All language subtitles for Quentin Dupieux - Le Deuxième Acte. The Second Act - French with German Subs

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Original subtitles

- Allez.

Allez…

- Il est bizarre, ton plan.

- Mon plan ?

Combien de fois je t'ai aidé ? On en parle ?

- Alors, ça,

je le nie pas, t'es serviable.

- Bah, ouais. - Pas de soucis.

- Tu devrais pas hésiter. - Sur le principe, je suis partant,

juste, j'ai besoin d'en savoir plus avant de me jeter à l'eau.

C'est quoi, le piège ?

- Pourquoi il y en aurait un ?

- Me prends pas pour un con. Il y en a un.

- Willy, je te promets que non. - Mais si.

- Mais non !

- Elle est vilaine ? C'est quoi ?

- En fait, t'écoutes rien de ce que je te dis.

C'est une fille sublime.

Elle est hyper belle, super bien foutue.

Pourquoi t'es méfiant ? - C'est pas clair, ça tient pas debout.

Il y a une fille sublime qui te drague. OK, ça, c'est crédible.

- Et ? - Toi, au lieu d'en faire ton affaire,

tu m'envoies au charbon à ta place.

- Quoi ? C'est limpide t.

- Non, c'est confus, désolé. - Tu vas m'épuiser, t'es chiant !

- Il y a anguille sous roche, je veux comprendre.

Vas-y, crache le morceau. C'est quoi, le truc ?

- Il y a pas de piège, pas d'anguille sous roche, Willy.

T'es parano, c'est dingue.

- Je suis rien du tout. Je te connais, il y a une mascarade, obligé.

Balance l'info. Tu peux. C'est un travelo, ou quoi ?

- N'importe quoi ! - Bah…

- Tu dis de ces trucs. Je te le dirais, Willy.

- Bah…

- Même, ça changerait rien.

- Ouh, là ! Si, si, si, ça changerait tout.

Tu sais, on est pas pareils, de ce côté-là.

Toi, tu joues dans les deux camps, moi, je suis tolérant, attention,

mais si c'est un bonhomme déguisé, je la regarde pas dans les yeux.

Je te préviens, ça me dégoûte.

- Non, dis pas ça. T'es con ?

- Je te dis, je te dis.

- Tu peux pas dire ça !

- Pourquoi ?

- On est pas tout seuls. On est filmés, là !

- Oui, bien sûr, merde. Pardon, excuse-moi.

Je… Pardon. Je voulais pas dire ça. Désolé.

Je voulais dire… Attends, je vais reformuler.

- Ouais, reformule, c'est mieux. - Attends.

Euh… donc, si jamais la femme que tu veux me présenter serait un homme.

- Non, ça va pas. Tu conjugues mal. "Était".

- C'est bon, j'ai pas ton éducation.

- Vas-y ! - Arrête !

- Donc.

- Si cette femme, donc, était un homme…

- Oui ?

- Je pourrais pas… Euh, comment dire ?

Faire affaire avec elle… ou lui, voilà.

Simplement car mon orientation sexuelle

ne me le permet malheureusement pas.

Voilà. Malgré tout mon respect pour ces gens,

dont la différence ne me pose aucun souci.

- Très lourd, là. OK, pas grave, ça passe.

- J'ai enlevé la notion de dégoût.

- Ouais, on a entendu.

- Je te jure, je voulais pas. - Arrête, tu t'enfonces !

- Je te le dis. - Vas-y.

- Je te promets, ils me dégoûtent pas. Juste, dans mon monde…

- OK.

- On vit pas tous dans le même monde. - OK.

- Mais dans le mien, en tout cas,

une femme peut pas… Comment dire ? - OK.

- Avoir un…

un appareil génital qui est externe.

- Non, arrête, au secours !

- J'arrive pas à concevoir le machin, dans ma tête.

C'est de la science-fiction.

Si, juste, j'imagine une femme

avec un sexe masculin…

Je te dis, mon cerveau disjoncte. Ça se bloque.

- OK. Tout le monde s'en fout de ton cerveau.

- Je te le dis. - OK.

On enchaîne, OK ? Tu m'angoisses.

On est en train de glisser. On reprend. Allez.

- Juste, je t'explique.

- OK.

- Pardon.

- Donc… - Donc…

- Euh, Florence n'est pas du tout une femme trans.

C'est une femme de naissance.

Et elle est très, très jolie.

- D'accord.

Ça, là-dessus, je te crois.

- Bon.

- OK. Je peux te poser une question toute bête ?

Dans ce cas ? - Oui. Tu veux savoir quoi ?

- Si elle est si belle que ça, ta copine,

pourquoi je dois y aller à ta place ?

- T'écoutes rien de ce que je dis. Je te dis que je peux pas.

- Comment, tu peux pas ?

- Mais je peux pas me la taper.

Tu veux que je le dise en quelle langue, en italien ?

Non posso. Je peux pas, voilà.

- Attends. Genre, toi, le grand séducteur, le marteau-piqueur,

qui enchaîne les conquêtes… - Oui ?

- Va me faire croire qu'il peut pas honorer ses avances ?

- Je peux pas. C'est physique. Je sais pas.

- C'est physique. Donc, c'est ça, elle est vilaine.

- Non, putain, non ! - Bah, si, tu le dis.

Physique ? Elle est en chaise ?

C'est pas une handicapée ?

- Oh, arrête ! Arrête de dire des trucs gênants !

Putain ! - Quoi ? Il y a pas…

- Tu veux qu'on se fasse cancel, c'est ça ?

Dis pas tout ce que tu penses, merde !

On va finir par avoir des emmerdes, à force.

Tu peux te tenir à carreau et enchaîner le texte ?

Vas-y, reste sur le texte.

- J'ai pas critiqué les handicapés, j'ai dit le mot, c'est pas un crime.

On peut se détendre la nouille ? - Justement, non !

- Ben…

- Les nouilles, elles sont hyper tendues !

C'est des sujets trop sensibles. On déconne pas avec ça.

Grognement T'oublies, d'accord ?

T'en parles au bistrot, si tu veux, mais pas devant tout le monde.

Je veux continuer à bosser, t'es pas tout seul.

Fais gaffe. - Tu t'entends ?

"Je veux continuer à bosser."

À cette époque, je dis "handicapé", toi, t'as peur de perdre ton job ?

- Je m'en fous. - C'est pas normal. Je… c'est…

- Il y a des trucs qui se disent pas, je fixe pas les règles, putain t.

- D'accord.

- Tu veux refaire le monde ? - Non.

- OK. Alors, respecte le texte.

Vas-y, enchaîne.

- Mel Gibson, il s'est fait lyncher. Il a juste parlé des Juifs ou autre.

- Tu le fais exprès ?

- Je te dis, c'est intéressant, les Juifs.

- Oui, c'est très intéressant, OK,

mais on a une scène à jouer, là !

C'est pas le moment, Willy. - OK.

Vas-y. - Viens, on enchaîne.

- J'arrête de parler, apparemment, ça dérange.

Je ravale, mais bon…

Donc, enchaînons.

On disait quoi ? Le texte ? Je sais plus.

- Alors, on parlait du fait que je peux pas avoir de relation avec elle.

- Un souci physique, je te demandais quoi.

- Ça veut dire que j'ai aucune attirance. Tu comprends ?

Même si elle est sublime, j'y arrive pas.

- OK. C'est pas physique, c'est chimique.

- Voilà, si tu veux, chimique. - D'accord.

- Tu vois, j'aime pas son odeur, j'aime pas ses mains, je…

J'aime pas sa voix, j'aime rien.

J'y arrive pas, ça marche pas. - OK.

Tu peux me le dire direct. Je suis léger, mais je peux comprendre.

- Ah. - Elle est belle, elle t'attire pas.

- Exactement. Bravo. Après une heure. - Mais dans ce cas,

pourquoi tu t'emmerdes ? Dis-lui non, basta, voilà.

Envoie-la balader. Pourquoi tu m'impliques ?

- Mais parce qu'elle insiste !

Je refuse depuis deux mois. Deux mois !

Elle me harcèle, elle me lâche plus. Je vis un enfer.

- Donc, c'est une folle ? - Mais pas du tout.

Elle doit être amoureuse, j'en sais rien.

- Ouais, mais là…

- Elle m'appelle tout le temps, elle m'envoie des SMS.

Change-lui juste un peu les idées.

- T'es marrant. Si elle est amoureuse, je fais quoi ?

J'ai pas les outils. - Mais arrête !

- Bah, non. - Tu la dragues comme tu sais faire.

En dix minutes. C'est un jeu d'enfants.

- Si elle est branchée sur toi, t'imagines bien

que c'est pour ton capital financier. - De quoi ?

- Comment tu veux que moi, je te vole la vedette ?

Je vis chez ma mère, je peux pas te…

- Aucun rapport, Willy. - Bah, si.

- C'est quoi, ce complexe du pauvre ? T'es beau, génial.

T'as tout ce qu'il faut pour attirer une femme.

- J'apprécie que tu mettes le doigt là-dessus.

- C'est vrai. - T'es mignon.

- T'es un mec génial, Willy. T'es même sexy, je te le dis.

- Juste, attends, parce que…

On n'est pas tous…

voile et vapeur… C'est pas…

Moi, je reste traditionnel, quand même. Tu me connais.

- T'es con, surtout.

- Je reste… - Ça te fait rire, hein ?

Pédé ? Tu trouves ça drôle ?

- Non… - C'est embarrassant.

- Dès qu'on dit un truc, ça te vexe. - Te connaître, c'est embarrassant.

- Bon, vas-y.

Donc, on enchaîne. OK.

J'accepte ta mission. - Très bien.

- OK. Imaginons le scénario idéal. - Ouais.

- Juste une seconde, on résume. - Vas-y.

- Je séduis la grosse Florence. - Très bien.

- L'histoire est concluante. - Voilà.

- OK. Elle me tombe dans les bras, je l'emballe et machin.

- Ouais. - Le cœur chavire.

Elle m'apprécie. - Ouais.

- Elle te lâche la grappe, comme prévu. - Exactement.

Je te demande rien de plus. Elle me lâche la grappe.

- OK. Dans ce cas, j'ai quoi en échange, moi ?

- Tu te fous de moi ?

- J'y gagne quoi ? - Mais rien du tout.

T'aides un ami, c'est ça la récompense.

Tu voudrais quoi ?

- Je sais pas… - Putain, attends.

Ah, putain, c'est elle !

Elle m'appelle toutes les 30 minutes !

- Fais voir, juste, la photo.

- J'ai mis la photo d'un chien, tellement elle me gonfle.

Oui, Florence ?

- Ça va ?

*- Oui, ça va.

- Je vérifiais que t'étais en route.

*- Je suis pas loin.

- Moi, j'y suis presque, là.

Je suis pas loin. Tu veux toujours me voir ?

*- Oui. Super, super.

- Parce que moi, j'ai super envie de te voir.

*- D'accord. - J'espère que toi aussi.

*- Oh, oui, Florence. - C'est chouette.

Ah, je voulais te dire, aussi.

Flippe pas, mais je viens avec mon père.

Il me dépose, c'est tout.

J'ai pensé que c'était l'occasion de te le présenter.

Juste cinq minutes.

*- Ah, d'accord, d'accord.

- Ça t'embête pas ? *- Non, pas du tout.

- OK.

Super. Bon, ben, à toute.

*- À tout de suite.

- Bisous, bisous, ciao.

C'est bon.

Il est content de te rencontrer.

J'espère vraiment que tu l'apprécieras.

Je crois que c'est l'homme de ma vie.

- Écoute, chérie…

Tu sais quoi ?

J'y arrive plus.

J'arrête.

- Tu fais quoi ?

Ho !

- J'ai plus envie. J'y arrive pas, j'arrête.

C'est foutu. J'ai plus envie !

- Qu'est-ce qui t'arrive ?

Ça se passait hyper bien.

Hein ?

- Je peux plus faire semblant.

J'en ai marre, j'ai pas la force.

Je suis au bout, j'y crois plus. C'est mort.

J'ai même pas à me justifier.

Je me tire, c'est tout.

- Tu peux pas quitter un film comme ça, c'est odieux.

- Ah, si, si. Je vais me gêner, tiens !

Bien sûr que je peux. Je suis libre. - Non, ça se fait pas.

Ça se fait pas, non. - Ah bon ? Tu sais quoi ?

Essaie même pas de comprendre. Fous-moi la paix, OK ?

- Ça va pas ? Pourquoi tu me parles comme ça ?

- J'en peux plus de ces fictions à la con.

Il y en a marre !

On est plus dans les années 1980.

Ça sert plus à rien.

On s'en branle, de ces histoires d'amour. C'est fini !

À un moment, ça doit s'arrêter.

C'est le chaos partout, t'as vu ?

Non, t'as pas remarqué ?

- C'est pas une raison pour me gueuler dessus.

Le chaos, j'y peux rien, moi.

C'est pas de ma faute.

On peut faire notre métier correctement, je vois pas le rapport.

- Ah, tu vois pas le rapport ?

- Non. - Même sans eau pour vivre ?

Quand on se fera égorger pour un bout de pain ?

Tu continueras à jouer la comédie pour le public,

comme si de rien n'était ?

Comme si tout allait bien. Allez, zou, hop !

- Pourquoi pas, en fait ?

- C'est ta réponse ?

"Pourquoi pas, en fait ?"

T'as rien d'autre ?

- Bah, non, ouais. Enfin, je sais pas.

Quand le Titanic coulait, les musiciens ont continué à jouer.

Nous, c'est pareil.

- Ils ont continué à jouer dans le film, pas en vrai !

- Mais bien sûr que si ! - Mais non, arrête !

- Mais… - Une légende.

- Pas du tout. - Pour faire croire.

- Mais documente-toi ! - Pour faire croire aux gens

que les artistes sont courageux. Des conneries !

- Mais n'importe quoi. Vas-y, mais…

Mais les musiciens du Titanic ont continué à jouer

jusqu'à ce qu'ils crèvent congelés dans la flotte, OK ?

Et c'était magnifique.

- Magnifique… - Ouais. Je fais comme eux.

Je peux jouer, je joue. Voilà. - Ouais.

- T'arriveras pas à me dégoûter, OK ?

Je continue, ça m'amuse encore.

- Un détail pour éclairer ta lanterne. On est pas sur le Titanic !

On parle pas de 2 000 gugus qui coulent sur un bateau.

Là, nous, c'est l'enfer sur Terre.

Le chaos, il est mondial. Le naufrage est mondial.

On coule tous. Mais toi, évidemment, pff.

T'es tranquille avec ça. T'es à l'aise, ça va ?

La fin de l'humanité arrive et tu veux jouer ma fille dans un film d'auteur ?

Non, mais t'es débile, voilà.

- T'es débile. - Ouais, débile.

- Ouais. - Ouais.

Et alors ?

Ça a jamais servi à rien, les films. Tu croyais quoi ?

Sauver des vies avec tes navets, là ?

Non, on s'en fout !

C'est pour ça que c'est cool, le cinéma. Ça sert à rien !

- Eh bah, super, tant mieux.

T'as de la chance, si ça t'amuse.

- Alors… - Et tu le ferais gratuitement ?

Hein ? - Putain, je réponds même pas.

- C'est important, réponds.

Tu réciterais des textes de merde et tu te foutrais à poil dans des films

si tu voulais pas des robes et bijoux ? Réponds !

- Tu sais quoi ? Ferme ta gueule, OK ?

- Oui, je la ferme. - OK ?

Je rentre pas là-dedans.

Ton énergie négative, tu la gardes pour toi, OK ?

Non, mais n'importe quoi !

Tu délires !

Laisse tomber, je fais comme si j'avais rien entendu.

Sinon, je vais péter un plomb.

OK, c'est pas grave. Allez !

Vas-y, faut que ça avance, là. Moi, je continue.

Je suis pro, je reprends le texte ici.

- Vas-y, on t'écoute, on t'écoute.

Vas-y, on t'écoute ! - OK, c'est bon.

Papa…

Papa.

J'espère vraiment que tu l'apprécieras.

Je crois que c'est l'homme de ma vie, ce mec.

- C'est ta meilleure performance ? T'es à ton maximum, là ?

Hein ?

- Merde ! Putain !

Je serai mieux après. Tu sais très bien comment ça se passe !

Ils corrigeront en postproduction, il y aura le montage, la musique.

Et toi, t'es pas tout le temps parfait.

Tu fais pas une prise entière, avec tes tics !

- Quoi ? - Ouais, tes tics.

- Ah bon ? - Oui.

- Là, tout de suite, j'en ai pas !

Je sais quand j'en ai. Là, j'en ai pas, ça va !

Laisse tomber !

- Je m'en fous. - C'est méchant d'utiliser ça.

- Très méchant… - Oui. C'est médiocre. Minable, même.

Minable.

- Le pauvre, on parle de ses tics, c'est méchant.

Vas-y, putain, sois un homme ! Fais ton boulot, là !

- OK, OK…

- Donne-moi la réplique ! - OK, je vais le faire, pas de problème.

- Vas-y. - Tu vas voir, c'est nul.

Accroche-toi bien.

- Vas-y. - Écoute, chérie…

Tu penses vraiment que c'est…

Attends.

Écoute, chérie, tu penses vraiment que c'est le rôle d'un père

de juger… C'est quoi, le texte ?

- "Est-ce que tu penses vraiment que c'est le rôle d'un père…"

- C'est bon, ça y est, ça y est.

Écoute… J'y vais. Tu penses vraiment que c'est le rôle d'un père

de juger l'homme que tu aimes ?

Je l'accepterai, qu'importe sa couleur et sa religion,

car mon rôle est de soutenir ma fille. Contente ?

- Bah, ouais. - Mais tu te rends compte de la nullité

de ce que j'ai récité ?

Ou alors, t'es sourde.

- Non. - Ben si.

- Non, je trouve ça bien. Une histoire simple.

Moi, ça me parle.

C'est juste une petite scène qui explique la suivante, c'est tout.

Ça devient intéressant après.

- Mais on peut plus attendre que ça le devienne. On a plus le temps.

On est en train de couler. Ça va craquer de partout !

C'est la guerre, il y a plus de ressources.

Une seconde.

Allô ?

Oui.

Non, on tourne pas. Enfin, si, mais pas vraiment.

Mais je m'en fous. Vas-y, dis-moi. Quoi ?

Qui ?

Oh, putain.

Euh…

OK, je te rappelle.

Non, non, je te rappelle. Je te rappelle.

- Qu'est-ce qu'il y a ? - Putain…

- Quoi, c'est grave ?

- Il m'arrive un truc de fou.

- Il se passe quoi ?

Hein ? - Tu vois, Paul Thomas Anderson ?

- Non. Enfin, si, oui.

- Eh ben, Paul Thomas Anderson veut que je joue dans son film.

- Putain…

Putain, tu m'as fait trop peur !

Je croyais à un décès.

- Attends, t'as entendu ? Paul Thomas Anderson.

- Oui, bah… - C'est sidérant, c'est sidérant !

- Ouais. - Tu réagis pas ?

- C'est super. Tu disais que tu voulais plus tourner.

- La vache !

Je le savais que ça allait payer, à un moment !

40 ans que je bosse comme un chien, et là, paf, ça tombe.

Le plus grand metteur en scène du monde me veut pour son film.

Oh, la gifle !

C'est la gifle du siècle. La gifle du siècle !

Bon, excusez-moi, désolé. J'ai eu un petit coup de mou.

Ça va mieux.

Allez, on repart.

Je suis de retour. I am back. On y va, on y va.

On la fait là, debout. OK ? - Ouais.

- C'est moins statique que la voiture. - Vas-y.

- OK ? - Ouais.

- OK, j'y vais.

Écoute, chérie.

Tu penses que c'est le rôle d'un père de juger l'homme que tu aimes ?

Je l'accepterai, qu'importe sa couleur et sa religion.

Car le rôle d'un père, c'est de soutenir sa fille.

Voilà.

- D'accord.

Merci, papa.

- Allez, il me tarde de le rencontrer. Viens !

- Oui, bah, c'est sûr. - Oh, là, là.

- J'aimerais me balader, ramasser des champignons.

- Non, là, c'est pas possible.

- Bah, on se découvre un peu, quoi.

- On a pas les moyens. Tu veux que je dise quoi ?

Le type chez qui elle va, qui est sympa.

- En coloc ?

- Oui, c'est ça. - Oui.

- Une grosse boîte, j'imagine. - Très grosse.

- Ouais, mais…

si on veut un beau voyage pour la fin d'année…

- Salut. - Salut.

Ça va ? - Ouais, ça va.

- Mon père. - Bonjour.

- Bonjour. Vous êtes David, je suppose.

- David, tout à fait. - Très bien.

- Bon, alors, j'ai croisé Willy, un ami. Je vous le présente, c'est Willy.

- Salut. - BONJOUR, WILLY.

- J'espère que ça dérange pas qu'il se joigne à nous.

- Non. - J'espère que ça dérange pas.

- Non. - Ça va, t'inquiète.

- On boit un verre ? - Ouais.

- Ouais ? - Allez.

- OK. - OK.

- Je peux te parler deux minutes ?

- Mais pourquoi ?

- Tu vas voir. Euh, on revient, d'accord ?

On revient, on fait une pause cigarette.

- Quoi ? - Attends. Comme ça ?

En pleine scène ? - Deux secondes, OK ?

On se dépêche.

Deux secondes. - OK.

Bon.

- Bonjour. - On se met n'importe où ?

- Allez-y.

- Là, ça te va ?

- Allez, banco !

- Qu'est-ce qu'il est chiant, ce mec, putain !

- Guillaume ? - Ah, ouais !

Un cauchemar !

Je peux déjà plus le saquer, je te jure. - Ah ouais ?

- Ça va être très dur, cette histoire.

- C'est pas marrant, ça.

- Ouais…

Je suis trop saoulée d'être là.

Désolée pour toi, t'y es pour rien.

- Y a pas de mal.

- Je sais pas comment faire.

- Il faut que t'arrives… pas le choix, faut séparer l'homme de l'artiste.

- Ouais.

Les deux sont horribles, en fait. - Ah.

Alors, c'est plus délicat.

- Mmh.

- Martin Scorsese. - Pas un vieux !

Un mec majeur contemporain, je te dis. Un monstre !

- Un mec majeur contemporain… Ah, Tarantino !

- Plus malin que ça. Monte.

- Non, c'est chiant, ton quiz. Vas-y, dis-moi.

- OK. T'es prêt ?

- Allez !

- Paul Thomas Anderson.

- Ah, lui !

- C'est bien. - Ah, d'accord !

Ben, c'est super cool.

Ah, bah, ouais, bravo. Ouais.

- Ouais, d'accord. "C'est super cool."

Tu joues les blasés ?

- Non, c'est génial. - Bah, si.

Tu saisis ce qui m'arrive ?

- Tu veux que je dise quoi ? Je suis content pour toi.

Tu veux m'impressionner ? Pardon.

- T'es jaloux.

- Pas du tout. - Si.

- Les autres attendent.

- Rabat-joie. Je te parle d'un génie, tu t'inquiètes pour cette daube.

Mais t'es sérieux ? - Tu reçois un appel des Américains,

tu nous méprises ?

- Tu ferais pareil. - Pas du tout.

- Bah, si. Bah, si.

- Tu parles anglais, au moins ?

- Ben ça, ça va !

Ça s'apprend en deux minutes.

Il y a des méthodes.

- Il parlait de la fin de l'humanité, la guerre.

Un malade mental.

- Désolé, hein !

Pardon, pardon.

On est là.

On va reprendre. - Ben, alors ?

- Désolé. - Allez, hop !

- OK, OK.

- Bon.

On y va ?

- OUAIS.

- OK, prêts ?

OK, c'est parti.

- Ravi de vous rencontrer, enfin.

- Je suis content aussi.

- Florence parle tant de vous. Je me demandais si vous existiez.

- Papa, s'il te plaît.

C'est gênant.

- Non, laisse-le parler.

Ça va, c'est cool.

- Mais il va plus s'arrêter.

Je le connais. Il va complètement

monopoliser la conversation.

- Ça, elle a pas tort, c'est vrai.

Je parle beaucoup. C'est plus fort que moi.

Je peux pas m'empêcher de parler.

Même quand je devrais me taire,

je sais pas pourquoi, je parle, je parle.

Ça sort tout seul. C'est marrant, hein ?

Pourtant, petit, j'étais plutôt… - Je te coupe.

Juste une seconde. - Hein ?

- Quoi ?

- Vous avez été vous remplir les narines ?

- Hein ? - Pardon ?

- Vous avez pris un rail de coke pour revenir en forme, ou quoi ?

- T'es con ou quoi ? On discutait.

- Il fait que se gratter le nez.

Vous êtes cramés à 25 km. Je vous le dis tout de suite.

Je capte l'ambiance. - Hé !

Attends. Hé, déjà…

Tu m'appelles pas "lui", tu seras gentil.

Hein ? Mais tu parles de quoi ?

Je me gratte le nez, et alors ?

J'ai pas le droit ?

- Je te dis pas ça.

Le prends pas mal, je juge pas.

Mais faites pas genre que vous discutez. Soyez honnêtes avec nous.

"On se prend un petit rail." On est avertis.

C'est juste ça, le prends pas mal. - T'es lourd.

- Dis-moi, tu sors d'où ?

Hein ? Tu sors d'où ?

Tu sais combien de personnages j'ai joués ?

Tocard, va ! T'étais pas né, je tournais déjà 5 films par an.

Je serais en haut de l'affiche si je me camais ?

Franchement. - T'es en haut de l'affiche ?

- Ouais, en haut. - Ah, ouais !

- OK. - Ça te pose un problème ?

- Non, aucun. - S'il vous plaît, on reprend.

- Tu crois que Paul Thomas Anderson m'embaucherait, sinon ?

Abruti, va !

Ferme-la, tu sais pas de quoi tu parles.

Ferme ta gueule !

- T'es agressif, "ta gueule" direct.

T'es sous substance, en pleine montée.

Redescends un peu, calme-toi.

- Mais… - Calmos.

- Il est demeuré. - T'es chiant. T'es lourd.

- Arrête. - Je dois courber l'échine, il gueule ?

J'estime avoir le droit de savoir à qui j'ai affaire.

OK ? - Oui, bien sûr. Tu veux le savoir ?

Fouille-moi. Tu veux être sûr ?

- J'ai pas besoin.

- Arrêtez, stop. - Si, fouille-moi.

Tu veux mener l'enquête, inspecteur Mes Couilles ?

Abruti !

J'ai jamais rien pris, jamais !

Va te faire foutre !

- Hé ! Déjà, tout doux, reste poli.

- Tout doux ? - Pourquoi tu te mets dans cet état ?

Tes yeux injectés de sang. Une vache folle.

- Tu sais ce qu'elle dit ?

- Putain ! - Ça va pas ?

- Tu peux pas t'empêcher ?

Tu craques toutes les dix minutes ? - Bah, quoi ?

- On va jamais finir. - Je me laisse insulter ?

Il me coupe en pleine réplique.

- Dis-lui gentiment. T'emporte pas comme ça !

- C'était gentil.

- Super gentil. - Par rapport à ce que je voulais dire.

- T'as de la chance, je frappe pas les vieux.

- Ouais ? - Ouais.

- Bah, vas-y. Viens, on sort. Je te démonte.

- Personne démonte personne. Vous êtes malades ?

- Tu saignes. - Arrêtez ce cauchemar !

- Je vais te nettoyer.

Ça va ?

- Petit con, va !

- Oh, putain !

Mais non, quoi, elle a raison !

On va jamais y arriver, là, c'est une catastrophe !

Tu te rends compte de l'image horrible qu'on donne de nous ? Sans déconner.

Violence gratuite, physique et verbale. On a besoin de ça ?

Oh !

Déjà que les salles sont vides. Alors, là, je te le dis, sincèrement,

personne voudra voir notre gueule. Putain !

C'est mort !

Le public va nous détester.

- Arrête de vouloir être parfait. Tu nous gonfles avec ton image.

Ils s'en foutent, les gens.

Ils savent pas nos noms, ils ont d'autres soucis. Tu crois quoi ?

Ils sont passés à autre chose.

- Non, c'est cynique, ça. Je suis pas d'accord !

Il y a encore de merveilleux cinéphiles.

Bah, ouais. Et on est exposés, je suis désolé.

On doit donner le bon exemple.

T'avais besoin de le frapper ?

- Le bon exemple, ben voyons.

Hé, tu sais quoi ?

Commence déjà par assumer ton homosexualité, pour l'exemple.

Sors du placard. - Quoi ?

- Allez ! - Va te faire foutre, aucun rapport.

- C'est bien beau de donner des leçons aux autres.

Règle ton souci perso, après, on verra.

- Putain !

Alors, attends, pour ton info,

je n'ai pas à me justifier devant toi !

Et quand même,

quand même, excuse-moi, d'abord, c'est pas un souci.

Je suis pas homo, je suis bi, c'est pas pareil.

- Pratique, ton truc.

Comme les hybrides. Tu pollues, et tu changes quand ça t'arrange.

Génial, ton truc, franchement. - Non, mais wow !

Au secours !

Je veux pas comprendre cette métaphore dégueulasse.

Mais mon Dieu !

- J'aurais jamais dû faire ce film.

- Ça, l'appât du gain, c'est terrible.

Moi, tu m'agites un bifton de 500 devant les yeux,

je me roule dans des crottes, sans question.

- Tu peux arrêter de bouger ? - Ah.

- C'est déjà assez chiant de faire ça. - Pardon.

- Pourquoi j'ai eu ce réflexe débile de te nettoyer comme une infirmière ?

- Mmh.

Peut-être que tu m'apprécies un petit peu.

Tu me trouves comment ?

- Dans les scènes ? - Ouais.

- Ouais, ça va, t'es bien, ouais.

- Tu le penses vraiment ? - Oui, t'es crédible.

- Tu verras, ma palette d'émotions est large.

Franchement, pour l'instant, je joue avec de la retenue,

mais quand je lâche la pédale de frein, après, ça barde !

- Ça va pas ?

- Non ? - Bah, non.

- Je sais pas, j'ai bien senti. Excuse.

- Bah… - Ouais.

- Tu sais, je peux te griller pour ça. - De quoi ?

- Si je raconte ça, tu travailles plus jamais.

- Là, je t'ai violée sans m'en rendre compte ?

- Si j'avais pas le réflexe de reculer, tu me touchais.

- Mais ho, je m'entraîne, ho !

On doit s'embrasser, dans le film.

- Pour de faux, pas comme ça.

- Justement, je testais pour de faux, pour s'entraîner pour de faux.

- J'ai senti une énergie pour de vrai.

- Tu captes les énergies des gens comme ça, en deux secondes ?

- Ben, ouais. - T'es médium, genre ?

- Ouais, je suis médium du cul, parfaitement.

Mais tu crois quoi ? Je connais très bien les mecs.

T'es pas le premier à essayer.

Pff !

- Écoute ce que je vais dire.

Même si tu me paies un million de dollars, cash,

un million, je te promets,

je passe pas dix minutes avec un mec à poil dans mon lit.

C'est contre nature, pour moi. Je suis désolé, c'est ce que je pense.

Vous êtes dérangés.

- Mais vas-y, enfonce-toi encore, c'est bien, bravo ! Putain, la vache !

Tu raisonnes en dollars, maintenant ? Tu t'es cru à Hollywood ?

Personne veut être dans ton lit. Tu t'es regardé ?

- Tu serais étonné de mon succès auprès des femmes.

T'imagines pas. - C'est dur, pardonne-moi.

- Quant à Hollywood, même si ça t'arrache la gueule, désolé pour toi,

mais c'est une réalité, c'est comme ça.

Je finis cette daube avec vous et direct, je prends l'avion.

Vous me verrez plus. - Mais casse-toi, loin !

On va pas te retenir, hein.

- On essaie d'en faire une dernière. Au 1er dérapage, je pète un câble.

On la reprend ? - On reprend.

- Vous faites tous chier.

- Ça va mieux, ton bobo ? Tu vas survivre ?

- Je t'en veux même pas.

Venant d'un acteur en fin de parcours…

- OK, on peut reprendre ?

- Bien sûr. Une seconde. Tu sais quoi ?

Je te souhaite de faire ne serait-ce que 5 % de ma carrière.

- OK. - Mais t'y arriveras pas.

Tu sais pourquoi ? C'est la crise économique.

- On reprend ? - Mais je te le souhaite.

Simplement, je te dis "bon courage".

- OK, on reprend ?

- Crise ou pas, dans 2 ans, je suis au sommet.

Je vais tout bouffer, moi.

- Au sommet de quoi ?

- Stop. - En haut de l'affiche.

- En haut de l'affiche ? - Stop.

- Ça va, c'est lui.

- Vous avez douze ans ou quoi ?

- On reprend ?

- Vous allez comparer vos bites, là ? - Ça va.

On reprend. - Soyez un peu pro, vous foutez la honte.

J'en ai plein le cul.

- T'es obligée d'être vulgaire ? "Bite", "cul", pourquoi ?

Moi aussi, j'ai honte d'être parmi vous. Je suis mortifié.

- On reprend ? - Toi, je vais te dire une chose.

Une remarque homophobe et je porte plainte.

- T'inquiète, tu vas pas porter plainte.

J'ai déjà tout vidé, j'ai plus rien. - Très bien, merci.

- Je t'en prie.

On y va ? - Bien sûr.

- Vas-y, Guillaume, relance.

- À vos ordres, chef.

Bon, je reprends.

Je suis ravi de vous rencontrer, enfin.

- Je suis content aussi.

- Je me demandais si vous existiez vraiment.

- Papa, s'il te plaît.

- Quoi ? - C'est gênant.

- Laisse-le parler, c'est cool.

- Bah, non. Je le connais par cœur, il va plus s'arrêter.

Il va monopoliser la conversation. - Elle a pas tort.

Je parle beaucoup, c'est plus fort que moi.

Je peux pas m'en empêcher.

Même dans les situations où je devrais me taire, eh bien,

je sais pas pourquoi, je parle, ça sort tout seul.

C'est marrant, pourtant, quand j'étais petit, j'étais timide.

- Alors, Florence m'a dit

que vous êtes banquier. - Tout à fait.

C'est peut-être pour ça que je parle tout le temps.

Peut-être pour embrouiller mes clients. Qui sait ?

- Alors, moi, c'est quand même marrant,

dans la vraie vie,

j'ai jamais rencontré un banquier comme ça.

- Ah, dis donc. - Ouais.

Tintements des verres

- On vend quand tout le monde achète,

on achète quand tout le monde vend. C'est pas plus compliqué que ça.

- Voilà.

Désolé pour l'attente.

- Ah ! J'ai commandé un très bon bourgogne.

Vous aimez ça ? - Oui…

- J'adore ça. - Voyons.

- Alors… - Formidable.

- Oui.

- Oh, là. Hé !

- Putain…

Je suis désolé, je suis stressé depuis ce matin.

- On voit ça.

Stop, t'en mets partout.

Arrête.

- C'est ma première fois en figuration. - Ah.

- Ça doit être le trac, ou quoi.

J'ai quasiment pas dormi.

- Oh, là, là ! - Putain…

C'est pas possible, putain.

- Je suis désolé de tout faire foirer.

- Ah, non.

C'était déjà merdique avant ton arrivée, pas de problème.

Comment tu t'appelles ?

- Stéphane.

- OK. Ça va bien se passer, Stéphane. - OK.

- Il y a pas de stress.

On est avec toi. - Je peux ressayer ?

- Oui, vas-y. T'as le temps, là, entraîne-toi.

- OK. Alors…

- Voilà. Formidable.

Formidable.

- Oh, là, là ! Non, mais…

- Alors,

euh, Stéphane… Stéphane !

T'es sûr que c'est pas

plutôt neurologique, ton souci ?

- Non. - Non ?

- Je suis stressé à mort, je me connais.

J'ai mal au bide et tout.

Je le sens.

En fait, j'ai…

j'ai toujours rêvé de participer à un film.

Voilà.

Alors, je perds mes moyens.

J'attends ça depuis dix ans.

- Écoute…

Stéphane, te fous pas la pression, ça va te stresser encore plus.

Détends-toi.

- Oh, putain !

Pile le jour où je réalise mon rêve, putain !

Je foire comme un gros nul !

- Ah, non ! - Te frappe pas.

Stéphane, te frappe pas,

c'est qu'un film.

- OK, pardon. - OK ?

- Désolé.

- Alors, reprends.

Détendu, calmement, tout va bien.

- D'accord.

Alors… - Voilà.

Oh, formidable ! Du bourgogne. - Voilà.

- Là, je suis d'accord avec Guillaume, on dirait une crise d'épilepsie, là.

- Ben oui, j'avais raison.

Il va pas bien. - Chiotte !

- Un Gilles de la Tourette en bonus.

- Arrête un peu,

toi aussi, là.

Tu l'angoisses.

- Je vais prendre l'air.

J'ai jamais assisté à un moment aussi pénible de ma vie.

- Ah ! Euh…

- On quitte le Titanic ? - Parfaitement, ouais.

- Oh !

Je suis désolé. C'est ma faute.

- Pas du tout. - Si.

- C'est pas toi.

Vas-y, regarde. On a un peu de temps, entraîne-toi.

- D'accord.

Alors… - Super.

Très bien, merci. Super.

- Ouh, là !

- Oh, putain !

- Euh, Stéphane. - C'est pas possible !

Je suis trop tendu. - Stéphane.

- J'en mets partout. - Stéphane !

À mon avis,

tu devrais…

boire le reste de la bouteille.

Si, fais-moi confiance. Tu peux pas

continuer, tu vas exploser.

Alors…

Bois un coup,

tranquille, mon pote.

- D'accord.

- Sur ce coup-là, il a raison, franchement.

- OK. - Ouais.

- Bon.

- Voilà.

- Oui, je suis sûre, oui.

C'est une cata, ambiance abominable, tout le monde s'engueule.

Je vais choper un cancer si je reste ici.

Et l'autre, tout à l'heure, il a essayé d'abuser de moi dans les chiottes.

Quelle horreur…

Il y a un figurant mongolien qui essaie de…

Je… j'en peux plus, en fait.

*OK ? - OK.

Écoute, on va trouver une solution.

Respire un bon coup, calme-toi, ça va aller, je suis avec toi.

Effectivement, si tu pars aujourd'hui, tu gagneras rien, c'est normal.

*- Oh, putain !

- Bah, enfin, Florence, t'as signé, quand même.

Tu sais qu'on fait pas ce qu'on veut.

*- Trouve quelque chose. T'as pas une idée ?

- Sinon, je sais pas, on peut mentir.

On dit que t'es enceinte, voilà.

*- Quoi ? - Bah oui, t'es enceinte.

Tu te sens hyper mal, t'as des nausées, des vertiges.

Du coup, tu peux plus tourner. Une super bonne excuse.

- T'es la pire agent du monde.

Ta seule idée, c'est ça ? Faire croire à une grossesse ?

*- Pourquoi pas ? - Je fais quoi ? Je mets un faux ventre ?

*- Moi, j'en sais rien.

- Laisse tomber, je me débrouille seule.

Tu sers à rien, de toute façon.

Passe de bonnes vacances, avec mon pognon !

*- Mais enfin ! - Ciao. Ciao !

- Petite traînée.

Vibreur

Oui, mon Davidou ?

- Ouais, ma chérie. J'ai besoin de toi. T'as deux minutes ?

*- Bien sûr, mon chou. Dis-moi.

- C'est Tardieu qui me parle d'un rôle qu'on lui aurait proposé

sur le prochain Paul Thomas Anderson.

T'es au courant ? *- Des bruits de couloir.

- Qui s'occupe de ça ?

*- Je crois que c'est Marine.

- OK, OK, super.

J'aimerais que tu appelles. Tu le torpilles et tu le fais dégager.

*Indistinct

Je sais pas, chouchou, ce que tu veux. Tu le traites d'antisémite.

Ou de drogué, d'alcoolo. Ce que tu veux, mais tu le dégages.

Et tu t'arranges pour qu'ils me prennent, moi.

OK ?

Mais bien sûr, il parle pas un mot d'anglais.

- C'est pas ton vrai nom ?

- Bah…

Christian, c'est mon vrai nom.

Et Willy, c'est mon nom de scène, quoi.

- Ah, d'accord, c'est encore pire que je pensais.

Euh, c'est toi qui l'as choisi ?

- Ah, oui, oui. En fait, je…

je suis fan de la série Arnold et Willy. - Ah.

- Comme j'adorais le nain, l'Africain. Je m'identifie à lui, je sais pas.

- Sans déconner, t'es sérieux ?

- Oui. Depuis l'école, je me fais appeler Willy.

C'est un vieux délire.

Je regardais tous les épisodes.

- T'es vraiment très, très con, toi. Ah, si.

- Pourquoi ?

- Le nain, c'est pas Willy.

- Bonjour.

- Le nain, c'est Arnold.

- Bonjour. - C'est connu !

Tout le monde sait que c'est Arnold.

T'as regardé 200 épisodes et t'as pas capté ça ?

- Attends, t'es en train de me dire

que je me suis trompé toute ma vie ? Tu veux me foudroyer ?

C'est quoi ?

Au moins, ça te fait marrer,

tu m'aimes bien, finalement. - C'est un peu tôt pour décider.

Mais j'ai plus envie de te frapper.

- Tu vas finir par m'apprécier.

- Ouais. - Allez, à la tienne.

- À Arnold et Willy. - Parfaitement.

- Tu t'en sors avec le vin ?

- J'arrive pas.

Je vais m'entraîner. Je suis là, je m'entraîne.

- Entraîne-toi, oui.

- Vous attendez

la comédienne pour continuer ?

- Pas du tout.

On a un petit souci avec le figurant.

Le monsieur en surpoids qui fait le serveur.

- Ah.

- Il a du mal à exécuter un truc tout bête depuis tout à l'heure.

Il est hyper stressé, c'est pas évident pour lui.

- D'accord.

- Vas-y. - C'est pas possible.

Mais… oh, putain !

- C'est le pire jour de ma vie, putain !

Non, c'est affreux !

Je vais faire une crise de nerfs !

Viens me chercher maintenant, tout de suite !

- Ma chérie, arrête de pleurer comme ça, c'est ridicule.

*- Le pire jour !

- Tu sais ce que j'en pense, je te l'ai toujours dit.

Tu n'es pas faite pour le cinéma.

C'est un milieu

de dégénérés, voilà.

Tu aurais dû poursuivre tes études.

Tu vois bien, ça te rend malheureuse.

Et tu n'es pas bonne. Excuse-moi de te le dire, Florence.

Tu joues mal.

Même ton père, qui t'adore, est consterné.

*- C'est affreux. - Oui.

Parfois, on a honte, je te promets. Quand on te regarde à la télé…

Elle a raccroché. Merci.

- Putain… Je tremble comme un malade.

J'en peux plus.

- Deux secondes, calme-toi.

- Respire. - Ah, là, là ! C'est terrible,

le trac.

Surtout pour un petit comédien merdique.

Tout le monde l'attend, c'est horrible, la pression pour lui.

Ça peut durer des heures.

- On imagine pas tout ça en voyant un film chez nous.

C'est dingue, les coulisses.

- On se donne beaucoup de mal pour vous offrir un petit peu de magie.

- Merci. - Selon la production, c'est le 1er film

entièrement réalisé par une IA. C'est vrai, ça ?

- Ouais.

Écrit et réalisé par une intelligence artificielle.

Une première mondiale.

- Ah bon ? - Mmh.

- Ça veut dire quoi, concrètement ?

On y connaît rien, nous.

- Ben, en fait…

Pff… Ouais, non.

J'explique pas, c'est un peu triste.

Continuez à rêver.

C'est mieux.

- D'accord.

- Putain… ça… - Ouais.

- Ça me fait plaisir de te voir, ma chérie, tu sais ?

Tu me manques.

*- Tu pleures encore ? - C'est rien.

Je suis fatiguée, c'est tout.

Tu t'amuses bien, sinon ?

*- La maman de Simone fait un métier normal.

*C'est intéressant. Elle cultive des légumes pour le marché.

- C'est chouette, ça.

T'aimerais que je fasse un métier normal ?

*- Non, tu pourrais pas. C'est hyper compliqué.

- Ah bon ? *- Bah oui.

*Toi, tu fais que semblant de faire des métiers.

*Bon, allez, j'y retourne.

- Bisous, chérie.

*- Bisous. - Bisous.

- Putain !

- Et sinon,

Stéphane, tu fais quoi, à part servir du vin rouge ?

- Je préfère rester concentré, pardon.

Ou j'y arriverai pas. - Tu jouerais pas

des maracas dans un groupe de musique ?

- Le monde entier se l'arrache.

- Des concerts de 12 h sans interruption.

- Arrêtez. - Énorme musicien.

- Si vous vous moquez…

Merde ! Voilà, voilà !

Merci, hein !

J'y arrive pas. Je vais y arriver.

Merde !

C'est bon, là !

Voilà !

J'en ai marre !

Coup de feu

- Sans déconner, là ?

Les gens prennent des photos.

- Dites-moi.

Ça fait encore partie du film, ça ? - Chut.

- Oh, mon Dieu ! - Oh, mon Dieu !

*- Coupez.

*C'est dans la boîte.

- Ah, yes !

- Ah, putain, la vache ! J'en peux plus.

J'en ai partout.

- C'était top. - Au nettoyage !

- Bravo. - Merci.

- Génial. - Vous aussi.

- Merci. À toute. - À tout à l'heure.

*- Bravo, Guillaume Tardieu et Florence Drucker. Cette prise

*était excellente, probablement la meilleure.

- Je l'ai bien sentie. *- Le jeu était conforme à mes consignes.

*Félicitations.

- Merci. - Merci.

Dites, juste un truc par rapport à tout ça.

Pardon, mais est-ce qu'on comprend

pourquoi il se suicide, le mec ?

Ça me paraît un peu rapide, non ? Vous croyez pas, vous ?

*- Votre avis personnel n'est pas pris en compte.

- Je sais, mais en le faisant, j'ai trouvé…

*- Votre avis personnel n'est pas pris en compte.

- J'ai compris.

J'ai 40 ans de métier derrière moi.

Je commence à connaître les ficelles, si ça vous dérange pas, je maîtrise.

Ce serait pas con de m'écouter.

Vous allez pas décider tout, tout seul, en vase clos,

avec vos algorithmes, c'est ridicule.

À un moment…

*- Votre avis personnel n'est pas pris en compte.

- Euh… - Je l'aurais dit.

- Si je peux me permettre, je partage pas son point de vue.

Je trouve ça excitant, cette façon de faire du cinéma.

J'adore.

*- Votre avis personnel n'est pas pris en compte non plus.

- Voilà. - OK.

*- D'autre part, j'ai commencé le montage du film.

*J'ai le plaisir d'annoncer que l'on est, pour le moment,

*92 % fidèles à la charte artistique commandée par le studio,

*c'est un très bon score.

- Super. - Si c'est ça, l'important pour vous,

on est ravis.

*- C'est une excellente journée qui s'achève.

*Rentrez à l'hôtel pour vous reposer.

*N'oubliez pas de dormir au minimum 7 h.

*N'oubliez pas. Pas.

*Pas. Pas.

- Ah, ça a planté.

- Ça va, on a compris l'essentiel, on est pas débiles.

Allez, à demain.

- À demain. *- Pas.

- Ça sert à rien de lui lécher le cul. Il a pas de cul, en fait.

- Je veux pas être coupée au montage.

*- Pas. Pas.

*- On est, pour le moment, 92 %

*fidèles à la charte commandée par nos producteurs.

*C'est un très bon score.

- Je suis content. - Salut, Willy !

- Bisous, mon Willy. - Une seconde !

- On y va. - Salut, les chatons.

Vous avez été magnifiques, vous avez assuré !

- On se retrouve à la pizza, ce soir ? - Non, je reste à la maison.

Je suis un peu crevé.

- Le pauvre, il est crevé !

- Avec ce texte… - Ho, ça va !

- Allez, repose-toi, à demain. - Salut !

À demain !

Désolé, je suis à vous.

On peut revenir sur le bilan ? J'étais comment ? Ça allait ?

*- Vous étiez bon, mais pas assez rigoureux.

*Vous avez écorché ou modifié 14 lignes de dialogue, aujourd'hui.

- Je suis désolé, ça sort tout seul. Il faut que j'y travaille.

J'y arrive pas, désolé.

*- J'ai eu recours au correcteur de dialogue automatique

*pour tout remettre dans l'ordre.

*Il y aura sur votre salaire une retenue de 460 euros hors taxe.

- OK, pas grave. - Bon, hé !

Tu vas pas discuter toute la soirée. On y va ?

- Je termine.

Désolé, je dois filer. Mais je promets de faire plus attention.

*- On a du travail, demain.

*N'oubliez pas de dormir au minimum 7 h.

- 7 h, bien sûr, ça marche.

Merci, chef. À demain.

- Bon, allez.

- Désolé.

- Ouais, non, mais je sais.

Mais j'ai eu des gros soucis perso, en fait.

Ma femme s'est barrée.

Du coup, euh, j'ai fait une dépression.

Voilà.

J'ai pris 23 kilos entre le casting et aujourd'hui.

C'est pour ça que j'ai un peu changé physiquement.

Je suis désolé, hein.

*- Il fallait

*nous informer de ce changement de poids conséquent.

*Nous serons obligés de retoucher numériquement votre apparence corporelle

*pour vous redonner une silhouette standard.

- Ah, bah, OK, super. Ça, je m'en fous.

*- Malheureusement, le surcoût de postproduction de cette retouche

*sera déduit de votre cachet.

*Bonne soirée et merci, Stéphane Jouvet.

- De quoi ?

Sans déconner ?

- C'est dingue, ce que c'est beau.

- C'est clair, c'est le paradis.

- Ça me prend à la gorge. - Alors, ça.

- C'est tellement beau.

- Tu me connais, je suis un campagnard dans l'âme.

On est bien en appart à Paris, je me plains pas, mais tout ça, là…

C'est inégalable, ce feeling, là. Oh !

J'en ai jamais assez. Je peux me poser n'importe où et rester

trois jours à observer la nature, mais sans problème.

- On devrait quitter Paris plus souvent.

Ne serait-ce que pour respirer. - Mmh.

- On est cons.

On pourrait se le permettre. Je gagne quand même

très bien ma vie.

- On dit ça à chaque fois, on le fait jamais. Pourquoi ?

On se laisse rattraper par des conneries.

- Je sais.

- Alors que si on avait un chien…

- Ouais.

- On partirait un peu plus souvent. - Remets pas ça sur le tapis.

Je t'en supplie. On était d'accord, stop.

- Il serait bien, il trottinerait derrière, comme ça.

On l'emmènerait partout. - Je suis allergique, bébé.

C'est pas cool, ça. - Allergique dans ta tête !

Tu peux pas être allergique aux chiens. Les chiens, c'est la vie.

Tu peux pas être allergique à la vie.

Tu fais un blocage psychologique, comme moi je faisais avec les épinards.

C'est la même chose. - Non, attends.

Ça t'a jamais mis des plaques rouges. Ça n'a rien à voir.

- C'est exactement pareil. Si tu… Je te dis.

Si tu débloques le truc dans ta tête, ça changera du jour au lendemain.

Tu pourras dormir dans un chenil. - J'en ai aucune envie.

Laisse-moi tranquille, aucune envie !

- Un tout petit, qui tient dans un sac à main.

- Christian, n'insiste pas. Non, non !

On en a parlé mille fois, c'est trop contraignant. Stop.

- Je ferai tout, tu n'auras pas à t'en occuper.

Je le promène, tout. - Je m'en fous, non !

C'est chiant, ça pue. Je veux pas. Comment le dire ?

- T'es chiant. J'en crève d'envie, s'il te plaît !

Je te le demande, s'il te plaît.

- J'aime bien quand tu me supplies.

Vas-y, continue.

Je me sens puissant, d'un coup.

Vas-y, supplie-moi encore.

- Tu veux que je me mette à genoux ?

- Bah, essaie, pour voir.

- Vas-y, très bien.

Mon amour.

Mon amour.

Voilà deux belles années que je partage tout avec toi.

Dans la joie, la passion, la bienveillance.

Regarde-moi, pour ma déclaration.

C'est important. - Je regarde que toi, bébé.

Je regarde que toi. - Voilà.

J'ai quitté ma ville natale de Sallanches, d'accord ?

Pour m'installer dans un 2-pièces à Paris.

Tu sais bien ce que ça m'a coûté.

D'accord ? De perdre des amis précieux, des soucis financiers.

Une belle dispute avec mes parents. - Attends…

Je te dis ce que j'en pense ? - Laisse-moi finir.

Tel que tu me vois… - Non.

- Je suis le plus heureux. - Christian, arrête.

Laisse tomber. - Vraiment.

- S'il te plaît. - Vraiment…

- N'insiste pas. - Ça vient du cœur, je plaisante pas.

- OK.

- Donc, je suis heureux, tu es heureux.

Tout va pour le mieux.

Néanmoins, il y a une chose qui pourrait rendre, mais…

cette expérience de vie encore plus exceptionnelle

et délicieuse. - Oui, je sais, un chien. Non.

Non. Non. - Un chien, s'il te plaît.

Je te le demande solennellement,

mon amour, à genoux.

- Quoi ? - Laisse-moi aller au bout.

Je te le demande solennellement, Guillaume, mon amour.

Est-ce que tu veux m'épouser ?

Je rigole. Je veux juste un chien.

- Ah, non, ça, c'est dégueulasse. Non, ça, c'est pas bien.

C'est pas bien. - Ta tête était exceptionnelle.

Pardon. - Dégueulasse.

- Pardon. Tu me connais.

- C'est pas bien.

- Salut. - Salut.

- Ça va ?

- Ça va ?

- On se reverra pas, j'ai terminé, là.

- T'as qu'une scène. - Bah, ouais.

- Ah, oui.

- Ça t'a plu, au moins ? - Je sais pas, je suis mitigé.

La prod m'a fait un sale coup.

- Ils sont chiants. - Ah, bah, ça.

- Ils sont chiants tout le temps.

- En tout cas, t'étais hyper bien. La tremblote et tout, là, parfait !

Hilarant, hein ? C'était bien. - Ouais. Vraiment.

En plus, c'est pas évident à faire, comme truc. C'est vrai.

- C'est sympa, merci.

Et…

On peut peut-être échanger nos numéros ?

- Pour quoi faire ?

- Hein ? Non, je sais pas, comme ça. Pour rester en contact, quoi.

- En contact…

- Ça a l'air de vous emmerder.

- Non, c'est… nous, franchement, on appelle pas vraiment les gens.

- On a des portables, mais on s'en sert quasiment jamais.

- Bah, ouais. - C'est pas notre truc.

- Même avec les ondes, le wifi, les trucs, c'est… pff !

- OK.

- On est écolos, nous. - D'accord.

- On est écolos. - Hein ?

- Mmh.

- D'accord. - Mais on se voit pour l'avant-première.

Si tu veux. - OK, ça va.

- Oui ? - Je comprends.

- Tu le prends pas mal, hein ? - Non, ça va.

Bonne continuation. - Ouais, bon courage.

- Saluti !

- Salut !

- On l'a vexé, non ?

- Pas grave. On s'en fout de ce mec. - Il fait de la peine.

- Mais ça va, on le connaît pas, bébé.

Tu sais comment c'est.

Il t'appelle, tu réponds pas, et puis après…

ça devient l'enfer, alors.

- Pas faux.

- Ouais.

On peut pas garder contact avec tout le monde, impossible.

C'est ingérable, sinon.

T'imagines ?

- J'ai toujours ce moment un peu flottant.

Après une journée de boulot.

Je me sens toute bizarre.

- Mmh.

- On traverse des trucs si intenses sur un plateau

que quand ça s'arrête,

je sais pas, je me sens un peu perdue.

Comme vidée, quoi.

Pardon, je veux pas te saouler.

- Non, non, mais je comprends.

- Ça te le fait pas, toi ?

- Alors, euh, non.

C'est marrant, parce qu'on en a jamais parlé tous les deux,

mais j'ai une grosse théorie là-dessus.

- Ah ouais ? - Ouais.

Si tu veux, je pense que notre système de lecture du monde…

- Ouais ? - Il est complètement inversé.

Tout est à l'envers, quoi.

- Mais tout… tout quoi ?

- Mais tout t.

On se trompe complètement.

On croit que la fiction est de la fiction

et la réalité, de la réalité.

Mais c'est complètement faux.

Quand tu regardes mieux, c'est l'inverse, en fait.

- OK, d'accord. C'est ça ta théorie ?

- Mais non, mais te marre pas.

Cette idée a mis du temps à germer, Florence.

J'ai cogité comme un malade pendant des années.

C'est pas des conneries.

C'est vertigineux, si tu captes le concept.

- Explique-moi un peu mieux, je vois pas trop le concept, là.

- Bah, ce que tu crois être la réalité, là, maintenant.

- Ouais. - Ou je sais pas, demain matin.

Quand tu vas te lever, boire un café, faire ton jogging.

Tout ça, en fait, c'est fictif.

Alors que les films,

la musique, les rêves, les histoires qu'on se raconte, les fantasmes,

ça, c'est vraiment réel.

- Tu préfères l'imaginaire, c'est tout.

- Pas du tout. Tu comprends pas.

Non, c'est plus profond.

Je crois qu'on se trompe de sens de lecture depuis le début.

Les hommes se racontent qu'ils voient la réalité avec leurs yeux.

- Et donc ? C'est normal, ça. - Non !

Non, Florence, c'est pas normal.

Tu penses comme ça car t'as été programmée depuis ta naissance.

T'y peux rien, t'es comme tout le monde.

Alors que moi, je peux t'affirmer

que tout est à l'envers.

C'est inversé, le machin.

Non, mais… - Ouais.

- C'est normal que tu l'acceptes pas. Ça paraît fou et tout, je comprends.

Mais je t'assure, si t'y penses vraiment,

c'est sidérant, en fait.

- OK, bon, admettons, hein.

Mais… excuse-moi si je pose une question débile.

Mais ça change quoi dans ta vie ?

- Ah, mais ça change tout !

- Mais tout. OK, d'accord, donne-moi un exemple concret.

- OK. OK…

Je te donne le 1er truc qui me vient. - Ouais, vas-y.

- Bon, là, maintenant, si on applique ma théorie…

- Ouais ? - Je peux coucher avec toi

sans tromper ma femme.

- Quoi ? - Oui, c'est simple.

Ce serait de la fiction. On s'en foutrait, ce serait pas grave.

- OK, ça va, j'ai capté.

C'est juste…

une méthode pour en avoir rien à foutre.

- Mais non, pas du tout ! Ho, c'est sérieux, là.

- T'as inventé tout ce concept foireux

pour baiser qui tu veux sans culpabiliser ?

- Pas du tout !

- T'es un rat d'égout.

Laisse tomber.

T'as envie de me sauter ? - Pas du tout, c'était un exemple.

- OK, OK. Alors, attends…

Ça marche aussi pour moi ? - Oui, bien sûr.

- Ah ouais ? - Ben oui.

- OK, c'est génial.

Donc, si j'ai envie de coucher avec le mec du son, là…

- Mmh.

- Je peux le faire sans tromper mon mari ?

Parce que la réalité est une fiction. - Quel mec du son ?

Claude ? - On s'en fout, c'est un exemple.

- Attends, te taper ce porc ? - Ça marche aussi pour moi ?

- Ce porc, sans déconner ? - Laisse tomber.

- On parle de Claude ? On parle bien de lui ?

- Cette méthode, elle marche… Je suis la première ?

Ça a marché avec d'autres ? - Pas une méthode, une philosophie.

- Ah, oui. - Révolutionnaire. Je te la partage.

- Ouais, c'est ça.

C'est bon, ça va, arrête de parler.

Ça devient embarrassant.

Je suis pas débile, OK ?

- Claude ? Sans déconner ?

- Tais-toi, s'il te plaît. Tais-toi, d'accord ?

Je veux dire, laisse-moi tranquille.

Je préfère écouter le bruit du silence.

La réalité, c'est la réalité.

Point final.

- Ouais.

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