All language subtitles for Il fornaretto di Venezia (1963)_FRE

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Original subtitles

Le Procès des doges ou Le Petit Boulanger de Venise

Nina!

Chérie, jette-moi la clé!

Allez, Nina! Jette-moi la clé!

S'il te plaît, chérie! J'en peux plus.

Nina!

Nina...

Vite, ma chérie! Jette-moi la clé, il pleut!

S'il te plaît, j'en peux plus!

Nina!

Nina!

- Allons, laisse-moi entrer. - Non, non.

S'il te plaît.

S'il te plaît, sois gentille.

Bonne journée, petit boulanger.

- S'il te plaît. - Non, tu n'entres pas.

Mais pourquoi?

Parce que non.

S'il te plaît, je suis crevé. Et puis, c'est le carnaval.

Non, je te dis. Carnaval ou pas, c'est non.

- S'il te plaît, laisse-moi entrer. - J'ai dit non.

Sois gentille, laisse-moi entrer.

Monsieur le comte.

C'est pas un endroit pour cuver son vin.

Monsieur le comte...

Qu'est-ce.

Bonjour, Pietro.

Que s'est-il passé?

Il est mort.

Juste Ciel!

Tu l'as tué?

Sauve-toi, Pietro!

Mais non. Pourquoi?

Sauve-toi, je te dis!

Au secours!

- Un assassin! - Ne reste pas là. Sauve-toi!

Au secours!

Allez, vite! Sauve-toi! Sauve-toi!

Hé, petit boulanger! Qu'est-ce qui t'arrive?

- Pietro, tu es en retard ce matin. - Annella.

Mon Dieu, qu'est-ce qui t'est arrivé?

Tu es couvert de sang.

Tu l'as tué! Tu l'as tué!

Annella, écoute-moi, je t'en prie.

Pourquoi tu as fait ça? Tu ne m'as pas crue...

- Je t'en prie... - Non!

Écoute-moi!

- Où tu vas? - Tu es fou!

- Arrête! Arrête, je te dis! - Tu es fou!

Je t'en supplie. Je ne l'ai pas tué, je te dis. Il était déjà mort!

Annella, je t'en prie, calme-toi. Ne pleure pas.

Je n'y suis pour rien.

Où est ton maître?

Ce sang, non.

Réponds, où est ton maître?

Au Conseil, peut-être.

Il n'est pas rentré de la nuit.

Bonjour, Excellence.

" niles diriger comme bon nous semble.

"Être puissant, ce n'est pas violer les droits et les intérêts du peuple

"Au contraire, il faut bien servir le peuple,

"car ses buts sont plus légitimes que ceux des puissants.”

Bonjour, Giovanni.

"afin que le peuple ne soit pas opprimé.”

Lorenzo!

Bonjour, Sofia.

À cette heure-ci!

Quelle mine fatiguée! La politique vous accapare trop.

Le Conseil s'est réuni cette nuit.

Avant de rentrer, j'ai voulu vous saluer.

Vous êtes la seule femme de Venise

à être si matinale.

Les grands hommes ne sont pas les seuls à se lever tôt

Moi, je suis encore debout, nuance.

Et moi, je suis couché. Moins de bruit, s'il vous plaît.

Ne m'en voulez pas d'avoir interromp la lecture de la comtesse.

Dame Sofia est bien la seule à rendr digeste la prose de Machiavel.

Qu'avez-vous examiné?

Une condamnation à mort,

un acquittement.

Nous avons envisagé une alliance avec les Turcs,

et nous avons décidé de ne pas percer l'isthme de Suez.

Avez-vous parlé des élections?

Ce sujet sensible irrite les conseillers.

On dit que des représentants du peuple vont intégrer

le Grand Conseil.

C'est vrai?

Oui. C'est mon idée.

Bravo! Je suis d'accord avec vous.

Même si ce n'est pas mon domaine.

Parviendrez-vous à faire accepter votre projet?

Ah, ça... Vous connaissez la position des conseillers.

Le peuple au Grand Conseil,

c'est une idée intéressante, mais quelque peu prématurée.

Cela pourrait s'avérer risqué.

Les hypocrites!

Tous des hypocrites...

Ils sont tous contre moi. Tous.

Une fois doge, ils seront tous avec vous.

Je ferai votre portrait. Votre visage m'inspire.

Ce qui paraît dangereux aujourd'hui fera l'unanimité demain.

Comtesse! Comtesse!

Comtesse Sofia!

Bonjour, Sofia.

Oh là là! Mon Dieu, quelle course!

Alvise... Alvise

Guoro...

Eh bien, que lui est-il arrivé?

Alvise Guoro est mort.

Oui.

Mort.

Assassiné.

Alvise a été tué...

Eh bien, cela ne me surprend guère.

Hélas, cette fin était prévisible.

On vous cherche partout.

Le type. Enfin. l'assassin. Il s'est réfugié chez vous.

Comment ça? L'assassin a déjà été trouvé?

Eh bien, notre justice

est d'une efficacité redoutable.

Et très matinale.

Qui serait le coupable?

Le petit boulanger Pietro Facciol.

Pietro Facciol, dit le petit boulanger.

Qui batifole avec Annella...

C'est un brave garçon. Pas le genre à tuer un homme.

Ah, mais beaucoup de braves garçons tuent de nos jours.

Que s'est-il passé?

Le petit boulanger a tué Alvise Guoro.

Ill'a poignardé en plein cœur.

Comment sait-on que c'est lui?

Moi, je le sais. Je l'ai vu de mes propres yeux.

Tu n'as rien vu du tout!

Quand je suis arrivé, il était déjà mort.

Pendant que tu y es, dis que je l'ai tué moi!

Ce ne sont pas nos histoires.

Pietro est incapable d'une chose pareille.

Il faut se méfier de l'eau qui dort.

C'est le comte Barbo.

Monsieur, je vous en prie, aidez-le. Pietro est innocent.

Coupable ou innocent, c'est la justice qui le dira.

Pourquoi t'es-tu caché chez moi?

Je n'ai rien fait de mal, Excellence

Je ne me suis pas caché. Je voulais voir Annella et...

vous demander votre aide.

Pourquoi moi?

Vous êtes juste, monsieur.

Rassure-toi, petit.

Tu n'as rien à craindre...

si tu es innocent.

Madame a été prévenue?

Non, Excellence. Elle dort encore.

Qu'y a-t-il?

Si tôt...

Pardon de te déranger.

Lorenzo.

Tu ne déranges jamais.

Tu es le maître de cette demeure, et mon époux, souviens-toi.

Nous ne nous sommes pas vus depuis. deux. ou trois jours?

Ou plus?

Dans une maison plus petite, on se croiserait davantage.

Oh, je te demande pardon.

Que me vaut l'honneur de ta visite?

Je dois te parler.

Tu dois me parler à moi?

Lorenzo. Comment est-ce possible?

Tu t'es souvenu que tu avais une femme à qui parler?

Pardon d'être ironique, mais je ne peux pas m'en empêcher.

Tu me crois incapable d'avoir des sentiments, d'aimer, de souffrir

Mais je souffre 6 combien de ta froideur.

On ne dirait pas. Tu n'as jamais été aussi belle.

Je sais. Je suis belle. C'est tout ce que tu sais me dire.

Les femmes belles sont des gourdes.

Elles ne connaissent rien à la politique, au droit,

alors le mari s'isole, laissant son épouse hors de son monde.

Et hors de ton monde.

je vis de longues et interminables journées,

minée par l'ennui et la solitude.

Alors je crains...

que cette solitude ne s'intensifie.

Ton cousin Alvise a été tué cette nuit.

Bonjour, beauté!

Ah, c'est facile de jouer au seigneu au sommet de la pyramide

pendant que ces gaillards en dessous font tout le boulot!

Le comte aussi était sommet. Regarde comment il a fini.

Attention, messieurs!

C'est lui... Pas lui...

Moi, je ne peux dire que ce que j'ai vu.

Le Conseil des Dix dira s'il est innocent ou coupable.

Ces gens-là savent tout. Ils ont des yeux partout.

C'est bien simple,

quand on ne passe pas ses nuits dehors,

ces choses-là n'arrivent pas.

Toi, si tu sors, ta femme t'accueille avec le bâton!

Le petit boulanger ne ferait pas de mal à une mouche!

Ce sont les plus faibles qu'on traîne dans la boue.

Ils ne le lâcheront pas si facilement.

Oh, regardez!

C'est la veuve. Elle semble bien consolée.

Je la consolerais bien, moi.

Tais-toi, vieux cochon. Tu n'as pas honte!

Tu n'es plus bon à rien!

Ma chère Sofia! Le Tout-Venise est là.

Pauvre Alvise... Cela l'aurait tant réjoui.

Il aimait beaucoup ces occasions.

C'est un réel plaisir de vous avoir. Le deuil vous sied très bien.

Princesse! Je vous raccompagne.

Toutes mes excuses, Sofia. Vous connaissez le chemin.

Princesse! Appuyez-vous donc sur mon bras.

Et si nous tombons, ce sera ensemble

Sofia. voulez-vous m'épouser?

Non. Ne dites rien. Le moment ne s'y prête pas.

Pourquoi faire votre demande maintenant, alors?

La musique me donne du courage.

Allons, vous n'avez pas peur de moi.

J'ai peur de perdre votre amitié.

À vous, je ne saurais mentir. Je vous aime, Sofia.

Demandez conseil à Alvise. Vous êtes trop timide.

Je ne le suis pas.

L'audace de votre cousin fait paraître les autres timides.

Nos séances ressemblent à des réunions de famille.

Il nous faudrait trente personnes de plus

qui ne soient ni des oncles, ni des cousins, ni des neveux. Hein

La tradition fait notre force.

Nos pères ont gouverné cette ville, et leurs pères avant eux.

Souvenez-vous que gouverner signifie résister.

Je ne laisserai jamais des marchands enrichis accéder au gouvernement.

La chute de l'Empire romain a bien commencé avec les tribunes

de la plèbe.

C'est un saut dans le vide bien trop risqué.

Est-ce le moment de vous soucier des gens du peuple?

Les plus belles femmes vous attendent.

La politique vous rend-elle misogynes?

Vous méprisez la politique,

vous qui êtes la seule femme à vous y intéresser?

Pas du tout, mais je n'aime pas en parler.

Je ne méprise pas l'amour, mais je n'en parle pas.

Allons, messieurs. Moins de fougue dans vos échanges.

On pourrait croire que c'est grave. N'allez pas gâcher une si belle fête

Que se passe-t-il?

Le comte Strucchi dit que la force d'une femme est sa propre faiblesse.

Pour Alvise, en revanche,

celle qui se croit la plus forte est en réalité la plus faible.

À Byzance, on faisait preuve de plus de sagesse.

Garzoni est inflexible, mais Contarini hésite.

Nous déjeunons ensemble demain. Je saurai le convaincre.

Je n'en doute pas.

Ne suis-je pas ton alliée?

Payer son idéal d'un peu de jalousie

est un noble sacrifice pour une juste cause.

J'ai confiance en toi.

Tu as tort. Tu sais que je viens d'avoir une demande en mariage?

Bien sûr que je le sais. D'Alvise Guoro.

Sofia! Nous avons inventé un nouveau jeu, venez!

Comment le sais-tu?

En fait, ça vient de moi. Je lui ai soufflé l'idée.

Toi?

Oui. L'annonce de tes fiançailles avec Alvise

ferait taire les rumeurs sur notre liaison.

C'est bien la première fois que tu t'en préoccupes.

Et. il a accepté?

Je n'ai pas eu trop de mal à le convaincre.

Qui sait... Peut-être. qu'il t'aime.

Eh bien, je pourrais l'épouser.

Tu le mériterais.

Épouser Alvise...

Il ne vaut pas l'ombre de ton sourire.

Au nom de Dieu et de saint Marc,

devant le grand Conseil des Dix

et avec l'approbation du Conseil suprême de la commune,

va s'ouvrir le procès contre Pietro Facciol, âgé de vingt ans,

boulanger, né à Venise,

fils de Marco et de feue Marianna Giosatti,

accusé du meurtre du patricien vénitien Alvise Guoro,

retrouvé mort,

tué d'un coup de poignard rue de la Miséricorde,

en date du 24 février 1507.

En présence des conseillers

Gerolamo Cappella, patricien de Venise,

Francesco Garzoni, patricien de Venise,

et des doyens

Giovanni Venier, patricien de Venise,

Matteo Donati, patricien de Venise,

Francesco Bragadin, patricien de Venise,

Giovanni Vendramini, patricien de Venise

et procureur de la République de Venise,

Francesco Tiepolo, patricien de Venise,

Lorenzo Barbo, patricien de Venise,

conseiller honoraire et procureur de la République de Saint-Marc.

Zaccaria Contarini, patricien de Venise,

Pietro Morosini, patricien de Venise,

conseiller honoraire et procureur de la République de Saint-Marc,

sous la présidence des conseillers du doge,

et avec la permission du prince Leonardo Loredan,

soixante-quinzième doge de la République de Venise,

s'ouvre le procès.

Vous le reconnaissez?

Je crois. L'étui, je ne l'ai pas très bien vu.

"Je crois” n'est pas une réponse.

Répondez "oui" ou "non”.

Dans ce cas, je préfère dire non.

N'êtes-vous pas en mesure de le reconnaître?

Si, Excellence.

Alors pourquoi? N'avez-vous pas assisté à la scène?

En fait, l'étui, le boulanger l'avait dans la main.

Ah, ça, vous l'avez bien vu!

Oui.

L'accusé affirme que vous lui avez dit de fuir. C'est vrai?

Oui.

Pour quelle raison?

Sur le moment, je pensais lui éviter des problèmes.

Et là, que pensez-vous?

Que j'aurais dû me taire.

Auriez-vous conseillé à n'importe qui de fuir?

À votre fils, par exemple?

Non.

Pourquoi? Pouvez-vous nous expliquer?

Mon fils n'a absolument rien à voir avec le comte Guoro.

Il ne le connaissait même pas.

Et le petit boulanger? Qu'avait-il à voir avec le comte Guoro?

Eh bien. il ne le portait pas trop dans son cœur, voilà.

Soyez plus clair!

Quand vous l'avez vu taché de sang, vous avez pensé que c'était lui.

- Oui. - Avait-il une raison de le tuer?

Je vous rappelle que vous avez prêté serment!

Oui.

Assez.

Eh bien, messieurs, ce fut laborieux mais nous en savons un peu plus.

L'accusé n'était donc pas un simple passant

tombé par hasard sur la victime.

I! avait avec elle une relation directe,

ancrée sur des rancœurs personnelles

Ceux qui ont vu le petit boulanger à côté du cadavre

ont donc aussitôt pensé qu'il était l'assassin.

Vous aussi, vous l'avez pensé. N'est-ce pas?

Oui, Excellence. Je l'ai croisé au moment où il fuyait.

Ah oui. Et, dites-nous, dans quel état était-il?

Il était agité, paniqué. Il ne m'a même pas reconnu.

Avez-vous déjà secouru un homme ivre avant de vous rendre compte

qu'en réalité, il a été poignardé?

Non, monsieur.

- Vous ne savez pas ce que ça fait. - Non.

- Vous même, vous paniqueriez? - Oui.

Et vous fuiriez?

Oui. Enfin. je ne sais pas. Ça ne m'est jamais arrivé.

L'accusé était sur le point d'épouse une certaine Annella Bertone.

C'est exact?

Pourquoi le mariage a-t-il été repoussé?

Je suis un ami de Pietro et de son père,

et je passe souvent la soirée avec eux.

- Comment ça? - Tu as très bien compris!

Soit on dit les choses clairement, soit on se tait!

Eh bien, dans ce cas, je t'informe que tu n'épouseras pas Annella.

Je l'épouserai!

Sans mon consentement, comment feras-tu vivre ta famille?

Je changerai de métier!

Ça suffit!

Écoutez...

Vous êtes une bonne personne.

Si vous parlez ainsi, c'est qu'on vous a dit quelque chose

Qui vous a parlé? Je vais lui régler son compte!

Je ne me fie pas aux commérages, moi

Personne ne m'a rien dit.

Alors quoi?

Alors sache que ton Annella se paye du bon temps la nuit,

pendant que toi, tu es ici à travailler.

Je l'ai surprise avec Alvise Guoro,

près du palais du comte Barbo.

C'est tout?

Et pourquoi pensez-vous à mal?

Quand ils m'ont vu, lui a remis son masque et elle s'est enfuie.

Alvise Guoro n'est certainement pas le genre

à parler de la pluie et du beau temp avec les jeunes filles.

Alvise Guoro.

L'accusé avait donc un mobile.

Un mobile très sérieux:

la jalousie.

La jalousie peut-elle pousser un homme au crime?

Selon les Anciens, l'homme jaloux allume sa torche

aux flammes de la passion.

Aujourd'hui, nous dirons simplement que c'est une question de caractère.

Depuis quand êtes-vous au service d'Alvise Guoro

Depuis six ans, Excellence.

- Vous connaissez l'accusé? - Oui, Excellence.

Avez-vous déjà eu affaire à lui?

Oui, monsieur. Il y a quelques jours, justement.

Aux alentours de 10 h 30,

le petit boulanger s'est présenté et il a demandé à voir le comte.

Je vous en prie, entrez donc.

- Mon maître est absent. - C'est faux.

- Que lui veux-tu? - Ça ne te regarde pas.

Tu dois t'adresser à moi.

Oui. Mais d'abord, je vais aller lui casser la figure.

Michele! Alfonso!

Antonio! Attrapez-le!

Läâchez-moi! Lâchez-moi, fils de chiens!

Läâchez-moi!

Je veux parler à Alvise Guoro!

Je veux parler

à Alvise Guoro!

Läâchez-moi!

Alvise Guoro ne veut pas me voir! Très bien!

Dites-lui que bientôt, il me verra de très près!

Je reconnais que ces témoignages

peuvent produire un certain effet.

Mais si l'accusé avait réussi à échapper aux domestiques,

il aurait posé au comte la même question

qu'il a posée à sa fiancée par la suite.

En fait, juste après cette baignade forcée,

il s'est rendu chez elle.

N'est-ce pas?

Oui.

Et qu'as-tu fait?

D'abord, je l'ai aidé à se sécher. Il était trempé.

Ça, c'est sûr.

Avez-vous nié avoir rencontré le comte Guoro?

Non, Excellence. C'était inutile. Je n'avais rien à cacher.

II vous a demandé la raison de ce rendez-vous.

Et comment! Il m'a posé mille questions.

J'avais l'impression d'être face au Conseil des Dix.

Aujourd'hui, ça n'a pas marché,

mais je vais le corriger, Alvise Guoro, et toi, et...

Ah non, tu ne corrigeras personne si tu veux qu'on se marie.

Quel rapport?

Enfin, tu crois que c'est facile de se marier sans argent!

Je ne serai jamais riche, autant te faire sœur.

À ton avis, de quoi ai-je parlé hier avec le comte?

Eh bien, je voudrais bien le savoir.

Je te le demande depuis une heure, mais tu ne réponds pas!

Bon. Tu veux savoir, oui ou non?

Tu veux m'épouser?

Changer de métier?

Gagner ta vie sans l'aide de ton père?

Je lui ai demandé de t'engager comme gondolier.

Et il m'a donné sa parole.

- C'est vrai? - Oui.

Tu aurais pu me le dire! Et m'évite une baignade dans le canal!

Je voulais te faire la surprise.

Tu seras le plus beau gondolier de Venise,

Et quand je serai sur ta gondole, je jouerai à la comtesse.

Embrasse-moi.

Non, oublie.

Tu ne le mérites pas.

Tu dis que tu m'aimes, mais tu n'as pas confiance en moi.

Tu as raison, je ne suis qu'un gros jaloux.

Tu m'aimes?

Alors, tu me pardonnes.

Oui.

- C'est pas gentil. - C'est tout ce que tu mérites.

Annella! Attends! Où es-tu? Annella!

Arrête-toi! Annella!

Attention!

Ça ne compte pas. J'ai été obligée de m'arrêter.

Deux bains froids en une journée éteignent n'importe quelle torche,

même allumée aux flammes de la passion.

Une excellente méthode pour le conseiller Garzoni.

La seule qui puisse éteindre la torche allumée

aux flammes de son emphase, à condition de savoir nager.

Autrement, il s'éteindrait lui aussi.

Voici la triste histoire du comte de Luna, trouvé mort,

et du petit boulanger qui le trouva.

Hé!

Hé oh!

Vous dormez?

Où vous êtes mort?

Quelle question! J'ai le cœur transpercé!

Je suis mort assassiné!

Mort assassiné! Doux Jésus!

Et qui a fait ça?

Quelle question encore! C'est toi qui m'as trouvé!

- Ah oui. - Donc c'est toi!

Tu as acquis une belle popularité.

Je ne saurais servir ta cause mieux que ça.

Dis voir, comte de Luna. Toi, tu es un grand seigneur?

Cent croisés du côté de ma mère,

mille marquis du côté de mon père!

Tes ancêtres à toi, qui sont-ils, petit boulanger?

Cent créances du côté de ma mère,

mille charges du côté de mon père!

Le Conseil n'osera jamais prononcer une condamnation.

Qui sait? Il est trop tôt pour le dire.

Même Pantalon parle par ta bouche.

Pour moi, c'est du chinois. Donc j'ignore qui tua.

Mais comme un juge sait prendre la bonne décision,

je vais libérer ce pauvre diable.

Et secourir le comte.

Petit boulanger, donne-moi la main.

Je te condamne à vivre, et toi, à travailler.

Crois-moi, Lorenzo. Ton heure de gloire est arrivée.

Je l'ai tant souhaité, et là, je le pressens.

Le peuple est avec toi.

Cela ne suffit pas.

Sans doute... Mais ta victoire au procès fera le reste.

Garzoni vaincu, personne ne te fera plus obstacle.

Les élections sont dans moins d'un mois.

Après ton succès, aucun conseiller ne s'élèvera contre toi.

Je le sais, et aussi que tu seras un doge différent de Loredan.

Toi, tu seras fort, déterminé...

juste,

et ouvert aux réformes les plus audacieuses.

Dommage que tu ne puisses pas le clamer haut et fort.

Je peux faire bien plus. Je peux t'aider à gagner le procès.

Ne te fais pas trop d'illusions. Garzoni connaît très bien l'enjeu.

C'est pour ça qu'il se bat avec une telle fougue.

Pour éviter que Lorenzo Barbo ne l'emporte

et que le pouvoir ne soit ébranlé.

Il fera tout pour établir la culpabilité du petit boulanger,

même s'il devait fabriquer les preuves lui-même.

Dis-moi, Lorenzo,

peu de temps avant la mort d'Alvise, tu l'as poussé à demander ma main.

- Tu t'en souviens? - Oui.

Comment l'as-tu convaincu? Il était plus jeune que moi.

Ça n'a pas été difficile.

Alvise avait connaissance de notre relation.

Il a accepté ma proposition un peu par défi.

Comment ça, "par défi”?

Mais oui, bien sûr.

Pour lui, c'était une occasion de plus de prouver

sa réputation de séducteur irrésistible.

Alvise avait

une collection de maîtresses et de maris trahis à laquelle il tenait

C'est seulement maintenant

que tu me le demandes?

Alors, beaucoup de personnes devaient le détester.

Lorenzo, toi, tu crois en l'innocence...

du petit boulanger?

Oui.

Alors laisse Garzoni se saborder seul.

Et pour ça, il faut trouver le vrai coupable.

- Et ça te semble facile? - Bien sûr.

I! faut chercher l'assassin parmi ceux qui haïssaient Alvise.

Des ennemis, Alvise en avait beaucoup.

Beaucoup, pas beaucoup, je veux savoir.

Je trouverai qui l'a tué.

Et je te l'apporterai sur un plateau d'argent!

Si tu y parviens, ce sera ton chef-d'œuvre.

Mon chef-d'œuvre, c'est toi.

S'il vous plaît.

Regardez ce coffret.

Vous le reconnaissez?

- Non. - Comment ça?

Il a été retrouvé dans votre chambre sous votre lit.

Regardez bien.

- C'est le vôtre, n'est-ce pas? - Oui, Excellence.

Bien sûr.

Vous y tenez trop pour ne pas le reconnaître.

Et dites-nous aussi si l'argent qu'il contient vous appartient.

Parlez! Est-il à vous?

Oui.

Il y a là une petite fortune en ducats d'or,

or elle a prétendu ne pas pouvoir se marier

par manque d'argent.

Pourquoi avez-vous menti?

Pourquoi le cachiez-vous? Qui vous l'a donné?

Je n'ai pas menti.

Les faits vous contredisent. D'où vient cet argent?

D'où vient cet argent? C'est votre patronne qui vous l'a donné?

Oui.

C'est faux! Vous ne l'auriez pas caché!

C'est Alvise Guoro. Vous étiez sa maîtresse!

Non!

C'est Alvise Guoro qui vous l'a donné?

Oui.

Pourquoi?

Je n'étais pas sa maîtresse!

Je te le jure. Crois-moi, Pietro. Je ne t'ai pas menti.

Je n'étais pas sa maîtresse.

Regarde-moi dans les yeux, pour l'amour de Dieu!

Voilà, c'est bien.

Pleurez, pleurez donc.

Je comprends

votre sentiment de honte, mais vos larmes

ne me feront pas éluder un détail:

cet argent, le comte Guoro vous l'a donné en une seule fois?

Non.

Ah, voilà la vérité, enfin!

L'histoire du gondolier n'était que le mensonge puéril

d'une femme prise en flagrant délit.

Ces ducats, messieurs, sont le prix de l'amour.

Le prix payé par un gentilhomme

pour les bontés d'une jeune femme du peuple.

Et quand le petit boulanger l'a su,

fou de colère et de jalousie, il l'a tué!

C'est faux!

Et pour quelle autre raison le comte aurait-il été si généreux?

Je félicite Garzoni pour le zèle qu'il emploie à connaître la vérité.

Ce procès cherche cependant à savoir si l'accusé Pietro Facciol

est coupable du meurtre d'Alvise Guoro,

et non pas si Alvise Guoro était l'amant d'Annella Bertone.

Comment y voir clair, quand divers affluents

convergent vers un unique fleuve?

Oui, bien sûr.

Eh bien, admettons-le.

Annella Bertone était la maîtresse d'Alvise Guoro.

Très bien.

Mais quand l'avons-nous su?

Maintenant.

Au moment précis où la jeune fille l'a avoué.

Et, notez-le bien,

elle l'a avoué grâce à l'habile interrogatoire de notre conseiller.

Elle a avoué,

et à présent, nous le savons.

Et le petit boulanger aussi.

Maintenant.

Attention. Pas avant.

Cela illustre la logique de pensée du conseiller Garzoni.

Le petit boulanger avait eu des doutes,

mais Annella avait toujours réussi à le convaincre de son innocence.

Observez attentivement l'accusé.

Maintenant, le petit boulanger pourrait tuer Alvise Guoro.

Mais maintenant. Alvise Guoro est déjà mort.

Attention, Orazio. L'eau est froide.

Un baiser de vous et je prendrai feu!

Châtiment mérité pour les péchés de la dernière soirée du carnaval.

Écoutez, Orazio, j'aurais besoin d'une information.

Cette soirée, chez moi.

Je me rappelle chaque instant passé à vos côtés.

Vous avez séparé Alvise et Strucchi.

Je m'en suis bien sorti.

J'ai réussi à faire diversion

avec mes tirades sur les vertus des femmes.

Vous avez excellé.

Mais la vraie raison de leur dispute c'était une femme?

Ils parlaient de femmes, oui.

Mais je n'ai pas réussi à savoir qui

Sûrement une femme très importante pour en arriver à se battre en duel.

Je sais qu'un duel a eu lieu ici, devant l'église.

Désolé, madame. Je ne sais rien, ni de duel ni de quoi que ce soit.

Vous savez, personne ne vient jamais ici.

Prenez ça.

Et il y en aura encore.

Maintenant que vous m'y faites penser,

il y a bien eu un duel.

Il y a quelques nuits, ça m'a fait sauter de mon lit.

Quand j'ai repris connaissance, il n'y avait plus personne.

Si je mets la main sur ce fils de chien!

Vous perdez votre temps, il n'y a personne.

S'il vous plaît, madame, j'aurais besoin

d'une information.

Je suis une parente du comte Strucchi, de Padoue.

Savez-vous où il est?

Personne n'en sait rien. Apparemment, il est parti.

Il est peut-être allé chez vous.

Il y a bien des domestiques.

Tout le monde est parti. Même les domestiques.

Ils ont plié bagage et pris la route

Merci.

À mon avis, il y a quelque chose de louche là-dessous.

Ah ben, ça ne peut être qu'une femme

C'est évident.

Quand un homme met les voiles, c'est toujours pour une femme.

Ce procès nous tombe dessus au moment le moins opportun.

La noblesse et le peuple font face à une épreuve de force.

Barbo l'a compris, et l'innocence du petit boulanger est son étendard.

Nous devons le lui arracher des mains.

Hélas, le doge n'est pas assez ferme

Et cela tourne toujours à l'avantage de Barbo.

Peu importe, lors d'un procès, seules les voix comptent.

Garzoni, Cappella, Venier, Bragadin et moi.

Le calcul est vite fait: nous sommes cinq.

J'ai parlé avec les autres.

Pour eux, Annella était bien la maîtresse de Guoro,

mais le jeune homme n'est pas l'assassin.

Au stade où en sont les choses, même s'il était innocent,

il sera condamné quand même.

Peu importe le prix,

les gens du peuple ne feront jamais partie du Grand Conseil.

Il faut boucler ce procès.

Rappelez-vous les paroles de Barbo.

Le petit boulanger vient d'apprendre

que sa fiancée avait une liaison avec Alvise Guoro.

Et donc?

Détruisez chez un homme les choses auxquelles il croit,

découragez-le,

ôtez-lui toute volonté,

et alors,

il n'aura que faire de vivre ou de mourir.

Qui, c'est moi qui l'ai tué! Je l'ai tué!

C'est moi qui ai tué Alvise Guoro! C'est moi qui l'ai tué!

C'est moi. Moi.

Lorenzo Barbo est un homme juste et honnête.

Avant de faire condamner un accusé,

il veut des preuves de sa culpabilité.

Et quelle meilleure preuve que des aveux spontanés?

Barbo, entrez donc.

Venez vous prononcer avec justice.

Ah non, messieurs. S'il vous plaît, ne mêlons pas l'art à la justice.

Pas mal! Pas mal! Il faut l'admettre.

C'est agaçant!

Il dit que c'est pas mal, pour qu'on en dise autant de son travail.

C'était astucieux de vous faire travailler sur le même édifice.

De quoi détruire une amitié.

Au profit de l'art, cependant.

Giorgione et Titien concourent,

et Venise joue les arbitres.

Pour une fois, tout le Conseil était d'accord,

alors que vous vous battez comme Turcs et chrétiens.

Du moins, c'est ce qu'on dit.

Et pas que le Conseil.

Tout Venise se bat pour ce procès.

Je vous félicite de soutenir l'innocence de l'accusé.

Je ne crois pas non plus que ce garçon ait tué.

La majorité du Conseil est convaincue de sa culpabilité.

C'est normal. Qu'on le veuille ou non, les faits sont contre lui.

Morosini, comme ces mots sonnent mal dans votre bouche.

Vous aussi, Barbo. Vous capitulez bien vite.

Le petit boulanger est coupable. Il a avoué.

Oui, sous la torture.

La torture est un moyen prévu par la loi.

Attention, il faut bien éclairer le visage.

J'ai un élément nouveau à te communiquer.

C'est pour ça que je tenais à te voir.

Oui, j'ai reçu ton message.

Alvise s'est battu en duel contre Strucchi.

Et Strucchi s'est enfui de Venise.

- Qu'est-ce qui te fait croire cela - Je suis allée chez lui.

Disparu. Et ses domestiques aussi. Ça ne te paraît pas important?

Franchement, non.

Comment, non?

Alvise blesse Strucchi.

Et lui, pour se se venger, lui tend un piège et le fait tuer.

I! faudrait d'abord retrouver Strucchi. Ce n'est pas facile.

Je ne te comprends pas.

La mort d'Alvise est la conséquence de son train de vie

et de l'hostilité que sa conduite suscitait.

Ces éléments peuvent aider les juges à élucider l'affaire, et toi.

- Quoi? - Je ne sais pas.

Je m'attendais à plus d'enthousiasme de ta part!

Tu es une femme extraordinaire, Sofia.

Vraiment, je ne te comprends pas.

Ne veux-tu pas faire libérer ce petit boulanger?

Je commence à me demander si cela sera possible.

Il y a trop de choses contre lui.

Eh bien, laisse-le en prison, mais ne renonce pas.

Ses aveux ont quasiment mis un terme au procès.

Demain, après-demain, la sentence sera prononcée.

Je ne crois plus qu'il soit possible de trouver le vrai coupable.

Nous le trouverons, Lorenzo. Fais-moi confiance.

En tout cas...

tâche de gagner du temps.

Obtiens un délai, un nouveau renvoi.

Parfois, une heure suffit pour gagner une bataille.

Plusieurs événements,

confirmés par des témoins,

sont corroborés par la déposition d'Annella Bertone.

Cependant, le critère déterminant de notre jugement,

ce sont les aveux mêmes de l'accusé,

prononcés, conformément aux exigences de la loi

devant les membres de ce Conseil et retranscrits par le greffier.

Je propose que nous passions au vote

Ne nous hâtons point, messieurs.

Ne nous hâtons point à condamner un innocent.

"Innocent"?

I a avoué.

Des aveux extorqués sous la torture.

Vos propos sont un outrage!

C'est l'absence du prévenu qui l'est

Il gît dans sa cellule à moitié inconscient.

Il a avoué. Nous pouvons donc passer au vote.

La vie d'un homme est en jeu.

Allons-nous précipiter un jugement dont la sentence est irrévocable?

Vous semblez tenir beaucoup à la vie d'un roturier

et être insensible à la mort d'un patricien

qui était votre cousin.

Messieurs, l'acte criminel du petit boulanger

est une démonstration de la révolte du peuple contre l'aristocratie.

Une marque de subversion contre nos principes.

Il faut donner un exemple.

S'il fallait donner un exemple de sévérité,

il faudrait d'abord réfréner l'arrogance de tous ceux

qui exposent le patriciat à la haine populaire.

Conseiller Barbo,

les motifs de scission entre le peuple et le patriciat

méritent toute notre attention,

mais nous en discuterons à un autre moment.

Le Conseil a manifesté une trop grande indécision.

Toute la ville s'interroge.

Nous avons déjà consacré trop de temps à ce procès.

Des choses plus urgentes et importantes

réclament notre attention.

Passons au vote! Passons au vote!

Vous nous faites honte!

C'est lui qui est coupable!

Vous n'avez jamais su vous prononcer!

Ne le punissez pas ainsi!

Notre petit boulanger

n'est pas un assassin!

Le petit boulanger est un assassin!

Mais vous n'avez pas honte?

Regardez donc qui vous accusez!

Il n'a jamais fait de mal à personne!

Notre petit boulanger est innocent!

I! est innocent!

Il n'est pas si rusé que ça.

Le voilà.

C'est lui. Lä-haut.

Merci.

Merci...

Écoutez-moi bien, Bartolo.

Vous avez assisté au duel

entre votre maître et le comte Strucchi.

Moi. Quel duel?

Vous le savez très bien.

Vous avez même assommé le gardien de l'île.

Le coup n'était pas assez fort, apparemment.

Et comment s'est fini le duel?

Je ne peux vraiment rien dire.

J'ai juré à mon maître de garder le secret.

Alors vous parlerez devant le Conseil des Dix.

C'est là que nous allons.

Madame la comtesse, nous n'allons pas les déranger.

Mieux vaut ne pas avoir affaire à eux.

Surtout quand on est un témoin réticent.

Eh bien, je vais vous dire, si je l'ai assommé,

c'est justement pour que personne ne sache rien.

Paie les domestiques de Strucchi.

Ils doivent quitter Venise cette nui et ne plus y remettre les pieds.

Quant aux nôtres, personne n'a rien vu.

Bien dit, Alvise.

Mais vous devrez partir aussi.

Lorenzo Barbo! C'est impossible!

Si, madame la comtesse. J'étais juste à côté de lui.

Juste après, il a eu une discussion avec mon maître.

Que voulez-vous?

N'était-il pas votre ami?

Mon ami, oui. Mais il m'avait offensé.

Vous l'avez tué, sans même le haïr.

Je me suis battu loyalement. J'aurais pu être tué.

La justice n'appréciera guère cette considération.

Et vous serez condamné, si vous ne quittez pas Venise.

Vous devez partir.

Et vous faire oublier quelque temps.

Vous êtes venu jusqu'ici pour me dire ça?

Ce n'est pas un conseil. C'est un ordre.

Vous êtes trop habitué à commander

et vous ne tenez pas compte des sentiments des autres.

Sachez que je ne reçois d'ordres de personne.

Et puis, il se trouve que je suis fou amoureux.

Ah bon. Et de qui?

De Venise, bien sûr.

Cette scène est primoridiale.

À elle seule, elle contredit les mensonges

et les présomptions sur lesquelles reposent l'accusation

Ce procès est devenu en réalité une question politique.

Comte Barbo, vous manquez de respect au Conseil des Dix.

Excellence sérénissime,

il faut avoir le courage de l'admettre.

Une question politique, oui.

Inutile de le nier.

Dans ce procès, on ne cherche pas à établir la vérité

ou à agir selon sa conscience.

On veut juste ne pas perdre.

On ne cherche qu'à tout mettre en oeuvre

pour conserver ses prérogatives et ses privilèges.

C'est de la pure démagogie!

C'est un scandale! Un abus de pouvoir!

Vous cherchez à soulever le peuple contre nos institutions.

Seule l'ambition vous guide.

Pour détruire le prestige du Conseil des Dix!

Rendons la sentence sans aucun délai!

Mon fils est innocent! Vous le savez!

Pourtant, il va être condamné à mort C'est un assassinat.

Mon fils va mourir, car c'est un garçon du peuple.

Sa seule faute, c'est d'être le fils d'un boulanger.

C'est le peuple qu'on veut atteindre!

Un autre aristocrate ne peut-il pas avoir commis ce crime?

Sont-ils blancs comme neige?

Aucune remise en cause n'est possible.

Il ne faut surtout pas dire que la victime

était pire que n'importe quel assassin!

Vous savez de qui Alvise était amoureux?

Alvise aimait toutes les belles femmes qu'il rencontrait.

Pas comme moi qui n'aime que vous.

Prouvez-moi votre amour en me dévoilant,

vous qui savez tout,

le nom de sa dernière conquête.

Pour une fois que vous m'invitez dans votre gondole,

pourquoi venir là où personne ne nous voit?

Allons là où on nous verra.

J'en connais un qui serait fou de jalousie.

Hypocrite! Vous éludez ma question.

Un peu de sérieux, si ce n'est trop vous demander.

Je suis très sérieux, je vous assure.

Alors répondez franchement: qui était sa dernière maîtresse?

Sans doute en savez-vous plus que moi, vu votre vif intérêt.

Je n'affirmerai pas que c'était sa seule maîtresse,

mais le lendemain du duel, elle est allée chez lui en cachette.

J'étais présent moi aussi.

"Et vois-tu?

"II me tourmente tellement, à cette heure,

"que je puis à peine le supporter.

"La jeune fille dit alors."

Où en étais-je? Ah oui.

"Loué soit Dieu, je vois que je sui mieux partagée que toi,

"car moi, je n'ai pas ce pareil diable.

"Rustico reprit:

"Tu dis vrai, mais tu as autre chose...”""

N'interrompez pas messire Boccace.

" que je n'ai pas, moi.

‘et tu l'as en place du diable.

"Et quoi donc?", dit Alibech.

"À quoi Rustico répondit:

"Tu as l'enfer,

"et je t'assure que je crois que Dieu t'a envoyée ici aujourd'hui

pour le salut de mon âme,

"afin que, tandis que ce diable me cause tant de tourments,

tu aies pitié de moi

"et consentes à ce que je le remett dans l'enfer."

Hé, Alvise! Enfin, on n'abandonne pas ses amis!

Tu te languissais?

Ne m'humilie pas davantage.

J'ai compris pourquoi tu ne voulais pas me voir.

Je t'ai fait dire que j'étais souffrant.

Tu ne l'as pas cru et tu es venue m'espionner.

Tant pis pour toi.

Si tu étais restée chez toi, point d'humiliation.

Alvise...

Ce n'est pas à toi que je fais du mal.

Je ne mérite pas ton mépris.

Assez de paroles inutiles! Oui, inutiles!

Eh bien quoi? Tu découvres quel homme je suis?

Tu le savais très bien. On se connaît depuis l'enfance.

Je croyais que tu m'aimais,

que ton cynisme n'était qu'un masque

Bien sûr que je t'aime.

Comment ne pas t'aimer? Tu es une femme belle!

Avide d'amour!

Épouse insatisfaite!

Comment ne pas succomber à une telle occasion?

Imbécile!

Qu'attendais-tu d'un homme ivre...

entouré de femmes?

Pensais-tu que j'allais me jeter à tes pieds

pour implorer ton pardon?

Moi, je le ferais.

pour te reconquérir.

Je le ferais sans hésiter.

S'il te plaît, dis-moi ce que je dois faire.

Je brûle d'amour pour toi!

Tue-moi!

Ainsi, tu n'auras plus de rivales.

Tu seras la seule à me pleurer.

J'espère avoir satisfait votre curiosité.

Au palais, je vous prie.

- Adieu. - Adieu.

Et si vous désirez connaître d'autres secrets,

je suis à votre disposition jour et nuit.

Cher Orazio!

Douce Catherine, enfin!

J'attends depuis ce matin de vous voir passer.

- Et voilà que vous m'intimidez. - Adorable menteur!

Vous me flattez.

Voilà, messieurs les conseillers, j'en ai fini.

Je vous ai tout dit. Vous pouvez vous forger une opinion.

Ce jeune homme, rien ne le poussait à tuer.

C'est un être bon,

qui a l'estime et l'affection de tous ceux qui le connaissent.

Tout le peuple attend avec inquiétud l'issue de ce procès,

et surtout l'acquittement de l'accus qu'il croit innocent.

Tout comme il croit à la justice

et aux lois qui régissent cette ville.

Chez le peuple, le sens de la justice est inné.

Il est la véritable essence du genre humain.

Et il est risqué

de ne pas l'écouter.

Honorables conseillers,

je pense que ces débats ont été utiles pour vous éclairer

sur la culpabilité ou l'innocence de l'accusé.

Je vous invite donc à émettre votre jugement en toute sérénité,

et en faisant fi de tout autre motif

qui ne soit pas destiné à servir ce procès.

À vous de décider si l'accusé est coupable ou innocent,

guidés par le sens de la justice...

Nous allons passer au vote.

Pardon, altesse sérénissime.

Je demande.

que l'audience soit suspendue.

De nouveaux éléments pourraient.

changer complètement l'issue de ce procès.

Si vous les connaissez, communiquez-les au Conseil.

C'est que...

C'est trop tôt, altesse sérénissime. J'ai besoin.

J'ai besoin de temps.

Je demande donc une suspension.

Je m'y oppose! La procédure est irrégulière!

Nous avons le droit de connaître la vérité.

La suspension doit être accordée.

La vérité, nous la connaissons: l'accusé a tout avoué!

Le comte Barbo aime les coups de théâtre,

mais la justice doit suivre son cours!

Altesse sérénissime, je suis entièrement d'accord.

La justice... doit suivre son cours.

C'est bien au nom de cette justice

que je vous demande une suspension,

afin d'examiner les éléments nouveau portés à ma connaissance

et de vous les communiquer par la suite.

Nous déciderons ainsi d'une sentence qui, loin de nous diviser,

sera le reflet de notre union,

afin que rien ne puisse venir plus tard obscurcir notre conscience

Je suis d'accord avec vous, comte Barbo.

Vous avez jusqu'à l'aube pour produire ces preuves.

La séance est suspendue. Le procès reprendra demain à 6 h.

Attends-moi ici.

Tu lui es donc si dévouée?

Oui.

Mais pas au point de lui sacrifier Pietro.

Alors pourquoi ne pas avoir dit la vérité au sujet de l'argent?

Qui cherchais-tu... à protéger?

Madame.

La seule personne qui puisse sauver Pietro,

c'est le comte Barbo.

Et je ne ferai rien qui puisse lui nuire.

C'est elle qui t'a enseigné cette ruse?

Prudence, jeune fille. Cela pourrait s'avérer très dangereux.

La comtesse Sofia Zeno.

Non, reste.

Pardon, Clemenza, mais il ne s'agit pas d'une visite

de courtoisie.

Je vois cela.

Approche.

Vous avez fait de cette jeune fille

la complice de vos rendez-vous secrets avec Alvise Guoro.

C'est pour cette raison que votre amant la payait.

Vous ne manquez ni d'insolence ni d'imagination.

À votre place, je n'afficherais pas une telle arrogance.

Vous avez abusé de la bonté et de la confiance de cette jeune fille

À cause de ta patronne, Annella,

l'homme que tu aimes risque de mourir.

Elle le savait, mais elle t'a promis son aide

en échange d'un témoignage complaisant de ta part.

Elle t'a fait espérer une issue impossible

pour que tu taises sa liaison avec Alvise.

Liaison ou pas, ce n'est pas avec vous

que je compte en discuter.

Annella, raccompagne la comtesse.

Annella.

Laisse-nous maintenant.

Et maintenant, Clemenza, vous allez m'écouter.

Votre audace n'a pas de limites.

Qu'est-ce donc qui vous motive? La protection de mon mari?

Votre mari risque gros, non pas pour me protéger moi, mais vous.

Et de quoi?

Du châtiment.

Vous êtes folle.

Il sait que vous avez fait tuer Alvise.

Quoi?

Je ne le laisserai certainement pas courir à sa perte pour vous.

Vous ne méritez pas ce sacrifice!

Non. Mon Dieu!

Vous ne pouvez pas...

Vous ne pouvez pas croire ce que vous dites. C'est impossible.

Vous voulez vous débarrasser de moi.

Voilà, c'est ça!

Vous êtes maléfique.

Seul un être maléfique peut échafauder un tel plan.

Me voler mon mari ne vous a pas suffi,

vous voulez maintenant me supprimer.

sans vous salir les mains!

C'est monstrueux!

Lorenzo.

Lorenzo, aide-moi.

Aide-moi, de grâce. Cette femme est folle.

Je t'avais promis de trouver l'assassin d'Alvise Guoro.

Elle l'a fait tuer.

C'est faux!

Du calme, allons.

Lorzenzo, tu dois prouver l'innocence du petit boulanger.

Elle te trompait sous ton propre toit.

Elle s'est laissé humilier, salir!

Et elle s'est vengée en le faisant tuer!

C'est indigne du combat que tu mènes

Je t'ai trahi, mais je l'aimais!

Je l'aimais à la folie depuis toujours, depuis l'enfance.

Quand je t'ai épousé, pour obéir à mon père,

j'ai tout fait pour chasser mes sentiments

et être pour toi une compagne sincère, fidèle.

Et j'aurais certainement réussi...

si seulement tu m'avais ouvert ton cœur pour voir.

combien j'avais soif de passion et d'amour.

Comment aurais-je pu résister à la fougue d'Alvise?

Moi, l'épouse trahie, négligée par son mari,

abandonnée,

et supplantée par une intrigante sans scrupules!

Je l'aimais, oui!

Et cet amour me comblait!

Je sais.

C'est pour cela que je l'ai tué.

Toi.

Non.

Eh bien, vous montez la garde?

Vous deviez quitter Venise.

Vous sortez de l'ombre comme un chacal.

Et vous, de chez moi, comme un voleur.

Je n'ai rien pris qui vous tienne à cœur.

Qu'en sais-tu?

Toi, pauvre diable froid et cruel!

Tu as souillé ce que j'ai de plus cher!

Ce n'est pas ma faute

si vous délaissez une femme que vous n'avez jamais comprise.

Bonne nuit, comte Barbo.

J'ai tué

par jalousie!

Quelle honte...

C'est pour ça que je me suis tu.

Parce que j'avais honte...

d'avoir tué pour un mobile...

si mesquin.

Pour la première fois,

mes sentiments ont pris le dessus.

Tout ça est absurde.

Tellement absurde, parce que je.

Je.

J'étais persuadé de ne plus t'aimer, Clemenza.

Ton infidélité m'a fait comprendre combien je t'aimais!

Et je ne supportais pas l'idée que tu...

Je t'aimais, oui.

Je t'aime. Et je t'aurais pardonnée si tu avais réussi à l'oublier.

Je t'aime, et je t'ai perdue.

Tout est ma faute.

À moi seule.

In'y a qu'un seul et unique coupable:

l'homme qui a levé son arme contre un autre homme.

Le reste...

Le reste ne compte pas.

Quant à toi,

tu m'as aidé à y voir clair.

Et je t'en remercie.

Non, Lorenzo.

Ce n'est pas de cette manière que je voulais t'aider.

Pourquoi tu ne m'as pas arrêtée.

Parce que...

je n'en ai pas eu le courage!

Il n'est pas trop tard. J'ai déjà tout oublié.

- Mais nous savons la vérité. - Elle ne sortira pas d'ici!

Je t'en supplie, Lorenzo. Ne te sacrifie pas pour lui.

Le peuple a besoin de toi.

Ce n'est pas à moi que je pense.

Je partirai. Je te laisserai avec elle.

Mais ne détruis pas le fruit de notre travail.

Écoute-la, Lorenzo. Elle a raison.

Si j'avais assez de courage, je te supplierais tout autant.

Si tu m'aimes,

peut-être un jour, tu me pardonneras.

Je t'en supplie, fais-le pour moi, même si je t'ai trahi.

Ne dis rien, je t'en conjure.

Ne te sacrifie pas au nom de la vérité.

Ne parle pas, Lorenzo!

Nous quitterons Venise. Nous recommencerons tout, toi et moi

Relève de la garde, à vos postes!

Relève de la garde, à vos postes!

Annella!

Mon Dieu! Que t'ont-ils fait?

Ça n'a pas d'importance.

Plus rien n'a d'importance.

Ce n'était pas la peine de venir.

Je t'ai menti au sujet de Guoro, pensant bien faire.

Pour t'aider.

Mais je ne t'ai pas trompé. Je ne t'ai pas trahi!

Ne pleure pas.

Tout le temps, je pensais bien faire

On m'a toujours dit que sans leur protection,

on était perdus.

Ils peuvent tout, eux.

Au procès, j'ai dû dire des choses horribles.

Mais c'était faux.

Moi, j'ai bien dit que j'avais tué, et c'était faux.

Pour toi, c'est différent.

Ils t'ont torturé.

J'ai été stupide!

Regarde le résultat!

C'est pareil, crois-moi.

Nous avons tous les deux été torturés.

Ils nous ont brisés.

Pourquoi?

Parce que nous ne comptons pas.

Il n'y a qu'eux qui comptent.

Eux, ils font, ils parlent,

ils décident.

Et nous, sans nous en apercevoir,

nous faisons ce qu'ils disent.

Comment ça finira?

Je l'ignore.

Je me le suis souvent demandé durant ces nuits interminables.

Je voudrais garder espoir.

mais je n'y arrive plus.

Ils t'enlèvent aussi tout espoir.

Ici, j'ai appris à connaître ceux qui nous commandent...

et je n'ai plus confiance en personne.

Même pas en moi?

Si je t'ai fait du mal, pardonne-moi

Je voulais juste être ta femme.

Rien d'autre.

Dis-moi que tu me crois.

Je te crois.

Je te crois, Annella.

Mais tout ceci est inutile.

Je ne sais pas...

mais je ne ressens plus rien.

Je ne crois même plus en moi-même.

Non, ne dis pas ça! Je t'en prie, ne dis pas ça.

Tu dois me croire.

Tu dois me croire.

Tu dois me croire...

Aie confiance en elle.

Elle ne t'a jamais menti.

Elle est juste trop jeune.

Trop généreuse.

- Excellence, je. - Je sais.

Toi, tu le crois coupable ou innocent?

C'est le Conseil qui tranchera.

C'est le comte Barbo qui tranchera.

Allons, au travail! Cessez vos discours inutiles!

Barbo profite de l'indulgence du doge. Pourquoi n'est-il pas là?

Il n'est pas encore 6 h.

Eh bien, hâtons-nous. Nous contrôlons la situation.

Nous ne pouvons pas nous dresser contre lui.

À la reprise, dix minutes suffiront pour le vote.

Et avec la procédure d'urgence, en dix minutes...

Je demande que la séance commence et que nous passions au vote.

Le conseiller Barbo n'est pas encore arrivé.

Nous devrions l'attendre.

En effet, le conseiller Barbo n'est pas encore arrivé.

Et savez-vous pourquoi?

On a vu sa gondole qui traversait le Grand Canal,

en direction du palais des conseillers d'État.

S'il recourt à leur autorité suprême il obtiendra une nouvelle suspension

un renvoi pour une durée indéterminée.

D'où sa demande de report hier soir, que vous avez acceptée.

Le comte Barbo ne ferait jamais cela sans en informer le Conseil.

En êtes-vous sûr, Excellence?

Que sommes-nous donc pour lui? De simples pions.

Des pions que le comte Barbo déplace à sa guise.

Vous pensez qu'il obtiendra ce qu'il va demander?

J'en suis sûr!

Et s'il a recours à cette procédure, c'est pour se placer,

aux yeux de toute l'opinion publique au-dessus de l'autorité du Conseil.

et de celle du doge.

Le conseiller Garzoni a raison.

Le comte Barbo agit comme s'il était à votre place.

À présent, messieurs, faites votre devoir.

Quel est-il, notre devoir?

Arrêter ce procès et me faire juger moi.

Non. Nous devons agir dans l'intérêt de la République.

Conseiller Barbo,

nous comprenons votre position.

Si vous aviez gardé le silence, le remords vous aurait consumé.

Maintenant que vous nous avez parlé, à nous, organe suprême de la justice

ayez la conscience tranquille.

Venise a trop d'ennemis.

Il faut se fier au gouvernement et croire en sa force.

Ses membres doivent être irréprochables.

La séance du Conseil va reprendre.

Agissez avant qu'il ne soit trop tard.

Passons au vote.

Nous devons adopter la procédure d'urgence.

En cas de condamnation,

l'accusé sera aussitôt exécuté.

Son corps sera écartelé

et les quatre parties seront exposée sur les voies d'accès

pour servir d'exemple à tous ceux qui ne respecteraient pa

les lois de la République.

Pourquoi avez-vous tant attendu pour parler?

J'ai voulu sauver l'innocent

sans perdre le coupable.

Je cherchais une solution entre le mensonge et la vérité,

un compromis.

Oui, voilà.

Un compromis.

Mais une demi-vérité est pire que le mensonge.

Même dans l'intérêt

de la raison d'État que vous invoquez.

La vérité, il n'y en a qu'une, une seule,

elle est indivisible, je l'ai compris trop tard.

Vous êtes l'instance suprême,

et je viens de vous avouer mon crime

Si vous ne m'écoutez pas, quelqu'un de plus haut placé le fera

Si vous ne m'écoutez pas,

le peuple le fera.

Au nom de Dieu et de la République de Saint-Marc,

Pietro Facciol,

reconnu coupable du meurtre du gentilhomme Alvise Guoro,

a été condamné à la peine de mort

par décapitation.

Arrêtez! Arrêtez l'exécution!

Trop tard, comte Barbo.

Justice est faite.

"Justice", messieurs...?

Non, la justice a été bafouée.

La sentence et la condamnation à mor

ont été exécutées sur ordre du Conseil des Dix

sur la personne de Pietro Facciol, boulanger,

assassin d'Alvise Guoro, patricien vénitien.

Quel que soit ce que vous vouliez dire, comte Barbo,

vous devez désormais garder le silence.

Le comte Lorenzo Barbo, patricien vénitien,

membre du Conseil des Dix en charge du procès,

avoue le meurtre du gentilhomme Alvise Guoro.

Barbo, vous avez perdu la raison!

Ce n'est pas la juste sentence d'un tribunal qui a été exécutée,

c'est un crime qui a été commis.

Et vous, comme moi,

nous sommes responsables de ce crime

Adaptation: Cyrine MAMI

Sous-titrage: EVA France ST'501

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