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-Bonjour.-Bonjour.
-"Scooter seconde main. Beaucoup servi, mais encore bon état. À saisir rapidement."
-À votre avis, c'est Belkacem? -Belkacem a pu donner le numéro à quelqu'un.
À son supérieur, par exemple. En tout cas, l'appel est anonyme.
Mais celui qui a appelé sait très bien qu'on peut localiser le téléphone.
-Vous en avez pour combien de temps? -Pour localiser l'appel?Avec toutes les autorisations
à demander, les refus, les problèmes de satellite... -Demain?-OK.
-Bon, on donne un nom de code à celui qui a écrit ce message. Où était le bar où vous avez donné le numéro à Belkacem?
-Pigalle.-Pigalle, très bien. -OK?
-Il faut espérer maintenant que ce ne soit pas un coup de bluff. Il vous appelle pour vous dire qu'il a trouvé le scooter,
mais il ne sait même pas de quoi il parle. -C'est une possibilité?-Bien sûr.
-D'autant qu'Henri Duflot les a alertés avec ses sous-marins. Grâce à sa grande finesse, si ça se trouve,
ils savent qu'on a perdu quelque chose. Ils ne savent pas quoi, mais ils veulent en profiter.
Bon, vous me tenez au courant?-Bien sûr.
-Alors?-24 h pour tracer l'appel. -Et Mag, il dit quoi?
-Bien, il veut que ça avance, comme nous tous.
-Jeudi soir, un dîner avec Émilie, ça te dit? Ça fait longtemps.-Avec plaisir.
-Viens voir. Il y a Sisteron qui veut aller Ă Alger.
-Je deviens maboul.Hier soir, à la télé, ils ont passé un reportage sur le métro de Tokyo.
J'ai cru voir Cyclone dans la foule. -Pourquoi partir Ă Alger?-Je sais pas...
Aller chez lui, rencontrer sa secrétaire, respirer le même air que lui, voir ce que ça donne...
-Je pense que c'est une bonne idée. -La sécurité est passée deux jours après la disparition.
-Les types de la sécurité ne le connaissent pas comme lui. -C'est vrai.-Vous partez demain.
-Merci.
-Elle aime bien qu'on lui fasse mal. Je peux vous en avoir un autre.-De café?
-Un autre manuscrit.-Vraiment? -En fait, il a participé à deux légendes.
Celle d'un clandé en Russie dans les années 90, le manuscrit que je vous ai donné.
-Quelques jours avec elle?-Et puis après, on a eu besoin d'une légende d'écrivain,
mais un truc léger. Mais il s'est emballé, il a écrit des poèmes
qu'on n'a jamais utilisés.Pas mal, d'ailleurs. Ça vous intéresse?-Oui.
-Je dois vous demander pourquoi. Je vous l’envoie dans la journée.
-Merci. Merci pour le café. -Et si vous voulez draguer une fille,
Vous pouvez même écrire votre nom sur le manuscrit des poèmes. Comme ça, vous dîtes que c'est vous qui les écrivez.
Merci.
Le découpage des communes est un point très sensible de la future répartition.
Le classement au patrimoine mondial de l'Unesco, en 2011,
des sites historiques
leur a conféré une grande valeur symbolique.
Plus que du territoire, il s'agit de diviser des symboles
qui ont une haute valeur culturelle et historique.
Nadia, il faut qu'on parle d'une chose un peu délicate.
Plus délicate que les discussions qu'on a tous les jours ici ?
Ce serait plus simple si je ne te respectais pas autant.
Ils disent tous ça.
Sans... Ah zut !
Nadim m'a parlé de ton ami.
Il est obsédé.
C'est son travail d'être obsédé.
Ici, on n'est pas Ă Damas,
il ne peut pas tout se permettre.
Justement, on n'est pas Ă Damas,
et tu ne peux pas tout te permettre.
Qui est-ce qui me parle ?
L'homme d'affaires qui court d'un pays Ă l'autre,
d'une ville Ă l'autre, d'un hĂ´tel Ă l'autre ?
Le cousin de Bachar el-Assad.
- L'homme que tu vois... - Je ne le vois plus.
- Pourquoi ? - Nadim va lui faire des ennuis.
De toute façon, Nadim lui fera des ennuis.
C'est-Ă -dire ?
Tu n'imagines pas jusqu'oĂą peuvent aller les services de renseignement.
Ce Paul Lefebvre a pu te fréquenter pendant des années,
prendre le temps de devenir ton ami,
sans jamais rien te demander...
Tout ça pour un jour pouvoir te recruter sans même que tu t'en rendes compte.
Qu'est-ce que tu racontes ?
Pourquoi aurait-il fait ça ?
Je ne suis qu'une universitaire.
Tu es plus que ça. Tu es là avec nous.
Il ne pouvait pas le savoir quand je l'ai rencontré.
Il ne pouvait pas connaître tes réserves
vis-à -vis de la rébellion tombée aux mains des extrémistes ?
Il ne pouvait pas deviner que ton point de vue modéré
pourrait t'amener Ă la position que tu as aujourd'hui ?
On ne sait rien sur lui.
S'il n'est ni espion, ni journaliste, tout ira bien.
Il habite oĂą ?
Je ne connais pas son adresse Ă Paris.
OĂą vous voyez-vous ?
Ne m'oblige pas Ă appeler Bachar pour lui dire que tu n'es pas fiable.
Il est peut-ĂŞtre dans un hĂ´tel pour finir son livre.
L'hôtel de la Porte Dorée.
-Porte Dorée. OK.
Dis-leur de le rembarquer.
On a une semaine pour changer d'avis.
Mais les rayures étaient déjà là quand ils nous l'ont livré !
Tu leur dis, on a demandé un frigo gris.
Il est noir, on veut gris.
Non, tu leur dis pas que tu as changé d'avis.
Oui, tu leur mens.
Écoute, je suis au travail, là . Réfléchis.
Au revoir.
-Tu parles un peu persan? -Un tout petit peu.
-Tu connais les couleurs? Gris, noir...
Rouge, bleu, rose.
-J'ai eu la même jeune fille au pair de 2 à 12 ans. Dorna, elle était Iranienne.
-Gris, noir... On s'en fout.
Ce n'est qu'un frigidaire.
-Oh! Ah!
-Bon, tu vas venir avec nous.Gentil, tranquille... -J'ai fait quoi?
Vous ĂŞtes qui?
-On va commencer. -Pourquoi je suis lĂ ?
-Je t'aime bien, alors on va faire ça vite. -On sait que tu traînes avec Reza Mortazavi.
-Oui, je bosse avec lui.-Oui, je sais, oui. On a mĂŞme des petites photos de vous deux au boulot.
Regarde.
Depuis combien de temps tu bosses pour lui? -Depuis quelques semaines.
-Donc, tu bosses pour lui. -Il m'a recrutée comme doctorante,
on fait de la sismologie.-De la sismologie?
-La tectonique des plaques? Le choc des civilisations, plutĂ´t, non?
Bon... Tu me sors ta salade, comme ça,
avec ta gueule de petit chaton, mais c'est bon, on sait. Ça fait un an et demi qu’on bosse sur lui, on sait.
-Mais vous savez quoi?Je comprends rien! -Reza Mortazavi, c'est pas de la sismologie qu'il fait.
Il bosse pour les Iraniens.Comme toi.
-Euh...
Je peux avoir un mouchoir?
Non, mais Reza, c'est pas un Iranien. Si, c'est un Iranien, mais il travaille pas pour les Iraniens.
En France. En France, il travaille pour L’institut physique du globe.
En Iran, je sais pas du tout pour qui il travaille. C'est à la fac à Téhéran,
je ne comprends pas du tout pourquoi je suis lĂ . -Tu comprends pas?-Non.
-Quand je te parle, lĂ , tu comprends pas?-Non, je comprends rien.
-Je fais comment, alors, pour la carte d'étudiant? Je te la laisse sur la table?
Il faut que tu la donnes pour la demande de crédit.-Mets-la dans le sac avec les affaires, s'il te plaît.
-Je le dépose où, moi, le sac?-Au tabac du coin de la rue.Je les ai prévenus.
-Et je peux fouiller un peu?-À tes risques et périls.-Je vais découvrir des trucs.
-Si t'as envie de savoir quel genre de protège je porte Ou quel genre de champignons j'ai aux pieds,
vas-y, fouille.-Beurk, non!-Merci, chérie, je compte sur toi.
-Ouais.
Dans notre jargon, on appelle ça un piégea fouineur.
Le manuscrit avait été ouvert, c'est ce que je voulais.
Qu'on fouille la vie de Paul Lefebvre. Et qu'on en conclue qu’il n'y a rien à trouver.
Que Paul Lefebvre est un professeur qui se prend pour un écrivain.
Et donc que Nadia El Mansour n'est pas coupable de trahir des secrets d'État.
"Piège à fouineur", qu'est-ce que ça veut dire ?
Piège à rat.
C'est drĂ´le.
Écoutez-moi bien.
La phase 1 a été lancée il y a 9 h.
Ils seront lĂ d'ici 11 ou 12 jours,
deux semaines au plus.
Débarrassez-vous de vos systèmes de communication,
effacez vos disques durs, détruisez les antennes satellites,
les récepteurs, tout matériel non médical.
C'est le black-out total jusqu'à l'arrivée de Chacal.
Avant de venir, il va envoyer deux de ses hommes
fouiller le moindre recoin de ce dispensaire.
Ils seront comme des chats.
Ils vont chercher partout et vous ne verrez rien.
A partir d'aujourd'hui,
plus d'entraînement,
plus de sortie,
vos armes doivent être introuvables et à portée de main.
Comment on saura la date exacte de son arrivée ?
Je viendrai avec lui. Ma présence sera votre signal.
Si vous me voyez, c'est que Chacal vient dans les 24 h.
C'est Ă qui ?
Je l'ai acheté hier. Vous le voulez ?
-Ça fait du bien.
Excuse, hein, ça pue, mais c'est trop bon. -S'il vous plaît, je peux prévenir ma famille?
-C'est à toi, ça?
Date de naissance?-26/09/89.
-T'as un mec? Il donne pas beaucoup de nouvelles.
Ah bien si, la semaine dernière. "T'es chez toi? Je peux passer."
C'est un romantique, ton mec. Thibault.
C'est un prénom de merde, ça, Thibault. "J'ai envie de te faire comme la dernière fois."
C'était quoi, la dernière fois?
Un "cuni"?
Ouais, c'est forcément un "cuni". c'est ton mec, Thibault?
C'est ton mec?-Non. -Ah...
C'est un plan cul, c'est ça?
T'es le genre Ă faire des plans cul avec des Thibault, toi? Hein?
Ah... Mmm... Thibault...
Mmm... Thibault...
Mmm... Allez, on y retourne, hein?
Reza...-Putain, mais quoi, Reza? Vous commencez Ă me faire chier, Ă la fin, putain!
Il y a rien! Il y a rien!
C'est toi qui commences Ă me faire chier.
-Ça fait longtemps que vous travaillez pour M. Benarfa? -Deux ans.-Il avait une petite amie?
-Vous êtes qui, exactement, déjà ? -Son ami d'enfance.
C'est... Mme Benarfa qui m'envoie. Elle s'inquiète pour son fils.
-Et pourquoi elle vient pas?-Elle est fatiguée. -Un ami d'enfance devrait savoir s'il a une petite amie.
-Il sait que je suis proche de sa mère, il a pas envie de se marier.
-Il n'a pas de petite amie. Trop de travail.
-Et donc, avant qu'il parte?Rien de spécial? -Non, rien de spécial.
Pardon, excusez-moi. D'accord.
-Je l'aimais bien, M. Benarfa. Ça me fait bizarre qu'il ne soit plus là .
-Vous parlez de lui comme s'il était mort. -Il est mort.
Vous croyez pas?
-Vous en ĂŞtes oĂą de votre rapport sur Malotru? -Euh...
C'est en cours, je m'en occupe. J'ai encore quelques entretiens, mais...
il n'est pas très disponible, hein, vous savez. -C'est pour ça que je vous propose de le voir ce soir.
-Ce soir? Il est d'accord? -Avec ma femme, on dîne avec lui. Vous pourriez venir.
-Vous m'invitez à dîner pour que je parle avec Debailly. -Bien oui, comme ça, vous le verrez dans un autre contexte,
plus détendu, ça vous ouvrir a de nouvelles perspectives. Oui ou non?
-D'accord.-Très bien.
Il y a d'autres broyeuses à l'étage qui marchent. -Ah.
AĂŻe! ArrĂŞtez!
OK, c'est bon! C'est bon.
Bien voilà . T'es prêt à tuer à peu près qui tu veux, maintenant.
Juste avec tes mains. Mais ça va pas te servir à grand-chose.
Maintenant, je vais t'apprendre Ă te faire casser la gueule. Je vais te rentrer dedans.
-Et moi, je fais quoi?-Tu fais rien. T'es juste un pauvre libraire, un médecin, un prof,
je ne sais pas quelle couverture tu auras. T'es juste un pauvre type qui se fait agresser sans raison.
-Je fais rien? -Non.-OK.
Non, mets pas le casque. Tu te sers des bras juste pour te défendre.
Protège les viscères. En haut, t'as les cou des qui font le boulot.
Baisse le menton. Il faut pas que leurs godasses arrivent Ă ta carotide.
Tu fais rien. Tu fais rien.Tu sais pas te battre.
Si tu te sens partir, tu laisses partir. Tu seras plus détendu.Les coups feront moins mal.
-Je sais, c'est peut-être bête, mais... un garçon meilleur en français qu'en maths,
je trouve ça bizarre. Alors qu'Henri, lui, il est super fort en maths.
-C'est important aussi, le français. -Oui, mais quand même.Je me suis toujours demandé
si finalement, c'était pas psychologique, son blocage avec les chiffres.
-C'est pas un blocage, ma chérie. -Non, mais vous, vous en pensez quoi?
Vous pensez qu'il devrait voir quelqu'un? Ça me dérange pas du tout que mon fils aille voir un psy.
Enfin, si on me dit pas que tout est de ma faute. -C'est pas d'un psy qu'il a besoin, c'est de moins de jeu vidéo.
-Pas de nouvelles de Guillaume? -Il va arriver, il va arriver.
Je vais l'appeler.
-Mon mari, l'idée que son fils aille voir un psy...
il est un peu réac, hein. Non, vous trouvez pas?
Et... vous n'auriez pas un nom de collègue à me donner? -Je peux réfléchir.-Non, mais là , tout de suite.
Vous pourriez m'en donner un? Parce que si c'est vous qui en parlez Ă Henri,
déjà qu'il n'est pas très chaud...
Je préfère lui en parler quand j'aurais déjà un rendez-vous.
C'est quoi, ça?
-C'est un document... important.
Il est pas censé sortir de la DGSE, je sais pas comment il s'est retrouvé dans mon sac.
-Je suis partie vite, j'ai pas fait attention. -Si vous n'avez pas fait exprès, ce n'est pas de votre faute.
-Je sais, mais...
Alors... Il y a...
Sylvie Laffont qui est bien, pour les troubles d’apprentissage.
C'est très gênant, mais... pour le document, est-ce qu'on peut éviter d'en parler à Henri?
Parce que c'est vraiment...une très grosse faute de sortir un document comme ça.
-Ça sera notre petit secret. -Laffont, ça s'écrit comment?-Avec deux F.
Alors? -Il répond pas.
Ça sonne, hein.Ça sonne, mais dans le vide. Et après, il y a la messagerie.Dès qu'il voit mon nom
qui s'affiche, il répond pas, alors que nous, on l'attend. Mais je le sentais, ça.
Depuis qu'il est rentré, je le sens. -Vous sentiez quoi?
-Il se moque de moi, il me prend pour un con. -Non, je crois pas.
-Ça vous ennuie pas que je prenne deux entrées? -Si. Il me prend pour un con, pour un mauvais.
Parce que j'ai jamais été clandestin, Parce que je suis un type normal.
Moins bien que lui. Lui, parce qu'il est tellement... au-dessus de nous.
Au-dessus de nous tous. Oui. Vous aussi, d'ailleurs.
-S'il est pas venu, c'est qu'il doit avoir une bonne raison. -Bien, j'aimerais bien la connaître, sa raison.
-Et donc, tu parles farsi. C'est comme ça, t'es curieuse, c'est tout.
-Je suis fatiguée.
-Toi aussi, tu me fatigues.Alors, le farsi? -C'est ma nounou, quand j'étais petite, elle était iranienne.
-T'avais une nounou, toi?T'allais pas à l'école? -Si. Après l'école.
Et quand j'étais petite, avant l'école. -Elle était fidèle, ta nounou.
-Comme une jeune fille au pair. -Tes parents, ils sont secrétaires et au chômage,
mais t'as une jeune fille au pair comme une princesse anglaise?
-C'est une amie de la famille. -Alors, je peux l'appeler, si je veux?
Hein, si je veux lui poser des questions, Ă cet ami de la famille?
-J'ai faim.-Je sais. -Il y a personne qui m’a réclamée?
-Comment ça? Dis.
Qui pourrait te réclamer? T'es quelqu'un d'important?
Mon copain, il doit me chercher, il m'a pas réclamée?
-C'est pas ton copain, c'est ton plan cul. Et je suis sûr que tu ne jouis même pas.
Je peux te garder encore dix jours ici. Et personne va te sortir de lĂ .
OK?-OK.
-Qu'est-ce que vous foutez là ?-Et vous? Vous avez un double des clés?-Ce sont ses clés à lui.
Il les avait laissées au bureau le soir où il a disparu. -Attendez, mais ça, c'est à vous, ça?
-J'ai des problèmes avec mon mari. Je me disais que puisque M. Benarfa n'est pas là ...
Quelques jours, le temps que ça passe. Il aurait été d'accord. -Mais pourquoi vous m'avez rien dit? Je comprends pas, moi.
-Je n'étais pas sûre que vous étiez un ami de M. Benarfa. Vous n'êtes pas trop son genre.
Qu'est-ce que vous avez fait de mon chat? -Je l'ai mangé pour dîner.Voilà .
Non, non, mais je suis désolé, je ne sais pas où il est. Je ne sais pas où il est passé.
Attendez, attendez, vous oubliez ça. -C'est pas à moi, ça.-Vous êtes sûre?
-Momo?
Momo?
Momo?
Je vais dormir oĂą, moi, maintenant?
-Bonjour.
-Bonjour.
-Ils m'ont juste pris ma veste. -Vous avez porté plainte?
-J'y vais cet après-midi. J'étais aux urgences cette nuit.
-Ils étaient combien?
-Du coup, bien, désolé pour le dîner. -Aucun problème, Guillaume.C'est nous qui sommes désolés.
On s'est inquiété, et c'est tout. On avait raison.
-Bonjour. Guillaume... Sylvain Ellenstein veut vous voir d'urgence.
-Merci.
-C'est là qu'on a localisé le téléphone qui a envoyé le message.31, rue Mohamed Rached.
-Sisteron, j'écoute.-Comment ça va, à Alger?
-Tout va bien.-31, rue Mohamed Rached.Ça vous dit quelque chose?
-C'est une des boîtes aux lettres morte qu'on utilisait avec Cyclone, si jamais Internet sautait.
Pourquoi?-Pour rien, merci.
-Oui?-C'est Moule Ă gaufres.
-Qu'est-ce qui se passe?-Restez dans l’appartement de Cyclone, ne bougez pas.
On vous envoie une équipe de protection qui vous emmènera discrètement à l'aéroport.
-Ne quittez pas.
Oui? Vous m'expliquez?-Un portable nous a envoyé un message
depuis la boîte aux lettres morte de Cyclone. Quelqu'un détient Cyclone.
Quelqu'un sait qu'il travaille pour nous. Si ça se trouve, vous êtes déjà repéré, déjà surveillé.
Donc, vous ne sortez pas de cet appartement, et ne faites confiance Ă personne.
-D'accord.
-Tu viens?
Ça va? -Casse-toi.
-Mais... Tu me fais une blague encore, c'est ça?
-Casse-toi! -Non, mais hé, je suis pas partie de chez mon mari
qui me parlait mal pour laisser un connard que je ne connais mĂŞme pas...AĂŻe! AĂŻe! AĂŻe!
AĂŻe!
Les médicaments, c'est à toi, en fait. T'es malade!
-Putain...
-Ils ont cru qu'elle allait craquer cette nuit. Elle a demandé si quelqu’un l’avait réclamée,
mais très vite, elle s'est reprise, elle a dit qu'elle parlait de son mec.
-Même déstabilisée par l'option Reza est un espion, elle lâche rien, c'est bien.
-Simon dit qu'elle est forte. Il m'a dit de vous dire qu'il en a marre de la taper.
Elle est mignonne, il trouve.
Vous aussi, vous étiez mignon avant de vous faire défigurer. Vous avez porté plainte?
-Dès que j'ai deux minutes.
-On devrait appeler Simon. Si elle n'a pas craqué là , elle ne craquera jamais.
Et puis elle doit avoir faim.
-Tu peux y aller.-Hein? Il y a cinq minutes, j'étais la fille de Ben Laden,
et là , je peux y aller? -On a fait des vérifications.On n'a rien contre toi.
Mange ça.
-J'étais bien?
-Comment ça?
-Je sais pas, m'interroger, c'était bien? Sympa, les claques, tout ça?
-Vous êtes résistante. -C'est le sport.
-Vous courez?-Aussi, oui. -Moi aussi.
-Dans une salle?-Buttes-Chaumont.
Ça y est, il est sorti.
Je peux y aller ?
Combien de temps il est resté ?
Presque deux heures.
Ok, rentre.
Comment on sait qu'il a porté plainte ?
Va vérifier.
Et comment je fais ? Je peux pas rentrer et demander.
Tu dis que tu veux témoigner d'une agression.
Et s'il a porté plainte ? Il m'a décrit, ils vont me reconnaître.
Je porte sa veste.
Quoi ? T'es trop con !
Je pensais pas devoir aller vérifier si les flics me recherchent moi-même !
Ça m'est égal. T'y vas et tu dis que t'as été témoin d'une agression.
S'il a porté plainte et qu'ils t'arrêtent, tant mieux.
Ça veut dire qu'on a tort et qu'on n'a pas à s'inquiéter.
Que tu as tort !
-Vous plaisantez... La dernière fois que j'ai dû interrompre Felice,
c'est à cause d'une histoire saugrenue d'agent double qui a duré 24 h.
Donc, c'est quoi, maintenant?Une taupe soviétique? Un faux transfuge ou alors, c'est du sérieux?
-C'est du sérieux. -Vous êtes sûr?-Oui.
-Bon, alors, je vous explique le topo.
Felice est lancée depuis hier, on ne peut plus communiquer avec mes gars.
Si on veut stopper la machine, il faut appeler les Américains, et leur dire que l'opération qu'on prépare conjointement
avec eux et les Anglais depuis 14 mois est vérolée. Ils doivent rappeler leur gars, prévenir les nôtres,
et s'asseoir sur un truc qui mobilise un croiseur, deux hélicoptères et une bonne centaine de personnes chez eux.
Donc, je vous repose la question. Prenez votre temps, hein!
Vous êtes sûrs? -Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'un de nos clandestins
est aux mains des Algériens et qu'il connaît l’emplacement de Felice.
-Et il a donné cet emplacement aux Algériens? -Il a donné sa boîte aux lettres,
c'est tout ce qu'on sait pour l'instant.
-C'est pas suffisant. Non, je n'interromps pas tout le cirque à cause de ça.
Impossible, il m'en faut plus! Qu'est-ce que vous faites lĂ , vous?
C'est l'heure des directeurs, vous n'avez rien à faire là ! Vous avez toute la journée pour vous!
Et si vous venez pour fayoter, croyez-moi, vous êtes sacrément mal tombé.
J'ai fait comme tu as dit.
Le coup du témoin.
Ils savaient pas de quoi je parlais.
Et moi, avec sa veste.
Hilarant. Tu me donnes l'info, s'il te plaît ?
- Il n'a pas porté plainte. - Tu es sûr ?
Oui, il n'y a aucune preuve. T'inquiète pas.
Oui?
OK.
-Ton arme.
-Mademoiselle, nous sommes des policiers français en coopération avec la sécurité du territoire algérien.
Vous êtes en état d’arrestation pour complicité de terrorisme.
-Mais de quoi vous parlez?J'ai rien fait. -Chut. Vous ĂŞtes la complice du terroriste Benarfa.
-Quoi? -Mais n'importe quoi, j'ai rien fait!
Michel, j'ai rien fait! -Il va lui faire la peur de sa vie, elle va fermer sa gueule
jusqu'Ă son enterrement, celle-lĂ . -Michel! Michel! Mais Michel!
AĂŻe! Michel!
-Il est oĂą?
-Viens avec moi, bébé, je vais te faire parler.
-Elle squattait chez lui. J'y peux rien si elle était là quand vous m'avez appelé.
Avec tout ce que vous m'avez dit, j'ai cru qu'elle travaillait pour les Algériens. J'allais pas la laisser partir raconter tout à je sais pas qui.
-Vous étiez obligé de lui casser la gueule? -Qu'est-ce qui vous est arrivé?-Rien.
Alors, vous étiez obligé de lui casser la gueule, à cette pauvre secrétaire?
-Non, je... J'étais pas obligé.Mais... Je n'ai pas eu d'autres idées.
-Pourquoi vous en avez pas parlé avant? -J'allais vous appeler en pleine nuit devant elle?
-On vous a eu au téléphone. -Écoutez, j'avais beaucoup de choses à penser, quoi.
Non, mais je suis désolé. Vous m'auriez dit quoi?De pas la laisser partir!
-Et les médicaments?-Anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères, et les prescriptions du psychiatre.
-Il voyait un psychiatre.
-Je peux vous parler?
Comment ça va?
-Il y a deux jours, j'ai sorti des documents secret-défense.
J'ai pas fait extrait, évidemment. C'était le soir de notre dîner au restaurant.
J'ai quitté mon bureau rapidement, et j'ai glissé les documents dans mon sac sans faire exprès.
-Vous vous en êtes rendu compte quand? -Au restaurant. Après, je n'ai pas dormi de la nuit.
-Vous l'avez dit? -Moi, je vous le dis Ă vous.
-Pourquoi Ă moi? Il faut en parler Ă Henri Duflot. -Pourquoi pas Ă vous?
En parlant Ă vous, je parle Ă la DGSE, non? Il dira que tout ce que vous faites me concerne,
tout ce que je fais vous concerne, enfin bon, moi, évidemment, ça n'a pas d’importance, mais...
pour d'autres, ça peut être grave. C'est pas une question de hiérarchie,
c'est aussi une question de responsabilité collective, non? -Vous avez ramené les documents?-Bien entendu.
-Amen.
-Quand on fait une bĂŞtise, on sait toujours si c'est grave? -On devrait, oui.
-En parler à quelqu'un d'autre, c'est une manière de... d'objectiver la faute, et donc d'en évaluer l'importance.
Ça vous est jamais arrivé, d'avoir besoin de l'avis d'un collègue?
-Si. -Ă€ quelle occasion?
-On reprend les entretiens?-Non... Pourquoi vous pensez ça?
Ennemi dehors, ennemi dedans.Quand on commet une faute, on entre dans un monde
de menace permanente. Flairer le piège et ne pas le déjouer.
Se faire casser la gueule et ne pas répliquer. Se faire cuisiner et ne pas se révolter.
J'étais déjà un spécialiste, mais je me spécialisais encore plus.
Je dissimulais toujours plus, et plus profondément.Faire écran partout, dehors et dedans.
J'étais en formation permanente, et je dois avouer... sentir mon cœur battre à toute vitesse,
entendre marteler à l'intérieur de mon oreille, et ne rien laisser paraître,
je commence à aimer ça.
Ce con va finir par me convaincre qu'il est notre homme.
C'est à ton tour de me voir souffrir, c'est ça?
-Tu m'aurais pas dit où tu cours si ça t'avait dérangé que je vienne.
-J'avais fini, là , de toute façon.
Je crois que j'ai un problème.
Ça arrive.
Avec un Français.
Il baise ta femme, c'est ça ?
Non, il nous baise tous, peut-ĂŞtre.
C'est un Français qui travaille pour les renseignements.
J'en suis presque sûr.
Il faut vérifier. Tout seul, je ne peux rien faire.
C'est terrible qu'on soit obligé de se parler en anglais.
Les services secrets russes, syriens...
On devrait pouvoir se parler dans une autre langue, non ?
En russe ?
MĂŞme en chinois ou...
en français, bien sûr.
Ça me ferait moins chier qu'en anglais.
Enfin, c'est bien de me parler de cette histoire d'agent français.
Tu vas me raconter, je vais voir ce que je peux faire.
-Tu vas rien me donner?
Rien de rien... Rien de rien de rien.
T'as envoyé ton petit message à la mords-moi-le-nœud, et après terminé.
Pas de musique, pas de sonnerie, pas de photos, pas de contacts.
Pas de rendez-vous?
-Je te dérange?-Non.-Dans l'agenda du téléphone, il y a un rendez-vous pour toi.
Pigalle veut te rencontrer.
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