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Vous avez ordre de ne laisser passer personne !
Vous avez bien tout r�gl� ?
Je suis s�r de son bon fonctionnement.
Faites un essai, s'il vous plait.
Qu'est-ce qui se passe ?
On ne passe pas, monsieur. Une ex�cution capitale.
Le boulevard est ferm� � toute circulation.
Faites demi-tour ou prenez une route transversale.
- Ce sera long ? - Non, je ne pense pas.
Le fourgon de la condamn�e vient � l'instant de sortir de la prison.
On dit qu'elle a tu� tant d'enfants
qui �taient dans le ventre de leurs m�res.
On dit qu'elle en a tu� dix anges
Mais Dieu se venge sur la terre
Elle qui a refauch� tant d'enfants
De voire les yeux de leurs mamans
A l'aube elle verra plus la lumi�re
Car Dieu se venge sur la terre
Qui va pleurer Gervaise
Est-ce qu'elle �tait si mauvaise ?
Sa place est en enfer
Avec son Lucifer
Avec son Lucifer
On ne peut pas rester l�, �a grouille d'uniformes.
Justement, camarade.
Ils n'imagineront jamais que des �vad�s
du bagne soient assez fous,
pour venir les railler sous leur nez.
Regarde-le, ton p�re.
... Qui va pleurer Gervaise
Est-ce qu'elle �tait si mauvaise ?
Sa place est en enfer
Avec son Lucifer
Je vous ai mis trois oreillers, grand-p�re.
Comme �a,
vous pourrez vous tenir bien droit pour regarder le ciel
� travers la fen�tre.
Peut-�tre la verrez vous passer,
cette fameuse com�te dont tout le monde parle, hein ?
Merci pour lui mademoiselle, mais
ce que M. de Noirtier pr�f�re
c'est la naissance du jour, l'aurore.
�a lui rappelle le soleil d'Austerlitz.
Ma ch�re enfant, que faites-vous encore ici ?
Comment devrais-je vous r�p�ter
que la place d'une jeune fille n'est pas chez un grabataire ?
J'aidais Barrois � coucher M. de Noirtier.
Il a pass� une mauvaise journ�e.
Vu son �tat,
on se demande vraiment en quoi elle peut �tre tellement diff�rente
- des autres. - De gr�ce, H�lo�se,
mon grand-p�re entend et comprend tout !
Bien, Barrois, nous avons � parler � mon p�re.
Valentine, ne devrait-elle pas se retirer ?
Mais pourquoi, puisque �a la concerne ?
Et vous, Barrois, veuillez vous v�tir autrement.
Je vous ai d�j� dit cent fois que vous allez nous attirer
des ennuies avec ces haillons que vous vous obstinez � porter.
Autant vous mettre � la fen�tre et crier : "Vive l'Empereur !".
Ces haillons, M. le procureur,
ont fait tous les champs de bataille d'Europe.
Et ces champs de bataille ont fait la France
beaucoup plus grande qu'elle n'aie jamais �t�.
D'ailleurs, il n'y a pas des risques...
M. de Noirtier et moi, nous ne sortons jamais d'ici.
Mon cher p�re, nos avons des bonnes nouvelles � vous annoncer.
Mme da Saint-M�ran va bient�t arriver de Marseille,
Ne comprenez vous pas qu'est-ce que cela veut dire?
Nous allons pr�parer le mariage de Valentine
avec le lieutenant Franz d'�pinay.
Barrois, mon p�re veut-il nous dire quelque chose ?
Oui.
M. de Noirtier r�prouve ce mariage.
Mon ami Barrois, il dit absolument n'importe quoi.
Vous vous trompez, H�lo�se.
C'est �a fa�on de parler.
L'�il droite pour les voyelles,
la paupi�re s'efface une fois pour le "a",
deux fois pour le "e", trois fois pour le "i", et ainsi de suite.
L'�il gauche fait de m�me pour les consonnes.
Votre pauvre p�re ne gouverne plus ses nerves, voil� tout.
Et monsieur dit encore que si ce mariage a lieu,
- il d�sh�ritera Mlle Valentine. - Quoi ?
Mais, mon cher p�re...
Laissez faire, mon ami.
S'il la d�sh�rite, tout l'argent sera pour vous,
c'est-�-dire pour nous, puisqu'il n'a pas d'autres h�ritiers.
Et toute sa fortune...
ira aux Filles de la Charit� de Saint Vincent de Paul.
Il perd le sens.
Je ne cesse de vous r�p�ter qu'il faut le faire interner.
Cette fois la preuve est faite que j'ai raison.
Allons, Valentine, Valentine !
La pauvre enfant vient jusqu'ici lui rendre visite,
et voil� comme il la remercie, en la d�sh�ritant !
Je demanderai au docteur d'Avrigny de venir voir mon p�re.
Il semble, en effet, que la raison commence �...
Monsieur vient de dire que
il sait tr�s bien pourquoi vous pleurez, mademoiselle.
Et il fera tout pour que vous n'�pousiez jamais Franz d'�pinay.
- Vous allez la marier ? - Mais bien s�r.
Malgr� les menaces de votre p�re ?
Quelles menaces ?
Je me fiche pas mal qu'il donne sa fortune aux pauvres.
J'ai jamais couru apr�s l'argent, moi.
Je vais pas commencer aujourd'hui.
L'argent, ma ch�re H�lo�se, c'est bon pour un Danglars,
Tout au plus.
Oh oui, je sais.
Vous, il n'y a que la gloire qui vous int�resse,
- n'est-ce pas ? - Mais non, ma ch�re amie.
La gloire non plus.
C'est un joujou, la gloire.
Tout juste bon � satisfaire les amateurs.
Morcerf, par exemple, mm ?
Moi, j'ai de beaucoup mieux, j'ai de beaucoup plus grisant.
Le pouvoir de condamner � mort ou � l'oubli dans aucune basse-fosse,
qu'il est � peu pr�s la m�me chose.
Il me suffit de rester procureur,
c'est-�-dire de conserver la faveur du roi.
La famille d'�pinay est proche � Sa Majest�.
Valentine �pousera donc Franz d'�pinay.
Que �a lui plaise ou non.
Oui, j'ai dix-sept coffres et huit bo�tes � chapeaux.
- Non. - Alors, d�chargez tout,
ne me dites pas que c'est lourd,
Ce ne sont que des �toffes, de la soie, de la percale, du satin.
D�chargez ! Et montez tout �a dans ma chambre !
Et qu'une soubrette se h�te de sortir mes robes
et de les repasser. Oh mon cher Villefort,
ces cochers de diligences sont inou�s !
Depuis Marseille, il a grogn� sans merci
sous pr�texte que j'ai trop de bagages !
Ah, quelle �poque, je vous le jure !
Et depuis quand est-ce aux cochers de dicter � une femme
ce qu'elle doit emporter pour le mariage de sa petite fille ?
Vous souvenez-vous comme j'�tais belle
le jour o� vous avez �pous� ma petite H�l�ne ?
Comme tout �tait beau, ce jour-l�.
Vraiment ?
Je croyais qu'il avait plu.
N'est-ce pas ce que vous m'avez toujours dit, mon ami ?
Sans doute, il pleuvait. A verse, un d�luge.
Mais comme nous avons ri sous cette pluie !
Mon Dieu, comme nous avons ri !
Veuillez m'excuser. Des ordres de donner en cuisine.
Le souper sera servi � dix heures.
Toujours aussi rev�che, votre nouvelle femme.
Enfin... nouvelle... n'exag�rons rien.
C'est en fait d�j� des longues ann�es que...
... qu'H�lo�se et moi...
Peut-�tre, mais je m'y ferai jamais.
Qu'est-ce que vous pouvez bien lui trouver ?
Et bien, Mon Dieu, elle est...
Vous bafouillez, ce qui prouve que vous avez eu tort de l'�pouser.
D'ailleurs, je vous l'avais dit,
mais vous n'avez pas le courage de le reconnaitre.
Oublions votre harpie.
Et mon ange ?
Valentine ?
Ah, Valentine va tr�s bien, je vous remercie.
Non, je veux dire Valentine et la Harpie.
�a se passe comment ?
Mais au mieux, madame.
Ah, ah, traduction : "Elles se ha�ssent".
Laissez �a, mon cher.
�a n'a plus aucune importance puisque Valentine se marie.
Ce qui prouve qu'elle va bient�t partir d'ici.
Dieu veuille qu'elle soit heureuse avec son Franz d'�pinay.
C'est mon seul d�sir.
Mais c'est le mien aussi, madame.
Elle le sera.
J'y veillerai, je m'y engage.
Je l'esp�re bien.
Sinon mon fant�me viendra vous tirer les oreilles.
Une marche d'escaliers n'est peut-�tre pas...
l'endroit id�al pour ce gendre de confidences.
Mais sachez que ce mariage
est la toute derni�re f�te � laquelle j'assisterai.
La derni�re c�r�monie o� je serai pr�sente,
oh, tout � fait contrainte et forc�e, croyez-le bien,
sera celle de mes obs�ques.
- Pourquoi dites-vous cela ? - Je le dis parce que c'est vrai.
Alors, Villefort, je veux que ce mariage soit un grand
et beau mariage.
Je veux que ce soit magnifique et bouleversant !
Je veux pleurer ! Oui, pleurer.
Il y a si longtemps que je n'ai pas pleur�.
Depuis la mort d'H�l�ne, en fait.
Si vous avez besoin d'argent...
... pour faire les choses en plus grand que grand...
... dites-le-moi.
Alors, quand M. le comte de Monte-Cristo m'a pri�
de lui rendre le service de vous rencontrer,
j'ai failli lui baiser les mains.
C'est pas un service que je rends, c'est une r�compense que je re�ois.
Car, enfin, je vais vous revoire,
et enfin je vais pouvoir vous remercier pour...
Pour rien du tout, my boy. Vous ne me devez rien.
Si. Vous avez sauv� mon p�re de la ruine.
Et du d�shonneur.
H�las, il est mort trop t�t,
pour vous en t�moigner toute sa reconnaissance. Ainsi,
permettez au fils de prendre le r�le du p�re,
pour vous prouver sa gratitude.
Milord, exigez de moi n'importe quoi.
Et bien, jeune homme, apprenez que la banque Thomson and French
a d�cid� d'ouvrir des nouveaux march�s financiers en orient,
et plus pr�cis�ment en Gr�ce, dans la ville de Janina.
Janina ? C'�tait une des escales les plus importantes
de notre armement sur la route des Indes.
Mais h�las, malgr� nos r�sistances h�ro�ques,
dirig�s par le g�n�ral le comte de Morcerf,
la ville est retomb�e aux mains des ottomans.
Je sais. J'ai interrog� M. de Morcerf
au sujet du service rendu au sultan de Janina.
Quelle bravoure !
On se demande comment les turques ont finalement pu l'emporter.
J'ai entendu dire que le sultan Ali Pacha aurait �t� trahi.
Une trahison ?
Raison plus pour tenter de voir plus claire
avant d'ouvrir l�-bas une succursale.
Croyez-vous, M. Morrel,
que je puisse rencontrer l'un des vos capitaines,
un de ceux qui �tait des habitu�s de l'escale de Janina ?
L'homme en question s'appelle Cocl�s.
Le capitaine Cocl�s.
Il a servi pendant 27 ans chez Morrel et,
aujourd'hui il s'est retir� � F�camp.
Alors allons � F�camp.
�a nous changera des puanteurs que vous nous faites respirer ici,
on se croirait dans un vieux cimeti�re,
dont on aurait �ventr� les tombes.
Tu n'es pas si loin de la v�rit�.
Voici l'�lixir du grand sommeil.
Il plonge qui l'absorbe dans un profond engourdissement
qui ressemble � s'y m�prendre � la mort.
Encore une des recettes de votre abb� Faria ?
Oui.
Mais il n'�tait plus tr�s s�r de sa formule.
Le pauvre.
Il �tait si vieux.
Enfin, nous verront bien.
Oui mais, moi, M. le comte, je connais une recette
dont je suis sur votre fameux Faria ne vous a jamais parl�.
C'est la recette du bonheur.
Elle rate � tous les coups.
�a d�pend du cuisinier.
Avec Mme de la Richardais,
il me semble que vous pourriez �tre heureux.
Avec votre fortune, quelle sacr�e belle vie
vous pourriez emmener !
Comment on oubliera rapidement tous qui nous ont fait du mal.
Je vous imagine d�j�, un jour...
� Londres, � Budapest, � Saint-P�tersbourg,
- et pourquoi pas... l'Am�rique ! - L'Am�rique ?
Tu veux que je mette un oc�ane entre ma justice et moi ?
Ce que vous appelez justice n'est rien d'autre que vengeance.
Crois-tu que j'ai aim� �tre le comte de Monte-Cristo ?
En v�rit�, Bertuccio, j'aurais peur de l'avoir pour ami.
C'est un homme terrible, impitoyable et froid.
Mais ce n'est pas moi qui ai voulu devenir cet homme-l�.
Moi, il me suffisait d'�tre Edmond Dant�s.
Je n'attendais rien d'autre de la vie.
Mais ils m'en ont emp�ch�.
Villefort,
Morcerf,
Danglars et m�me l'autre larve de Caderousse,
qui savait tout et qui n'a rien dit,
en essayant de tuer le jeune marin,
qui ne demandait rien � personne, ils ont fait na�tre le vengeur
qui vient leur demander des comptes.
Et bien tant pis pour eux.
Fais atteler la cal�che.
Nous partons dans une heure.
Et les Morrel, monsieur, se sont toujours bien conduits avec moi.
Le p�re, Dieu ait son �me, comme le fils.
Tout �a pour vous dire que...
si vous n'�tiez pas envoy� par le jeune Maximilien,
je ne vous aurais rien racont�.
Mais en vous taisant, vous prot�gez un coupable.
Je sais.
Mais je n'ai pas jou� un tr�s bon r�le dans toute cette affaire,
moi non plus.
Je n'arrive pas � croire qu'un g�n�ral...
le comte de Morcerf, et paire de France...
Ah, oubliez tous ces grands titres. Enfin...
Morcerf, la crapule, ne les avait pas
quand il �tait � Janina.
L�-bas il s'appelait Fernand Mondego.
Il n'�tait que lieutenant colonel.
C'est le sultan Ali-Pacha qui l'a fait g�n�ral.
Ce sont les turques qui l'ont enrichi pour payer sa trahison.
Non seulement cette canaille de Mondego a livr� aux turques
la citadelle de Janina, mais c'est lui qui est responsable...
... du massacre d'Ali-Pacha et de toute sa famille.
Mais vous n'y �tiez pas, capitaine Cocl�s ?
Je suis arriv� � la fin des �v�nements.
Mais surtout...
J'ai re�u les confidences d'un t�moin.
Un t�moin ?
Oui , monsieur.
Hayd�e... la propre fille d'Ali-Pacha.
Mais vous venez de me dire
que tous les proches du sultan avaient �t� assassin�s ?
Tous, sauf Hayd�e.
Les turques en ont fait ce qu'ils ont coutume de faire
de leurs jeunes captives.
Ils l'ont r�duite en esclavage.
Dans un harem.
Ils l'ont transform�e en... viande de plaisir.
Alors, �coutez-moi.
Puisque les turques consid�raient Hayd�e
comme une marchandise... et bien,
- ... nous allons la racheter. - Impossible !
Il faudrait mettre au moins vingt fois
le prix qu'elle a �t� vendue. Lequel prix, vu son rang,
sa jeunesse et sa beaut� �tait d�j� consid�rable.
En plus de la ran�on,
il faudrait armer un navire, financier une exp�dition...
Une fortune, monsieur.
Mais, en admettant que je vous trouve un homme
capable de r�unir cet argent ?
Malgr� mon �ge, je partirai sur le champ.
J'ai froid.
Pourtant, il fait pas froid.
Parfois tu m'accuses de ne pas savoir pardonner.
Si tu avais �cout� le r�cit de Cocl�s, Bertuccio...
... toi non plus, tu ne pardonnerais pas.
Ah, Beauchamp, vous �tes l� !
Je croyais les journalistes trop sous-pay�s
pour jouer � la bourse !
Je ne suis pas ici pour jouer,
mais pour travailler, M. le comte.
Je suis en service command�.
Pour interroger le baron sur ses derni�res d�confitures.
D�confitures, le baron Danglars ?
- Mais c'est impossible ! - Et pourtant si.
C'est tr�s bizarre mais, depuis un certain temps,
la chance le fuit.
Et sa fortune semble s'engouffrer par la br�che.
Mais qu'est-ce que vous me racontez ? Danglars
est un financier exceptionnel !
Il vient de perdre cinq millions
dans un investissement hasardeux :
des mines au Mexique !
Et pour se refaire, � peu pr�s la m�me chose,
autour des p�cheries d'esturgeons � Saint-P�tersbourg.
Ne dirait-on pas que �a vous faites plaisir.
Vous avez l'air d'un chat devant une belle �cuelle de cr�me.
Mon Dieu, M. le comte,
un journaliste, des nos jours, vit surtot
- du malheur des gens. - Alors, soyez heureux, M. le Chat.
Bient�t vous allez vous r�galer � ne plus pouvoir.
Janina.
"Jani" quoi ?
Janina.
Je vous pr�viens, cette cr�me-l�,
est particuli�rement �c�urante.
Elle est m�me � vomir.
Un fant�me !
Il y avait un fant�me dans ma chambre !
Calmez-vous, grand-m�re. �a n'existe pas, les fant�mes.
C'�tait surement le vent qui jouait dans les rideaux.
J'en suis sure, je sais bien ce que j'ai vu !
C'�tait un fant�me, je te dis !
Le fant�me de mon pauvre mari, venu m'avertir
que c'�tait bient�t mon tour de quitter
le monde des vivants pour celui des morts.
Qu'est-ce que c'est que ces cris ?
Que se passe-t-il ?
C'est rien, grand-m�re a fait un mauvais r�ve.
C'est �a, dites toute de suite que je suis une hyst�rique !
Mais qui d'autre qu'un fant�me aurait assez d'audace
pour s'introduire chez le proc. du roi ?
Tout le monde sait que vous n'avez rien � craindre des vivants,
mon cher Villefort, vous �tes intouchable.
Seulement le mort c'est autre chose.
Elle ne d�lire pas. Moi aussi, j'ai regard� par la fen�tre
- et j'ai vu... - Je t'en prie.
L'hyst�rie des jeunes filles, je la connais.
Pourtant...
Il voulait m'offrir � boire.
Si vous avez soif, grand-m�re, je cours vous chercher une tisane.
Je ne veux pas de tisanes, je ne veux pas dormir,
je veux que le jour se l�ve !
- Et que les choses avancent. - Quelles choses, grand-m�re ?
Mais ton mariage, ma petite fille !
Je veux te voir mari�e avant de mourir.
- Ah non, c'est impossible. - Pourquoi impossible ?
Parce que rien n'est pr�t ? Tant pis !
Je voulais un grand mariage, c'est vrai.
Quelque chose de sublime !
Mais �a ne fait rien.
Que ton mariage ait lieu dans l'intimit�, pourvu qu'il ait lieu !
Un notaire pour les chartes de signature, un cur�
pour bredouiller deux ou trois mots en latins, �a fait l'affaire.
Ne t'inqui�te pas.
Je stipulerai dans mon testament
que je vous dispose tous de porter mon deuil.
Comme �a, rien ne s'opposera
� ce qu'on fasse pour toi une grande f�te.
Aussit�t qu'on m'a remis en terre.
Pourquoi pleures-tu ?
Tu ne veux pas que je meurs ?
Non.
Et je ne veux pas me marier non plus.
Je ne veux pas...
Je ne veux pas.
Mais qu'est-ce qui lui prend, � votre fille ?
Ce que je sais...
Ce n'est pas parce que ce monde part en quenouille
qu'il faut renoncer aux traditions.
Et chez les Saint-M�ran, la tradition est de faire
des beaux et nobles mariages.
Franz d'�pinay,
n'est-il pas un beau et noble parti ?
Mais le meilleur qui se puisse r�ver, madame.
Alors ne r�vons plus.
Nous sommes mardi.
Disons que... samedi au plus tard...
... notre petite Valentine sera baronne d'�pinay.
Votre billet, jeune homme, prenez d'abord votre billet.
Puis-je vous voir un instant, M. Morrel ?
Mais laissez-moi, quelqu'un m'attend !
Ce ne sera pas long, vous entrera � temps pour la s�ance.
La s�ance, �a m'est bien �gale, j'ai d�j� vu le spectacle
au moins vingt fois. Maintenant je vous dis de me l�cher,
- j'ai un rendez-vous avec... - Avec Mlle de Villefort.
C'est d'elle dont je viens vous parler. Vous l'aimez ?
Qu'est-ce que �a peut vous faire?
Qui �tes-vous, je vous dois rendre des comptes ?
J'ai besoin de la v�rit�, juste la v�rit�,
et ensuite je vous laisse filer.
- L�chez-moi ou je crie. - Criez !
Je dirai que je vous ai attrap� par le bras parce que
vous avez tent� de me voler, vous protesterez que c'est faux
et on nous am�nera tous les deux au poste,
et pour le coup, vous allez le manquer, votre rendez-vous.
D'abord vous me l�chez.
La r�ponse � votre question est : oui, j'aime Valentine.
Et elle ? Elle vous aime aussi, M. de Morrel ?
Oui.
Et comment pouvez-vous l'aimer?
Savez-vous qui est son p�re ?
- Le proc. Villefort. - Peu d'hommes sur cette terre
ont �t� aussi impitoyables envers d'autres hommes
que le proc. Villefort.
Qu'est-ce que �a peut me faire, � moi ?
C'est Valentine qui compte, son p�re peut bien aller au diable !
Il y a en effet des fortes chances pour qu'il y aille.
Non, tu m'�couteras jusqu'au bout !
Tu aimes Valentine parce que tu la trouves jolie, n'est-ce pas ?
Mon pauvre enfant, ne te fie pas � �a.
Qu'est-ce qu'un pr�tre,
peut bien savoir de l'amour et de la beaut� des femmes ?
Je n'ai pas toujours �t� pr�tre.
Mais ce n'est pas de moi, qu'il s'agit.
Peu importe.
C'est de toi.
Donc, tu es sur de ne pas pouvoir aimer
une autre femme que Valentine de Villefort ?
Et bien...
Alors, vas la rejoindre.
Mesdames et messieurs, d�p�chez-vous,
le spectacle va commencer !
D�p�chez-vous, mesdames et messieurs,
le magicien n'attend pas !
Crois-moi, Maximilien,
je n'ai aucun moyen d'�chapper � ce mariage.
Depuis deux jours je pleure, ferm�e dans ma chambre.
J'ai envisag� toutes les solutions,
toutes les d�cisions possibles.
Je suis mineure, et la loi dit...
Et si je te disais, moi,
que je connais un pays o� il n'y a pas de loi,
- ou si peu... l'Alg�rie ? - C'est si loin.
La maison Morrel n'a plus qu'un navire.
Et par chance, il est � Marseille, o� on ach�ve son car�nage.
En moins d'huit jours, le Pharaon sera pr�t
� mettre les voiles sur Alger.
Un enl�vement ? C'est � �a que tu penses ?
- Tu es fou. - Dis oui.
Non, je dis non.
La peine qu'auraient mon p�re et ma grand-m�re ?
Tu pr�f�res que ce soit moi qui souffre? Soit.
Je sais ce qui me reste � faire.
Oui, oublier.
En sortant d'ici,
je me rends sous les arcades du Palais Royale, o� je sais trouver
la boutique de l'armurier. J'ach�te un pistolet, je le charge,
et je m'assois au bord d'une fontaine.
Pourquoi au bord d'une fontaine ?
Pour que le bruit r�duise celui de la d�notation.
Mourir, oui, mais sans d�ranger personne.
Pas m�me les pigeons
- du Palais Royale. - D'accord.
D'accord pour quoi ? D'accord pour le pistolet ?
D'accord pour la fontaine, d'accord pour que je me tue ?
D'accord... pour l'Alg�rie.
C'est vrai, tu ne changeras pas d'avis ?
Non , mais toi non plus.
Une fois arriv�s l�-bas, tu m'�pouseras ?
- Non. - Comment non ?
Non, parce que nous n'attendrons pas d'aller en Alg�rie.
D�s que nous aurons quitt� Marseille,
c'est le capitaine du Pharaon qui nous mariera.
Voil� ce que nous allons faire :
Ce soir, � onze heures, tu me rejoindras � la grille.
Je t'attendrai avec une voiture.
Charge d'aucun bagage.
On ach�te tout ce qu'il te faut en route.
Imb�cile !
Le jeune imb�cile de Maximilien,
le voil� qu'il s'enamoure justement de celle qu'il ne lui fallait pas !
Qu'est-ce qu'elle a donc,
cette petite fille qui lui pla�t tant ?
Quoi ? Parce que tu la trouve belle, toi ?
Certainement.
Elle est d'une fadeur d�courageante.
Trop blonde, trop laiteuse...
Bien sur, M. le comte, mais parce que
c'est �a, justement, c'est une brioche, non ?
Mlle Valentine a tout d'une brioche.
Une brioche ?
Mme de la Richardais,
pour Son Excellence le comte de Monte-Cristo.
Vous vous appr�tez pour un bal costum� ?
Est-ce que je peux vous y accompagner ?
Cela fait si longtemps que je ne me suis pas grimer.
Voyons, en quoi croyez-vous que je puisse me d�guiser ?
En brioche, madame.
En brioche ? C'est original.
Vous avez toujours des id�es extraordinaires !
Je vois �a d'ici.
Un petit chapeau rond et mutin sur la t�te, couleur pain grill�.
Et puis la robe, un peu plus blonde que le chapeau,
avec des volants bien gonfl�s pour figurer les bouts de la brioche.
"Elle s'appelle Camille, lui l'appelait brioche
"Sa bouche � elle sent la vanille
"lui se dit plus dur que la roche
"ils sont blottis sous la charmille
"Mon Dieu, que le bonheur est proche
Au capitaine Cocl�s, pour financer son voyage � Janina.
Alors ?
C'est la caverne d'Ali Baba, l�-dedans !
Il y a de l'or et des bijoux � ne savoir qu'en faire !
Allez, viens ! Restons pas dans les parages.
Il faut mieux qu'on attend la nuit.
Il ne faut pas, madame, venir ici � l'improviste.
Si je vous ai d�rang� pardonnez-moi, mais...
en quoi ai-je pu vous d�ranger ? Vous ne travaillez pas, que je sache.
Mais si, madame, je travaille.
- A quoi ? - Au r�glement des dettes,
que certaines personnes ont envers moi.
Si je suis venue sans pr�venir, monsieur,
c'est que vous me manquiez.
53 heures sans vous voire.
53 heures ? Vous les comptez, donc ?
- Je compte m�me les minutes. - Et les secondes ?
Je n'ai pas un chronom�tre aussi pr�cis pour cela.
D�s demain, je vous en offrirai un.
Arr�tez un peu avec vos cadeaux.
C'est votre pr�sence que je veux.
Pour en faire quoi ?
Quelque chose comme �a, par exemple.
Excusez-moi si c'est un peu rat�...
... je n'ai jamais su tr�s bien embrasser, mais,
vous m'apprendras cela, vous qui savez tout.
Votre chanson ne mentait pas, madame.
- Vous sentez la vanille. - Et vous aimez la vanille ?
A premi�re vue, oui...
Mais, si vous ne voyez pas d'inconv�nient,
je voudrais en �tre sur.
Seulement pour le meuble de l'antichambre,
�a vaut le d�placement.
Il y a un truc pour l'ouvrir, un esp�ce de m�canisme secret.
Mais j'ai bien vu comment notre homme s'y prenait.
Voire est une chose, mais p�n�trer dans la place est une autre.
C'est facile ! L'obscurit�, une �chelle bien solide,
un bon diamant bien aff�t� pour d�couper la vitre...
Et si on nous surprend ?
Oh, tout le m�me ! Un assassinat.
Tu oserais, tu, hein ?
Si nous sommes pris, tu sais ce qui nous attend
en tant qu'�vad�s du bagne ?
- H�, "Mon Prince" ? - Quoi ?
Minuit vient de sonner aux clocher de Saint-Germain.
Si je conviens, �a fait une heure qu'on attend.
D'accord, je vais aller voire. Ne bougez pas d'ici, vous.
Morte.
Elle est morte.
Je ne peux pas croire un pareil malheur.
Ah, surtout dans ces conditions abominables.
- Croyez-vous qu'elle ait souffert ? - Oh, atrocement, j'en ai peur.
Il n'est que de voir son pauvre visage crisp�.
A mon avis, le poison qu'ils lui ont emport� c'est mal dos�.
D'o� ces douleurs incoercibles,
cet �touffement qui n'en finissait pas...
Un empoisonnement ?
Il me semble que vous concluez un peu vite, d'Avrigny.
Qui aurait pu lui en vouloir au point de... ?
Je ne pr�tends pas qu'on vient d'administr� du poison.
Non. Pour moi, la th�se du suicide,
reste la plus probable.
Mais pourquoi aurait-elle fait �a ?
Surtout � son �ge.
Mon pauvre ami, il n'y a pas d'�ge pour un geste de d�sespoir.
La chambre de Mlle de Villefort.
Au premier �tage, monsieur.
Mais la pauvre petite demoiselle...
Maximilien Morrel, madame, je suis un ami de...
Merci, monsieur.
Qui que vous soyez, merci d'�tre accouru si vite.
Nous n'attendions pas de visites avant demain matin.
Mais, comment avez-vous appris
l'affreux malheur qui nous frappe ?
Est-ce ici que... ?
Qu'elle repose ? Oui, monsieur.
Si vous le voulez, vous pouvez entrer � l'instant,
et vous recueillir devant sa d�pouille.
Mais je vous pr�viens, on n'a pas eu le temps
de proc�der � la toilette mortuaire.
J'ai cru que...
Toi ?
J'ai eu si peur, si tu savais.
On a d�couvert qu'elle se mourrait � l'instant m�me...
o� je m'appr�terais � te rejoindre, et alors...
... m'enfuir comme �a... je n'ai pas pu.
Oui, je comprends. T'as bien fait, mais...
Mais est-ce que tu m'en voudras beaucoup
si je pense d'abord � nous deux ?
Cette mort est tragique, bien sur mais,
c'est peut-�tre un miracle !
Un miracle ?
Ne m'as tu pas dis que c'�tait Mme de Saint-M�ran
qui voulait pr�cipiter ton mariage avec Franz d'�pinay ?
Elle est morte, cela m'attriste, mais...
On pourra respirer. C'est merveilleux, Valentine.
H�las non, Maximilien !
Avant de mourir, ma pauvre grand-m�re,
a demand� comme ultime volont� que...
Quoi ?
Quoi? Qu'est-ce qu'elle a demand� ?
Que ce mariage ait lieu, quoiqu'il arrive.
Et qu'il soit c�l�br� le soir m�me de ses obs�ques.
Demain, mon amour, je serai mari�e.
Mais non.
Si. Elle a parl� d'une dette � payer.
De quelque chose dont notre famille
�tait redevable vis-�-vis de la famille d'�pinay.
Toujours c'est-il que mon p�re a jur�.
Et un serment fait au chevet d'une mourante,
�a ne se rompt pas.
O� ai-je bien pu fourrer cet acte ?
Ah ! Ces damn�es lunettes !
Ah, voil� ! Nous y sommes.
Mais bien non, �a c'est le testament
de la marquise de Vetheuil...
... �a, qu'est-ce que c'est donc �a... ?
Ah oui ! L'acte de vente de l'H�tel de Gisors.
Non, rien � voir avec votre affaire mais,
que personne ne s'impatiente, je vais bien arriver
� retrouver ce contracte.
Vous ne pouvez pas me demander de signer un contrat de mariage
le jour m�me o� j'enterre ma grand-m�re.
Mais c'est moi qui signerai, puisque tu es encore mineure.
Tu dois uniquement �tre pr�sente.
Ah, nous y sommes.
Alors, si tout le monde est pr�s, nous allons pouvoir commencer.
Par devant maitre de la Fausse, notaire soussign�,
ont comparu, en vue du mariage convenu entre eux,
M. Franz Alphonse Christian d'�pinay,
officiel de l'Arm�e du roi, c�libataire, majeur, futur �poux,
stipulant pour lui, en son nom personnel,
et Mlle Valentine Julie Marie de Villefort,
c�libataire, mineure, future �pouse,
et stipule enfin que le montant de la dote
de Mlle de Villefort se l�vera � 50 mille francs en or.
Pardon monsieur mais,
n'avait-il pas �t� question de 100 mille francs ?
Mon cher Franz,
nous aurions aim� �tre plus prodigues.
Seulement voil�, mon beau-p�re
nous a fait un ce caprice
dont les vieilles personne sont capables.
Il nous a tous d�sh�rit�s, mon mari, Valentine et moi.
Or, nous devons pr�server notre avenir.
Enfin, nous savons tous ici que vous n'�pousez pas Valentine
- pour son argent. - Non, bien sur.
C'est par amour.
Un amour profond, sinc�re et d�sint�ress�.
Et lecture du contracte ayant �t� donn�
aux parties qui vont approuver tous les termes,
celles-ci ont sign� conform�ment � la loi, par devers moi.
Soussign� : Jaques Alphonse De la Fausse, officier minist�riel,
fait � Paris le 21 Juillet 1838.
Si vous voulez bien apposer votre paraphe.
�tes-vous heureuse ? Moi, je le suis.
Si ce jour n'avait pas �t� endeuill�
par l'inhumation de Mme de Saint-M�ran,
je dirais qu'il est le plus beau jour de ma vie.
Valentine, tu ne dis rien ?
Je n'ai rien � dire.
Arr�tez, mon lieutenant,
- ne signez pas ! - Qu'est-ce qui vous prend ?
J'en demande bien pardon, M. le procureur,
mais c'est M. de Noirtier.
Il m'envoie dire qu'il d�sire voir M. le lieutenant d'�pinay.
Vous direz � mon p�re que nous monterons tout de suite pr�senter
nos respects quand nous aurons termin� avec cette formalit�.
M. de Noirtier insiste pour que ce soit tout de suite.
Il dit qu'il s'agit d'une affaire d'une extr�me gravit�.
C'est bien ce tableau-ci, monsieur ?
Sommes-nous venus ici pour jouer au d�corateur ?
Il y a un papier. Dois-je le lire � haute voix ?
Dois-je le donner � quelqu'un ?
A qui, monsieur ?
Par l'aveu qu'il contient, M. de Villefort,
ce papier m'oblige � rompre imm�diatement
et d�finitivement toutes relations avec votre famille.
Maitre de la Fausse, voyez-nous
laisser entre nous, je vous prie.
Vous aussi, Barrois, sortez.
Mais qu'y a-t-il donc d'�crit sur ce papier ?
Franz d'�pinay a failli �pouser
la petite-fille de l'homme qui a tu� son p�re.
H�lo�se,
ceci est une confession sign�e de mon p�re,
avant son attaque de paralysie.
Et par laquelle il reconnait...
- ... �tre un assassin ? - Ah non.
Pas un assassin, gr�ce � Dieu.
Mon p�re a tu� le g�n�ral de Quenelle,
baron d'�pinay, c'est vrai mais,
d'une fa�on qui ne fait pas de lui un criminel,
au moins devant la loi.
Non. C'�tait un duel.
Une explication entre hommes d'honneur.
Un duel sans t�moins.
C'est pour cela d'ailleurs que la police a pu penser
que d'�pinay avait �t� assassin�.
Un duel � l'�p�e, n'est-ce pas ?
Au milieu de la nuit...
... sur la berge de la Seine.
Le combat a dur� plus d'une heure,
puis les lames des �p�es se sont bris�es, alors vous avez
continu� aux pistolets.
C'est bien comme cela que les choses se sont pass�es,
n'est-ce pas ?
A moi de vous faire un aveu, je le savais.
Comment cela, vous le saviez ?
Oui. Il y a vingt ans, � Marseille,
� la suite d'une d�nonciation anonyme...
... un homme a comparu devant moi.
C'�tait un jeune marin,
que l'on avait appr�hend� alors qu'il c�l�brait ses fian�ailles.
Je me souviens encore de son nom...
Edmond Dant�s.
Ce Dant�s avait rel�ch� l��le d'Elbe o� un aide de camp de Napol�on
lui avait remis un pli � votre intention.
Cette lettre, mon p�re, vous apprenait que,
l'empereur d�chu s'appr�tait � s'enfuir de l��le d'Elbe,
et � d�barquer en France afin de reprendre le pouvoir.
Et vous confiait la mission de favoriser cette reconqu�te...
... en �liminant par tout moyen � votre convenance
l'un de plus dangereux adversaires de Napol�on :
le baron d'�pinay.
Oui, je sais...
Vous n'avais jamais eu connaissance de cette lettre, n'est-ce pas ?
Pour vous prot�ger, pour vous sauver,
je l'ai brul�e, je l'ai r�duite en cendre.
Mais, si cette lettre a �t� d�truite, comment votre p�re a-t-il...
... a-t-il n�anmoins ex�cut� une mission
dont il n'avait jamais eu connaissance ?
Oui.
Par son intime conviction,
que son devoir �tait de toute fa�on d'�liminer d'�pinay.
N'est-ce pas ?
Comme moi, H�lo�se.
Mon intime conviction m'a toujours suffit.
Je n'ai jamais eu besoin de recevoir des ordres
pour d�cider qu'un homme m�ritait la mort.
- Et le jeune marin ? - Je l'ai fait mettre en secret,
dans les cachots du Ch�teau d'If, pour le restant de ses jours.
Seulement parce qu'il avait servi de messager ?
Je n'�tais pas s�r qu'il ignore le contenu de la lettre.
C'�tait lui ou mon p�re.
Mais � pr�sent, n'est-ce pas ?
Vous allez le faire lib�rer ?
C'est trop tard.
- Il a tent� de s'�vader et il s'est noy�. - Comme c'est injuste.
Comme �a, ce malheureux ne demandera jamais des comptes � votre p�re.
- Salam 'Alaykoum, Hassan. - 'Alaykoum Salam, seigneur.
Non, Hassan ! Pas de lumi�re !
Vas chercher Muhammad. Vite, vite !
On aurait d� attendre la pleine nuit.
Non, la pleine nuit �a veut dire aussi la pleine lune !
�a ne me pla�t pas, cette affaire. Il y a trop de risques.
Il y avait plus grand � gagner
en faisant chanter ton procureur de p�re !
Il nous sera bien plus utile si �a tourne mal.
Je dirais qui je suis, qui il est,
et �a nous sortira d'affaire ! Allez, grimpe !
- Vas-y-toi ! - Non !
Moi, je fais le guet. Si quelqu'un approche...
- j'imite le cri da le chouette. - Je le sais faire aussi bien !
Puis, de toute fa�on, moi, j'ai le vertige.
Si t'as peur comme un poulet, moi je te saigne comme un poulet !
Alors tu grimpe !
Mais j'ai le vertige !
Grimpe !
Shh! Muhammad, il y a des hommes l�-bas dans le parc,
avec une �chelle, ils vont essayer d'entrer par les �tages.
N'aie crainte, je sais ce que j'ai � faire !
Non, laisse-les venir.
Dehors, des hommes.
- Des voleurs ? - Non, des tueurs.
Si quelqu'un devinait qui j'�tais, il a tout int�r�t
� me faire taire une bonne fois pour toutes.
Ou bien � vous d�noncer � la police.
Trop dangereux.
Si on me livre � la police, je dis tout ce que je sais, et j'en sais beaucoup
sur la crapulerie de Danglars, de Villefort e de Morcerf.
- Vas surveiller le rez-de-chauss�e. - Dois-je pr�venir tes autres serviteurs ?
Le petit Hassan est tr�s fort pour �trangler les gens avec un lacet.
Pas d'agitation. Fais comme si la maison �tait d�serte.
Tu surveille le grand escalier,
et surtout ne tire pas le premier, je veux savoir qu'ils sont et qui les envoie.
Vous �tes sur qu'ils sont que deux ?
Vas !
Ils doivent valoir des millions.
Des millions !
Sais-tu que tu me d��ois beaucoup, Caderousse ?
L'abb� Busoni.
Qu'est-ce que vous faites ici ?
Et toi, Caderousse ?
Moi, M. l'abb�... moi, je cherche.
Tu cherches ? Tu cherches quoi ?
Mais... de quoi vivre.
Mais la rente que je t'ai donn�e n'est pas assez ?
Tout est si cher, M. l'abb�, pour un pauvre homme �vad� du bagne.
Pour dormir sous un toit,
pour manger un petit, quelque chose de chaud.
M�me pour se laver on vous fait payer dix fois le prix.
Faut de quoi, on m�nage de vous d�noncer !
Tenez, vous m�me,
M. l'abb�, tout saint homme que vous �tes,
si je vous implorais de me laisser partir,
je sais bien ce que vous allez me r�pondre : "Soit,"
"mon bon Caderousse, prends tes jambes � ton cou mais,"
en attendant, ach�te mon silence,
si tu ne veux pas que je te livre aux gendarmes."
Alors, tenez.
Je vous donnerai tout ce que j'ai, de bon c�ur.
Ce sera pour vos pauvres.
Tu vendrais p�re et m�re, Caderousse.
On peut �tre pr�tre sans avoir pour autant la vocation d'un martyr.
De gr�ce, de gr�ce !
Piti�, M. l'abb� ! Je ne voulais pas...
- Bien sur. - ... faire du mal !
Tuer un homme ce n'est pas lui faire du mal.
Puisque la mort l'approche de Dieu, c'est bien comme �a que tu vois les choses ?
Oui. C'est ce que je pense, oui.
Parfait. Quand le bourreau t'attachera sur la planche � bascule
pour t'enfourner le cou dans la lunette bien en place sous le couteau,
- tu seras donc un homme heureux ? - Ah non, pas �a, non.
Comme tu sens mauvais, Caderousse.
C'est la peur qui fait que tu pues comme �a, qu'est-ce qui se passe ?
T'as fait dans ton froc ?
Tu veux d�j� t'en aller, Caderousse ?
Je peux partir, dites-vous ?
Voulez bien que... je parte ?
C'est � Dieu de vouloir ou de ne pas vouloir.
Acceptes-tu que Dieu te juge ?
Si vous, monsieur, me l�chez, je ferai tout ce que vous voulez.
March� conclu.
Si Dieu te permet de regagner ta tani�re sain et sauf,
cela sera la preuve qu'il te pardonnera.
Donc l'abb� Busoni te pardonnera lui aussi.
Ramasse.
Mais non. Je vous avais dit que c'�taient pour vos pauvres.
Mes pauvres ?
Mais je ne trouverais jamais des pauvres plus pauvres que toi.
Ramasse.
Et disparais.
- Alors, t'as trouv� ? - Tiens !
D�sol�.
On m'a appris � survivre, pas � partager.
Vas chercher Muhammad, Bertuccio, vite !
H� ! Arr�te-toi ou je tire !
H� ! Arr�te-toi !
Ne me tuez pas, je me rends !
C'est bien, Muhammad, laisse-nous.
Un chirurgien... envoyez chercher un chirurgien.
Aucun chirurgien ne peut plus rien pour toi.
C'est d'un pr�tre dont tu as besoin, Caderousse.
Au diable les cur�s !
Je ne crois pas en votre Dieu.
Et pourquoi, Caderousse ? Pourquoi ne crois-tu pas en Dieu ?
Parce qu'Il n'existe pas.
S'Il existait... le monde serait moins laid.
Les bons r�compens�s... et les m�chants punis.
Rappelez-vous, l'abb�, on a d�j� caus� de �a, tout les deux.
Vous m'avez parl� de Dant�s.
Le petit Dant�s, �a ne vous dit rien ?
Au moment de mourir tu penses �a, Edmond Dant�s ?
Oui.
Parce que... lui puni...
... et les autres, ceux qui l'ont trahi...
... tous riches et glorieux...
Il n'existe pas, ton Dieu.
Il n'est pas juste, ton Dieu.
Oh si, Caderousse. Oh si, Dieu est juste.
Regarde-moi. Je suis Edmond Dant�s.
Il est mort.
Non. Il est vivant.
Il est l�, pr�s de toi, il te tient la main.
Regarde-moi, Caderousse. Je suis vivant, bien vivant !
- Vous �tes Edmond Dant�s ? - Oui.
Mais alors, si vous �tes Edmond Dant�s...
... alors...
Alors quoi ?
Avance !
Il est le premier � payer, mais il n'�tait peut-�tre pas le pire de tous.
Vous �tes son compagnon de chaine, n'est-ce pas,
le fameux Toussaint ?
Attache-le, Bertuccio.
Les bras derri�re le dos tr�s serr�s.
Ensuite, on le conduira � la S�ret�.
Et si on demande qu'il a fait de mal ?
Tu diras qu'il est le fils de son p�re.
Si vous saviez qui est mon p�re, vous trembleriez.
Jeune homme,
si vous saviez qui je suis,
vous sauriez que c'est votre p�re qui va trembler.
Bravo !
Le premier prix. F�licitations.
C'est bien, mon gar�on.
Jolie course, monsieur.
Merci, madame, mais c'est une victoire un peu injuste.
Injuste ?
C'est-�-dire je ne suis pas tout � fait un amateur,
en mati�re de navigation.
Ah oui, bien sur. Votre long p�riple en Orient.
La m�re ne vous manque pas trop ?
Beaucoup de choses me manquent, madame.
Malgr� votre fortune ?
Allons, vous pouvez vous offrir tout ce dont vous r�vez.
Je r�ve peu.
Mes nuits sont lourdes.
Quel homme �trange, vous faites.
En vous �couter, pour un peu on vous croirait malheureux.
Est-il trop tard pour... faire un tour ?
C'est ma foi vrai. Vous ramez bien.
Un vrai marin.
Vous aimez les marins ?
Elle est vraiment bizarre, votre question.
Quelle question ?
Savoir si j'aime ou non les marins.
C'est juste pour entretenir la conversation.
J'ai l'impression que nous ne savons pas trop quoi nous dire.
Comme toutes les personnes de qualit� qui se connaissent peu.
A Paris, nous appelons cela de la pudeur.
Il est vrai que ici...
si nous �changions des confidences,
personne ne pouvait nous entendre.
Avez-vous une confidence � me faire ?
Moi ? Non... non.
Et vous, monsieur ?
Moi non plus, madame.
Et bien, soit. Pas des confidences.
Je suis Merc�d�s de Morcerf et ma vie est sans secrets,
et vous �tes les comte de Monte-Cristo
et votre vie aussi est sans myst�res.
Pourtant, vous comme moi, nous avons un pass�.
Nous avons une jeunesse.
Heureuse, la votre ?
Jusqu'� un certain point. Et vous ?
Jusqu'� un certain jour.
C'est Mme de Morcerf qui a demand� � M. le comte
de faire un petit tour en barca.
J'avais tr�s envie d'en faire un, moi aussi.
Vous allez le faire dans l'instant.
Monsieur va revenir et vous am�nera � faire un tour, vous aussi.
Oh, mais je ne veux pas qu'il s'�puise.
Et puis, j'ai peur qu'il ne se fasse un peu tard.
Vous lui direz que je suis rentr�e � Auteuil.
Et si je vous permettais de m'appeler Merc�d�s ?
Du moins quand nous sommes seuls.
Merci. C'est un tr�s joli pr�nom.
J'aime le dire : Merc�d�s.
Et moi, en �change ?
Comment puis-je vous appeler ?
Comme vous voudrez.
Voyons...
Pourquoi pas... �mile !
�mile, amenez-moi au soleil, il fait froid sous les ombrages.
Non, non. D�cidemment je n'aime pas �mile.
Essayez autre chose.
Puisque nous sommes � la lettre "e"...
... pourquoi pas...
Edmond ?
Edmond, s'il vous plait, amenez-moi au soleil.
Nous y sommes, Merc�d�s.
Nous sommes m�me en pleine lumi�re.
Ce n'est pas aveuglant ?
Oui, � pr�sent c'est l�. C'est l� et brule les yeux.
Vous devez savoir que je ne suis pas heureuse.
Mon mari n'est pas...
Nous avions dit : "pas de confidences ?"
Supportez-les. Je n'ai jamais pu me confier � personne.
Et vous me choisissez, pourquoi ?
Parce qu'on dit que vous n'�tes que de passage � Paris.
En somme, vous ne comptez pas.
Vous �tes un nouage.
�coutez, M. le Nouage.
J'aimais un autre homme.
�perdument, je l'aimais.
Nous �tions sur le point de nous fiancer...
Lorsqu'il a disparu dans des circonstances �tranges,
brutales et dramatiques.
Les disparitions, Merc�d�s, n'existent pas,
la seule vraie disparition c'est la mort. Dans d'autres cas,
on fouie, on gratte, on cherche... on trouve.
- Ou on retrouve. - Qu'est-ce que vous croyez ?
Bien sur que j'ai cherch� � avoir de ses nouvelles.
Son propre p�re m'affirmait qu'Edmond �tait mort.
Mais il s'appelait Edmond, lui aussi ?
Co�ncidences.
Mais vous avez raison, je vous appellerai autrement.
Je ne veux pas que vous portez le nom... d'un mort.
M�me si c'est un jeu entre nous.
Un jeu, oui... un jeu.
Quand j'�tais enfant je redoutais le moment,
o� mon p�re se mettais � la fen�tre et m'appelait :
"Il est tard, rentre � la maison !"
C'�tait toujours � peu pr�s � cette heure-ci.
Votre p�re, il avait raison de vous rappeler � l'ordre.
C'est vrai qu'il est tard.
Bien trop tard.
Grand-p�re, voici Maximilien.
Il tenait � vous remercier lui m�me.
M. de Noirtier...
Je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour nous.
J'imagine ce qu'il a d� vous en co�ter d'affronter le regard de Franz d'�pinay,
quand il a appris la v�rit�.
D�sormais, si vous le voulez bien, nous serons deux � veiller sur vous.
On vous soignera, Valentine et moi.
Sans oublier Barrois, bien sur !
J'apporte � monsieur un peu de limonade bien fra�che,
que Mlle Valentine a pr�par� tout � l'heure pour lui.
Vous n'avez donc pas soif ?
Bah, moi si ! Il fait une chaleur �prouvante, ce soir.
A croire que l'�t� ne veut pas finir !
Avec la permission de monsieur.
Faites attention, Barrois.
C'est dangereux de boire glac� quand il fait si chaud.
Une vieille b�te comme moi ne craint plus rien !
Quand on a failli griller dans Moscou en flammes,
et si on a v�cu au passage de la B�r�zina, on n'a plus...
Mon Dieu...
- Qu'est-ce qui lui arrive ? - Mon Dieu !
Je sais pas, un malaise !
Je vais appeler mon p�re.
Par chance, il est avec le m�decin d'Avrigny.
Mais, toi ne reste pas l�, c'est plus prudent.
Va-t-en.
Bah, voyons, d'Avrigny.
Celles-l� sont des plants m�dicinales d'une extr�me banalit�.
Prises isolement oui mais...
... certaines associations peuvent se r�v�ler �minemment toxiques.
- Et si votre belle-m�re... - On dirait un roman.
Vous imaginez Mme de Saint-M�ran s'empoisonnant
pour avoir voulu jouer aux apothicaires amateur ?
Pap� ?
Docteur d'Avrigny ?
Venez, v�tes ! Venez !
Le pouls est filant, presque imperceptible.
Et les yeux sont d�j� r�vuls�s, on doit le faire vomir !
Mlle de Villefort, courez chez l'apothicaire le plus proche
et rapportez un �m�tique. Demandez ce qu'il y a de plus puissant.
La limonade...
�a a commenc� apr�s avoir bu la limonade.
J'ai mal !
La limonade ? Mais quelle limonade ?
La limonade... l�, monsieur.
Oui, c'est bien de la limonade.
Et c'est vous qui l'avez pr�par�e ?
Non, c'est...
... c'est Mlle Valentine.
On dirait qu'il est mort.
Oh oui, ma je vous dis que je n'y irai pas.
- Oh que si, tu iras. - Mais non, monsieur,
moi, c'est � votre service que je me suis engag�,
donc vous ne pouvez pas m'obliger � travailler pour une autre personne.
Qu'est-ce que �a veut dire ? Qu'est-ce que je repr�sente pour vous...
... une esp�ce de marchandise, un esclave, c'est �a ?
Que vous pouvez pr�ter, louer, vendre ?
Oui, je te pr�te aux Villefort, mais tu continue d'�tre � mon service.
En fait, tu ne m'auras jamais autant servi.
Loin de vous ?
Oui, mais pr�t de Valentine.
Ta fa�on de me servir c'est de la prot�ger.
Alors, �a c'est un comble. Vraiment, �a me d�passe.
Mais, il y a quelque jour, vous vous imaginiez de lui faire avaler
une mixture inf�me,
parce que vous vouliez faire mourir son p�re de chagrin,
et voil� que maintenant je dois veiller sur elle comme une vestale sur son feu,
- il faudrait savoir ce que vous voulez. - Tu sais ce que c'est, un sophisme ?
Non, et �a me fait rien du tout, voyez-vous.
Exemple de sophisme :
"Socrate est mortel, tous les chats sont mortels,
- donc, Socrate est un chat." - Oui, oui.
Divertissant. Raffin� m�me...
... mais compl�tement idiot, je suis d�sol�.
Autre sophisme :
"J'aime Maximilien, Maximilien aime Valentine,
donc j'aime Valentine." Et Valentine est en danger.
Est-ce que je doive poursuivre ?
Non, �a va. J'ai compris.
Vous voulez que je sois un nounou. Et bien, soit.
Encore heureux que c'est jolie, cette petite.
Bien, voil� ton biberon, cher nounou.
Au moindre doute, au moindre sympt�me de malaise,
lui fais boire �a.
Mais qu'est-ce qui vous fait croire que les Villefort
vont bien vouloir de moi comme intendant ?
J'ai parl� � H�lo�se.
Tous leurs domestiques les quittent.
Tu seras attendu comme le Messie.
Bonsoir, monsieur. Je viens pour la place.
On t'attendait avec impatience. Entre, fait comme chez toi.
Ta pitance est sur la table.
Pour le reste ?
Tu verras tout �a demain avec les maitres.
Moi, je ne reste pas un minute de plus dans cette maison maudite !
Mais pourquoi maudite ? Comment �a, maudite ?
Vous ne vous trouvez pas bien ici ?
En huit jours,
deux morts par empoisonnement, dont un des n�tres ?
Ce n'est pas exactement la conception du bonheur.
C'est s�r.
Mieux vaut pr�venir que gu�rir, eh.
Ceci est le rapport d'analyse
de la limonade qui a caus� la mort de Barrois.
Tenez, lisez, c'est �loquent.
Empoisonn�e.
Un m�lange d'extrait de digitale et de d�coction de cigu�.
C'�tait imparable.
Foutaises, docteur.
Mon p�re en a bu de votre limonade soi-disant empoisonn�e,
et il n'a ressenti aucun trouble.
En effet, j'avoue que �a m'a �tonn�.
Mais, en raison de son �tat, M. de Noirtier,
int�gralement gav� de m�decines...
Je le sais, c'est moi qui les lui prescris.
Sans doute, ont-elles contrari� l'effet du poison,
en agissant quelque sorte comme des antidotes permanents.
Ordonnez l'exhumation et l'autopsie du corp de Mme de Saint-M�ran.
Je vous parie qu'on trouvera dans ses visc�res
les m�mes traces de digitale et de cigu�.
Je n'ordonnerai jamais rien de pareil, d'Avrigny.
Mettez-vous bien �a dans la t�te.
Je comprends que la v�rit� vous �pouvante.
C'est Valentine qui a pr�par� la limonade qui a tu� Barrois.
Taisez-vous donc, docteur.
Vous d�lirez !
Oh bien sur, elle n'en voulait pas � ce malheureux domestique.
Ah non, c'est Noirtier qu'elle visait.
Mais un hasard tragique a fait
que Barrois a bu dans le verre de son maitre.
Absurdit�s, d'Avrigny, absurdit�s !
Valentine adore son grand-p�re !
Ne l'a-t-il pas d�sh�rit�e ?
Mais c'est un geste de s�nilit� !
Et Valentine n'y a attach� aucune importance.
En apparence, seulement.
Les jeunes filles cachent bien leurs jeux, vous savez.
Entrez.
Je suis Bertuccio, monsieur, votre nouvel intendant.
Oui je sais, ma femme m'a mis au courant, qu'est-ce que vous voulez ?
Rien, monsieur.
C'est M. le procureur qui a appel�.
Ah non, moi... je ne crois pas, non.
Mais si, vous disiez avoir besoin d'un cognac.
Je vous l'apporte tout de suite.
Je bois ce cognac seul, d'Avrigny.
Je ne veux plus rien partager avec vous.
Devez quitter cette maison et n'y remettre jamais les pieds.
Soit.
Je vous ai dit ce que j'avais sur le c�ur.
�coutez-moi, Villefort,
M�me si cela vous parait injuste et intol�rable,
Valentine doit �tre mise hors d'�tat de nuire.
Sous ses allures de petite fille sage, elle est une de ces hyst�riques
dont la nature pervertie et tourment�e, fait que
la moindre contrari�t� suffit � la faire basculer dans la pire des d�mences.
Depuis des nuits je ne dors plus.
Je sais comme vous ce qui attend Valentine,
si vous la d�noncez pour crime d'empoisonnement.
Non.
Non, vous ne le savez pas.
Vous n'avez jamais vu quelqu'un � quoi on coupe la t�te.
Moi si.
J'en ai vu des centaines.
� peu pr�s.
J'ai lu dans leurs yeux une terreur abjecte.
J'ai touch� leur peau inond�e,
d'une sueur glac� qui d�gageait d�j� la petite odeur douce�tre de la mort.
J'ai entendu claquer leurs dents � un point tel que parfois se brisaient.
Et c'est cela que vous voudrez que j'afflige � ma fille ?
Mais c'est vous qui �tes un monstre de sugg�rer une chose pareille.
Peut-�tre, pourrions-nous �viter le pire.
Et obtenir une mesure d'internement.
Chez les fous ?
Pour qu'elle soit trait�e somme un animal enrag�,
ligot�e, nuit et jour ? A vous de m'�couter, d'Avrigny :
Vous r�p�tez seulement un mot de tout cela � qui que ce soit,
et je vous fais jeter en prison.
En prison, moi ? Et sur quel pr�texte ?
Pour �a, faites-moi confiance.
Je trouverai.
J'ai l'habitude.
D'accord. Je me tairai.
Mais je vous plains.
Et surtout j'ai peur pour vous.
Vous pourriez bien �tre la prochaine victime.
N'importe qui, habitant dans cette maison, peut �tre la prochaine victime.
Sortez.
Mon ami.
J'ai tout entendu.
C'est ma fille.
Personne ne lui fera de mal, personne.
Elle ne sortira plus d'ici. Je l'ai enferm�e dans sa chambre.
Vous avez raison.
Mais je crains qu'elle n'appr�cie gu�re de se retrouver prisonni�re.
Il serait peut-�tre pr�f�rable que sa mauvaise humeur
retombe sur moi plut�t que sur vous ?
O� est la cl� ?
Sur la porte de sa chambre.
J'y vais.
Reposez-vous.
Je prends tout sur moi.
A pr�sent, M. le comte, puis-je enfin gouter ?
Dieu, que j'aime votre bouche quand elle dit si poliment : "M. le comte",
alors que vos yeux me supplient : "Embrasse-moi".
Embrasse-moi comme un cuisinier.
Et comment embrasse les cuisiniers ?
C'est d�licieux !
Mais qu'est-ce que tu fais l� ?
C'est que j'ai tr�s peur.
Peur ?
Mais �a n'existe pas, la peur.
C'est une illusion, comme tant d'autres choses. Retourne d'o� tu viens.
Ce n'est pas pour moi que j'ai peur, mais pour elle.
Pour Valentine ?
Valentine ? Qui est Valentine ?
Valentine de Villefort.
Ah, cette petite fille.
Alors quoi ?
Un certain docteur d'Avrigny,
est convaincu que c'est Valentine qui a empoisonn�
Barrois et Mme de Saint-M�ran.
Le fait tremblant c'est que la limonade bu
par M. Barrois et pr�par�e par Valentine,
- contenait bel et bien du poison. - Et quelle sorte de poison ?
Une sorte de m�lange de cig�e et de digitale.
La maudite.
Maintenant qu'elle est s�re de l'efficacit� de son m�lange,
tu peux �tre sur qu'elle ne va pas en rester l�.
Vous aussi, vous pensez qu'elle est coupable ?
Je la crois en danger de mort. Retourne chez les Villefort.
Allonge-toi devant la porte de chez Valentine, s'il le faut.
Ne laisse entrer personne, surtout pas H�lo�se.
Je te rejoins d�s que possible.
Comment je pourrai entrer sans �tre vu ?
Je ne connais pas encore bien la maison mais c'est d'un lugubre.
Peut-�tre qu'en passant par le toit...
D'accord, le toit. Allez, va !
Va, je te dis. Tu es mon guetteur, maintenant, file !
Tu devrais d�j� �tre aupr�s de Valentine. File !
Je te rejoins.
Oh, mais vous avez tout d'un coup un air pr�occup�e
que je n'aime pas du tout, monsieur.
Une l�g�re contrari�t�, madame.
Mais c'est sans importance.
- Encore que... - Encore que ?
Encore que je...
J'esp�rais bien vous garder pr�s de moi ce soir,
apr�s notre petite dinette, mais...
Oh oui, gardez-moi !
Si vous saviez comme il fait froid dans ma vieille maison � Auteuil.
S'il vous plait, je resterai ici avec vous.
Pr�s de vous, tout contre vous.
- Soyez sage, madame. - Et pourquoi ?
Parce que cette nuit j'ai quelque chose � faire.
Remettez � demain. Demain aussi, il fera nuit.
Impossible, madame.
C'est cette nuit que je suis attendu.
Attendu par qui ? Pas par une femme, j'esp�re.
Si la mort rassemblait � une femme, alors si.
Bertuccio, qu'est-ce que tu fais l� ?
Ce que je fais ? Je fais ce que vous devriez faire.
Je prot�ge votre Valentine.
Tu la prot�ges ? Et comment �a, tu la prot�ges ?
Qu'est-ce que �a veut dire, elle est en danger ?
Mais parle, Bertuccio, parle !
Mais non, ne vous inqui�tez pas tant.
Maintenant, nous veillons sur elle.
Mais c'est toi qui dis �a. Mais toi, tu n'es que Bertuccio.
- C'est sur. - C'est pas ce que je voulais dire.
Non, mais moi, je vous le dis.
Mais rassurez-vous, monsieur, parce que je ne suis pas seul.
- Il y a aussi cet homme. - Quel homme ?
Cet homme, bienqu'il soit mon maitre, je crois que bient�t
je vais finir par le consid�rer comme un ami.
Et un jour je lui dirai "tu", et je le serrerai contre moi.
Allons-y, maintenant. Au travail !
R�veille-toi.
R�veille-toi, au nom de Dieu !
R�veille-toi, petit b�te, j'ai besoin de toi.
R�veille-toi.
Bien, Bertuccio, bien.
Attention.
Faites attention, les marches craquent.
La chambre de Mlle de Villefort.
Ma pauvre enfant. Toutes ces �motions vous ont bris�es.
Je vous ai pr�par� un rem�de pour vous aider � dormir.
Je vous remercie, H�lo�se.
J'ai besoin de rien, je dormais tr�s bien.
Sans doute,
mais avec ceci vous dormirez encore mieux.
Allez.
Buvez. C'est �a, courage.
Buvez jusqu'� la derni�re goutte.
Voil�, voil�.
Voil�, ma petite, voil�.
Dormez bien.
Bonne nuit.
Shh ! Si vous criez nous sommes perdus !
Vous ne verrez plus jamais Maximilien.
Quel go�t avait ce qu'elle vient vous faire boire ?
Quel go�t ? Je n'y ai pas fait attention.
Un peu am�re.
Je vous en prie, soyez plus pr�cise.
Il en va de votre vie.
Un go�t agr�able, un go�t de plantes.
Bertuccio, o� est la fiole que je vous avais confi�e ?
La fiole ? Que voulez-vous dire ?
- L'antidote ! - Je ne l'ai plus.
On avait pr�par� le diner pour moi, j'ai eu des soup�ons..
et alors je l'ai bue toute enti�re.
J'ai du mal... � respirer...
Cours au laboratoire, il reste une fiole d'antidote.
Dans une �prouvette... la septi�me sur le r�telier. Vite !
Froid... j'ai tr�s froid !
Allez vite, on dort ? Allez-y, d�p�chez-vous, allez !
M. Bertuccio, c'est toi. Capitaine Cocl�s.
Mission accomplie. M. Bertuccio,
Malgr� l'heure tardive,
ayez la bont� d'annoncer la nouvelle � M. le comte de Monte-Cristo.
C'est tr�s tr�s bien, mais plus tard.
M. Bertuccio !
Mais o� est le cocher ?
Il n'a pas voulu attendre.
Venez. Je vous en prie, venez !
D�p�chons-nous, vite !
Allez, allez ! Vite !
Quelqu'un vient !
- Venez ! - Non !
Dieu, mais c'est une question de secondes !
Dieu merci, l'antidote agis plus vite que le poison.
Juste � temps.
Grace � Dieu elle est sauv�e.
Provisoirement.
On peut �tre s�r que la Villefort recommencera.
Quand elle verra que le poison n'a pas eu l'effet escompt�,
elle en concoctera un autre.
Et cette fois je n'en connaitrai pas la formule, donc pas l'antidote.
Excusez-moi, M. le comte.
Je ne peux savoir quelle sera ma punition.
J'ai commis une faute terrible.
A cause de moi, elle a failli mourir.
Je ne suis pas infaillible non plus, Bertuccio.
Ah, M. le comte, enfin vous !
Je vous jure que c'est � rien y comprendre !
Quelle nuit, mais quelle nuit !
On nous a laiss� pourrir devant chez vous,
ensuite on nous enl�ve pour nous amener jusqu'ici...
Foi de capitaine Cocl�s,
les turques sont moins biscornus que votre M. Bertuccio.
Oh Mon Dieu...
Hayd�e.
Si vous saviez o� j'ai l'ai retrouv�e.
Et dans quel �tat pitoyable elle �tait.
Je sais, capitaine Cocl�s.
Je devine ce qu'elle a pu endurer.
Non !
Laissez.
Je veux prendre les r�nes. J'�touffe, j'ai besoin d'air.
Soyez la bienvenue chez moi, madame.
Je suis le comte de Monte-Cristo.
Moi votre esclave, monsieur.
Puisqu'il parait que vous avez eu la bont� de me racheter.
Je ne vous ai pas rachet�e, je vous ai d�livr�e.
Vous �tiez prisonni�re, j'ai de la haine des prisons.
Je sais, monsieur, j'aurais d� rentrer � Auteuil.
Mais j'�tais tr�s curieuse de savoir ce que vous appeliez...
"Avoir un rendez-vous avec la mort".
Elle est bien jolie, par vous, la mort.
Cette jeune femme a beaucoup souffert.
Les jeunes femmes qui souffrent sont votre jardin secret ?
Camille de La Richardais.
Ayant assez bien souffert, elle aussi.
Veuve apr�s seulement deux ans de mariage,
et figurez-vous que j'ai commis l'imprudence
de tomber amoureuse de quelqu'un que je croyais �tre un homme,
mai qui s'av�re en fait �tre un hibou ou une chauve-souris, enfin.
Une de ces b�tes de nuit,
qui ne s'arr�tent jamais dans un bon lit douillet.
Merci pour le mot "amoureuse", madame.
Pour le reste, nous en reparlerons.
Vous devez �tre �puis�e.
Muhammad va vous faire pr�parer une chambre.
La princesse Hayd�e ne sera-t-elle pas mieux � l'H�tel ?
Personne ne doit savoir que nous l'avons retrouv�e.
Et qu'elle est arriv�e � Paris. J'exige le secret absolu.
Pour sa s�curit�, et pour mes projets.
Puisque vous connaissez ma maison, madame,
veuillez faire en sorte qu'elle ne manque de rien.
Merci, capitaine Cocl�s.
Vous m'avez �galement demand� de vous rapporter certains papiers.
Les voici.
Vous faites quoi, Beauchamp, reprenez-vous !
Ce que je vous demande c'est un papier de fond.
"Victoria : premier bilan apr�s un an de r�gne".
Ce que vous m'avez �cris, ce n'est pas un article politique,
c'est une v�ritable d�claration d'amour !
C'est que...
Avec ses 19 ans, son jolie petit visage rond et...
son sourire timide...
Bah, elle est plut�t charmante, la reine d'Angleterre, non ?
M. Beauchamp !
Tr�s urgent.
Merci.
Laissons grandir la reine d'Angleterre...
J'ai l� quelque chose d'explosif.
Tenez. Lisez, monsieur.
Si c'est vrai, quel scandale.
Vous �tes s�r de cet information ?
Je suis s�r de l'homme qui me l'a fait porter.
Esp�rons-le.
Parce que sinon je perds mon journal.
En tout cas, dans un premier temps, soyons prudents.
On allume la m�che, mais on ne fait pas sauter la bombe.
Vous avez une id�e de titre ?
"On nous �crit de Janina".
J'esp�re gr�ce � Dieu, monsieur, que vous ne vous battiez jamais en duel.
Du moins, pas contre moi.
Une balle en plein c�ur, o� est la punition ?
Une punition digne de ce nom, �a doit durer longtemps.
- Avez-vous d�j� rat� votre cible ? - Jamais.
Alors, apprenez-moi.
Inscrivez-vous aupr�s du maitre d'armes.
La prochaine session est samedi.
Pas le temps.
Je vous en prie, vous m'avez sauv� la vie � Rome,
ne permettez-pas que je la perde � Paris.
Albert, qu'est-ce qui se passe ?
J'ai une mauvaise affaire sur les bras, un duel.
Un duel ? Vous ?
- Je suis l'offens�. - Et l'offenseur ?
- Beauchamp. - Beauchamp le journaliste ?
Mais je le croyais un de vos amis.
Il ne l'est plus.
Tenez, lisez plut�t. Troisi�me page en bas.
"On nous �crit de Janina".
Et bien, o� est l'offense ?
Comment �a, o� est l'offense ?
Cet article insinue qu'un certain Fernand,
officiel fran�ais ayant servi en Gr�ce,
se serait rendu coupable des forfaitures en trahissant le sultan Ali Pacha,
et en livrant aux turques toute sa famille.
C'est sign� Beauchamp.
Ah, un certain Fernand, oui. Mais, en quoi cela vous concerne-t-il ?
Mon p�re s'appelle Fernand.
Mon cher petit, il y a des centaines des gens,
rien qu'� Paris, qui s'appellent Fernand.
C'est un pr�nom fort banal � notre �poque.
Et si le mot "banale" vous parait injurieux, et bien,
- disons que c'est � la mode. - Mais ayant servi en Gr�ce,
et sous l'�tendard du sultan de Janina ?
Voyons. L'allusion � mon p�re cr�ve les yeux.
Admettons-le.
Combien m�me cet article porterait atteinte � l'honneur de votre p�re,
ce n'est pas � vous de le r�parer.
Mais au compte de Morcerf.
Grace � Dieu mon p�re ignore tout de cette r�pugnante calomnie.
Il ne lit jamais le Messager, qu'il consid�re
vendu � ses ennemies politiques.
Mais vous, que feriez-vous si l'on avait insult� votre p�re ?
Mon p�re...
On lui a fait pire que l'insulter.
On l'a fait mourir de chagrin.
Et vous n'avez pas cherch� � le venger ?
Si.
Vous voyez bien.
En tant qu'offens�, j'ai le choix des armes.
Je suis bon escrimeur.
Tandis que Beauchamp, il n'a jamais tenu une �p�e.
Et par contre il sait se servir d'une arme � feu.
En nom de notre ancienne amiti� et parce que un duel n'est pas un assassinat,
je donc choisi le pistolet, mais le pistolet,
moi, je ne m'y entends gu�re.
En somme, vous remplacez l'assassinat par le suicide.
Sauf si vous m'apprenez � tirer.
Et j'ai refus�.
En faisant d'Albert un tireur d'�lite
est comme si je visais moi m�me la poitrine de Beauchamp.
Or, ce pauvre gar�on a publi� son article
sous la foi d'un document je l'ai moi m�me fait passer.
Dans ce cas, Albert aussi est innocent.
Depuis quand les enfants doivent-ils payer
pour les fautes des leurs parents ?
Si l'on raisonne ainsi, la jeune Valentine, elle aussi...
Si je r�ussi � confondre Fernand de Morcerf, aujourd'hui,
son fils n'aura plus de raison de se battre, ou du moins je l'esp�re.
Tandis qu'en ce qui concerne Valentine ?
H�lo�se est toujours autour d'elle.
Pour lui offrir un caf�, ou bien de l'orangeade ou du cassis.
Alors, je passe mon temps � surveiller mais,
malheureusement il y a les nuits et il faut bien dormir
- de temps en temps. -A propos de sommeil,
il y a peut-�tre un moyen de mettre Valentine
hors d'atteinte de sa mar�tre.
Tu te rappelle le petit crapaud auquel j'ai fait prendre
cet �lixir qui endort d'un sommeil qui ressemble � la mort ?
C'est une id�e qui ne me plait gu�re.
Moi non plus, mais c'est la seule solution.
En attendant, retourne vite aupr�s de ta prot�g�e.
Je te verrai demain, ici, � dix heures.
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