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-On reprend?
Qu'est-ce que les Syriens pouvaient trouver alors? -Ă€ ce moment-lĂ , pas grand-chose.
Les légendes sont faites pour ça, pour faire écran. L'écran s’appelait Paul Lefebvre.
Paul avait effectivement enseigné au lycée français, il avait créé un cours de théâtre,
puis il avait organisé des soirées littéraires en bar. Une certaine intelligentsia fréquentait l'établissement
jusqu'Ă ce que la guerre vienne tout interrompre.
Paul Lefebvre était alors parti en Jordanie enseigner au lycée français d'Amman.
J'avais ensuite quitté la Jordanie avec mon vrai passeport au nom de Guillaume Debailly.
On vous avait bien renseigné :
il y a un Paul Lefebvre
qui a effectivement résidé en Jordanie d'avril à juin 2014.
Voici toutes les informations que nous avons recueillies sur le sujet.
Je vous remercie infiniment.
Il est resté chez nous 2 mois
puis il est parti en Angleterre.
C'est tout ce qu'on sait.
On peut faire une demande aux Britanniques, si vous voulez.
Mais ça risque de prendre du temps.
Les légendes sont des écrans invisibles, des pare-brise sur lesquels viennent s'écraser les mouches.
Qu'est-ce que tu veux ?
M'expliquer. Je pense que tu te trompes sur moi.
Je sais que tu te sens mal Ă l'aise,
que je t'ennuie avec mes questions au sujet de ton ami français.
Quel ami ?
Ton Paul Lefebvre.
Ce n'est pas "mon" Paul Lefebvre.
Sache que ça ne m'amuse pas
de me mêler de ta vie privée, pas du tout.
Que sais-tu de lui, exactement ?
Il est prof de français, je te l'ai déjà dit.
Il enseigne oĂą, en ce moment?
En ce moment, je crois qu'il n'enseigne pas, il écrit.
Un livre ?
Un roman.
Il est écrivain ? Il a déjà été publié ?
Je ne sais pas.
Je crois que c'est son premier.
Quoi d'autre ?
Je crois qu'il a une fille.
Son nom ?
Jeanne, je crois.
Tu crois ?
Il habite oĂą ?
Je ne sais pas.
- Tu n'es jamais allée chez lui ? - Non.
- Vous vous voyez oĂą alors ? - Dehors.
Au restaurant.
Bon, c'est bientôt fini, ta démonstration ?
Au restaurant jusqu'Ă 4 h du matin ?
On se balade, on boit des verres...
Pourquoi tu n'es jamais allée chez lui ?
Je ne sais pas.
Il habite chez un ami, je crois.
- Qui ? - Je ne sais pas.
Tu ne sais rien de lui. Et tu dis que c'est ton ami ?
Tu ne sais pas oĂą il habite, ni de quoi il vit.
Tu me parles de sa fille, mais tu ne sais mĂŞme pas si elle existe.
Demande-lui toi-mĂŞme.
Voilà son numéro de téléphone.
Tiens.
Appelle-le. Interroge-le.
Vas-y ! Appelle !
Je vais appeler.
Très bien. Et maintenant, laisse-moi tranquille.
Je ne veux plus que tu revoies cet homme.
Je fais ce que je veux.
Tu ne reverras plus cet homme, j'ai dit !
- Ne me donne pas d'ordre. - Ce n'est pas un ordre, Nadia !
C'est une menace.
Si tu revois cet homme, ça ira très mal pour toi.
Sors.
-Supposons que Cyclone ait organisé sa propre disparition. De tous les gens qui sont sur écoute,
quels sont ceux qu’il appellerait obligatoirement pour donner de ses nouvelles?
-Sa mère.-D'accord, sa mère. Donc, il appelles a mère. Il dit quoi?
"Bonjour, c'est Farid?"-Non. -Il sait qu'elle est sur écoute, donc il utilise un code.
-C'est même pas lui qui téléphone, probablement. -Ceux qui s’occupent des écoutes,
ils seraient capables de repérer quelqu’un qui appelle de la part de Cyclone en utilisant un code?
-Non.-Qui serait capable? -OK, je réécoute tous les appels à sa mère.
-Merci.
-Guillaume?
Toute la délégation algérienne est là .
La réunion est commencée? -On a nos présentations, oui, qu'est-ce qu'il y a?
-Il faut tenter quelque chose.-S'ils n'ont pas Cyclone? On leur apprend qu'on a perdu un agent et on les accuse?
-Les services secrets algériens sont là et on ne fait rien? -Ne provoquons pas un incident diplomatique simplement
parce que vous n'êtes pas foutu de trouver votre clandestin. -Admettons qu’ils le détiennent...
Ils sont pas là pour parler de ça, mais ils vont faire une allusion, ils vont envoyer un signe,
ouvrir une négociation, mais ils vont avancer très masqués. -D'accord, oui.-Ils vont voir comment ça mord.
Il est possible que ce soit uniquement quelqu'un de chez nous qui soit capable de comprendre le signe, voilĂ .
Ça va être une private joke...-Qu'est-ce que vous en pensez? -Je pense qu'effectivement, s'ils le détiennent
et qu'ils veulent négocier, il faut qu'on soit présent pour lire les signes.
Par contre, comme vous dites, s'ils l'ont pas, c'est pas Ă nous de leur annoncer qu'on a perdu un agent.
-OK, c'est bon. Je vous autorise Ă entrer,
mais à titre d’observateurs uniquement. On est bien d'accord?Je reviens.
-T'oublies pas ton rendez-vous avec Balmes, aujourd'hui.
-Venez, je vais vous présenter. M. Vincent,
responsable de la communication. M. Le blanc, de la direction du renseignement.
-Bonjour, bonjour. Enchanté.-Prenez place, je vous prie.
-Bonjour, monsieur, bonjour.
-Donc, c'est un exercice conjoint, n'est-ce pas? Alors, comment envisagez-vous le partage des compétences,
en matière de commandement opérationnel? -En tant qu'observateurs,
vos officiers ont accès à l'ensemble du processus. -Bien sûr, néanmoins, ce serait
dans la logique de notre accord-cadre d'aller plus loin. -Qu'est-ce que vous voulez de plus?
-Un rĂ´le officiel de consultation pour notre officier de liaison.
-Je veux bien en référer plus haut, mais je garantis rien. C'est du ressort du politique.
Une autre logique, si vous voyez ce que je veux dire. Oui, vous vouliez intervenir, M. Le blanc?
-Non, je vous écoutais simplement. -Excusez-moi, je reprends.
Pour les dispositifs aériens et terrestres, je pense que nous avons tout vu.
Parlons maintenant des modalités de débarquement des commandos marines.
Nous avons donné une autorisation exceptionnelle à votre marine de faire entrer un sous-marin
à l'intérieur de nos eaux territoriales pour la durée de l'exercice.
-En espérant, bien sûr, qu'il ne disparaisse pas comme la dernière fois.
-Excusez-moi, je vous suis pas. -J’évoquais une sombre histoire
qui ne nous rajeunit pas, n'est-ce pas, colonel? Ne me dites pas que vous avez oublié notre flambeau,
disparu au large d’Alger en 1972.
-Non, bien sûr. -Un sous-marin perdu en mer qu'on ne retrouve jamais,
c'est le genre de chose qu'on n'oublie pas facilement.
-Je comprends, je comprends.
Je reprends?
Je reprends. Alors, pour les dispositifs aériens et terrestres,
je pense que nous avons tout vu. Parlons maintenant des modalités de débarquement
des commandos marines.
-Ă€ tout Ă l'heure. -Ă€ tout'.
-Pakistanais ou coréen? -Désolée, j'ai un rendez-vous de dentiste.
-AĂŻe. -Je termine des mesures.
-Quelles mesures? Je peux voir?
Là , la courbe de tension, elle décroche.
Tu sais pourquoi? -Les flux marins.
-OK. Bonne chance pour le dentiste.
-Merci.
-C'est pas bon, ça. -Non, mais je suis pas sûre, mais c'était ambigu.
-Sa main sur la vĂ´tre, c'est ambigu. -Sa main sur la souris.
Bien, enfin, il y avait ma main entre sa main et la souris. -Vous étiez gênée?-Un peu, ouais.
-Alors, il vous drague.S'il y a rien, on sent rien. À moins d'être érotomane, vous êtes érotomane?
-Non, je crois pas.-Alors, il vous drague.
C'est la merde. -J'ai rien fait, moi.
En plus, pour moi, il est Iranien, il est marié et il est en mission officielle.
-Justement, vous êtes jeune, nouvelle, interdite. Ça fait trois bonnes raisons.
-Je fais quoi, lĂ ? -Vous faites attention.
Il faut surtout pas céder, déjà parce que... -Déjà parce que non.-Voilà .
Aussi parce que si vous commencez quelque chose avec lui, maintenant, il vous amènera jamais en Iran.
-Donc, je le jette.-Oui. Mais, pas n'importe comment.
Si vous le mettez trop mal Ă l'aise, s'il a l'impression que vous vous foutez de lui,
que vous le méprisez, après, c'est terminé. L'Iran, plus aucune chance:il vous y emmènera jamais.
Fin de l'histoire. -OK, donc, je fais quoi, lĂ ?
-S'il essaie de passer à l'acte, vous tentez de l'éviter. Mais, il y a un point de rupture,
c'est-à -dire un moment où l'éviter, c'est l'humilier. Donc, vous ne vous dérobez plus.
Vous le laissez venir. Et, lĂ ...-Oui?
-Vous verrez, ça dépend de l'animal en face. Vous devez le désarmer.
Vous trouverez.
Oui?
C'est Sandrine.
Bonjour, ma chérie.
Votre chat est chez moi.
- Vous êtes sûre ? - Oui.
Je suis rassurée, je n'avais pas de nouvelle.
Il est passé par la fenêtre, je lui ai donné du lait.
Je vous le ramène ?
Vous ne voulez pas le garder quelques jours ?
Bien sûr. Vous partez ?
Oui, je vais Ă Alger voir mon fils.
Je suis inquiète, je n'ai plus de nouvelle de lui.
Bien sûr. Vous partez quand ?
Demain matin.
Mon avion est Ă 11h30.
-Oh, putain!
-Quand j'ai dit de ne pas intervenir, quelle est la partie de la phrase que vous comprenez pas?
-Il fallait les sonder.-Vous appelez ça "sonder"? -Ç'a eu son effet.-Nous mettre dans l'embarras.
-Non, s'ils détiennent Cyclone, les message est passé. Maintenant, il faut juste leur donner un moyen de répondre.
Je propose d'ouvrir un canal de communication moins protocolaire, je peux essayer quelque chose.
-Vous me proposez ça par écrit d'ici une heure avant la reprise de la réunion.
-Qu'est-ce qu'il y a?-On a un petit souci, lĂ . -Un petit souci?
-Euh, ça chie dans le ventilo, en fait.
-AllĂ´? -Mme Benarfa, c'est Henri Duflot Ă l'appareil.
Vous vous souvenez de moi?-Oui.-Vous ne pouvez pas prendre cet avion.
C'est une très mauvaise idée, il faut qu'on parle. -Je n'ai pas envie de vous parler.
-Vous allez faire une bêtise. Écoutez, je vous envoie une voiture.
-On fait quoi, lĂ ? On lui colle un GPS dans le cul et on voit oĂą elle nous conduit?
-Elle ne doit pas partir. On sait pas ce qu'elle va faire comme scandale lĂ -bas.
Elle va alerter l’ambassade, la police, rameuter la populace, ça va brouiller les pistes.
La presse va s'en mĂŞler, les politiques aussi...
Si jamais il y a une toute petite chance pour que Cyclone ne soit pas grillé,
cette chance nous passe définitivement sous le nez.
En raison d'une intervention des équipes de maintenance,
un retard est à prévoir sur le vol AF 342à destination d'Alger.
Je répète. En raison d'une intervention des équipes de maintenance,
un retard est à prévoir sur le vol AF 342 à destination d'Alger.
-Bonjour, madame, il va falloir nous suivre. -Non. ArrĂŞtez!-Venez avec nous, madame.
-Je n'ai rien fait!-Nous non plus, madame. -Non, je n'ai rien fait, je n'ai rien fait!
Je n'ai rien fait, arrĂŞtez! ArrĂŞtez!
Vous n'avez pas le droit, vous n'avez pas le droit!
Vous le connaissez, alors.
C'est un ancien bordel qu'ils ont transformé en bar.
Il paraît qu'il y a une ambiance terrible.
-Le Secret Square?-Pardon? L'ancienne boîte de strip-te a se s'appelle le Secret Square.
Elle se trouve dans le 9e arrondissement, je peux vous y emmener si vous voulez.
-Vraiment?-Tout Ă fait. Quand ĂŞtes-vous disponible?-Eh bien, demain soir.
-Va pour demain soir.
Vous comprenez l'arabe ?
Oui, je l'ai appris Ă l'Inalco.
A l'Inalco ? Avec El ZaĂŻr ?
Driss El ZaĂŻr ? Non.
Mon prof s'appelait Chibane.
Je connais un prof qui s'appelle El ZaĂŻr.
Il enseigne l'arabe Ă Sciences-po.
-Peut-être.Demain, 22h? À votre hôtel.-Ouais, parfait.
-Je demande?-Excusez-moi. Je me suis pas présenté, Belkacem.
-Enchanté.-Vous êtes M. Vincent, c'est ça? -Tout à fait.-Enchanté.
Bien, on se dit demain, alors.-Ă€ demain soir. Messieurs.
-Bonjour, Guillaume.
Asseyez-vous, je vous en prie.
Est-ce que vous voyez votre fille? -J'aimerais bien, mais depuis que je suis rentré,
on m'a pas donné beaucoup de temps à cause de Cyclone. -Hum, bien sûr.
Mais, c'est vraiment la seule raison?
-Qu'est-ce que vous avez en tĂŞte? -Non, je me demandais si elle faisait pas partie
de la vie normale que vous évoquiez la dernière fois. Une vie normale peut-être un peu difficile à retrouver.
-Écoutez, j'aimerais bien voir ma fille et passer plus de temps avec elle, mais on m'a demandé de retrouver un clandestin
dont la disparition prolongée peut avoir de graves conséquences pour tout le monde.
-Je comprends.-Voilà . -Prune, c'est un très joli prénom.
Comment vous l'avez intégré dans votre légende? Je veux dire, Paul Lefebvre avait une fille ou non?
Comment vous faisiez? -On essaie de coller le plus possible
à notre véritable identité et ça nous permet de faire le moins d'erreurs possible.
Donc, oui, Paul avait une fille et une femme, dont il a divorcé.
-Vous parliez donc de Prune et d’Elsa à vos amis à Damas?
-Sans trop rentrer dans les détails, puis on utilise d'autres prénoms.
Prune, c'était Jeanne. Elsa, c'était Sylvie.
-Vous arriviez à vous y retrouver? -Je suis formé pour ça.
-Vous êtes formé pour vous glisser dans les habits d'un autre, puis retrouver vos vrais habits,
puis changer de nouveau. En fait, ce qui s'approche le plus de cette vie sous légende,
c'est l’expérience de l'adultère.
C'est vrai, beaucoup de personnes qui ont fait cette expérience de l’adultère se rendent compte
que ce qu'il y a d'excitant, ce qu'ils aiment lĂ -dedans, c'est presque plus le secret,
la double vie, que la relation elle-même. Ce qui leur manque après,
quand ils reviennent Ă une vie conjugale normale, c'est moins la personne perdue que...
le contexte, l'ambiance... le petit monde secret,
mystérieux, où ça se passe, en dehors du monde réel, quotidien, ordinaire.
Est-ce que vous voyez ce que je veux dire? -Oui et non.
-La comparaison ne vous paraît pas pertinente? -Je ne doute pas qu'elle le soit pour vous.
-Mais, pour vous? -C'est une belle vue de l'esprit.
-Vous réagissez comme si je vous tendais un piège. Pourquoi? Moi, je cherche juste à comprendre.
-Non. Vous cherchez à démontrer quelque chose.
Pourquoi, parmi toutes les hypothèses possibles, concernant les intentions d'autrui,
choisissez-vous toujours la plus sombre? -Bonjour.
-J'ai votre fiche sur Nadia El Mansour. Depuis avril 2014, elle a continué à enseigner
à l'Université de Damas, et elle a effectivement été nommée à la tête
de la Fondation pour la préservation du patrimoine. Tout est clean.
-Elle a pas disparu pendant 15 jours, un mois? Elle a pas voyagé ou pas de contact avec le ministère
de l'Intérieur ou des services de sécurité? Rien n'a été signalé?-Non.
VoilĂ . Juste, elle est en plein divorce.
Mais, c'est pas particulièrement remarquable. -Vous êtes sûre?
Son avocat a déposé une requête, c'est dans le dossier. C'est la guerre, ça:depuis que ç'a commencé,
le nombre de divorce sa été multiplié par dix. -Merci.-Pas de quoi, au plaisir.
-Vous avez pas le droit. -Vous pouvez pas partir à Alger comme ça.
C'est dangereux pour vous et c'est dangereux pour lui. -C'est pour vous que vous avez peur.
Moi, je veux retrouver mon fils. Vous avez des enfants?
Vous savez ce que ça fait, d'attendre, de rien faire et de rien savoir?
-Je comprends. J'ai un fils...
et je de viendrais folle Ă votre place.
Mais, justement, partir Ă Alger, c'est de la folie. -Vous pouvez pas m'empĂŞcher.
C'est un pays libre, la France, non?
-Je reviens.
-Vous l'avez oublié. Vous l'avez laissé tomber et pour vous, c'est rien.
Mais, moi, c'est mon fils. Je ne peux pas rester sans rien faire.
-Vous vous trompez, croyez-moi. Pour nous, ce n'est pas rien.
-Vous, vous dormez la nuit; moi, non. Il était tellement fier de travailler avec vous.
Mais, il est fier de travailler avec nous. -Je n'ai plus envie de parler avec vous.
J'ai envie de rentrer chez moi dormir. Demain, je repars pour Alger.
Vous pouvez pas m'empĂŞcher. C'est mon fils.
C'est mon fils... -Mme Menarfa...
-Mon fils, à la naissance, a eu une infection. Il est resté dans le coma une semaine.
Je suis devenue folle. Je tournais en rond dans le service de réanimation.
Je chantais tout bas.
J'étais comme vous, je pouvais rien faire. Je pouvais pas écouter les médecins,
je pouvais pas les entendre. J'avais l'impression qu'ils me mentaient tout le temps.
C'était eux, les ennemis, c'était ceux qui rentraient des tubes dans le corps de mon bébé,
qui était minuscule. Il était tout petit.
J'avais l'impression qu'ils me mentaient tout le temps.
Ils l'ont sauvé.
Il va bien maintenant.
Les médecins, c'est nous. Je sais que c'est difficile,
mais il faut nous faire confiance. C'est pour votre fils.
-D'accord. Je reste ici, chez moi.
-Je ne savais pas que vous aviez un fils. -J'ai deux filles.
-Et le coma? -Ça, c'est vrai, l'aînée.
Ă€ plus tard.
-Viens, je t'emmène!-Non. Vous embêtez pas, je vais attendre un peu.
Ça va bien finir par s'arrêter. -C'est ridicule, tu vas pas rester ici dans le froid!
-Vous allez dans quelle direction? -OĂą tu veux, j'ai tout mon temps.
Allez, monte! Je vais finir par me faire lyncher.
Ça te plaît, alors, l'institut? -Oui, beaucoup.
J'apprends plein de trucs et les gens sont sympas. -Tant mieux.
Je n'ai jamais eu de collaboratrice comme toi. Je trouve que tu es très intelligente, tu sais?
Vraiment. Ça te gêne que je dise ça, que je pense ça?
-Non, non, c'est gentil. -Non, mais c'est vrai, pour une fille de ton âge,
je trouve que tu as un regard, une manière de voir...
Tu es douée. -Merci.
-On pourrait se voir en dehors de l'institut, tous les deux?
Tu y as déjà pensé? -Vous voulez dire en...
Ah non. Non, c'est pas possible.
Je peux pas. -Pourquoi ça? Parce que je te plais pas?
Ou parce que je suis marié? -Non, je suis désolée...
C'est difficile, mais...
Vous ressemblez à mon père, en fait. C'est nul, hein, je sais.
-Il a quel âge, ton père? -Il est mort quand j'avais 6 ans.
Il avait 35 ans.
-Je suis désolé. -Non, mais il a eu un lymphome, mais allé très vite.
Normalement on en guérit. C'est 90 % de chances, le cancer des chanceux.
Mais lui, non. Mais, je ne pas vu depuis mes 4 ans.
J'ai été lui rendre visite à la fin. On m'a laissée entrer dans sa chambre.
Je suis restée dix minutes. Il disait rien.
Je savais pas trop quoi faire. Puis...
une infirmière est venue, elle s'est rendue compte qu'il était mort.
Depuis que j'étais entrée, il était mort. Les infirmières avaient pas vu.
-Ça te dérange si je fume?-Non. Je sais pas trop qu'on se serait dit, de toute façon.
Pardon, c'est un peu glauque.
-T'aurais été plus vite à pied.
Mais, j'aurais été trempée.
-Maman?
C'est moi, ça va, je te dérange?
Non, non, ça va, je pensais à papa.
Hum.
Je sais.
Je sais...
-J'ai eu peur que tu ne viennes pas. -Pourquoi?
-Bien, tu avais l'air de me détester, la dernière fois. -Mais, non.-Tu m'as fait peur.
-Je suis désolé. -Tu crois toujours que je te mens?
-Non. -Pourquoi? Tu as réfléchi à ce que je t'ai dit?
-Comment ça va avec Marwan? -Pourquoi tu me demandes ça?
-Pour savoir. -C'est important pour toi?-Ouais.
-On se sépare. -Pourquoi tu m'as rien dit?
-Je voulais pas te faire peur. -Peur de quoi?
-Bien, je sais pas. On a été ensemble,
tu m'as quittée, on se retrouve à peine.
-J'ai pas peur. -Ha! Ha! Moi, si.
Mais, bon...
Ă€ toi, maintenant. -Moi, quoi?-Parle-moi de toi.
-Ça t'intéresse? -Raisonnablement.
Ta fille, elle va bien?
Elle habite où? -À Montreuil avec sa mère.
T'aimerais la rencontrer? -Elle est jolie?
-Très jolie.-Elle a un petit copain? -Ça, je sais pas.
-Tu sais pas?-Elle est très discrète. -Oui, comme toi.
Nadia!
Nadim El Bachir. Je suis un collègue de Nadia.
-Paul Lefebvre, enchanté. -Je passais dans la rue, j'ai eu envie de boire un verre au bar.
Qui je vois?
Je peux m'asseoir cinq minutes? -Bien sûr.
-Monsieur, je vous sers.
-Merci.
Je ne reste pas longtemps.
Alors ?
Vous connaissez Nadia depuis longtemps ?
Je ne sais pas.
Un an, un an et demi.
Alors vous connaissez la Syrie ?
Oui, je vivais Ă Damas.
- Longtemps ? - Six ans.
Vous parlez arabe, alors ?
Un peu.
Et alors, Damas, ça vous a plu ?
Vous faisiez quoi, lĂ -bas ?
J'étais prof, prof de français.
Et vous, vous faites quoi ?
Comme Nadia.
Enfin, un peu en dessous.
Je l'accompagne aux séminaires
et je tâche de l'assister de mon mieux,
Ă mon petit niveau.
Et donc, maintenant,
vous êtes rentré à Paris.
Tu le vois bien.
C'est bien que des Français s'intéressent à notre pays.
Quand nos cultures se croisent.
Allez.
Je vous laisse profiter de votre dîner.
Je ne veux pas vous déranger.
Enchanté, Paul.
-Ă€ bientĂ´t.-Ă€ bientĂ´t.
Qu'est-ce que c'était, ça? -C'était Nadim.
Il est un peu lourd.-C'est qui? -Un collègue.
-T'es prof de quoi?-Art prémésopotamique. -Pourquoi il dit t’accompagner à tes séminaires,
alors que tu y vas pas? -Parce qu'il y va pas non plus, pour les mĂŞmes raisons que moi.
Il a peur que ça se sache. On peut parler d'autre chose?
-Pourquoi?-Pourquoi, quoi? -Pourquoi tu veux parler d'autre chose? Il me cuisinait.
-ArrĂŞte, on commande.-On commande? Excuse-moi, mais il ressemble pas Ă un prof de fac.
Il ressemble à un flic. Tu trouves pas étranges les questions qu'il m'a posées?
-Mais, il est poli, il s'intéresse aux gens. Il fait la conversation.-Non, non, non.
Il a posé des questions, il voulait des réponses. -Oui, un peu comme toi avec moi, là .
Je te le dis si tu veux.
-Quoi? -Ce que je fais Ă Paris.
Ça te regarde pas...
Même ça, je ne sais plus. Si Nadim débarque pendant nos dîners,
alors peut-être que ça te regarde, finalement. -Alors, dis-le-moi.
-Je vais le faire.
Mais, j'ai pas le droit, c'est interdit. -Qu'est-ce que tu risques?
-Je sais pas exactement. De très gros ennuis.
-Si tu m'en parles.-Hum.
-Alors, dis rien.
-Ouais, en même temps, tu n'es pas un journaliste. Nadim a très peur que tu sois un journaliste.
-Pourquoi?
-On vit tous dans le secret. Si ce qu'on fait devient public,
on peut tous être tués.
Nadim aussi, je crois.
-M'en dis pas plus, alors. Je ne te poserai plus de questions.
D'accord. -: Je soupçonnais Nadia d'être à Paris
parce que quelqu'un aurait découvert mon rôle en Syrie. Je me trompais.
Nadia n'était pas une menace pour moi. C'est moi qui étais une menace pour elle.
-Maintenant, est-ce que je peux te demander quelque chose? Est-ce qu'on peut s'en foutre une heure de Nadim,
de mon mari, de ta fille, de la guerre?
Est-ce qu'on pourrait oublier tout ça, je t'en prie?
Écoute, voilà ce qu'on va faire. Je vois bien que tu es furieux,
que tu es inquiet...
Je vais te laisser et je vais aller réserve rune chambre à mon nom.
Puis, toi, tu restes là . Tu réfléchis, tu prends tout ton temps.
Tu me rejoins si tu veux.
Ce type sent l'espion.
La plupart des Français en Syrie sont des agents.
C'était un Français en Syrie
et, comme par hasard, il la retrouve
quand elle est en mission ici ?
D'après toi, elle couche avec lui ?
Ça ne m'étonnerait pas.
Les français sont comme ça :
ils baisent pour avoir des renseignements.
Nadia ne ferait pas une chose pareille.
Elle n'a pas peur de son mari ?
Oh, ces femmes-lĂ , tu ne les connais pas.
Elles n'ont peur de rien.
Regarde comme elle m'a désobéi.
Je lui avais ordonné de ne plus voir cet homme.
En tout cas,
ce soir, elle ne couchera pas avec lui.
Qu'est-ce qu'on fait ?
On entre ?
Si on entre, il nous repère.
On attend qu'il sorte.
C'est sûrement pas la seule sortie.
Alors on est baisé.
-Bonjour. J'ai besoin du rapport sur les bruits.
-Celui-lĂ ?-Non, l'autre.
Marina, je t’attends dans mon bureau. -OK.
-J'ai passé une très mauvaise soirée, hier soir. J'ai presque pas dormi.
Ça fait longtemps que je m’étais pas senti aussi humilié. Pire qu'humilié, honteux.
Ce que vous m’avez raconté sur votre père, ça m'a glacé.
Je me suis senti minable de vous avoir...d'avoir essayé...
-C'est pas grave. -Non, mais je sais pas ce qui m'a pris.
Je vous demande de m'excuser.-Mais, bien sûr. C'est pas grave, c'est pardonné.
-Merci, Marina.-De rien.
-Personne n'a ce numéro. Seul votre interlocuteur pourra appeler ce téléphone.
Dès que le rendez-vous est terminé, vous nous ramenez l’appareil et on le garde au chaud.
-Merci.
-Il y a des danseuses, ici? -Il y en avait et maintenant, ça fait plus partie du décor.
-Ah, c'est dommage. Ha! Ha!
-C'est devenu très branché, ici.
Mais, le quartier est resté chaud.
D'ailleurs, il y aune semaine, je me suis fait voler mon scooter pas loin d'ici.
-Ah, il y a beaucoup de vols ici. -Ă€ Paris, un toutes les cinq minutes.
D'ailleurs, c'est marrant, mon collègue vous a parlé d'un sous-marin français disparu en 72.
-Ouais, c'était étrange. -Je vous aurais plus parlé d'un scooter.
-Oui, pourquoi donc? -Parce que le scooter, on s'y attache, vous savez,
surtout quand ils sont un peu vintage.Il y en a plein qui seraient prĂŞts Ă le racheter
une deuxième fois plutôt que de payer un nouveau. Moi, par exemple,
ceux qui m'ont volé, s'ils me proposaient de le racheter, je crois que je dirais oui.
Ça dépend du prix. -Vous êtes un sentimental.-Probablement.
-Et, elles, elles font partie du décor?
Ha! Ha! Ha!
-Ă€ propos de votre histoire de scooter, Ă Alger aussi, on se les fait voler, vous savez?
En demandant aux bonnes personnes et en rendant quelques petits services,
on finit toujours par les retrouver. -Alors, il y a toujours espoir, rien n'est perdu.
-Toujours. -Écoutez, si vous revenez à Paris,
que vous avez envie de vous amuser...
...ou tout simplement parler de scooter, voilà mon numéro. -Bien, merci, Vincent pour cette soirée merveilleuse.
-Karim, ce fut un plaisir.
-Ce que je peux vous dire, c'est que le canal est ouvert. Le temps qu'il en parle à un supérieur
et qu'une décision soit prise, d'ici quelques jours, ils utiliseront ce canal pour négocier.
-S'ils ont Cyclone. -Mais, on travaille toutes les possibilités, quoiqu'il arrive.
-Allez, dodo. Merci, Guillaume.
-Malotru, bien joué.
-Oui, on le connait.-C'est qui? -Hachem el-Khatib.
Homme d'affaires syrien proche de Bachar el-Assad. Il fait beaucoup d'affaires en Europe.
Vous l'avez prise oĂą, la photo? Pardon.
Sinon, pour l'hĂ´tel particulier, c'est pas chez nous. Pas l'Iran, pas le Qatar, mĂŞme pas chez les Chinois.
J'ai transmis au bureau Russie, on sait jamais. -Merci.
-Le 16 rue de la Faisanderie appartient Ă Alexandre Maniakine.
Plusieurs sociétés de gestion, dont trois SCI. Apparemment, tout est clean.
Les comptes sont régulièrement déposés au greffe. -Sur le mec lui-même, t'as quelque chose?
-Chez nous, non, mais vu ses actifs immobiliers, il doit être fiché à l'Intérieur, je les appelle?
-Je m'en occupe, merci.
-Mme Benarfa part à Marseille. On a vérifié, elle a une place
dans le ferry de 16h30 pour Alger. Elle est parties ans son portable,
mais on avait mouchardé sa valise. -Je m'en occupe.
-ArrĂŞtez! Mon sac! Mon sac! Mon sac!Au voleur!
Au voleur! Au voleur! ArrĂŞtez!
Qu'est-ce que tu racontes, Nadim ?
Que je dois appeler Bachar pour lui dire qu'on met fin aux discussions
parce que Nadia El Mansour baise avec un agent français ?
Non, chef,
je ne te demande pas de l'appeler,
je dis que je pense que l'homme avec qui elle couche
est un agent français.
Tu "penses" ?
Tu sais ce que tu vas faire ? Tu vas appeler Bachar toi-mĂŞme
et lui dire qu'il a choisi une femme qui baise avec un agent.
Connard !
On ne peut pas dire n'importe quoi.
Fais attention !
Il ne faut pas "penser", il faut être sûr.
T'es sûr que ça se boit comme ça?
-En fait, c'est un peut a garçonnière, ici. -Pourquoi pas?
-Non, non, c'est très bien. Je t'ai connu toujours un peu plus sérieux, c'est tout.
-Je suis pas sérieux. J'aime pas les plans à plusieurs où tu te retrouves
avec la bite d’un copain à la main. -Non, mais c'est fini, tout ça.
C'était quand on avait 12 ans. C'était avant le sida.
-Alexandre Maniakine. C'est un oligarque russe.
Il a fait fortune dans le papier et les combustibles. Il possède un très bel hôtel particulier,
rue de la Faisanderie. -C'est tout?-Non.
C'est aussi un proche de Poutine. -Qu'est-ce qu'il fait ici?-Des affaires.
Et de la politique. Il s'est associé à certains hommes d'affaires syriens.
Il connait bien les membres de l’opposition syrienne en exil. Poutine l'utilise pour leur faire passer des messages.
-Quels messages? -Le jour où Assad voudra négocier
avec l'opposition syrienne, ce sera sous la pression de Poutine,
et ça passera par Maniakine. -Pourquoi?-Pourquoi?
Il faut que ça reste secret, bien sûr. T'es fou, toi.
Tu te souviens, les négociations sur le nucléaire iranien? Tout le monde savait qu'ils se parlaient avec les Américains.
Eh bien, je te garantis qu’avec Assad, on saura rien. Celui qui laissera filer l’info selon laquelle
Assad prépare son départ se fera tuer avant d'ouvrir la bouche.
La Russie était par venue de contraindre Bachar el-Assad de négocier son départ avec l'opposition.
Mais, Bachar el-Assad faisait la guerre pour conserver le pouvoir.
Celui qui révèlerait cette contradiction, celui qui ferait perdre la face au dictateur
serait immédiatement pu ni de mort.
Voilà ce qui attendait Nadia si on apprenait qu’elle fréquentait un agent de la DGSE.
Je ne pouvais plus prendre de risque pour Nadia. Je devais redoubler de vigilance,
ne laisser personne savoir qui j'étais vraiment.
Pour la protéger, je devais placer un écran entre moi et la DGSE.
Un écran qui s’appelait Paul Lefebvre.
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