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Qu'est-ce qui vous amène ? - Rien de neuf.
- J'amène pas le soleil. - J'amène ma mère.
Elle est fâchée avec son docteur. Il voulait la faire opérer.
Vous soignez bien la sinusite et les personnes âgées.
- Et les verrues. Et vous ĂŞtes doux avec les enfants.
- Ma grand-mère est décédée. Les obsèques ont lieu demain.
Ma voisine m'a parlé de vous, alors je viens vous voir.
Ça ne coûte rien d'essayer. Hein ? On cotise assez pour ça.
Mais je vous préviens : moi, je suis un cas.
- Que puis-je pour vous ? Mon garçon veut pas dormir.
Il crie quand j'éteins la télé, se réveille la nuit.
Il vient dormir avec moi,
mon mari va dans le lit du petit.
C'est pour ma visite du 2e mois.
C'est facultatif, mais puisque c'est remboursé...
- Pourquoi vous venez ce soir ? - Je ne sais plus quoi faire.
Ça peut plus durer.
Je suis pas rentré à la caserne.
Je me suis fait porter pâle. J'ai besoin d'un papier.
J'en ai marre de me crever pour rien !
En famille, ça ne va plus,
depuis la succession de ma grand-mère.
- Parce que j'ai plus d'éther. - A 30 ans, j'ai déjà mal partout.
J'ai 60 ans et je veux que ça continue.
J'ai 70 ans passés, et mon fils se fait du souci.
J'ai pas le choix.
Sinon, moins je vois de médecins et mieux je me porte.
Je les ai. Bonne journée.
Au revoir, docteur.
Tu es désordonné à la maison, et pas au cabinet.
Je vous laisse la musique.
C'est pas normal que tu lambines.
Le docteur est encore en retard.
Je sais lire
ton humeur. Aujourd'hui, moyen.
Madame Leblanc.
Oh lĂ , mon Dieu.
- Allô, c'est toi, Edmond ? - Vous avez fait un faux numéro.
Elle a raccroché. C'est pas la première fois.
Entrez, entrez.
Asseyez-vous, je vous en prie.
Que puis-je faire pour vous Je ne sais pas par oĂą commencer.
Quand t'écris, tu te voûtes.
Ça a commencé quand ?
T'as encore oublié de te peigner.
Au moins, tes chemises sont repassées.
C'était la 1re fois ?
La blouse blanche, c'est mieux qu'avant.
Tous les jours ?
Pendant ou entre les repas ?
Est-ce que parfois,
vous ne sentez rien ?
- Tu as pris du ventre. Et la nuit ?
Et aujourd'hui, par exemple ?
La blouse blanche, j'aime pas, ça fait médical.
Vous avez pris un antidouleur ?
Je vous écoute.
- Quel âge tu peux avoir ? 35 ? 36 ?
Oui ?
J'ai mal au ventre.
- Je perds mes cheveux. - Je vois plus.
J'ai la tĂŞte qui tourne. C'est la tension ?
- J'ai mal au dos. - J'ai toujours soif.
Ça me gêne, mais... j'ai une douleur mal placée.
Qu'est-ce qui ne va pas ? C'est vous, le médecin
Bien. On va voir ça. Déshabillez-vous et allongez-vous.
Comment ça a été ?
Pas bien, sinon je serais pas lĂ .
- Bien. C'est ma femme qui va pas.
C'est pas encore ça, mais c'est mieux.
J'ai plus mal, mais ça me démange.
On fait aller.
J'avais un médicament le matin et un le soir.
Au bout de 3 jours, le matin m'a suffi.
La boîte a duré plus longtemps, et j'ai tardé à revenir.
Vous allez me disputer ?
J'ai mal au dos depuis 10 jours.
13/8, c'est bien.
Je pensais que ça passerait, mais ça continue.
Ça commence derrière l'épaule et ça descend sous le sein.
Ça me serre quand je respire.
A force de travailler assise devant un écran...
- Dites "33" - 33.
- Plus fort - 33.
- On se tient mal. - Allongez-vous
- Je vous fais mal ? - C'est désagréable, sans plus.
- Ils sont de vos petits patients ? - Oui.
Pliez les genoux.
Asseyez-vous.
Ouvrez la bouche et tirez la langue.
Encore. "Aaah."
Très bien.
Quand avez-vous vu un dentiste ? Ah...
En poussant mon frigo pour passer la serpillière,
j'ai eu mal de la fesse au talon. J'ai plus pu bouger.
Mon mari était là .
C'est votre poids habituel ? - Oui.
Vous pouvez vous rhabiller.
Je suis pas douillet,
mais depuis des mois, le kiné, ça sert à rien.
Je me demande si j'ai bien fait.
Il faisait que me coller sous sa lampe chauffante,
aller discuter à côté, revenir un quart d'heure après,
3 mouvements, et Ă la caisse !
Comme s'il avait 2 clients en mĂŞme temps.
En tout cas, j'ai mal, et il me faut une solution.
Combien je vous dois Autre chose ?
C'est ma femme qui a le chéquier.
Si vous avez pas la monnaie, on verra la prochaine fois.
- Comment vous remercier ? J'ai des noix de mon fruitier.
Merci, docteur.
Au revoir, docteur.
Viens, on va voir le docteur.
Caroline, ça va pas ?
Je crois qu'elle me fait une rhinopharyngite.
Cabinet médical de Play. J'écoute.
Je vous le passe.
Un docteur est toujours dérangé.
Bruno, je ne te dérange pas ? Oui, je sais. "Jamais."
Je peux t'ajouter une dame, demain ? Tu as déjà ...
2 interventions, et 3... non, 4 consultations.
A 12 h 30.
Très bien. Merci, Bruno. A demain.
Ça se passera très bien. Bruno... Le Dr Sachs
est très doux.
"Très doux" ? C'est magnifique. Je vous remercie. A demain.
Madame Renard, rhabillez-vous.
Merci, docteur. Mon Dieu, il est bas, votre petit lit.
Qu'il est gentil.
Ah, mon Dieu. Est-il possible de souffrir comme ça ?
Changez pas mes remèdes, j'ai eu du mal à m'y faire.
Lequel vous a le mieux soulagée ?
Rien ne me soulage, sauf les grosses gélules vertes.
Si je peux les avaler Il vous en reste ?
Oui. Ne souffrant plus, j'ai arrêté.
Comme c'est revenu, me revoilĂ .
Quand on a un docteur au bas de la rue...
Et vous êtes si gentil. D'abord, on a cotisé.
Avant votre arrivée, j'allais jusqu'à Lavigney.
Mon voisin m'emmenait. C'était toute une affaire.
Mais on payait l'essence.
Je prescris pour la tension.
Et les cachets pour dormir.
M. Renard, ça va ? Il est difficile à soigner
Si je lui déconseille un aliment, il me dispute méchamment.
Tandis qu'avec vous...
Au revoir, docteur.
Alors ? Je dois me soigner
C'est sérieux Ça m'en fait, des papiers
Et pour moi ?
Il est tard. J'ai plus de remèdes
Il dit que sans, ça sera pas pire.
Ah bon.
Je vais déjeuner.
Entrez donc.
J'arrive un peu tard.
Entrez, ça fait rien.
Ah, j'allais fermer. Ça va Ça va, merci.
Ce sera ?
Des cĂ´telettes d'agneau.
Combien ?
Trois C'est parti.
Les bébés, ça va ?
Oui, mais ils ont un rappel de vaccin.
Oui, docteur, c'est moi.
Non, pas d'autre appel.
A tout Ă l'heure, docteur.
Le docteur peut me recevoir Il est en visites.
J'étais enfin décidée. Je reviendrai.
Pas ce soir. Il est chargé. Tenez, les horaires du cabinet.
Merci. Je peux le garder C'est fait pour ça.
C'est bien ma veine.
Bonjour. - Bonjour, docteur.
Je veux commander un disque entendu Ă la radio.
Rebel, "Les Éléments" Moderne ?
Non, baroque.
Vous devriez mettre les vidéos X en haut.
Qu'ai-je fait ? Je les ai rangées tard,
j'y voyais plus.
Je fais une "fracture" Pas la peine.
Vous en consommez, des stylos et des ramettes.
Un médecin, ça écrit.
Entrez !
Bonjour, docteur.
Bonjour, madame Destouches. Georges.
Dis bonjour au docteur, Georges.
Bonjour, docteur.
Vous avez bien travaillé. Mais j'arrive pas à le finir
Quand ce sera fini, ce sera triste.
Comment vont les jambes ? Toujours pareil
Georges, va chercher ma boîte, dans l'armoire.
Qu'on voie ce qui reste
comme pansements.
Je vous ai fait venir pour lui. Il boit beaucoup.
Quand il a mal Ă son moignon, il boit encore plus.
Je lui donne mes Dolévic s'il va mal, mais avec la boisson...
Il dort tout habillé depuis une semaine.
L'ulcère de droite, ça va, mais celui de gauche se creuse.
J'ai été tranquille un temps 6 mois ?
Grandement.
- Et vous, comment ça va ? - Ça va.
- Votre bras vous fait mal. - Ça doit être le temps.
Je vais vous examiner.
Quand tu me soignes, tu m'expliques bien.
Sur Georges, tu ne dis rien.
Tu m'as dit que tu pouvais pas répondre, même à sa mère.
Alors je demande plus.
J'ai l'impression qu'on se connaît depuis toujours.
Je pourrais mĂŞme te dire que t'as les cheveux trop longs.
Comme mon fils.
Je voulais vous dire...
Vous savez, ce matin, en voiture, vous m'avez salué.
C'est la 1re fois, qu'un docteur me salue en public.
C'est peu de chose, mais ça dit tout.
Voir guérir ma femme, j'y comptais pas.
Mais avec les recherches, le progrès...
je croyais qu'on trouverait quelque chose.
On sait comment la maladie évolue, mais on ne sait pas la guérir.
Excusez-moi.
Oui ?
Oui, madame Leblanc.
Je passerai demain.
Vers 15 h. Merci.
C'est pas une urgence ? Non.
Elle dort.
Vos calmants l'apaisent. Elle peut se reposer.
Et surtout, je voulais vous dire...
Le jour où on est allés vous voir pour la première fois,
on sortait de chez le Dr Jardin.
Ma femme n'en pouvait plus.
Elle pleurait comme je l'avais jamais vue pleurer.
Elle lui avait dit : "Docteur, faites quelque chose."
Et il avait répondu :
"Madame Deshoulières, je ne peux plus rien pour vous."
Et lĂ , ma femme a dit : "Paie le docteur. On s'en va."
Puis elle a dit : "Allons voir le nouveau docteur."
J'ai dit : "On n'a pas rendez-vous. On le connaît pas."
Et elle a répondu : "On attendra pas plus que chez l'autre."
On avait attendu 1 heure :
le Dr Jardin donne 3 rendez-vous Ă la fois.
Ça dit tout.
Et pour le reste, ça peut pas être pire.
Ma femme vous a tout raconté.
On a bien vu que vous étiez choqué par les paroles du Dr Jardin.
Vous avez dit... Ça m'a marqué.
"Quelle que soit la maladie, on peut toujours faire quelque chose."
Après ça, elle allait mieux.
Elle est allée à la voiture sans soutien.
Pendant 15 jours, elle était comme avant sa maladie.
Elle a repris courage.
Elle a même cuisiné plusieurs fois. J'y ai cru, vous savez.
Et elle aussi.
Je sais bien qu'elle va s'en aller.
Elle aussi, elle le sait.
On n'est pas en colère.
C'est plus une vie de la voir tant souffrir.
Je voulais vous dire que ces 15 jours-lĂ ,
c'est pas grand-chose, quand on a souffert sans arrĂŞt pendant 3 ans,
mais ces 15 jours-lĂ ,
elle vous en a toujours été reconnaissante.
Et moi aussi.
AĂŻe ! Merde ! Fait mal.
Oh, la gueule !
J'ai bouffé quoi, hier soir ? Le rosé ?
C'est chaud !
Et merde !
Réagis, ducon ! C'est du vieillissement précoce.
Avant, tu bandais au réveil. Qu'est-ce que tu fous ?
Je vais avoir un bouton.
J'espère que le café va pas me faire vomir.
Bonjour, docteur Madame Borgès.
Un café ? Vous avez pas vu mes clés ?
Je veux bien. Elles ont dû rester sur la télé.
Et merde !
Oui ? Bonjour, madame Leblanc. Excusez-moi, je suis mal réveillé.
Mme Renard ? Ça peut pas attendre que je déjeune ?
Oui, oui, ça ira. Merci. A tout de suite.
Il faut ĂŞtre patient. On vous aime bien parce que vous l'ĂŞtes.
Ils m'ont jamais vu en colère Vous ? Contre qui ?
Par exemple, contre les docteurs. Un docteur, c'est docte.
Ça discourt, ça pontifie, ça se prend au sérieux...
Ça m'emmerde.
Je ferai la vaisselle ce soir Oui, oui.
Tu es gentil, mais c'est comme pour tes livres.
Il faut pas y toucher, mais les livres,
ça prend la poussière, et la nuit, c'est pas sain.
Bonjour.
Merci. Bonne journée.
Monsieur Lemaire Bonjour.
Vous avez 3 visites.
Mme Reverzy, avant 11 h : elle doit partir au travail.
Ça va, docteur ?
Dr Boule ? Salut, Jérôme. C'est Bruno. Bien.
Je peux te confier mes urgences ? Je dois aller plus tĂ´t Ă l'hĂ´pital.
D'accord. J'ai personne, ce matin.
Toi, tu bosses ? Quel boulot de con !
J'ai parlé de toi avec Genevois, le pharmacien.
Il t'aime pas trop. Je résume. Sachs : borné,
un peu con, hyper moral, très apprécié.
Il t'en veut de faire des petites ordonnances,
de filer des échantillons aux malades.
Pas assez ferme. Pas assez docteur.
Un peu trop "grog-aspirine".
T'es toujours lĂ ?
Oui. Non.
Tes patients t'aiment.
Quand tu me remplaces, ils te trouvent attentif.
Tu repasses les voir sans être payé, genre visite amicale.
Ça peut agacer.
D'accord pour tes urgences, mais sans comptes rendus.
Tes comptes rendus, au début. T'écris toujours autant ?
Bon, merci. Salut, Jérôme.
T'es toujours pareil. Avec toi, on peut pas bavarder.
Vous revenez avant midi Non. Je vais Ă l'hĂ´pital.
En cas d'urgence, prévenez le Dr Boule.
Il m'a paru en pleine forme.
A tout Ă l'heure, docteur. A tout Ă l'heure.
"Les femmes. Toujours pareilles, avec leurs enfants, leurs parents.
"Toujours la même inquiétude, la même culpabilité.
"'Qu'en pensez-vous, docteur ?
"'Mal de tête et fièvre, c'est la méningite ?'
"'Fièvre et mal au ventre, l'appendicite ?'
"'Mal au ventre et vomissements, l'occlusion intestinale ?'
"'Vomissements et mal de tĂŞte, c'est pas la tumeur au cerveau ?'"
Cabinet médical de Play. J'écoute ?
Ah. Bonjour, madame Sachs. Très bien. Merci.
Non, désolée. Il est en visites. Mais il est joignable.
Dites-lui de me rappeler dès qu'il a 5 minutes.
Moi ? Mon Dieu, comme ça. Je vieillis.
Et lui, pas trop débordé ?
Un peu, mais ce serait pire s'il n'y avait personne.
Au revoir, madame.
Je lui dirai. Comptez sur moi.
Elle s'étonne que l'hôpital ne lui trouve rien.
S'ils l'avaient gardé, ils auraient été à la montagne.
Mais lui, son chien, ses poules...
Ils l'ont laissé sortir, mais elle sent que ça va pas.
Ah, les femmes. Sûres d'être les seules à sentir.
"Docteur, je sais ce que je dis, je suis sa fille."
"Je suis sa mère." Elles sont perdues, désespérées.
Elles sont dans la merde et te réclament.
Quand tu entres, tu vois que la toux, la fatigue,
ça ne dit pas tout.
Le vieux n'en peut plus que sa fille s'angoisse.
Et le petit qui jette ses légumes étouffe dans l'amour de sa mère.
Et quand elles voient que tu résistes...
"Vous ne faites rien, docteur ?" "Si. On va faire simple."
Ah, les femmes, toutes pareilles.
Toujours la même culpabilité.
"Qu'en pensez-vous, docteur ?"
Madame Pujade. Bonjour.
Le programme ? 3 interventions, 5 consultations.
Tu n'es jamais Ă l'heure.
"En application de l'article L. 162-3, 4 et 5 du Code de la santé,
"je soussigné Bruno Sachs certifie que Pauline Kasser..." Profession ?
Rédactrice. C'est un beau métier.
Un emploi administratif. Rien de brillant.
Tout de même, c'est beau, rédactrice.
"...Pauline Kasser, demeurant..."
J'ai déjà donné tous les renseignements.
Désolée. Je vous hais car vous allez m'avorter.
Normal Et que vous trouvez ça normal.
Vous voulez rassurer et comprendre. Vous pouvez pas.
Vous êtes très en colère. Ça m'arrive aussi.
- Ça m'étonnerait. - En effet
Ah bon ?
Qu'est-ce qui vous met en colère ? Tout et rien
Selon la saison, ce que j'ai fait ce jour-lĂ ,
ce qui me reste Ă faire.
Ma soirée : garde ou cinéma. Lendemain : repos ou travail.
L'état de mon dos, de mes pieds... Je vois.
"Mme Kasser a bénéficié d'un entretien
"selon l'article L. 162-3, 4..." Je signe.
Madame Pujade, vous pouvez faire entrer la première dame.
Venez, madame.
Voulez-vous venir, monsieur ?
Il préfère rester dans la salle d'attente ? Bien.
On vous a expliqué ?
Je vous dirai ce que je fais au fur et Ă mesure.
C'est terminé.
Quelques compresses d'antiseptique sur le col...
Ça va ? Ça ne tourne pas Non. Je peux voir, docteur ?
Y a rien Ă voir. C'est informe et minuscule.
Merci, docteur. Vous allez vous reposer
Je passerai vous voir.
Vous avez mal ? - Oui. Un peu.
Pas pire qu'un accouchement.
Vous avez tout Ă fait le droit de pleurer.
Je l'aime bien, Sachs.
Il m'a accouchée de ma fille.
C'était son premier accouchement.
La sage-femme lui montrait comment faire. Il était très doux.
Quand le bébé est né, il l'a posé sur mon ventre.
Il est resté à côté de moi un bon moment à le regarder,
Ă le toucher.
Il était plus ému que mon mari.
- Je viendrai pas. Je suis en retard.
On dit pas : "Déshabillez-vous", et hop !
Ça prend plus de 5 minutes.
C'est bien ma veine. Je reviendrai.
Le dernier ?
Ça m'a rien fait.
J'ai tout essayé. Ça marche 3 jours, et c'est fini.
Pas moyen d'aller normalement. Ça commence à m'exaspérer.
Et mon mari rouspète, alors...
Je comprends pas qu'on ait encore pas trouvé quelque chose.
C'est de famille. Ma mère déjà était constipée. Ma fille aussi.
Elle veut pas le dire, mais je la connais.
Bien. Vous allez essayer ça.
Quoi ? Du Laxogène tribismuthé.
J'en étais sûre. C'est inutile. Huile de paraffine aux pruneaux
Pareil. La seule chose qui marche, c'est le Decelmol.
Oui. On le dit cancérigène,
mais si c'était mauvais, ça se vendrait pas.
Et, constipée à longueur d'année, c'est pas une vie non plus.
Decelmol, 3 fois par jour pendant 6 mois.
A part ça, ça va ?
- Des progrès ? - La médecine progresse sans cesse.
Mais nous constatons...
AllĂ´.
Oh, bonjour, mon fils.
Ça va. Toujours pareil.
Je suis tombée sur une émission sur la contraception.
Je te l'enregistre.
On pourra la regarder, vendredi soir.
Tu viens toujours dîner, vendredi ?
Tu m'as pas rappelée. Tu as beaucoup de consultations ?
Il te reste un peu de temps pour écrire dans ta revue ?
J'ai pas reçu le dernier numéro. Tu penseras à me l'apporter ?
Mme Leblanc est une perle. Je suis bien d'accord.
Au début, quand les patients tardaient à venir,
elle se demandait si tu la garderais.
Elle pensait te coûter cher.
Au fait, ton urgence, hier soir, c'était grave ?
Plus vraiment.
Il était mort.
A une époque, je me suis demandé si tu préférais pas les hommes.
Mais j'ai appris que les homosexuels étaient très proches de leur mère.
Ça m'a rassurée.
Toi, tu es distant, secret.
Tu vas pas rester seul toute ta vie, quand mĂŞme.
Quelle femme irait faire sa vie dans ton village ?
Ou alors une patiente.
Ceux qui font ça sont des sales cons !
Maman, j'ai du monde qui attend. Je t'embrasse. A vendredi.
C'est vrai ?
La bĂŞte est vaillante ?
Elle pète de santé.
Mais la dernière fois, j'avais 34.
Entre 25 et 35, c'est très bien.
Faudrait peut-ĂŞtre me prendre la tension.
Ça, ça veut dire oui.
Vous savez, la jeune dame, lĂ ,
la rééducatrice de la parole,
qui m'a fait reparler après mon attaque,
quand je ne savais plus dire que "bonjour, bonjour",
que je pleurais tout le temps...
Ma femme aussi, parce qu'on aimait se causer.
Alors, rien que "bonjour"...
Qu'est-ce que...? Ah oui. La jeune dame, son mari l'a quittée.
Elle est pourtant gentille... Enfin, physiquement.
Et puis bon caractère.
On a beau avoir 75 ans, on sait encore apprécier une femme.
Celle-lĂ , ce serait dommage qu'elle reste seule.
Je me suis dit : "J'en parlerai au docteur. On sait jamais."
14/8. Très bien.
La dernière fois, j'avais 13.
- Ça varie un peu, mais c'est pareil. - Faut pas se plaindre
A 75, c'est plus comme Ă 50.
Mais on se maintient. Je soigne ma prothrombine.
On trime pas toute sa vie pour pas se soigner.
Pour la prise de sang, mettez "à domicile". Je serai remboursé.
On se revoit dans un mois Comme d'habitude, M. Guénot.
On dit de ne pas dépenser, que la Sécu n'a plus d'argent.
Toi, tu n'as jamais rien dit ni pour ni contre.
Tu me connais mieux que si tu me voyais 3 fois l'an,
et moi, je me sens rassuré.
J'avais été licenciée un an avant. L'épicier disait...
Il disait qu'un docteur s'était installé dans l'ancienne école,
et qu'il cherchait quelqu'un pour les appels. Tenez.
Cabinet médical de Play. J'écoute ?
Edmond ?
Non, madame. Désolée. Il n'y a pas d'Edmond au cabinet.
Je me suis présentée à lui, et vous savez ce qu'il m'a dit ?
"On m'a parlé de vous ce matin. J'allais vous appeler."
Vous avez beaucoup maigri ?
J'ai tellement de mal Ă avaler que je ne mange presque plus rien.
Je vais vous faire une lettre pour un spécialiste.
Ici Bruno Sachs. Je voudrais un rendez-vous pour un patient.
Non, ça ne peut pas attendre la semaine prochaine. Passez-le-moi.
Bonjour, Philippe. Excuse-moi de te déranger.
J'aimerais t'envoyer un nouveau patient. M. Guillou.
Demain, 11 h ?
C'est d'accord. Je te remercie. Merci encore.
C'est un très bon spécialiste.
C'est quoi, sa spécialité ?
Le cancer ?
Oui, mais ça ne veut pas dire que vous en ayez un.
- Bien sûr. - Bien sûr.
En tout cas, grâce à votre piqûre,
je souffre beaucoup moins.
C'est bien.
"Moi."
Quand je faisais un stage d'infirmier,
on nous a amené un type
qui faisait une pancréatite aiguë.
Il se roulait par terre en se tordant de douleur.
J'ai dit Ă l'interne : "Il en fait pas un peu trop ?"
L'interne m'a pris à part et m'a dit de changer de métier.
Le lendemain, j'ai voulu présenter mes excuses au malade.
Il était mort dans la nuit.
Moi. Quand j'ai dit Ă une patiente
que ses maux de ventre pouvaient
ĂŞtre psychiques.
J'ai fait venir son mari pour en parler 1 h par semaine,
parfois deux, sans amélioration.
Un jour, elle m'a appelé :
"J'ai compris en allant aux toilettes."
C'est pas compliqué à soigner, un ver solitaire.
Depuis, elle consulte Ă Lavigney.
Moi.
Quand on m'a répété
ce qui se disait au village :
la nuit, au cabinet médical,
j'avortais des femmes
parce que je ne gagnais pas assez.
A un dîner... C'était il y a longtemps.
L'hĂ´pital ne trouvait rien Ă un type ayant perdu 20 kg.
Et moi : "On perd pas 20 kg comme ça."
Sa femme m'a confié qu'il avait un cancer inopérable, et l'ignorait.
Un jour, j'ai eu un malaise, dans ce café.
J'étais assise là -bas. Le patron a appelé les pompiers.
On m'a emmenée de force à l'hôpital. Ça me faisait vraiment chier.
J'étais là , à me geler sur une table d'examen,
quand un type en blouse est entré dans le box.
Il m'a regardée d'un drôle d'air.
J'ai pensé : "Encore un qui va me peloter."
Il m'a tendu un peignoir.
"Je suis l'interne. Que vous arrive-t-il ?"
Je lui ai tout dit : les emmerdes, pas bouffé depuis la veille, tout.
Il est sorti, et il est revenu avec un chocolat chaud et un sandwich.
Il a pris ma tension, déchiré ma fiche,
m'a aidée à me lever, m'a donné ma robe.
Il a souri, et il m'a dit : "Rentrez chez vous, beauté."
Il a rougi, et il est parti. C'était lui, à droite.
Je le consulterai jamais.
Il n'est pas clair. Sachs
Je l'ai vu regarder des cassettes pornos.
Je veux plus le voir.
Il m'a refusé mon médicament contre le cholestérol.
"C'est moins grave que la cigarette."
Moi, je veux juste soigner mon cholestérol.
Je sais mieux que lui de quoi j'ai besoin.
C'est qui, le malade ?
Désolée de vous réveiller. J'ai un appel pour vous.
C'est du côté de Sainte-Sophie-sur-Tourment.
C'est bien indiqué. Vous êtes le seul médecin de garde.
Un bébé de 8 mois. Il a de la fièvre et pleure.
Allez-y, Catherine. Je note.
Elle l'a baigné ?
Non ? Dommage. Elle aurait pu le jeter avec l'eau du bain.
Bon. J'y vais. Je vous rappelle en rentrant.
Mme Bailly ?
Ah, non. Pierre, viens voir.
Je cherche Mme Bailly, Ă la Bulle.
Ici, c'est Bulle-Haute. La Bulle-Basse...
C'est pas ici. Pour y aller... Faites demi-tour.
A 2 km, 1,5 km, au carrefour, vous continuez tout droit.
Vous pouvez recommencer ?
La Bulle-Basse, c'est là . Le panneau, on le voit qu'après.
OĂą allez-vous ?
Il fait trop froid, dehors.
T'es cinglé ?
Vous avez trouvé facilement ? Désolée de vous déranger.
Je me suis inquiétée. Je ne savais pas qui appeler.
Vous ĂŞtes seule avec le petit ?
La Bulle-Basse, Mme Bailly.
Le môme n'a rien, mais la mère en a des tonnes à raconter.
Elle fait payer Ă son mari, qui s'amuse
et la plante lĂ avec le mĂ´me.
Ce n'est jamais pour rien.
Pour les toqués, les jetés, les pas nets.
Donner des exemples. Qui, encore ?
Les angoissés de passer une nuit seuls :
"J'ai plus de parents, plus d'amis.
"Mes enfants sont partis. Mes voisins...
"Faut que je parle Ă quelqu'un, ou..."
Allô ? J'y suis pas allé pour rien.
Pas d'autres appels ?
Bonne nuit. Je vais dormir 2 heures.
Ça va pas fort. J'ai plus l'âge des nuits blanches.
Moi non plus.
Redoutant un malheur, j'ai appelé ma fille pour qu'elle le cherche.
Mon gendre était pas content, mais c'est son beau-frère.
Georges boit trop. Il préfère que ça s'ébruite pas.
Georges a touché sa pension hier. Alors il est allé acheter du vin.
Ma fille l'a trouvé dans le fossé. Ça a fait un drame.
J'arrĂŞte pas d'y penser.
LĂ , il s'est endormi.
Et vos ulcères ? L'infirmière est passée ?
Elle s'est surtout occupée de Georges. Elle va repasser.
On va le faire tous les deux.
Docteur, il faut que je vous dise.
Ma fille veut faire enfermer Georges.
- Qu'est-ce que vous en pensez ? - Mais je ne veux pas, docteur.
Georges est pas méchant.
Y a qu'Ă lui qu'il fait du mal.
Mais sa sœur ne l'aime pas. Elle a honte de lui.
Et il est costaud. Elle en a peur. Mon gendre aussi. Il est tout petit.
Mais je voulais vous demander...
J'ai honte de vous demander ça. Ça se fait pas.
Mais si c'est possible...
Quand je serai morte, ne le faites pas enfermer, docteur.
Je sais que vous pouvez rien promettre,
mais il fallait que je vous le dise. C'est dit.
Votre décision, on peut en parler Je ne crois pas pouvoir.
Vous avez un enfant ? Une petite fille, métisse.
Tous les enfants sont métis C'est vrai.
Je suis infirmière. Vous me trouvez ridicule.
- Pourquoi ? - D'ĂŞtre enceinte sans le vouloir.
Je devrais savoir.
Ça ne vaccine pas, d'être soignant.
Votre décision, vous voulez en parler ?
Non.
Vous avez recontacté votre gynécologue ? Rien à signaler ?
Si. Quelque chose d'inhabituel.
Vous me plaisez énormément. Pour un médecin, c'est rare.
Vous suscitez souvent des émois chez vos patientes ?
Chercher à les séduire n'est pas votre genre. Je me trompe ?
Je suis revenue dans ce service sinistre
pour voir que je fantasmais. Que c'était l'émotion. Eh bien, non.
J'aimerais que vous ne me plaisiez plus, mais si.
La situation est de mauvais goût, je vais partir.
Il paraît que j'ai pas de goût. Le mauvais goût ne me dérange pas.
Et la patiente qui craque pour vous ?
Ça me surprend. Ça me dérange pas. J'espérais vous revoir.
Je vous l'aurais pas dit. Ne vous moquez pas.
- J'ai plein d'Ă priori - Sans doute.
Vous avez mon numéro, mon adresse, même ma date d'anniversaire.
Vous, entre l'hĂ´pital, le Minitel, vous pouvez pas me rater.
- Ça manque d'imprévu - Et de mystère.
On peut en inventer.
On ne s'appelle pas.
Et si on se croise en ville, on part ensemble. D'accord ?
Au fait, je veux plein d'enfants.
Un instant, madame Renard. J'ai un coup de fil Ă donner.
Je peux vous parler, madame Leblanc ?
Ça fait un moment que je voulais savoir...
Vous ĂŞtes heureuse de travailler ici ?
Bien sûr, docteur, que je suis heureuse. Très heureuse.
Très bien.
Merci, madame Leblanc.
Oui ?
Vous allez rire. C'est rien.
Eh bien ?
C'est peu de chose. Pour être sûre.
Je voulais vous poser une petite question.
J'aurais pu appeler. J'ai eu peur de déranger.
Alors ?
Un petit service.
La pharmacienne a dit que c'était sur ordonnance.
Le gel anesthésique qu'on met sur la peau pour faire une piqûre.
Enfin moi, j'ai pas de piqûre à faire, mais...
C'est délicat à expliquer.
Ma femme... Comment dire ?
Elle aime beaucoup ça. Pas l'anesthésique.
Mais elle aime ça. Donc on fait ça tous les jours. Parfois 2, 3 fois.
Donc moi, je dis pas non.
Y a des collègues, la leur a toujours la migraine, donc moi...
j'ai pas à me plaindre, mais parfois, ça chauffe terriblement.
Enfin, ça me brûle.
Et puis, j'aimerais bien ralentir un peu,
mais elle est terrible.
L'autre jour, à la télé, ils parlaient du gel.
Ils en donnent mĂŞme aux enfants,
donc c'est pas dangereux. Je voudrais m'en mettre.
Histoire d'avoir moins mal, quoi. Vous voyez ?
Je vous écoute.
J'en ai pas pour longtemps. C'est pour un papier.
Vous êtes venu, quand le tracteur s'est retourné sur mon frère.
Ils ont dit que c'était affreux. Il aurait dû raccrocher la cabine.
Il l'a enlevée pour nettoyer l'étable, et il a oublié.
Puis voilĂ .
L'assureur demande la cause de la mort.
Vous, vous pourrez leur dire.
Mais moi, surtout, je voudrais savoir s'il a souffert.
"Ongles rongés, peaux arrachées...
"L'entend-on hurler de l'extérieur ?
"Retrousser ses manches ne met pas Ă nu.
"Pour ĂŞtre nu enfin, il faudrait..."
Il faudrait...
Y a trop de livres. Ça sert à rien.
Conneries ! Temps perdu ! Tape-à -l’œil ! De la merde !
Ça suffit, docteur. Lisez ça,
tranquillement.
Bonjour.
Je cherche "La Vacation" de Martin Winckler.
C'est au fond. Je vous montre.
Un livre tombe.
AllĂ´. C'est qui ?
Ah, Colette.
Non. Sa voiture
est toujours lĂ .
Il a rien fait du samedi. Il a pas bougé.
Faut dire... Depuis qu'elle est là , il a changé.
Oui. Sa... Enfin, la femme qu'il a chez lui.
J'ai questionné Mme Borgès, sa femme de ménage.
C'est la belle-sœur d'un beau-frère de Pierre, le cousin de mon mari.
Elle a juste dit qu'elle était gentille.
Je peux pas rester collée à ma fenêtre, non plus.
Ah ben, voilĂ . Enfin, le voilĂ qui sort. Elle aussi.
Tiens, il prend sa voiture Ă elle.
Faut dire, elle est mieux que sa...
Depuis qu'il a une bonne clientèle, il pourrait en changer.
Je sais pas ce qu'ils ont à se dire. Il est pas pressé.
VoilĂ . Il est parti. Tu vas pas tarder Ă le voir arriver.
Non. Y en a eu, mais elles étaient que de passage.
J'ai jamais vu 2 fois la mĂŞme.
Elle, non. Elle passe la nuit lĂ tous les jours.
Elle fait quoi ?
Écoute Ça, c'est pas banal.
Elle est dans la plate-bande, et elle bĂŞche.
Ben oui. Comme je te le dis.
Respirez.
Voilà . Ça devait faire très mal.
Dites-moi, Me Pérec...
comment on se met un hameçon dans le doigt ?
Que puis-je pour vous ?
Vous êtes de garde, mais j'espérais que vous seriez pas là .
J'ai terminé mes visites. Pour l'instant.
Peut-ĂŞtre pas. Pardon - Je sors ?
Dr Sachs. J'écoute ? Oui, maman.
C'est dimanche, mais je suis de garde.
A la maison, c'était mon amie, pas le standard. Je te rappellerai.
Je vous écoute.
Je suis désolée. J'aurais pas dû venir.
Si. J'avais besoin de parler. Je suis pas malade...
Pas comme vos autres malades.
Excusez-moi.
Ça a l'air très difficile.
Oui. En même temps, c'est très banal.
J'ai qu'un homme dans ma vie. Si on peut appeler ça une vie.
Il est marié. J'en peux plus.
Le dimanche, vous le voyez pas
Non, non. C'est pas ça.
Je le vois, le dimanche.
LĂ , il visite sa belle-famille, pour la forme.
Quand il fait ça, je voudrais les tuer tous les deux.
Sa femme va au bridge, Ă la thalasso. Je la croise.
Elle claque un fric fou. J'ai du mal Ă pas l'insulter.
Lui, je sais pas ce qui le retient. Il me dit qu'il la touche plus.
Vous pensez qu'il ment Non.
Il est trop douloureux, trop... C'est compliqué.
Il a une fille. Quel âge a-t-elle
17 ans. Quand on s'est connus, elle n'en avait que 8.
Il la voit très peu, sa fille.
- Et vous, souvent ? - Oui.
Je travaille chez moi. C'est discret.
Et avec son métier... - Il est représentant ?
Excusez-moi.
C'est vraiment décousu. Vous pouvez rien y faire.
Quand il part comme ça, je suis prête à rompre.
Il m'a appelée. Avec les portables, facile.
Qu'avez-vous dit ?
Rien. Il est tellement mal de me voir comme ça
et de faire semblant.
J'en ai marre d'attendre qu'il quitte
sa conne de femme et sa fille !
Je suis désolée. C'est pas grave.
Je me contrôle plus. C'est pour ça que je suis venue.
Merci de m'avoir écoutée. Je suis un petit peu gênée.
"Gênée" ? Pourquoi ?
Je prends votre temps sans ĂŞtre malade.
Non, mais vous souffrez.
Je t'ai pas dit mon nom. Tu m'as pas demandé.
Je vous écoute.
Désolée de vous déranger un dimanche. On a un commerce.
Voilà . Je voulais vous parler de mon frère.
Votre frère ?
Georges. Il vit avec ma mère, Mme Destouches.
- Oui. - On s'inquiète pour ma mère
Elle est fatiguée, et avec Georges...
Eh bien ?
Vous savez bien qu'il boit. Il est sale.
C'est plus possible, qu'il vive avec elle.
Votre mère ne veut pas qu'il parte. Elle lui est très attachée.
Bien sûr : c'est un boulet.
Mais mon mari et moi, on a pris notre décision.
On est venus se mettre d'accord avec vous.
- "D'accord" ? - On va le faire désintoxiquer
Pendant ce temps, si maman allait à l'hôpital pour ses ulcères,
on lui dirait que Georges, il a fallu l'emmener.
"L'emmener" oĂą ?
Vous avez compris. On n'a qu'Ă le faire interner.
Vous ferez le certificat d'internement.
Venant de vous, maman l'acceptera.
Les psychiatres ont leur mot Ă dire.
Ma belle-sœur travaille là -bas.
Ils le garderont le temps qu'on ait une solution.
"Une solution" ? Ben oui.
Georges est un parasite qui s'accroche Ă maman.
On en a assez. Vous comprenez ?
Oui. Je ne ferai pas interner votre frère
ni hospitaliser votre mère.
- Mais... - Au revoir, madame, monsieur.
"La vie est un enfer.
"Peu Ă peu, on l'apprend dans son corps.
"Quand un autre corps s'en mĂŞle, s'il n'y a pas d'amour,
"l'enfer est double."
"J'en ai vu, des femmes, cuisses serrées, leur sac dessus,
"maudissant un mari qui, quand il ne découche pas,
"s'endort devant la télé, puis monte en traînant la savate.
"Et quand elles montent, enfin,
"ayant étendu la 3e lessive et mis un suppositoire à la petite,
"se retourne vers elles, yeux fermés,
"leur colle le museau sur la face, vire la chemise de nuit...
"'Inutile d'en dire plus, docteur. Vous connaissez les hommes.'
"J'en ai vu des hommes murmurer, en rédigeant leur chèque,
"qu'ils aimeraient refaire du foot, ou des maquettes.
"'Mais le samedi,
"'on fait les courses, et ma femme n'aime pas conduire.
"'Et le dimanche, c'est pas possible non plus.
"'Déjeuner chez belle-maman. Alors les maquettes..."
"'Et j'ai beau mettre du journal,
"'elle trouve que je salis.
"'Une goutte de colle, et elle me saute dessus.
"'Alors qu'au lit... Enfin, je vous en dis pas plus.
"'Elle veut que je sois gentil, que je lui parle.
"'Mais ce qu'elle veut, c'est que je la laisse parler.
"'Vous me comprenez. Vous connaissez les femmes.'"
J'ai l'air d'un salaud, avec mes textes.
Oui. Mais je supporte.
Vous écrivez souvent des considérations sur l'humanité ?
Tout ça !
On appelle ça comment, en médecine ? Une manie ? Une maladie ?
Ou un remède ?
Vous n'avez pas peur ? Moi, non. Mais vous, oui
Vous écoutez toujours les gens.
Vous avez le droit de vous confier par écrit.
Faites-moi un peu la lecture.
"En stage de pédiatrie,
"on avait un garçon de 8 ou 9 ans
"qui chiait toujours dans sa culotte.
"Pas faute de se retenir, mais parce qu'il se retenait trop,
"au point de ne plus sentir ce qui s'amassait dans son rectum.
"A force de s'accumuler, ça sortait tout seul.
"Je passe sur les détails et nos essais pour le rééduquer.
"Selon notre psychologue,
"c'était souvent dû à une mauvaise relation avec la mère.
"Je refusais de le croire. Jusqu'au jour où j'ai vu la mère."
Que fais-tu lĂ ?
Tu gĂŞnes, lĂ ! Va dans ta chambre !
"Elle n'a eu aucun geste maternel envers son enfant. Ce jour-lĂ ,
"pour la 1re fois, j'ai éprouvé un sentiment effrayant."
Ce que je viens de ressentir en virant une autre ordure :
une haine incontrĂ´lable, qui me laisse tremblant chaque fois.
D'oĂą elle sort, sa copine ? Elle joue les vedettes Ă lunettes noires.
C'en est peut-ĂŞtre une.
Mange ton croissant. J'ai pas faim
Jean-Yves, parle-lui.
Ma puce, le Coca au petit déjeuner, ça énerve ta mère.
C'est malheureux, un si petit appétit.
Je l'amènerai au docteur, qu'il la raisonne.
Et je parlerai de moi et Jean-Yves.
C'est quand mĂŞme malheureux qu'il me fasse pas jouir.
Un croissant ? Au beurre ou ordinaire ?
Ce matin : une jeune fille pour un rappel de vaccin.
Ses rondeurs ne laissent aucun doute.
Je dis : Ça fait combien ?
Puis je me dis que je me goure, et je lui dis :
Je vais vous examiner.
Je n'avais pas rêvé.
- Je ne vais pas vous revacciner. - Non ? Pourquoi ?
- C'est risqué pendant une grossesse. - Je peux me rhabiller ?
Oui.
C'est combien ?
- Je fais les papiers de grossesse ? - Non.
C'est combien ?
J'ai refusé qu'elle paie. Elle a insisté pour payer.
Je n'ai pas su quoi faire.
Annie va bien. C'est redevenu un amour.
Je l'ai emmenée au Dr Sachs. J'en pouvais plus.
Elle était irritable, agressive. Elle y est allée à reculons.
- Tu fais attendre les gens - Tu m'emmerdes.
Ce que j'avais honte !
J'avais pourtant l'habitude de ses crises.
Pourtant, je me mets en 4 pour lui faire plaisir.
Sans succès. Je dis au médecin :
- Ma fille ne mange plus - Dis pas de conneries.
Je n'ai pas relevé. J'ai expliqué...
Elle a grandi sans prendre de poids.
Elle va pas faire la taille de son père !
Et le médecin répond en souriant :
C'est beau, une grande femme.
J'ai soupiré pour qu'il sache que je ne lui demandais pas ça.
Je sais pas ce qu'elle a. A 14 ans, elle n'est pas réglée.
Lui, imperturbable : - Qu'est-ce qui vous inquiète ?
Je m'énerve : - Tout ! Elle mange pas.
Dis-le que ça te reste en travers de la gorge.
Annie, je te parle. Elle veut pas me parler.
Elle me boude alors qu'elle a tout. Ça me dépasse. Moi, sa mère.
Jusqu'à 18 ans, elle me doit respect et obéissance. Et même après.
L'autorité,
avec les ados...
Au lycée, elle est charmante, sauf dans ma classe.
Vous l'avez en classe Depuis le CP.
Je suis passée au collège pour elle, à son entrée en 6e.
Quelle chance, pour nous. Son père avait pas de travail fixe.
C'était un peu avant que je le mette à la porte.
Il savait pas s'occuper d'elle. - Maman
Je parle de ton père, tu réagis.
J'ai le droit. Je l'ai assez supporté.
Je ne t'en dis jamais de mal.
Mademoiselle, vous pouvez nous laisser ?
- Il l'a fait sortir. J'étais bouleversée.
Je lui ai raconté notre séparation.
Ça venait de moi, mais j'ai souffert.
Moi, je vois le Dr Boule, mais il plaît pas à Annie.
Pardon. Je m'inquiète tellement pour ma fille.
Elle n'a que moi. Et maintenant...
- Et son père ? - Il vient plus à la maison.
- Elle le voit pas ? - Si.
Elle le voit, mais le moins possible.
Je lui ai raconté les années gâchées à cause de son père.
Et la "fugue" d'Annie. - Une fugue ?
Elle a quitté le lycée sans prévenir.
Je la dépose à 8 h, même quand j'ai cours qu'à 11 h.
Elle sait pas la chance qu'elle a.
Une ado qui disparaît 3 heures, c'est une fugue.
Il fait toujours "hum hum". Ça m'agace.
Là , il ose me demander : - Elle mange, chez son père ?
J'ai ri jaune. Il paraît que son amie fait très bien la cuisine.
Je dis : Ça m'étonnerait.
Et puis elle y va pas souvent. J'enchaîne vite :
Elle fait une anorexie ? Vous pouvez la soigner ?
Si vous permettez, je vais voir Annie seule.
J'ai dĂ» sortir. Si.
Venez, s'il vous plaît.
Que sait-il des adolescentes ? Après 5 minutes, il en aura marre.
Il a gardé Annie 1 heure. Je te jure.
Il m'a fait revenir. Il a été clair, ferme. Il a dit :
Il faut prendre ça au sérieux. Nous avons longuement parlé.
Elle était métamorphosée.
J'étais sciée. Il m'a fait payer pour 2, mais ça le valait bien.
De toute manière, ma mutuelle me rembourse.
Et nous voilĂ copines. Dieu merci, elle n'en est pas aux flirts.
Une "petite crise" ?
J'ai souffert.
Toi, t'as pas d'enfant.
Elle est pas prof. J'en vois corriger leurs copies ici.
Je l'ai vue à la sous-préfecture, à son travail. Elle l'attend.
Elle est avec le médecin de Play. Il fait des IVG à l'hôpital ici.
Oui, je l'ai vu. J'étais enceinte. Je pouvais pas le garder.
Gentil, et puis intelligent. Les médecins le sont pas forcément.
Et il est pas mal. C'était bizarre qu'il vive seul.
VoilĂ , ils sont deux.
Le premier arrivé attend l'autre.
Ils me font chier, Ă tant s'aimer. A ĂŞtre si amoureux.
Elle minaude pas. Et il est attentif.
Quand il fait la gueule, elle le materne pas.
Et quand c'est elle, il est lĂ , lui aussi. Ils se parlent beaucoup.
Ils sont très intimes et ils se vouvoient.
T'as jamais vu ça ? Comme dans les vieux films.
Regarde.
On dirait qu'ils vont partir, aller chez elle,
près du boulevard Circulaire, monter l'escalier 4 à 4.
Elle glisse sa cuisse entre les siennes.
En moins d'une minute, ils sont nus. Elle a un grand lit sombre.
Ils se collent. Elle adore ça, c'est sûr.
Qu'il la tienne en la regardant, ça la rend folle.
Leur désir me fait chier, mais ils sont mon seul soleil.
Bon. Je les sers avant qu'ils filent.
Ils font chier, mais j'ai qu'eux, alors je les soigne.
J'y vais plus. Moi, si.
A midi, y a plus personne.
La dernière fois, il m'a dit : "Vous venez toujours à midi."
Ça m'a pas plu. J'y retournerai pas.
On s'est vus, un dimanche. Je me souviens
Cette fois, c'est pour mon fils. Le Dr Boule m'a dit de vous appeler.
Qu'est-ce qui va pas ?
Réponds, chéri. Avec le Dr Boule, c'est facile :
il l'a mis au monde. T'as mal oĂą
LĂ .
Et depuis quand ?
Depuis 2 jours. Et aujourd'hui, il a 38,2.
Je t'examine ?
Comme Jérôme ? D'accord
"Jérôme", c'est le Dr Boule. Je sais
Par quoi il commence, Jérôme ?
"OK-doc."
Dis, bonhomme, comment tu t'appelles ?
Jérôme. Comme le Dr Boule. Un jour, je serai docteur.
Je lui ai raconté ma visite. Il m'a dit :
"Sachs est très discret. C'est la personne à qui parler."
J'en avais besoin. C'est si irréel, parfois.
L'enfant est une réalité. Oui. Il y a l'enfant
J'y vais. Je peux le laisser Ă sa baby-sitter ?
Pas de problème. Elle est sérieuse
Au revoir, Jérôme. Suce des glaces. C'est bon pour l'angine.
Au revoir. Au revoir, le docteur.
Au revoir.
Annie...
J'ai 15 ans. Je demande à vivre chez mon père.
Je vais voir Me Pérec. Il est au courant.
Annie, s'il vous plaît.
Vous ĂŞtes
en colère,
car votre mère se permet de parler de vous avec un inconnu : moi.
Mais je la déteste. Je peux pas la sentir.
D'ailleurs, elle pue.
Je me fous de ce qu'elle dit. Elle ment.
Si je la contre, elle se met Ă pleurer.
Les conneries sur mon père, c'est pas vrai.
Il est parti car il en avait marre. Je veux partir aussi.
La semaine dernière...
"La semaine dernière" ?
J'ai été à l'anniversaire de mon frère.
Elle dit toujours : "Ton demi-frère."
Comme j'ai pris le bus seule, elle dit que j'ai fugué.
Elle est trop con !
Vous pouvez rien me faire. Je suis pas malade.
Vous avez raison. Vous n'ĂŞtes pas malade.
C'est pas une maladie, de détester sa mère.
Vous voulez quoi Aller vivre chez mon père.
Voir grandir mon petit frère. Elle dit que si je fais la demande,
elle parlera au juge, et papa aura des ennuis.
Attendre mes 18 ans chez elle, j'en crève.
Vous n'attendrez pas. D'abord,
la calmer : je vous prescris une bricole. Évitez de la provoquer.
Si les choses se compliquent, allez voir Me Pérec de ma part.
Pérec.
Maintenant, je me tiens droite, je suis polie.
Alors, Annie, tu viens me garder ?
C'est moi, le malade. Il va bien,
le docteur. Ta gueule, Jérôme.
J'arrive. J'ai suivi votre conseil.
Endormir l'ennemi Oui.
Vous seul avez refusé d'interner Georges.
Je voulais vous remercier...
et vous dire quelque chose. Georges n'est pas de mon mari.
Je l'ai eu avec un homme que j'ai aimé, beaucoup.
Je l'ai raconté à personne, sauf à cet homme.
Puis Ă mon mari.
Et maintenant, Ă vous.
Mes enfants savent pas.
Mais on dirait qu'ils ont deviné et me le font payer.
Vous croyez ça possible ? Oui.
Les enfants percent Ă jour les parents et pardonnent peu.
Votre journal. Bonjour, docteur M. Merle.
Ça va, madame Destouches Oui, merci.
Ils se jalousent, mais s'accordent pour me blesser.
Georges a crié qu'il cédait la place à sa sœur,
qu'il pouvait vivre de sa pension, que je serais mieux toute seule.
J'ai rien répondu.
Il sait que je voulais pas qu'il s'en aille.
Vous vous ennuyez pas trop ?
Non.
Les gens passent : le facteur, puis ma fille,
tous les soirs, comme pour se faire pardonner,
juste avant dîner, avec son mari. Lui, il reste dans sa voiture.
Quand elle arrive,
j'allume la télé au hasard et je fais semblant
de m'intéresser à l'émission. Je veux plus lui parler.
Elle le savait. Georges est comme il est, mais il me manque.
Et je me fais pas à l'idée qu'il est enfermé.
Quand mon mari a eu sa cirrhose, il dormait plus. Il était infernal.
Le médecin m'avait donné des cachets pour qu'il dorme.
Un jour, il s'est pas réveillé.
J'avais gardé les comprimés, au cas où.
Bon. Depuis le temps,
ils doivent être périmés, mais pour ce que je veux en faire...
C'est marrant. C'est gonflé, mais marrant.
Je n'ai pas entendu la voiture. Ça va ?
Ça ne va pas. Qu'est-ce qui se passe ?
La cassette. C'est médical. C'est professionnel.
C'est un secret médical.
C'est plein de miettes.
"Jean-Yves a filmé notre nuit de noces,
"avec la caméra vidéo offerte
"par ses copains.
"Il voulait filmer le lit, mais il l'a mal réglée.
"On entend Jean-Yves 78 secondes.
"Puis il s'endort. On l'entend ronfler 178 minutes.
"A peine commencé, c'est fini.
"Alors j'ai décidé d'en parler à un docteur."
Si j'étais vous j'oublierais la sexualité de...
et je m'occuperais de celle de Pauline.
Vous ne voulez pas prendre un bain ?
M. Deshoulières va peut-être appeler.
Faudra se rhabiller... - Prenez le risque
Mon 1er texte publié exhortait à regarder,
autant que les seins des femmes, dans le slip des hommes.
Cancer des testicules, hypospadias,
bourses vides ou qui gonflent, phimosis, kyste du cordon,
mycoses, baisse de sensibilité...
Mais qui voudrait regarder tout ça ?
Moi, moi, moi.
Vous ne connaissez pas les femmes.
"Les maladies
"portent le nom du médecin qui les a observées ou décrites le 1er,
"jamais le nom de celui qui en souffrait.
"Cela montre combien la maladie appartient au médecin, à sa caste."
C'est dégueulasse. Vous faisiez semblant de dormir.
"Vous connaissez les hommes." Mais j'ai oublié. J'ai oublié
Oui. Oublions.
Oublions.
Oublions les corps décharnés,
les corps obèses, les corps pustuleux, les corps en sueur,
les corps déformés, les corps désirables,
ou crasseux et sentant le feu de bois,
les corps blancs sous un visage tanné,
les corps nauséabonds,
les corps balafrés par les chirurgiens,
ou tordus de douleur,
les corps gluants, ou brûlés, les corps gémissants...
Elle est partie calmement.
Je vais baisser le son.
Ma femme était du Midi. Elle aurait aimé y retourner.
J'ai trouvé une cassette : Ambiance du Sud.
A la fin, je lui ai mise. Elle est partie avec les bruits de lĂ -bas.
Vous la réécouterez, cette cassette ?
Certainement, oui.
Pardon. J'ai eu peur. C'était un lapin qui traversait
C'est un virage très dangereux.
2 fois l'an, une voiture prend le pylĂ´ne.
Comme je ne suis pas loin, c'est moi qu'on appelle.
On a fait une enquête sur les médecins.
Le bilan est peu reluisant.
Les médecins se droguent, fuguent, baisent mal, sont flambeurs,
frappent ou délaissent leurs proches...
Quand ils en peuvent plus, de leur vie de con, ils se tuent.
Il est tard.
Pourquoi faites-vous ça Quoi ?
Écouter votre montre quand vous êtes soucieux.
Enfant, si je m'étais fait mal en tombant,
ou si j'étais triste, mon père me prenait dans ses bras.
Et j'écoutais le tic-tac de sa montre.
C'est une montre automatique.
Elle se remonte quand on la porte.
Une fois malade, il la portait plus. Je la mettais, la nuit.
Elle ne s'est jamais arrêtée, mais il est mort quand même.
Je suis tranquille que quand elle va chez notre nièce.
C'est rude ?
Elle m'agace. "Est-il possible de tant souffrir ?"
Si je la contrarie, elle geint : "Hé là , comme t'es méchant."
Y en a que pour elle. Une visite, et j'y ai droit :
"Marcel m'a fait ci, et ça. Pauvre de moi."
14/8. Parfait.
Mes jambes me portent plus comme avant.
Avant, j'allais dans le bois.
J'étais tranquille.
Si je suis paralysé, à dépendre d'elle,
elle va ameuter le bourg :
"Qu'ai-je fait au Bon Dieu pour mériter ça ?
"Pauvre de moi."
Un petit verre ?
Et quand elle m'a mis au régime !
Ni vin, ni gras, ni rien. Et vous : "Vous voulez le tuer ?"
Son docteur qui la dispute Il faut se défendre.
J'aime quand vous l'auscultez avec de la poigne.
"Là , ça vous fait mal ?" Et elle : "Oui, oui."
Vous appuyez bien fort : "Et lĂ ?" "AĂŻe, aĂŻe." Et vous faites durer.
Je pense : "Vas-y, qu'elle le sente passer."
Ça m'amuse et ça me venge un peu.
Mais c'est qu'elle agace ! Non, j'ai réfléchi.
Si je suis paralysé, je préfère crever seul.
Avant, ça se faisait pas,
mais maintenant, docteur, divorcer, j'y pense.
C'est les examens de Mme Reverzy.
Il y a un papier d'assurances avec, personnel, pour le Dr Boule.
Faut le renvoyer.
Oui, mais ça m'étonne qu'il ait glissé ce papier
sans s'en rendre compte.
C'est une assurance vie.
Oui, docteur, mais pas pour Mme Boule.
C'est peut-être exprès, qu'il vous a confié ce papier.
Vous saviez qu'il avait... Une maîtresse
Ce qu'on sait ou pas, il ne faut pas s'y attacher.
J'y vais. C'est bondé.
J'essuie toujours le siège des toilettes.
J'ai une parfaite hygiène intime.
Et je n'ai connu que mon mari, alors je ne vois pas comment...
Respirez profondément.
Que sentez-vous ? Je sens des ratés
La douleur a duré longtemps ?
Deux bonnes heures. Ça m'a réveillé.
On va faire un ECG.
Ça va être
votre tour.
Bonjour, Mme Leblanc M. Guénot.
Je dérangerai pas le docteur.
Je venais renouveler mon ordonnance, pour ma prothrombine.
Je repasserai Très bien.
Ah. Pour la prise de sang, qu'il mette "Ă domicile",
pour que ce soit remboursé.
D'accord. Merci. Au revoir
Au revoir, monsieur.
C'est des rumeurs, mais il va pas partir, le docteur ?
Maintenant qu'il n'est plus seul.
- J'espère que non. - Il vous l'aurait dit
Au contraire, il pense prendre un remplaçant une fois par semaine.
Bon. Tant mieux.
J'ai fait un infarctus, c'est ça ?
Votre cœur est à l'asphyxie. J'appelle l'hôpital.
Non. Je n'irai pas.
- Bien sûr que si. - Trop tard. C'est bien comme ça
Je veux mourir chez moi, au calme. Pas Ă l'hĂ´pital.
- Et votre femme ? - J'avais l'angoisse de la perdre
Elle est jeune. En forme. Il lui arrivera rien.
S'il lui arrivait quelque chose, je ne le supporterais pas.
J'ai perdu ma 1re femme et mon fils dans un accident de voiture.
J'ai cru ne pas m'en sortir, puis j'ai fait cette rencontre.
Ça m'a sauvé la vie. Mais je ne pourrais pas revivre ça.
Ça n'arrivera pas : je meurs le premier.
Je me sens soulagé,
presque heureux.
Combien je vous dois ?
Mon fils s'appelait Bruno.
Je suis content de vous avoir vu, docteur.
Bonjour.
Ça va, Amandine Bonjour.
Que puis-je pour vous Je sais pas. Je sais pas bien.
Il fallait bien que je vienne un jour. Ça peut plus durer.
Oui.
Oui. Oui.
Oui. AllĂ´ ?
Qui ĂŞtes-vous, monsieur ?
Qu'est-ce qui vous arrive ?
Calmez-vous, ou je peux pas vous aider. OĂą est-elle ?
Sur son lit ou par terre ?
Sur le côté. Vous avez bien fait.
OĂą habitez-vous - Vous ĂŞtes pris ?
Non - Alors venez !
Oui. Tout de suite. Mais dites-moi oĂą.
Très bien. J'arrive.
Désolé. J'ai une urgence.
Vous attendez mon retour ?
Je dois rentrer. Je reviendrai.
Ça fait 6 mois que j'attends. Alors 3 jours...
On fĂŞte quoi Ton anniversaire et tes amours.
Viviane, trinquez avec nous. Ah. Si, si.
D'habitude, Bruno est séduit par des dépressives chroniques,
des victimes aux abois.
Pauline est l'exception. Et elle pense Ă ton anniversaire.
Tu es sauvé.
Félicitations.
Viviane.
Quelle surprise, confrère. Alors, on traîne au café ?
Docteur Boule, Pauline.
- Bonsoir. - Des amis.
Champagne ? C'est mon anniversaire. - Je préfère un whisky. Merci
Justement, j'allais t'appeler. T'as engueulé ma remplaçante,
sur un cancer du larynx en phase terminale.
M. Guillou. Pour pas me déranger, sa femme l'a appelée.
Un œdème énorme. Et elle : "C'est rien."
- Tu l'aurais traitée de conne. - Elle exagère.
Non. Je l'ai traitée de conne irresponsable et sadique.
Ils avaient le dossier. Elle l'a ignoré.
Tu lui as souhaité un cancer pour qu'elle sache ?
Possible. J'étais furax. La reprends pas. Elle est nulle.
T'es mignon.
T'es jeune, encore.
J'oubliais qu'on peut tant se soucier des malades.
On l'exprime différemment. C'est tout.
J'y vais
Ma femme m'attend.
Elle hait les médecins. Faut se faire une raison.
Vous avez rien contre les médecins Si. Certains.
Pas de chance.
Un double, pour la route.
On a passé une bonne soirée. Mm-mm.
Bruno, parfois vous me gonflez.
Vous n'avez pas pris plaisir
à cette soirée ? - Ça s'est vu ?
"Mm-mm."
Oui. Bonsoir, capitaine.
Je sais que vous ĂŞtes pas de garde.
Non. Pas des mĂ´mes, cette fois.
Le SAMU est lĂ , mais vous devriez venir.
Il va très mal. Un ami à vous.
Qui ?
Je viens.
Y en un qui voulait sonner chez Mme Boule,
pour lui dire qu'il s'est jeté droit sur le pylône ?
- Vous étiez aux obsèques ? - Oui. Il y avait foule.
Et pourtant, quelle pluie.
On vous raccompagne.
- Et vous ? - J'y étais pas.
Non. Un rendez-vous ?
Dites-lui juste que depuis ma visite, je vais mieux
Mais le docteur était si pressé, ça m'est sorti de l'esprit.
J'ai oublié de payer la consultation.
Excusez-moi.
Allô, Edmond ? Réponds, Edmond.
Je t'en prie, Edmond !
AllĂ´ ?
AllĂ´, Edmond ? Edmond Sirling ?
Lui-mĂŞme.
Bonsoir. Ici le cabinet médical de Play.
Nous recevons des appels d'une dame âgée inquiète réclamant Edmond.
J'ai fait des recherches.
Notre numéro se termine pas 83 et vous, par 38...
- Elle appelle Edmond ? - Oui.
C'est ma mère. Je croyais qu'elle appelait le docteur,
quand on l'a trouvée morte. C'était il y a presque 20 ans.
Je pense qu'elle n'appellera plus.
Je le crois aussi.
Merci, madame, de m'avoir recherché.
Au revoir, madame.
Une nuit, j'étais externe, j'ai surveillé un prématuré,
une petite crevette de 7 mois 1/2,
allongé dans une boîte avec des tuyaux partout,
ses membres attachés aux 4 coins de la boîte.
A grand effort, il tentait de porter son poing Ă sa bouche.
Je l'ai détaché.
C'était interdit. Il risquait d'arracher sa perfusion.
Mais il voulait juste téter son poing.
Je lui ai raconté des histoires, chanté des chansons.
Toutes les 4 heures, je devais lui faire une injection intramusculaire.
A la 1re, il a hurlé. Il se tordait de douleur. J'ai cru l'avoir tué.
Je savais pas que ça lui ferait si mal.
J'ai pas fait les autres piqûres.
J'ai vidé les ampoules dans le lavabo.
Souvent, je mettais l'oreille Ă la couveuse,
et je respirais que quand je l'entendais respirer.
Je devais le toucher le moins possible.
A l'aube, j'ai enlevé mes gants, savonné mes mains 10 minutes,
et je les ai glissées sur lui pour le caresser.
Sa main a attrapé mon petit doigt,
et son poing l'a tiré vers sa bouche pour le téter.
Je le regardais et je pleurais sans pouvoir m'arrĂŞter.
J'aurai pas d'enfant. Je veux pas les voir souffrir.
Je veux pas les faire souffrir.
Je n'ai envie ni de rouler,
ni de rentrer. Faisons l'amour.
A moins que vous n'ayez mieux Ă proposer.
Une panne de stérilet,
c'est quelle statistique ? 0,5 %
Je tente le coup. Je pourrai avorter.
Sûrement pas.
Vous refusez de désirer un enfant, pas de l'avoir. Aucune logique.
On aura des enfants.
Vous les verrez souffrir.
Ce soir, soyez Ă ce que vous faites, et faites preuve d'imagination.
"Je donnerai mes soins gratuits Ă l'indigent.
"Je n'exigerai jamais un salaire excessif.
"Admis chez les gens, mes yeux ne verront pas ce qui s'y passe.
"Ma langue taira les secrets confiés à moi.
"Mon état ne servira ni à corrompre les mœurs ni à favoriser le crime.
"Respectueux envers mes maîtres, je rendrai à leurs enfants
"l'instruction reçue de leurs pères.
"Que l'on m'accorde de l'estime si je tiens mes promesses.
"Que je sois couvert d'opprobre
"et méprisé de mes confrères si j'y manque."
C'est un début ou une fin ?
Un début.
Sous-titrage : Éclair Vidéo
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