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"Tes yeux sont éteints",
m'a dit l'actrice.
Mais ma soif de liberté
était toujours aussi vive.
"Parce que c'est énorme, la vie.
On se perd partout."
Directement...
de Versailles !
Ce n'est pas un beau cadeau ?
Comme ça, en dormant,
elle pourra voyager.
- C'est trop, commandant.
- Mais non !
Je suis le parrain de Raimondo
et de la petite qui va naître.
- On sait pas si c'est une fille.
- Bien sûr que si !
Je connais ces choses-là.
C'est beau, hein ?
Magnifique.
Pleure !
Pleure et pousse !
Vas-y, pousse !
Pousse !
C'est une fille !
Je vous l'avais dit,
je connais ces choses-là.
Demain, grande fête chez moi !
Comment on l'appelle ?
Comment on l'appelle ?
Parthenope !
Appelons-la Parthenope.
Tu es d'accord ?
Tu es une déesse.
Tu ne m'as pas répondu.
Tu es d'accord ?
Bien sûr que je suis d'accord.
Une cigarette après un bain de mer,
c'est bien meilleur
qu'après la piscine.
Et tu sais pourquoi, Sandri ?
Non. Et toi ?
Je suis trop jeune
pour saisir toutes les nuances.
Où est Raimondo ?
Le printemps est arrivé.
Et alors ?
Ils sont allés regarder Naples
se déshabiller.
On y va ?
Je peux entrer ?
Non.
Mais tu peux tourner
autour du carrosse.
Tu veux te fiancer avec moi ?
Tu vois le futur, là-bas ?
Il est plus grand que toi et moi.
Tu les inventes quand, ces choses ?
Quand je voyage,
dans mon carrosse.
A quoi penses-tu ?
A quoi penses-tu ?
Ascione, Franco.
Monsieur,
je peux aller aux toilettes ?
On pisse et chie
avant de venir à l'université.
Asseyez-vous.
Il est vache
parce que son fils est malade.
Que savez-vous que je ne sais pas ?
Rien.
En effet.
Di Sangro, Parthenope.
Regarde comme elle est canon.
Bonjour.
Les trois données de Gouliane ?
1 : l'individu.
2 : la situation où il se trouve.
3 : sa façon d'affronter
une situation.
Et Althusser ?
Althusser est d'un autre avis.
Comme les déterministes
et autres culturologues,
il considère l'anthropologie
comme une idéologie.
- Ca ne m'intéresse pas.
- Qu'est-ce qui vous intéresse ?
Gouliane :
une culture est faite de valeurs
spirituelles et matérielles,
qui répondent
à des problèmes existentiels
allant de l'acquisition
de nourriture
à la création artistique.
Je suis d'accord avec ça
et en plus, ça m'émeut.
Mon commentaire est si inepte
qu'il vous fait rire ?
Vous savez tout : 20 sur 20.
Je ne sais rien, mais tout me plaît.
Que ne savez-vous pas ?
Ce qu'est l'anthropologie.
Alors, félicitations du jury !
M. Marotta,
c'est quoi, l'anthropologie ?
Les jeunes veulent des réponses
sans savoir poser les questions.
- Vous n'êtes pas satisfaite ?
- Non.
Votre réponse est une pirouette.
L'anthropologie est la science
de la nature humaine
sous l'angle morphologique
et psychologique.
C'est la bonne réponse ?
Non. C'est celle
que vous pouvez vous permettre.
Lévi-Strauss, première phase ?
Merci.
Le commandant gagne toujours !
Alors ?
Tu as décidé ?
Désolé de vous décevoir,
mais travailler pour vous
en faisant le métier de mon père,
c'est pas pour moi.
Quand ton père prendra sa retraite,
tu pourras diriger
ma compagnie maritime.
Je suis pas comme papa.
Faut bien que tu travailles.
Raimondo, tu es grand, maintenant.
Laissez-moi travailler
sur un de vos bateaux,
celui qui va dans la Baltique,
comme mousse.
T'es dans le plus bel
endroit du monde.
Pourquoi aller où il fait froid ?
On peut pas être heureux
dans le plus bel endroit du monde.
Pour le commandant, sans sel.
Du porridge, super !
On pourrait pas avoir du ragù ?
Tradition due à ma mère anglaise.
T'es de Milan :
au moins une côtelette
ou un risotto à l'osso buco.
Parthè, tu lis quoi ?
John Cheever.
Alcoolique, dépressif, merveilleux.
Mais tu es jeune,
t'as pas mieux à faire que de penser
aux problèmes des Américains ?
Tu as commencé l'université ?
Anthropologie.
20 avec mention de M. Marotta,
un homme merveilleux.
Quand on est jeune,
tout est merveilleux.
Puis on vieillit et tout pâlit.
Que d'optimisme !
La certitude du réel
nous fait pâlir.
Tu comprends ?
Sasà est sensible : c'est de lui,
l'idée d'offrir une chaussure
avant le vote et l'autre après.
Grande démonstration
de sensibilité !
Il m'a écrit de ces discours !
C'est un génie des mots
et des chiffres.
Je l'ai toujours couvert d'argent.
Et si j'ai été maire de Naples,
c'est grâce à lui.
Où tu t'es brûlé ?
Là.
Attaquons ce porridge.
"Attaquer", c'est le mot.
Le porridge est une bataille.
Il est comment ?
Ca a le goût d'acajou.
Parthè,
si j'avais quarante ans de moins,
tu m'épouserais ?
Ce n'est pas la bonne question,
commandant.
Je t'écoute.
Si moi, j'avais quarante ans
de plus, vous m'épouseriez ?
T'es une maligne !
Ton frère Raimondo est fragile.
Comme moi.
Raimondo voit tout.
Raimondo sait tout.
Et voilà !
Verdict ?
Un bénéfice de 1,3 milliard.
Sasà, viens là.
Samedi, grande fête chez moi.
Sasà,
c'est qui, ce rigolo ?
Arturo.
Non, il s'appelle Gianni.
Un flirt de Parthenope.
Les jeunes, des projets pour l'été ?
Capri.
Un vrai Napolitain va pas à Capri.
Il est soit trop pauvre,
soit trop paresseux.
Je te donne pas un sou.
Pas grave, je veux séduire
Alba Nardella, elle y va toujours.
C'est qui ?
La Miss longues jambes de Portofino,
une divinité !
On va se baigner ?
Je dois finir mon yoga.
Allons à Capri.
Toi, Sandrino et moi.
On le dit et on le fait jamais.
- Avec quel argent ?
- Celui qu'on n'a pas.
Et on dormira où ?
Peu importe.
Quelle drôle d'idée.
Laisse-toi aller.
Le bar reste ouvert, on est jeunes.
Laisse-toi aller.
Laisse-toi aller.
Mademoiselle,
comme vous n'êtes pas clients,
il est temps
que vous et votre frère
quittiez l'hôtel.
Si elle s'en va, on s'en va tous.
Je blaguais.
Qu'est-ce qu'il y a, Sandri ?
On dort où, cette nuit ?
Va savoir.
En attendant, il y a une fête
chez Silvana Piscitelli.
Mademoiselle.
Lui...
Lui...
vous propose un pique-nique.
Quelle drôle d'idée.
Il connaît pas les restaurants ?
Je lui dis quoi ?
Que je mange avec mon ami américain.
Pour en avoir le coeur net,
devenez actrice.
J'étudie l'anthropologie.
Vous pourriez devenir une star.
Je m'appelle Lidia Rocca,
agent artistique.
Je ne représente que des vedettes.
Mais il vous faut des cours.
Voici mon numéro
et celui du meilleur professeur
d'art dramatique de Naples :
Flora Malva.
Appelez-la.
Merci.
J'y réfléchirai.
Lui...
veut savoir quand vous vous verrez.
Il vous propose un tour en hélico.
Il devra attendre.
Combien de temps ?
C'est là le jeu :
on ne sait pas.
Hier, dans la rue,
Alba Nardella m'a souri.
Le grand homme a daigné
descendre de son hélicoptère.
Vu que vous n'y êtes pas montée.
Je dois attendre encore longtemps ?
Je finis de danser sur ce morceau
et on y va.
Alba Nardella ?
C'est moi.
Je te cherchais.
Tu m'as trouvée ?
J'espère bien.
C'est ma maison, là-bas.
Un fruit de mer ?
Il vaut mieux pas,
on dit qu'à Naples,
les moules ont déclenché le choléra.
Celles-ci viennent de Normandie.
Ils vous ont embobiné,
c'est comme ça avec les riches.
Vous avez toujours de la repartie ?
J'essaie.
Je lis et étudie beaucoup.
Quelle bonne petite.
Regardons d'abord l'été.
A quoi pensez-vous ?
Je ne peux pas coucher avec vous
par politesse.
Ce serait votre seule raison
de coucher avec moi ?
La politesse ?
Vous ne trouvez pas
que le désir est un mystère
et le sexe, son enterrement ?
Non, je ne dirais pas cela.
Mais j'ai compris. Aucun problème.
Je vous ai déçu.
Aucun problème, j'ai dit.
Après tout, t'es pas si bien que ça.
Tout à l'heure,
au pique-nique,
vous ne pensiez à rien,
parce que vous n'êtes
pas intelligente.
Parthè, t'es une déesse !
J'ai fait une chose
qu'il fallait pas ?
On parle un peu ?
Elle n'est pas amoureuse de toi.
Moi, si. Depuis toujours.
Mais pourquoi ?
Parce qu'elle fuit toujours.
A quoi pense-t-elle ?
Elle cherche la bonne repartie.
Tu danses ?
Pardon.
On s'en va d'ici.
C'est quoi ?
Le choléra.
Le choléra est arrivé.
Que voulez-vous ?
Que vous dirigiez ma thèse.
Vous avez un sujet ?
J'aimerais...
Vous aimeriez ?
"Les raisons anthropologiques
du suicide".
Pourquoi ?
Parce que...
Parce que mon frère...
Regardez-moi.
Je ne vous jugerai jamais,
vous ne me jugerez jamais.
Pacte conclu ?
Pas convaincu
par une thèse sur le suicide.
- Pourquoi ?
- Ca ne nous sert à rien.
Je vous suggère un autre sujet :
"Les frontières culturelles
du miracle".
Et n'écrivez pas une thèse
qui finisse comme ça.
Ton père et moi,
on s'est mariés ici.
Pendant notre nuit de noces,
on a conçu Raimondo.
C'est ta faute.
Je le sais.
C'est ta faute.
Parthenope.
J'ai rendez-vous avec Flora Malva.
Attendez ici.
Elle finira par arriver.
Ernesto !
J'arrive.
Moi, j'aime Naples.
Moi aussi.
On se réveille !
Imite-moi et répète.
Moi, j'aime Naples.
Tu n'as ni diction ni intensité.
Viens t'asseoir.
Lidia disait vrai,
tu es troublante, comme moi.
Je peux tout t'enseigner,
sauf la seule chose qu'on n'oublie
pas, les soupirs de l'amour.
Tu me comprends ?
Oui, le concept est à ma portée.
Bien, tu es insolente.
Une actrice doit être insolente.
Je te présenterai
mon amie Greta Cool.
- Tu la connais ?
- De réputation, bien sûr.
Tu sais que Greta Cool
est grande amatrice de sexe anal ?
Aucun mal à ça.
Greta Cool est la plus rusée
d'entre nous,
si rusée qu'elle en est gentille.
Mon mari Arturo Gianni,
plus grand dramaturge du 20e siècle,
la vénérait.
Mais il faisait du théâtre
et Greta Cool en était incapable.
Alors, j'entrais en scène,
moi, Flora Malva.
Pourquoi veux-tu être actrice ?
Les acteurs des vieux films
ont toujours la repartie facile.
C'est vrai.
La vie devrait être ainsi.
Mais la nuit, éveillées,
on pense à ce qu'on aurait dû dire
à tous les hommes
qui nous ont offensées.
On offense sans cesse
les belles femmes.
Reste dîner,
j'attends des amis de feu mon mari.
D'accord.
Personne ne répondra.
Pourquoi ?
Tous ses contacts sont morts.
Pourquoi ce visage couvert ?
Un maudit chirurgien brésilien
l'a massacrée.
- Tu es passive ?
- J'espère que non.
Alors, n'expose jamais tes photos
et gare à ta beauté,
elle fascine dix minutes
et irrite pendant dix ans.
Je n'ai plus faim,
on mérite un cognac.
Attends-moi au salon,
je vais me changer.
Bon Dieu.
Entre, petite.
Seule la vapeur
soulage un peu ma peau lugubre.
Je savais que tu ne résisterais pas
à l'idée de me chercher.
- J'étais inquiète.
- Non, curieuse.
Une actrice a le devoir moral
d'être curieuse.
Toute femme, d'ailleurs,
sinon elle succombe.
Tu m'embrasses ?
Pardon ?
Tu m'as comprise. Vingt ans
que je n'embrasse personne.
Depuis que je suis veuve.
Ernesto a des dents énormes.
J'ai essayé, en vain.
C'est comme embrasser une muraille.
Alors ?
Je voudrais d'abord
voir votre visage.
Tu ne m'embrasserais plus.
Tu peux voir ma bouche,
ça ne te suffit pas ?
Je ne sais pas.
On ne peut plus reculer, petite.
On est condamnées
à se laisser aller.
J'ai toujours eu une belle bouche.
Toutes ces poupées !
La maternité m'a poursuivie...
partout.
Pourquoi tu retravailles pas
avec le commandant ?
J'ai assez d'argent
pour me permettre
de ne plus travailler.
Vous êtes devenus fous.
Oui, on est devenus fous.
Qu'est-ce qui vous ramènerait
à la raison ?
Un petit-fils.
Un petit-fils nous aiderait.
Quelle drôle d'idée.
Bon retour dans votre belle Naples.
Belle, autrefois.
Madame Cool,
je suis Alcide Riposato,
le fils de l'armateur.
Pourquoi votre père n'est pas venu ?
Il est mort il y a six ans.
Il aurait quand même pu venir,
il s'agit de moi.
Une belle surprise vous attend.
Pour me surprendre,
il faut la bombe atomique.
La plus grande de toutes,
la star des stars,
ici pour vous, Greta Cool !
A présent,
la surprise qu'on vous a promise.
Le sculpteur Drago Azzurro
vous voit ainsi.
Rideau.
Voyez-vous,
le problème n'est pas la laideur
de cette sculpture.
Le problème,
c'est vous, les Napolitains.
Vous êtes déprimés
sans vous en rendre compte.
Vous côtoyez l'horreur
sans vous en rendre compte.
Vous êtes ringards et extravagants.
Tout le monde vous ridiculise
et vous ne voyez rien.
Vous vous targuez d'être malins,
mais que vous a rapporté
toute cette malice ?
Vous êtes pauvres, lâches,
pleurnichards, arriérés.
Vous volez, êtes mauvais acteurs
et êtes toujours prêts
à accuser l'autre :
l'envahisseur du moment,
le politicien corrompu,
le promoteur sans scrupules.
Mais le malheur, c'est vous.
Vous êtes un peuple de misérables
et vous vous en vantez.
Vous ne vous en sortirez jamais.
Chers et horribles Napolitains,
moi, je retourne dans le Nord
où règne un beau silence.
Je ne suis plus napolitaine
depuis belle lurette.
Moi, je m'en suis tirée,
mais pas vous.
Vous, vous êtes morts.
Un million ?
On avait dit 30, petit crétin !
Pour faire ce qui était prévu.
Mais tu nous as calomniés
et humiliés, espèce d'ingrate.
Sans Naples,
tu serais en train de tapiner !
C'est ta mère qui tapinait.
Et vous osez me tutoyer ?
File-moi mes 30 millions,
tête de noeud !
Greta Cool,
va tailler des pipes !
Va te faire foutre !
- C'est qui, bordel ?
- Parthenope.
C'est Flora Malva qui m'envoie.
Tu veux quoi ?
Je vous rapporte vos cheveux.
Entre.
Enlève ta fourrure.
Assieds-toi.
Tu sais que Flora Malva
est grande amatrice de sexe anal ?
Il n'y a aucun mal à ça.
Quelle soirée de merde.
Des gens vulgaires
qui se croient élégants.
Cette ville ne sera jamais élégante.
J'ai exagéré avec mon discours ?
J'y peux rien, je déteste
revenir dans ce trou pourri.
Ca me rappelle
quand j'étais dans la dèche.
Embrasser une belle bouche
et sentir avec la langue
qu'elle n'a pas de dents.
Les amours pauvres.
Mon seul souvenir de cette ville.
Et ma mère qui me donnait en pâture
au premier venu.
Mais on n'avait besoin de rien.
Même pas de dents.
Les amours pauvres.
C'était peut-être mieux comme ça.
Flora m'a dit
que tu voulais être actrice.
Tu es belle et inoubliable,
mais tes yeux sont éteints.
Tu es sans joie
et la caméra n'accepte pas ça.
Oublie cette connerie,
tu peux pas être actrice.
Et puis, tu m'as vue ?
J'ai l'air heureuse ?
Pourtant, je suis
la plus importante de toutes.
Bordel de merde.
Roberto Criscuolo.
Le discours de Greta t'a plu ?
Je l'ai trouvé...
original.
C'est vrai,
tout ce qu'elle dit de cette ville.
"Devine qui je suis."
"Je t'attends, Robè."
Roberto...
"T'es le roi de Naples."
Robè.
Le voilà !
Bonsoir à tous.
Venez là !
Vous êtes combien ?
Un pour toi.
Un pour toi.
Regarde cette beauté.
Salut, toi !
Comme elle est belle.
- Une vraie madone.
- On dirait Sophia Loren.
Robè, t'es revenu,
beau comme un coeur !
Ta mère la pute, Gigione !
Ciro Criscuolo
et Vittoria da Casamicciola
sont l'avenir,
l'espoir.
L'héritier qu'ils nous donneront
sera le symbole de notre paix.
De deux grandes familles,
les Criscuolo et les Casamicciola,
naît aujourd'hui la famille
la plus puissante du Sud.
La grande fusion.
A présent,
vous pouvez vous installer.
On s'assoit.
Qu'est-ce qui se passe ?
La grande fusion.
C'est quoi ?
Mon père,
commençons.
Au nom du Père,
du Fils et du Saint-Esprit.
Que Dieu vous bénisse.
Je compte sur vous.
Pourquoi tu me regardes, bordel ?
Regarde-la, elle. Embrassez-vous.
Touchez-vous.
Comme ça, j'y arrive pas.
- Pourquoi vous partez pas ?
- On doit vérifier.
Vitto,
fais ce que je t'ai montré.
Allez.
Cinq...
Quatre,
trois, deux, un !
Tu trembles.
Tu as froid ?
Non.
Je suis ému.
Je suis née ici.
Dans l'eau.
A quoi tu penses ?
C'est moi qui te recontacterai.
Au vu des examens passés,
de l'épreuve finale
et de la soutenance correspondante,
le jury vous remet votre diplôme
avec les notes suivantes :
Giuseppe Arco, 96 sur 110,
Elisa Marti, 98 sur 110,
Arturo Bracco, 86 sur 110,
Maria Buono, 90 sur 110,
Parthenope di Sangro,
110 sur 110 avec mention,
encouragement à publier
et accolade académique.
C'est pour mon accolade académique ?
Vous avez tardé pour votre diplôme.
On m'a fait croire
que je pouvais devenir actrice.
Mais j'ai mon diplôme
avec la meilleure note.
Vous allez déchirer ma thèse ?
- C'est une bonne nouvelle.
- Oui.
Si vous l'approfondissez,
votre thèse peut être publiée.
Pardon ?
L'analyse
de l'impact culturel du miracle
dans les sociétés avancées
est excellente.
Ravie de l'entendre,
car j'ai compris une chose.
On a tous compris
au moins une chose.
Je veux être prof d'université,
je sens que c'est ma voie.
Vraiment ?
Vous deviendrez comme moi.
Ce serait pas génial ?
Monsieur,
vous ne m'avez toujours pas dit
ce qu'est l'anthropologie.
Revenez me voir en mai.
Monsieur...
Merci.
Venez, mon petit.
Ne vous inquiétez pas,
ce ne sera pas long.
Déshabillez-vous.
- Pourquoi tu déménages ?
- Une augmentation.
Et puis,
je reste le fils d'une domestique.
Non.
C'est pas la vraie raison.
Parthè...
dans cette ville,
je ne ressens plus que culpabilité.
C'est pas notre faute
si Raimondo est mort.
- Si.
- Non !
C'est ta faute.
Cette nuit-là, à Capri,
si tu m'avais pas distraite
avec tes baisers, tes caresses,
Raimondo serait encore vivant.
Tu devrais avoir honte
de ce que tu dis.
Je m'appelle Parthenope,
je n'ai jamais honte.
Toi et tes phrases toutes faites !
Tu préfères les phrases évidentes ?
Les phrases vraies.
La vérité est indicible.
Raimondo était fragile.
Raimondo confondait
l'insignifiant avec le décisif.
Comme chacun dans cette ville.
Sauf moi.
Ici, on vit et meurt
pour des motifs futiles.
Je hais cette ville.
Tu es devenue impitoyable,
présomptueuse,
froide.
Je suis devenue adulte.
Peut-être qu'en fin de compte,
tu n'as jamais su aimer personne.
Toi...
tu as été mon premier amour.
Je reviendrai peut-être un jour
pour être le dernier.
Non.
Ca n'arrivera pas.
Tu sais ce qui se passera ?
A Milan, tu te marieras.
Tu auras un ou deux enfants.
Puis un jour,
tu seras en crise avec ta femme.
Alors, tu me rappelleras
et tu t'apercevras, en entendant
ma voix après si longtemps,
que je n'en suis pas la cause.
La crise avec ta femme se résoudra
et le calme reviendra.
Tu sais pourquoi, Sandri ?
Non.
Parce que je n'ai été
qu'un amour de jeunesse.
Et ces amours-là n'ont servi à rien.
Elles ont servi à nous offrir
l'illusion de l'insouciance.
Comme je viens de dire...
elles n'ont servi à rien.
Je dois y aller.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Je ne te plais plus ?
J'ai fait un avortement clandestin,
c'est pourquoi je suis en retard.
Et moi, j'ai tué le doyen,
c'est pourquoi j'étais en avance.
Aucun de nous n'a d'alibi.
Mais je ne vous jugerai jamais
et vous, vous ne me jugerez jamais.
On y va ?
Où ça ?
Aux examens,
je suis sans assistants.
J'en suis incapable.
En tant qu'experte, vous pouvez.
Enseigner, c'est facile.
"Le prof n'a besoin que
d'un cours d'avance sur l'élève."
Vous savez qui a dit ça ?
Billy Wilder,
un anthropologue.
Je ne me rappelle plus,
mon examen remonte à loin.
Vous avez le manuel, eux non,
vous choisissez les questions
et vous donnez la note.
Ca vous plaira.
Allons-y, il est tard.
Merci, au revoir.
Esposito, Lucia.
Bonjour.
Le concept de structure
pour Lévi-Strauss.
Oui...
Je repasserai l'examen.
Votre livret.
20 avec mention. Allez-y.
Merci.
Vous comptez utiliser
cette singulière façon de noter
y compris
quand vous serez titulaire ?
Pourquoi ne pas avoir laissé
l'étudiante repasser l'examen ?
A la prochaine session,
elle aura un bébé,
elle ne serait pas revenue.
Moi non plus,
si ça n'avait pas été pour vous.
J'espère
ne pas avoir à le regretter.
Laissez-moi vous assister,
vous ne le regretterez pas.
Salut, Marotta.
Salut, Sartre !
On devrait fusiller
les intellectuels en col roulé noir.
Prenons garde
aux jugements à la hache
parce que quelqu'un prendra la hache
et nous en foutra un coup.
Disons simplement que Restelli
est rhétorique et pompeux.
Pompeux, c'est sûr.
Quand il a divorcé, il m'a dit :
"Le schisme est consommé."
Et votre femme ?
On ne sait rien d'elle.
Un jour, elle m'a quitté
pour un notaire joyeux : oxymore.
Elle l'a regretté.
Vous avez renoué ?
Entre-temps, je me suis aperçu
que j'aimais consacrer
tout mon temps à mon fils.
Votre fils, on m'a dit que...
Comment est mort votre frère ?
Il s'est laissé aller.
Et vous ?
Vous vous êtes laissée aller ?
Depuis quand votre père
ne vous a pas enlacée ?
Je ne m'en souviens plus.
Depuis que votre frère est mort.
Vous voulez m'enlacer ?
Je dois vous parler.
Moi aussi.
C'est confidentiel,
on devrait se voir chez moi.
D'accord.
Je vis avec mon fils.
Très bien.
Pas de questions.
D'accord.
Allez-y, que vouliez-vous me dire ?
Une revue d'anthropologie
m'a demandé un article
sur le miracle de San Gennaro.
J'ai accepté.
Ca me semble très intéressant.
J'ai rendez-vous avec Tesorone.
Je le connais bien.
Attention, c'est une crapule.
- Dans quel sens ?
- Dans tous les sens.
Et vous, que vouliez-vous me dire ?
Je vais bientôt prendre ma retraite.
- Ce n'est pas une bonne nouvelle.
- Au contraire.
Bientôt, une chaire
va se libérer à Trente.
J'aimerais que vous postuliez.
Vous pouvez l'obtenir.
Vous passez un ou deux ans
dans le Nord,
puis vous me remplacez à Naples.
Qu'en pensez-vous ?
J'aime Naples.
Et vos assistants ?
Ils ne seront jamais titulaires.
Ils seront vos assistants
si vous voulez d'eux.
Moi aussi, je suis une assistante.
Vous, c'est différent,
vous me ressemblez.
Pourquoi faire tout ça pour moi ?
Parce que vous avez l'étoffe
d'une anthropologue.
Même si vous ignorez toujours
ce qu'est l'anthropologie.
A présent,
la vraie raison
pour laquelle je vous ai fait venir.
Je...
voulais vous présenter...
Méfiez-vous de Tesorone.
Cet homme est le démon.
J'en ai ras le cul
de faire ce miracle.
Chaque année,
j'en assume la responsabilité.
Toujours la même histoire.
Et si le sang ne se liquéfie pas,
à qui la faute ?
A moi, évidemment.
Tu n'imagines même pas le stress.
Je vois ça.
Ca se marie bien,
le stress et la teinture ?
C'est un hobby.
T'as pas de hobby, toi ?
Ne pas en avoir,
c'est aussi un hobby.
Tu bosses avec Marotta, toi.
Comment il va ?
Allez savoir.
Marotta est moins mystérieux
qu'il ne veut le faire croire.
Il a un fils qui va mal, point.
- Vous êtes plus mystérieux, vous ?
- Evidemment.
Je suis prêtre.
Tu seras aux premières loges
pour le miracle,
pour ne rien rater du spectacle.
Vous partez ? Montrez-moi
le trésor de San Gennaro.
J'ai pas le temps,
je dois aller voir l'ampoule.
San Gennà !
Tu as fait un miracle !
Merci, mon saint,
de m'avoir choisie !
Foutez-moi tout de suite dehors
cette raclure !
Faites-la sortir !
Dehors !
Elles inventent n'importe quoi,
même une fausse menstruation,
pour que les gens
se détournent de moi.
De San Gennaro.
Non, de moi.
Je suis complètement crevé.
Epuisé.
On dirait que c'est votre miracle.
C'est peut-être le cas.
Dommage,
le sang ne s'est pas liquéfié.
Il se liquéfiera l'année prochaine.
Je te fais visiter la cathédrale ?
Le Christ aime trop,
il ploie sous le poids
de son propre amour.
L'amour est impossible à gérer.
C'est pourquoi,
de Jésus jusqu'aux chanteurs,
tous essaient de nous dire
comment en venir à bout.
Toi, tu aimes trop ou trop peu ?
Là est toute la différence.
Toutes de fausses portes.
Je manque d'air.
Le catholicisme !
La liberté ne passe pas
par les portes.
Par où passe-t-elle ?
Elle ne passe pas.
Vous me montrez
le trésor de San Gennaro ?
J'ai pas le temps.
Je vais à une fête.
Tu m'accompagnes ?
Toutes ces fois
où tu aurais voulu pleurer
et où tu t'es retenue !
Ici,
seulement ici, à l'église,
tu as la liberté
de te laisser aller.
Pourquoi devrais-je pleurer ?
Parce que la maternité
t'a poursuivie partout
et toi, tu l'as fuie.
- Tu aimes cette maison ?
- Je la connais bien.
Eminence,
je suis consternée
qu'on ne puisse pas
fêter le miracle.
Il s'est passé quoi, bordel ?
Rien d'important.
Une exhibitionniste, une raclure
s'est donnée en spectacle.
San Gennaro a été distrait
et il a rien fait, c'est tout.
Si tu peux,
apporte-moi un bon petit verre.
Maman !
Il y a des années,
au Nouvel An,
je t'ai vue.
Faire l'amour dans l'eau.
C'était pas moi.
Si, c'était toi...
Parthenope.
A quoi pensez-vous, Eminence ?
A ma mère.
Elle savait tout.
Quand on sait tout,
on meurt vite et seul,
l'indicible pour seule compagnie.
C'est vertigineux.
Dieu est limité,
il ne s'est pas assez occupé
de nous, les filles.
Il ne s'est appliqué
qu'à inventer l'enfance heureuse,
là où tout était pureté légère.
Puis il a été distrait
et s'est laissé aller,
et le monde
que nous avons connu, enfants,
tout à coup, sans prévenir,
s'est épuisé.
Les mondes...
Les mondes se fatiguent.
Maintenant, les filles, ça suffit.
Il me faut un verre, j'en peux plus.
Parthenope !
Commandant, vous m'avez reconnue.
Il est impossible de t'oublier.
Souvenez-vous,
vous vouliez m'épouser.
Il est encore temps, si tu veux.
Vous êtes rapide en besogne.
Il faut d'abord me faire la cour
un bon moment.
La cour un bon moment ? C'est ça !
T'es une maligne !
Une maligne.
Tu es une femme rare.
Pourquoi ?
Parce que tu ne profites pas
de ta beauté.
Vous vous trompez.
Pas du tout.
Comment vont tes parents ?
Quand ton frère est mort,
ils sont morts avec lui.
Et moi, je me suis perdue.
J'ai parlé à tout le monde.
Je suis enfin prêt à te montrer
le trésor de San Gennaro.
Le trésor ou le trésorier ?
A la fin de la vie,
il ne restera que l'ironie.
Quelle drôle d'idée.
J'ai l'air d'une relique.
Tu as l'air d'une sainte.
Qu'aimes-tu chez une femme ?
Son dos.
Le reste, c'est de la pornographie.
Tu devrais te donner à moi.
Vraiment ?
Pourquoi ça ?
Parce que mon corps est fait
pour être repoussé.
Mais me repousser serait prévisible.
Or toi, tu es une femme surprenante.
Je suis une femme prévisible.
Toi et ton esprit de repartie.
Tant pis,
je m'en tiendrai
à me souvenir de toi comme ça.
Et à rêver de toi.
Si je me donnais à toi,
ce ne serait pas
pour être surprenante,
mais parce que tu me plais.
Qu'aimes-tu chez moi ?
Le culot.
J'appelle ça
"l'art de la séduction".
Tu veux savoir à quoi je pense ?
Non,
car je le sais déjà.
Et à quoi je pense ?
A tout le reste.
Tu es comme le miracle
de San Gennaro,
un mystère.
Ou une arnaque.
Maintenant, faisons l'amour.
Ne sois pas pressée.
Il faut s'approcher lentement...
de Dieu.
Le conclave approche,
je serai trop proche de Dieu
pour continuer de te fréquenter.
Quel dommage !
Mais que veux-tu,
je me suis mis en tête
de devenir pape.
C'est quoi, "tout le reste"
auquel je pensais ?
Le temps
qui s'écoule auprès de la douleur.
Ou peut-être que non.
Ou peut-être... que non.
Ca a été avec Tesorone ?
Vous aviez raison,
cet homme est le démon.
Ce n'est qu'un séducteur.
Je voulais vous dire
que le moment est venu.
Je prends ma retraite.
Sûr que l'université
donnera une grande fête.
Je n'ai jamais aimé les fêtes.
Vous avez réfléchi pour Trente ?
Je ne peux pas enseigner
l'anthropologie
sans savoir
ce qu'est l'anthropologie.
L'anthropologie, c'est voir.
C'est tout ?
C'était aussi simple que ça ?
J'ai l'impression
d'avoir fait ça toute ma vie.
C'est très difficile de voir.
Car c'est la dernière chose
qu'on apprend.
Quand apprend-on à voir ?
Quand tout le reste vient à manquer.
C'est-à-dire ?
L'amour,
la jeunesse,
le désir,
l'émotion,
le plaisir
et la lointaine possibilité
de rire encore une fois
d'un homme digne qui trébuche
et tombe dans une rue du centre.
Venez avec moi.
Où ça ?
Voir.
Papa, il a dit "connard".
Oui, Stefano,
le monsieur a dit "connard".
Salut !
Il est fait d'eau et de sel.
Comme la mer.
Il est magnifique.
Oui,
il est magnifique.
Adieu, Parthenope.
Je n'oublierai jamais
l'examen avec vous.
J'ai voulu aller aux toilettes
et vous m'avez répondu :
"On pisse et chie
avant de venir à l'université."
C'était un de vos flirts ?
C'est pour quand ?
Dans deux jours, j'arrive à terme.
Et le prénom ?
Si c'est une fille,
j'aimerais l'appeler comme vous.
Parthenope.
On sait rien de votre vie privée.
Il n'y a pas grand-chose à savoir.
Mais on voudrait quand même savoir.
On peut être indiscrètes ?
Oui, bien sûr.
Au lieu de rester deux ans
dans le Nord et rentrer à Naples,
vous êtes restée
jusqu'à la retraite.
Pourquoi ?
Comme vous voyez, j'ai eu
un faible pour le jambon d'ici.
Jamais tentée de vous marier ?
Personne ne m'a jamais demandée
en mariage.
Et les enfants ?
Excusez-moi.
J'ai été distraite.
Ou peut-être ne me suis-je pas posé
les bonnes questions.
Et maintenant ?
Que ferez-vous ?
Maintenant...
Parthè !
A quoi penses-tu ?
A quoi penses-tu ?
Abandonnés à l'été parfait.
Nous avons été beaux et malheureux.
C'était peut-être merveilleux
d'être jeune.
Ca a peu duré.
J'ai été triste et frivole,
déterminée et nonchalante,
comme Naples,
où il y a toujours
une place pour tout.
J'ai été vivante
et seule.
A quoi pensais-je ?
L'amour, comme moyen de survie...
L'amour,
comme moyen de survie,
a été un échec.
Ou peut-être que non.
En tout cas,
Dieu n'aime pas la mer.
Souvenez-vous,
Dieu n'aime pas la mer.
Au revoir.
Adaptation : Pascal Strippoli
Sous-titrage TITRAFILM
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