All language subtitles for Les Amours Célèbres - 1961 - Fr - de Michel Boisrond - avec Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Brigitte Bardot, Philippe Noiret, Michel Galabru

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Original subtitles

ou alors il ne rime à rien.

Et pourtant Dieu sait si l 'on cherche à le faire rimer avec beaucoup de choses.

Avec la vanité, il devient comédie.

Avec la cruauté, c 'est un drame.

Avec le rêve, c 'est un poème.

Avec l 'ambition, une farce.

Il fut un temps où l 'on riait de l 'amour.

On le faisait pour passer le temps.

Et le temps passait à se faire la cour.

À faire la cour.

Parmi ces dames, le roi Soleil venait de distinguer, un soir de mai 1666, Madame

de Monaco.

L 'amant en titre de Madame de Monaco était alors le fameux Lausanne,

officiel, et qui naturellement ne se doutait de rien, comme tous les

Ce soir -là, Lausanne était furieux, mais pour de toutes autres raisons. Le

venait de lui refuser la charge de grand maître de l 'artillerie.

Voilà une mine qui ne bouge qu 'hier, mon jeune ami.

Vous savez donc déjà la nouvelle.

Tout ceci à la cour, monsieur. Je ne parle pas.

De cette charge de grand maître de l 'artillerie qu 'on vient de vous

On n 'a pas pu me refuser ce que je ne sollicitais pas. En tout cas, il ne s

'agit pas de cette nouvelle -là.

De laquelle, donc ? Si j 'en juge par votre gaieté, elle doit être bien

mauvaise.

Le roi, en ce temps -là, partageait ses faveurs entre la douce lavalière, déjà

pratiquement sacrifiée, et l 'altière Montespan.

Mais sans se soucier des mouvements divers, il délaissait l 'une et l 'autre

bénéfice de Madame de Monaco, à laquelle il prodiguait ses attentions au vif des

plaisirs de ses dames.

Mais la conversation se prolongeant outre mesure, l 'osin lui -même, malgré

'assurance que lui avaient donné ses innombrables bonnes fortunes, Senti la

nécessité d 'agir sans délai.

Vous m 'attendrez chez vous cette nuit, naturellement ? Je ne crois pas.

Oui, je me sens mal.

Le temps est à l 'orage.

Excellent l 'orage, à l 'image de notre passion.

Non, croyez -moi, j 'en suis furieusement incommodée.

Allons donc.

Voilà une gorge qui se porte fort bien.

La porte sera verrouillée.

À la minuit, j 'aurai donc le plaisir de vous forcer l 'une et l 'autre.

Madame de Monaco, mon plaisir serait que vous vinciez tenir les cartes de

Mademoiselle de la Vallière que l 'orage incommode fort.

Elle aussi.

les gens de courir ainsi à leur malheur !

Au cours du roi Soleil, il n 'était pas recommandé d 'écraser les mains d 'une

jolie femme que le roi avait remarquée.

Autant pour le punir que pour se débarrasser de lui, Louis XIV, furieux,

Lausanne d 'un pli important qu 'il devait porter à bride abattue au

de la Bastille à l 'autre bout de Paris.

Vite !

Monsieur

Martin ? Oh, monsieur Delosin ! Vous voyez bien que je... Je dépêche du roi.

Voyons cela.

Monsieur le gouverneur, monsieur Delosin, qui vous portera ce pli, est un

amis très chers.

Ah !

Il nous serait donc agréable que vous...

Et

qu 'est -ce qui serait agréable à Sa Majesté ? Je ne puis vous le dire.

Il n 'y aurait plus de surprise.

Comme il vous plaira.

Sa Majesté a -t -elle une réponse ? Pas vraiment.

Cette dépêche suffit donc. Tout à fait.

Je n 'ai par conséquent plus rien à faire ici.

Qu 'à souper.

Grand merci, mais j 'ai à faire ailleurs. Non, point d 'affaire.

Je ne puis accepter. Vous me contrarié vivement. Vous m 'envoyez des oeufs.

tâtez un peu de mes pâtés et de mes sauces.

Quelqu 'autre jour.

Mais... Ma

chère, permettez -moi de vous présenter M. Deleuze.

Ah, vous êtes si joli.

que le soleil, la lune et les étoiles vont se disputer l 'honneur de vous être

comparés. Et la comparaison ne serait pas toujours à leur avantage, croyez -le

bien.

Permettez -moi un regret de prendre congé.

Puisque vous insistez si bonnement, allons souper.

Mais ne vous y trompez pas, c 'est de madame que je suis prisonnier.

Un sourire d 'elle est plus puissant que deux cents laquais.

Mais au madrigo fleuri qu 'il prodiga à sa femme, le gouverneur répondit avec la

même bonne grâce.

Et c 'est avec force civilité, force gentillesse et force courbette que

Delosin fut très soigneusement bouclé.

Le mouche, madame ? Au coin de la lèvre, pour le cas où sa majesté n 'aurait pas

remarqué ma bouche.

Champagne, va chercher madame de Monaco dans sa chambre et amène -la dans mon

privé.

C 'est bien. C 'est très bien.

Pas de casque. Monsieur l 'orage éclate, madame risque d 'adresser. Mais on n 'a

jamais froid dans les bras de sa majesté. C 'est une impertinence.

Pas de casque, Marceau.

Pas de bruit.

Madame, veuille bien baisser la tête et prendre garde à cette marche.

J 'ai failli m 'y rompre le cou.

Voilà, Madame, nous sommes d 'accord.

Non, pas tout de suite.

Et maintenant, frapperais -je ? Je ne peux faire mieux. Frappez.

Que se passe -t -il ? Si votre majesté daignait prendre la peine de

tourner la clé.

Quelle clé ? Votre majesté ne voit pas de clé sur la serrure ? Pourquoi y

-il une clé sur la serrure, Marot ? Parce que je l 'y ai laissée, Sire.

Je t 'engage à ouvrir cette porte au plus vite.

Madame, pouvez -vous me faire la grâce d 'attendre un instant ?

Je suis certain que le désir de plaire à son roi va donner des ailes à ce

marron.

Êtes -vous seule, madame?

Je ne vous entends pas, Tyr.

Êtes -vous seule, madame?

Oui.

Les délices de votre beauté m 'ont enchanté toute la soirée.

Je suis heureuse que cette porte en paix votre majesté de me voir rougir.

Mais vous, cruelle, sembliez me fuir.

Votre majesté s 'amuse à me faire de la peine.

Je n 'ai regardé qu 'elle de la soirée.

Et l 'osin ? Je ne vous entends plus, sire.

Je parle de votre l 'osin.

Je vous ai cru tout bon en tiché de ce pruneau.

Il me semble à moi, Sire, qu 'au moment où vous pensez me rendre heureuse à ses

dépôts, vous pourriez avoir pitié de lui.

Si j 'avais vraiment pitié de lui, je le tuerais.

Alors, laissez -le mourir en soldat.

Faites le grand maître de l 'artillerie.

Si vous avez décidé à documenter une faveur, faites -le.

C 'était de l 'obéissance.

Obéi avec joie.

Cette porte doit être du même genre que celle du paradis.

Imaginez -moi. L 'imagination est l 'œil de l 'amour.

C 'est beau faire. Je ne vois rien en ce moment.

Par la serrure, peut -être.

Ah, la gracieuse idée.

Sur votre gauche, je vous prie.

Ne bougez surtout pas.

Ayez la bonté de reculer un peu.

Je voudrais tant voir vos yeux.

Mais il faudrait vous...

Et appelez -moi Louis.

Louis, j 'espère que ça ne sera pas trop longtemps votre bon plaisir.

Trop petite.

Trop petite.

Trop petite.

Trop grande.

Trop grande. Trop grande. Trop petite.

Ne cherche plus cette paix, je suis au courant de ton problème. C 'est Madame

Montespan qui l 'a.

Monsieur le Marquis, comment savez -vous ? Tu ne devines pas qui me l 'a dit ?

et reçoit en son privé. Et ce n 'est pas moi qu 'elle reçoit.

cette soirée.

J 'attendais des délices de cette soirée. Vous non.

De fins délices.

Champagne ne reviendra plus.

Certainement pas.

Vous devez mourir de faim.

Votre majesté ne se trompe jamais.

De froid aussi, et de sommeil peut -être.

Entendez -vous, madame?

Eh bien, madame, qu 'attendez -vous pour répondre?

Le roi vous fait l 'honneur de vous parler. Je n 'en ferai rien, madame. Et

pourquoi cela, madame? Parce que, madame. Mais madame, c 'est pour tort,

Je n 'aime pas le temps sur lequel vous me parlez, madame. Moi non plus, madame.

Mais cela n 'est peut -être égal, madame. Il faudrait vous enfuir, madame.

Ma clé. C 'est vous qui l 'aviez prise.

Hein ? Quelle clé ? Personne n 'est aussi corrompu que vous.

Tout au contraire.

Je ne me préoccupais que de votre honneur menacé.

C 'est à votre fortune que je le sacrifiais.

T 'as très mauvais calcul.

Les amants comblés sont toujours des ingrats.

Voyez -en mon expérience.

Oh, t 'es cette mouche.

Quel mot voulez -vous parler ? Cette mouche -ci.

C 'est pas pour moi que vous l 'avez mise là.

Vous voyez rougir tout autre que moi.

Que voulez -vous, cette mouche me pique.

Ménagez ma pudeur.

Qui a tant souffert aujourd 'hui ? Marquis, vous êtes un diable.

Et vous en êtes un autre.

C 'est peut -être pour cela que nous nous entendons si bien.

Vous m 'étrasez les doigts.

L 'habitude.

Ce qui devait arriver arriva, Madame de Bonnaco eut d 'autres amants et Monsieur

de Lausanne d 'autres maîtresses.

Sous Louis XIV, l 'amour était léger et les ruptures faciles.

Sous le président Jules Grévy, il était plus cruel.

Impossible dans le mariage, interdit en dehors.

Sous les lampes à pétrole, l 'amour prenait souvent un goût de mort.

Pour Génie de la Cour, par exemple, qui redoutait si fort de ne plus être aimé,

qu 'en voulant prolonger son amour,

Elle le détruisit.

Fatiguée ? A peine.

Vous avez trop dansé, mon ange.

Je vous laisse dormir.

René, restez avec moi, ne partez pas.

Soyez raisonnable, Jenny.

Vous avez besoin de repos. J 'ai promis à Grammont de rejoindre au cercle. A

demain ? Je passerai vous prendre à midi.

Bon.

René !

Je vous adore.

avancer, Massot?

J 'ai besoin de vous, Massot.

Une seule affaire.

Un de mes amis, le comte de la Roche, a été vitriolé hier soir en sortant de l

'hôtel de Génie de la Cour.

Génie de la Cour?

Salguette et la maîtresse? Je ne veux pas le savoir.

Il nous faut le coupable, bien sûr, mais du tact.

Vous me comprenez ? Parfaitement, monsieur le professeur. Bon.

Allez.

Et tenez -moi au courant.

Monsieur le professeur.

Un coeur, c 'est comme terre.

Tout à l 'heure, pendant que vous dormiez, le duc de Brissac s 'est

votre état.

Et monsieur de la Samillière aussi.

Gênez.

Ou allez -vous, ne me quittez pas. Je suis là, mon amour.

Je suis là.

Je ne le verrai plus jamais, n 'est -ce pas ? Je ne sais pas.

Le docteur ne peut pas encore se prononcer.

Moi, je le sais.

Eugénie,

qu 'est -ce que je lui viendrai maintenant si tu m 'abandonnes ? Un

aveugle.

Qui voudrait d 'un homme aveugle ?

Peut -être une femme très laide.

Une femme vieille ?

Où

vas -tu encore ? Le commissaire Massot vient d 'arriver, René. Il faut que je

lui parle.

Soyez raisonnable.

Alors, ce que vous faites ? Alors, madame, nous piétinons.

C 'est admirable.

Mon soin de Paris est un coup de gorge.

On vitrille un homme à minuit à 50 mètres de la chaussée d 'Antin.

M. le préfet de police lui -même dingue sans les mouvards.

Vous envahissez ma maison, vous harcelez mes gens, vous fouillez la ville, M.

Delaroche, et la mienne.

Et après six semaines, tout ce que vous trouvez à me dire, c 'est nous

piétinons. La police a le temps, madame.

La police peut -être, monsieur.

Je ne vois pas.

Je ne vois pas, non vraiment je ne vois pas ce que vous gagneriez à l

'arrestation du coupable.

Je veux dire que le mal fait à M. Delaroche est hélas irréparable.

Prenez un petit, monsieur.

Non, restez, restez.

On va vous servir le thé comme tous les jours.

Vous insistez si aimablement, madame, que j 'accepte.

J 'aimerais d 'ailleurs vous poser une question ou deux, si vous m 'y

Je vous en prie.

À combien évaluez -vous les dettes de votre... De mon amant ? Dites le mot,

commissaire. Il vous fait peur ? Moi, je le trouve beau.

Marie, c 'est lugubre.

Le mien n 'a eu d 'esprit qu 'une fois.

En me faisant veuve à 20 ans.

Financer, c 'est... c 'est nier.

À moins, c 'est beau.

Non ? Vous êtes mieux placée que moi pour le savoir, madame.

C 'est juste.

Vous avez une tête de mari.

Puis -je répéter ma question ? Enfin, commissaire, je croyais m 'être fait

comprendre. Je ne tiens pas les comptes de monsieur Delaroche.

Adressez -vous à sa cuisinière ou à sa femme de charge. Justement.

Cette brave femme a cité un chiffre de 15 000 livres répartis entre les

créanciers d 'hiver.

Elle a ajouté que le mariage de son maître avec mademoiselle de la Sablière

aurait évidemment bien arrangé les choses.

Évidemment.

Et pourquoi ce projet de mariage n 'a -t -il pas abouti, selon vous ?

Parce que monsieur de la Roche m 'aime, commissaire.

Vous ne vous en êtes pas encore aperçu.

Évidemment. Donc, monsieur de la Roche vous aime.

Mademoiselle de la Sablière s 'inquiète de cet attachement persistant.

Et elle hésite.

Mettez -vous à sa place.

Je m 'y mets.

Je suis jeune, belle, riche, bien née, éprise du comte de la Roche.

Il m 'offense en s 'affichant avec... Avec une aventurière. Avec une rivale.

me venge.

Elle !

Le romantisme vous égare, commissaire. On ne vitriole pas dans la bonne

On ruine, on tue en duel, on déshonore.

On ne vitriole pas.

Décidément, c 'est vrai, vous piétinez.

Votre perspicacité me confond, madame.

Vous êtes trop bon.

Cherchons donc ailleurs.

Votre camériste se rend souvent chez un certain Gaudry.

Vous connaissez cet homme ?

Oui, c 'est un fournisseur.

C 'est lui qui me procure mes parfums.

Tenez.

Par exemple, celui -là.

C 'est de l 'opoponac.

Très amour.

Mais René préfère celui -ci.

C 'est de la peau d 'Espagne.

C 'est un vaporisateur.

Un vaporisateur.

C 'est une nouvelle invention. Vous n 'en avez jamais vu.

Votre femme n 'use pas de parfum, sans doute.

Non. Avec le traitement d 'un fonctionnaire, vous savez.

Héliotrope. Avec une pointe de patchouli et un nuage de jasmin.

Vous, par contre, vous êtes connaisseur.

Mon dernier client était parfumeur.

Un homme citoyen.

J 'ai adoré son métier.

Malheureusement, il a coupé sa femme en morceaux le jour où... Enfin, c 'est une

autre histoire.

Mais pendant que nous cherchions les morceaux, j 'ai beaucoup appris avec

Vétiver. En effet.

Savez -vous, madame, avec quoi sont fixées les essences dans ces nouveaux

parfums synthétiques que s 'arrachent les belles dames ? Non.

Mais ne me dites pas parce que je sens que ça va être dégoûtant.

Avec de l 'acide sulfurique.

Terme scientifique pour désigner le vitriol.

Oh, une goutte.

Je ne peux plus m 'en servir jamais.

Je suis désolé.

Très bien.

Nous avons, naturellement, trouvé de l 'acide sulfurique chez ce Gaudry.

Vous le prenez à l 'anglaise, je crois.

Avec du lait.

Merci. Voyez -vous quel motif cet individu aurait de nuire à M.

Delaroche ? Vaudrait un fournisseur, non ? Enfin, moi, je ne dois pas.

Moi non plus.

Que faites -vous là ? Pourquoi vous le bougez ? Je voulais bouger un peu.

Je suis perdu sans vous.

Ne me quittez pas. Ne me quittez plus.

Je voudrais aller jusqu 'au piano.

Je venais juste vous guider.

Comment est -ce déjà la nouvelle mélodie de M.

Massenet ?

C 'est bien poli, vous.

Je n 'aurais pas cru dans la police. On se fait des idées comme ça ? Dis -moi,

tu as un amoureux ? Dame.

Qu 'est -ce que tu ferais si vous l 'avez quitté ? Je chercherais un autre.

Même si tu l 'aimais ? Si je l 'aimais.

Parce qu 'on sait ce qu 'on est capable de faire pour garder un homme.

Sauf votre respect, vous sentez la cocotte, chef.

Mme Masson n 'aimera pas ça. Il y a un bout de temps que Mme Masson n 'est plus

jalouse. Vous avez de la chance.

Non.

Que tu es venu faire ici, Gaudry ? Tu avais défendu d 'en venir.

Tu m 'entends, Gaudry ? Allez, rentre chez toi, maintenant.

J 'irai te voir dès que je pourrai.

Allez, fin ! Qu 'est -ce que tu veux ?

La

police m 'a interrogé.

Je sais.

J 'ai bien répondu comme vous m 'aviez dit.

Mais tu es un bon Gaudry.

Maintenant, ils vont m 'arrêter.

Non.

Tu n 'as rien à craindre.

Ils n 'ont aucune preuve contre toi.

Il ne faut plus jamais venir ici.

Je m 'attends.

Ils vont m 'arrêter.

Et vous avez promis que si je vous obéissais, vous seriez à moi une fois.

Rien qu 'une fois.

Mais j 'ai promis.

Mais vous n 'êtes pas venu.

Je viendrai.

Vous avez promis, vous n 'êtes pas venu.

Je viendrai.

Jenny ?

Jenny

? Où es -tu ? Réponds -moi.

Jenny ? Réponds -moi.

C 'est à moi, mon amour, c 'est à moi.

Je t 'aime.

Je sais bien que je t 'aime.

Bien sûr, mon amour, je le sais.

Vous êtes si patiente avec moi.

Votre vie n 'est pas gaie, n 'est -ce pas ? Moins qu 'ils nous amusions tant

autrefois.

C 'est terrible.

Gatot, il faudra rentrer chez vous.

Chez moi ? Pourquoi ? Parce que nous ne pouvons pas vivre ensemble.

Pour votre famille, pour vos amis.

En ce moment, on fait mine de boucloir à la campagne. Oui, je vous dérange.

Vous me renvoyez ? Oui, vous me renvoyez.

Nous nous marierons.

Voilà tout, c 'est très simple.

Si vous voulez bien la marier aveugle.

C 'est grave, Massos, ce que vous me demandez.

Si vous vous trompez.

Si je me trompe, monsieur le préfet, je change de métier.

Vous êtes bon. Moi aussi, je n 'aurais qu 'à changer de métier.

Nous ferons comme vous voudrez.

Je suis à vos ordres.

Vous m 'avez demandé un coupable, je vous le fournis. Il est arrêté, il

Question.

Gaudry.

Pourquoi avez -vous commis cet attentat contre monsieur Delaroche ? Réponse.

Parce qu 'il se moquait de moi quand il me voyait boité.

Le docteur est d 'accord ? C 'est lui qui m 'a alerté.

Vous m 'ennuyez, vous m 'ennuyez.

Je vous ai dit du top.

Je ne vous ai pas dit du zèle. Tout de même, monsieur le préfet de la justice,

on est en République, que diable. On dit ça, et puis on se retrouve consul à

Caracas.

Tiens, monsieur le commissaire.

Ce n 'est pas votre oeuvre ?

Madame n 'est pas là et on ne m 'attendait pas de visite. Et puis

est tout seul, vous arrivez... Ne t 'inquiète pas, ma belle, c 'est toi que

viens voir.

Moi ? Oui, toi.

Comment t 'appelles -tu ? Ici, le nom des femmes de chambre, c 'est Martine.

Mais chez nous, on m 'appelait Louise.

Louise ? Nous allons parler un peu tous les deux.

Allons dans ta cuisine, je vais t 'expliquer.

Passez -vous un peu, Justin.

Madame, ça n 'avance pas avec ces encombrements.

Jenny, vous êtes là ? Je suis

là, mon amour.

Enfin, je n 'en pouvais plus de vous attendre.

Il faut absolument que je vous raconte. Attends, je vais me changer.

Ah, vous ne finissez plus avec le préfet.

Oui, malheureusement, c 'est lui -même que votre agresseur a été identifié.

Ah ? Et qui est -ce ? Eh bien, c 'est un certain Gaudry, qui venait ici parfois

me livrer des parfums.

Un boiteux.

Prétend que vous vous êtes moqué de son infirmité. Gaudry ? Je ne me souviens

même pas de l 'avoir vu. C 'est insensé.

Oui, le préfet dit que c 'est un simple d 'esprit, mais dangereux.

Il aurait déjà commis des actes analogues. Il est arrêté ? Il est en

De mieux en mieux.

Oh non, mais il n 'ira pas loin.

Il paraît que c 'est une question d 'heure.

Enfin, nous voilà débarrassés de cette enquête.

Et demain, je vous emmène à la campagne.

Non, non, écoutez -moi.

Le docteur est venu.

Pendant mon absence ? Oui, il reviendra demain.

Il m 'a examiné longuement et il a dit...

Il a dit que mon oeil droit devait être sauvé.

On va essayer une nouvelle pommade.

Il faudra renouveler l 'application toutes les heures.

C 'est une grande nouvelle que vous m 'annoncez là.

Oui, oui, c 'est une grande nouvelle.

Je n 'ose pas trop y croire.

Où êtes -vous ?

Et je vais te la dire la vérité.

Non.

Tu n 'es pas défiguré.

Si tu retrouvais la vue, tu serais exactement le même qu 'avant.

Léger, vaniteux.

Égoïste.

Menteur.

Infidèle.

Tellement sûr de plaire avec ça.

Pourquoi est -ce que c 'est toi que j 'ai aimé ?

Pourquoi est -ce que je t 'aime ? Pourquoi est -ce que j 'ai besoin de te

de te toucher, de t 'entendre ? C 'est drôle.

Il y a cinq ans, il y a cinq ans, c 'était le contraire.

Tu étais devant moi comme un enfant devant un arbre de Noël.

Tu fais les génies de la cour pour toi et pour toi tout seul.

La belle génie de la cour qui avait été la maîtresse de l 'empereur.

La belle génie de la cour pour qui un prince s 'était fait sauter la cervelle.

La première fois que nous sommes allés souper ensemble au café anglais, je ne

sais pas de quoi tu étais le plus fière.

De mes amants, de mes diamants.

Tu devrais t 'y choisir toi pour m 'accompagner ce soir -là.

Et à ce moment -là, je me suis dit, celui -là, il ne faudra pas y toucher,

parce qu 'il te fera souffrir.

Tu seras le premier, mais il y arrivera.

Et pendant cinq ans, j 'ai pensé au moment où tu t 'en irais.

Tu me laisserais toute seule, avec quelques souvenirs en plus et quelques

diamants en moins.

Pendant cinq ans, j 'ai vécu suspendue à ton souffle, à tes regards, tes

humeurs, à tes projets.

Maintenant... Maintenant, j 'ai besoin de toi, tu le sais bien.

Il faut combien de temps ? Après...

Madame. Madame me donnera des instructions pour les bagages.

Je ne sais pas quelle robe Madame veut emporter.

Il n 'y aura plus de bagages, Martine.

Le voyage est remis.

Ah.

Monsieur Gaudry a apporté ça pour Madame.

Gaudry ? Quand, à quelle heure ? Madame venait de sortir.

Il a dit que si Madame avait besoin de ce nouveau parfum, il fasse bien

attention avant de s 'en servir.

Que Madame comprendrait.

Il a dit aussi qu 'on ne leur verrait pas de longtemps.

C 'est bon, merci.

Je vais vous refaire votre nouveau pansement, l 'heure peut être largement

passée.

Où est cette nouvelle pommade ? Sur le plateau à pansements.

C 'est là ! Jenny ! Jenny !

Pas vrai.

C 'est une piège.

Oui.

Qu 'est -ce qui s 'est passé ? C 'est un accident ? C 'était rien.

Une femme qui meurt.

Elle s 'était trompée de chemin.

Au temps de Genny, la passion était triste et noire comme une complainte de

de rue.

Au temps d 'Agnès, dans la Bavière où s 'attardait le Moyen -Âge, on ne chantait

que l 'amour pur, courtois, éternellement fidèle, sur des airs de

viol.

Habitant d 'Augsbourg, mon échevin vous invite à un grand bal en l 'honneur

du passage dans la ville du duc Albert de Wittelsbach, héritier de Bavière,

qui, fiancé depuis peu à la princesse Bertha de Württemberg, va la

rencontrer dans deux jours à Stuttgart pour l 'épouser.

Pauvre princesse.

Je bois tout de même à sa santé, à sa tranquillité, à ma fidélité.

On te cherche partout, Albert.

On te réclame, on s 'inquiète.

Et l 'on t 'envoie me rappeler mon devoir, Turing.

Moi qui cette fois croyais vraiment t 'avoir perdu.

On ne perd pas si facilement son ombre. Une ombre aussi précieuse. Arrêtez vos

querelles. Laisse, Albert.

Une ombre ne peut que s 'incliner devant de telles lumières.

Les trompettes m 'ont crevé le tympan.

Et vous, vous me cassez les oreilles.

Carl, tu me cherches querelle depuis longtemps.

Et vous aussi.

Quand je ne suis pas là, vous dites de moi des choses épouvantables.

N 'est -il pas plus simple de me les dire à moi ? On ne dit rien, on

On pose des devinettes.

Qui est -ce qui n 'est pas tout à fait un homme ?

Qui est -ce qui n 'est pas tout à fait une femme ? C 'est Turing.

Eux disent ça peut -être pour rire.

Moi, je le dis parce que c 'est vrai.

Tu n 'es pas un homme, Turing.

Tu es une fille.

J 'aurais préféré être une fille.

Tu ne m 'insultes pas, Karl.

Tu vis seulement mon gré.

Tu retournes le faire dans la plaie.

Et je vais faire de même avec toi.

La fille te fait bien ça.

Tu as raison, Durin.

Les filles valent la peine.

J 'en ai vu une.

La plus belle.

Sa mère aussi était belle.

Bien sûr.

Mais tout le monde aujourd 'hui s 'accorde à dire qu 'Agnès... Tout le

Et qui est -ce tout le monde ? N 'importe qui.

Eh bien, si n 'importe qui se permettait la moindre privauté avec elle, en même

temps que la barbe, je lui ferais la tête.

La tête ? Mais que me laisserais -tu alors ? Tu me coupes l 'herbe sous le

Gaspard.

Tu veux me prendre mes clients ? Qu 'est -ce qui arrive ? Les miens se sauvent.

C 'est pareil.

Ah, c 'est vous, Maître Hans.

Je croyais que c 'était moi qui les faisais s 'enfuir. Mais il n 'y aurait

de quoi rire.

La beauté aussi fait peur.

C 'est une injustice, la beauté.

Et la justice, qu 'est -ce que c 'est ? La justice, c 'est la justice.

C 'est tout ? Ben, c 'est gai.

Alors, si tout le monde était juste, tout le monde serait bourreau et tout le

monde serait laid.

Agnès, t 'en prie.

Je n 'ai rien dit contre Maître Hans.

Il est bourreau, ce n 'est pas de sa faute.

Il n 'a pas choisi son métier, n 'est -ce pas ? Je le dis vrai.

Tous bourreaux de père en fils dans ma famille.

Mais toi aussi, petite fille, tu fais souffrir le monde.

Je les connais, tu sais, je les entends.

Agnès, vous me mettez au supplice.

Agnès, vous me faites souffrir mille morts.

Ils te supplient et tu leur rions au nez.

Pauvres innocents.

Moi, ceux que je mets au supplice, ce sont des gens sans aveu.

Des réprouvés.

Elle est coupable.

C 'est la petite Isa. Son enfant arrive, on n 'a pas le temps de la ramener chez

elle. Venez.

Et elle, elle est coupable aussi ? Nous sommes tous coupables depuis.

Depuis la faute originelle. Oui, je sais.

Et les bêtes quand elles souffrent, elles sont coupables elles aussi ? Bon,

voilà une question.

En voilà une réponse.

J 'en vois moi.

J 'en vois tous les jours des bêtes qui souffrent et qui pleurent.

Des bêtes qui pleurent.

Gastard, tu en as un ? Non, non.

Gastard ! Un bléché ! Bon, installons -le là.

Des bêtes qui pleurent.

Pourquoi pas des bêtes qui pleureraient au fond ? Belle plaie

? Oh, il n 'a pas grand -chose, puisque le poumon n 'a rien.

Mais il a perdu beaucoup de sang. Du sang, il en a avant.

Ce soir, il sera sur pied.

Demain, il pourra danser.

Danser ? Oui, au bal des échevins.

C 'est ma fille. Ne prenez pas ombrage.

Je ne lui voulais aucun mal.

Tu rêves, Agnès ? Oui.

Qui est -ce le blessé ? C 'est le duc Albert de Bavière.

Le duc Albert.

Si jeune, si beau.

Qui va en épouser une autre ? Comment ça, une autre ? Oui, n 'importe qui.

Une princesse. Tu ne voudrais tout de même pas qu 'il t 'épouse.

Je n 'en demanderai pas tant.

Monseigneur n 'ose vous le dire, il est un peu souffrant. Hier, une chute de

cheval. Je vous serais très reconnaissant, monsieur le bourgmestre,

vouloir m 'excuser si je quitte à regret une aussi jolie fête. C 'est une bien

pauvre petite fête, monseigneur, auprès du grand honneur que vous avez fait à la

ville d 'Augsbourg.

Dormi, ils sont entrés, des bandits.

Elle a crié, puis elle s 'est eue. Des bandits, ils étaient à cheval.

Ils l 'ont emmenée.

Agnès ! Arrêtez -moi, il faut la retrouver.

Allons réveiller le bourgmestre. Et puis je me plaindrai au duc de Bavière. Il

fera quelque chose, lui. Il me doit bien ça, je l 'ai soigné.

Thuring. Avec les envoyés de Württemberg.

Parons de Nürnberg.

Comte de Niederlandstein.

J 'espère, messieurs, que vous avez fait bon voyage.

Très bon, Monseigneur. Bien que c 'est fatigant. La route est longue. Nous

étions pressés.

Puis la princesse Bertha nous attend.

Vous attend demain.

Et nous aimerions connaître l 'heure du départ.

Du départ ? Oui, c 'est vrai, je devais partir.

Pardonnez -moi, messieurs, mais vous me voyez dans l 'obligation de renoncer à

ce voyage.

Le dommage ne sera pas grand.

La princesse Bertha ne me connaît pas.

Présentez -lui cent mille excuses de ma part et dites -lui... Dites -lui...

Dites -lui la vérité.

C 'est tellement plus simple.

J 'aime quelqu 'un d 'autre.

Aimer quelqu 'un ?

Vous plaisantez, Monseigneur.

Il s 'agit d 'un mariage.

Regardez.

Hier, on l 'appelait encore Agnès Bernardet.

Aujourd 'hui, c 'est Agnès, mon épouse, la Duchesse de Bavière.

Je suis heureuse avec toi.

Qu 'est -ce que j 'apprends de rire ? Vous êtes une nouvelle stupéfiante.

Mon nouvel Albert a fait un mariage insensé.

Croyez bien, madame la magravine, qu 'Albert est plein de confusion.

Il aurait voulu vous prévenir, vous inviter. Il n 'a pas eu le temps.

Ces messieurs étaient venus pour l 'escorter.

Monsieur, vous me voyez au comble de la peine.

Moi qui devais vous accompagner.

Et qui m 'ont fait une joie. Mais nous aussi, madame la margarine.

Et nous aurions été fort honorés de faire avec vous ce voyage.

Mais nous ne pouvons que nous incliner et partir.

C 'est épouvantable.

À peine croyable.

Mais c 'est tellement imprévu que si ce n 'était pas vrai, je ne demanderais pas

mieux qu 'd 'y croire. J 'adore les cons.

De la folie. De la folie pure.

C 'est tellement rare la folie de nos jours en Bavière.

Raconte, Turing, raconte.

Est -ce vrai que cet enfant est d 'une éclatante beauté ? Raconte, Turing, on

dit aussi que son père est arracheur de dents ? Barbier, chirurgien.

Barbier, mais c 'est merveilleux, inespéré.

La fille d 'un barbier.

Le grand Dukernst va être au comble de la joie, lui qui prend tant de soin de

magnifique petite barbe.

Tu sais, Turing...

J 'aimais beaucoup Albert.

Mais maintenant... Maintenant ? Maintenant, j 'en suis fière.

Vous voulez le voir ? Bien sûr, les voir tous les deux.

Mais pas aujourd 'hui. Pourquoi déranger l 'amour ? Pourquoi m 'as -tu épousé ?

Tu m 'aurais eu sans ça ? C 'est pour te garder avec moi.

Tous les jours.

Avant de te connaître, je n 'ai jamais aimé personne.

Mon cheval, peut -être.

Et toi, tu ne t 'aimais pas ? Comment peut -on aimer les autres si on ne s

pas soi -même ? Tu devrais m 'apprendre.

J 'essaierai.

Et ta mère, tu l 'aimais ? Ma mère est morte, j 'avais deux ans.

Je l 'ai presque oubliée maintenant.

Moi, ma mère, je ne l 'ai jamais connue.

C 'est mon père qui m 'a élevée.

Et toi ? Moi, c 'est ma tante, la Margravine Ursula.

Elle t 'aimait bien ? Oui, je lui plaisais assez.

Surtout en grandissant.

Et puis elle détestait tellement mon père, le grand du carnest, que ça me

consolait de bien des choses.

Pourquoi elle détestait -elle ? Elle aimait un petit baron polonais. Ça

déplaisait à mon père, alors il l 'a... Il l 'a fait tuer ? Non, il l 'a

simplement éloigné. Enfin, il les a séparés.

Ça revenait au même puisqu 'il s 'aimait.

Elle le déteste encore, j 'espère. Oui, pour ne pas dire qu 'elle le hait. Je la

comprends.

Il est mauvais, ton père.

Qu 'est -ce qu 'il va dire de nous alors ? Rien.

Mais Pressing, tu dois avoir toi aussi un avis sur ce mariage.

Bien sûr, je pense. Je te demande seulement si tu as un avis là -dessus.

Dans ce cas, garde -le pour toi.

Mets -le de côté.

Je n 'en ai pas besoin pour l 'instant.

La marcarine Ursula.

Albert est là, avec la petite Duchesse.

Oh, je sais ce que tu penses, j 'aurais dû intervenir.

Mais cela a été si soudain, c 'est noce.

Que veux -tu ? Le burtinbert se ferait une raison.

Bien sûr, c 'est peu reluisant pour le grand duché, la fille d 'un barbier.

Mais elle est éblouissante, c 'est la jeunesse, la pureté même.

Tu devrais les envoyer chercher. Je ne veux pas les voir.

Je ne veux pas la voir, elle.

Simplement la regarder.

Il a tout pour elle, n 'est -ce pas ? C 'est beaucoup pour une fille de rien.

Ils sont beaux, ils sont jeunes.

Je sais.

Mais avec tout ça, il voudrait être heureux ? De quel droit ?

Ursula, cette fille est

une insulte à la bavière.

Une belle insulte, en tout cas. Peut -être.

Mais ma décision est prise.

Elle est irrevocable.

Soit.

Tu n 'as pas dit grand -chose, mais n 'ajoute rien. C 'est fort clair.

Moi, je défendrai Albert.

J 'ai des troupes aguerries, moi aussi.

Des officiers. Dans ton lit.

Et dans mes coffres, une armée toute entière.

Le peuple sera pour nous.

Il aime bien les belles histoires d 'amour.

Le petit peuple, comme tu l 'appelles.

Si tu as rêvé un jour une belle histoire d 'amour, Marie -Laure, la belle

Marie -Laure.

Tu vois, Ernst, mes souvenirs de toi sont exacts. Et mauvais, surtout.

Je n 'en ai pas d 'autres.

Marie -Laure, tu ronronnais, tu faisais pas de devlours. Tu voulais qu 'elle t

'aime pour toi -même.

Toi -même.

Est -ce que tu savais qui c 'était, toi -même ?

Moi -même.

Elle a raison, les ganous.

Elles ont toujours raison, ces garçons.

d 'autrefois.

Qui étais -tu ? Qui es -tu devenu ?

Heureusement qu 'il y a la bavière.

Qu 'est -ce que je deviendrais, moi, sans la bavière ?

Messieurs !

plus mon fils.

C 'est un étranger.

Un fou d 'amour.

Un imbécile.

Mon héritier sera Adolphe.

Son cousin.

Mais il a 12 ans. Il est malade.

Gravement malade.

Peu importe.

Moi, je suis bien portant.

Et j 'ai le temps.

Mais les bêtes aussi font la guerre.

Elle, c 'est pour vivre. Ce n 'est pas pour tuer le monde.

Tu as peur ? Non.

Même pour toi, je n 'ai pas peur.

Je sais que tu reviendras.

Comment le sais -tu ? Je ne sais pas.

J 'en suis sûre.

Ce qui me peine, c 'est que cette guerre, on va la faire à cause de moi.

Et de tant d 'autres choses beaucoup moins belles.

J 'irai avec toi, Albert.

Mais tu es folle.

Peut -être, mais puisque la guerre est raisonnable.

Et pourquoi pas ? Et puis tu tiendrais compagnie à Turing, il déteste les

combats. Vous êtes lâche ? Non.

Non, c 'est vrai, il me l 'a prouvé bien souvent.

Mais la guerre, ça l 'ennuie souverainement.

Trop de bruit, des hurlements, trop de monde, trop de sang.

Et puis ça attire les rats. J 'ai horreur des rats.

Même si tu mourais, je ne te quitterais pas.

Oui, sûrement.

Je mourrais en même temps. Ou presque tout de suite.

Tu sais, j 'ai déjà été morte une fois.

Morte ? Oui, dans la rivière.

Noyée presque complètement.

J 'étais prise dans les herbes et elle ne voulait plus me lâcher.

Comme moi quand je te prends dans mes bras.

Je ne veux pas te quitter.

Mais tout cela touche à sa fin.

Tu vas aller te reposer chez Ursula et Terine te tiendra compagnie.

Je serai folle d 'inquiétude. Mais pas un jour tu ne seras sans nouvelles.

Le jour gagne du terrain.

Bientôt, la couronne lui reviendra.

L 'heure reviendra.

Dieu l 'a voulu ainsi.

Les voies de Dieu sont impénétrables.

Il a jugé bon que mon fils épouse une sorcière, je m 'incline.

Mais c 'est une sorcière.

Vous m 'entendez ? Et vous le savez.

Je compte sur vous tous pour en faire la preuve.

Il a jugé devant Dieu.

Il a condamné.

Donnez -lui aussi cette rose et dites -lui que... Non, ne lui dites rien. La

rose saura lui parler.

Dis -lui que la Duchesse se repose.

Et qu 'elle trouve le temps long.

Adieu, madame.

Adieu, Thérine.

La Rose n 'aura pas le temps de se faner.

Je serai rendu avant la nuit.

Si Albert m 'avait demandé de veiller sur quelqu 'un que je déteste ou que j

'ai, je l 'aurais fait.

Mais rester près de vous, pour moi, c 'est un plaisir.

Pour moi aussi.

On s 'entend comme deux frères.

Comme deux sœurs, aurait dit Karl le balafré.

Karl ? Qui est -ce ? C 'est un garçon que j 'ai tué.

Il y avait une façon de parler des femmes qui me déplaisait.

Vous les aimez, les femmes ? Je les admire, je les comprends.

Je les envie.

Regardez, Toring, les blessés.

Ce sont des nôtres. Ils sont blessés et affamés. Il y en a qui vont mourir.

Par pitié, aidez -les et faites qu 'ils ne meurent ni de soif ni de faim.

Faites -leur porter des vivres.

Approchez de la poterne.

Bien. En avant.

Il faudrait que ça finisse le plus vite possible.

Un peu de patience, Albert.

Tu pourrais être à Stuttgart, dans les bras de la princesse Bertha.

Pense plutôt à ton père.

Ton pauvre père, qui a bien du souci avec la Bavière.

Non, je t 'en prie, Ursula.

Laisse -la, la Bavière. Et mon père, et toute cette famille de malheurs.

Rassure -toi, Albert.

Il n 'est pas héréditaire, le malheur.

Le malheur, Turing.

Le malheur.

Craignez la colère divine.

La colère, mais c 'est un péché la colère, comme la gourmandise et la

Dieu... Silence ! Comme tous les autres, ce dernier témoignage est accablant.

Des mensonges, rien que des mensonges.

Vous avez vendu votre âme au diable.

C 'est vous qui avez une âme, avec la mort dedans.

Moi j 'ai la vie dans le corps, avec le plaisir.

Le plaisir... Elle avoue. Je n 'avoue rien du tout.

Si.

Vous avouez malgré vous. Vous êtes sorcière.

Et comme telle, vous êtes vouée au feu éternel. Qui vous dit que les sorcières

sont malheureuses en enfer ? Vous êtes sorcière, Agnès Bernouër.

Et c 'est par sorcellerie que vous avez contraint le duc de Bavière à vous

épouser. Sorcière ou non, Albert m 'aime comme je suis.

Silence ! Le duc Albert, à cause de vous, a odieusement provoqué son père,

grand duc Ernest de Bavière.

Et s 'il pouvait être parmi nous, il comprendrait l 'étendue de sa faute.

Hélas.

Hélas ?

Pourquoi dites -vous hélas ? Vous l 'entendez ? Oui.

Si elle le croyait perdu, peut -être avouerait -elle dans son désarroi.

Nous n 'avons tout de même pas le droit.

Certes, mais dans une guerre, on peut tout supposer.

Que savons -nous au juste du duc Albert ? Il a peut -être disparu. Peut -on

savoir ? Peut -être que...

Il est mort.

Il est mort ? Nous n 'avons pas dit cela.

Il est vivant, alors ? Nous ne pouvons vous dire qu 'il est vivant.

Nous ne pouvons non plus vous dire qu 'il a disparu.

Nous ne pouvons pas vous dire qu 'il soit mort.

Il est mort.

Vous l 'avez dit, je vous ai entendu.

Enfin, mort ou vivant, il ne peut rien pour vous.

Allons signer, Agnès Bernouër.

Si vous signez, vous aurez la vie sauve.

Et vous irez finir vos jours dans un couvent.

Finir mes jours ?

Mais ils ont fini mes jours puisqu 'il est mort.

Bien.

Vous serez noyée une pierre au cou, Agnès Bernouër.

Noyée ? Pourquoi pas ? Noyée dans ma

rivière.

Pardonnez -moi, madame, le péché que je vais commettre.

La corde est usée.

Secoue la tête brusquement et va te cacher dans les roseaux.

Merci, maître Hans.

Mais je ne tiens plus à la vie.

Agnès et Albert moururent dans un baiser à la même seconde, comme s 'ils n

'avaient tué qu 'un seul corps.

Trois siècles plus tard, à la veille de l 'Empire, le baron de Jonchère ne

songeait guère à mourir d 'amour.

Il avait été élevé en un temps où l 'on savait que l 'amour est un plaisir, à

condition qu 'on ne le laisse pas devenir une douleur.

Pour cueillir ce plaisir, le baron entretenait à la fois sa forme physique

quelques tragédiennes.

L 'une servait à contenter les autres, qui ne dédaignaient pas à l 'occasion

quelques rouleaux d 'or glissés dans leur tiroir.

Portez loin de mes yeux vos soupirs et vos frères.

Adieu. Tout ce petit monde aurait dû être satisfait, mais pour qu 'une grande

tragédienne soit vraiment heureuse, il faut qu 'elle soit seule au théâtre

français. Or, elles étaient deux.

Mademoiselle Rocourt, qui considérait Racine comme sa propriété privée, et

Mademoiselle Duchesnois, qui le lui arrachait Alexandrin par Alexandrin.

Ce soir -là, elle s 'emparait de Bérénice.

Pour la dernière fois.

Adieu, Seigneur.

La plus grande ! Bravo ! Bravo

! Vive Ducénois ! C 'est un triomphe ! C 'est ça le

beau, c 'est ça l 'ampli ! C 'est la fin des braillards ! Abat les péluers ! On

joue en cheville ! Et la racaille existe ! Racine doit se retourner dans sa

tombe ! Vous avez entendu cette diction ?

Ça ne passe pas les trois premiers rangs d 'orchestre.

C 'est incroyable.

Ah, cher baron, vous avez vu. C 'est une honte. Ce n 'est pas à moi qu 'il faut

le dire, mes amis, vous me l 'avez dit. La bouffonnerie de cette Duchenne aura

au moins servi la gloire de notre propre place.

Voilà un thème que nous ne serons jamais trop pour développer, croyez -moi.

Je vous en prie, après vous.

Vous n 'aurez peut -être pas si souvent l 'occasion de revenir.

Mais pas du tout. Nous sommes entre adversaires.

Averti des usages, honneur aux vaincus.

Alors ? Oh non, non, ne me dites pas que ça n 'a pas marché. J 'ai entendu les

applaudissements d 'ici.

Que voulez -vous, ma chère ? Le public d 'aujourd 'hui ne sait plus distinguer

le beau du ridicule.

Et vos cartes prétendaient que ce serait un échec. Vous avez pourtant sorti l

'as de pique de votre mort, sans doute.

La roche tarpéenne pourrait n 'être pas loin du capital.

Deux phrases !

Toute l 'année, mademoiselle Defra, le public applaudit Talma.

C 'est vrai ? Mais certainement.

Elle. Qui ça ? Elle a dû chanter, elle a dû chanter. Je ne sais plus, moi, elle

a tiré à fin, quoi.

Oh, la petite Duchesnois, succès sans signification. On ne siffle jamais une

débutante. Eh bien, on a tort, monsieur.

Si on ne siffle pas une débutante, elle risque par la suite de devenir moins

mauvaise, bonne peut -être. Et l 'occasion ne se présentera plus.

Talma, chère. Thalma, il ne me parle que de toi. Tu as été sublime une fois de

plus. J 'ai été pas simple. Que veux -tu te taire, je te connais trop.

Justement, puisque tu me connais, tu sais que je ne peux pas jouer la

tout seul.

Pour être sublime, car il m 'arrive de l 'être, c 'est un fait, il me faut

quelqu 'un de sublime en face de moi. De sublime, comme toi seul, c 'est l 'air.

Quel acteur. Et quel ami, loyal, sincère.

Oh non, ne soyez pas stupide.

Thalma, sincère.

Je répète ça à notre prochain comité, je vous promets un beau succès. Non,

Thalma est grandiose, géniale, unique. S 'il fallait en plus qu 'il soit sincère

alors que reste un philosophe. À vous, par exemple, mon bon Stanislas.

Agnès ? Qu 'en je pense ? Qu 'en je pense ?

Devant quel public jouons -nous ? Des méduses emperlées, des ludions en

jabot. Voilà les gens devant lesquels nous nous ouvrons les veines.

Je ne leur demandais pas de casser les fauteuils ni de brûler le théâtre.

Il paraît que ça ne se fait plus.

Mais ils auraient pu au moins brocarder le costume.

Quand je dis le costume, c 'est par convenance.

Car je devine, moi, où elle l 'a trouvé, son costume.

La fille rafale.

Comment a -t -elle pris ça ? La vieille.

Vous allez sur le point d 'en perdre la raison.

Vous ne croiriez jamais que ça a été cherché.

Évoquant votre costume, elle a prétendu que vous jouiez à envelopper dans des

draps de lit.

Naturellement, les imbéciles ont trouvé ça drôle. Ça l 'est.

Ça l 'est d 'autant plus que Nordel.

Car si les draps ne sont pour moi que des accessoires scéniques, ils ont

toujours été pour elle un moyen d 'existence.

Elle y a commencé sa carrière sous Louis XV.

Elle a dit que vous aviez commencé votre carrière dans le lit d 'un roi.

Seulement, je ne sais plus lequel.

Comme je la connais, en mettant les choses au mieux, elle a dû remonter à

IV. Au moins.

Non, je ne crois pas.

C 'est un digue, une magie.

Rien ne peut m 'atteindre.

Le nom de la fille d 'un voleur de chevaux, par exemple.

Montez -nous vite.

Demandez à Adrien.

J 'ai entendu dire que le père de mademoiselle Duchesnois achetait et

des chevaux.

Je n 'ai malheureusement jamais entendu dire qu 'il les vola.

Vendre, voler, vous n 'allez pas jouer sur un mot.

D 'ailleurs, il y a chez tout marchand un voleur qui sommeille.

Ainsi, toi, une femme d 'esprit, tu écoutes les commérages d 'une reprise de

justice. Que dis -tu là, ma douce ? Comment ? Tu ne sais pas que la recours

passé une partie de sa vie en prison ? Un salope !

Moi qui ai été incarcérée par les régicides pour avoir voulu sauver mon

reine. Car c 'est de l 'histoire, ça.

Ce que malheureusement l 'histoire ne dit pas, c 'est que le directeur de la

prison n 'a jamais su s 'il devait la mettre avec les hommes ou avec les

Comment ? Mais je ne savais pas que... Vous ne saviez pas qu 'à certaines

soirées, la charmante jouait successivement les nymphes et les

l 'admire.

Oh, elle a dit ça ! C 'est devant son amant, ce Pédéraste Auvergnat.

Pédéraste ?

Je croyais au contraire qu 'Antonio Villa... Oh non, pas toi.

Tu ne vas pas prendre cette habitude d 'Adrien de jouer sur les mots. Bon,

admettons qu 'il ne soit pas Auvergnat, ce qui est trop.

Vous allez me faire le plaisir de le traîner sur le prêt.

Mais... Et quoi ? On croirait vraiment que je lui demande quelque chose d

'extraordinaire. Mais du tout, du tout.

Cet homme est Auvergnat, on en a fait pour moins que ça. J 'aurais dû y penser

tout seul. Mon Dieu qu 'il est père.

Mais je ne vous demande pas de le tuer, vous pouvez très bien... Je ne sais pas,

moi j 'ai coupé l 'oreille. Mais ma tendre amie, votre honneur étant en jeu,

couperai tout ce que vous voudrez. Mais encore faudra -t -il que je sache où

trouver cet Antonio.

J 'ignore ses habitudes, moi.

Il se prend ce soir au Vefour.

Avec elle, je pense.

vous serez dans un tel état qu 'on songerait à lui poser des sangsues.

Vous distrayez les dames, monsieur Fortbien.

Mais j 'aimerais que ce ne soit pas au dépens d 'une personne qui m 'est chère.

Baron de Jonchère.

Antonio Villa.

Attendez.

Baron de Jonchère.

Baron de Jonchère.

Mais vous êtes, je crois... Oui, oui, monsieur, je suis.

Vous ne vous étonnerez pas qu 'à ce titre, je sois contraint de vous

raison.

Étant le français, je choisis l 'épée, mais je vous laisse le choix du jour et

du lieu.

Je me demandais, monsieur, que vous êtes agréable.

Malheureusement, je n 'ai pas un jour de libre.

Comment ? A propos, s 'il fait beau demain, je pensais qu 'il serait

que nous déjeunions à Saint -Cloud.

Écoutez, messieurs, si vous n 'y mettez pas un peu du vôtre, nous n 'en

sortirons pas. Antonio, non seulement vous êtes indécent, mais vous me rendez

ridicule. Vous désignez à monsieur vos témoins ou je quitte cette table. T

'entendez, monsieur ?

Mademoiselle, je vous présente mes hommages.

Vous m 'avez dit hier soir infiniment à tes vies.

Alors, monsieur.

Votre Bérénice atteignait au sommet de l 'art.

Eh bien, monsieur, j 'attends. Je comprends bien, vous refusez de vous

Vous êtes drôle, vous. Je n 'ai jamais tenu une épée de ma vie.

Eh bien, nous nous battrons au pistolet.

J 'y manque totalement d 'expérience.

Vraiment, Baron, vous êtes l 'homme le plus gracieux qui soit.

Mais l 'inexpérience est la source de la plupart des accidents.

Vous êtes un pantin.

Si ma faiblesse n 'était pas aussi grande...

Et maintenant, vous sentez -vous offensé ? Mademoiselle, vous voudrez bien avoir

la bonté de faire tenir à votre chambrière quelques jabots brodés

la faiblesse de tenir, et que mon cocher passera à prendre demain, serviteur,

monsieur. Vous vous disparaissez, monsieur, et que je ne vous revois plus,

jamais.

Oh, asseyez -vous, baron.

Vous avez été merveilleux.

Savez -vous, cher Baron, que depuis le temps que nous nous rencontrons derrière

les portants, dans les coulisses, et jusque dans les couloirs des loges, je

languissais de vous connaître ? Non, ne riez pas.

Oh, mais j 'aurais mauvaise grâce à rire d 'un souhait... Mais oui,

mademoiselle, je l 'avoue, un souhait réciproque.

Surtout, n 'entre pas. Ils se sentent entretués. Du corneil.

Et en sont -ils là, salafreux marivaux.

Je vous demande pardon, il se fait tard.

Et la soirée promet d 'être assez fraîche.

Peut -être nous reverrons nous.

Vous connaissez ma loge ?

C 'est celle d 'en face.

Malgré l 'épouvantable scène que Mlle Rocourt fit subir au baron, elle avait

encore assez de voix le lendemain pour reprendre son rôle de Bérénice. Suivez

-moi, n 'ayez pas !

Écoute -les, c 'est toi qu 'ils acclament.

Tu restes la plus grande.

Tu entends ? La plus grande !

Tu

entends ? Oui.

Ah, ils applaudissent tellement.

Beaucoup.

Mesdames, c 'est le rideau. Viens.

Elle doit être en train de saluer.

Elle saluerait sous des tombeaux de légumes, sous des tirs de mortier.

Pauvre femme.

Mais mon ami, pourquoi cette hâte ? Le souci de ne pas vous compromettre, ma

chère. Votre réputation m 'est aussi chère que votre personne.

Vos amis vont pas tarder. Mais mes amis, je n 'ai plus d 'amis.

Je voudrais vivre sur une île déserte, me nourrir d 'amour et de fruits

exotiques. Pas vous. Mais si, voyons.

J 'adore les fruits.

Que voulez -vous, le public ne sait plus distinguer le beau du ridicule.

Animus, méminissé, horrette, ce qui veut dire... Oui, ce qui veut dire que la

vieille vient de faire un rayon.

Vous m 'étouffez, mes chers, vous m 'étouffez. Vous avez été bouleversant.

Ma fille, comme tu as joué ce cadre, que le jour recommence et que le jour

finisse, sans que jamais Titus puisse voir Bérénice.

J 'ai failli t 'applaudir en plein milieu de ta tirage. J 'ai vu pleurer

ouvreuse. On s 'en souviendra dans cent ans. Quelle vaillance, quelle flamme. L

'acteur, surtout.

Si j 'en crois ses serments redoublés mille fois, il va sur tant d 'états

couronner Bérénice et joindra plus de nom le nom d 'impératrice. Non.

Je ne suis que l 'humble servante des grandes traditions.

À propos de tradition, le baron n 'est pas là.

C 'est le monstre.

Baron,

nous sommes sur un volcan.

Mon cœur.

Alors ? Ma belle amie, mais j 'étais à l 'orchestre, je voulais tout voir.

Merci, merci, vous m 'avez bouleversé.

Avez -vous entendu cela ? Quinze années de fidélité, toujours les mêmes

intentions délicates.

Il était à l 'orchestre.

Fallons vite chez Salignac, je meurs de faim.

Mais je n 'avais pas prévu...

Je vais envoyer un coursier.

Quoi ? Mais vite ! On se meurt à côté.

Allons, mon petit.

Ben, mon petit, voyons, allons.

Oh, Adrien.

Allons, ma bûche, ma colombe, mais ça n 'est rien. C 'est un peu de fatigue.

L 'enivrance, la délicieuse fatigue que moi -même j 'éprouve.

Non, la faim.

Allons souper au Procopa.

Mais c 'est que ce soir, malheureusement, je ne... Quoi ? Je

aussitôt que conquise ?

Je n 'aurais été que le jouet d 'un désir. Le masque d 'Apollon dissimulait

faune.

Voyons, mon petit, voyons.

Un baron, plus de baron, un parisien, disparition, c 'est tout le même

Où est -il, cette fois?

Peut -être encore à l 'orchestre.

À l 'orchestre, pour que faire?

Non.

Le misérable n 'aurait pas l 'outrecuidance, un soir pareil, de

la ruelle de cette fille, quand même pas.

Mais c 'est Babylone, ce théâtre. C 'est Byzance.

Va me chercher ce polichinelle, va.

Non, attends, moi, j 'y vais aussi.

Relevez -vous, monsieur, vous êtes grotesque.

C 'est les morts.

Ah, non, pas ça.

Que cette chose quitte ma loge. Qu 'on emporte sa plume.

Quoi ? Au musée.

Mais, Karine, ma parole, elle fait aussi des muettes.

Oh, ce plan, le public a jugé. Tout cette agression, je présume.

Il vient d 'essayer de le faire. De vos vapeurs, je pense.

Je m 'étonne, madame, qu 'après bientôt 100 ans de théâtre, vous soyez restée

aussi naïve.

Quand on m 'applaudit, on applaudit une manière de jouer.

Chez vous, on applaudit la longévité, le miracle physique, la gueule intrépide,

le sarcophage qui parle.

Ma pauvre enfant, laissez -moi vous dire... Vous me le direz une autre fois.

baron et moi sommes attendus au procope. Vous rêvez, nous, sous pencher sa

lignac à notre table.

Au reste, l 'argent cher ne s 'affiche pas avec une catin. C 'est tout de même

moins compromettant qu 'une bagnarde.

Mon cher, si vous n 'avez pas une troisième solution, vous êtes perdu.

Mesdemoiselles, je suis au désespoir.

Nous sommes, je crois, le 29 de Germinal.

Alors ?

C 'est la date anniversaire de mon mariage.

Le seul soir de l 'année où je dîne avec ma femme.

Ce cheval pèse les mains.

Il ne perd rien pour attendre.

Car il reviendra. Je peux même vous dire où. Chez moi.

Car il me revient toujours, tôt ou tard.

A votre place, ma chère, je ne spéculerai pas trop sur le temps.

Car il travaille pour moi, le temps. A la Seine comme à la ville.

L 'énergie que sa siété a reçu le coup lèche à sa blessure et en rend

irresponsable la terre entière.

Elle a entrepris d 'interdire le théâtre à toute comédienne de moins de 40 ans.

Qu 'en pensez -vous ? Le pire ? Je crois que tu lui avais donné des leçons.

Antigone n 'est pas pour elle.

Cette petite n 'est pas une spontanée, c 'est une laborieuse. Je vais lui faire

travailler Phèdre. Une Antigone, ça s 'attrape au vol.

Une Phèdre ou une Bérénice, ça se fabrique. Ça se fabrique ? Mais oui, c

'est vrai.

Ça se fabrique.

La grande idée venait de naître.

La recours décida de se venger par personne interposée.

Et elle partit en chasse.

Elle chercha d 'abord une rivale pour Duchesnois dans des drames pleins de

et de cathèdres gothiques.

Pour que la Castille s 'ajoute à vos conquêtes.

Eh bien, qu 'attends -tu, bourreau ? Ordonne ! Pas de voix.

Puis l 'on s 'égara dans les méchants hauts de ville, où le public ose rire

le secours de Molière.

Pas de taille.

Puis on en vint au pantomime où les grandes douleurs sont étrangement

Pas d 'œil.

Le baron, prêt à la révolte, en était au traiteau de barrière, quand soudain...

Je vais dire que j 'étais partie.

Non ! Trop tard.

Papa ! Oh mon Dieu, je suis maudite.

Demain, je vais épouser Léonard.

Non.

Puisque l 'on veut que je m 'admette... De la taille ? Religieuse.

Un regard ? J 'entre au couvent. De la voix ? Au couvent ? Mais c 'est

impossible.

Oublies -tu ce qui s 'est passé avec ton Léonard ?

Et l 'enfant que tu as... La grande blonde.

Oh, mon Dieu. Non, monsieur, je ne recrute pas pour votre parc au cerf,

pour la maison de Molière.

Et Molière, lui, aurait choisi la petite brune.

Molière.

Mais elle s 'en moque, mon pauvre ami, elle s 'en moque furieusement.

Si la recours prend une élève, ça ne peut être que pour me la lancer dans les

jambes. Alors, soyez tranquille.

La petite est sotte, maladroite et commune à faire fuir.

Mon petit, retenez ce principe.

Le théâtre n 'existe pas. La tragédie, c 'est la vie. La vie, c 'est la

tragédie.

N 'oubliez jamais qu 'il faut être une emmerdeuse à la ville pour être une

impératrice à la scène. Le reste est littérature.

Oui, madame.

Vous aimez quelqu 'un.

Ce quelqu 'un aime ailleurs. Que faites -vous ? Je pleure.

Oui, c 'est une excellente idée.

Roxane fait la même chose, mais avec plus d 'ampleur, plus d 'éclat.

Tu pleures. Il a un gras tout prêt à te trahir.

Prépare le discours dont il veut t 'éblouir.

Ah, quand je jouais Roxane.

Je pleurais comme un veau, je ne dégonflais pas de trois jours.

Voyons.

Quand vous avez senti que votre premier amant allait vous quitter, qu 'avez

-vous fait ? Rien.

Eh bien, Bérénice n 'a plus, mais ça dure cinq actes.

Alors, dans une scène de rupture, n 'oubliez jamais de murmurer votre amour

de hurler votre désintéressement, c 'est capital.

Mon cœur vous est connu, Seigneur, et je puis dire qu 'on ne l 'a jamais vu

soupirer pour l 'Empire.

La grandeur des Romains, la pourpre de César, n 'a point, vous le savez, attiré

mes regards.

Je reprenais.

Mon cœur vous est connu, Seigneur, et je puis dire qu 'on ne l 'a jamais vu

soupirer pour l 'Empire.

La grandeur des Romains, la pourpre des Césars, n 'a point, vous le savez,

attiré mes regards.

Oui, c 'est... Évidemment, il y a encore beaucoup à faire.

vous aurez la bonté de reconnaître que je ne vous demande rien.

Bon, je ne suis ni curieuse, ni jalouse. Bon,

il y en a plus de trois mois que votre liaison, qui a cessé d 'amuser tout

Paris, se prolonge.

Les gens au courant de vos façons ont conclu d 'ailleurs que les choses

toucher à leur fin.

Vous espiez, Glorie, comment généralement au printemps, vous vous

au milieu de l 'été et me revenez à l 'automne.

Bon, je vous connais.

Je n 'ai pas traversé Paris pour vous parler de vous.

Si la fille Raffin consent à vous accorder un moment de liberté,

J 'aimerais vous montrer quelque chose de tout à fait intéressant.

Le comportement dans la vie privée rejaillit infailliblement sur le

cynique. Or, la vie privée d 'une actrice, mademoiselle, c 'est l 'amour.

L 'amour sincère, bien entendu.

Mon petit, supposons que l 'on vous offre de protéger votre vie et votre

carrière. Le gentilhomme est riche, aimable... À la veille des rhumatismes.

Merci. Et ne prenez pas la mouche, mon cher, nous jouons.

Allez, du maintien.

Rien rêveur.

Non, ne jamais bêcher les yeux lorsqu 'ils sont beaux.

À vous, monsieur.

Essayez -vous une fois d 'être précis sans être grossier.

Nous écoutons vos offres.

Mademoiselle, je possède un hôtel Faubourg Saint -Germain, une

Touraine, cinq équipages et un cœur qui ne bat que pour vous.

Un mot de votre part et tout ce que j 'ai vous appartient.

Point d 'équipage, monsieur, j 'irai fort bien à pied.

Et jusqu 'au bout du monde.

Pourvu que vous y veniez avec moi.

Mais vous ne m 'avez jamais dit ça, madame.

Non.

Non, mais c 'est que je vous aimais vraiment, moi, monsieur.

Je crois que théâtralement, elle est prête, compensez -vous.

Je pense qu 'en allant à pied de cette façon, on doit pouvoir aller très loin.

Et c 'est naturellement dans Bérenice que mademoiselle Georges fit ses débuts

la comédie française.

Pour la dernière fois.

Adieu, Seigneur.

C 'est le début sans précédent, à part les vôtres, bien entendu. Je vous l

'avais pas prédit. Ah, je vous, je suis fière.

Je lis, 18 ans, des yeux.

Elle me doit tout.

Nous nous penchons chez moi et nous emmenons ma petite Georges.

Eh bien, qu 'attendez -vous ? Allez me la chercher, vite ! Oui, moi, je l 'ai

sûrement. Monsieur le Baron, on vous réclame.

Alors, qu 'en dites -vous ? Que veux -tu que je dise, mon cœur ? Pas de fête,

pas de taille, un filet de bois.

Et on exhibe ça sur la première scène de France.

C 'est bien simple. Demain, je démissionne. Vous entendez ? Demain, je

démissionne. Oui, j 'entends, mon ange.

Oui, et bien je préfère m 'étourdir plutôt que de penser à ça.

Voulez -vous retenir notre tableau, Procope ? Et ne me dites pas que c 'est

votre anniversaire de mariage.

Mais ce n 'est pas moi, voyons. C 'est elle qu 'il faut féliciter. Elle sera d

'ailleurs ici dans un instant.

Oh, mais Adrien, au fait, pourquoi n 'est -il pas revenu ? Mais je ne sais

Je vais voir.

Mon pauvre grand.

Tu vas lui être au supplice. Nous jouons en race ensemble demain, ma merveille.

Je n 'ai pensé qu 'à ça.

Tu n 'as pas vu Adrien ? Il était là il y a une minute.

Bon, je suis sûre qu 'il a filé chez la vieille.

Le parent de Jean -Cher ne serait pas par mégarde égaré dans votre confine.

Je croyais au contraire le surprendre dans votre bric -à -brac.

Pourquoi cet équipage, cher Adrien ? Le café de Paris n 'est pas à côté d 'ici,

ma chère.

Ne vous ai -je pas dit qu 'avec vous j 'irais à pied et jusqu 'au bout du monde

? Intrigante.

L 'ingrate.

Oh Dieu, pour la servir, j 'ai tout fait, tout quitté. Et j 'en reçois ce

Oh non, je vous en prie, pas entre nous.

Bon.

Monsieur, j 'avais préparé un petit souper chez moi.

Voulez -vous que nous le partagions ? Avec joie. Nous ferons connaissance, ce

sera charmant. Il faudra m 'excuser, j 'avais prévu un buffet froid, poulet,

foie gras, salade.

Il n 'y a pas que le poulet ma chère, qui se mange froid.

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