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Quelle joie, madame, de vous revoir.
Voilà, j 'espère que vous avez fait bon voyage.
Votre suite est prête.
Y a -t -il encore beaucoup de monde ? Peu.
Vous serez tranquille.
Salut. Eh bien, tu dors ? Non.
Ils viennent d 'arriver ? Ah, on ne peut rien te cacher.
À qui est cette voiture ? Paul Arban, l 'éditeur français, et sa femme, la
célèbre romancière Olga Arban.
J 'espère que vous allez bien vous reposer pendant votre séjour. Ah,
belle machine à écrire que je vous ai procurée. J 'espère qu 'elle vous plaît.
Ah, et puis j 'ai entièrement refait la décoration du living, selon vos
instructions. Comment le trouvez -vous ? Parfait. Comme toujours, vous avez le
meilleur goût du monde.
Alors, si vous voulez vous donner la peine, allons voir votre chambre. J 'ai
changé la litterie. J 'ai tout remis à neuf. Tout est en ordre dans la salle de
bain. Ah ! Et j 'ai le plaisir de vous annoncer que le telex fonctionne.
D 'ailleurs, de nombreux messages vous attendent déjà.
Je les prendrai tout à l 'heure.
Permettez.
Merci. Vous en prie.
Ah !
Rideau
Patricia Andreotti, 23 ans.
Toutes les affaires sont dans ça ? Oui, madame.
Olga, pas madame.
Oui, Olga.
Ouvrez votre valise.
Donnez.
Je suis Ténippe.
Mais madame... Olga, pas madame.
Il me paraît utile de vous rappeler les termes de votre contrat.
Pendant le mois que durera nos engagements, j 'accepte de me plier à
exigences de monsieur et madame Paul Arban.
Auriez -vous oublié votre engagement ? Non, mais...
Il n 'y a pas de mais.
Patricia, pendant un mois, vous serez à notre entière disposition.
Vous devrez vous occuper de moi, prévenir mes moindres désirs.
Exécutez tous mes ordres sans discuter.
Ouvre.
Bonjour, toi.
Hé, tu es nouvelle ? Tes réponses sont frappantes.
Pour le prix de la gifle, j 'ai au moins le droit de savoir ton nom de baptême.
Ton humour m 'échappe.
Attention gamin, touche pas à mon terrain sinon.
Ah, est -ce que c 'est difficile d 'être amoureux alors ? Ainsi, nous allons
choisir la robe que vous mettrez ce soir pour le dîner.
Vous mettrez celle -ci.
Voyons si elle vous sied.
Comment voulez -vous que je me rende compte si elle vous va ? Déshabillez
voyons.
Eh bien ? Madame, je vous en prie.
Déshabillez -vous.
Voulez -vous que mon mari vous aide à vous dévêtir ? Patricia,
vous m 'agacez.
Le flip aussi.
Bien.
Tournez.
Décidément, la robe que je vous avais choisie ne vous ira pas.
Prenez plutôt celle -ci.
Voici votre chambre.
Merci.
Oh !
Dans les telex qui m 'attendaient, il y avait une proposition d 'achat de mon
dernier roman. Une société américaine de production de films.
C 'est bien.
Tu n 'es pas contente ? Je pense à mon nouveau roman.
Tu as une idée
? Je crois.
Je peux savoir ? Non, pas encore.
Ce sera un succès, comme les autres. Je sais.
Oui, tu le sais.
Mais ce que tu ne sais pas, c 'est que ce sera mon dernier roman.
Voyons, mais pourquoi ? Tes romans se vendent à des millions d 'exemplaires.
ont fait notre fortune.
Ils ont surtout fait toi l 'éditeur important que tu es.
J 'aurais eu autant de succès chez un autre éditeur.
Tu ne vas pas recommencer, dis. Laisse -moi, je veux travailler avant le dîner.
Je t 'aime, Olga.
Je sais que tu m 'as fait.
Avant de te rencontrer, j 'étais un petit éditeur qui vivait mal.
Mais à me traiter comme tu me traites, un jour je te quitterai.
Mon pauvre Paul, tu n 'auras jamais ce courage.
Ah, au fait, j 'allais oublier.
La romancière Olga Arban est arrivée tout à l 'heure au club.
Tu sais, c 'est elle qui a écrit le roman que je lis.
Voilà une bonne occasion pour lui demander de dédicacer le livre.
Terminons notre dîner, ensuite je lui porterai mon livre.
Regarde, c 'est une handicapée. Laisse -la s 'installer.
S 'il vous plaît, voulez -vous me le dédicacer ?
Je vous remercie.
La carte A.
Merci, chère amie.
Votre carte est beaucoup trop abondante.
Voulez -vous que je vous aide ? Eh bien oui,
nourrissez -moi.
Je crois que vous ne serez pas déçu. Et pour M. Arban ? L 'idée de ma femme me
séduit. Faites pareil, nourrissez -moi.
Parfait.
Et cette demoiselle dîne avec vous ? Naturellement.
Mademoiselle Andreotti partagera tous nos repas.
Voulez -vous vous laisser nourrir ? Comme monsieur et madame.
Mais je souhaiterais qu 'il y ait du poisson.
Oh, mais nous avons la chance d 'avoir un pêcheur qui ne pêche que pour nous.
Notre poisson saute de ses filets et passe directement dans votre assiette
un court passage dans nos cuisines.
Avez -vous lu un de mes romans ? Non, je suis désolée, Olga.
Je n 'ai lu aucun de vos romans. Il ne faut pas être désolée.
On peut très bien vivre sans m 'avoir lu. Voyez -vous, Patricia, certains ne
lisent jamais et gagnent de l 'argent sur mon dos.
Ou sur ce que je fais.
Mais comment est -ce possible ? Paul ne me lit pas, il médite et il gagne
beaucoup d 'argent.
Je t 'ai lu, ma chérie, au début.
Sinon, comment t 'aurais -je découvert ? C 'est vrai.
Paul a lu le premier roman que je lui ai apporté.
Ensuite, il s 'est abstenu de lire les autres.
Car voyez -vous Patricia, mon mari n 'aime pas ce que j 'écris. Il préfère la
poésie. Moi aussi, je lis beaucoup de recueils de poèmes, par goût, et aussi
parce que les recueils valent moins cher que les romans.
Vous ne pouvez pas savoir combien vous faites plaisir à mon mari.
Si je l 'avais écouté, il aurait continué à éditer des poèmes, et il
toujours dans un garni, en étant persuadé qu 'un jour il découvrirait
un Rimbaud.
Tandis qu 'avec vous, il a découvert les joies d 'un compte en banque.
Vois -tu, Paul, combien nous avons raison d 'engager chaque année des gens
pauvres pour nous servir.
Sans le savoir, nous nous livrons à une étude sociologique.
Ainsi, nous venons de découvrir ce soir avec mademoiselle que les pauvres savent
avoir de l 'humour.
Si vous quittez cette table, vous regretterez votre geste toute votre vie.
Sans parler du contrat qui vous lie à moi pendant un mois.
Voyons ce que notre ami Guido nous a préparé.
Patricia, parlez -nous de vous.
Oh, vous savez, il n 'y a pas grand -chose à dire sur mon compte.
Je suis orpheline.
J 'ai été élevée par une vieille tante que j 'adore.
Avez -vous appris un métier ? Je souhaitais faire des études de
Mais hélas, ma tante n 'a pas eu les moyens de m 'envoyer en ville.
Alors j 'aide un vieil ami de ma tante dans son magasin.
Vous n 'avez pas envie de vous marier ? Je n 'ai pas encore trouvé... Le garçon
qui correspond à mes voeux.
Comment le voyez -vous ? Simple, bon, brave, intelligent,
travailleur. Bon amant ? Vous êtes vierge ?
Dans nos campagnes, les mœurs sont différentes de celles de la ville.
Vous n 'avez jamais eu d 'amant ? Et ce roman, le gars ? Tu as trouvé le thème ?
Je crois.
Est -il possible de savoir quel sera le thème de ce prochain roman ? La vertu.
Quel beau thème. Surprenant pour toi.
Je suis une romancière qui aime surprendre ses lecteurs.
Je lève mon verre à ton nouveau roman.
Vous dansez ? Oui.
Non.
Mademoiselle ne danse qu 'avec monsieur.
Eh bien, qu 'attends -tu ? Pardon ? Cesse de boire et va danser avec
Selon la volonté de mon épouse, voulez -vous m 'accorder cette danse ? Je vous
préviens, ça va être un désastre.
Attends, j 'ai mieux pour toi.
Avancez, Patricia.
N 'ayez pas peur.
N 'ayez pas peur.
Cet homme, Patricia, ne fait l 'amour qu 'une fois par an, lorsque je suis là.
Le reste de l 'année, il vit sur l 'autre rive désert du lac.
Une fois l 'an, il fait la traversée, se lave, met son plus beau costume et...
Elle est belle, n 'est -ce pas ? Elle est vierge.
Entends -tu ? Vierge.
Étonnant à notre époque, non ? Toute ma vie, j 'ai rêvé d 'assister.
Elle est à toi.
Non ! Non ! Lâchez -moi ! Non ! Non !
Non !
Non ! Lâchez -moi ! Vous pouvez hurler.
Personne ne viendra nous déranger.
Cette suite est isolée des autres.
Le personnel nous est tout acquis.
C 'est un viol ! Il ne tient qu 'à vous qu 'il en soit autrement.
Vous auriez tort de vous débattre.
Emo est le meilleur amant.
Il fait l 'amour comme une bête sauvage, c 'est -à -dire avec appétit.
Mouah !
Oh !
Mouah !
Comme c 'est beau de voir la vertu bafouer.
Jouer.
Allons, allons, monsieur Paul.
Qu 'est -ce que vous faites là avec cette bouteille de whisky ? Un grand
comme vous.
Ma femme est un monstre. Un jour, je la quitterai.
Et si je la quitte, je n 'aurai plus d 'auteur.
Alors ?
Allez, il faut aller vous coucher.
Allons, allons, n 'y pensons plus, il faut aller vous coucher maintenant.
Allons, allons, ça ira mieux demain, vous verrez. Allez.
Je vous aime.
Seigneur, quelle épreuve m 'avez -vous envoyé ? Qu 'ai -je fait pour mériter
telle punition ? Vous savez que j 'ai besoin de cet argent pour soigner ma
chérie. Montrez -moi le chemin, que votre lumière me guide.
Je suis désolée. Vous vous êtes fait mal ? Vraiment, excusez -moi.
Tout est renversé.
Non, non.
N 'y touchez pas, vous sentirez le poisson toute la journée.
Non, je sentirai les algues du lac.
C 'est bien la première fois qu 'on me répond ça.
Vous savez, d 'habitude, ceux qui m 'approchent se couvrent de parfum
Enfin, au revoir, à bientôt peut -être.
Peut -être.
Au revoir.
Bonjour, monsieur.
Avez -vous bien dormi ? Très bien, Patricia.
Ma femme vous attend.
Elle sourit.
Je lui ai fait perdre ce qu 'elle avait de plus précieux et elle sourit
calmement.
Déconcertante, Patricia.
Bonjour, Patricia.
Avez -vous bien dormi ? Très bien. Et vous -même ? Non, pas très bien. Mais ce
'est pas grave, je dors peu.
Venez.
D 'où vient cet éclat qui illumine vos yeux ? Je ne sais pas.
Je suis heureuse.
Comme ça ? Sans raison ? Je suis allée prier à l 'aube.
Je me sens bien.
Vous avez été priée ? Oui.
Vous êtes étonnante.
Que voulez -vous faire ? Je veux descendre à la plage pour travailler.
Vous n 'êtes pas en vue de plage ? Vos affaires sont sur mon lit.
Comme tu as la peau douce.
Viens.
Il fait un beau soleil.
Il serait dommage de ne pas en profiter.
Elle se dérobe.
Comment la briser ? Comment la faire réagir comme je l 'entends ? Comment la
faire entrer dans la psychologie de mon personnage ?
Comment est -elle ? Délicieuse.
Bon, je vais travailler.
Merci.
Elle s 'était allongée à même le sable et offrait au soleil son corps
ruisselant.
Solange la dévorait du regard.
Elle ne cessait d 'admirer ses cheveux qui semblaient avoir été plantés par une
masse céleste.
La fragilité du cou, le renflement des seins, ses lèvres si
parfaitement dessinées, qu 'on eût dit qu 'elles étaient une éternelle invite
baiser, ce ventre comme une plage, le compas parfait des jambes.
Solange aimait la beauté sauvage et à la fois naïve de la fille.
Elle se demanda comment faire pour emprisonner tant de beauté, comment
pour briser tant de beauté, comment faire pour humilier tant de beauté, afin
cette beauté lui appartienne, comme elle voulait que tout, lui appartiennent.
Son indifférence est intolérable.
Comment faire pour l 'atteindre enfin ?
Comment
? Mais oui, bien sûr.
Tout de suite, monsieur.
Monsieur Arban, votre femme vient d 'avoir un accident.
Comment cela est -il arrivé ? Je ne sais pas. Je n 'ai rien vu. Je dormais.
Que voulez -vous ? C 'est de plus en plus difficile de trouver du personnel
compétent.
Alors, l 'auteur ? Rien de grave.
Je lui ai fait une piqûre afin qu 'elle se repose cet après -midi.
Ce soir, elle n 'y paraîtra plus.
Je suis soulagé.
Mais dites -moi, l 'infirmité de votre épouse me paraît curieuse.
Combien je vous dois, docteur?
Je suis désolée.
Désolée. Elle est désolée.
Elle dormait.
Oui, elle dormait.
La fais -tu pour dormir ou pour s 'occuper de moi ? Que puis -je faire
faire pardonner ? Vous méritez une correction.
Paul.
Assez.
Ça t 'a excité de la fouetter ? Oui.
Je sais ce que tu es, mon petit Paul.
C 'est pourquoi tu ne pourras jamais me quitter.
Tu es bien sûr de toi.
Évidemment. Tu es trop timide et tu n 'oseras jamais demander à une autre
d 'organiser tes fantasmes.
Parfois je me demande si tu n 'es pas la descendante du Marquis de Sade.
Qui est ?
Petit Paul, qui vivait dans ses rêves et qui n 'osait pas les mettre en
pratique.
Peut -être qu 'un jour je n 'aurai plus envie de jouer.
Imbécile. Tu vivais comme tout le monde. J 'ai fait de toi un être exceptionnel.
Voudras -tu gâcher ce beau travail ? N 'oublie pas, Paul.
Toi avec moi.
Moi avec toi.
Je suis étonné que personne ne se soit aperçu de ta supercherie.
C 'est que je suis une extraordinaire comédienne.
tu es le diable.
Merci.
Ah !
Bonjour. Bonjour.
Vous vous promenez ? Oui, je peux vous regarder ? Oui, bien sûr, installez
-vous.
Vous aimez votre métier, hein ? Oui, je l 'ai toujours fait.
Mon père était pêcheur, mon grand -père aussi.
Mon père voulait que j 'aille travailler à la ville.
J 'ai essayé, mais la fumée des usines, les horaires, me donnaient des
cauchemars. Je suis revenu ici et je pêche pour gagner ma vie.
J 'aime aller pêcher en mer et me sentir libre à bord d 'un bateau.
Je ne suis pas riche, mais je suis vraiment heureux.
L 'argent n 'est pas tout, le bonheur compte plus.
Mais si seulement j 'avais plus d 'argent, je pourrais peut -être m
bateau bien à moi.
Et là, je serai complètement heureux.
Vous n 'avez pas de bateau ? Nous en avons un que nous louons à plusieurs.
D 'ailleurs, je dois y aller.
Il est temps de mettre les filets.
Je peux venir avec vous ? Oui, bien sûr.
Venez.
Attention.
Oui.
C 'est tout.
Je me suis donnée à toi parce que tu es celui que j 'attendais.
Je t 'aime, Patricia.
Patricia ne doit pas agir contre ma volonté.
Elle n 'est qu 'un personnage de roman.
Elle n 'a pas le droit d 'avoir une vie à elle en dehors des desseins que j 'ai
pour elle.
Je me suis perdue. Désolée pour mon retard.
Vous êtes resplendissante, ma chérie. Je vous trouve belle.
Très belle.
Merci.
Qu 'est -ce qui vous fait rire, ma chérie ? Ce que je vois que vous ne
pas.
Qu 'avez -vous vu ? Que je n 'ai pas vu.
L 'intérêt, c 'est de découvrir les choses par soi -même.
Et ton roman, où en est -il ? L 'inspiration est bloquée.
Patricia ? Oui, Olivia ? Je viens de vous proposer une promenade en voiture.
'ai envie de sortir.
Moi, je reste ici.
Ne bois pas trop.
Guido, un peu de vin.
Merci.
Vraiment Patricia, je ne sais comment m 'excuser pour mon attitude de cet après
-midi.
Comprenez bien, j 'ai eu si peur.
Ce terrible accident qui m 'a privé de mes jambes m 'a marqué profondément.
Je me suis revue à l 'hôpital.
Si vous saviez le cauchemar que j 'ai vécu.
Je ne vous en veux pas. Je comprends votre souffrance.
Vous êtes bonne, Patricia.
Je souhaiterais que nous devenions des amis.
Laissons faire le temps.
Le temps est un grand auteur. Il écrit les choses comme elles doivent être
écrites. Mais je... Comme vous le voyez, j 'ai lu un de vos romans. Je vous
adore.
Regardez comme c 'est beau.
Magnifique.
Allez -y.
Comme c 'est bon de courir, de sauter, de... De danser.
Danser pour moi.
Comment faire pour humilier tant de beauté ? Afin que cette beauté m
'appartienne, comme je veux que tout m 'appartienne.
Nous nous amusons, rien d 'autre.
Luc ! Putain ! Putain !
Putain !
L 'inspiration est revenue, mon chéri. Mon nouveau roman sera un succès.
Je vous aime.
N 'ayez pas peur de moi.
Sinon, il ne me resterait plus grand -chose.
C 'est vous qui m 'avez écrit dès le premier soir.
Oui,
dès la première fois que je vous ai vu, je vous ai aimé.
Quel stratagème me cache votre déclaration ? Dites plutôt ce que vous
inventé de diabolique avec votre diablesse de femme.
Patricia, je viens seul.
Pauvre et malheureux.
Il faut que vous m 'écoutiez.
Vous ne devriez pas t 'en boire.
Je bois parce que j 'ai honte de ce que j 'ai fait sur la plage.
Ma femme vous a vu dans le bateau avec le pêcheur.
Et elle a voulu se venger.
Olga est une sorcière.
Un monstre sorti tout droit de l 'enfer.
Il est vrai que je lui dois ma carrière, ma réussite.
Qu 'étais -je avant de la connaître ? Un petit éditeur qui éditait des livres
que personne n 'achetait.
En lisant le premier manuscrit qu 'elle m 'apporta, j 'ai compris que non
seulement je tenais un auteur de talent, mais qu 'elle m 'apporterait beaucoup d
'argent.
Voilà, vous imaginez la suite.
Elle a fait de moi sa chose, comme elle veut que chaque chose soit à elle.
Je ne vous aime pas, Paul.
Mais je suis toute prête à vous aider.
Voulez -vous partir avec moi ?
... ... ... ...
Je ne suis pas une putain, je t 'expliquerai tout.
Tu as bu.
Encore bu.
Pauvre type.
Va te coucher.
Mais qu 'est -ce que tu prends ? T 'as vraiment trop bu.
Elle nage.
J 'ai cassé son médiocre amour avec son pécheur et elle n 'est pas désespérée.
Elle me nargue de sa sérénité.
Jusqu 'où ira -t -elle pour me provoquer ?
Pourquoi
cette subite imputeur ? C 'est moi qui dois la posséder.
Elle est soudain trop savante, trop expérimentée, trop hardie.
Elle sort de son rôle.
Elle échappe à mon emprise.
Elle renverse la situation à son avantage.
Ses réactions ne cadrent pas avec ce que j 'ai imaginé.
Je ne comprends plus.
Dis -moi, Paul, je ne comprends pas sa métamorphose.
Le modèle ne doit en aucune façon dépasser le maître.
Tu comprends ? Elle m 'échappe, Paul. De toute façon, tu sais que je ne peux
écrire que par simulation.
Or, son attitude bouleverse l 'ordre de création de mon livre.
Il faut la reprendre en main.
C 'est long, je suis perdue. Je ne sais plus comment terminer mon roman.
Et cette invitation, que signifie -t -elle ?
Je l 'ignore, mais ne crois -tu pas que le mieux serait d 'y aller ? Pourquoi
souris -tu ? C 'est la première fois que je te vois fragile et vulnérable.
Cesse de dire des bêtises et pousse -moi.
Prends -la, chien.
Arrêtez ! Arrêtez ! Vas -y, Emo.
Elle est belle.
Elle s 'est refusée à toi cette année.
Va !
Non
! Non ! Non ! Non ! Non
!
Non ! Non
!
Non !
Je ne sais pas.
Tu aimes ça, Olga.
Oui, mais ce n 'est pas ainsi que les choses doivent se passer.
Je veux toujours sentir ma toute -puissance sur les êtres et les choses.
Je ne peux encore qu 'à cette condition.
Je hais la réalité.
Seule la réalité que j 'invente m 'intéresse. Je ne veux pas de séparation
ma réalité et l 'autre.
De même, je ne veux pas que les situations que j 'invente, que la
dépasse, que la situation, que les êtres qui me servent de modèle me dépassent.
Bonjour.
Tenez, voilà pour vous. Merci.
Dois -je comprendre que vous ne venez pas ? Je ne suis pas courageux, vous
savez.
De toute façon, vous ne m 'aimez pas.
Je ne vous ai jamais menti.
Moi non plus, je ne vous aime pas. J 'ai ourdi ce complot pour me donner du
courage.
Vous tenez à cette femme. Vous avez assez d 'argent.
N 'avez -vous pas envie de vivre calmement, simplement ? Il est difficile
pouvoir pour les autres.
Une seule fois dans votre vie, n 'avez -vous pas envie de vous montrer
et fort avec cette femme ? Vraiment fort.
Attendez -moi.
Je n 'en ai pas pour longtemps.
... ... ... ...
Il ne faut pas que Patricia prenne le dessus.
Il ne faut pas que ce soit elle qui organise les situations.
Adieu, Olga.
Je pars et je te quitte définitivement.
Comme tu peux t 'en rendre compte, je ne suis pas aussi faible que tu voulais
bien le dire.
Je te signale que Patricia est également partie.
Ton modèle s 'envole.
Je suis navré, mais cette année, il n 'y aura pas aux devantures des
libraires... Un nouveau roman d 'Olga Arban.
Courage et bonne chance.
Je vous remercie, Patricia.
Quoi qu 'il arrive, vous m 'avez permis de dominer mes peurs.
Toutes mes peurs.
Oui, je me sens bien, comme soulagé.
Je suis heureuse de vous l 'entendre dire.
Où votre ami doit -il vous rejoindre ? Sur la corniche.
Je souhaite que vous soyez heureux.
Très heureux.
Et moi, que vous recommenciez à éditer des recueils de poèmes.
Tu m 'as bien joué, pauvre imbécile.
C 'est la première fois que je te vois impuissante. Ça te va mal.
Mais elle marche.
Mon amour.
Patricia, je vous interdis.
Mon amour.
Ne partez pas, ne partez pas. Pas l 'enfer, je vais partir. Je vais partir.
Laisse -les partir. Non, je ne veux pas.
Je ne veux pas.
Tu ne comprends pas que c 'est mon roman qui s 'en va ? Elle est partie, je ne
pourrai jamais terminer mon roman.
Ne bougez pas.
Laisse -les partir.
Jamais. Laisse -les.
Arrêtez où je dis.
Qu 'est -ce que c 'est que cet argent ? C 'est pour ton bateau.
Pour notre bateau.
Où vient -il ? Je l 'ai gagné.
Alors, docteur ? Nous avons fait le maximum.
Elle est sauvée, mais...
Elle ne pourra jamais plus
marcher.
Tu vois, Paul, je te l 'ai toujours dit.
Toi avec moi, moi avec toi.
C 'est vrai, ma chère, mais il faut ajouter que désormais, tu ne pourras
faire sans moi.
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