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...
Sonnerie d'une vidéo Zoom.
...
- Mon fils ! Tu es là. Ca fait du bien de te voir.
Comment tu vas ? *-Très bien, maman.
- Tu dors bien, tu manges bien ?
-Les rations, c'est pas
comme à la maison.
- C'est pas comme la nourriture de ta mère !
-Et toi ? -Bah ça va, écoute.
Y a Emma qui a appelé la semaine dernière.
Elle est à 7 mois, tu te rends compte ?
Tu lui manques, comme à nous tous.
-Vous me manquez aussi.
- Tu gardes le petit médaillon avec toi ?
Celui que je t'ai donné avec la Vierge.
-Je t'entends plus. -Tu l'emmènes partout, OK ?
-Oui, maman. -Tu me promets ?
-Oui, maman.
- C'est important, hein ?
-Raconte-moi un peu, toi.
Tu forces pas trop sur le travail ?
- Le jardin, il faut qu'il se fasse, tu sais ce que c'est.
Euh bon... Et puis...
Je vais bientôt avoir fini. Cet après-midi...
-Du coup, tu me disais quoi ?
Je t'entendais plus. -Ouais...
-Là, je t'entends.
- Cet après-midi, je vais chez Olga. On va tout préparer pour le mariage.
Ecoute, tu pourrais être là ? C'est dans 3 semaines.
-Je sais pas. -3 semaines et 4 jours.
-Je sais pas, mais je pense pas.
Je serai là par le coeur.
- T'es jamais là pour les fêtes de famille.
-Je sais. Elle soupire.
Maman ?
- Je t'aime. -Moi aussi, je t'aime.
- Je t'embrasse.
Fort, fort. -T'inquiète pas, maman, d'accord ?
Je t'entends mal, j'ai plus de batterie.
Bip de déconnexion
Elle soupire.
- Merci, bonsoir. - Désolée, j'ai chargé un peu.
- Ouais, OK. - Merci.
- De rien, Emma. Y a pas de problème.
C'est tout ?
- Tu vas partir combien de temps ?
- Je pars deux mois.
- Ah oui, tu pars bientôt. - Dans une semaine.
Qu'est-ce qu'il devient ? T'as des nouvelles ?
- De temps en temps, tu sais comment c'est.
- C'est-à-dire ? Il te... Comment ça se passe là-bas ?
- Je sais pas, c'est toujours top secret.
-C'est le dernier.
Il est pas lourd. -Il est tout léger.
- C'est les habits du bébé.
- Finito. - Je vais le prendre.
- T'es sûre ? - J'avais mis deux pantalons.
Je vous offre un verre ?
- C'est symbolique. - On va y aller.
- Non, mais...
- T'as l'emménagement à faire, non.
- Ca me dérange pas. Je voudrais vous remercier.
- Avec plaisir pour venir t'aider. Si t'as besoin, n'hésite pas.
- T'as nos numéros.
- Je me sens mal. Vous voulez pas venir ?
-Laurent, c'est notre frère. Appelle-nous quand tu veux.
- Alors je vous dis à bientôt.
On fêtera ça quand il sera là. - Une prochaine fois.
Salut, Emma. -Bon courage, merci !
Ah pardon...
- Bonjour.
- Pardon.
- Bonjour.
- Bonjour. Vous pourriez me laisser passer ?
- Vous êtes nouvelle ?
Et vous vous présentez pas ?
Bon...
-Voilà... Ouais, y a de la place pour 3.
Ca, c'est notre chambre.
T'aimes ?
Ouais... Ouais... Elle rit.
Et ça, c'est la chambre du bébé.
Ouais, tu vois, c'est pas mal, hein ?
Mmh...
Bah écoute, non, pas trop.
Mmh... Je rigole.
Il bouge trop, comme son père.
OK.
Je préfère l'enlever pour les ondes, on sait jamais.
Et toi, ça va comment ?
J'essaie de voir les nouvelles, mais y a rien sur l'Afghanistan.
Ouais...
On sonne.
OK, bah tu me rappelleras. Je t'aime.
- Bonjour. - Bonjour.
Je m'appelle Oksana.
On m'a prévenue de votre arrivée au régiment.
Bienvenue. - Merci !
- Emma, enchantée. - Enchantée.
- Ca se passe. Petit à petit, on va ranger tout ça.
- Avec nos hommes en opération extérieure, c'est compliqué.
- Ouais. - C'est sûr.
- Vous habitez dans l'immeuble ?
- Oui, je suis au 46. Si vous avez besoin, n'hésitez pas.
Même l'environnement, le coin. - C'est gentil.
Un supermarché, peut-être.
- Ca vous aiderait ?
On peut se tutoyer ? - Bien sûr.
- Super. Enchantée. Je suis contente.
- Merci, je suis enchantée aussi.
Je dois remplir le frigo, tu sais où je peux aller ?
- La supérette est juste là.
Mais avec le centre commercial, tu auras plus de choix.
- C'est bien, parce que je dois prendre plus de choses pour le bébé.
- Je t'aiderai à porter les courses tant qu'à faire.
- Ca fait longtemps que t'es là ? - Ca fait
quelques années.
J'ai atterri ici avec Sébastien après sa mutation.
Donc euh... On était vraiment bien.
Le quartier est super, atypique, ça bouge beaucoup.
Il est multiculturel.
- Ca va, c'est pas trop lourd ? - Non, t'inquiète pas.
- J'ai un peu chargé.
- T'as bien fait. J'aurais fait pareil que toi.
Si tu veux, la semaine prochaine,
je fais une conférence sur le guerrier en Asie.
J'ai une super salle à La Défense, donc si tu veux...
- Bah oui, avec plaisir.
Absolument !
Et comme ça, je rencontrerai ton mari ?
- Mon mari... C'est vrai, je t'en ai pas parlé.
En fait, Sébastien est décédé au Mali.
- Je suis désolée.
- C'est pas grave.
Ca a été compliqué. Il est décédé très jeune.
Je me suis retrouvée veuve à 25 ans.
C'est peut-être pour ça que j'arrive pas à quitter le quartier.
Il me rappelle partout un peu de lui.
Et je m'accroche.
- Je suis désolée.
Mais je suis là maintenant !
- Oui, viens, on va penser à...
A toi, Laurent, le petit, que tout soit prêt quand il vient.
- Merci. - C'est le principal.
*-Salut mon amour.
J'aurais aimé t'avoir aujourd'hui, parce que c'est un jour spécial.
Happy birthday to you
Happy birthday to you, mon amour
Happy birthday to you
Je pense à toi très très fort.
Et je veux que, pour ce jour,
t'aies le sourire,
que tu penses à moi.
Et que t'oublies pas de m'aimer.
Parce que moi, je t'aime.
Très très fort.
- Je remercie l'association Femmes de soldats de m'accueillir.
Je suis pacsé avec
une militaire.
Sauf qu'on est en train de se séparer
et qu'on a un petit garçon.
-On est là pour ça.
L'association est née d'un besoin d'échanges.
Y a l'armée qui est un cadre un peu rigide,
mais qu'on peut faire évoluer.
On se retrouve, on échange, on débat,
et puis on a des propositions concrètes
qui font évoluer les choses. Donc bienvenue.
- Salut. - Salut, Emma.
- Désolée, je suis en retard.
-Alors ton déménagement ?
Ca va ?
- Oui, j'ai eu de l'aide. - Bientôt fini ?
- Je suis dans les cartons.
- Bon...
Euh...
Maéva, toi, tu voudrais
nous parler de monter certains projets.
- Oui, par exemple, un projet de parrainage.
Comme je suis pupille de la nation depuis jeune,
et j'ai grandi sans mon papa,
je pensais proposer quelque chose
qui pourrait m'aider pour moi, plus tard,
et pour d'autres qui sont dans le même cas que moi.
Mmh...
En fait, je pensais à quelqu'un qui est en lien
dans l'armée, enfin toujours dans le milieu,
qui...
Comme un parrain en fait qui nous aiderait
déjà à avoir moins de manque.
-C'est sûr.
Parce que toi, au sein de ta famille,
personne du régiment dont faisait partie ton père
n'est venu proposer de faire
ce lien avec la famille militaire ?
- Non, pas vraiment.
On a été un peu oubliés en fait.
- Ah...
- Tu m'as expliqué des choses que même moi, j'ignorais.
Par exemple,
le coup de l'arbre de Noël.
Franchement, j'hallucine. -On y est allés,
on y allait tant qu'il était encore là,
et dès qu'il est décédé,
on n'avait plus le droit.
On a été comme... éliminés.
On n'était plus là quoi.
-Vous saviez ça ? -NON.
- C'est tragique ça pour un enfant.
Il peut pas comprendre ce qui lui arrive quand on lui enlève ça.
- Vous savez que j'ai perdu mon fils, tombé pour la France.
La notion d'abandon par le biais de cet arbre de Noël,
c'est exactement ça.
On fait plus partie.
Il est parti, il s'est envolé.
Notre soldat s'est envolé.
Et tout d'un coup, on se retrouve... Bah voilà...
Je le mets entre guillemets, pas "exclus" du régiment,
mais c'est quelque chose comme ça.
C'est une question de personne.
Parce qu'il y a aussi des personnes très chouettes dans les régiments
qui vous tendent la main.
Mais tout ce dont...
Pour lequel on était dans ces régiments
en tant que famille...
Beaucoup les enfants, les veuves.
Mais aussi les parents.
On n'y a plus droit.
Et ce dont je parle souvent,
c'est la mémoire. On fait la mémoire de ceux qui sont tombés, mais nous,
on est les porteurs de la mémoire de ces soldats.
Et c'est important de s'unir par rapport à ça.
Autant les femmes que les parents, que les enfants,
que les frères et soeurs.
Qu'est-ce qu'ils sont oubliés...
Et c'est vraiment de dire...
Ils ont donné leur vie,
mais nous, on est là,
et on peut avec vous faire
encore du chemin. C'est important. -Toi, Maéva finalement...
Je pense à mon fils.
Je touche du bois, que ça arrive pas.
Tu te sens plus en lien avec l'institution militaire ?
Parce que c'est...
Par rapport au régiment, etc., par exemple,
ça t'a même pas éveillé une envie de rejoindre ça,
tu t'es pas sentie englobée, comme...
-Du jour au lendemain...
- Personne t'a rattrapée. -Ca s'est coupé.
Au début, ça manque,
et à la fin, on est obligés de s'habituer
parce qu'on n'a pas le choix, mais ça manque toujours.
- Ca pourrait avoir du sens que ce parrainage de famille
soit une famille qui ait vécu avec ton papa,
que les militaires se soient connus avant ?
Ca pourrait avoir du sens ? - Ouais.
-*Et aussi t'apporter quelque chose de plus ?
-Ils pourraient me raconter des anecdotes...
-C'est hyper important pour elle.
-Ca ferait repenser
déjà à mon papa, par exemple.
Des trucs comme ça. Ca ferait du bien.
Elle soupire.
- Voilà.
- Mais c'est clair !
-Ouais, t'aimes bien ? C'est lumineux.
- Tu m'avais dit,
mais je m'attendais pas à ce que ça soit...
C'est que des vitres !
- En plus, y a un côté cosy. J'aime bien.
- Et puis t'as fait des petites déco. C'est joli.
- Ca, c'est les compagnons de Laurent, ils m'ont aidée.
- Ca aussi ? - Non, avec l'odeur...
Ils m'ont aidée à tout déménager. J'aurais pas pu.
- Tu parles...
Oh, et puis, dis donc, ouah !
Elle rit.
Je viendrai souvent.
- Quand tu veux, tu sais. On aura besoin d'une babysitter.
- Mais avec plaisir.
Le jardin... Il fera ses premiers pas.
Musique douce au piano
...
- Vous avez déjà travaillé dans la restauration.
- Rien me fait peur, je peux faire la vaisselle,
le ménage, la cuisine. Tout ce que vous voulez.
- Pas de problème, je garde votre CV.
Si besoin, on vous appellera.
- OK, merci. Au revoir. - Bonne journée, au revoir.
- Je préfère pas vous mentir, on est déjà 2, ça va être compliqué.
- Vous êtes à combien de mois ? - A 6.
- Il va pas rester beaucoup de temps pour bosser.
- Attendez, je peux pas vous garder avec une énorme brioche au four.
Je serais esclavagiste.
-Service,
plonge, ménage,
la caisse.
-J'en ai besoin. -J'ai pas besoin.
Je vais être franc avec vous, je... -C'est vrai ?
- Je peux tout faire, je suis motivée.
- Je suis désolé.
-Pourquoi vous pouvez pas ?
Si j'ai besoin tout de suite, vous pourrez pas.
-Je peux travailler jusqu'à 2 semaines avant l'accouchement.
-Je suis désolé.
...
- Vous êtes bardée de diplômes, vous !
Vous cherchez un boulot de serveuse ?
- Je suis enceinte, je cherche un petit boulot justement.
- OK. Bon, c'est pas grave.
- Je peux vous mettre à l'essai. - C'est vrai ?
- Demain, 14h.
- Je serai là. - Soyez en forme.
- Je m'appelle Emma. - Sébastien. Enchanté.
- Bon, à demain ! - A demain.
Son téléphone sonne.
...
Hé, Mamouchka.
*-Ma chérie, qu'est-ce qui se passe ?
- Je t'ai pas oubliée, t'inquiète pas.
Ben...
Tu sais, j'ai emménagé, donc là, j'étais un peu prise.
Mais euh...
J'ai trouvé peut-être un petit boulot dans un bar.
Donc euh...
Oui...
T'inquiète pas. Moi, ça me fait du bien.
Un chien aboie.
...
...
...
*-Happy birthday to you
Happy birthday to you
Happy birthday to you, mon amour
Happy birthday to you
Je pense à toi très très fort.
Et je veux que, pour ce jour, t'aie le sourire,
que tu penses à moi,
et que t'oublies pas de m'aimer.
Parce que moi je t'aime.
Très très fort.
- Et voilà.
- C'est gentil.
- C'est mon 1er jour, hein.
- T'inquiète pas. - Ouais. Celui-là...
OK... Voilà. - Merci.
- J'arrive, hein.
Tout va bien, madame ?
- Oui, ça va, merci.
-Il m'en faut encore 2. -Encore deux bières ?
La dame chuchote. OK.
- Je peux m'asseoir ? - Bien sûr.
- Merci.
- Je m'appelle Candice. - Moi, Emma.
- Je sais. - Ah bon ?
- J'ai vu sur ton CV.
- Ah...
- J'ai tout de suite vu que t'étais pas de Paris.
- C'est marqué sur mon front ? - Non, mais...
Le style, la manière quoi.
- Y a mon nom de famille aussi peut-être.
Mon père est russe. - Ah ouais ?
Et t'es venue te perdre en France.
- J'ai grandi en France.
A Paris. - Ah ouais, d'accord.
Après je suis partie dans le sud, vers Nîmes.
Et je suis rentrée pour mon compagnon.
Je l'ai suivi ici.
- C'est rare qu'on entende un homme "J'ai suivi ma femme."
- Mmh.
- Bon, allez.
Je dois reprendre mon service.
- OK.
- Allez, à tout !
-A tout !
-Quelle journée. -Tu t'es bien débrouillée.
-Ouais.
Tu as vu cette dame ?
- Mme Vencourt ?
Ca fait 16 ans
qu'elle vient tous les jours. - 16 ans ?
- Elle a perdu son mari en Irak.
C'était un soldat.
Ca l'a rendue complètement folle.
Ca fait 16 ans
qu'elle discute avec lui.
Tu vois ? Elle lui parle.
Elle se met toujours à la table de leur dernier repas.
- C'est triste.
- Elle est pas méchante.
*-Dans la culture chinoise,
le guerrier ne demande pas la victoire,
ce qui est psychologiquement suspect,
mais le combat, où il est sûr de vaincre.
La victoire vient de la situation, non des acteurs de cette situation.
Le comble de l'héroïsme est différent de celui de L'Iliade,
de Sparte et de Rome,
qui consiste à savoir transformer le chaos en ordre,
la poltronnerie en courage.
Contrairement à ce qu'on nous a dit,
le guerrier n'est pas une figure de la plénitude,
et surtout pas de la plénitude virile.
Le guerrier est une figure de l'amputation.
Il est cet être qui n'accède au sentiment d'exister
que dans le combat, dans l'affrontement avec l'autre.
Rien n'est plus triste au fond
que le spectacle de cette forme de vie,
qui dans chaque situation attendra du corps-à-corps
le remède à son absence à soi.
Le guerrier est bel et bien animé
par un désir et par un désir exclusif.
Celui de disparaître.
Je te présente David, un super ami.
- Enchanté. - Emma.
- Sa femme est dans l'armée de terre.
- Toi aussi ? - Non, je suis prof.
Enfin, j'étais, car je suis en congé pour garder les enfants.
Et d'ailleurs, y a la nounou, faut que j'y aille.
- Merci d'être venu. - Avec plaisir.
- Au revoir. - Au revoir.
- Ravie. - Ravi.
- A bientôt ! - Rentre bien.
- Ca va, t'es pas trop fatiguée ? - Non.
Il est sympa. - Ouais, il est gentil.
- Ca m'a touchée ce que tu m'as dit la dernière fois.
- A propos de Sébastien ? - Mmh.
- Veuve à 25 ans.
- On choisit pas son destin.
Mais je t'emmènerai voir si tu veux, on ira au cimetière.
- OK.
- Avant,
il y a 5 ans, j'y passais mes journées.
Je mangeais même avec lui.
Les gens ont dû me prendre pour une dingue.
Je lui parlais...
Et puis euh...
J'ai espacé,
et maintenant j'essaie d'y aller que quelques fois par mois.
-Alors, Mme Pankovski, c'est ça ?
Je prononce bien ? - Oui, tout à fait.
Donc c'est votre première
consultation ici ?
- Oui, avant j'étais à Nîmes.
- Alors dites-moi, c'est votre première grossesse ?
- Oui.
- Vous êtes enceinte de combien là ?
- 7 mois. - 7 mois.
Tout se passe bien ?
- Oui.
- Je propose d'aller vous déshabiller,
et on regarde comment se porte ce bébé.
Musique douce
...
-Ma chérie !
Oh là là là là là ! Qu'est-ce que je suis contente.
Entre vite pour pas prendre froid.
- Ca va ? - Oui. Depuis le temps.
- Mon homme, je l'ai rencontré
en même temps que ta grand-mère en Algérie.
- En Algérie. - Au bal.
A cette époque-là, on rencontrait les hommes au bal.
- C'était le tango argentin.
- Le tango argentin, ce qui est extraordinaire
c'est quand un homme le danse bien,
il te... Il te conduit, mais il te conduit vraiment.
Même si tu sais pas le danser,
tu le suis, tu le suis, tu le suis.
Un jour, j'en avais marre, je lui dis :
"C'est toujours moi qui te suis, c'est pas possible."
Et il m'a montré comment on peut interrompre
le mouvement de l'homme.
- C'est l'homme qui décide.
- Non, là, il décide pas.
A un moment donné... - Tu lui fous une grosse baffe.
- On met sa jambe en travers de son mouvement.
Et on peut le décider quand nous, on veut.
Mais après, on continue à le suivre. C'est très agréable.
- C'est très sensuel, mais c'est le temps de la danse.
- C'est une merveille, le tango argentin.
C'est une merveille, parce que ce...
Cet aspect à la fois soumission à l'autre
et se dire qu'à un moment donné on peut s'interposer,
et puis, c'est effectivement très sensuel.
-Moi, je continue le tango argentin.
Parce que mon mari est décédé,
et j'ai toujours eu des petits amis depuis.
Voilà. - Bah moi pas.
- Ah bon ? - Moi pas, parce que...
Moi, mon mari est mort au combat,
mais j'ai jamais voulu donné un autre père à ses enfants.
Ma mère a été pareille.
Mais...
Ca empêche pas qu'on reste dans cette espèce de famille,
on n'en sort jamais.
J'étais la mascotte du régiment à 3 ans,
après, j'ai eu mon père, mon frère qui était légionnaire
puis mercenaire.
Quand mon mari est mort,
comme j'enseignais,
je me suis dit : "Je vais sortir de l'armée."
Et puis autour de moi, y avait...
toutes mes amies
perdaient leurs hommes,
mais se remariaient avec quelqu'un de l'armée, toujours.
C'est ça le... En fait, c'est ça le...
A la fois ce qu'il y a de terrible et ce qu'il y a de très beau,
à être femme de militaire.
C'est l'attente.
- Donc vous, vous dites jamais bonjour, en fait ?
Vous êtes pressée ? On pourrait se faire un dîner ?
- Désolée. - Pour faire connaissance.
*-Coucou, mon amour !
Tu m'entends ?
Tu m'entends ou pas ?
- Je mets mon oreillette.
-Mon amour, t'es là ?
- Ca va ?
Quand c'est comme ça, s'il te plaît, laisse-moi un message.
Ouais...
Le resto, ça va. Je suis un peu crevée.
On sonne. Attends, deux secondes.
Ah, re-bonjour. - Re-bonjour...
Hum, je...
Je vais au resto avec des amis ce soir.
Peut-être vous voudriez vous joindre à nous ?
- Merci, je préfère rester seule.
- Vous préférez... - Ce soir, je me sens pas.
- D'accord, peut-être un autre soir. - On verra.
Bonne soirée. - Bonne soirée.
Ouais.
T'as vu ? Nan... C'est le voisin.
Non, bah écoute...
C'est bien aussi de faire connaissance.
Mais t'inquiète.
Mais non...
Elle soupire.
- Oui, il est ici.
- Mmh...
Il avait quel âge ?
-Il avait 23 ans.
Il est tombé au Mali.
Ca fait déjà 5 ans.
- Il est beau.
- C'est vrai qu'il est tellement beau.
Tu veux t'asseoir ? Viens, regarde.
C'est quelque chose que j'adore faire.
- T'es sûre ? - Oui. Viens.
Ca va aller ? - Ouais.
- Allonge-toi.
Regarde.
Comme on est bien, comme c'est calme.
Oksana fredonne.
...
Tu connais ce chant ? - Oui.
- A chaque fois que Sébastien rentrait d'opération extérieure,
il la chantait à la mémoire de son grand-père.
Nous étions trop heureux, mon ami
Nous avions trop d'espoir et d'amour
Nous croyons nous aimer pour la vie
Mais hélas les beaux jours Sont si courts
Le bonheur dure peu sur la terre
Entends-tu tout là-bas le tambour ?
Mon doux coeur Je m'en vais à la guerre
Ne crains rien Jusqu'au jour du retour
"Les Adieux suisses", chant des armées françaises
Version au violon
...
- Voici. - Merci, c'est gentil.
- Et pour monsieur.
- C'est gentil d'avoir pensé à lui.
(elle chuchote) -Goûte, chéri. Goûte voir.
Tu aimes, tu préfères ça ?
-Voici. -Merci !
- Oui, on va se dépêcher.
- Dis-moi, Emma, t'es mariée ?
- Je suis fiancée.
- Ah ouais ? A ton âge ?
- Ca va, 27 ans.
-Ton homme est d'ici ?
- Non, c'est sa garnison qui est ici.
C'est un soldat. - Un soldat ?
Tu sais ce qu'on dit des militaires, c'est comme les marins.
Une femme dans chaque port. Un "porc" dans chaque femme.
-C'est l'homme le plus sage que j'ai jamais rencontré.
Et il a fait plus d'études que vous tous réunis.
- Etudes ou pas, ils réfléchissent pas toujours avec leur cerveau.
- Sérieusement, qu'est-ce qui t'a plu chez lui ?
-Il était déjà militaire
ou vous étiez en couple avant ?
- Ah... Ca vous intéresse.
- Il avait déjà commencé son engagement.
-Alors, c'est l'uniforme.
- Ca doit être ça. - Obligé.
- Pas du tout.
Sous l'uniforme, y a des choses
que peu d'hommes ont, la noblesse
d'âme, le sens de l'honneur.
Une dimension guerrière profonde, lointaine, pure.
C'est ça que j'ai aimé.
- Tu sais, moi, j'ai une amie,
son père est colonel.
Et il l'a complètement abandonnée.
Un jour, elle l'a recroisé par hasard.
Il l'a regardée, il l'a reconnue,
et il a continué sa route.
Il s'est même pas arrêté.
Un colonel qui agit comme ça avec sa fille...
Elles sont où les valeurs militaires ?
- Je vais prendre la religieuse au chocolat, s'il vous plaît.
- Alors...
Je suis vraiment navrée,
la carte ne passe pas. Elle est bloquée.
- Et en la passant...
- Je vais essayer le sans contact.
Nan, c'est pas passé.
- C'est... - Y a marqué incident.
- OK, euh...
- Je suis vraiment navrée. - Je vais payer en...
C'est bizarre, je pensais que j'avais des provisions.
Bonjour. - Bonjour.
Vous avez passé une bonne journée ?
- Non, pas vraiment.
- C'est vrai ? C'est pas banal comme réponse, ça.
- J'ai mal aux reins et je me suis fait bloquer ma carte.
Donc, c'est pas le bon jour.
- OK.
Vous savez, pour les reins, ça devrait aller,
mais sinon, je vous invite à manger ?
J'ai fait des oeufs mimosa. Ca vous dit ?
Vous êtes pas obligée.
J'en ai trop fait.
Vous ? Non ? OK.
- Je sais pas...
Peut-être. En fait, je...
- C'est que des oeufs, hein...
Elle rit.
- Pardon, j'ai vraiment eu une journée de...
C'est juste que...
J'ai pas l'habitude qu'on s'occupe de moi en ce moment.
- Bah venez. - Je vais accepter.
- A tout de suite. Je vais poser ça.
- Ouais, à tout de suite.
- Du coup, tu fais quoi ?
-Je suis médecin. D'ailleurs, t'es suivie par qui ?
- Dr. Ferrot. Tu connais ?
- Oui, il est bien.
- OK.
- Et avant de venir ici,
vous faisiez quoi exactement ?
- Je viens du sud,
mais mon compagnon est sur Paris, donc...
- Donc je l'ai suivi ici. -Je l'ai jamais vu.
- Il est en Afghanistan. Il fait la guerre.
C'est pas une blague. Nan, c'est pas une blague.
- OK OK.
- Il est militaire. - Soldat, OK. OK...
Bon... Bon bon.
Et c'est, mais... Ah ouais...
- Il est pas souvent là. Il est en opération là.
Mais après, il va rentrer.
- C'est pas trop dur ? Déjà vous avez dû assumer...
Désolé, je parle la bouche pleine.
Il rit. Ca vous fait rire ?
Mais c'est... Je veux dire... C'est quand même pour l'enfant...
C'est pas le mieux, c'est vraiment pas le mieux.
- Bah on choisit pas toujours.
Je m'adapte.
- Il revient bientôt ? Non ? Je sais pas.
- Bah moi non plus !
- C'est vrai ? - Avant la naissance, mais...
- Parce que là, à mon avis,
vous en avez plus pour longtemps.
- Je pourrais avoir un peu de vin ? -J'allais vous le proposer.
- Vous permettez, docteur ? - Un tout petit peu.
- Merci. Ca va me faire du bien.
Ouais.
Bah, c'est la vie.
C'est juste... C'est juste dur. C'est tout.
- En tout cas, moi, j'ai plein d'oeufs.
Si vous voulez prendre des oeufs mimosa ici...
- C'est gentil.
Je sais pas si c'est une bonne idée, mais...
- Bah pourquoi ?
Vous êtes pas obligée de souffrir pendant qu'il est pas là.
Vous allez pas vivre comme ça toute votre vie.
- Je crois que j'ai signé pour.
-En tout cas, c'est pas la vie
qui vous devriez offrir à votre enfant.
Vous avez le droit de sourire, de prendre un verre de vin,
d'être éventuellement heureuse, mais vous êtes pas obligée non plus.
- Je me sens pas bien.
-C'est peut-être le vin.
- Je pense. Je vais rentrer.
...
- Bonjour.
-Vous êtes mariée ou pas ? -Non, pas encore.
Je suis fiancée.
-C'est la prochaine étape. -J'espère !
- Je vous souhaite qu'il vous mette la bague au doigt.
Concernant ce contrat, votre compagnon pour être éligible,
il doit avoir fait 90 jours d'opération extérieure.
- C'est le cas. -Parfait. Alors,
il peut cotiser en versant de l'argent
déductible du revenu imposable.
Pour percevoir à l'âge de 50 ans un complément de revenus
par une retraite. -OK.
Ca permet d'épargner sans être imposé.
-3 objectifs.
Le 1er avantage, la réduction d'impôts.
Le 2e, c'est une rente servie à vie.
Et le 3e, très important vu votre situation,
la transmission.
Je le souhaite pas, mais en cas de décès,
le capital
vous est remboursé intégralement.
J'ai préparé 2 simulations.
Ca va ? Vous êtes enceinte de combien ?
- 8 mois.
C'est la dernière ligne droite.
-Vous êtes seule à la maison ?
- Non, il est en Afghanistan, ça fait 3 mois.
-Ca doit être dur pour vous. Je compatis.
Je suis aussi fiancée à un militaire
qui est au Mali actuellement.
Donc je comprends amplement votre inquiétude.
- Ca a été ?
- C'était très bien comme d'habitude.
- Et monsieur a aimé ?
- Il a adoré, il adore le chocolat.
- Vous savez, mon mari aussi, il est soldat.
- Oh, c'est vrai ?
- Oui, il est en Afghanistan là.
- Vous auriez une photo de lui ?
- Vous voulez voir ? Oui, j'ai.
- Avec plaisir.
Asseyez-vous.
Venez vous asseoir. Alors...
- Alors. Attendez, faut que je trouve.
Tac... Là.
- Ah oui... Il est beau garçon.
- Vous trouvez ? - Oui, vous avez de la chance.
- Merci.
- Faudra prendre soin de lui à son retour.
- J'ai hâte.
- Et vous là ? Vous êtes belle !
- Merci. - Très jolie.
Moi aussi, j'étais belle.
- Vous êtes toujours belle.
- Bon, je vais payer, parce qu'on sort ce soir.
- Oui.
- On va au théâtre.
- Bougez pas, je vous apporte la note.
- Merci.
Elle chuchote.
...
- Bref.
- Tu sors avec nous ce soir ? - Oh non. Merci.
- On va boire un verre avec Damien.
- J'ai pas envie.
- Ecoute...
Je veux pas trop me mêler de ta vie, mais...
Je te vois toujours toute seule.
Tu travailles super bien, y a pas de problème.
Mais j'ai l'impression que tu t'amuses jamais.
Désolée, je veux pas te vexer en disant tout ça.
- Non, tu me vexes pas. Je te promets.
Je te souhaite de bien t'amuser.
Mais avec mon homme qui fait la guerre
à l'autre bout de la terre,
j'ai pas trop le moral.
- Il a fait le choix de cette vie, il t'impose de l'attendre
jusqu'à ce qu'il ait fini la guerre à 10 000 km de là ?
- Non mais... Tu peux pas comprendre.
Déjà, il m'impose rien. Ce sont les guerres qui m'imposent.
Et cette épreuve de la distance,
ça ne fait que renforcer mon amour pour lui.
- T'es sérieuse ?
- Ouais.
En même temps, tu sais... Quoi ?
L'attendre, c'est une preuve d'amour.
Savoir qu'à l'autre bout de la terre, quelqu'un pense à toi.
C'est ça un amour infaillible.
- Ouais...
T'as l'âme d'une romantique. C'est pas mon cas.
Mais tu vois...
Peut-être que c'est cette distance qui vous transcende.
Et peut-être que la réalité sera plus difficile à vivre.
Je sais pas, le quotidien, la routine.
-Peut-être, mais c'est pas prêt d'arriver.
Au rythme de ses missions et de tout ça.
-Merci.
Bips de la caisse
-Voici, merci. 4,22, madame, s'il vous plaît.
Ce sera en espèces, madame ? -Oui.
C'est pour moi. -Je sais.
...
10,05 euros, s'il vous plaît. -Par carte s'il vous plaît.
- Vous faites le sans contact ? -Oui.
- Allez-y.
Je vous laisse la poser franchement.
Bip
Ca n'a pas fonctionné. Insérez la carte et faites le code.
- D'accord.
...
- Validez. - Oui.
Bip -Non. Ca ne marche pas.
- Je suis désolée, je pensais avoir assez.
Mais j'ai de la monnaie. - En espèces, donc.
- Oui. -9,36 euros.
- Je dois enlever des choses.
- Oui, dites-moi ce que vous voulez enlever.
- Je vais garder le lait et le thon.
- D'accord, donc j'enlève la soupe...
- Pardon. Faut que je règle ça.
-Voilà qui font 2. Merci, mademoiselle.
- Je voudrais retirer de l'argent sur le compte de mon conjoint.
- Faut mettre en place une procuration.
C'est impératif. - Comment je fais ?
- Vous avez ce formulaire à remplir en 2 exemplaires.
Vous avez un stylo ici.
Il nous faudra la signature de votre conjoint.
- Il est en Afghanistan, il va pas rentrer.
- Les règles sont strictes pour les procurations.
Sinon on retire de l'argent sur n'importe quel compte.
- On n'a pas eu le temps de la mettre en place.
- Envoyez-lui tout ça.
- Je peux pas, il est à la guerre.
La liaison, ça met beaucoup de temps.
- Je suis désolée, mais je peux pas faire autrement.
- Bon bah d'accord, merci. - Je suis désolée, madame.
- Bonjour. - Bonjour.
Des personnes discutent en intérieur.
...
-... se passe bien.
-T'as entendu ?
C'est bizarre, j'attends personne.
Salut ma chérie, tu vas bien ?
T'es essoufflée, qu'est-ce qui se passe ?
Vas-y, rentre. Reste pas sur le palier.
-Bonjour. -Salut.
- 5 ans homme au foyer,
je sais toujours pas faire des pâtes.
-C'est déjà
pas mal !
- J'espère que tu les aimes fondantes.
- Tiens. - Oh merci.
J'ai retrouvé que 100 euros.
- Non, mais déjà c'est super.
Je te les rends cette semaine.
- T'inquiète pas, c'est bon.
- Ca me gêne, je savais pas à qui demander.
Je peux pas demander à ma mère. - Sois pas gênée.
- On connaît tous la base arrière.
- Ta femme est où en ce moment ? - En Côte d'Ivoire.
Ca fait 5 mois déjà. - C'est long.
Mais bon, on se voit souvent sur Internet.
- Et il a pas à se plaindre. Moi, à l'époque,
j'avais pas ça !
- Je sais même pas comment tu faisais. Là, déjà...
- Elle est bien en vrai. C'est une femme d'action.
A la maison, elle est contente de prendre des vacances,
mais après elle a envie de repartir.
- T'as l'air d'avoir la pêche. - Tu peux le refaire en vrai ?
"Non, ça va super."
Ils rient.
- Je lui fais croire !
- Le maître-mot, c'est de les laisser croire !
- Que tout va bien.
- Là-bas, c'est délicat, donc...
Si tu leur dis que t'es en galère... - J'ai pas la force encore.
-Tu y arrives bien. C'est normal.
Nous, on a l'habitude.
- Elle rigole, parce qu'au début,
j'étais à ramasser à la petite cuillère.
- Il a fait une grossesse nerveuse.
- Un homme qui laisse partir sa femme à la guerre,
les gens parfois ne comprennent pas.
Je me suis fait traiter d'incapable.
- Ils ont été durs, dans le jugement.
Ils remettent la virilité en cause.
C'est...
- Ouais. Au début, c'est vrai.
-Entre les collègues de sa femme, et les vrais militaires...
- Les gens me croient marié à Rambo.
- Ah ! Ouais, c'est vrai !
C'est ça qui vient en premier ?
- Alors que ma femme est hyper féminine.
Quand je l'ai rencontrée, ça se voyait pas.
Après, elle me l'a dit.
Je savais qu'elle allait partir.
- Ils ont fait 3 beaux enfants.
Là, il se plaint pas. - Elle m'a laissé du travail.
- C'est normal ! - Il me faut de l'action aussi.
- Le pire,
c'est quand ils ont la période gastro.
David arrive comme ça !
- Je préférerais être en Côte d'Ivoire !
- T'as bien raison !
- D'ailleurs, faut que j'aille les chercher.
Tu prends les pâtes.
- Je vais gérer.
On se revoit après ? Tu vas à l'école ?
- Je reviens, oui.
- A tout à l'heure.
...
Elles chantonnent.
...
-Bonjour. -Bonjour. Voilà.
- Merci.
Tout y est, c'est parfait. Je savais pas que c'était
si rapide entre la France et...
- Afghanistan.
-OK.
Je sais ce que c'est.
J'ai connu ça en tant qu'engagée volontaire à la Croix-Rouge.
- Ah oui ? OK.
-Je m'en occupe et ce sera en place dans environ une semaine.
-Une semaine ? -Ouais.
Ca peut pas être plus rapide.
- OK. Bon d'accord. A bientôt, merci.
-Tu vois, le guerrier chinois au combat reste un gentilhomme.
"Il est soucieux de gestes généreux, d'épargner l'ennemi,
"de ne rien détruire."
Sauf en cas exceptionnel de guerre à mort.
Pour le combattant chinois,
le conflit est un affrontement de forces morales
et une recherche de prestiges.
Le seigneur peut alors tester la valeur de ses vassaux.
- Hé mon amour, c'est moi.
J'espère que tu vas bien. Je sors du resto.
Je suis crevée.
Elle baille.
Bah écoute,
ça va...
J'ai vu Oksana aujourd'hui.
J'ai hâte de te la présenter.
C'est une chouette fille.
Voilà.
Ecoute, j'espère que tu vas bien.
Je pense fort à toi.
Et tu me manques, comme d'hab.
Son téléphone sonne.
...
Coucou.
*-Désolé de t'appeler si tard, on vient de rentrer au camp.
- C'est pas grave, ça va ?
-Le retour est reporté, Emma.
- Combien ?
Combien ?
-Un mois.
C'est le bordel ici.
On a rempli qu'un tiers des objectifs.
- Nan, mais tu fais chier...
Elle soupire.
-Tu sais quoi ?
On va se payer un beau voyage, c'est quoi la destination...
- On ira nulle part avec un nouveau-né.
Tu sais bien qu'on bougera pas.
-Mais... On va s'accrocher.
1 + 1...
- Faut que tu me fasses une promesse. -Dis-moi, tout ce que tu veux.
- Justement.
Je veux que tu sois là le jour de l'accouchement.
-Je te le promets.
Je rentre 4 jours avant.
J'ai compté les jours.
Tu me passes mon fils ?
Il fredonne.
...
...
- Je vais me marier avec ton grand-père.
Je me souviens qu'il est parti
4 mois aux Comores.
Et puis...
3 supplémentaires et enfin 2 mois supplémentaires.
- C'est dur. - Tu imagines ?
Les Comores, c'est loin, c'est pas à côté.
- Tu sais, à l'époque.... Toi, tu vas bientôt avoir un bébé.
Moi, j'avais deux petits en bas âge.
Ta maman et ton oncle.
Je suis partie avec eux à Bonifacio dans une garnison.
Je n'avais pas de téléphone.
Tu imagines ? Toi sans téléphone ?
Et ton mari, hein ?
Ton grand-père téléphonait
au pressing en face de l'appartement.
Et les appels étaient très très rares.
- Ouais.
- C'était loin, fallait déranger le pressing...
Tu imagines tout le problème.
Et puis souvent,
je raccrochais et je pleurais.
Le type
du pressing, eh bien,
pour me remonter le moral,
il m'offrait une liqueur corse. Oh oh !
-Deux cafés et l'addition de la 10.
- Alors, un petit café.
Et bière.
- Un grand merci. - De rien.
Tout va bien, mademoiselle ? J'arrive avec le Coca.
-Super. -Un verre avec le Coca.
S'il te plaît.
Et moi aussi, un Coca, s'il te plaît.
Ah bah, tiens.
- Le mec dehors, il est lourd.
- Tu veux que je m'en occupe ?
- Non ! - Je suis armée.
- T'es bête. Nan...
- Bizarre, y a pas Mme Vencourt.
-Ouais, t'as raison.
C'est la 1re fois qu'elle manque un repas.
- J'espère que ça va.
- Elle a peut-être la crève, comme moi.
- Ouais.
-Allez, chaud !
-Oh les filles, on travaille là.
- Et on va respirer tranquillement, 3 fois de suite.
Profondément ensemble.
...
Vous pouvez ressentir
cet appui derrière vous.
Et à la fois ces bébés à l'intérieur
qui sont là, qui gigotent peut-être,
qui prennent le temps d'être présents avec vous.
...
Tranquillement, on va intérioriser tout ce qui se passe.
Ressentir au-delà de cette vibration,
cette union que vous avez ensemble, là.
...
Et vous êtes ensemble
tous les trois.
Tranquillement.
...
*-2 soldats ont été tués dans la nuit en Afghanistan.
- Vous pouvez monter le son ?
Plus plus ! *-L'attaque est survenue
lors d'une opération de lutte contre les groupes terroristes...
- Avancez plus vite ! -Je peux pas.
Je suis en zone 30.
*-Nous reviendrons... -Stop, stop stop !
-Madame !
*-En Algérie, vient de débuter le procès Bouteflika...
Son téléphone sonne.
- Allô ?
Non, je suis contente de t'avoir. C'est tout.
J'ai eu peur.
J'ai couru un peu.
Ecoute, ça va maintenant.
Je t'entends, ça va. Tout va bien.
Je savais pas que t'allais pouvoir m'appeler comme ça.
Je sais pas...
-Quand il y a eu les histoires à la dernière OPEX,
quand la nénette a trompé son mari,
ça a fait un scandale.
- Oui, mais... - C'est normal.
- Mais pourquoi le scandale ?
-Ca regarde personne en même temps.
- Oui, dans la vie civile, ça passe inaperçu.
-En garnison, on vit les uns sur les autres. Tout se sait.
- Moi les filles, je vais vous dire un truc,
bah Frédéric, je l'ai trompé.
Et visiblement la rumeur n'avait pas couru.
-Non mais... -Et ça va ?
- Ca va très bien.
- T'as les joues roses. Tout va bien ?
- J'ai les joues roses aussi parce que vous me regardez.
Vous êtes en train de me juger.
- T'es toujours avec ton mari ? - Mais bien sûr.
- Il l'a su ? - Mais je comprends pas.
- Oui, il l'a su.
Et visiblement on était que tous les deux à le savoir.
Et le régiment l'a pas su. - Avec qui ?
- Avec quelqu'un, peu importe. Quelqu'un de l'extérieur.
Parce que ses absences,
l'ennui, tout ce que tu veux...
Justement, je me suis désennuyée, quelque part, à l'extérieur
voilà, très ponctuellement...
- Ca t'a aidé à comprendre que ça servait à rien ?
Que de toute façon, l'ennui, tu l'aurais toujours ?
- Mais non, au contraire ! - Tu continues à le tromper ?
- Ca m'arrive de temps en temps mais il le sait.
-Moi, autour de moi, j'ai connu beaucoup de cas de figure comme ça.
C'est vrai qu'il y a toujours un moment dans l'OPEX,
où on a beaucoup donné et on n'est plus capable de tenir.
Arrive le moment où on a besoin...
- Comment tu fais ? Tu l'as fait et tu le dis pas ?
- Je n'ai pas trompé.
- Moi, je n'ai pas trompé mon mari.
Et j'espère que je le tromperai jamais.
Mais il y a des moments où la solitude est très difficile.
- Tu préfères souffrir ? - Moi, je préfère souffrir, oui.
Je supporterai pas que lui me trompe.
- C'est un choix là. - Je prendrais les choses très mal.
Pour éviter l'ennui, ce qu'on faisait en régiment,
c'est dès qu'une OPEX commence, pour une compagnie ou le régiment,
une fois par semaine, on sort entre épouses.
On fait garder les enfants.
Savoir que dans ma semaine, une fois je sortais avec des filles
qu'on allait boire des coups... - On se confie entre nous.
Les moments de coup de blues. - On porte pas ça toute seule.
- Tu t'es pas confiée à aucun moment.
On se voit souvent.
Je comprends pas que tu m'aies jamais dit.
- Vous êtes tellement fermées, à juger à propos de ça,
que je me suis dit que c'était pas possible.
Je peux pas me confier à quelqu'un, la rumeur va...
-T'es amoureuse de lui ?
-Alors en fait, c'est drôle que tu me poses la question.
J'ai entendu récemment une émission sur le polyamour.
C'est très à la mode en ce moment.
Eh ben pourquoi pas.
C'est plus des jeunes évidemment qui sont dans ce moment.
- Je refuse ça.
Parce que le jour où moi je commence à regarder le plombier,
mon mari trouvera la justification pour regarder toute femme qui passe.
Elles parlent en même temps.
Je serais incapable de partager mon mari.
- C'est autre chose.
Elles rient.
- Et il y a des choses pour lesquelles je peux
Avec mon mari, on a mûri ensemble, on a vécu ensemble...
- On a grossi ensemble ! Maigri ensemble !
- Tu vois très bien où je veux en venir.
- Non, mais c'est vrai, les filles !
- J'aurais du mal à partager une intimité trop profonde
avec un autre homme.
D'autant plus qu'on a vécu les épreuves
de l'absence et des retrouvailles.
Tout ce qui va avec.
- Justement quand je le retrouve,
c'est encore plus fort, beaucoup plus fort qu'avant.
Mais tellement plus fort.
Et j'ai beau être fille, petite-fille, nièce,
belle-soeur de militaire,
peut-être que j'ai un esprit plus ouvert,
je vous juge pas vous,
où c'est mon accident y a 3 ans,
où j'ai frôlé la mort, ça m'a ouvert à autre chose,
mais en tout cas, moi, c'est...
Voilà, je le vis bien, je le vis comme ça.
C'est complètement assumé, que ça peut être possible de...
- Après, est-ce que c'est vraiment... Je suis la plus mal...
Vis-à-vis de vous, je m'excuse.
Moi, j'arrive pas à refaire ma vie depuis que Sébastien est décédé,
On était tellement jeunes.
Ca paraît ridicule, je suis décalée avec l'âge.
J'avais 17 ans, il m'a...
Et puis, ça, c'était chouette quoi.
Et puis on a fait des... Après, notre parcours de femme, de vie...
Et ça, c'était beau quoi.
Et c'est comme tu disais, j'ai pas eu le temps
de plus être amoureuse, de lui en vouloir.
Même là, on est plein de divorcés,
et les gens disent : "J'ai divorcé, c'est bon, je me suis remarié,
"j'ai refait ma vie."
Mis moi, je peux pas lui en vouloir. De quoi ?
Il m'a aimée. Il m'a dit :
"A bientôt, ma chérie. Je t'aime, bébé."
Ca s'est arrêté là.
- C'était ses derniers mots ? -3 semaines après...
C'était ses derniers mots.
Y en a toute une vie, ils cherchent l'amour.
Elles arrivent en fin de vie, elles ont voulu ça.
Moi, j'ai eu un homme qui m'aimait et que j'ai aimé.
-Il t'a pas abandonné.
- On a vécu tellement intensément.
Et tu vois, ça paraît...
C'était peut-être trop.
On a trop vécu.
Trop vécu intensément.
Mais il vivait comme ça.
- La mort, c'est injuste.
-Il partait en OPEX,
il revenait, "Ma chérie, je t'aime !"
"Je repars pas, je repars !"
- Tu n'as pas le droit de dire
que c'est parce que t'as vécu trop intensément
qu'il fallait être puni.
Vraiment il faut pas se dire ça !
J'ai des amies qui ont passé ça.
Il faut prendre le temps
d'accepter les choses comme elles sont.
- Je suis d'accord avec toi.
-Si ça prend encore 5 ans, ça prendra encore 5 ans.
Heureusement que t'as des enfants.
- Quand les filles, elles le disent.
Je suis super heureuse que les filles,
elles refassent leur vie.
Je dis : "Vivez parce que la vie est courte, elle passe très vite."
Celles qui mettent du temps, c'est qu'elles sont pas prêtes.
On a tous nos parcours de vie, elles sont atypiques.
Mais on est des bonnes personnes, on est ces femmes combattives.
Le plus beau, c'est qu'on garde l'espoir.
C'est peut-être juste ça qui est sympa.
Garder cet espoir.
- C'est à nous d'écrire le manuel de la femme parfaite.
C'est ça. Buvons un coup.
Elles parlent en même temps.
-A nous ! -Moi, j'ai fini.
...
-Si t'as un tuyau,
genre "Adopte une veuve de guerre.com"...
-On va le créer ! -On va le créer.
- Si t'as des piles pas chères,
parce que j'ai un budget monstre en ce moment.
- Tu pourras me conseiller, je pense que je vais m'y mettre.
- Et ça fait combien de temps...
- Que j'ai pas fait l'amour ?
T'as voulu me le dire poliment !
C'est un mec... Emma gémit.
Oh là, Emma, Emma...
Ca va ?
- Je crois que ça va... Non, ça fait mal.
- Donc on va parler...
Emma ! C'est une crampe ou t'as des contractions ?
- Nan, je crois que là...
- Ca te lance ? - Ah ouais...
- Attends, attends.
S'il vous plaît ?
J'ai besoin d'aide.
Si vous pouvez nous aider... Merci beaucoup.
Alors attends... - Je crois qu'il arrive !
- Non, Emma, il va pas arriver.
T'inquiète pas, tout va bien.
T'es fatiguée, ça va aller, ça va aller.
Respire. Emma, faut que tu respires.
On va attendre Laurent. Je suis pas prête non plus !
- Je veux pas accoucher sans lui !
- Vas-y, vas-y, souffle, souffle.
Elle gémit.
Respire... - J'ai mal !
- Je te lâche pas, je te promets.
Allez souffle, respire.
Tu vas être forte, tu vas être une super maman.
C'est magnifique !
- J'ai peur. - Je sais, ma chérie.
- C'est trop beau. Ca va aller, t'inquiète pas.
Respire.
Elle crie.
Pense à Laurent, faut que tu sois forte.
- Il est où ?
- Souffle, souffle !
- Je veux pas !
- Ca va arriver ?
-Oui ! -Merci...
Est-ce que tu es bien ?
Est-ce que tu veux t'allonger ?
- Non, je veux Laurent !
Je veux Laurent ! Appelle-le ! Appelle-le !
- Allez Emma...
Concentre-toi, comme tout à l'heure, c'était parfait.
C'est bon, t'inquiète pas, tout va bien. Allez souffle.
C'est parfait, ma chérie. - C'est dur...
- Ca va ? Respirez, respirez.
Détendez-vous.
Le Dr Ferrot est là, il va s'occuper de vous.
- T'inquiète pas, ma chérie. - Venez.
-Venez avec nous. -Je te laisse.
- Je veux pas que tu me laisses... - T'inquiète pas, ma chérie.
- On s'occupe de vous.
- T'inquiète pas, Emma, tout va bien se passer.
- Allez-y, Emma, soufflez, soufflez.
Et on y va, on pousse !
C'est bien. -Le col est ouvert à 9 cm.
- C'est bien, Emma. Allez, soufflez.
Soufflez, soufflez. On pousse !
-Sonia, intervalles à combien ? -9 secondes.
Allez, on pousse ! -J'aperçois la tête.
-Allez ! Emma hurle.
- Poussez, madame !
Poussez, poussez !
- C'est bien, Emma ! - C'est bon...
Parfait, parfait. Le bébé pleure.
... -Le bébé est là...
- Elle est où notre soirée entre filles ?
Tu m'as fait une sacrée surprise là !
C'était fou...
Emma, t'as été parfaite.
Regarde ce que t'as fait.
Un petit Raphaël. Il est magnifique.
Regarde...
- Je suis fatiguée, juste. - Oh Emma...
Raphaël fait de petits gazouillis.
Son téléphone vibre.
...
*-Je suis désolé de pas avoir été là, Emma.
Emma se met à pleurer.
J'ai pensé à vous tout le temps, tu le sais.
Je rentre très vite, mon amour. Tu le sais.
Je rentre très vite.
Je suis avec vous, je suis avec vous, tu le sais, mon amour.
...
Tu peux poser le téléphone près de mon fils ?
...
Raphaël commence à s'agiter.
...
Laurent fredonne sa chanson habituelle.
...
Raphaël se calme.
...
-Je vous laisse le prendre ? -Oui, t'inquiète.
Tu vas mieux ? - Ca va, j'ai un peu mal.
T'avais mal, toi ? - Un peu.
- Les points de suture, je pense.
Ca va, tu y arrives ? -Ouais, je vais le prendre.
Attends, je vais faire comme ça.
Hop !
- Ah oui. - Je ferme.
Et je le prends.
Viens là...
- Oh dis donc, ça pionce dur.
- Oh ouais...
- N'aie pas peur, c'est le bazar.
- Oh...
- T'inquiète, on connaît. - C'est pas grave.
Ca nous effraie pas. - Non !
MAISONNETTE
AUSSITOT QU'IL PLEUT
IL EST TOUT HEUREUX
IL SORT SA TETE
PETIT ESCARGOT PORTE SUR SON DOS
SA MAISONNETTE
AUSSITOT QU'IL PLEUT
IL EST TOUT HEUREUX
Musique douce au piano
...
Joyeux anniversaire
JOYEUX ANNIVERSAIRE, MARINE
JOYEUX ANNIVERSAIRE
- Attends, attends !
-Vas-y, souffle !
Applaudissements
...
LE GATEAU, LE GATEAU, LE GATEAU !
-Le cadeau...
- Non...
- Ouvre les yeux. - Non, j'ose pas.
- Ouvre ! - Vas-y, ose.
Elle soupire.
...
Applaudissements
-Et pour la famille, hip hip hip ?
- HOURRA !
...
-Y a des petites cuillères ?
-Je sais pas pour une mère
à quel point la joie du retour
d'OPEX est forte, mais pour une femme,
ça compense presque le départ.
Comme quand on est fiancés, et qu'on se revoit,
quand on est jamais sûrs de plaire ou d'aimer,
quand arrive le mari après l'OPEX,
on se sent, mais... toute jeune à nouveau.
Et ça rend la vie toujours plus intense.
- C'est comme un 1er jour. - Comme un 1er jour.
-Ou on vit intensément et on souffre, ou alors euh...
Je sais pas, je connais plus l'autre vie.
Elles parlent en même temps.
- La souffrance va disparaître avec la joie.
Et dans 3 jours, tous les défauts reviennent.
C'est terminé !
Elle chantonne.
- Papa, il va bientôt venir te voir.
Bah oui...
Papa, il va venir.
On va voir papa, regarde.
C'est quoi ça ? C'est papa !
Ouh !
Oui, il va venir te voir. Il va venir te voir.
On sonne.
Attention...
T'es sage, mon amour ?
Tu m'attends là, mon chéri ?
On sonne.
- Bonjour.
N'ayez pas peur, il est en vie, je vais vous expliquer.
On va s'asseoir ? Venez.
On va se poser tranquillement. Asseyez-vous.
Votre mari a participé à une patrouille la nuit dernière.
Et son véhicule a sauté sur un IED.
Un engin explosif.
Il est gravement blessé mais il est en vie.
Les médecins l'ont plongé dans un coma artificiel.
Pour mieux le soigner.
Il est en cours de rapatriement. Il va arriver cette nuit.
Sur Paris.
Elle sanglote.
- Ca va aller.
-Nous, on est là pour vous aider.
Et on va vous emmener sur Paris le voir si vous le souhaitez.
...
- Il est entier ? -Pour l'instant, pas de problème.
Déjà qu'il soit transportable,
et qu'il ait été rapatrié, c'est un bon signe.
...
- Ca va aller.
Le chauffeur ne parle pas très bien français.
- On va bientôt arriver à hôpital d'Invalides.
- Merci.
- Je suis désolé pour qu'est-ce qui est arrivé à votre compagnon.
- Vous le connaissez ?
- Je le connais pas lui mais...
j'ai entendu de sa situation.
Sa mission...
C'est douloureux pour lui et pour vous aussi.
J'espère que vous trouvez la force pour...
pour vous battre à côté lui.
-J'ai plus de force.
- Il faut que vous êtes deux fois plus forte pour lui
et pour vous-même.
- Vous connaissez l'Afghanistan ?
- L'Afghanistan, non. J'étais pas en Afghanistan,
mais j'étais dans d'autres opérations en Afrique, en Irak.
J'étais aussi blessé.
- Ah bon ?
- J'ai été aussi blessé.
Et on peut dire que je connais un peu votre situation.
- Vous avez eu quoi ?
- J'avais aussi un accident
avec le véhicule blindé.
Mais chaque cas diffère un de l'autre.
- Vous avez été dans le coma ?
- Non, non.
...
-Mme Pankovski, s'il vous plaît.
- Oui, c'est moi.
- Bonjour. - Bonjour.
- Suivez-moi.
- Bonjour. -Bonjour, madame.
Vous êtes Mme Royer ?
- Oui, je suis sa fiancée.
- D'accord. Asseyez-vous, je vous en prie.
Je suis le Dr Juvin, un des médecins de la réanimation.
J'ai examiné votre mari qui vient d'arriver.
On vous a dit quelque chose ? - Pas grand-chose.
- Vous savez ce qui s'est passé ? - Je sais qu'il est dans le coma.
- En Afghanistan, son véhicule a été pris dans une embuscade,
y a eu une très forte explosion.
Cette explosion lui a causé plusieurs chocs.
Il a d'abord été traité là-bas par les médecins.
Au mieux avec les moyens locaux. Et il a été rapatrié.
Et aujourd'hui, il est dans le coma.
Il a beaucoup perdu de sang.
Sur les lieux de l'accident,
pendant le transport,
et il donc a été transfusé. On lui a apporté du sang.
Sur place, durant le transport,
ici, d'ailleurs, depuis qu'il est arrivé.
La priorité, ça a été de lui sauver la vie.
Ce qui a été fait.
Aujourd'hui, il est en vie, dans un état évidemment critique.
La partie n'est pas gagnée.
- Mais il va se réveiller ?
- Je ne sais pas encore vous répondre.
C'est encore trop tôt. On fait tout pour qu'il se réveille.
- Je peux lui présenter son fils ?
-Non, ça, c'est pas possible.
Le petit bébé, il est très...
Votre bébé, il est très sensible à tout l'environnement,
en particulier aux infections.
A l'hôpital, en réanimation surtout,
y a des microbes qui circulent.
Et c'est pas bon pour lui.
C'est pas possible que votre bébé rentre en réanimation.
Je le regrette.
Je comprends que vous auriez voulu,
mais c'est pas possible pour le bien de votre bébé.
- OK.
- Bonjour, mon collègue m'a demandé de venir vous voir.
- Oui, c'est pour le bébé.
- D'accord.
- Vous faites attention ? - On va bien prendre soin de lui.
Voilà. - Je l'ai jamais laissé.
- Je vous retrouve où après ? - A la salle de garde.
On va bien prendre soin de lui.
...
Bips de machines
...
- Laurent...
Tu m'entends ?
Tu m'entends ?
C'est moi...
Elle sanglote.
...
Tu m'entends ?
Réveille-toi...
Je suis là...
...
On sonne.
- Oh ma petite chérie.
Oh mon Dieu...
Entre.
-Je te vois demain, ça marche.
Je viendrai te chercher.
Elle chantonne.
...
- Hein ? Regarde, maman.
Raphaël...
Ca te fera du bien un truc comme ça.
Parler un peu d'autres choses.
Regarde comme c'est beau ici.
Qu'est-ce que c'est beau ici...
Oh là là...
Qu'est-ce que tu es mignon...
Mon arrière-petit-fils. Tu te rends compte ?
Hein ?
-Je vous ai demandé de passer me voir
parce que, cette nuit, on a dû opérer
votre mari.
Il y a 48 h, je vous ai expliqué qu'il avait de la fièvre,
qu'on savait pas d'où ça venait.
Hier soir, son état s'est dégradé.
Il a fallu par exemple augmenter les médicaments qu'on lui donne
pour que sa tension artérielle reste
à un niveau correct.
Tout ça nous a poussés à le mettre au bloc cette nuit.
Et on a découvert sur sa jambe
un petit abcès, un peu d'infection.
On l'a opéré de ça.
On a gratté l'abcès, on a retiré l'infection.
Et donc, il va mieux. Il n'a plus de fièvre ce matin.
On a bien fait de l'opérer.
- C'est bon, il va survivre ? - Non.
Les choses sont toujours fragiles,
sont toujours fragiles.
Mais on a franchi un bon cap cette nuit.
Il faut l'avoir en tête.
C'est vrai, les choses sont toujours fragiles.
Je ne vais pas vous mentir. - Je peux y aller avec mon fils ?
Peut-être qu'il le sentira
ou que ça peut faire quelque chose...
- Votre fils, il est trop jeune
pour entrer dans une salle de réanimation.
C'est pour son bien.
Bips de machines
...
On ne perçoit pas ses propos.
...
- Mademoiselle ?
Mademoiselle ?
Vous voulez manger ou boire quelque chose ?
La cafétéria est encore ouverte.
...
- En bleu ou en blanc.
-Mme Vencourt ?
Mme Vencourt...
Vous me reconnaissez ?
- Oui ! La jeune vendeuse...
- Vous allez bien ?
- Ils m'ont hospitalisée à la demande de mon fils.
Parce que j'ai des problèmes de coeur.
- Je peux vous serrer dans mes bras ? - Oui, bien sûr.
- Merci.
- Merci, ma mignonne.
- Bonne chance à vous. - Oui. Merci...
Emma pleure.
...
- Il faut continuer
à aller le voir,
à lui parler,
à lui raconter ce qui tu fais,
le bébé tout ça.
Ca va l'aider.
Hein ?
Emma pleure.
C'est très important.
...
Souffle.
Emma expire doucement.
Encore.
...
Je suis sûre qu'il t'entend.
Souffle encore.
Ca va ?
...
Quand j'étais à Toulouse
il y avait la 11e DP juste à côté du cabinet.
C'est comme ça que j'ai connu Michel.
Il y avait souvent des para qui venaient se faire soigner.
Blessés...
Parfois, j'allais chez eux aussi.
Puis y avait les femmes.
Et...
Des histoires comme ça,
j'en ai entendu beaucoup.
Je savais que ça pouvait arriver.
A tout moment.
Souffle...
...
Allez, lâche, c'est pas grave.
Ca va aller.
Allez.
Il va revenir.
J'en suis sûre.
...
- Oksana !
- Emma, comment vas-tu ?
- Je suis contente de te voir. - Moi aussi.
- T'as fait bon voyage ?
- Ouais, et je suis contente de vous retrouver.
Tu sais que je pense fort à toi.
- Ca me fait plaisir que tu sois venue.
T'as fait un bon voyage ? - Ca a été.
Y avait du monde et, comme d'habitude, des retards.
- Allez, viens.
- Et Raphaël fait ses nuits ? Il est magnifique.
- Ouais, bah ça pousse.
- Il est beau comme tout.
Il est génial.
- C'est grâce à toi aussi !
- T'as fait le plus dur, j'étais ton coach sportif.
"Poussez madame, poussez !"
- 2, 3, 4...
5, 6, 7, et 8.
Et à partir de ça, après, on fait des fioritures.
On peut marcher, on peut avancer.
On recule...
On fait le boléro.
On fait tout ça.
Elles chantonnent.
...
On sonne.
- Candice ! Ca va ? Ca fait plaisir.
- Moi aussi. - Rentre.
- Je voulais te faire un cadeau pour ton fils.
- T'es trop sympa. - C'est normal.
- Oh c'est mignon. Oh t'es chou. Merci.
- Je t'en prie. - Merci beaucoup.
Mais viens !
- Non, je peux pas, je reprends le service tout à l'heure.
En fait, je suis venue aussi pour euh...
Pour te dire un truc.
Tu te souviens de l'histoire que je t'ai racontée
du père de mon amie colonel qui l'a abandonnée ?
En fait, c'était moi.
- Faut le faire, Emma.
C'est important.
Y a personne.
Regarde.
- T'es sûre de toi ? - Oui, vas-y.
- Est-ce que t'es bien ?
Raphaël... Hop, le petit coeur.
Vas-y. Ecoute, vas-y...
Bips de machines
...
Emma pleure.
(à voix basse) -C'est ton fils.
Je te présente Raphaël.
Je l'ai appelé comme tu en rêvais.
...
Il te ressemble.
J'aimerais bien que tu ouvres les yeux.
...
Je te promets de l'élever
dans les valeurs qui sont les tiennes.
Je te promets de lui parler tous les jours de toi,
de lui dire que tu l'aimes.
Je te promets d'honorer ta mémoire.
Et de pas me décourager.
Je te promets de t'aimer.
...
Version au violon
"Les Adieux suisses", chant des armées françaises
...
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
...
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