu'un monstre a mangé sa famille.
Il a dévoré toute ma famille.
Va te border toute seule, comme je t'ai montré.
J'ai toutes ces pensées.
Prenez-en une qui flotte.
Alors qu'elle passe au-dessus de vous, saisissez-la et dites-la Ă haute voix.
- Attrapez-la et dites-la. - On va tous mourir.
C'est du lourd.
Je ne crois pas que sa famille l'ait abandonnée.
Pas sa première famille.
Pas la deuxième, et pas la dernière.
Ils ne sont pas partis. Je pense... qu'ils sont tous morts.
- Deux familles ? - Trois. Je ne suis pas son père.
J'habite en face, au 5B.
Pourquoi avoir menti ?
Je n'ai pas menti, elle a menti. Elle est très douée pour mentir.
Je l'ai rencontrée, elle m'a parlé d'un monstre.
Puis vous avez sonné à la porte.
Pour elle, ce monstre existe vraiment.
À ce sujet, elle ne ment pas, mais elle délire.
Mais il se passe quelque chose.
Et vous devez agir.
Si vous pouvez appeler quelqu'un,
dites-lui que c'est absolument urgent,
qu'il faut intervenir maintenant,
car on est en danger, vous, moi et cette gentille petite fille.
OĂą voyez-vous du danger ?
Pourquoi avoir éteint la lumière ?
Venez ici.
Ils l'ont suivie.
Ils surveillent le bâtiment.
Sa famille d'accueil a disparu.
Ça pue à plein nez.
C'est Bautista.
- Il se passe quelque chose ? - Ouais.
Il se passe quelque chose.
- Vous devriez monter. - Compris.
Elle a vu ses parents mourir, et maintenant, elle voit des monstres.
Et ces gens, ce sont de vrais monstres.
À sa façon, elle vous expliquerait ça mieux que moi.
Elle a assisté à tout. Je ne suis au courant de rien.
Mais j'essaie de comprendre.
Et autre chose dont je ne sais rien...
Vous y allez ?
Je réfléchis.
- J'y vais ? - Non.
J'y vais.
Ne touche pas le sol.
Remets-toi sous ta couverture.
Pourquoi es-tu ici ?
Que fais-tu ici ?
Il y a au moins six personnes en bas
qui veulent faire de toi un cadavre.
Et tu les as menés ici comme le Joueur de flûte.
Tu avais une flûte ?
Pas vraiment.
- C'est une embuscade. - Je sais.
C'est moi qui la tends. Je suis l'embusqué.
Ce qu'ils font, c'est plus un siège qu'une embuscade.
Cette gamine ne survivra pas à un siège.
Ça va, j'ai le FBI avec moi, et ils appellent des renforts.
Je suis juste un voisin inquiet.
Du 5B. Tout va bien.
Mon Dieu.
J'ai bien pensé à tout.
Vraiment, tu as 〝bien pensé〞 ?
Qu'appelles-tu bien penser ? C'est le temps que tu y passes ?
J'ai entendu peu d'idées, et aucune ne m'a semblé bonne.
Je suis sur le point, si ce n'est déjà fait, de les convaincre
que la disparition des familles est l'œuvre de tueurs pros.
Ça se goupille très bien pour moi.
Je monte Pierre contre Paul.
Je croyais avoir été on ne peut plus claire.
Tu ne peux pas la sauver.
Elle a vu ton visage, et le mien.
Elle doit mourir, et tu n'as qu'une chose Ă faire,
sauver ta propre peau.
J'ai fait ma part.
Une voisine inquiète.
Je ne suis pas des services sociaux.
Je suis du FBI.
On enquĂŞte sur la disparition de la famille... des familles d'Aurora.
Que se passe-t-il dans sa vie pour que le FBI enquĂŞte ?
Normalement, je ne divulgue rien, mais comme on ne sait rien,
autant partager.
On a un indice,
une chose étrange dans la première maison.
Comment ça, étrange ?
Un flacon ouvert de vernis amer sur la table de nuit d'Aurora.
Quelqu'un en mettait sur son doigt
et ce quelqu'un a disparu avec le pinceau applicateur,
qui a été retrouvé sous le plancher sous son lit.
Personne ne sait comment c'est arrivé là .
Peut-être qu'un monstre l'a recraché.
C'est un vernis amer.
J'ai touché le sol par accident.
Ne touche pas le sol, il te dévorera.
Ne touche pas le sol !
- Ne touche pas le sol ! - D'accord !
Ne touche pas le sol !
Bon sang !
Elle y croit vraiment.
Oui.
Je vois ça.
Mets-toi sous ta couverture spéciale.
Tu n'en sors que si je te le dis.
Ne touche pas le sol !
C'est pas drĂ´le.
- Il va te manger ! - Tais-toi !
OĂą ĂŞtes-vous ?
On est à l'intérieur, on arrive.
C'est vous ?
Merde !
Qui m'a tiré dessus ?
- Combien dehors ? - J'en ai compté deux.
- Combien à l'intérieur ? - J'en ai compté deux.
Rendez-moi mon arme.
Ne touchons pas le sol.
Il y a un animal.
Un quoi ?
Quelque chose de gros.
VERNIS AMER
Ne faites pas ça.
Oh, mon Dieu ! Que se passe-t-il ?
Que se passe-t-il ? Que se...
C'est le monstre qui vit sous le lit d'Erora.
- FBI ! - À terre !
- Lâchez votre arme ! - À terre !
Ă€ terre !
- Non. - Je peux pas, désolé.
Non, hors de question.
Ă€ terre !
Y a quelque chose dans le sol !
C'est le voisin inquiet, du 5B.
- Vous la prenez en charge ? - Oui.
Je suis désolé de t'avoir crié dessus.
C'était pas pro. Bon, on se casse ?
- Oui, on se casse. - Allez.
Relève-moi.
Pourquoi on va pas Ă la voiture ?
Une fois Ă la voiture...
Relevez-les et sortez-les d'ici. Y a un truc sous le plancher.
Oh, mon Dieu !
- Y a un truc dans le sol ! - Quelque chose.
- Quelque chose dans le sol. - C'est sous le plancher.
Y a quelque chose dans le sol.
Erora.
Erora !
Aurora.
Il a mangé tout le monde ?
Pas tout le monde.
Juste les autres.
Non, reste oĂą tu es !
Tu me crois, ça y est ?
Oui.
Tu n'as jamais été aussi heureux ?
Je ne dirais pas 〝heureux〞.
On s'en va par la fenĂŞtre, puis l'escalier de secours.
T'es prĂŞte ?
Je te l'avais dit.
J'étais pas à son goût.
Bonjour, Aurora.
N'entre pas.
Je suis venue sauver Aurora.
Aurora, c'est trop risqué pour toi de rester ici.
Viens avec moi, je vais m'occuper de toi.
Ne touche pas le sol.
Rien ne t'oblige Ă la toucher,
mais tout t'interdit de toucher le sol.
Aurora,
ne complique pas les choses comme lui.
- Maman ! Ne touche pas le sol. - Ne m'appelle pas comme ça.
C'est blessant.
Ça va te dévorer.
Qu'est-ce qui va me dévorer, Aurora ?
Maman.
Il ne veut pas te manger, Erora.
C'est ton monstre.
C'est mon monstre.
C'est ton vœu.
Tu dois vivre avec.
T'es un de mes vœux.
On s'en va, Erora.
T'arrives même pas à dire mon prénom.
Et je connais mĂŞme pas le tien.
Tu me trouveras un prénom.
Je t'appellerai 〝petite fille〞.
Arrête ça.
Traduit par Emmanuel Puig Marty
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