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Tirs de canons.
- :
- France 1918.
Pendant la 1re Guerre mondiale,
les cameramen du monde entier ont pris des risques
pourtourner ces images.
Ils en ont reconstitu� certaines.
Nous avons rajout� la couleur et le son.
Clameur.
- :
Tir.
1 1 novembre 1918.
1 1 h du matin.
Ce jour-la, c'est le silence.
L'armistice est sign�e.
Clairons et cloches sonnent le cessez-le-feu.
Clairons et cloches.
- :
Le soldat canadien George Price vient d'etre tu�.
C'est le dernier mort de la guerre.
De 1914 a 1918,
pres de 80 millions d'etres humains ont �t� plong�s
dans la guerre.
10 millions sont morts,
fauch�s par les balles, d�chiquet�s
par les obus, brul�s, affam�s,
d�vor�s par les poux, les rats.
Tu�s par les �pid�mies n�es de la misere.
20 millions ont �t� bless�s.
Quelle d�mence s'est empar�e
des Autrichiens?
Des Serbes?
Des Russes?
Des Allemands?
Des Fran�ais,
avec leurs colonies?
Des Anglais, avec leur empire?
Des Italiens?
Des Japonais?
Des Turcs?
Des Am�ricains?
Ils ont de la chance,
ceux qui s'en sortent vivants.
Mais ils ont perdu leur jeunesse.
Ou leur visage.
Ou leur raison.
Comment le monde a-t-il d�cha�n� une telle furie?
1914.
Qui sont les hommes de ce temps?
Si tranquilles et pourtant si pres de la guerre.
Ce sont, pour beaucoup,
des paysans affach�s a leurterre,
leurtradition,
leur religion.
Ils se sentent
en s�curit�.
Cela fait pres d'un demi-siecle
qu'il n'y a pas eu de grand conflit europ�en.
les rentiers peuvent profiter de ce bel �t� de 1914.
Ren� Ferrari, 34 ans,
descendant d'immigr�s italiens qui ont r�ussi dans le chauffage,
est l'un des premiers cin�astes amateurs.
Il pense que le film gardera l'image de son bonheur,
qu'il ne sait pas si fragile.
Avec Jacqueline, sa femme,
ils ont 3 enfants.
Pierre, Claude et Alain.
Et une fidele bonne,
Alphonsine.
Ils vivent a c�t�
du chemin de fer, pour eux, moderne et pratique.
Il va partout.
Il transportera des arm�es.
Il les emmene au mont Blanc,
escalader la Mer de Glace,
avec une canne
et des chaussures de ville,
symbole de l'inconscience des futurs officiers.
Vienne 1914.
La capitale de l'empire d'Autriche-Hongrie
est d�crite par Stefan Zweig.
''Partout s'ouvraient de nouveaux th��tres,
''de nouvelles bibliotheques, de nouveaux mus�es.
''Partout on allait de l'avant.
''Qu'est-ce qui aurait bien pu interrompre ceffe ascension,
''entraver cet essor qui tirait sans cesse de nouvelles forces
''de son propre �lan? ''
Une merveilleuse insouciance avait gagn� le monde.
Jamais l'Europe n'avait �t� plus puissante, plus riche, plus belle.
Jamais elle n'avait cru plus intimement
a un avenir encore meilleur.
C'est encore la Belle Epoque.
Mais pas pourtout le monde.
Les ouvriers travaillent
2 fois plus longtemps qu'aujourd'hui,
et sont pay�s 2 fois moins.
Les femmes ne gagnent que la moiti� de ce salaire de misere.
En th�orie, les enfants de moins de 12 ans
ne doivent pas descendre a la mine.
En France, Jean Jaures
est le grand tribun
de la classe ouvriere.
Il est inquiet.
Il sait que dans toute ceffe Europe de la bonne soci�t�,
beaucoup de patrons de l'industrie
parlent sans retenue d'une guerre
qui les d�barrasserait des revendications ouvrieres.
Jaures dit: ''Votre soci�t�,
''violente et chaotique,
''meme quand elle veut la paix,
''porte en elle la guerre,
''comme le nuage porte l'orage.''
Les industriels profitent de la course aux armements.
Les grandes puissances
pr�parent la guerre.
Les services militaires interminables
forment les hommes a la guerre.
La guerre et la mort
r�dent sur la planete.
Depuis des siecles, les empires se partagent le monde
a coups de sabre.
Les conquetes du Royaume-Uni s'�tendent
de l'Australie au Canada.
Celles de la France,
de l'Indochine a l'Afrique.
L'AIlemagne a aussi des colonies,
mais veut une plus grosse part du g�teau.
Cet Etat morcel�, la Prusse d'avant 187 1,
est devenu l'Empire allemand, en �crasant la France
et en annexant ses provinces d'AIsace et de Lorraine.
L'empereur d'AIlemagne,
le Kaiser, Guillaume II,
55 ans,
entour� d'une caste militariste, fait construire
une marine de guerre pour surpasser
celle de l'Angleterre.
Il veut donner a l'AIlemagne
sa place au soleil.
15 juin 1914.
Guillaume II c�lebre le 25e anniversaire
de son regne.
Il aime parader, mais il lui faut un tabouret
pour monter a cheval, a cause de son handicap.
N� d'un accouchement difficile,
il a le bras gauche atrophi�.
Il le maintient pos� sur son �p�e.
Longtemps tortur� par les m�decins,
il a d�velopp� un caractere instable,
avec des crises de colere impr�visibles.
Il est mari� avec sa cousine
Augusta-Victoria.
Ils ont la meme grand-mere,
la souveraine britannique Victoria,
qui disait de Guillaume II:
''C'est un emport�, une mauvaise tete,
''un pr�tentieux.''
Guillaume II vit mal sa parent� avec la famille royale de Londres,
si puissante, si dominatrice.
Un jour, a la chasse, il se blesse et pousse un cri r�v�lateur.
''Maudit sang anglais! ''
Pour Guillaume II, le Royaume-Uni
est une menace, depuis qu'avec la France et la Russie
ils forment la triple entente.
Cela provoque chez les Allemands un sentiment d'encerclement
et donc de peur.
Leur seul alli�,
c'est l'Empire austro-hongrois, alors une mosaique de peuples,
sur lequel regne depuis 60 ans,
l'empereur Fran�ois-Joseph ler,
84 ans.
Sa longue vie
a �t� pleine de malheurs.
Le suicide de son fils,
l'assassinat de sa femme, l'imp�ratrice
Elisabeth, surnomm�e Sissi
son amour de jeunesse.
C'est maintenant un vieil empereur
dont les peuples demandent l'ind�pendance.
Tout peut exploser,
mais Fran�ois-Joseph, ses militaires, ses politiques
refusent toute r�forme.
Valse viennoise.
- L'Empire est alors qualifi�
d'''apocalypse joyeuse''.
- :
La fete continue, comme pour ce mariage
de Zita, la belle princesse, qui �pouse Charles,
le petit-neveu de l'empereur.
- :
Mais c'est son neveu, Fran�ois-Ferdinand,
qui doit h�riter du tr�ne d'Autriche-Hongrie.
Fran�ois-Ferdinand a �pous� la comtesse Sophie Chotek,
qui n'est pas
de sang royal, ce que l'empereur n'a jamais admis.
Pas plus que les id�es r�formatrices
de son h�ritier.
- :
28 juin 1914.
La machine infernale va se d�clencher.
Un dimanche, Fran�ois-Joseph dans sa r�sidence de campagne,
part pour la chasse.
Il apprend que son neveu,
l'h�ritier de la Couronne,
Fran�ois-Ferdinand, et sa femme viennent d'etre assassin�s,
a Sarajevo.
L'empereur ne manifeste aucun sentiment.
Il dit froidement:
''Une puissance plus haute que moi vient de r�tablir l'ordre.''
Sarajevo,
un cri dans l'Histoire.
C'est a Sarajevo que le destin du monde
a bascul�.
Dans ceffe Bosnie qui vient d'etre annex�e par l'Autriche.
La Serbie s'y oppose.
Elle veut s'�tendre en rassemblant les peuples slaves des Balkans.
28 juin 1914.
Sarajevo.
Fran�ois-Ferdinand, l'h�ritier de la Couronne d'Autriche-Hongrie,
accompagn� de sa femme, vient d'�chapper a un 1er affentat.
Il s'arrete a l'h�tel de ville
pour protester violemment.
Ce sont ici les dernieres images du couple.
En ressortant, un peu plus loin,
ils sont tu�s a coups de revolver.
Coups de feu, cris de panique.
L'assassin s'appelle
Gavrilo Princip. 19 ans,
militant nationaliste bosniaque.
Ce sont des Serbes qui ont fourni le revolver.
Cet affentat de Sarajevo
qui aura des cons�quences incalculables,
est d'abord per�u comme un fait divers.
Au bord de la Tamise,
celle qui deviendra la reine
du roman policier, Agatha Christie, 24 ans, note:
''Dans la lointaine Serbie, un archiduc est assassin�.
''L'incident para�t
''tellement insignifiant.
''Dans ces pays, on assassine tous les jours.''
Les Anglais ne se soucient pas, en effet,
de ce trou noir de l'Europe,
appel� alors ''la poudriere des Balkans.''
En 1912, 2 guerres balkaniques
font 200 000 victimes.
En 1914,
ces trag�dies lointaines sont oubli�es,
au Royaume-Uni.
Le roi d'Angleterre,
George V, 49 ans,
est aussi roi d'Irlande
et empereur des Indes.
Son empire est grand,
mais son pouvoir est petit.
Seule la luffe de l'Irlande pour l'ind�pendance le pr�occupe.
Le 28 juin 1914, il �crit:
''L'affentat de Sarajevo est un choc de plus
''pour le vieil empereur d'Autriche.''
George V ne pressent rien
de ce qui va �clater.
Pas plus que le pr�sident fran�ais,
venu en visite officielle a Londres, r�affirmer
l'entente cordiale qui, d�sormais, unit France et Grande-Bretagne
apres des siecles de rivalit� meurtriere.
Raymond Poincar�, 54 ans,
est un mod�r�.
Mais il est originaire de Lorraine, et comme tous les Fran�ais,
il veut la reconqu�rir.
3 juillet 1914,
avec les fun�railles
de Fran�ois-Ferdinand et Sophie Chotek,
le compte a rebours vers la guerre est enclench�.
Les militaires autrichiens
ont toujours cherch� un pr�texte
pour soumeffre la Serbie.
Ils ne peuvent prouver sa culpabilit�
dans l'affentat de Sarajevo,
mais parviennent a convaincre leur empereur.
Le chef d'�tat-major autrichien dit:
''ll faut se d�barrasser des Serbes, parce qu'ils ne cessent
''de mordre, comme des serpents,
''le talon de l'empire.''
Mais c'est compter sans la Russie,
protectrice des Slaves.
A Saint-P�tersbourg,
capitale de l'Empire russe,
regne, depuis 30 ans, sur 170 millions d'habitants,
le tsar,
l'empereur Nicolas II,
47 ans.
Chant religieux.
- :
II a fet� le tricentenaire de sa dynastie
dans le faste du clerg� orthodoxe,
avec, a ses c�t�s, la tsarine Alexandra
et leurfils, le tsar�vitch Alexis,
et leurs quatre filles, les grandes-duchesses
Olga,
Tatiana,
Maria
et Anastasia.
La Russie avait perdu, en 1905, une guerre contre le Japon,
et v�cu une premiere r�volution.
Depuis, l'�conomie du pays s'�tait am�lior�e,
malgr� le poids des d�penses militaires.
D�but juillet 1914,
alors que se trament les malheurs de l'Europe,
le tsar part en croisiere sur la Baltique,
a bord de son yacht.
Un orchestre joue une musique entra�nante.
- :
Malgr� ceffe image de fete et d'insouciance,
le tsar vit dans un sentiment d'ins�curit�.
Une menace plane sur la paix.
Une menace plane sur sa dynastie.
Son h�ritier,
son seul fils,
le tsar�vitch Alexis, 10 ans,
est h�mophile.
Son sang ne peut pas se coaguler.
La moindre blessure peut lui etre fatale.
Sa mere, l'imp�ratrice, pour conjurer ce sort
qui la plonge dans la d�pression,
fait appel a une sorte de moine gu�risseur,
Raspoutine,
a l'influence grandissante.
Raspoutine fait du bien au tsar�vitch,
mais se mele des affaires du tsar.
Le tsar�vitch,
obsession de ses parents,
obtient, a force de pleurer,
de descendre a une escale, avec la permission de ramer,
mais pas de se baigner.
Cri de joie.
Le fidele matelot Derevenko, si fort et si rassurant,
qui le protege depuis qu'il marche, le retient toujours.
Mais comme tous les petits malades,
le tsar�vitch est turbulent.
Pourra-t-il jamais jouer?
Aura-t-il seulement le temps de vieillir?
Sa maladie h�r�ditaire provient
de son arriere-grand-mere anglaise,
la reine Victoria, porteuse du gene fatidique.
La reine Victoria �tait morte
en laissant des tr�nes
a ses descendants.
L'Europe des rois et des empereurs est une grande famille.
Le souverain britannique
George V et le tsar Nicolas II, son cousin,
se ressemblent comme des jumeaux.
L'empereur allemand Guillaume II est aussi un cousin
et meme
le parrain du tsar�vitch.
Dans la famille, la paix devrait r�gner.
Mais dans chaque pays, un fort courant nationaliste
voit la guerre comme l'occasion d'en finir
avec un rival mena�ant.
Et l'assassinat de l'h�ritier du tr�ne d'Autriche,
Fran�ois-Ferdinand, est pour Guillaume II
ce qu'il y a de plus grave,
affenter au droit divin de la monarchie.
Guillaume II avait re�u
Fran�ois-Ferdinand a la chasse. Il �tait
de son monde, et le Kaiser, esprit naif et impulsif,
a un sentiment de sacrilege.
Pour Guillaume II, pour ses g�n�raux,
pour le chef du gouvernement, le chancelier Bethmann-Hollweg,
il ne faut rien c�der
et profiter de l'affentat de Sarajevo
pour montrer la d�termination allemande.
Tous d�cident de soutenir l'alli� autrichien
dans son projet d'invasion de la Serbie.
Le 6 juillet 1914,
la menace de guerre n'empeche pas Guillaume II
de partir pour sa croisiere d'�t� sur son yacht,
le plus grand de tous, 8 000 tonnes, 120 m de long.
- :
Guillaume II ne croit pas a une g�n�ralisation du conflit.
Il dit: ''Tout sera r�gl�
''en une semaine.''
Le tsar ne rentrera pas dans la guerre,
parce que la Russie n'est pas pr�par�e,
et son alli�, la France,
n'a pas d'artillerie lourde.
20 juillet 1914.
Le pr�sident de la R�publique fran�aise, Raymond Poincar�,
arrive en Russie.
Poincar�, r�publicain laic, soutient sans �tat d'�me
un monarque absolu et religieux
comme Nicolas II.
Ce voyage,
pr�par� de longue date, tombe bien dans ceffe crise.
Poincar� vient s'assurer de la solidit�
de l'alliance avec les Russes, et de la bonne tenue
de leur arm�e.
Le pr�sident fran�ais tient des propos mesur�s.
Il dit:
''La crise actuelle doit rester localis�e a la Serbie.
Mais pendant que les dirigeants fran�ais
se pr�parent a rentrer,
a Paris, le gouvernement a la consigne
d'annulertoutes les permissions
et de rappeler les g�n�raux en vacances.
Alors que les privil�gi�s s'initient aux bains de mer
en oubliant Sarajevo,
l'engrenage des alliances s'enclenche inexorablement.
Les Autrichiens se pr�parent.
23 juillet 1914.
le gouvernement de Vienne
adresse un ultimatum a Belgrade.
Une des clauses est irrecevable: laisser la police imp�riale
enqueter en territoire serbe, comme si la Serbie �tait
une province de l'Empire austro-hongrois.
L'ultimatum autrichien a la Serbie
signifie la guerre pour la presse
du monde entier.
Le pr�sident des Etats-Unis,
le d�mocrate Woodrow Wilson,
58 ans,
intellectuel pacifiste, veut pr�server
la neutralit� am�ricaine.
Il dit: ''Je veux tenir les Etats-Unis
''en dehors de toute guerre europ�enne.''
Un journal canadien titre:
''La peur de la guerre.''
Herbert Asquith, le Premier ministre anglais,
pressent l'escalade vers un conflit d'une nature inconnue.
Il dit: ''Nous sommes pres
''de l'apocalypse.''
Coup de canon.
Son ultimatum
rejet�, l'Autriche-Hongrie d�clare la guerre a la Serbie.
28 juillet 1914.
Les canons Skoda de l'artillerie autrichienne
entrent en action contre Belgrade.
Tir.
La Russie, dans sa logique d'alliance avec la Serbie,
envoie des troupes a la frontiere austro-hongroise.
30 juillet 1914.
Guillaume II �courte
sa croisiere.
Le Kaiser d�barque
avec son basset qui le pr�cede partout.
Dans sa logique d'alliance avec l'Autriche,
il envoie un ultimatum a son cousin Nicolas II,
en le sommant de retirer ses troupes
de la frontiere autrichienne.
Nicolas II, au contraire, mobilise.
Il �crit a son cousin et alli�, le roi d'Angleterre, George V:
''J'ignore ce qui va se passer.
''L'Autriche s'engage dans une guerre
''imprudente qui pourrait devenir un conflit g�n�ralis�.''
Sans r�ponse de Nicolas II a son ultimatum,
Guillaume II h�site,
parle de sauver la paix,
mais autour de lui,
militaires et industriels le poussent vers la guerre,
en faisant porter par la Russie la responsabilit�
de l'extension du conflit.
1er aout 1914.
L'AIlemagne mobilise
et d�clare la guerre a la Russie.
Les jeunes recrues de l'arm�e allemande
font connaissance avec le paquetage de l'infanterie,
contenant surtout l'indispensable: les chausseffes de rechange.
Tout juste sortis de l'enfance,
ils se voient confier une baionneffe,
si dangereuse, et, symbole de ceffe arm�e allemande,
l'�trange casque a pointe pour prot�ger des coups de sabres.
Beaucoup sont heureux de d�fendre
leur patrie menac�e,
comme le futur �crivain, Ernst Junger,
qui dit alors:
''Nous avions quiff� les salles de cours ou les �tablis,
''et les 1res semaines d'instruction nous avaient fondus
''en un grand corps brulant d'enthousiasme.''
Clameur.
A Saint-P�tersbourg,
les Russes, d�sormais en guerre,
chantent l'hymne imp�rial qui commence par:
''Dieu protege le tsar.''
Hymne russe.
- :
L'ambassadeur de France est la.
Il �crit:
''Le tsar est saisi par l'�motion.
''Son peuple l'investit d'une mission divine.
''ll est le souverain absolu des corps et des �mes.
- :
La tsarine para�t.
D'origine allemande, elle s'inquiete.
Son frere va combaffre dans les rangs de l'ennemi.
- :
Raspoutine �crit a Nicolas II:
''Avec la guerre, viendra la fin de la Russie
''et de vous-meme. Et vous perdrez jusqu'au dernier homme.''
Chant russe.
- :
''Viens, Poupoule''.
- Le sam'di soir apres l'turbin, l'ouvrier parisien...
- Dans un dernier moment d'insouciance,
les Parisiens s'int�ressent
a l'arriv�e du Tour de France.
Partis le jour de l'affentat de Sarajevo,
les g�ants de la route ont parcouru 5 400 km
en un mois, et arrivent juste avant
qua la guerre n'arrete le Tour
pour 4 ans. - Ca me rend tout folichon.
Ah! Viens, Poupoule, viens, Poupoule, viens...
- Le vainqueur est le champion belge
Philippe Thys, de l'�quipe Peugeot.
1er aout 1914.
Les Halles de Paris, le ventre de la capitale,
son coeur populaire, se r�veillent en deuil.
- Ils ont tu� Jaures!
Ils ont tu� Jaures!
- Tout pres d'ici,
Jean Jaures vient d'etre assassin�
par un ultra-nationaliste.
La plus grande figure du pacifisme avait tent�
de convaincre les ouvriers allemands
de refuser d'aller se baffre. Il avait pr�dit:
''AIors que nous sommes menac�s de meurtre et de sauvagerie,
''il n'y a plus qu'une chance pour le maintien de la paix,
''c'est que le prol�tariat
''rassemble ses forces. Fran�ais, Anglais, Allemands,
''Italiens, Russes, demandons a ces millions d'hommes
''de s'unir
''pour �carter l'horrible cauchemar.''
2 aout 1914.
L'ordre de mobilisation g�n�rale est placard� dans toute la France.
En vacances en Bretagne, un �tudiant en m�decine,
Louis Maufrais, raconte: ''C'est une belle fin
''d'apres-midi d'�t�. J'entends les petites cloches
''de la cath�drale.
''EIles tintent a un rythme inhabituel, pr�cipit�.
''Tout le monde s'arrete, on a compris.
''Les femmes pleurent, les hommes, fig�s, regardent,
''h�b�t�s, le clocher, sans rien dire.
''C'est le tocsin.
- :
''Au loin, on peut entendre, en �cho,
''le tocsin du Vivier,
''celui du Mont-Dol,
''de Carfantin ou de Baguer-Morvan.
''C'est poignant.''
- :
Les Parisiens, le 3 aout 1914,
apprennent que l'AIlemagne
a d�clar� la guerre a la France,
parce qu'elle est l'alli�e de la Russie.
C'est aussi le jour de l'enterrement de Jaures.
Et avec lui, du pacifisme.
Les ouvriers fran�ais,
allemands ou russes se rallient a la d�fense
de leurs patries.
En France, Poincar� baptise ''union sacr�e''
ce triomphe des forces nationalistes.
3 millions de Fran�ais sont mobilis�s.
Apres 5 millions de Russes, 4 millions
d'AIlemands, 2 millions d'Autrichiens.
Sur ces hommes qui partent,
Stefan Zweig �crit:
''En 1914,
''apres un demi-siecle de paix, que savaient-ils de la guerre?
''IIs ne la connaissaient pas.
''EIle �tait une l�gende h�roique et romantique.
''On la voyait comme dans les livres d'�cole
''et les grands tableaux des mus�es.
''D'�blouissantes affaques de cavaliers en uniformes rutilants,
''une foudroyante marche a la victoire
''sans beaucoup de victimes, une aventure sauvage et virile.
''Une exp�rience merveilleuse et excitante.
''C'est pourquoi ils chantaient et poussaient des cris de joie
''dans les trains qui les menaient a l'abaffoir.''
Clameur.
- :
S'ils ne sont pas heureux,
ils pr�ferent ne pas le montrer.
L'agriculteurtoulousain Henri Desperrieres dit:
''Toute tristesse �tait bannie,
''nous voulions cr�ner devant la population.''
De l'empire colonial fran�ais, ceux qui sont appel�s alors
les ''indigenes'' et la L�gion �trangere
partent d'AIger ou de Dakar.
Sur des bateaux presque aussi charg�s
que les n�griers d'antan,
ils affrontent, r�sign�s,
dansant pour la cam�ra,
la travers�e vers un monde dont ils n'ont aucune id�e.
Dans une villa pres de Paris,
la famille Ferrari est face a la r�alit� de la guerre.
Les hommes sont mobilis�s,
comme tous les Fran�ais de 20 a 48 ans.
Dans la roseraie, Jacqueline pense que Ren� reviendra vite.
Les roses n'auront pas le temps de faner
que la guerre sera finie.
- Les voila!
- Les paysans, qui partent d�fendre leurterre,
pensent rentrer avant la fin de la moisson.
Chant patriotique.
Coup de canon.
3 aout 1914.
Tirs.
Les Allemands affaquent.
Ils misent
sur une victoire fulgurante, une guerre courte.
Leur plan, le plan Schlieffen du nom du g�n�ral allemand
qui l'a con�u,
consiste a passer a travers le Luxembourg et la Belgique,
avant que les Russes affaquent a l'est
et obligent les Allemands a se baffre sur 2 fronts.
La violation de la neutralit� de la Belgique
cr��e apres la d�faite de Napol�on pour servir d'Etat tampon
entre le Royaume-Uni, la France et l'AIlemagne.
entra�ne une r�action imm�diate
de Londres.
L'Angleterre d�clare la guerre a l'AIlemagne.
4 aout 1914.
A Londres, au balcon de son palais,
le roi George V dit:
''C'est une grande catastrophe.
''Mais ce n'est pas de notre faute.
''Prions Dieu que ce soit bient�t fini.''
L'�tat-major allemand estime que les Anglais
n'auront meme pas le temps d'arriver sur le continent.
L'affaire belge ne devrait pas tra�ner.
Les Belges tiennent bon. Ils ont un roi indomptable,
Albert 1er,
qui dit a son peuple:
''Un pays qui se d�fend
''ne meurt pas.''
Les Belges ont des trains blind�s et de puissants forts
qui protegent les villes.
Tirs.
- :
Pour les Allemands, c'est une mauvaise surprise.
Ils perdent des jours sur leur plan de guerre.
- :
Ils doivent, pour �craser les forts,
amener d'�normes obusiers Krups,
qui tirent des projectiles
de 900 kilos.
Alors, les Belges rendent
leurs voies ferr�es inutilisables,
en pr�cipitant leurs propres trains les uns contre les autres.
Contraignant les Allemands a de longues r�parations.
Pendant que les Allemands pi�tinent
en Belgique, que les Russes pr�parent leur offensive,
les Austro-Hongrois, qui disaient punir la Serbie en une semaine,
s'enlisent.
Les Serbes se r�velent
de redoutables combaffants.
En 15 jours, les Autrichiens
ont d�ja 25 000 morts.
Et les Serbes c�lebrent leur victoire provisoire.
- :
Tout ceci donne le temps a l'empire britannique
de se mobiliser.
La 1re marine du monde va entrer en action,
avec a sa tete, d�ja, un jeune ministre
appel� Winston Churchill.
La Grande-Bretagne,
qui n'a pas de service militaire obligatoire,
a besoin de volontaires.
Ils sont galvanis�s
par une c�lebre affiche,
ou le mar�chal Kitchener, h�ros de la conquete de l'Afrique,
proclame: ''Votre pays a besoin de vous.''
Ce que crient aussi
les sergents recruteurs.
La petite arm�e anglaise
de 100 000 hommes devient
un corps exp�ditionnaire d'1 million de soldats,
auquel va se joindre le r�servoir de l'empire.
Au Qu�bec, en s'engageant,
ils embrassent les Saintes Ecritures
et prient en pensant au long voyage qui les affend.
Ces d�parts
inspireront, plus tard, un touchant personnage de roman,
le cheval de guerre, de Michael Morpurgo,
qui raconte l'odyss�e de Joey,
le cheval de ferme.
Le cheval Joey qui parle et qui dit:
''IIs m'ont pris parce que j'�tais beau,
''que j'avais une encolure solide, pour porter
''des cavaliers t�m�raires ou tirer des canons puissants.''
10 millions de chevaux serviront
l'empire britannique,
venant meme d'Australie ou de NIle-Z�lande,
pour souffrir
et mourir, comme les hommes.
Clameur.
Aucun d'eux n'imagine
ce qui les affend.
Hennissements.
- :
Nombreux sont les chevaux qui n'ont jamais �t� mont�s.
Joey,
le cheval de guerre, dit avec confiance:
''Les soldats de Sa Majest�, qui vont en France ou en Belgique
''avec nous, d�bordent d'optimisme, comme s'ils embarquaient
''pour un grand pique-nique.''
Tirs et cris.
Joey et ses cavaliers se rendent vite compte
de la r�alit� de la guerre.
Les premieres blessures.
Les premiers prisonniers allemands.
Et les Belges, si courageux,
jusqu'au bout de leurs forces.
- :
Les Fran�ais aussi ont un plan,
le plan 17, r�solument offensif.
Reconqu�rir l'AIsace et la Lorraine,
foncer sur Berlin.
Premier objectif: Mulhouse.
7 aout 1914.
Les Fran�ais prennent Mulhouse.
Ceffe entr�e en fanfare est mise en scene
pour le cin�matographe avec les enfants des �coles,
les bouquets de fleurs et la ferveur patriotique,
en costumes traditionnels.
L'arm�e fran�aise d'aout 14,
c'est surtout l'infanterie,
form�e en gros bataillons, comme sous Napol�on,
avec un uniforme inadapt� a la guerre moderne
des pantalons rouges dangereusement voyants
et pas de casques.
Les soldats �touffent sous leurs capotes de grosse laine,
un supplice en ce mois d'aout.
Ils sont charg�s d'un lourd paquetage
et portent le fameux fusil Lebel, qui pese 5 kilos.
Mais ce Lebel,
comme le Mauser allemand ou le Lee-Enfield anglais,
a une puissance de feu jusque-la inconnue,
un tir a r�p�tition, une port�e de 400 m,
ce qui rend archaiques et criminelles
les charges a la baionneffe
en rangs serr�s. - Baionneffe au canon!
Pr�sentez armes!
- Ces doctrines de l'�cole de guerre couteront
des centaines de milliers de vies.
Trois jours apres ces prises de vues,
les soldats fran�ais sont chass�s de Mulhouse par les Allemands,
qui vont ensuite tirer sur la foule accus�e d'avoir
commis des actes hostiles a l'encontre des soldats du Kaiser.
En Belgique,
les Allemands montrent aussi
qu'ils sont capables de repr�sailles.
Ils ont peur des francs-tireurs.
Coups de feu.
Ils perdent vite leur sang-froid.
Quand ils pensent avoir captur�
des tireurs embusqu�s,
ils les fusillent.
Tir de peloton.
Cris joyeux.
Comme tous les soldats du monde,
l'alcool leurfait colporter des fables.
Comme celle
d'un des leurs poignard� par un cur� belge.
- :
La peur de l'envahisseur
fait s'enfuir des milliers de civils.
Belges, Fran�ais et Anglais accusent
ceux qu'ils appellent les Boches
de violer, couper les seins des femmes
et les mains des enfants.
20 aout 1914.
Le g�n�ral von Moltke
prend Bruxelles et dit: ''Notre avanc�e
''en Belgique est sans doute brutale,
''mais nous luffons pour notre existence.
''Et tous ceux qui se meffent
''en travers de notre route doivent en assumer les cons�quences.''
Tirs de canon.
Les Allemands s'acharnent
sur les monuments historiques, incendient l'universit�
de Louvain, d�vastent
ceffe ville appel�e jusque-la
l'Oxford belge, et sa bibliotheque,
irrempla�able.
Apres seulement 3 semaines de guerre,
une haine indescriptible s'empare de tous les bellig�rants,
ainsi qu'en t�moignera
un cavalierfran�ais venu se baffre en Belgique...
''J'entre dans une maison,
''je monte a l'�tage, je d�couvre un cochon d'AIlemand
''qui fait ses besoins dans un tiroir de dentelles.
''Je tire, il meurt dans son fumier.
''Tout est saccag�,
''les plus bas instincts se r�veillent
''chez ces Germains amis de la musique.''
A l'est, contrairement aux pr�visions,
les Russes ont pass� la frontiere de l'empire
et sont entr�s en Prusse orientale.
Et les Allemands, a leurtour
fuient ce qu'ils appellent
le ''rouleau compresseur russe''.
22 aout 1914.
Ces r�fugi�s allemands, dans leur panique,
parlent eux aussi
de destruction et de pillage.
Le peuple a peur.
Le peuple doute.
Le Kaiser, Guillaume II,
passe de l'abaffement a l'excitation guerriere.
Sa paranoia s'aggrave.
Il r�pete:
''L'Angleterre, la France et la Russie se sont concert�es
''pourfaire, contre nous, une guerre d'extermination.''
Mais les Allemands sont confiants.
Il viennent de remporter 2 grandes victoires,
a Mons et Charleroi, et ont fait des milliers de prisonniers.
Les Fran�ais ont eu 27 000 morts, le seul 22 aout 1914,
la journ�e la plus meurtriere
de toute l'histoire militaire de la France.
Guillaume II s'adresse a son peuple, il dit...
L'arm�e allemande marche sur Paris.
Meme s'il a pris du retard,
le plan Schlieffen est en passe de r�ussir.
Le gouvernement fran�ais a quiff� la capitale.
Les Allemands ne sont plus qu'a 50 km de Paris.
La victoire est proche.
Sous-titrage: C.M.C.
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