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(Transcribed by TurboScribe.ai. Go Unlimited to remove this message.) Substitut, j'ai l'honneur de vous présenter

mes hommages.

Bonjour, Loyal.

Vous avez l'officiel ?

Non, Monsieur le Substitut.

Depuis ce matin, je bats tous les kiosques

de Paris.

Pas moyen de mettre la main dessus.

Ça ne m'étonne pas, il ne sera

mis en vente qu'à midi.

C'est dans le Gaulois en dernière heure.

Il est arrivé quelque chose ?

Un accident.

Comme on allait mettre sous presse toute une

forme en patte.

Charmant.

Ces choses-là sont faites pour moi.

Enfin, pensez à me l'envoyer chercher aussitôt

qu'il sera mis en vente.

Comptez sur moi.

J'ai hâte de voir les nouvelles.

Vous êtes décoré ?

Décoré.

C'est-à-dire que je suis saqué.

Probablement.

Non.

Je vous dis qu'à moins d'un

hasard, mon arrêté de révocation a été soumis

ce matin à la signature présidentielle.

Qu'est-ce qu'il se passe ?

Il se passe que depuis huit jours, l

'intransigeant mène contre moi une campagne.

À cause ?

À cause.

À cause que le cousin du jambre du

beau-frère de ma belle-sœur a décidé

sa tante à mettre son fille à elle

au jésuit de Vosgirard.

Zut !

Je suis comme un fou, je vous dis.

D'ailleurs, je sais de qui vient le

coup.

De qui ?

De Barbemol, le pare-bleu.

Misérable plédaillon, avocat sans cause.

Canard !

Voilà des mois que je le surveille, que

j'assiste sans souffler mot à son petit

travail de thermite, pistonné par les radicaux au

ministère de la Justice.

Il a obtenu du garde des Sceaux la

promesse d'être nommé substitut à Paris dès

que se produira une vacance.

Alors il fait tout ce qu'il peut

pour faire un trou au parquet.

Faire un trou au parquet ?

Oui, oui.

Pour regarder ce qui se passe ?

Il va falloir me faire comprendre.

Je ne vous dis pas au parquet.

Je vous dis au parquet.

Le parquet, le parquet, le parquet.

Vous ne savez pas ce qu'on appelle

le parquet ?

Pardon, pardon.

Polisson.

Mandiant.

Oh, mais qu'il n'ait jamais ma

place.

J'ai des amis au Figaro.

Je lui ferai savoir comment je m'appelle.

Vous verrez si ça traînera.

Vous aurez rudement raison.

Silence, le voici.

Pied plat, drôle.

Oh, et puis, je préfère m'arrêter sans

réfléchir et faire des bêtises.

Monsieur ?

Monsieur.

Ça va bien ?

Hé, mon gaillard.

Qu'est-ce qu'il y a ?

On sait de vos histoires.

Quelles histoires ?

Alors, on veut donc achever sa petite place

à ce brave monsieur de Saint-Paul-Mépié

?

Oh, mais non, mais non.

Sournois.

On dit que le décret a été soumis

ce matin au président de la République.

Des blagues, tout ça.

Des potins.

Tenez, faites-moi passer la feuille.

Comment ?

Deux affaires en rôle ?

Ben, mon Dieu, oui.

Ah, ça, mais on n'arrête plus personne.

C'est le krach des prévenus, ma parole

d'honneur.

Peut-être que le monde s'améliore.

Ne dites-donc pas des choses pareilles.

Qu'est-ce que nous deviendrions, nous autres

?

C'est vrai, je ne pensais pas à

ça.

Et encore, vous, les huissiers ?

Oh, ben, nous, nous, nous sommes tranquilles.

Tant que le monde sera monde, il y

aura de nets gens et nous trouverons à

gagner notre vie en instrumentant contre eux.

Grandin !

Canaille !

Voleur !

Fricouille !

Pour une jugée.

C'est ici, qu'est-ce que vous

voulez ?

Je suis cité.

Approchez un peu que je vois.

Tâchez de me faire avoir l'affaire, hein.

Laissez, je vais vous enlever ça.

Là, mon petit papier.

Oui, voyons.

La goupille, Oscar, Île-de-Fonce.

Bon, c'est bien, allez vous asseoir.

Ah, la goupille.

Vous avez un avocat ?

Un avocat ?

Ah non, je n'en ai pas.

Je vais en trouver un.

Vous croyez ?

C'est indispensable.

Et où que ça se vend ?

Vous avez de la chance.

Voici Maître Barbemolle, une des lumières du barreau.

Monsieur.

Bonjour.

Maître Barbemolle, je vous présente un client.

Impossible, mille regrets.

Pourquoi ?

Je suis trop occupé, j'ai de la

besogne par-dessus la tête.

Oh, un bon mouvement, ça, Christy.

Oh, non.

Oh, voyons, faites-le pour moi.

Que le diable vous emporte, mon cher.

C'est bien pour vous être agréable.

De quoi s'agit-il, mon garçon ?

Eh, monsieur, je vais vous expliquer.

C'est un bonhomme à qui j'ai

mis un marron.

Alors, il me fait un procès.

Intéressant à plaider.

Oui, ça, oui, le cas est assez nouveau.

Oui, bon, ça me décide, c'est entendu.

Je me charge de votre affaire.

Très bien.

Qu'est-ce que ça va me coûter

?

En principe, je ne plaide pas à moins

de 500 francs.

Mais vous avez une figure qui me revient.

Vous me faites l'effet d'un brave

homme.

Pour vous, ce sera un louis.

Un louis ?

Mais, monsieur, voilà un chapeau qui ne me

coûte que 39 sous.

Et quel rapport ça, dit-il, ça ?

Ben, le rapport que je n'irai pas

payer un louis pour avoir un avocat quand

je dois avoir 15.

Oui.

Alors, combien on fait, vous, alors ?

6 francs, pas un lire de plus.

Mettez-en 10.

Nib.

Mettez-les, je vous arrange.

Votre bonhomme, vous m'en direz des nouvelles.

Marchez donc, sacré farceur, puisque je vous dis

que maître Barbemolle est une des lumières du

baron.

Oh, ben, allez, ben, ressartissons des lits.

Allez, faites passer la galette.

Oh, ben.

Alors, vous dites.

Là-bas, là-bas, je vais vous appeler

dans une minute.

Messieurs, le tribunal.

L'audience est ouverte.

Oh, mais bien entendu, mon cher St-Anthony.

Messieurs, notre collectif Mouche-Appelé, appétifié par l

'impérieux devoir et esclave de l'or du

train, sollicite la remise à huitaines de la

première des deux affaires soumise à notre juridiction.

Ça fera la quatrième remise.

Ah, je regrette infiniment, mais que voulez-vous

que j'y fasse ?

De quoi s'agit-il, au juste ?

C'est une espèce de farceur qui a

été arrêté le dimanche des Rameaux devant Notre

-Dame de Lorette, vendant du creusant pour du

buis.

Ça peut attendre.

Lui, c'est ?

Appelez.

Le ministère public contre Jean-Paul Mapipe.

Mapipe.

Un avocat !

Un avocat !

Droit remise, monsieur l'homme, droit remise !

Ça fait un mois que je suis en

préventive !

Quand un avocat...

Je l'avais fait béni !

C'était du creusant béni !

Et du creusant béni, ça n'est pas

comme de la salade !

Et je vous le dis !

Quand un avocat, le tribunal va vous en

désigner un d'office.

Maître Barbevol.

Monsieur le président.

Maître, le tribunal rendant hommage à vos mérites

ainsi qu'à votre éloquence vous charge des

intérêts et de la défense du prévenu.

Leur envoi plus tard qu'à solliciter de

nous l'honorable Tiremousse vous mettra en mesure

d'étudier l'affaire avec tout le soin

qu'elle mérite.

Mapipe.

Qu'est-ce qu'il a fait, Mapipe

?

J'ai une nouvelle à vous apprendre.

Des circonstances indépendantes de sa volonté ont déterminé

le tribunal à ne pas vous entendre aujourd

'hui.

L'affaire est renvoyée vite.

Ah ça, ça va faire une quatrième remise

!

Ah ça, vous vous pliez ma gueule !

Maître, en son intérêt même, engagez donc votre

client à s'exprimer d'une façon plus

complète.

Je sollicite l'indulgence en faveur de ce

pauvre diable.

Voilà un mois qu'il est sous.

Comment ça ?

Sous les verrous.

Et son impatience légitime en dit plus long

pour sa défense que tous les arguments du

monde.

Au surplus, nous sommes, lui et moi, aux

ordres du tribunal.

Je me bornerai à vous faire en remarquer

que je ne pourrai pas prendre la parole

aujourd'hui en huit.

Je pars lundi pour Carcassonne où je plaide

le procès Balanche.

Elle est fort bien, maître, à quinze ailes,

alors !

Je fais remarquer mon tour que dans quinze

jours, ce sera la semaine de la Pentecôte

dans laquelle les tribunaux ne siègent pas.

Ah, diable !

Eh bien, enfin, monsieur, nous n'y pouvons

rien.

À trois semaines, alors !

Je m'excuse, monsieur le président.

J'ai sollicité et obtenu du garde des

Sceaux un congé de deux mois pour raison

de santé.

Or, vous n'ignorez pas, la loi frappe

d'unité tout jugement rendu par un tribunal

composé d'autres magistrats que ceux ayant siégé

à la première audience.

C'est rigoureusement exact, mon cher Frédérick.

Eh bien, nous attendons votre retour pour statut

sur la ferme à Carcassonne.

Alors, je nous renvoie en mois d'août

!

Eh oui !

Non, je me trompe.

Août, c'est l'époque des vacances.

Ah bien, alors, renvoyons après vacations.

Il n'y a que ça à faire.

Ah, mon Dieu !

Après vacations.

Garde, amenez.

Oh, mon Dieu, bonsoir !

Devant un dieu de bon Dieu !

Oh, voyons, voyons !

Oh, voyons !

Mais ne vous faites donc pas de bile

comme ça !

Oh, mon Dieu !

Est-ce que je m'en fais, moi

?

Oh, terrible brailleur !

En effet.

Bon, voilà une affaire de tranchée.

Nous allons passer dans le plus bref délai

à l'examen de la seconde affaire.

Avant d'en commencer les débats, je prierai,

M.

le Président, de vouloir bien demander à Lucier

s'il m'a envoyé acheter l'officielle.

Vous avez entendu la question ?

Pas encore, M.

le Substitut.

Je vais demander à l'instant même au

ministre.

Je vous serai obligé.

Vous n'avez pas besoin d'autre chose

?

Non, non, non, M.

le Président.

Non, je vous remercie.

Alors, nous pouvons commencer.

Nous pouvons commencer.

Lucier !

Appelez.

La Goupille.

La Goupille.

Présent.

Alfred.

C'est moi.

Accrochez.

Vous passez devant.

Merci, M.

Lucier.

Je me souviendrai que vous avez été poli

avec moi.

Quant à vous, M.

Alfred, vous vous conduisez comme un cochon.

Et ça, il n'y a pas d

'erreur.

Et c'est un galant homme qui vous

le dit.

Qu'est-ce qui se passe là-bas

?

Eh bien, il se passe que M.

Alfred, il se conduit comme un cochon.

Vous, vous allez commencer par vous taire.

Vous répondrez quand on vous questionne.

Bravo.

Ça, c'est trop fort aussi d'être

insulté comme ça par une canaille.

Une canaille.

Je vais être obligé de sévir.

Vous attendez.

Contre vous.

Ça, c'est tapé.

On ne vous demande pas votre avis.

On a rudement raison.

Ni le vôtre non plus.

Très bien.

Silence, la Goupille.

Je ne dis rien.

Oh, d'un temps que je l'ai...

Alfred, vous voulez me vous taire.

C'est ce que je fais.

Vous ne me le direz pas.

Huissier.

M.

le Président.

Le premier.

De ces deux hommes qui ouvrent encore la

bouche, flanquez-le-moi à la porte.

Ça, ça va tellement bien, Alfred.

C'est pas moi.

Je me tais pas un peu fort.

C'est M.

Alfred qui dit ça.

Quand on lui a dit que je sers.

Ecoutez ça, patatier, patatache, je t'en dis.

Je t'en raconte qu'elle piborde, mon

Dieu, une vraie pipelette.

Vous avez entendu ce que vient de dire

M.

le Président.

Si vous ne vous taisez pas, je vous

fais sortir.

Enfin, c'est un peu rêve ça aussi.

Et le plus chouette, c'est que c

'est lui qui ne veut pas fermer le

sien.

Enfin, on dira ce qu'on voudra de

l'appelé de son province, enfin quoi.

Un homme qui se cogne une poche comme

il y avait des cochons et qui me

fait rigoler partout sur le cossé.

Enfin, comme on connaît le boule bouillon.

Tout à l'heure, à 3h30, à 3h30,

on me fait rigoler tout le temps.

Nous ne pouvons pas juger sainement si les

partis adverses...

J'en demande bien pardon, mon honorable contradicteur.

Mais ce n'est pas la partie adverse.

Parfaitement, c'est le champion.

Il ne faut pas m'attendre, allez-y.

Maître Barbonelle, maître Barbonelle, je vous invite à

vous taire.

Assez, assez, ma parole d'honneur.

C'est une maison de fou, c'est

oué ou non.

Oui ou non.

Voulez-vous vous taire?

Oui.

Ah, ben il est le temps.

Vous aussi.

Je le ferme.

Quoi?

Monseau de propreté.

Ah, c'est égal, hein.

Un client comme moi, un vieil habitué, en

justice, ben, elle est un peu raide tout

de même.

Bon.

Alfred, je vous écoute.

Monsieur, je suis Limonadier, rue Notre-Dame de

l'Oreste, où je tiens un petit café

à l'enseigne du pied qu'il remue.

Mais ils ont bien noté, j'ose le

dire, que les habitués de braves gens qui

viennent le soir faire leur petite partie en

prenant leur demi-verre.

Vous devriez être honteux, M.

Alfred, de parler de vos habitués, après que

vous vous êtes conduit comme un cochon avec

votre plus ancien client.

Et encore, comme un cochon.

C'est comme deux cochons, que je devrais

dire.

Comme trois cochons.

Comme quatre cochons.

Comme cinq cochons.

Ça va durer longtemps, ce défilé de cochons.

C'est bon, je le referme.

Monceau de propreté.

Continue, Alfred, je vous écoute.

M.

Lagoupille, en effet, est un de mes plus

anciens clients.

Cinq ans que je fréquente son établissement.

Plus de 100 000 francs que j'y

ai laissés.

Combien de temps je leur ai flanqué à

la porte sans la crainte de faire de

l'esclandre.

Figurez-vous que cette espèce de sang-le

-soup qui n'a jamais pris plus d

'une consommation...

Une consommation.

Bien sûr.

Nous en prenons sept.

Nous le trouverons.

Mais c'est bien, maître, tout à l

'heure.

Figurez-vous, dis-je, que cette espèce de

sang-le-soup qui n'a jamais pris

plus d'une consommation, je jure que c

'est la vérité, est d'une exigence révoltante.

Il arrive, et tout de suite, voilà la

comédie qui commence.

Garçon, un café.

Naturellement, un café.

Moi, si je jouais au café, c'est

pour prendre un café.

C'est pas pour prendre un lavement.

C'est évident.

Bon, on lui apporte un café.

Garçon, les journaux.

Et après, j'ai le droit de dire

les journaux, peut-être.

Alors, ça crève les yeux.

On lui apporte les journaux.

Tous.

Notez bien qu'il lui faut tous à

ce monsieur.

Une fois qu'il a les journaux, garçon,

les cartes.

Pour quoi faire ?

Pour se faire des réussites.

Eh bien, si ça m'amuse, moi, c

'est mon droit de me tirer la bonne

aventure.

Oui, pas bleu.

Bon, on lui apporte les cartes.

Garçon, le jaquet.

Le jaquet pour jouer tout seul ?

Ah non, non, ça, c'est pour m

'asseoir dessus.

Il trouve que mes banquettes sont trop basses.

Oui, et puis trop molles.

On est assis comme dans de la pommade.

Ça me dégoûte.

En admettant, il me semble que le botin...

C'est impossible.

Moi, je m'en sers pour chercher les

adresses.

Mon client en a besoin pour faire sa

correspondance.

Ah, c'est sûr.

Très bien, très bien.

Achevé, achevé, Alfred.

Naturellement, privé de journaux.

Privé de botin.

Privé de jaquet.

Privé de cartes.

Mais, habitués, les uns après les autres, avaient

des artilles qui quiremuent.

Quelques-uns s'étaient bien rejetés, faute de

mieux, sur le domino à quatre.

Malheureusement, le raclement de l'os sur le

marbre...

...et puis, M.

Lagoupille.

En sorte que ces braves gens aurient des

rappels à l'ordre et des réclamations continuelles

de ce personnage, s'étaient vus rapidement contraints

de renoncer à leur suprême distraction.

Je l'ai perdu à leur tour.

Je vous crois sans peine.

M.

Lagoupille, de Maradonque, le seul et unique client

d'une maison jadis florissante.

Or, est-ce que l'autre soir, après

avoir, comme à son habitude, accaparé tout mon

matériel, il n'émit pas la prétention de

me faire éteindre le gaz, disant qu'il

voulait désormais être éclairé à la bougie ?

J'ai mal aux yeux, moi.

J'ai mal aux yeux, tiens, messieurs-dames.

Ceci m'incombe à la mesure.

Je déclarai que j'en avais par-dessus

les épaules et que je le prierais d

'aller voir ailleurs si j'y étais.

Il me répondit...

Je demande la parole.

Monsieur le substitut.

Je n'y vois aucun inconvénient.

Parlez, maître.

Oh, mais oh...

Je désirerais savoir si le plaignant n'est

pas passé en cour d'assise il y

a une quinzaine d'années pour attentat à

la pudeur.

Moi ?

Maître.

Mais c'est une infamie.

C'est une abomination.

C'est de la pure scélératesse.

J'invite la partie civile à user de

termes plus modérés.

Mais, monsieur, c'est odieux.

Je suis un bon père de famille.

Moi, je suis un honnête homme.

Et voilà qu'à 7 h, on essaie

de me déshonorer devant tout le monde en

répondant des bruits sur moi.

Calmez-vous.

Monsieur le substitut.

C'est odieux.

Je ferai remarquer que le plaignant ne répond

pas à ma question.

Il préfère se retrancher prudemment derrière des invectives

grossières.

De pareille situation, il répond que par le

mépris.

Oui, enfin, tranchons le mot.

Vous niez.

Ah, certes, je lis.

C'est tout ce que je voulais vous

faire dire.

Je n'insiste pas.

Le tribunal appréciera.

Bon, là, un cidre avec l'eau.

Alors, continue, Alfred.

Eh, bien, parlez.

Monsieur Alfred...

Parlez, parlez, parlez.

Je ne sais plus où j'en étais,

moi.

On prouve la chicane avec des histoires comme

ça.

Oui, il faudra.

On a vu.

Où voulez-vous en venir?

Au terme de la citation.

La goupille vous aurait frappé.

D'un coup de poing, monsieur.

Dans l'oeil.

Vous avez des témoins?

Non.

Mais qu'est-ce que vous avez à

rire?

Je n'ai pas de témoins.

Naturellement, je n'ai pas de témoins.

Où voulez-vous que j'en prenne, des

témoins?

Il avait fait le vide chez moi.

N'interpellez pas la défense.

Vous vous demandez des dommages d'intérêt.

Je demande 500 francs de rente.

Bon, la goupille, j'avais vous à dire.

J'ai à dire que monsieur Alfred, eh

bien, il se conduit comme un cochon.

Vous l'avez déjà vu, ensuite, où c

'est?

Et ensuite, que c'est un sale menteur.

Comment qu'il ait dit, une consommation, j

'en prends sept.

Sept?

Oui, sept.

Par semaine?

Par jour.

Vous moquez du monde.

Nommez un peu vos sept consommations.

Qu'est-ce qu'on voit?

Répondez.

Monsieur, c'est très simple.

J'arrive et je demande un café.

Bon, on me sert un verre de café,

trois morceaux de sucre, une carafe d'eau,

un carafon de cognac.

Ça fait une consommation.

Ça fait une consommation.

Je chichis, nous sommes d'accord.

Je bois la moitié de mon café.

Je comble le vide avec de l'eau.

Ça fait un masagrand.

Deuxième consommation.

Quoi?

Dans mon masagrand, je mets de l'eau

de vide.

Ça fait un Gloria.

Oh, bâtard, merde!

Mais ces interruptions continuelles sont insupportables.

Je supplie la partie civile de laisser mon

client s'expliquer.

Mais taisez-vous, vous!

Mais oui!

Bon, je prends un deuxième morceau de sucre

et je le mets à fond dans de

l'eau.

Ça me fait un verre d'eau sucrée.

Dans mon verre d'eau sucrée, je reverse

du cognac.

Ça me fait un grog.

Mon grog bu, je m'appuie un peu

de cognac pur.

Ça me fait une fine champagne.

Et enfin?

Et bien, enfin, sur mon dernier morceau de

sucre, je verse le restant du flacon.

J'y mets le feu.

Ça me fait un ponche.

Bon, alors, total, un café, un masagrand, un

Gloria, un verre d'eau sucrée, un grog,

une fine et un Bruno.

Bon, sept consommations.

Ah, c'était charmant.

Sept?

Charmant?

Et combien est-ce que je touche, moi,

dans tout ça?

Six sous?

Vous croyez que ça m'amuse, après que

vous m'avez rasé toute la soirée, d

'installer six sous sur mon lit de caisse?

Si ça vous embête, prenez-nous une caissière.

Vous reconnaissez avoir frappé le plaignant?

Ah, non, monsieur.

Je lui ai mis un marron, voilà tout.

À propos de quoi?

Ben, il m'avait pris par le bras

pour me faire sortir de force.

Alors, moi, paf!

Un marron.

Mais vous nous aviez pas dit ça, monsieur

Alfred.

Ah, rien n'est fait.

Mais, monsieur le Président, il fallait bien que

je sois sorti.

Vous voulez pas s'en aller?

Mais il fallait envoyer chercher les agents de

la force publique.

Vous n'aviez pas le droit de vous

faire justice vous-même.

Oui, c'est clair comme le jour.

Mais, monsieur le Président...

Qu'est-ce que je veux?

Maître, vous avez la parole.

Plaise au tribunal d'adopter mes conclusions.

Renvoyer mon client défunt de la pensuite et

condamner la partie civile au débat.

Messieurs, s'il en était de la véritable

vertu, comme il en est de la femme

de César, elle ne serait pas soupçonnée.

Je ne connaîtrai pas l'honneur d'avoir

à la défendre aujourd'hui devant moi.

Monsieur Lagoupille est employé de l'État.

Mais, suis-je en peace?

Il appartient à l'une de ces grandes

administrations que l'Europe en tire nos envies,

au ministère des Affaires étrangères, où il doit

occuper un poste de confiance, non à de

misérables intrigues, mais à ses mérites personnels.

Rester veuf, après quinze mois de mariage, avec

cinq enfants au berceau, ce qu'est la

vie de cet honnête homme.

Demandez-le donc à l'aurore.

Demandez-le au pesant soleil de midi.

Demandez-le au crépuscule du soir qui, depuis

tant d'années, chaque jour, voit perler la

sueur à ce front, éternellement courbé sur sa

tâche.

Mais, direz-vous, quel couronnement a des journées

si noblement remplies?

Sans doute, ce chevalier du devoir, les yeux

gorgés de volupté, puisent dans les obscenités du

vaudeville et de l'opérette la détente qu

'implore à grandeur la lassitude de son cerveau.

Les glaces du pandémonium, où règne en souveraine

Terpsichore, j'ai nommé le moulin de la

galette, se renvoient de reflet en reflet les

chorégraphies que s'évadent de cet inlassable travailleur.

Point.

Il se rend au café, à ce café

du pied qui remue, si humble en sa

tranquillité qu'on ne croirait échapper à un

dizain de l'auteur du Passant et de

Sèvrotauré.

Victor Hugo, rappelez-vous la définition touchante que

vous en a donné il y a un

instant.

Ce sous-gargotier, empoisonneur public, mais ont bien

noté que de braves gens, déshabitués qu'il

vienne le soir, y fèrent leurs bras saturés

d'alcool et de bière.

Demande-t-il aux fumées de l'ivresse

l'oubli des misères de la veille et

des soucis du lendemain ?

Non.

Il prend une tasse au café, une, vous

entendez bien, et ça, le chalfrein, vous l

'on irez pas.

C'est vous-même qui l'avez dit.

N'importe votre client est un pilier de

brasserie.

M'objectez tout à l'heure avec une

partialité que je serai excusé comme il sera

le premier à la reconnaître l'honorable organe

du ministère public.

Je ne l'ai pas souffert, votre honneur.

Je ne sais pas ce que vous voulez

me dire.

Le tribunal me sera agréé de ne relever

que d'un sourire cette dénégation imprise.

Je vous somme de vous expliquer.

Je continue.

Pas avant d'être entré dans les explications

que je suis en droit d'exiger de

vous.

Le président m'a donné la parole et

ce n'est pas vous, monsieur le substitut,

qui m'empêcherez de m'en servir.

Voyons, voyons, je vous en prie, maître, de

grâce.

Laissez-le.

Il aura éclairé du moins la religion du

tribunal.

A lui de distinguer entre la différence dont

l'accusation fait preuve et l'esprit de

partialité dont la défense est animée.

Je poursuis.

Mon client, dites-vous, est un pilier de

brasserie.

A qui la faute ?

Au gouvernement, messieurs.

Je n'ai pas peur de le proclamer.

Nous avons des salles de travail.

Dieu merci.

Nous avons des bibliothèques.

Or, vous en défendez l'entrée.

Vous en interdisez l'accès à l'heure

où le pauvre, précisément, serait à même d

'en franchir le seuil.

Et vous allez reprocher la goupille d'aller

chercher, pour y assouvir son amour passionné de

l'étude, l'atmosphère pestiférée d'un instaminé

de 15e ordre.

Dérision.

Dérision amère à ce café du pied qui

remue où il ne vient pas pour jouer.

Il ne vient pas non plus pour boire.

Il vient pour lire les journaux.

Tous les journaux, sans exception.

Et ça, monsieur Alfred, vous qui niez tout,

vous qui niez toujours, vous la négation faite

homme, est-ce que vous le nierez aussi

?

Non, rien !

J'ai fini.

Et voilà l'homme qu'on fait asseoir

sur ce banc d'ignominie qui a vu

rougir tant de visages.

L'homme que de misérables rancunes voudraient livrer

à vos rigueurs.

Je livre-moi à vos dégoûts, la passesse

de Tadgali.

Je persiste avec confiance dans mes conclusions.

La parole est au ministère public.

Allez !

Tenez.

Lisez vous-même.

Ah, c'est ma femme, oui.

Oh, mon cher, vous recevez mes condoléances.

Jugeons les miens, je vous en remercie.

Tout autant que c'est vous qui êtes

nommé à ma place.

Moi ?

Parfaitement, si vous permettez.

Décret présidentiel, maître Barbemol, avocat au baron de

Paris, est nommé substitut du procureur de la

République de la Seine en remplacement de monsieur...

Révoqué.

Tout mes compliments.

Et les miens.

Tenez, mon cher prédécesseur, votre journal.

Voici ma toque.

Vous nous quittez déjà ?

Je serais le dernier des idiots si je

continuais à servir, fusse une minute, un gouvernement

qui se conduit avec moi.

Comme un cochon.

J'allais le dire.

Messieurs, adieu.

Il est merveilleux.

Oh, il est pas gentil.

Oh...

On va l'obliger de renvoyer à Peter

les débats sur l'affaire La Goupille.

Pourquoi ?

Enfin, mon cher, je n'ai pu rendre

un jugement qui serait infirmé par la cour

de cassation, le tribunal n'étant plus au

complet.

Je suis là ?

Oui, je le vois bien.

Je n'ose comprendre, vous.

Pourquoi vous ne sentiez rien ?

Je croirais manquer à tous mes devoirs si

je ne répondais dès son premier appel à

la confiance qu'Adeny me témoignait au gouvernement

de la République.

Dans ce cas, la place est encore chaude.

Et j'ajoute qu'elle m'est heureuse

à vous y rencontrer.

Vous n'êtes pas requérie.

Je suis aux ordres du tribunal.

Dans tact.

L'audience continue.

Monsieur le substitut, vous avez la parole.

Après la fédoirie si éloquente et si persuasive

que vous venez d'entendre, je ne saurais

m'illusionner sur la difficulté de la tâche

qui m'incrompte.

Mon honorable contradicteur vous a tracé de la

goupille une silhouette quelque peu flatteuse.

J'oserais dire quelque peu flattée.

Homme de bien, chevalier du devoir, père de

cinq enfants en bazar.

Entre le portrait et le modèle, il y

a place pour une lamentable, pour une écœurante

vérité.

Nous avons asséri.

Passons aux choses sérieuses.

Les feux d'artifice sont éteints.

Faisons à présent la lumière.

Je n'irai pas par quatre chemins.

La goupille, l'honnête la goupille est ce

qu'on appelle une gouappe dans les meilleures

sociétés.

Quoi?

L'empiste par profession, car il n'est

pas plus fonctionnaire qu'il n'est père

de cinq enfants.

L'empiste, dis-je, par profession, mais il

vrogne par caractère.

Il est mondieux comme Grégoire.

Il passe tout son temps à boire.

J'imagine qu'il m'en donnera le

démenti.

Avec ce tranquille cynisme propre aux alcooliques invétérés,

il vous l'a déclaré lui-même.

A ce seul café du pied qui remue,

chaque soir, il absorbe sept consommations.

Vous avez bien entendu.

Sept consommations par soirée, soit 49 consommations par

semaine, 210 par mois, 2 555 par an

et 2 562 quand l'année est dissextile.

Fleur de débauche et de fainéantise, incarnation du

pas de vailloux, cet homme méprisable, taré et

s'est arraché à l'ignorance de la

foule.

Cette considération dont est affamée l'infamie, tel

un porc qui aurait volé pour s'en

remettir la robe auguste du lion.

Il ne craint pas de se faire repasser

pour fonctionnaire de l'État, soyant ainsi son

jési.

Son jési, je vous en conjure, pour s

'en remettir la robe auguste du lion.

Il ne craint pas de se faire repasser

pour fonctionnaire de l'État, soyant ainsi son

jési.

Son jési, je vous en conjure, l'antique

prestige de notre administration nationale est sapant d

'une main meurtrière les bases mêmes de la

société.

J'ai dit.

Le prévenu spontanément a reconnu les faits qui

lui sont reprochés.

Je n'ai donc pas en discuter l

'évidence.

Je me bornerai appeler sur lui les sévérités

de la loi et à revendiquer de votre

esprit de justice un châtiment exemplaire dont les

intérêts immenses qui en dépendent.

Vous n'avez rien à déclarer ?

Non, M.

le Président.

Et vous ?

Louis XII ne paye pas les dettes du

duc d'Orléans.

Il se conduit comme un cochon.

Vous n'êtes pas ici pour apprécier l

'histoire.

Le tribunal, après s'en avoir délibéré conformément

à la loi, a tendu qu'Alfred Limonadier

à Paris a introduit une plainte contre la

goupille comme ayant reçu de celui-ci un

marron.

Caissez-vous la goupille !

Un coup de poing plein visage.

Qu'il s'est porté parti civil et

qu'il réclame 500 points à titre de

dommages et intérêts.

A tendu que par ses exigences et son

nom il a réussi à mettre en fuite

la clientèle habituée du café du pied qui

renue et contribué ainsi dans une large mesure

à la déconfiture de cet établissement que dans

ces conditions les prétentions d'Alfred ne semblent

nullement excessives.

Mais si j'aurais demandé 10 000 francs.

A tendu enfin que la goupille ne n

'eût point s'être livrée sur la personne

d'Louis Limonadier Alfred à la voile de

la poursuite qu'il semble venir de lui

-même se placer sous le coup de la

loi et qu'il aurait lieu dès lors

de lui faire application de l'article 311

du code pénal ainsi conçu.

Lorsque les causes et violences exercées n'auront

occasionné aucune maladie le coupable sera puni d

'un emprisonnement de six jours à deux ans.

Deux ans de prison.

Mais d'autre part considérons que si en

réalité Alfred a reçu un marron je vais

vous faire sortir la goupille.

A coup de prendre la figure et qu

'il n'ait que ce qu'il méritait

ayant par ses provocations ainsi qu'il l

'a reconnu lui-même contraint et forcé la

goupille a usé de son droit de légitime

défense considérant qu'Alfred ne justifie de l

'acte de brutalité dont il aurait été victime,

ni par un témoignage ni par un procès

verbal, ni par un certificat de médecin que

le juge ne serait sans contrevenir gravement à

la procédure en usage et notamment aux articles

154, 155, 154 au nom du code d

'instruction criminelle acquérir une réclamation dans le bien

fondé n'établit que par les affirmations considérant

que si en réalité Alfred a connu qu

'il a renvoi du refus reposé par la

goupille de ses invitations d'avoir quitté sur

l'heure le café du pique-gueule mais

qu'en effet aucun d'un des nombreux

juges n'ont confirmé pour autant l'erreur

des coups d'oeil et tant à lui

le public va pénétrer à liberté les chers...

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