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Musique douce
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…
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Des cigales chantent.
…
Les cloches sonnent.
Sifflement
…
Brouhaha
…
- Fermez-la donc, cette porte !
On va pas les attendre 107 ans, vos morveux !
Ils seront déjà passés. On n'aura pas le temps
de répéter l'hymne américain. - Il choisit toujours son moment
pour disparaître. - T'inquiète pas.
- Je l'ai pas trouvé !
Notes dissonantes
…
- Allez, en place !
Brouhaha
On jouera sans tambour ni clairon !
…
(- Attention… (Allons-y.)
"C'est la fête au pays", Maurice Chevalier
…
Ils nous ont pas vus.
…
♪ — Le jour où les sirènes Aidées par les tocsins
Des désastres de haine Ont annoncé la fin
Un élan d'allégresse Enleva le pays
Et tout un peuple en liesse Partout se répandit
Immédiatement adorablement Magnifiquement en chantant
C'est la fête au pays
Au pays qui revit
Chantons tous aujourd'hui
Oh oh oh Le soleil luit
♪ "In The Mood", Glenn Miller
♪…
- Fabriquer un drapeau avec tes guenilles,
c'est bien une idée de toi, Josyane.
- Toi, si tu crois que maman va pas voir
que vous avez pris son rouge avec Hélène…
- Peut-être… Mais tiens ta langue.
- Je dirai rien.
Si tu crois qu'ils vont les remarquer,
les filles de Saint-Michel, les Américains…
♪…
- Il est trop gros, ton tampon.
T'auras pas la place
pour toutes les étoiles. - Pourquoi ?
Il y en a combien ? - Je sais pas.
Beaucoup.
♪…
- Alors ? Comment tu trouves ?
Is the girl pretty ?
♪…
- Tu sais combien il y a d'étoiles au drapeau américain, toi ?
Hein ? Tu sais combien il y en a, des étoiles ?
♪…
- Non… Autant que les soldats qui vont défiler dans la rue !
Tous plus beaux les uns que les autres.
Bah…
Demande à papa, grosse bête !
C'est lui, le maire, il doit savoir ça.
♪…
- C'est ainsi que nous dédions
à vos armées glorieuses ce cri du cœur.
- Papa ? - Quoi, encore ?
- Combien d'étoiles sur le drapeau américain ?
- Hein ? Euh…
Eh bien, voyons…
Il y a… Euh…
Une étoile par État. N'est-ce pas ?
Et… Chaque étoile étant
le symbole… - Ça fait combien ?
- 48, ma chérie. - C'est vrai ?
- Puisque ta mère te le dit.
Je le confirme.
Y a 48 étoiles
au drapeau américain. - Merci, maman !
- Alors ?
- D'ici, on peut pas les louper. - On sera les premiers à les voir.
- On va se faire virer de la fanfare, oui.
- Pas grave. Dans 15 jours,
on sera plus là.
- Moi, après le certif,
je suis bon pour faire des saucisses chez mon père.
- Eh bah, moi, après la guerre,
je retourne à Lyon, chez ma mère.
Quand je serai plus grand,
j'irai à Paris, au cirque Bouglione.
- Faire le clown ? - Mais non, couillon !
Pour faire un numéro de tours au lance-pierre.
- Écoutez…
Un véhicule approche.
- Ça y est ! Les voilà !
…
Ils crient de joie.
- Tiens, mon clairon !
La colonne de véhicules se rapproche.
Il joue faux du clairon.
…
- J'ai oublié mon tambour !
…
Cris de joie
…
- Ouais ! Ils sont là ! Les voilà !
- Qu'est-ce qu'ils foutent ici ?
- ILS ARRIVENT !
- Petits branleurs ! Attends un peu !
…
Bande de couillons !
C'était à nous de les guetter !
…
Petits cons !
- Alors ? - Et alors !
T'as entendu ! Tu peux descendre !
Musique militaire
…
Ils crient de joie.
… …
- Ils sont là, les Américains !
… …
- Les Américains arrivent ! - On les a vus !
- C'est à cette heure que vous voilà ?
- C'est tout ce que avez trouvé ? - Laisse-le causer !
Qu'est-ce que t'as vu ?
- LES AMERICAINS. - Ils arrivent en char.
- Où ça, vous les avez vus ?
- À la bosse. - On les a vus les premiers, avant…
- C'est bien vrai, ça ? - Je te jure !
- Bon Dieu !
C'est une sacrée nouvelle !
- Allons-y ! Brouhaha
- Ça y est ! Les voilà !
Je vais le dire à papa !
- Oh non !
Oh, puis zut !
- Papa ! Les voilà !
- Maman,
on peut y aller ?
- Eh merde !
Regarde-moi ça !
Marthe, je t'en conjure.
Couds n'importe quel bouton à ce pantalon, vite !
- Calme-toi. Ils ne passeront pas
sans s'arrêter. Brouhaha
…
Cris de joie Musique désordonnée
… …
- On répète après moi !
Welcome to Americans !
- WELCOME TO AMERICANS !
- Allons, allons. Allons, monsieur !
Allons, monsieur, s'il vous plaît !
Laissez-nous la place.
Mettez-vous en formation, messieurs, s'il vous plaît.
Les petits, devant. Les petits, devant.
Où il est, ton tambour ?
- Il y avait combien de chars ? - On n'a pas compté.
Il y en a à la queue-leu-leu.
- Et le maire ?
Qu'est-ce qu'il fout, ton père ? - Il arrive, il arrive.
Explosions Cris
Tirs en rafale
… - Qu'est-ce que c'est ?
- Du 75. - Ils vont pas nous tirer
dessus, quand même ? - En tous cas, c'est 75.
- T'es sûr que c'est des Américains ?
- Euh… On a vu des chars.
Klaxons
…
- Foutez le camp ! C'est les Boches !
Brouhaha Tirez-vous !
Ils crient de panique.
Fuyez !
Brouhaha
…
- Ils sont partis à gauche, là !
…
- Mets ton chapeau ! Et rejoins-moi vite !
Musique menaçante
…
Musique tragique - André !
(- Oh, merde…)
…
- Hé ! Attendez-moi !
…
(- André…)
…
Parle ! Regarde-moi !
Parle !
Mon Dieu…
Ils l'ont tué !
Marthe pleure.
… …
- Au secours !
…
Au secours !
Au secours !
…
- Ils ont le diable dans la peau, ces gamins.
- C'est pas si étonnant. On sait d'où ça vient.
- Pas trop. - Sans les vélos,
ils peuvent pas être loin.
- Loin ou pas loin,
quand je leur mettrai la main dessus,
ils s'en souviendront, des Américains !
- Victor, ils n'ont pas fait exprès.
- Ça reste à voir.
- L'enquête le dira bien.
T'as pas retrouvé le tien, non plus ?
- Je l'ai pas retrouvé, non.
Il perd rien pour attendre.
Musique douce
…
- Je vous cache pas, tous les deux,
que pour tout le monde, il vaudrait mieux
qu'ils aient pas prémédité leur coup.
Cette fois, ça risque de les emmener loin
et vous serez responsables…
- C'est vite dit !
C'est mes neveux, pas mes fils !
J'ai déjà été couillon de les prendre,
les nourrir aux frais de la princesse,
pour que leur mère ait les mains libres
de faire ce que je pense avec les Boches à Lyon !
Ce sera pas un sou de plus.
Ça, je vous le dis !
- On a droit à une pension.
Il rit.
- C'est que j'ai à dire, c'est qu'on a dû entraîner Gaby.
Je vois pas ça autrement. - Tiens donc.
Ton lardon vaut pas mieux que les autres.
- Je dis pas… - Si c'est prouvé
qu'ils ont fait exprès, je le conduis au séminaire
à coups de pied dans le cul !
Mais je connais assez bien
mon gars pour savoir
qu'il a pas assez d'idées pour monter un coup pareil.
Voilà ce que j'ai à dire.
- Vous avez les papiers des deux gamins ?
- Donne-lui les papiers.
- Ils pourraient avoir dans l'idée de retourner à Lyon.
Si on les a pas retrouvés demain, j'envoie un avis de recherche
à la brigade de Lyon. - Dès ce soir !
Si vous mettez la main dessus,
c'est pas au séminaire que je leur paye des vacances !
Mais en maison de correction ! Au trot !
S'il faut une autorisation, je la signe.
- Victor.
- Il faudrait leur tresser des lauriers, peut-être ?
- Antoine Adrien Morin, né de Hélène et Jean Morin…
Tu notes, toi ?
Celui-là, Julien, Claude Toulis.
Ils portent pas le même nom ? - Hélène a eu Antoine
d'un premier mariage. - Le père était à l'Île-de-Ré,
que le gosse avait pas 6 mois.
La mère a divorcé. Et le second,
je veux pas savoir d'où il vient…
Il a pas trouvé preneur.
Né de père inconnu.
- Il porte son nom de jeune fille.
- Son nom de pute !
Tout le canton en rit encore ! Un putain de fils de pute !
Voilà mon avis !
- Victor, c'est bien gentil, mais j'ai un maire sur les bras !
- Fait pas l'intéressant avec ton rapport !
- Ne dis pas n'importe quoi ! - Je dis pas n'importe quoi !
- Oh, si ! Oh, écoute !
Conversations confuses
Un chien aboie.
Musique intrigante
…
- Alors ?
- Il y a les gendarmes à la maison.
Il vaut mieux pas rester ici.
… - C'est pas notre faute !
C'est pas nous qu'on a tué le maire !
- Vas-y leur dire, si t'es si malin.
- Mais où on va ?
- À Lyon, tiens. Chez maman.
- C'est drôlement loin, Lyon !
- C'est pas toi qui pédales ! - Vos gueules, maintenant !
…
Musique douce
- Mais Antoine, arrête ! J'en ai plein les pattes !
- On n'est pas rendus, si on s'arrête !
On n'a pas fait 10 kilomètres.
- Tu veux pas le prendre, ton frangin ?
Tu verras !
…
Bah, moi, je m'arrête.
Allez, descends.
…
- Où on est ? - À l'endroit idéal pour pisser.
…
Il a tort, ton père.
T'as de bonnes idées, des fois.
…
- Ta mère sera d'accord pour nous cacher
chez elle ? - T'inquiète pas.
Il va juste falloir faire gaffe aux gendarmes.
Si on peut pas, je m'en fous.
Maintenant, je sais où il est, mon père !
- C'est vrai ?
- Où il est, ton père ?
- Sur l'Île-de-Ré.
C'est mon père qui y est. C'est tout ce que j'ai dit.
…
Un véhicule approche. - Qu'est-ce que c'est ?
- Peut-être les gendarmes.
…
(- Grouille-toi.
…
(Ils sont moins fiers, les Boches…)
- Tu parles.
Les Anglais et les Américains arrêtent pas de leur foutre
la pâtée depuis le Débarquement. - Ils sont beaucoup.
(- Et alors ?
(Les Amerlots sont au moins un million.
(Avec les Anglais, en plus…
(Il est "kaput",
(Hitler…)
(- Pourquoi ils ont pas radiné plus tôt ?)
(- À cause de la météo.)
Les soldats parlent en allemand. (- Merde…
(Les vélos des gendarmes…)
…
(- Oh, les cons.)
Salauds de Boches !
La vache meugle.
Il crie.
- La vache ! Elle a voulu me bouffer !
- Merde, on s'est endormis.
- T'es con de gueuler comme ça, tu m'as foutu la trouille.
- Quel couillon, celui-là.
- T'es marrant, toi.
Elle a voulu me bouffer avec sa bave.
- Elle a voulu te lécher comme son veau, c'est tout.
- Maintenant que tu la connais, tu lui demanderais pas du lait ?
Pour le petit-déjeuner…
- Pour attraper un coup de sabot, moi, j'y vais pas !
- Je sais comment on fait, c'est fastoche.
Mais on n'a pas de bidon. - Faudrait trouver un truc.
La vache meugle.
- Arrête, ça va déborder !
Tu vois, ça coule en dessous.
Vite, vite, ça dégouline !
- Qui sait qui commence ? - Tiens, c'est ta casquette.
- Comme ça, s'il a des poux…
- Qu'il est con.
Si j'en avais, ils nageraient !
Il rit. - La vache ! Ça fait du bien !
- C'est même chaud, il manque que le sucre.
- Avec un coup de rouge, ça aurait été meilleur.
- Regardez là-bas !
Il y a une ferme !
- Eh bah… Qu'est-ce qu'elle a ?
- On pourrait aller faire nos commissions.
On y va en s'approchant par derrière.
Toi, tu restes ici pour faire le pet.
- Pourquoi toujours moi ?
- T'as qu'à cueillir des mûres pour le dessert.
Musique mystérieuse
- Je m'en fous.
Si j'en trouve, je les bouffe !
…
Musique badine
…
Musique intrigante
…
Les poules caquètent.
…
(- Celle-là, tu l'as pas loupée.)
(- Y a peut-être des œufs.)
En voilà deux !
- Regarde ce que j'ai trouvé.
- Qu'est-ce que vous foutez là ?
C'est-y a pas que vous êtes en train de voler mes œufs ?
Fils de garce ! En voilà du culot !
Boudiou !
- On voulait les acheter ! On voulait les acheter.
- Deux douzaines, petit saligaud ! Et une poule en plus !
Tu vas les payer ! Toi ou ton père ! Allez !
Avance ! Allez !
- Pas mon père, monsieur ! Pas mon père !
Je veux pas aller au séminaire !
- Qu'est-ce que tu chantes avec ton séminaire ?
- Julien !
Une vache meugle.
Il est où, ce couillon ?
Réponds, merde !
…
Julien !
Hé, Julien !
Julien ! Julien !
- Je suis là !
- Ah, t'es là ?
Viens vite, Julien !
- Il y en avait pas tellement, des mûres !
- Faut décamper de là en vitesse !
- Il est où, Gaby ? - Il s'est fait gauler !
Le fermier nous est tombé dessus !
Cours, andouille !
- Heureusement que t'as trouvé à manger !
Des mûres, y en avait pas beaucoup !
C'est bête pour Gaby, quand même.
- Il avait qu'à se débiner,
au lieu de rester comme une bûche !
- Remarque, comme ça, on en a un chacun.
- Ce qui est chiant, c'est qu'il va se déballonner.
Je le connais.
Si on lui tire les vers du nez,
il va tout dire.
Rien que pour pas aller au petit séminaire.
Et alors, là… Nous…
On les aura tous aux fesses.
- Qui ça, qu'on aura aux fesses ?
- Les gendarmes, patate.
Et Victor, si ça se trouve.
Avec le costume de fanfare,
ce ne sera pas dur de me repérer.
Tiens, t'as vu comment j'ai fait ?
T'aspires très fort et ça coule tout seul.
- Pouah !
C'est dégueulasse !
- Mon cochon, t'as pas craché sur les mûres !
Ta langue est toute noire !
Il grommelle.
Il rit.
Musique douce
Bon. Bah, en route.
…
(Ça doit être nous qu'ils cherchent.)
- C'est impossible. Comment qu'ils sauraient ?
- Qu'est-ce que tu crois ? Les gendarmes ont le téléphone.
Ils ont dû nous signaler partout,
jusqu'à Lyon. - Tu crois ?
- Bah, un peu, oui.
Et puis, je le connais, ce trou.
J'y suis allé une fois en dépannage avec Victor.
Pour le traverser, y a que le pont.
- Comment qu'on va faire ? - Bah… J'en sais rien.
Musique mutine
Viens, on se cache.
Dans deux minutes, elles vont radiner !
…
- Cette nuit, la gare de Lyon a été bombardée,
pour les empêcher d'évacuer…
C'est pas moi qui m'en vante, hein…
Musique intrigante
…
- Regarde ! J'ai trouvé !
On va se déguiser !
Je vais y aller tout seul.
Toi, tu restes là.
- J'en ai marre.
C'est toujours moi qui m'y colle.
- C'est moi le chef. Discute pas.
T'as qu'à cueillir des poires.
Et sans les bouffer.
T'as du bol, toi.
Il rit.
…
Si tu rigoles,
je te laisse te débrouiller.
Au lieu de manger du raisin, tu ferais mieux de m'aider.
Comme ils cherchent des gars, ils seront bien baisés…
- Et moi, comment je me déguise ?
- Retire ta blouse, ça suffira.
- Je peux pas, j'ai mes poches.
- Qu'est-ce qu'elles ont, tes poches ?
- Bah… Elles sont pleines.
- Vide-les dans le panier. Grouille-toi, idiot.
- Antoine ! Il y a un chien !
- Je le connais. Il est pas méchant.
Musique badine
- T'es sûr qu'il va rien nous faire ? - Dis donc, touche pas à ma pomme !
…
Ça fait comment ?
- Bah… On dirait presque une vraie fille.
- Dis donc, toi ! Ça va pas !
- Peut-être qu'il aime les filles.
- Fais attention à ta gueule.
(Va-t'en !)
…
Allez, avance.
Faut filer d'ici, maintenant.
…
- Antoine, il nous suit toujours.
- Tant pis. On s'en fout.
Donne-moi la main.
- Les gars ! Regardez qui va là !
Ils sifflent.
Hé ! Une fille ! - Bonjour, mademoiselle !
- On te connaît pas !
Comment elle s'appelle ?
- Laissez-ma sœur tranquille !
- Oh l'autre ! Rires
- Ta goule ! Elle nous plaît, ta sœur !
- Tu nous la montres !
- Elle lui a pété le nez.
- Attention ! Sinon je dis à mon chien de mordre !
Le chien aboie. - Morue !
Elle a fait assez de chemin, ta culotte !
Pisseuse !
- T'as pas intérêt de revenir,
salope !
- Pour vous, madame Moreau, qu'est-ce que je vous sers ?
- Il faudrait… Euh…
Un paquet de Chicoré, s'il vous plaît.
- Maman, ma robe !
- Qu'est-ce qu'elle a, ta robe ?
- Y en a une sur la place
avec ma robe !
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Des Romanichels… - C'est pourtant vrai !
Hé ! Dis donc ! Toi, là-bas !
Où c'est que tu l'as prise, la robe que t'as sur le dos ?
- Oh, merde… - Espèce de voleuse !
Roger ! Roger !
Arrête-les ! Ils ont volé
mon linge !
Roger !
Roger ! Musique mutine
…
Arrêtez-les !
Quelle bande d'empotés !
Au secours !
Arrêtez-les !
…
Musique calme
…
Ils sont coincés ! - Vous irez pas plus loin !
- Grimpe vite dans la barque !
Attention, Tex !
Tex aboie.
…
S'ils approchent, mords-les !
- Tu vas pas te faire impressionner !
- Il est peut-être enragé !
- Vite, Antoine !
… …
- Allez, viens, le chien.
Saute ! Saute !
- Vous irez pas loin !
- Bande de voleurs !
Musique légère
- Raté !
Waouh ! Les nouilles !
- On va prévenir
les gendarmes ! - Qu'est-ce que t'attends ?
Au lieu de crier en l'air !
- Si tu le surveillais, ton linge ?
- Les voilà qui s'engueulent ! - Tu passes ton temps
dans les cafés ! Cesse de chouiner !
C'est pas ça qui va la ramener, ta robe !
- On a du bol.
Sans le chien, on était fichus…
- T'as vu comment qu'il a sauté ? C'est pas croyable.
…
- Bouge pas. Donne-m'en une autre.
- Les gars ! Revoilà la fille !
- Hé ! C'est la barque à mon père !
- Le culot ! Elle a volé la barque !
- Vite ! Il faut les bombarder !
- On nous bombarde !
Avec des asticots !
- C'est ceux de tout à l'heure !
On va passer de l'autre côté !
- Grosse bête !
- Salope ! - Pisseuse !
Cris et propos indistincts
…
- Ah ! Les salauds !
Ils nous arrosent !
Bande de moules !
Pedzouilles !
- Mais non ! Regarde !
Ils nous ont balancé
leur pêche ! Merci, les gars !
Merci pour la pêche !
- Mais c'est pas vrai !
- T'as balancé la pêche. T'es dingue ?
- Il est con, celui-là !
Il a tout jeté !
Tiens ! En voilà, des munitions !
- Tranquille, peinard. Livraison à domicile.
Paf !
- Tu parles, j'ai tout pris. Je suis trempé, moi.
- Râle pas, avec le soleil, tu seras sec en cinq minutes.
Et puis, en attendant,
poissons, poulet, dessert…
Comme au restaurant !
- Il va falloir trouver comment les cuire,
je vais pas les gober tout cru.
- T'inquiète pas pour ça.
Je connais des recettes d'Indien.
Tu verras, c'est fastoche.
Musique apaisante
…
- T'es fou ? Les chiens, ça bouffe pas des poires.
- Regarde un peu, s'il aime pas ça…
Hein, Tex ?
…
- Comment tu sais son nom ?
- Je le connais pas. Je l'ai inventé.
Tous les chiens répondent quand on les appelle ainsi.
C'est connu… Hein, Tex ?
…
Viens ! On va aller dans le moulin !
- Pourquoi faire ?
…
- Faire du feu pour cuire le poulet.
- Comment qu'on va faire
pour faire du feu ?
Comment qu'on va faire du feu ?
…
- Sur le livre à Gaby,
c'était marqué comment ils font, les Indiens.
…
Personne pourra nous repérer, là.
Ça aussi, c'est un truc d'Indien.
- Comment qu'ils font, quand il y a pas de moulin
pour pas se faire repérer ? - Ils vont dans les grottes !
…
T'as vu comme c'est beau ?
- Ouais, moi, ça me fout la trouille.
Tu crois qu'il l'a mis au séminaire,
son père, à Gaby ? - Bah, tiens !
S'il le dit, c'est que c'est vrai.
Waouh, la vache.
- Il marche encore, dis donc !
- On pourra faire de la compote de poires…
- Ou de la farine de poissons, mais c'est dégueulasse.
Le pain, il a un goût de merlan.
- C'est pas pour faire du pain, patate !
- Arrête de m'appeler patate !
Patate toi-même, d'abord !
Hé, regarde !
- Ouais !
- LES AMERICAINS !
LES AMERICAINS !
- Levez les mains !
Allez !
- Merde. C'est un Boche.
- Descendez de là.
Descendez de là !
Ne vous sauvez pas, je devrais tirer.
Allez, avancez.
- Je vous préviens, on est pas seuls !
- Toi, la fille, t'es maligne,
mais je te crois pas.
Approchez-vous.
- Tex ! Tex !
Viens ici !
Je vous l'avais dit qu'on était pas seuls.
Maintenant, laissez-nous tranquilles.
Sinon, je dis au chien de vous sauter dessus.
- Il vous bouffera tout cru ! Il en a déjà mangé, du Boche !
- Des Boches, peut-être,
mais en uniforme, ça m'étonnerait !
Komm her !
Setz !
- Il est à vous ?
- Même pas.
Comme tu vois,
comme ce chien de Boche,
on est bien dressés, nous.
Maintenant
que vous êtes seuls, les mains sur la tête.
Avancez !
Avancez !
- On s'en fout.
Les Américains, ils arrivent.
- Vous êtes cuits, les Boches ! - Je sais, nigaud.
C'est bien pour ça que j'ai besoin de vous.
Vous allez m'aider. - Pourquoi faire ?
- À sortir de ce trou à rat.
Toi, la fille,
tu vas retourner dans ton village.
Ils rient. Qu'est-ce qui te fait rire ?
- Rien.
Il est con. - T'as dit "la fille".
- Et alors ?
- C'est mon frère.
- Vous voyez bien qu'il est con.
Ça le fait rire, mon déguisement.
- Ça va, ça va, hein !
- Si je suis pas une fille, t'es pas mon frère !
Tu ferais mieux de la fermer.
- Du calme !
- T'es pas mon frère, si tu veux le savoir !
- Si ! Arrête de mentir !
- Ça suffit !
Taisez-vous, nom de Dieu !
Je me suis pas fait chier deux jours ici
pour me laisser emmerder par votre histoire de carnaval !
Viens ici !
Je te garde en otage.
Toi, fille ou gars…
Débrouille-toi pour trouver un toubib.
Ramène-le discrètement. T'as compris ?
C'est pas clair, ce que je te demande ?
- Si, mais… Qu'est-ce que je lui dis ?
- Débrouille-toi ! J'en sais rien.
N'essaye pas de me baiser et de revenir avec le maquis.
Sinon, ton petit frère…
Couic !
- Et s'il veut pas venir ?
- Il me zigouillera, tiens. - Exactement !
Tiens…
Tu lui montres sans lui donner.
Essaye d'acheter à bouffer
et un litron de rouge, ou de la gnôle.
Pour me remonter.
File et puis fais vite.
Musique intrigante Sinon je vais en crever,
tellement j'ai mal.
…
…
Qu'est-ce qu'il fait avec vous,
ce chien ? - Il nous a suivis
et on l'a gardé.
Il parle à Tex en allemand.
…
Musique douce
- Qu'est-ce que tu lui as dit ? - Oh… Rien.
…
- T'as mal ?
…
- Un peu que j'ai mal.
…
Tiens, aide-moi à me relever.
Il gémit.
Oh…
Oh…
Oh, bon Dieu !
Il y a que ça qui me soulage !
Tout seul, j'y arrivais pas !
- T'as reçu une balle dans le cul ? - Ce serait pas pire.
Va me chercher ton panier, que je vois ce qu'il y a dedans.
- C'est rien. C'est des affaires de pêche.
- Va me chercher ton panier, tête de mule !
Et pas d'entourloupe !
Le fusil m'obéit comme le chien !
Il gémit.
C'est ça, les affaires de pêche ?
- Je le laisserais bien se débrouiller avec le Boche…
Ça lui ferait les pieds…
- Elles sentent un peu le poisson, tes poires, mais ça fait rien.
Je me sens déjà mieux.
- Avec Antoine, on avait dit qu'on les partagerait !
- T'as bien dû déjà manger ta part.
- Non.
- Combien t'en as avalé ?
- Pas beaucoup.
- Tiens mais je te crois pas.
- Lui aussi les aime bien. Essaye, tu verras.
- Voilà pour le chien.
Il est un peu comme moi.
C'est un Boche un peu spécial.
- Pourquoi ? T'es pas un vrai Boche ?
- C'est la casquette du chef de gare que t'as sous les fesses ?
- Comment ça se fait
que tu parles français comme nous ?
- Ça t'en bouche un coin, hein ?
Je suis français, comme toi.
Enfin, presque.
- Ça se peut pas.
Tu peux pas être français, si t'es boche.
- Si. Justement !
Y en a plus d'un qui doit se demander ce qu'il est.
Il y a eu des mélanges pendant 40 ans
en Alsace-Lorraine.
Entre 70 et la guerre de 14, la première…
- T'es Alsacien, alors ?
- Ma mère, seulement.
Quand elle était amoureuse de son hussard schleu,
elle s'est pas demandé de quel côté
on mettrait les fils qu'elle aurait de lui.
La guerre s'en est chargée.
- Tu l'as faite aussi, 14-18 ?
- Eh oui.
Sous les casques à pointe.
On était poilus et bouffés par la vermine comme en face.
- T'as fait deux guerres ? - Ouais !
Deux de trop !
Cause d'autre chose, si tu veux bien.
- Tu veux bouffer aussi notre poule ?
- Eh bah !
En voilà une manière de pisser !
Il rit.
Te voilà propre, maintenant !
Qu'est-ce que tu fais, toute seule, à cette heure ?
- Je me suis perdu. - Hein ?
- Je sais plus par où est le village.
- Avec ce qui traîne sur la route, c'est pas le moment de se perdre.
C'est facile. La route est là-haut.
Tu continues tout droit
et c'est juste derrière. - Merci.
- Elles pissent debout, maintenant…
- C'était pas des chars américains
mais des allemands ! - Et alors ?
- Alors, tout le monde s'est débiné,
sauf le maire,
qui a déboulé avec son drapeau américain.
Le Boche l'a vu et l'a dégommé avec sa mitraillette !
Bam, bam, bam !
- C'est malin.
- Il est con, aussi, le maire, de radiner avec son drapeau !
- C'est vous, les petits cons !
Si j'étais ton père,
je vous aurais passé le goût
de faire ces blagues ! Tu peux me croire !
- Victor a dit ça, mais on n'a pas fait exprès !
- C'est qui,
Victor ?
- C'est mon oncle !
Il a dit aux gendarmes
de nous mettre directement en maison de correction.
C'est pour ça qu'on s'est sauvés.
- Ça, ça aurait pas été volé !
Et le troisième ? Ton Gaby ?
- Il s'est fait gauler,
ce matin, à piquer des œufs !
Ça va dérouiller !
Son père, il veut le mettre
au séminaire, pour faire curé !
Remarque, c'est ça, ou charcutier.
- C'est bien ma veine, ça.
Tomber sur deux morveux en fugue.
Et si on le reconnaît, ton frère ?
Il reviendra avec autre chose que le toubib !
- Mais non ! Ça se peut pas !
C'est pour ça qu'il s'est déguisé en fille !
Personne pourra le reconnaître ! - Ça, ça reste à voir.
J'aime autant pas vérifier !
Tu vas m'aider
à me planquer ailleurs. - Non, moi, je reste ici !
- Écoute, sacrée bourrique.
Je suis pas en état de courir des kilomètres.
Je veux simplement qu'on se mette à l'abri.
Si ton frère revient avec le docteur,
je te promets que tu le reverras.
- C'est vrai ? Tu mens pas ?
- Parole d'homme. Mais faut que tu m'aides.
Propos indistincts
- Et voilà !
…
- Et avec ça ?
C'est tout ce qu'il te faut, ma mignonne ?
- Je voudrais un litre de vin rouge,
s'il vous plaît.
- Avec lui ? - J'ai pas de bouteille.
- Ça n'a pas d'importance.
Je vais t'en donner une.
Mais ça fait trois sous de plus. - Ça fait rien.
Où c'est qu'il habite, le docteur, ici ?
- Le docteur ?
De docteur, par ici,
il y a longtemps qu'il n'y en a plus.
Mais t'es pas d'ici, toi ? - Non.
On est des réfugiés.
Le docteur, c'est pour mon père, qui est blessé.
Il peut plus marcher.
- Ça serait pas une fracture, qu'il aurait, ton père ?
- Je crois, oui.
- Ah, bah, si c'est ça, qu'il a,
il a pas besoin d'un docteur.
Je vais te dire où il faut que tu l'emmènes.
Il tape sur le bidon.
…
- Arrête, avec tes galoches.
…
- Le voilà !
- Tais-toi !
Laisse-le arriver, que je vérifie.
- Me voilà !
J'ai acheté du pain,
un litre de vin rouge, et du saucisson !
Hé ! Julien !
Hé ! Julien !
Où vous êtes ?
Hé ! Répondez, merde !
Il pleure.
… Julien !
… Tex !
Il parle à Tex en allemand.
- Je peux y aller ? - Tu bouges pas !
Tant que je suis pas sorti de la merde…
- Ah, t'es là, toi…
Où ils sont ? Où est Julien ?
- On est là !
- Vous êtes là, vous !
- C'est lui, il a voulu se cacher.
Il avait la trouille que tu reviennes
avec des gars pour l'attraper. - Je me méfiais, c'est tout.
- Vous êtes cons !
J'ai eu la trouille, quand j'ai vu personne !
J'ai cru qu'il t'avait enlevé !
- J'ai pas touché un de ses cheveux !
- Il m'a étouffé avec sa main et il a bouffé toutes nos poires !
- Vos poires ?
Vous commencez à me casser les noix avec vos poires !
Qu'est-ce que c'est que ça ? Ça, qu'est-ce que c'est ?
C'est un uniforme allemand, et ça, un casque allemand !
Qu'est-ce qu'il y, en dessous ? Il y a un Boche, comme tu dis !
Tu sais ce qu'on a fait pendant quatre ans ?
On a occupé toute l'Europe !
Toute !
Je vais pas rendre des comptes à deux petits merdeux.
Pour des prunes… - Des poires.
- Je peux être très méchant.
Et toi ? Où il est,
le docteur que tu devais ramener ?
- Il est mort.
- Comment ça, "Il est mort" ?
- Je sais pas, mais…
- Mais quoi ? Tu te payes ma tête ou quoi ?
Y a pas un toubib dans ce merdier ?
Tu crois que je vais rester à souffrir
comme un damné, moi ?
J'ai mal !
Tu comprends ça ? J'ai un mal de chien.
- C'est pas de notre faute !
- La vieille à l'épicerie m'a dit où il fallait t'emmener.
- T'as parlé de moi, là-bas ?
- Non.
J'ai dit que t'étais mon père.
- Il est gâté, ton père.
Où elle veut que j'aille ?
À l'hôpital, c'est pas la peine.
- Elle a dit que t'as dû te casser ton col,
quand même !
Et que pour ça, la Crochue, c'est presque aussi bien
que le docteur. - Je comprends rien, là.
- Si, je te jure !
Sans col, ça se voit plus du tout !
Sauf qu'elle boîte un peu.
- J'ai rien de cassé. C'est pas le problème.
- Il a mal au cul. - Au dos !
J'ai mal au dos !
Qui c'est, la Crochue ?
- Une rebouteuse.
- Une sorcière ?
- C'est pas con, ça. Où elle habite, ta rebouteuse ?
- Pas très loin.
J'ai vu sa maison en revenant. Ça fait plus d'un kilomètre.
- Un kilomètre ?
Comment tu veux que je fasse ?
J'ai failli crever pour arriver jusqu'ici.
Va me la chercher ! Au trot !
- Ça sert à rien.
Elle se dérange plus, la Crochue, à cause de ses varices.
- Comment je fais, moi ? J'appelle un taxi, c'est ça ?
Il gémit de douleur.
…
- On est bientôt arrivés ? J'en ai marre, moi !
- Maudis pas, derrière.
Est-ce que je me plains ?
- T'arrêtes pas de faire "Aïe, aïe, aïe"…
- Si je fais ça,
c'est que ça me lance jusque dans le pied
à chaque tour de roue ! - Tu parles !
- On doit pas être loin,
si ton frère nous a pas raconté de boniments.
- Là, on est rendus !
De toute façon, de l'autre côté,
ça redescend.
- Ah, bah, tu vois ? Allez. Pousse.
Et puis, râle pas. Hein ?
Il parle à Tex en allemand.
…
- En voilà, un équipage.
- Bonsoir, madame.
- C'est vous, la rebouteuse ?
- Ça se peut.
Qu'est-ce que vous voulez ?
- C'est pour lui.
- C'est mon dos.
Ça fait deux jours que je suis coincé
par une sciatique. Je peux plus marcher.
- Ils ont pas de docteur dans l'armée
allemande ? - J'ai un mal de chien.
- C'est vrai qu'il dérouille.
- Nous, on peut plus le tirer.
- Vous avez de l'argent ?
- Oui, j'en ai. J'en ai…
- Bon.
- Je vais voir ce que je peux faire.
Ça fera 1500 francs plus le poulet.
- Ah non ! Le poulet est à nous !
- C'est Antoine qui l'a tué
avec son lance-pierre ! - Qui l'a plumé ?
Si elle veut le poulet,
je lui donne le poulet, c'est tout !
- C'est dégueulasse.
- Qui c'est qui l'a trouvée, la rebouteuse ?
- Maintenant, j'ai plus besoin de vous.
Foutez le camp.
- Oh, le culot ! - Où on va aller,
maintenant qu'il va faire noir ?
- Dites donc, j'ai pas que ça à faire, moi.
Vos histoires sont pas claires.
Quand vous serez décidés,
soit vous rentrez, soit vous restez dehors.
- Attendez !
Attendez !
Tiens, voilà pour votre poulet.
Je vous ai pas fait payer pour le saucisson !
- On en a eu qu'une tranche.
- Tirez-moi à la porte, qu'on en finisse !
- Bon, d'accord.
Mais si elle réussit pas à te guérir ton machin…
Après, nous, on s'en fout.
- C'est ça, roule toujours.
- Tex, avance !
Il parle en allemand.
…
Il gémit.
- Il faut m'enlever aussi le pantalon.
Que j'y vois quelque chose. Les enfants rient.
- On peut pas les faire passer à côté ?
- Non. Y a qu'une pièce, ici.
C'est pas la déculottée de l'armée allemande
qui va les rendre aveugle.
Asseyez-vous là, que je vous aide !
Il gémit de douleur.
…
Il hurle de douleur.
Ils rient.
Il gémit de douleur.
- Couchez-vous sur le ventre.
Il crie.
C'est là. - Bah ouais, c'est là.
Ça remonte dans le dos,
ça prend la cuisse, et ça descend sur le pied.
- Quelle idée de jouer les va-t-en guerre à votre âge !
- Pas mon idée… - Avec une telle sciatique.
- Allez-y doucement.
Je veux la finir vivant, cette foutue guerre.
- Y a pas plus doux que moi, mon gars.
Allez.
Respire un bon coup.
Il hurle.
Il gémit. Ça y est… C'est fait.
Restez comme ça. Il faut des compresses,
sinon, dans une heure, ce sera à refaire.
Il parle en allemand.
…
- Ça t'a fait mal ? - T'as pas entendu
comment il a gueulé ?
- Quand vous aurez fait deux guerres,
le cul dans les tranchées, vous saurez…
- Alors, fillette ? Elle te plaît, la tambouille de la Crochue ?
- C'est bon, fillette ?
- Ta goule, bébé.
- J'en prendrais bien, moi aussi…
- Vous allez d'abord m'avaler ça !
Il faut boire ma tisane à jeun.
Il faut la prendre d'un coup.
C'est pas bon.
- Ça marche ? - Le vert-de-gris,
ça peut toujours pas te faire de mal.
Avale donc ! Si tu marches pas demain,
tu pourras
toujours me fusiller.
- Avec toutes les poires, si ça lui caille pas sur le jabot…
Rires
… - Mais c'est quoi, ça ?
- Ça leur fait tous ça !
J'en mets toujours un peu plus. Comme ça…
Quand il y en a de craché, y en a toujours d'avalé.
- Je peux poser un pied par terre ? - Vous pouvez mettre la culotte
et aller vous coucher.
Demain, vous cavalerez jusqu'à Berlin…
À moins que tu sois
un déserteur.
Je dis pas ça pour poser des questions, hein.
Moi, je soigne les plaies et les bosses.
Alors, ma foi…
Tant que vous vous tapez sur le nez, les uns et les autres,
la Crochue se plaindra pas d'avoir du travail.
- Pourquoi qu'on t'appelle la Crochue ?
- Parce que !
Il paraît que je suis rapiat.
Elle rit.
C'est comme ça, dans les campagnes.
Quand tu leur prends
des sous, c'est pire que de leur tirer
le sang des veines.
Musique intrigante
- Il y a pas un endroit pour dormir, ici ?
Un coin tranquille ?
Les enfants rient.
…
On se calme, là !
Il est l'heure de dormir !
J'ai besoin de récupérer !
…
- Arrête, Julien.
…
Musique calme
…
Regardez le plafond.
…
C'est vachement beau, hein ?
- On dirait qu'elle nous regarde.
- Oh, nom de Dieu…
Ça fait du bien quand ça s'arrête.
…
- C'est vrai que t'es un déserteur ? - Je suis pas un déserteur.
Les autres sont passés devant, je les ai laissés filer.
…
- C'est pareil.
…
- Pourquoi t'as déserté ?
Hein ? Pourquoi t'as déserté ?
- T'avais les jetons
que les Américains te foutent la pâtée ?
- C'est pas les jetons des Américains,
c'est de la jugeote.
Quand les carottes sont cuites, seuls les imbéciles continuent.
Si les gens sont assez cons pour se faire tuer,
sur le Rhin ou le Danube,
pour défendre le bunker d'Hitler, c'est leur affaire.
Ma croix de fer, je l'ai déjà.
Je l'ai pas volée.
Sur ce, foutez-moi la paix,
que je dorme, nom de Dieu !
Musique calme
…
- Bonne nuit.
…
- Bonne nuit.
…
Une chèvre bêle.
- À l'avenir, tâchez de dormir ailleurs
que le cul dans un fossé ! - J'essayerai !
Danke schon !
- AU REVOIR !
- Ça marche ! Il rit.
À part le costume, elle m'a refait à neuf.
Hé. Écoutez-moi.
J'ai quelque chose à vous dire.
Je vous aime bien, tous les deux. Vous êtes rigolos.
- Nous aussi, on t'aime bien, malgré que tu sois boche.
- C'est le moment qu'on se dise adieu.
- Tu viens pas à Lyon avec nous ?
- À Lyon, que j'y aille ou pas, c'est pareil.
Ça change rien.
Je vais pas traîner avec deux gosses et un chien.
Il faut que je trouve des habits civils !
Même comme ça,
il faut que je me planque et que je fasse des détours.
- On doit pas se faire attraper.
T'as qu'à te déguiser en Français.
Ils croiront que t'es notre père.
- Je suis pas ton père !
Et si on me demande vos papiers ?
- Laisse-le tranquille, Julien.
Maintenant qu'il peut marcher, il a plus besoin de nous.
- Je sais que c'est grâce à vous que je me suis sorti du pétrin.
Prenez ça, et on est quittes.
- Garde-les, tes sous.
On s'est débrouillés jusqu'ici. On s'en fout.
- Je vous laisse les provisions et le chien.
Vous serez pas seuls.
Il parle à Tex en allemand.
…
Je crois que c'est mieux comme ça.
Restez là pour que je prenne de l'avance.
Quand vous me verrez plus, bonne chance.
- C'est pas un déserteur ! C'est un traître !
- Il va se faire prisonnier en moins de deux.
Musique de tension
Tex aboie.
…
- Va lui mordre le cul.
Musique calme
…
Il crie sur Tex en allemand.
… …
Ils rient.
Il parle à Tex en allemand.
…
- C'est bon !
Vous avez gagné ! Rappliquez !
Allez !
…
Te balance pas comme ça.
Je suis bon cheval mais quand même.
- Il est lourd, ton fusil.
- Qu'est-ce que tu crois ?
La guerre, c'est pas fait pour les fillettes.
…
- J'ai pas dit
que je pouvais pas le porter mais qu'il était lourd.
Toi, là-haut,
t'es bien placé, pour rigoler.
J'ai pas pleuré au bout de 3 kilomètres
que j'avais mal aux pieds. - T'as pas les galoches !
- Vous allez pas recommencer !
Allez, tout le monde descend ! Moi, j'ai envie de pisser !
Rends-moi ça.
C'est pas un jouet. - C'est dommage.
C'était rigolo, pourtant.
- Si vous avez envie de pisser, faites-le, on va pas s'arrêter.
T'as pas envie ?
- Non.
- Qu'est-ce que vous foutez là ? Qu'est-ce que c'est que ce Boche ?
Vous l'avez attrapé ?
- On l'a trouvé qui dormait dans un champ.
Par là-bas.
On lui a piqué le fusil et voilà.
- Notre prisonnier.
- C'est la meilleure. Vous l'avez fouillé ?
Non, hein ?
C'est bien les mômes, ça !
Vous réalisez pas. La guerre,
c'est pas les cow-boys et les Indiens !
- Il est pas méchant, il veut rentrer chez lui.
- Pas méchant ? Tu parles.
Vous me foutez dans la merde.
Avec ça…
Je peux pas m'occuper
de ce truc !
Oh, merde.
- Nous, on le garde.
Y a pas de problème.
- S'il essaye de partir,
on le dégomme !
- Tu sais
t'en servir, toi ?
- Bah tiens, c'est moi qui l'ai armé.
Plus qu'à appuyer sur la gâchette !
- Fais voir ?
Tu vises, hein ?
- Nein !
Faut pas me tuer ! Hitler "kaput" !
- Ouais ! Bah, pas encore !
Vous deux, je vous fais confiance.
Emmenez-le à la ferme Colin. Des gens s'en occuperont.
C'est tout droit. Au bout du chemin !
Pas plus de 500 mètres.
- Ah oui, oui.
- Bon, j'y vais.
Ah ! Le mot de passe, c'est "l'oiseau rare" !
- L'oiseau rare.
- Qu'il marche à 10 mètres devant !
- Ja ! Ja !
10 mètres !
- C'est à lui, ce chien ?
- Non, non. Il est à nous.
Il lui a mordu le cul tout à l'heure !
- Ah bon. Je vous fais confiance.
- Pas de problème.
- Dites-lui de sauter dessus s'il essaye de filer.
Bon, bah, j'y vais, alors.
Attention, hein.
À 10 mètres !
- Allez, le Boche. Avance !
- Fais pas le con, on t'a à l'œil !
Sinon, paf !
Musique badine
…
- Il est loin ?
- Pas très, non.
- Il te regarde encore.
(- Doucement, alors. Dès que vous le voyez plus,
(vous me le dites, on fout le camp !)
…
(- Ça y est ! (Je le vois plus !)
Musique intrigante
…
(Allez.)
- Attendez ! J'ai un point de côté !
Ils rient.
- On l'a bien eu, l'andouille !
- Je vous dois une fière chandelle.
Je filais sur le nid. L'oiseau allait se faire cueillir.
- Et toi… "Non, non, non ! Pas me tuer ! Hitler 'kaput' !"
- Ja ! Ja !
Dix mètres !
Il rit.
- On a bien mérité d'arroser ça.
Ça vous dit de pique-niquer ici ? - OUAIS !
- Doucement.
On peut pas nous voir mais on peut nous entendre.
Le poulet de la Crochue
nourrirait pas toute la résistance.
Allez…
- C'est ça, ta croix de fer ?
T'es quoi, comme grade ? T'es général ?
- Sous-off, seulement. Caporal-chef, exactement.
Commandant de la corvée des chiottes, même !
(- Hé, regarde…)
- Doucement sur le goulot !
- Ça fait du bien,
ça réchauffe ! Il rote.
- Il est pompette. - Sacrés mômes.
On peut pas fermer un œil. Allez, donne-moi ça
avant que tu roules par terre. - Oh là là…
- Je pourrais pas toujours te porter.
Il est temps de plier bagage.
Si on veut avancer.
Allez, en route !
- Porte-le, j'en ai marre de le porter, moi !
- C'est comment ton nom, en allemand ?
- Franz Joseph Burnher.
Comme mon père.
- C'est rigolo.
Vous avez de drôles de noms.
- Quoi, rigolo ? Très bien, mon nom.
Et le vôtre, à vous deux ?
- Moi, c'est Morin.
Mais Julien, on sait pas.
- Moi aussi, c'est Morin ! Comme toi !
- C'est pas vrai. Y a que moi.
On le connaît pas, son père. - Menteur !
Je le connais aussi bien
que toi, mon père ! - Oh !
Morin ou pas, on se calme, et on arrête de gueuler.
C'est compris ?
- C'est vrai,
ce que je dis.
Le gendarme l'a lu sur nos papiers.
Sur les siens, il y a marqué qu'il est né
de père inconnu.
T'as qu'à demander à Gaby !
- Menteur ! Salaud de menteur !
Toi non plus, t'as pas de père !
Tu l'a jamais vu ! Il pleure.
…
- C'est des histoires de gendarme…
Hein, mon gars ? Hein ?
Les papiers, ça prouve rien.
T'as forcément un père, comme tout le monde.
Ta mère t'a pas fait avec le Saint-Esprit…
- Je sais bien
d'où il vient, lui.
C'est Victor qui l'a dit !
Quand mon père est parti sur l'Île-de-Ré,
maman a fait la pute !
C'est un fils de pute !
- Ta gueule, petit con !
Ils hurlent et pleurent.
Arrêtez, nom de Dieu ! Ça suffit !
Allez, ça suffit !
Ça suffit !
Qu'est-ce qui m'a foutu deux petits cons ?
Où avez-vous vu deux frères qui s'insultent et se battent ?
Il y en a pas assez, de la bagarre,
depuis quatre ans ? Ça vous manque d'être dedans ?
Tenez !
Prenez mon fusil et tirez ! Comme ça, ce sera réglé !
Un avion approche.
Tiens, les voilà, vos Américains.
Ça va pas tarder à péter.
…
Avec vos conneries, j'ai failli me faire repérer.
On file !
Musique intrigante
Explosions au loin
… …
(Allez…)
…
Propos indistincts
(- C'est un milicien.)
- Des salauds qui travaillent avec les Boches.
- Je sais. Je les connais bien.
Je me demande ce qu'il est venu foutre dans la forêt.
- Ils viennent peut-être faire l'amour…
- Il était temps qu'on se taille !
Mais… Qu'est-ce que tu fous,
bordel ? (- J'y arrive pas !)
Elle pleure. - Non, c'est pas le moment !
Grouille-toi un peu de sortir le costume !
- Ça y est !
J'ai pris celui que t'avais demandé.
Et la casquette ! - T'y as pensé, au pognon ?
- Oui, oui… J'ai tout pris.
- C'est bon.
Allez, aide-moi.
- Où est-ce que vous allez, les fiancés ?
- Ah… Guten Tag !
J'ai eu peur, j'ai cru…
- Te fatigue pas, mon vieux.
Laisse le pantalon. Il va pas te servir.
- Vous allez pas me tirer dessus parce que je me change ?
Je suis resté avec vous jusqu'au bout, hein ?
- Oui ! Il a pas ménagé sa peine !
- Voyons les choses
comme elles sont.
- Je les vois comme elles sont.
Tu veux sauver ta peau et moi, la mienne.
Y a qu'une culotte, et j'ai le fusil.
- Tu comprends pas ? C'est un déserteur.
Il veut ton costume, pour se tirer !
Fumier ! Te laisse pas faire !
Il crie.
- Descends-le, Josette !
Tue-le !
(- Oh, merde.)
Tex, vas-y !
Il hurle.
Mais tire, nom de Dieu ! - Je peux pas ! Je peux pas !
- En plein dans le mille !
- Elle est morte ?
- Non, juste assommée !
Toi, lâche,
sinon je t'éclate la citrouille !
- Ça va, j'ai compris !
Le chien ! Le chien !
Il gémit.
- Halte, Tex !
Ça devient une habitude de me sauver la mise.
L'homme crie de douleur.
- Mais c'est qui, eux ?
Musique douce
…
- Vous avez une idée du chemin pour Lyon sans tomber sur un os ?
- Dis donc…
Le plus sûr, ce serait de passer par Rians !
Vous pressez pas.
Les Allemands sont encore là. - Vous êtes sûr ?
- Je n'ai pas vérifié, mais avec des enfants,
je m'arrêterais passer la nuit à l'auberge.
Sur la place. Venez de ma part,
le bonhomme me connaît. - Merci !
Vous êtes d'accord ? On s'arrête à l'auberge ?
- J'ai jamais mangé au restaurant !
- On dormira dans un vrai lit ? - Un peu, ouais !
Oubliez pas, je suis votre oncle. - On t'a piqué tous tes papiers.
On habite au 12 rue du maréchal Foch.
- À Lyon ! - Ça se mérite, le restaurant !
Allez, tout le monde descend.
- Tu nous payes une limonade, avec les sous de la valise ?
- D'accord mais chut. On parle pas du pognon.
- Dis donc, quel trou.
Y a personne, dehors.
Un chien aboie.
- C'est l'heure de la soupe.
Qu'est-ce que tu veux, toi ?
- Je préfère du coco, s'il y en a.
- Eh bah, va pour le coco.
Bonsoir, la compagnie.
Y a quelqu'un ?
Y a quelqu'un ?
Y a des clients, en bas !
Y a personne ?
Un chien aboie.
…
… Tais-toi, le chien !
Où sont tes maîtres ? Hein ?
Drôle de bicoque, ici.
On saute pas sur le client.
Le chien aboie.
- Alors ?
- On pourrait se sauver avec la caisse, y a personne…
Bougez pas, je vais voir.
- On y va avec toi.
- Y a quelqu'un ?
- Ça sent le chou, en plus.
- C'est bizarre, quand même.
Y a quelqu'un, ici ?
- Oh ! Répondez, bande de ploucs !
- Tu es bête.
Ils sont peut-être au foot.
Le samedi, tout le monde y va,
à Saint-Michel. Sauf le curé.
- Je parie qu'ils sont à la messe.
- Y a pas de messe à cette heure ! On y va pas en laissant tout ouvert.
- Moi, j'ai faim, maintenant !
- On va s'en occuper.
Allez !
- Julien, regarde ! Il y a un billard.
Tu sais y jouer, toi ? - Bah, tiens.
- Je sais pas ce qui s'est passé ici
mais il a fallu une sacrée frousse pour tout laisser en plan.
- À quoi elle sert, la rouge ?
- À taper dans les autres, tiens !
- Voyons voir.
Il y a de la limonade et puis du coco.
Et pour moi, une bonne bière.
- Alors, tu les trouves ?
- Une seconde.
- Hé, t'as vu ? Il y a un billard.
- Voilà, une bien pleine bouteille de limonade !
Elle doit pas être fraîche.
- C'est juste pour les bulles qui piquent.
- T'as pas peur que le patron arrive ?
- Et alors, on n'est pas des voleurs.
S'il arrive, je serais soulagé qu'il travaille à ma place.
On a de quoi lui payer, sa limonade.
Pour toi, ce sera pareil, ta coco, je la trouve pas !
- Avec de la menthe, alors.
- Et moi, de la grenadine !
- Mes salauds, je suis pas prêt de l'avoir, ma bière !
- Remets les verres.
Il rote.
Quel porc ! T'es dégoûtant, Julien !
- C'est pas moi, mais les bulles qui remontent !
- T'avais qu'à arrêter d'en boire.
À ton tour de jouer.
Il rit.
Il rit. - Quel nul !
T'es qu'une patate !
- Patate toi-même !
- Dites donc, là-bas !
Bris de verre
Qu'est-ce que vous fabriquez ?
On se calme avant de tout casser !
Elle est bonne, la cuisine du Boche ?
- Oui mais le gâteau, c'est pas toi qui l'as fait.
- Ah, bah, j'aurais pu.
Ma spécialité,
c'est la tarte à la rhubarbe.
- T'es pâtissier quand tu fais pas la guerre ?
- Pas du tout.
Je suis marchand de chevaux, comme était mon père.
- T'es marié ?
- Non.
J'ai jamais pris de femme.
Et puis j'ai pas fait d'enfant, non plus.
- Pourquoi ? Tu les aimes pas ?
- J'aime pas l'idée de les élever, de les aimer, comme tu dis,
pour les voir se faire mettre en charpie à la guerre.
La voilà, mon idée.
J'ai déjà assez à m'occuper de ma carcasse.
- C'est vrai que t'as fait aussi la guerre de 14 ?
- Ouais. Tel que tu vois le bonhomme,
il en est à sa deuxième, et ça fait beaucoup.
- Tu devais être drôlement jeune.
- Ah oui, pour ça, j'ai le pot.
Mes 18 ans, je les ai fêtés dans une tranchée,
du côté de Verdun.
Ce jour, ils ont fait péter un feu d'artifice
comme t'imagines pas !
Il rit. - C'est vrai ?
- Aussi vrai qu'à 45 ans,
après m'avoir réquisitionné tous mes chevaux,
on est venus me chercher pour la finir, celle-là.
- T'étais forcé d'y aller ?
- Qu'est-ce que tu crois ?
Si tu peux porter un fusil, on te demande pas ton avis.
T'es toujours assez bon pour aller zigouiller celui d'en face.
Ou te faire zigouiller. Question de chance.
- T'en as zigouillé, des Français ?
Hein ? Est-ce que t'en as tué, toi, des soldats français ?
(- Ouais, j'en ai tué.)
Mes deux frères y sont restés.
- Ce sont des Français qui les ont tués ?
- Qu'est-ce que ça change ?
On est tous morts, là-bas.
De froid, de faim, de peur…
Sous tous les uniformes.
Mais c'est pas écrit sur les monuments.
On compte que les cadavres.
Pas les pauvres types qui gerbaient de peur
ou qui chiaient dans leur froc.
Musique sombre
Ni les hommes qui pleurent, nulle part.
…
Pourtant, crois-moi, ils ont tous pleuré,
un jour ou l'autre.
…
- Pourquoi qu'ils pleuraient ?
…
- Ils pleuraient…
De trop de souffrance.
…
Et de rien y comprendre.
…
Parce qu'ils sentaient qu'ils allaient mourir.
…
Ils pleuraient comme des enfants.
Pour retourner dans le con de leur mère.
Quand leur tripes giclaient sur leur ventre…
…
- Arrête… Tu vas être soûl.
- Ça a pas été plus facile pour ceux qui sont revenus.
…
Impossible d'oublier.
…
Musique tragique
…
À la fin du banquet,
ils pleuraient au-dessus du dessert.
…
Musique mélancolique
…
Sans oser regarder en face les morts qui trônaient
sur le buffet. - T'as pleuré, après ?
- Après ?
J'ai pas eu le courage de faire d'enfants à mon Alsacienne.
- Où tu vas ?
- J'ai froid.
…
Elle a plus que ses cheveux blancs.
Et moi pour lui caresser jusqu'à la fin.
…
Voilà pourquoi le caporal-chef Franz Joseph Burnher a déserté…
…
Une voiture approche.
…
Hé ! Arrêtez !
Attendez !
Un chien aboie.
…
C'est le village fantôme.
- Hé !
Viens vite ! Julien dégobille !
- Il manquait plus que ça.
- Il en met partout !
- Trouve-moi la lumière.
Le vin rouge sur le clafoutis,
ça devait arriver. - T'as pas vu tout ce qu'il a bu,
comme limonade.
Il est génial, le lit.
- Profites-en pour t'y fourrer. Il est plus de 1 h du matin.
Ça ira, toi ?
Avec tout ce que t'as envoyé,
ça m'étonnerait que ça revienne. - Je pourrais fouiller pour voir
s'il y a pas des affaires de gars ?
J'en ai marre d'être en fille. - On verra ça demain.
En attendant, ça te fait la chemise de nuit…
- Tu vas pas te coucher, toi ?
- Je vais faire un peu le ménage.
Que le patron retrouve pas sa gargote comme ça.
Demain, ce sera votre tour. Vous êtes tout sales !
- Hé… Je voulais te dire…
- Quoi donc ?
- C'est quand même bien d'être avec toi.
- Je regrette pas d'avoir fait la route avec vous.
Dors, maintenant.
Musique de tension
…
Il parle à Tex en allemand.
…
Musique intrigante
…
Musique de tension
…
…
…
…
…
Un chat miaule.
… …
Excuse-moi, vieux.
Chez moi, tu ferais peut-être pareil.
…
Musique sombre
…
Musique intrigante Un chien aboie.
… …
Ça devrait lui aller, ça.
…
Musique sombre
…
Un coq chante au loin.
Couinement Un coq chante au loin.
Couinements
Allez, va !
Des oiseaux chantent.
…
Il parle à Tex en allemand.
Tex couine.
… Tex aboie.
…
…
Musique mystérieuse
…
Musique sombre
…
Musique tragique
…
Mon Dieu… Ils ont fait ça.
…
Pourquoi ?
Musique dramatique
Ici ? Dans notre église ?
…
Vous les avez laissé faire !
…
Ils sont morts !
…
Ils sont morts ! Tous !
Regarde ! Il y a des gosses !
…
Ils sont morts !
…
Je les ai volés…
…
Vous m'entendez ?
Ils sont morts et je les ai volés !
…
Mais où est Votre pitié ?
…
Où est Votre pitié ?
…
- Go, go, go !
Go, go !
Musique de tension
…
Musique intrigante
…
- Vous…
Vous êtes qui ?
- Un soldat.
Allemand.
C'est nous qui avons fait ça.
Ce sont leurs affaires.
Ils sont tous morts. Tous.
- Sergeant… Sergeant !
Tex aboie.
…
- Il y a deux mômes dans l'auberge. - Shut up.
…
- Come here, you son of a bitch.
Cris
…
Détonation
- Hé, Julien ! C'est Tex !
Tex ! - Qu'est-ce qu'il y a ?
- Line up…
Ready ?
- Arrêtez tout ! - Fire !
- Salauds !
Il pleure.
Julien pleure.
- Poor little kids…
…
- Je te demande pardon.
C'était pas vrai, ce que je t'ai dit hier.
Tu sais…
En vrai, t'es mon frère.
Un vrai frère.
Ils pleurent tous les deux.
…
Musique mélancolique
…
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
…
Musique intense
…
Musique enlevée
…
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