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Original subtitles

...

Je l 'aimais bien, Joseph.

Il tombait tout le temps.

Lui, c 'est mon ami.

Mon ami à moi, Grégoire.

Moi, je l 'aime bien, mais parfois, quand il est là, il n 'est pas là. Il

ailleurs. Il est pêcheur un peu professionnel.

Joseph, tout petit déjà.

Tu étais tout petit.

Tu rêvais d 'être choqué, caracolant par mots et par veau, sur ton chien, puis

sur ta chèvre, enfin sur ton âne.

À force d 'obstination, tu as fini par réaliser ton rêve.

Joseph, tu nous disais toujours...

Tu nous disais

toujours...

Tu nous disais toujours, quand on monte un cheval, on sait bien que tôt ou tard,

il faudra en descendre.

Avec toi, ça ne tardait jamais.

Et puis... Et puis Deville, avant -hier.

À la troisième haie, tu étais largement en tête.

Mais sans ton cheval, qui avait refusé l 'obstacle.

Tu n 'avais pas pied, tu es mort noyé.

S 'il vous plaît.

Le colosse, c 'est mon père, Nanoche.

Il fait dans les voitures. Il fait aussi dans les prisons.

Sûrement des gros clients.

Parfois, je ne le vois plus pendant des semaines.

Maman dit que c 'est parce qu 'il travaille beaucoup.

L 'autre, c 'est mon frère, Pop.

Lui, il rigole tout le temps. Allez savoir pourquoi.

Je l 'avais dit, il tombe tout le temps, Joseph.

Moi, il paraît que je suis un peu spéciale.

C 'est quelqu 'un des services sociaux qui a dit ça à mon père avant de saigner

du nez.

Artiste quoi ? Asperger.

Je vais bien asperger la gueule, moi. Tout bip de mes deux, là.

Artiste asperger.

Sûr qu 'il fait beaucoup saigner du nez, mon père.

Pardon, pardon.

Tintin, il aurait voulu être pilote de chasse. C 'est le mien.

Il a dû tomber quand je me suis baissé tout à l 'heure.

Mais il ne savait pas lire.

Du coup, il est devenu chômeur avant de se lancer dans la retraite.

Allô, c 'est qui ? Oh, combien de marins, combien de capitaines qui sont

partis joyeux pour des courses lointaines dont ce mort de tronqué se

évanoui. Combien ont disparu ?

dure et triste fortune, dans un bistrot sans fond, faire une nuit sans lune. À

Joseph ! À Joseph ! Allez, courage, mon seigneur ! La côte des Falouais ! La

côte du roi !

J 'écoute l 'arbre. Il me parle.

Ah.

Il te parle.

Et il te parle de quoi ? Il me dit qu 'il a très peur.

Il a peur de quoi ? Qu 'on le coupe.

Il a perdu son copain d 'à côté.

Viens, je te ramène.

C 'est au jour où on sort.

Le jour pousse la nuit et la nuit sombre.

Pousse le jour qui lui d 'une obscure ombre.

J 'ai bien réfléchi.

Déjà, t 'es pas capable de reprendre les affaires de ton père.

Il faut des qualités que tu n 'as pas.

Et puis tu vas pas rester l 'assistante de pêche de Grégoire toute ta vie.

Tu m 'écoutes ?

Alors, j 'ai pris rendez -vous avec l 'adjoint au maire, qu 'on connaît par le

cousin du maton de Toulouse, qui était copain avec ton père pendant son séjour

là -bas.

Il pourrait te trouver un travail à la mairie.

T 'imagines, Michel ? Toi, à la mairie ? Oh, écoute -moi, bossin ! Oui, maman,

je t 'écoute. Alors, regarde -moi quand je te parle.

Et arrête de te mettre les doigts dans le nez, là. Je mets pas les doigts dans

mon nez, maman.

C 'est l 'arc de Cupidon.

Hein ? C 'est qui encore, celui -là ? Cupidon est le dieu romain de l 'amour.

qui est le plus souvent représenté avec son arc.

Et dans le visage humain, la double courbe de la lèvre supérieure ressemble

cet arc.

Et ces pics coïncident avec les colonnes citrales.

Bien sûr, bien sûr.

Mais écoute Michel, fonctionnaire, tu peux devenir fonctionnaire.

C 'est -il pas beau ça ? Et puis, toi qui aimes l 'ordre et la propreté, tu

pourrais travailler au centre de tri des déchets.

Et puis fonctionnaire, c 'est un vie.

Tout le monde a un rêve.

Et puis nous, ça nous rassurerait bien.

Parce qu 'on ne sera pas toujours là, ton père et moi.

Et Grégoire, encore moins, depuis le temps qu 'il est plutôt jeune.

Sylvie ! J 'arrive ! Michel, une chante comme ça, il ne faut pas la laisser

filer. Oh, tu m 'écoutes ? Qu 'est -ce que je viens de dire ? Foncher, c 'est

inespéré, toi qui aimes l 'ordre et la propreté, tu pourrais travailler au

centre détruit et déchet. Et puis Foncher, c 'est la vie, tout le monde en

Ça nous rassurerait bien, parce qu 'on ne sera pas toujours là, ton père et

pas plus que ton Grégoire, qui est plutôt jeune.

J 'arrive !

Une chose comme ça, faut pas laisser filer, faut pas laisser filer !

Qu 'est -ce que c 'est

?

Merci à tous.

Anakin ? Anakin ?

Il y a quelqu 'un ?

Michel, la mairie est fermée aujourd 'hui.

Faut qu 'on prenne le rendez -vous.

On téléphonera demain.

Non, mais je vais pas à la mairie, maman.

Et bien alors, où tu vas comme ça ? À la pêche avec Grégoire. À la pêche ? En

costume ? Quand on se met en noir, ça veut dire qu 'on est très triste d

perdu son ami.

Moi, je l 'aimais bien, Joseph.

Il était drôle, il tombait tout le temps.

Oui, ben comme ça, au moins, il tombera plus.

Non, c 'est pas comme ça.

On a le cœur noir et on met un costume noir pour montrer sa peine.

Le lendemain, la vie reprend, hein ? M 'en fous pas, embêtez les gens qu 'on

perde quelqu 'un, d 'accord ? Eh, eh, t 'as pas tort.

N 'embête pas les gens qu 'on perde quelqu 'un.

Mais au moins tes bottes ! Eh, t 'as vu tes bottes ? Eh, eh, fais

attention de pas les salir.

Eh, eh, regarde.

Tiens, on est à l 'ivre.

Le petit prince.

C 'est toi.

Grégoire, est -ce que tu vas bientôt mourir ? C 'est pas dans mes projets.

Ah.

D 'accord.

Et c 'est quoi un fonctionnaire ? C 'est ce que tu ne feras jamais.

Pourquoi ? On ne met pas un oiseau en cage.

Et toi, Grégoire, tu es un oiseau, toi ? Oui.

J 'ai quitté ma cage il y a longtemps.

Quelle cage ? Écoute, occupe -toi de ton bouchon, ça va.

Et si ça mord pas, on fait comment ? Eh ben, eh ben, eh ben, t 'attends que ça

mord ! Tiens ! Tiens ! Tiens ! Alors là, bravo, bravo ! Quand on

pêche, on ne parle pas ! On fait pas de bruit parce que sinon les poissons, ils

se barrent ! Tiens, ça mord !

T 'étais drôle, tu tombais tout le temps.

Et puis t 'étais petit.

T 'es moins petit qu 'on croyait que t 'étais toujours loin.

Mais là c 'est vrai, t 'es loin.

J 'ai des entrecôtes, du faufilé, du bitec. J 'ai de la... Attendez. Jacob !

? Tu es bien de la basalaise, ce qu 'on a ? Épargne ! Ah, mais voilà.

Je m 'en douchais quand même.

Quoi ? Regardez comme elle est rose.

Donne -moi ça.

Là. Mets -toi là.

Oui. Voilà, comme ça.

Oui.

Attention, hein.

T 'es prêt ?

Alors ? J 'en perds mes mots.

Mais pourquoi tu les avises là ? Mais Rosy, elle veut tout les voir dans le

salon. Elle est jalouse, tu comprends.

Alors le soir...

Je saurais jamais la suite.

Il me gonfle avec son Johnny.

D 'accord, allez, dis -donc de suite.

Pauvre Joseph.

Tu fais toutes mes condoléances.

Merci, Grégoire.

On vient d 'aller le voir.

Bonne journée quand même.

Vous aussi, vous allez à la pêche ? On a une livraison à faire, un gros client,

il faut qu 'on soit propre.

Pensez à mon bracelet.

T 'en as déjà un ? Rosé. C 'est parti.

Qu 'est -ce que vous avez tous à vous mettre en oeuvre aujourd 'hui ?

J 'ai une livraison à faire, un gros client.

Nonoche, tu crois pas qu 'il serait temps de te ranger des voitures ?

Que je prenne ma retraite ? Non, non, tu restes dans les voitures, mais comme

tous les garagistes, tu répars celles de tes clients.

Jamais tu m 'entends, j 'ai refourgué un client, une voiture volée en mauvais

état. Ça, c 'est une question de principe.

Oui, c 'est bien.

C 'est vrai, c 'est bien.

En tout cas, ça t 'évitera d 'aller en prison tous les six mois.

Ah, ça, c 'est sûr.

D 'abord, pour moi, une prison, c 'est comme un centre d 'apprentissage, comme

un stage.

On se retrouve entre nous, on s 'échange des trucs.

Des trucs ? Mais quels trucs ? Par exemple, je ne sais pas, comme ça, les

boîtiers électroniques, maintenant.

Tu peux ouvrir n 'importe quel portier en moins d 'un second.

Et ça, c 'est en tôle que je l 'ai appris.

Merde. Oh putain les cons.

On a tiré une bagnole de flics.

Ça te fait rire couillon ?

Plan A.

Cravate.

Chapeau.

Mouchoir.

C 'est bon ? Oui.

Voilà.

Bonjour messieurs.

Bonjour.

Vos papiers, s 'il vous plaît.

C 'est toi qui les as ?

Là, c 'est toi qui les as, papa ? On

enterre son fils.

Dans ce cas -là, on pleure un peu la tête, on est un peu... Il était si

Tu te rends compte ? C 'est trop jeune pour mourir.

Bon, écoutez, toutes nos condoléances.

Par contre, mettez la ceinture.

C 'est pas

grave. Allez -y. Bon courage.

Bon courage à vous surtout.

Merci. C 'est moi qui vous remercie.

Bonne journée.

Merci, bonne journée à vous surtout.

Au revoir.

Allez,

allez !

Son arbre, il vient le voir tous les jours, mais il ne m 'en parle jamais.

Alors je ne lui en parle pas non plus.

Mais je sais.

Mes enfants, si je vous ai convoqués d 'urgence, c 'est que la situation est

exceptionnelle.

Bérénice ? Christos ? Comment vous dire ?

Une des joies de notre milieu, c 'est l 'incroyable variété d 'imbéciles qu 'on

y rencontre.

C 'est pour ça que je les supporte, d 'ailleurs.

Je les collectionne, comme les papillons.

Des petits, des grands, des vieux, des gros, des imbéciles heureux, des

malheureux, des fiers de l 'être, des honteux.

Les plus rares.

Il y a de tout, on ne s 'ennuie jamais.

Et puis un jour, on reconnaît qu 'on est devant le phénomène ultime, l

'indépassable, l 'imbécilité totale et sans excuses.

Vous pensez à quelqu 'un de particulier ? Non, non, non, je pense à vous en

général, à l 'ensemble de votre œuvre.

Tout petit déjà, vous aviez des prédispositions, mais alors là, vous

dépassé toutes mes espérances.

Le dernier bilan comptable de la société de votre père est une apothéose.

En un claquement de doigts, vous avez réussi à mettre en faillite une

florissante, l 'œuvre de toute une vie.

C 'est impressionnant. Mais je refuse de porter le chapeau tout seul.

Où est ton mari ? Il a un entretien d 'embauche, vu qu 'il est au chômage à

cause de son PDG de beau -frère.

J 'espère qu 'il ne vise pas trop, vu ses capacités.

Et c 'est celui qui a foiré son bac trois fois qui dit ça ? Ça suffit !

J 'ai bien réfléchi et je pense souhaitable de vendre le château de

arranger la situation.

Ah oui ? Pourquoi pas ? On n 'y va jamais.

Et on peut en tirer combien, d 'après vous ? Je vous vois venir.

Pas de voiture.

Pas de bijoux.

La totalité de la vente servira à renflouer les comptes de la société, pas

vôtres.

Seulement, il nous faut absolument la signature de votre père sur l 'acte de

vente.

Alors Christos, je te charge de te débrouiller pour lui arracher cette

signature. Moi ? Mais pourquoi moi ? T 'étais le chouchou, non ? Et comment je

fais pour le retrouver ? Il a disparu depuis 15 ans.

J 'ai lancé une enquête des pros de la DGSE.

Nous aurons des nouvelles prochainement.

Bon appétit !

Allez,

on y va.

Comme un vol de gerfaut, hors du charnier natal, fatigué de porter cette

hautaine, deux palos de moguets routiers et capitaines partaient, ivres d 'un

rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal que Cipango mûrit dans les mines

lointaines et les vents alisés inclinaient leurs antennes.

au bord mystérieux du monde occidental.

Chaque soir, espérant des lendemains épiques, l 'azur phosphorescent de la

des tropiques enchantait leur sommeil d 'un mirage doré.

Pour pencher à l 'avant des blanches caravels, ils regardaient monter en un

ignoré du fond de l 'océan des étoiles nouvelles.

Il est beau ce poème, on dirait nous. Si on veut, avec un peu d 'imagination.

C 'était quoi ça ? Une dorade.

C 'est l 'heure où elle saute.

Tu vois ce que je vois ? Oui, je le vois, oui.

Alors, mon garçon ?

Il est secondaire.

Ta gueule, Olivier !

Je vous en prie.

Alors, mon garçon, ça te plairait de travailler à la mairie ? Alors, mon

ça te plairait de travailler à la mairie ? Faites pas attention, il répète

souvent ce qu 'on lui dit.

Au moins, on est sûr qu 'il a bien entendu ce qu 'on lui demande.

Eh, mon garçon ? Au moins, on est sûr qu 'il a bien entendu ce qu 'on lui

demande, hein, mon garçon ? Mais attendez, mais... Il fait ça tout le

Non, seulement quand tu connais pas quelqu 'un.

Ah oui, mais c 'est embêtant, ça. Parce que moi, je comptais le mettre à la

réception. Ah, mais bonne idée. Il est très réceptif.

Et oui, mais si à chaque fois qu 'on lui pose une question, il répète la

question qu 'on lui pose.

Vous voyez, d 'ici là, que devant le guichet, on attend la réponse.

Mais c 'est à chaque fois qu 'on lui pose une question, il répète la question

'on lui pose. Oui, oui, ça va.

J 'ai compris, j 'ai compris.

Bon, je vais le mettre à la déchetterie.

Oh, il en rêve.

Vous verrez comment il sera propre.

Encore un petit verre, cher monsieur l 'adjoint.

Encore un petit verre, chère monsieur.

Encore un petit verre.

Je vais... Voilà, parce qu 'il y a des... Je vous tiens... Voilà,

je vous dis...

Oui, c 'est bien lui.

Je ne me souvenais pas qu 'il était si violent.

Où vas -tu, belle enfant ? Je vais chercher des champignons pour ma grand

Tu l 'aimes bien, ta grand -mère ? Oh oui, c 'est ma mère grand.

C 'est pas la saison des champignons ?

Quand je vous parlais de ses absences, parfois, on croit qu 'il est

là, mais il n 'est plus là.

Et moi, je peux vous dire que là, il n 'est pas là.

1500 euros on a fait aujourd 'hui ! C 'est pas bon ça !

Encore un petit pretzel, Grégoire.

Avec plaisir, Sylvie, merci.

Et toi, mon biqué ? Non, non, pas pour moi.

Passe -moi la clé de douze.

Viens.

Et Pop, il n 'est pas là ? Non, il vient de partir pour Nîmes.

Une affaire ? Non, en prison, deux mois.

Qu 'est -ce qu 'il a fait ? Il a un peu écrasé le videur de la boîte de nuit. Il

ne voulait pas le laisser rentrer.

C 'est pas beau, ça. Avec une voiture qui était comme neuve. Il a dû

toute la calandre. Non, mais un videur, c 'est fait pour vider ceux qui sont

dedans, pas ceux qui sont dehors, bordel. En tout cas, notre pop, il sera

là -bas.

Allez, encore un petit rosé, Grégoire. Allez, plaisir.

Et puis, je connais Henri, il sera peinant.

Henri ? Oui, Henri.

Il m 'a gardé pas mal de mois.

On est devenus potes, mais il doit se faire mieux maintenant.

À l 'époque, il était à Toulouse.

Ouais. T 'as été à Toulouse ? Ouais, six mois.

Mais j 'ai pas aimé cette taule.

Une bouffe de merde. Il dit qu 'il n 'y a pas d 'ambiance. On le connaît, hein.

Il n 'y a pas de castagne.

Allez, encore un petit faux, Grégoire. Bien, bien. Moi, ma préférée, c 'était

cette. Parce que tu sais, les prisons, c 'est comme les restos. Ça dépend du

chef. Quoi ? Ah, cette.

Trois étoiles.

Il était bien, hein. Il aurait pu faire le Goémio des prisons.

Oui, puis ce qui était bien, c 'est qu 'on y était tous ensemble, en famille.

Sauf Michel.

Ah, celui -là, il nous fait un souci.

Je ne sais que lire ce couillon.

Il est rangé. Il ne fait que ranger. Il range tout le temps. Il range même ce

qui est rangé. Il ferait mieux de ranger le bordel qu 'il a dans sa tête.

Non, non, non, non, non ! Pas ça ! Pas ça ! Mais qu 'est -ce que tu fais ? C

'est de l 'alcool, regarde, je désinfecte. Je m 'en fous ! Viens manger

Tu

vois,

Michel, mon foutoir est méticuleusement bordélique.

J 'aime quand les choses sont par leur place.

Ça leur permet d 'exister.

Jusqu 'à leur place, les choses, on n 'y fait plus attention.

On ne les voit plus.

C 'est des natures mortes.

Pour moi, une pièce bien rangée, c 'est un cimetière.

La vie, c 'est le désordre.

Pardon.

Rires Rires Rires

Vas -y, belle enfant.

Je vais cueillir des murs pour ma mère grand.

Tu aimes bien ta grand -mère. Oui, beaucoup.

Ce n 'est pas la saison des murs en ce moment.

J 'aime bien quand il est ailleurs.

Il sourit tout le temps.

Monsieur, bonjour. Bonjour, on n 'a rien fait.

Pourquoi tu dis ça, toi ? Parce qu 'il n 'a rien fait.

Justement, quand quelqu 'un se dépêche de dire qu 'il n 'a rien fait, c 'est qu

'il a fait quelque chose.

Oui, mais lui, quand il dit qu 'il n 'a rien fait, c 'est qu 'il n 'a rien fait.

Sinon, il dit qu 'il l 'a fait. Il ne s 'est pas menti.

C 'est un cas, celui -là.

Ce n 'est pas trop dans le coin qu 'il y a un ours qui s 'est échappé du cirque.

Du cirque ? Oui, à 30 km d 'ici.

Et maintenant, il est dans les parages. Et quand on croise un ours, il vaut

mieux filer.

Comme quand on croise un gendarme.

Pourquoi il dit ça, lui, s 'il n 'a rien fait ?

Pourquoi il aurait peur des gendarmes ? Parce que même quand il l 'a refait, il

a peur des gendarmes.

Son père a peur des gendarmes, son grand -père a peur des gendarmes, son arrière

-grand -père avait peur des gendarmes, c 'est génétique.

Ah, si c 'est génétique.

C 'est quoi génétique ? Ta gueule.

Recherche un ours ici !

Calme -toi.

Calme -toi.

Tu sais,

le patron, c 'est un poltron.

Alors, je l 'ai vu fuir. Je l 'ai vu fuir devant...

Je l 'ai vu fuir

devant un lapin.

Il courait, il courait, il courait.

Parce que le lapin, il lui mordait les mollets.

Regarde, tu vas voir. Tu vas voir comme il les monte.

Le lapin... Alors le patron, il avait peur. Il avait peur.

Il dit, courez, courez, courez.

Et puis alors, il dit, aïe, il mordait. C 'est un lapin qui mord.

Ça va ? Oui, ça va mieux.

Ça va mieux ? Mais je ne veux pas qu 'on tue l 'ours. Non, on ne le tuera pas.

On ne le tuera pas, je te jure.

Tu me promets ? Je te promets.

Monsieur,

messiez -vous des morsures de lapin. On peut attraper la myxomatose. Allez,

viens, viens. Qu 'est -ce qu 'il raconte, toi ? Tu vas savoir. C 'est un

visionnaire.

À la victoire, toujours ! À la victoire, toujours !

Un coïba, Gregorio. Merci.

C 'est de la merde.

Mais où sont les autres ? Ah ben ça alors !

Que tu piques dans le frigo, c 'est pas grave. Du fromage, du miel, il n 'y a

pas de problème.

Mais des saucisses, jamais de saucisses.

Bon, quand il s 'agit de saucisses de Francfort, de Toulouse, ça passe encore.

Mais de mortaux, c 'est un sacrilège.

Elles étaient de mortaux, mes saucisses. Ça m 'énerve, ça, ça, ça, ça m 'énerve.

Sais -tu le temps qu 'il faut pour réussir une saucisse de mortaux ? C 'est

travail d 'une complexité inimaginable. Un homme seul face à un porc fraîchement

estourbi. Elle date du XVIe siècle, mon garçon.

Et toute sa saveur vient de son fumet.

Qui dira la minutie qu 'il faut pour réussir un embossage parfait ? On l

'appelait jadis la belle de mortaux.

Alors franchement...

Elle me dit pas que tu veux les avoir fait tout seul.

Seul, c 'est pas moi.

Un ours pourrait manger autant.

C 'est lui.

Un ours.

Un ours qui n 'a même pas foutu de faire la différence avec une saucisse de

Francfort.

Mais moi je savais pas qu 'elles étaient de mortaux les saucisses. Mais c 'est

pas le problème pour Rodin.

Mortaux ou pas mortaux, un ours c 'est un plantigral dangereux. Il pourrait t

'arracher la tête d 'un seul coup de patte.

Et tu te prie mortaux.

Mortaux. Je veux pas qu 'ils le prennent.

Un ours c 'est pas fait pour faire le clown dans un cirque.

On voit que tu l 'as jamais été en cage toi.

Vous allez où ? Et vous ?

Plus

je suis entourée et plus je me sens seule.

Je ne sais pas trop quoi dire à ce monde parce qu 'il ne sait pas quoi me dire

non plus.

Les gens me regardent comme si je venais d 'ailleurs.

Mais pas toi.

Toi, t 'es comme moi, toi.

Il n 'y a que Grégoire, mon ami à moi, qui me comprend.

Parce que souvent, lui aussi, il est ailleurs.

C 'est là qu 'on se retrouve.

Et là, je ne me sens plus seul.

Parce qu 'on rit pareil.

Les autres, ça me fait pleurer.

Comment va ton ours ? Ça va, il va bien.

Je lui ai apporté des légumes et des noix.

Il adore ça.

Du loup aussi.

Mais il préfère...

Et comment ça va, ton travail à la mairie ? Et

comment ça va, ton travail à la mairie ?

Et comment ça va, ton travail à la

mairie ? Mairie ?

Mairie ? Mairie ?

Chaka -boumba, chaka -qui?

Chaka -boumba, chaka -ti?

Wanky -saka, wanky -saka.

Wanky -saka, wanky -saka.

Wanky -saka, wanky -saka.

Où es -tu ? Où es -tu ? Où es -tu ?

Ça peut pas être là, quand même.

Qu 'est -ce qu 'ils font, là, tous les deux, à se regarder ? Grégoire, tu sais,

quand tu mourras, si tu me fais le plaisir de mourir ici, je m 'occuperai

tout. Tout pareil que si c 'était pour Johnny.

La messe, la musique, le cortège.

Tout le village pleurera en écoutant que je t 'aime.

Parce qu 'ils t 'aiment, les gens.

Et pour déjeuner, tes invités, ils seront gâtés.

Parce que je leur ferai des belles tranches d 'agneau, comme tu les aimes.

Avec Yannick Coblin, Hassan, tu peux être sûr que tu seras content.

Je te le dis, moi.

Si, si, Jaco, merci, mais rien de prêt, ça. Ah ben non, non, non, je te dis ça,

j 'ai dit ça comme ça, moi.

Voilà.

C 'est gentil. Allez, ciao, ciao, adieu.

Allez, à demain, hein.

Salut. C 'est ça.

Qu 'est -ce qui t 'amène ? Ma mère.

Ça ne m 'étonne pas. Elle a toujours été sentimentale.

Entre.

C

'est

toi.

Je viens de recevoir quelques amis, je n 'ai pas eu le temps de faire le ménage.

Un petit verre de rosé.

Tu vas voir, il est du pays, il est très très bon.

Pour la fraîcheur.

Comment tu peux vivre ici ? Toi qui as construit un empire, t 'étais un

visionnaire. Personne n 'avait eu l 'idée de surfer sur la vague du bois

tropical d 'Amazonie.

Toi qui fréquentais les grands de ce monde.

Maintenant, je surfe sur une vague d 'un étang à côté et je fréquente Jaco le

Boucher.

Jaco le Boucher.

Jaco le Boucher.

La tienne ?

Comment

vont les affaires ? Pas bien.

Maman n 'arrive plus à vivre décemment. À ce moment -là ? Je vous ai pourtant

laissé une entreprise florissante.

Jean -Victor a eu des lubies qui nous ont précipité dans le gouffre.

En tant que PDG, je lui avais dit que... Justement, c 'est...

Je te présente Michel, mon ami.

Il est bouché aussi.

T 'as vu, j 'ai pas répété.

Lui, que j 'ai pas vu depuis longtemps, c 'est mon fils, Christos.

Et lui, que j 'ai pas vu depuis longtemps, c 'est mon fils, Christos.

Bon, là, j 'ai répété un petit peu, quand même. C 'est pas grave, mon

C 'est pas grave, mon garçon.

Écoutez, je suis venu très loin pour voir mon père. Mon père, le héros au

sourire si doux, suivi d 'un seul oudard qu 'il aimait entre tous, pour sa

grande bravoure et pour sa haute taille, parcourait à cheval... Michel, Michel,

sois gentil, s 'il te plaît.

Laisse -nous ensemble.

D 'accord.

Merci.

Tu dois avoir faim après ce long voyage.

Il me reste une bourrée d 'envie d 'un entier dont tu me diras des nouvelles.

Tiens, sens ça.

Un

paparapluie

qui me fait un abri quand j 'ai peur de la nuit.

Un paparasol avec qui je m 'envole quand il rigole.

Il est spécial ton fils.

C 'est ton père.

Je t 'ai jamais expliqué ma fuite. C 'est simple.

Je suis un enfoiré.

Mon intention, c 'est un travail d 'équipe.

Ta mère m 'a bien aidé avec son train de vie.

Pour la garder, il a fallu que je devienne riche.

Et comme un ballot, j 'ai ravagé des forêts entières.

Un peu partout.

Vous m 'avez bien aidé, vous aussi.

Ta soeur et toi.

Ça veut une Porsche de plus et hop, une forêt de moins.

Un petit bijou de Bulgarie et allez, que je t 'enrase une autre.

Et je suis devenu l 'empereur du bois.

L 'empereur du bois et le roi des cons.

Alors je suis parti parce qu 'il fallait que je parte. Parce qu 'à force d

'aller fréquenter les arbres, j 'ai appris l 'humilité.

Et surtout, un arbre que je connais, qui pleure la mort de son copain, qu 'un

enfoiré comme moi a coupé.

Si tu reviens, si tu reviens me voir, je te le présenterai.

On ne sait jamais.

Non.

Ah bon?

Tu étais ridicule comme ça.

On va te changer.

J 'y vais.

Qu 'est -ce que tu as amené pour ce soir ? On ne m 'en parlait pas. Vous vous

souvenez du loup énorme que j 'avais acheté, pêché ? Ça, c 'est drôle.

Je croyais plutôt qu 'il était comme ça.

Mais pas du tout, il n 'était pas comme ça, mon loup.

Même que je l 'ai mesuré avec mon maître. C 'est le même que pour jouer

boules. Mon maître ? Ton maître, il est à géométrie variable, ton maître. Il est

même croisé avec un élastique, je crois.

Il augmente la distance des boules des autres. Et il raccourcit celle des

tiennes.

Que je sais

Qu 'est -ce qu 'il y a ? Les gendarmes se rapprochent de la grotte, ils vont le

trouver, ça c 'est sûr, ils vont le trouver, ils vont lui faire du mal.

Il faut faire quelque chose. Non, non, calme, calme -toi. Non mais attends, la

nuit va tomber, ils vont arrêter la recherche, on va pouvoir le cacher.

Calme -toi. Il faut y aller, allez, on y va Grégoire, viens, viens, viens. Oui,

mais... Allez, allez. Oui, bah oui, oui, bah oui, moi je...

C 'est pas chaud, hein ?

T 'as le temps ! Alors, Roger ? T 'as pas

mis les gendarmes dans les parages ? Le 6ème sur 5 ! Là -bas ! C 'est

bon, la voie est libre.

Au revoir.

Regarde ces couillons, ils sont pauvres.

Belle journée, hein ? Toujours en balade ? Si ça tombe trop, alors qu 'il est,

il dort comme un loir.

Un loir ? Ben oui, un loir c 'est comme les ours, ça dort jusqu 'au printemps.

On est au printemps ? Oui.

Ah, c 'est pour ça que j 'en ai vu un tout à l 'heure.

Quoi, un ours ? Non, un loir. Vous me fatiguez avec votre loir, je vous parle

l 'ours.

Oui, de l 'ours.

Il est gentil l 'ours, faut pas l 'embêter.

Pourquoi tu l 'as vu, l 'ours ? Ce que j 'écoutais, pas plus tard qu 'hier, il a

vu deux éléphants qui se bagnonnaient dans les vignes. Deux ? Et il était où,

ton ours, mon garçon ? Dans sa grotte. Dans sa grotte.

Et elle est où, cette grotte ? Léon, au bord de l 'eau, en bas de la colline. Il

mangeait de la saucisse.

De la saucisse ? De mortaux.

Hein ? C 'est vrai que c 'est bon.

C 'est tout le temps qu 'il faut pour faire une saucisse de mortaux ? C 'est

travail d 'une complexité inimaginable. Un homme seul face à un porc fraîchement

estourbi. Elle date du XVIe siècle et toute sa faveur vient de son fumier. Tu

diras la minutie qu 'il faut pour réussir un embossage parfait, mon

Mon garçon ? Oui, il est d 'une précision.

En route.

Monsieur... C 'est génétique, il n 'y a pas à dire.

Pas de même.

Allez, viens.

C 'est votre soin de tête ! C 'est ça ! Arrêtez -nous ! Toute liberté doit être

étouffée ! Des grillages, des grillages, partout des grillages ! En cage, ces

animaux ! Et qu 'ils en sortent pour faire le pitre sous le fouet des pauvres

clowns que nous sommes tous ! C 'est le grand cirque de la vie ! Mais regardez

-vous ! Regardez -vous ! Vous voyez pas que vous jouez le jeu d 'un pouvoir qui

vous met en cage ! En cage dans vos cavernes ! En cage dans vos carriagers !

cage dans nos HLM ! Dans nos bureaux ! Dans nos têtes ! Ils vous tiennent en

laisse comme un bon chien à leur même être ! Avec un beau costume ! Un beau

pour faire bien joli ! Puis un beau bâton pour taper sur les méchants ! Et

soir, vous rentrez à l 'énigme avec une bonne pâté ! Mais réveillez -vous, merde

! C 'est pas ça, la vie ! La vie, c 'est pas ça ! C 'est pas ça !

Gros nounours il est parti.

Il a quitté son abri.

Gros nounours en est allé. Allez savoir où c 'est qu 'il est.

Gros nounours il est parti.

Il a quitté son abri.

On nous en est allé, allez savoir où c 'est qu 'il est.

On nous en est allé, allez savoir où

c 'est qu 'il est.

Gros nounours il est parti, il a quitté son abri Gros nounours il est allé,

allez savoir où c 'est qu 'il est Gros nounours il est parti, il a quitté son

abri Gros nounours il est allé, allez savoir où c 'est qu 'il est

T 'as jamais la bouchée ? Bientôt.

Ah, de retour ?

Ils

ont repas.

Alors ? Toujours y avait pas d 'ours.

Il a disparu.

Libérez -les.

Vous voulez laisser sortir comme ça ? Après tout ce qu 'ils ont dit sur nous ?

Chef, pourquoi ? C 'est génétique.

Bravo mon garçon, ça a sauvé un dollar.

Qu 'est -ce que tu fais ? Un barrage de gendarmes pas loin.

J 'ai pas vu.

Moi je les sens, c 'est mon métier.

Et alors ? Ben... Le camion.

Quoi le camion ? Le camion ?

Il l 'a volé.

Ça va être trop mal, hein ?

Bonjour. Bonjour.

Bon, ben.

Allez.

Bonne journée.

Belle journée, hein ? Belle journée.

Fatigué, mais content.

Ah, tiens.

Il est tombé des camions.

C 'est fou ce que les camions perdent en roulant.

Comme nous disait à peu près l 'auteur de la Bible, dont j 'ai oublié le nom,

nous sommes tous de la poussière et nous redeviendrons de la poussière.

Alors on peut dire que de ce côté -là, Grégoire a frappé fort.

Il n 'en reste plus rien.

Pauvres parmi les pauvres, humbles parmi les humbles, il nous est arrivé un

jour, d 'on ne sait où comme ça, d 'un pays où la faim vous pousse à partir

probablement. Et la soif aussi.

Il vivait dans un cabanon misérable, mais dont la porte restait constamment

ouverte à tous.

Et je le revois encore dans...

C 'est peut -être la première fois que quelqu 'un insiste à son enterrement.

J 'ai beau savoir que c 'est pour moi, ça me fait quand même quelque chose.

Mais ne me regarde pas comme ça.

C 'est quand j 'ai vu ton matériel de nettoyage que ça m 'est venu.

Fallait que je le fasse.

Que je nettoie.

Parce que tu sais, mon garçon, quand il n 'y a plus de forêt, il n 'y a plus d

'arbres pour la cacher.

Je veux rien dire.

Je me comprends.

Moi, je comprends pas.

Le passé nous rattrape toujours.

Alors il est temps pour moi de le regarder en face.

Et tu sais, on ne peut pas regarder derrière soi dans les yeux si on lui

le dos. Ne l 'oublie jamais.

Ça non plus, ça veut rien dire.

Si, ça veut dire.

Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que tu comprendras bien assez tout.

Moi, c 'est l 'Amazonie que je vais regarder dans les yeux.

Enfin, pour la réparer, non, c 'est trop tard.

Mais, pour lui demander pardon.

Allez.

Salut. On se reverra, Grégoire.

Mais oui, tu sais bien.

Vas -y, belle enfant.

Ça peut se foutre, vieux con.

Salut.

On voit pas.

C 'est bien ça.

Allez, on va boire un coup. On va pas voler.

De quoi la voiture ? Non.

C 'est fini.

Allez.

Je cherche un pays qui ne sait, ne la trouve pas.

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