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Ça va ?
...le ballon qui sera pour les Nantais.
Bonsoir, monsieur Wals. J'ai cru que c'était vous, là.
Bonsoir, Antoine. Non. C'est un ami.
- Vous lui faites une surprise ? - Non.
J'attends la fin du match. Ma femme a horreur du foot.
...Savinaud qui joue ce ballon,
avec Gourvennec, sur la gauche de la surface strasbourgeoise...
Vous avez changé votre porte.
Oui. Ça m'a coûté assez cher.
La prochaine fois, demandez-moi.
Je m'y connais.
C'est vrai, je m'en souvenais plus.
- La prochaine fois. - Remarquez,
vous avez raison. Ces cambriolages, c'est pas drôle.
...avec Savinaud qui va...
Bon. Ben, bonsoir, monsieur Wals.
Bonsoir, Antoine.
Alors, où tu veux qu'on aille ?
Où on aura moins froid.
Alors là, c'est facile. Je sais où il faut aller.
Mais non.
Cherche un pays.
L'Espagne ?
- En Amérique. - Ah oui. Peut-être.
Amérique du sud.
Qu'est-ce que vous faites ici ?
Hé ! Attends, je te cause !
Qu'est-ce qui se passe, Jean-Paul ?
Tu vas pas me dire que c'est ton mari.
Il vaut mieux que tu t'en ailles.
Il fallait pas se voir ici.
- Il était parti pour 3 semaines. - Je vois.
C'est pas la peine qu'il y ait une autre bagarre.
- Il faudra bien qu'on s'explique. - J'ai peur. Il est imprévisible.
Va-t'en. Moi, je saurai me débrouiller.
- Dis-moi que tu m'aimes. - Je t'aime. Vas-y.
Dis-lui que tu divorces.
Oui. Dépêche-toi.
On se revoit mardi ?
- Si loin ? - Je peux pas avant.
On se retrouve en ville.
Dans ce restaurant. Tiens.
Je t'appelle d'ici là.
Vas-y, maintenant.
Va-t'en. Vas-y, s'il te plaît.
Oui, oui.
- Tu lui parles, hein ? - Oui.
Il va falloir qu'on parle.
Je ne vois pas de quoi.
- Tu es là, je suis ici. - Ah bon.
Tu as fait une bêtise ?
J'en ai fait aussi.
Oui. Je suppose.
Tu devrais commencer par trouver quelque chose.
Ça gonfle.
Bien sûr, oui.
Madeleine.
Tu ne vas pas me quitter, n'est-ce pas ?
Tu ne peux pas me quitter.
Robert, laisse-moi le temps de souffler.
Non, mais je vois.
Madame s'est amourachée.
Elle a fait la découverte d'un monde
dont elle ne soupçonnait pas l'existence.
Je vois.
Elle est persuadée d'aimer follement... Qui déjà ?
Madame ne sait plus qui est son mari ?
Elle se trompe, Madame.
Je commence à te connaître.
Sans blague ?
Robert, écoute-moi, pour une fois.
C'est fini.
Bon, bon.
J'ai toujours été, comment on dit... beau joueur.
À quoi tu joues ?
À la roulette russe.
- Arrête ! - Pas de chance. Essayons encore.
Robert, arrête !
Arrête.
- C'était une blague. - C'est une très mauvaise blague.
Il n'y a que de mauvaises blagues, non ?
À toi.
Va-t'en !
C'est où, les toilettes ?
- En sortant, à gauche. - Merci.
- Pardon. - "Pardon", toujours "pardon" !
- Je peux venir ? - Tu es gentil, tu sors.
"Gentil", moi ?
- Oui. - Le monde à l'envers.
- C'est oui ou merde ? - Merde.
Ça va. Ça va.
Tu vas où ?
On est tous européens.
Strasbourg.
Ils sont tous dingues, ce soir.
Tu commences à me fatiguer, là.
Moi aussi.
- Où tu vas ? - Devine.
Je t'accompagne.
- J'y vais. - J'arrive.
Bonsoir.
Il y avait un homme qui est parti après le coup de feu ?
Voilà. Il a pris sa voiture et il a filé.
Dans quelle voiture ?
La même couleur que celle de M. Wals, mais un break.
J'ai noté le numéro de la plaque.
Tu me trouves ça.
27...
27 42 GVV 67.
Ça vous dit quelque chose ?
Vous ne voulez pas vous changer ?
Prenez un calmant et allez vous coucher.
Je repasserai demain.
Votre chambre est à l'étage ?
Oui.
À demain.
Oui.
Inspecteur !
La 27 42 GVV 67 vient d'avoir un accident.
Le conducteur est mort.
Orgel, j'ai vu quelqu'un.
Vous pensez que je mens ?
Mais non.
- Tu as trop d'imagination. - Ça revient au même.
Voilà. Personne ne me croit.
C'est parce que je suis orphelin.
Ils se disent que tous les enfants de la Ddass mentent.
C'est normal.
Allumet, tu viens, ou il faut que j'aille te chercher ?
Ça y est, il est fâché.
- Qu'est-ce que tu fous ? - Je parle avec ce monsieur.
Vous pouvez m'aider ?
Vous l'avez reconnu ?
Oui.
Enfin, vous avez vu.
Mais c'est bien sa montre et sa bague.
Permettez-moi de vous présenter.
Mme Wals.
Je suis Bastien, le frère de Jean-Paul.
J'aimerais comprendre.
Il semblerait que votre frère et le mari de madame
aient pris l'habitude de jouer à une variante de la roulette russe,
et que cette fois-ci, ça ait mal tourné.
Le mari de Madame a été tué, et votre frère a pris la fuite.
Il devait être
très bouleversé et il a eu un accident.
C'est bien ça ?
Oui.
Oui.
"Une variante de la roulette russe" ?
J'ai faim. J'espère que j'aurai toujours faim. Parfois, j'ai peur.
- De quoi ? - De grandir et de plus avoir faim.
Quelle idée ! Tout le monde a faim.
- Même les vieux. - C'est pas vrai.
Mme la voyante dit que la faim disparaît dans le monde.
Bientôt, personne n'aura plus faim. Et moi, j'ai peur de ça.
Voilà ! Il s'est réveillé.
Bonjour, monsieur.
Un peu de soupe ?
Quelle misère !
Pourquoi faut-il que ça tombe toujours sur nous ?
Sans vouloir être indiscret,
qu'est-ce que vous faisiez dans le fossé ?
Ne craignez rien. On n'est pas des flics.
Surtout pas, monsieur. Il a peur des flics.
J'ai pas peur.
Vous avez bien un nom.
Comment vous vous appelez ?
Je m'appelle...
Il parle français, quand même.
Monsieur "Je m'appelle".
C'est mon anniversaire, le 13.
Et on y allait souvent, chez Gretel.
C'était juste à côté.
J'aimerais que vous me racontiez.
Jean-Paul ne l'a pas fait ?
On n'a pas eu le temps.
Je devais quitter mon mari.
Et nous devions partir loin.
Très loin.
Le flic est au courant ?
Bien entendu.
Vous deviez aller où ?
Au Venezuela.
Au Venezuela.
À Caracas ?
Il a une affaire là-bas, non ?
Orgel ?
Qu'est-ce qui se passe ?
Viens dormir.
À quoi bon ?
Je sais ce qui m'attend.
Je connais cet homme.
- Tu ne le connais pas. - Mais si.
Je sais ce qu'il cherche.
- J'ai rêvé d'incendie. - Couche-toi.
Tu as pas lu dans le journal ?
Il y a des incendies partout.
Et alors ? Ils savent que ce n'est pas toi.
Cette fois, ils m'auront pas.
Non, mon chéri.
Viens. Il se fait tard.
Orgel, viens te coucher !
Oui ?
Inspecteur Audiard. Désolé de vous appeler à cette heure.
Je ne dormais pas.
Je peux passer chez vous tôt demain matin ?
Vous avez trouvé l'arme ?
Non. Toujours pas.
Elle n'était pas dans la voiture ?
C'est ce que vous m'avez dit, mais elle n'y était pas.
À quelle heure passerez-vous, demain matin ?
7 h.
Je serai prête.
Bonne nuit, madame.
Vite, monsieur Je m'appelle !
C'est pas moi !
Vite ! Il faut partir !
C'est pas moi qui ai mis le feu !
Il faut se sauver !
C'est pas moi !
Je veux pas retourner à la Ddass. Venez vite !
Le 13 octobre, le 13 octobre...
Oui, monsieur Je m'appelle. J'ai compris.
Arrêtez-vous, je dois descendre. C'est urgent.
Si c'est urgent...
Des soucis ?
Non.
C'est elle ?
Oui.
Tu es sûr ?
Oui.
Et le revolver ?
Je n'ai même pas eu à lui en parler.
Le 13 octobre.
Le 13 octobre.
Où on va ? J'ai faim.
- Au Rendez-Vous des princes. - "Au Rendez-Vous des princes" !
D'excellents gâteaux alsaciens.
D'excellents gâteaux alsaciens.
Un régal pour toute la famille.
C'est un Strasbourgeois, ton copain.
Il manquait plus que ça ! Il se souvient des gâteaux !
Il a raison. Ils étaient inoubliables.
- C'est vrai ? - Saint-honoré,
Kässküeche...
La meilleure pâtisserie de la ville.
Ça n'existe plus. Ça fait des siècles que ça a brûlé.
Le pain d'épice est parti en fumée.
Attention. À la mesure 14, je fais un ralenti prononcé.
Je décompose la mesure au moment du ralenti, si tu veux.
Ça m'aiderait que tu décomposes aussi la mesure 13.
2, 3, 4.
Ça va mieux ?
Ça va. Ça va aller.
Demain soir, je t'emmène au cinéma.
- On peut remettre ça à plus tard ? - Si tu veux.
Essaie de te reposer.
À propos, ton ami t'attend dans le couloir.
- Mon "ami" ? - C'est ce qu'il a dit.
Bastien ?
Bonjour.
Bonjour.
L'enquête est close, je tenais à ce que vous le sachiez.
C'est pas pour ça que je suis là.
Je voudrais... J'aimerais vous inviter à dîner.
Pas aujourd'hui, un de ces jours.
Je dois prendre ça comment ?
C'est à vous de décider.
Je n'ai pas le choix, je suppose.
Vous m'avez mal compris.
Je voudrais vous inviter, moi, Pierre Audiard,
l'un de vos fervents admirateurs.
J'ai assisté à votre dernier concert, j'aime la musique.
Inspecteur, vous êtes là pour quoi ?
- Vous ne me croyez pas ? - Non.
L'affaire est classée tant que je serai à mon poste.
Il a eu une vie mouvementée.
Vous le gardez ?
C'est plus prudent.
Suivez-moi. Vous attachez la chienne ici.
Ne vous inquiétez pas, on est tous là.
Le 13 octobre. Le 13 octobre.
Là, c'est bien vous, monsieur Je m'appelle.
On est le 13 octobre.
- Mais M. Je m'appelle... - J'ai eu un accident ?
Ça y est, vous commencez à vous rappeler.
Vous me reconnaissez ?
Non. Non.
Ça va ?
C'est quoi, le 13 octobre ?
C'est votre refrain. Vous le dites tout le temps.
Vous êtes comme moi, un homme à idées fixes.
Il vaut mieux le laisser se reposer, maintenant.
Prenez ça.
Monsieur !
Vous aimez la musique ?
Pas comme mon frère.
Jean-Paul aimait beaucoup les horloges musicales.
Enfin, avant l'incendie.
Quel "incendie" ?
Il vous a jamais dit qu'il a mis le feu à la maison ?
Non.
- Merci. - Il vous a pas raconté grand-chose.
- Un café ? - Non. Merci.
- Non. L'addition, s'il vous plaît. - Oui.
Que s'est-il passé ?
On s'est retrouvés avec 3 camions de pompiers sous nos fenêtres.
La pâtisserie brûlait.
Tout le monde pensait que c'était une bêtise de gamin.
Une grosse bêtise. Il avait 7 ans, à l'époque.
Moi, j'en avais 10 de plus.
On n'a pas cru que c'était nous.
C'est terrible.
C'est monstrueux.
Vous saviez qu'il avait un frère ?
Vous lui ressemblez.
C'est votre femme ?
Non. Je ne suis pas marié.
Que cherchez-vous ?
Un peu d'ambiance.
Ce n'est pas indispensable.
Il n'a pas de papiers, on fait des recherches.
Mais on sait qu'il est en état de travailler.
Et il a besoin de s'occuper.
On lui trouvera quelque chose. Sur le chantier, on a du travail.
Il aura de quoi s'occuper.
Allez, salut.
- Bonjour, monsieur. - Bonjour.
- Une personne ? - Oui.
- Vous prendrez un apéritif ? - Oui. Une coupe.
Pardon ?
Oui.
Voilà, monsieur.
Monsieur a fait son choix ?
Je ne crois pas que je vais manger.
Monsieur parle remarquablement le français.
Merci.
Monsieur est allemand ?
Honnêtement, je ne sais pas.
Ça arrive.
Qu'est-ce qui ne va pas ?
Rien. Ça va.
Tu penses à lui ?
Oui.
Moi aussi.
- Qu'est-ce qui se passe ? - On est suivis.
- Quoi ? - On nous suit partout.
Tu sais qui ?
Oui. Un flic. Celui de l'enquête.
"Celui de l'enquête" ? Mais pourquoi ?
Je lui plais.
- Tout s'est bien passé ? - Oui. Parfait.
Vous vous sentez mieux ?
Vous avez revu ce couple ?
Ceux qui vous connaissaient ?
"Vogel", ça vous parle ?
Non. Mais je suis nouveau, ici.
- La place vous plaît ? - Oui.
Surtout ne la quittez pas.
Christian !
Christian !
Mais c'est moi.
C'est moi, Magda.
Tu me reconnais ?
Mais je suis ta femme.
Tu te souviens ?
Tout cela va finir par s'arranger.
C'est déjà un miracle que vous l'ayez retrouvé.
Vous pensez qu'il retrouvera la mémoire ?
Vous devrez l'aider.
Il se peut qu'il ait des problèmes toute la vie.
Racontez-lui son histoire, montrez-lui des photos.
Surtout, entourez-le.
Je repasserai demain.
Merci, docteur.
Ton portefeuille.
- Tu l'as trouvé où ? - Dans la salle de bains.
Décidément...
Madeleine ?
Où est passée la photo ?
Comment tu veux que je sache ?
Rends-la-moi.
Arrête. Tu me fais mal.
- Tu veux que je me fâche ? - Qu'est-ce qui te prend ?
Je vais te faire visiter.
C'est Édouard.
Monsieur Christian, quel plaisir de vous voir.
C'est comme s'il avait toujours été avec nous.
Madame est trop bonne.
C'est tante Hélène. Elle nous a quittés.
- Comme ses fils Henri et Thomas. - Ça ne me dit toujours rien.
Je sais, je sais.
Mlle Claudia et M. Klaus vous attendent.
Très bien. Tu viens ?
Tu te souviens du salon ?
Ça, c'est ton portrait.
Ton père est un peu malade et ne te reconnaîtra sûrement pas.
Bonjour, père.
Klaus, regarde.
Voilà Christian.
Mon grand frère.
Je t'avais dit qu'il était beau.
J'étais sûre qu'il reviendrait.
Voilà Klaus, mon mari.
- Bonjour. - Bonjour.
Je suis mariée depuis 4 mois et 8 jours.
Tu me reconnais pas ?
Je suis devenue une femme, maintenant.
Qu'est-ce que je suis heureuse !
Il est un peu fatigué. Assieds-toi.
Je suis heureux de votre retour. Il faut qu'on fasse connaissance.
Oui. Plus tard.
Regarde.
Tu vois ?
Là. Ici, c'est toi à 18 mois.
Et puis là, justement, c'est nous deux.
On était encore fiancés.
C'était... 3 jours après l'accident.
Je suis tombé de cheval, c'est ça ?
- Oui. Ça ne te rappelle rien ? - Mais j'aime pas les chevaux.
Tiens. Regarde.
Tu vois, là ? C'est ta cicatrice.
Vous ne savez pas ce que vous avez fait pendant ce temps ?
Non.
Vous n'avez pas pu disparaître comme ça.
Quand Christian retrouvera la mémoire,
il nous racontera.
S'il en a envie.
L'amnésie totale n'existe pas,
d'après ce que disent les scientifiques.
Je ne me sens pas bien.
Je vais m'allonger.
Tu vois, Christian, je suis toujours aussi fragile.
C'est rien, c'est les émotions.
Un policier romancier.
C'est étrange.
Vraiment très étrange.
Moi, quand une affaire est classée, je la continue dans un roman.
- Vous arrivez à la vérité comme ça ? - Oui.
Mais ça n'a aucune conséquence, puisque l'affaire est classée.
J'ai du mal à imaginer la vie d'un flic.
Pardon. D'un policier.
De quelqu'un comme vous.
"La vie d'un flic" ici ?
Il va au cinéma.
L'un des rares endroits où il est sûr d'être seul.
Vous aimez la solitude ?
Je crois que c'est la solitude qui m'aime.
Vous êtes marié ?
Non. Divorcé ?
Pas tout à fait.
Vous êtes séparé ?
Définitivement.
On l'a assassinée.
Mon Dieu !
"Mon Dieu", oui.
Ça faisait longtemps qu'on vivait chacun de notre côté.
On n'était jamais d'accord sur rien.
La vie, les amis, la politique... Rien.
Mais le pire,
c'était encore la musique.
Ce qu'elle écoutait !
"La musique" ?
Vous savez ce que c'est.
Ces désaccords en cachent toujours d'autres.
Elle a été assassinée par un sadique.
Quelqu'un de bien, du reste. Bonne famille.
Gentillesse un peu agaçante, mais bon.
Et dire qu'elle me reprochait d'être trop mou.
Maintenant, je vis avec ma soeur.
Heureusement, il me reste le cinéma, les concerts.
Vos concerts.
Je vous lirai, c'est promis.
Oui. Lisez-le.
C'est une affaire classée qui remonte à 2 ans.
Le roman m'a servi à trouver le coupable.
Et dans la vie réelle ?
Il court toujours.
Et l'assassin de votre femme ?
Ah ! Lui ?
Il habite dans le coin.
On a même joué au golf ensemble, une fois.
Il va très bien.
- Mais comment...? - Je suis un bon fonctionnaire.
On me dit de classer une affaire, je classe.
Après, je me console ou je me venge,
quand j'écris ma version des faits.
C'est un plaisir.
D'ailleurs, je vais bientôt écrire la vôtre.
Puisqu'elle est classée.
Vous n'allez pas faire ça ?
N'ayez crainte,
ce n'est qu'un roman. Personne n'ira penser...
Pour le moment, je suis dans l'invraisemblance totale.
Pour moi,
c'est la femme qui tue le mari. On est bien loin de la réalité.
Son amant vient de la quitter, il prend sa voiture,
il a un accident, il meurt.
Et la femme l'accuse du meurtre de son mari.
C'est pas bon, pour l'instant. Trop de coïncidences.
Vous êtes sûr de trouver le coupable ?
Toujours.
Mais je les respecte.
En général, ils avaient leurs raisons.
Si j'étais anglais,
j'aurais fondé un club avec mes assassins.
Et dans ce club, les femmes seraient admises ?
Puisque je ne suis pas anglais...
Tu ne m'as pas trahie ?
Pourquoi ? C'est déjà arrivé ?
Ne me regarde pas comme ça.
C'est pas très facile, pour moi.
Excusez-moi.
Mais je vous trouve très belle.
C'est gentil.
Il y a quelqu'un ?
Embrasse-moi.
Tu m'as fait peur.
Des cauchemars ?
- Oui. - Moi aussi.
Je ne pouvais plus dormir.
Tu aurais pu me prévenir.
Je voulais te faire une surprise.
Embrasse-moi.
Qu'est-ce qui se passe ?
Je venais te faire mes adieux.
Qu'est-ce qui se passe ?
Je venais te faire mes adieux.
Je pars demain. Tôt.
À Caracas ?
À Caracas, oui.
Tu comptes revenir ?
Je ne sais pas.
Je t'écrirai.
Ta clé.
Merci pour ta confiance.
Il m'écrivait toutes les semaines.
Dix lettres.
1, 2, 3
4, 5, 6,
7, 8.
1, 2, 3, 4, 5,
6, 7, 8.
On venait tous les dimanches ici ?
Oui, bien sûr.
Regarde.
Là-bas, c'est l'inspecteur Audiard.
Il s'est occupé de ton cas.
Il est avec sa soeur, comme toujours.
On accepte les flics, dans ce club ?
Sa famille est un peu comme la nôtre.
Elle a connu des jours meilleurs.
Un homme disparaît pendant 3 ans.
On le retrouve dans un restaurant de Strasbourg,
totalement amnésique,
et potentiellement riche de 15 millions de dollars.
Très mauvais. Trop invraisemblable.
Absolument.
Regarde là-bas.
C'est mon disparu.
- Comme d'habitude ? - Oui. Deux coupes.
Cette musique, là...
Vous allez rire, mais en l'entendant, j'entends un orchestre symphonique.
Madame.
Oui.
- Une coupe de champagne. - Comme M. Vogel.
- Une coupe de champagne. - S'il vous plaît.
Un orchestre symphonique.
- Et je vois l'incendie. - Quel "incendie" ?
Je ne sais pas. J'entends l'horloge musicale,
et je vois un incendie. Excusez-moi.
Non. En fait, c'est pas la même, l'horloge.
- Mais comment le sais-tu ? - C'est comme ça.
Parlez-moi de lui.
De toi ?
Je n'ai pas eu bien le temps de te connaître.
Magda, c'est votre nom, n'est-ce pas ?
Oui.
Si je ne retrouve jamais la mémoire ?
"Jamais", c'est un bien grand mot.
C'est difficile d'imaginer ce qui se passe dans ma tête.
Il manque la moitié des pièces du puzzle.
On croit qu'on va y arriver, et les pièces manquantes reviennent
et prennent la place des premières.
C'est ce qui se passe en ce moment.
Par exemple, tout a l'air bien. Ça, c'est une fourchette.
Ça, c'est une serviette.
Tu ne vois pas très bien cette fourchette ?
Non. C'est pas ça.
Là, tout de suite, je vois ses dents,
mais après, je vais juste voir que ça brille.
Tu l'expliques très bien, que c'est confus.
Ça peut très vite changer.
Et moi ? Tu me vois entièrement ?
Oui. Mais je pourrais vous confondre avec la femme d'à côté.
Qui n'a pas perdu un mot de notre conversation.
Mais Christian !
L'addition.
Madame !
Vous me connaissez ?
Jean-Paul !
Vous confondez. Moi, c'est Christian.
Christian Vogel.
- Tu ne me reconnais pas ? - Non.
Madeleine.
Madeleine.
Madeleine.
Va-t'en !
C'est quoi, ce revolver ?
On rentre. Il faut que tu prennes tes médicaments.
Comment on se sent, quand on perd la mémoire ?
Ça doit faciliter la vie par certains côtés, non ?
Non. Au contraire, c'est très difficile.
C'est quand même bizarre.
- Qu'ont dit les médecins ? - Pas grand-chose.
Je crois que c'est en touchant les choses que je vais retrouver.
Vous n'avez pas l'air d'avoir retrouvé votre petite soeur.
Elle se faisait une telle joie,
et vous ne la voyez même pas.
Et votre rencontre ?
Comme tout le monde, par hasard.
- Je vous sers un verre ? - Oui.
- Merci. Vous travaillez dans quoi ? - Les affaires.
Les affaires de la famille.
Elles sont bien mystérieuses, ces affaires.
Ça a l'air riche, ici, non ?
Eh bien, ça ne l'est pas du tout.
Édouard, la carafe, s'il vous plaît.
Mon beau-frère finira par apprendre que la famille croit que je bois.
Ils me tiennent à l'écart.
Je ne sais pas si je suis alcoolique, mais ici, je suis un vrai pestiféré.
À la vôtre.
Je m'appelle Christian Vogel.
Je m'appelle Christian Vogel.
Je m'appelle Christian Vogel.
Il ne reste plus que l'expertise graphologique.
Voici le dossier, avec l'avis de l'expert.
Voyons ça.
Cette lettre a été écrite peu avant la mort présumée.
Ces deux-là datent d'il y a à peu près un mois.
Et voici
les lignes rédigées par lui devant l'expert.
Tout est en règle.
Si vous voulez bien
encore signer ce papier.
Si vous permettez, c'est un plaisir que cette affaire soit réglée.
15 millions qui dorment parce que le légitime propriétaire est absent,
c'est difficile à accepter.
Tout est bien qui finit bien.
Je vous demande de la patience, le temps de traiter le dossier.
Vous pourrez bientôt en disposer.
Au revoir, monsieur.
Veuillez accepter mes félicitations.
- Dites à Madame que je suis sorti. - Il ne faut pas faire ça.
Ce n'est pas très indiqué.
- Je ne serai pas long. - Christian !
Christian !
Écoute, je pense qu'il ne vaut mieux pas.
- Mais attends, enfin. - Je reviens tout de suite.
- Il ne faut pas se faire de souci. - Il faut faire attention.
Oui. Je sais.
Jean-Paul.
Excusez-moi, j'ai besoin d'être seul.
Il faut que je te parle.
Viens avec moi.
On va s'en sortir. On est ensemble.
- "On est ensemble" ? - Oui.
Viens.
Viens.
Je faisais ça ?
Oui.
Et ça aussi ?
Oui.
Et toi, tu faisais quoi ?
Allô ?
Oui. C'est moi qui t'appelais. Attends, c'est un miracle.
C'est pour toi.
Pour moi ?
- Allô ? - Jean-Paul, qu'est-ce que tu fais ?
- Pardon ? - Tu n'as pas à être là.
Allô ? Allô ?
C'est qui ?
Tu as pas reconnu Bastien ?
- "Bastien" ? - Ton frère.
Il appelait de Caracas.
Il t'a dit quoi ?
Rien.
Rien.
Je commence à en avoir marre, de ces histoires.
Mais qu'est-ce qu'il faut faire ?
Qu'est-ce qu'il faut faire ?
C'est bien ici, le bureau de l'inspecteur Audiard ?
C'est ici.
Je peux le voir ?
Mme Wals.
- Je ne vous dérange pas ? - Certainement pas.
Asseyez-vous.
Alors, que se passe-t-il ?
J'ai peur.
Vous avez reçu des menaces ?
Non. Ce n'est pas ça.
Vous avez besoin d'un flic ou d'un ami ?
Du romancier.
Pour comprendre.
C'est flatteur.
Alors ?
Que se passerait-il si on retrouvait Jean-Paul en vie ?
Il devrait s'expliquer.
Tout le monde ne sera pas convaincu que c'était un jeu.
Mais il ne peut pas s'expliquer.
Il a perdu la mémoire.
Il a oublié son nom.
Il croit qu'il s'appelle Christian Vogel.
"Vogel" ?
Il n'y est pour rien.
C'était moi.
C'était un accident.
Quand l'avez-vous vu ?
Hier.
Je ne veux pas aller en prison.
L'affaire est classée.
Sauf si on trouve un autre cadavre dans le placard.
Mais je crois que vous allez m'aider à avancer.
Qu'est-ce que vous croyez, vous ?
C'est Jean-Paul ou c'est Christian ?
Je ne sais plus.
Je me suis même demandé s'il ne m'avait pas menti
depuis le début.
Quand même,
sacrée histoire !
Le mort qui n'est plus mort.
Le disparu qui revient.
15 millions de dollars qui se retrouvent en circulation.
Non.
Il y a peut-être trop de hasards.
Et quand il y a trop de hasards, un polar ne marche pas.
Vous saviez, pour les 15 millions ?
Quels "millions" ?
Ça me va pas, ça.
- Tu peux en essayer un autre. - Non. C'est pas ça.
Heureusement, maintenant, je suis milliardaire.
Heureusement, maintenant, je suis milliardaire.
On l'est tous.
Je croyais que c'était moi qui avais signé.
Ou c'est toute la famille, ou bien c'est personne.
Personne.
C'est clair ?
Ah non. Pas vraiment. Non.
Jean-Paul.
J'ai les moyens pour que tu retrouves la mémoire.
J'en ai retrouvé une partie, de ma mémoire.
Tu dois te débarrasser de cette famille.
Tu ne peux pas continuer à être Christian Vogel.
- On m'a dit que c'était dangereux. - Qui te l'a dit ?
Un flic.
Un flic qui écrit des romans.
Il a suivi l'enquête, tu sais.
Non. Tu ne sais plus.
Ça ne fait rien.
Il m'aime bien. Il va nous aider.
- Oui. - Écoute-moi.
Il ne faut pas que tu retournes chez eux.
- Viens. On va tout arranger. - Pas maintenant. Je peux pas.
Il faut que tu voies Audiard. C'est important.
Il faut que tu viennes.
Ce soir, au restau ?
J'ai pas envie de voir des flics en ce moment.
Je t'appellerai, hein ?
Je t'appelle. Je te promets.
D'accord ?
Allumet !
Christian Vogel.
Dernier avertissement.
Vous avez perdu du sang ?
Non. C'est rien, c'est juste une éraflure.
Ils ont voulu me faire peur.
Qui ça ? C'est quoi, cette histoire ?
Rien. Les Vogel, ceux qui m'ont retrouvé.
- Il s'est enfui de l'hôpital. - Espèce d'idiote !
On va perdre gros
si vous continuez comme ça.
Alors, qu'est-ce qu'on fait ?
Qu'est-ce qui se passe ?
Rien.
Si vous voulez bien aller vous servir à boire tout seul.
Notre Christian a disparu ?
Ne vous mêlez pas de ça. Ça vaut mieux pour tout le monde.
Très bien.
Tant qu'il ne perd que la mémoire, ça peut aller.
Il faut prévenir Bastien.
C'est terrible, les familles comme ça.
Il vaut encore mieux être orphelin.
Toutes ces histoires d'argent, ça rend fou.
Mais pourquoi ils veulent tout pour eux ?
C'est les riches, ils sont comme ça.
Vous en pensez quoi ? Vous trouvez ça normal ?
Moi, je suis trop jeune pour savoir.
Non, c'est pas normal, mais c'est banal.
Il y a toujours des gens qui écrasent les petits.
Les petits, ils n'ont le droit de rien.
Même pas de se venger.
Il faut pas vous exciter, monsieur Monsieur.
Mais il y a des moments où les petits se sont vengés.
Et ils ont eu raison.
Il faut les aider à se venger.
Ça y est, ça vous reprend. Monsieur Monsieur !
Monsieur Monsieur !
- Qu'est-ce qui s'est passé ? - C'est rien. Je t'expliquerai.
Pierre Audiard,
- Qu'est-ce qui s'est passé ? - C'est rien. Je t'expliquerai.
Pierre Audiard,
l'inspecteur romancier dont je t'avais parlé.
- Bonsoir. - Bonsoir.
- Tu prends un whisky ? - Non.
J'avais entendu parler de vous,
mais on vous appelait Vogel.
Je vous appelle comment ?
Faites comme Madeleine, elle m'appelle Jean-Paul.
Vous savez qui c'est, "Christian Vogel" ?
Un personnage assez louche.
Non, pardon. Un jeune homme de bonne famille
qui a fait des bêtises. Des grosses bêtises.
Des bêtises à 15 millions de dollars.
Et il a disparu.
Plus moyen de récupérer la petite fortune.
Si vous êtes Christian Vogel, vous êtes riche.
Et si je suis Jean-Paul ?
- C'est Madame qui peut dire. - Justement.
Il faut que tu ailles voir ton frère. Je pense que si tu le vois,
tu retrouveras la mémoire.
Mais la famille Vogel ?
Si vous êtes bien Jean-Paul, on s'en occupe plus tard.
Vous faites quoi, dans tout ça ?
Je vous fais préparer un passeport. Allez rejoindre votre frère.
Quel est votre intérêt ?
Peut-être d'y voir un peu plus clair.
- Je t'accompagne. - Vous avez de la chance.
C'est où ?
À Caracas.
"À Caracas" ?
Excusez-moi. Je reviens, je reviens.
"Caracas."
Cars Hakas.
C'est Jean-Paul.
M. Bastien est dans son bureau.
Allez, on se dépêche.
Et passe pas ta vie au téléphone, toi.
Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi tu viens ?
Personne te suit ?
- T'es venu fêter ça ou quoi ? - "Fêter" quoi ?
Tu vas pas me dire que c'est pas toi.
Je sais pas de quoi vous parlez.
Ah bon ?
Et tu me vouvoies ? C'est comme tu veux.
En tout cas, ce coup-là, au moins, tu as mis le feu pour la bonne cause.
Allez !
15 millions à deux... ça s'arrose !
J'ai mis le feu ?
Arrête de jouer le grand malade.
Pas à moi, Jean-Paul.
Le truc de la mémoire, tu le fais à qui tu veux,
mais pas à moi.
Tu cherches quand même pas à me doubler ?
Je comprends pas.
Tu vas comprendre.
Écoute ça.
Bon. Alors, j'arrive à Strasbourg, au restaurant chez Gretel.
Je suis amnésique.
Et il faut que ça se sache.
J'y vais tous les soirs.
Je me fais plaindre par le maître d'hôtel.
La famille finit par me reconnaître. Maintenant, je suis Christian Vogel.
Le mort est revenu, et il est assez ressemblant.
Tu rigoleras quand ce sera terminé. C'est du sérieux.
On peut empocher des milliards. Ça fait un an qu'on prépare ça,
tu vas pas tout foutre en l'air.
Arrête. C'est moi qui ai eu l'idée.
Sans moi, ta fameuse idée te rapporterait pas un sou.
Rappelle-toi toutes tes idées.
Tout le monde n'aime pas se salir les mains.
Si j'avais laissé Vogel me doubler sans réagir,
on serait pas en train de se préparer une fortune.
Vas-y, continue.
Arrête de me parler comme ça. J'ai plus 12 ans.
Jean-Paul !
Alors ?
On est riches.
"On est riches."
Tu bois, maintenant, avec ton grand frère ?
Tu as eu raison de pas lui faire confiance.
- À qui ? - À ta copine.
Tu touches pas à Madeleine.
C'est déjà fait, mon vieux.
Maintenant, on l'oublie. Il faut qu'on bouge.
- Fais-moi confiance. - Non, je te crois pas. Pas elle.
Eh si. C'est même elle qui est venue se faire consoler.
C'est pas la première que je t'emprunte, ni la dernière.
Et vice versa.
Allez, à nous deux !
Et à nos 15 millions !
Tu fous quoi ?
- "Je fous quoi ?" - Il y a les flics et ta petite pute.
C'est elle qui t'a poussé.
- C'est elle ! - Non ! Non !
Qu'est-ce que tu trafiques ?
Pose ça. Tu n'as jamais su t'en servir.
- Tu m'as balancé ? - Pas moi !
- Si. - C'est pas moi.
Non, bien sûr. C'est jamais toi.
Mais vas-y. Vas-y !
Tire !
Tire, mon petit frère !
Je t'aurais jamais balancé. Tu attends quoi ?
Tu veux que je te montre ?
Qu'est-ce que vous foutez là ?
- Vous, suivez-moi. - Par là !
Je t'aime.
Oui. "Je t'aime." Tu l'aimes, nous nous aimons.
Tout le monde s'aime, quoi.
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Mais rien. Rien.
Ne bouge pas. Ça va aller, Audiard est là.
Tout va s'arranger.
- C'est vraiment ton frère ? - Oui, c'est mon frère.
Je me rappelle tout, maintenant. Même que tu m'aimais.
Oui. Oui, je t'aime.
Tu as compris ? C'est mon frère.
C'est mon frère. Tu as compris ?
On avait tout magouillé.
Je me faisais passer pour Vogel,
et on était tranquilles pour des années.
Pour des années.
Maintenant, c'est foutu. C'est foutu.
C'est foutu.
Offrez-le-lui.
Avec mes remerciements.
C'est la première fois que j'ai un livre qui marche.
Adaptation : Emmanuelle Steffan
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