All language subtitles for Les femmes (1969)1h25 ardot, Maurice Ronet, Christina Holme, Anny Duperey]

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Original subtitles

Ah, Marianne, je suis content de t 'entendre.

Oui, oui, oui, oui.

Oui, je travaille.

Ah oui.

Mais non, je dois travailler. Écoute,

je te rappelle.

Je t 'embrasse. Au revoir.

Je suis content de t 'entendre.

Non, oui, je travaille.

Oui, oui, oui.

Je travaille.

Mais non, je dis que je travaille.

Bon, écoute, je t 'appelle tout à l 'heure.

C 'est ça. Au revoir.

A tout à l 'heure. Je t 'embrasse.

Passez -le moi.

Oui, passez -le moi.

Allô ? Écoutez, mon vieux, je vous ai dit que depuis 15 ans, nous sommes

des amis. Vous traversez une crise, je ne veux pas vous laisser couler.

Écoutez -moi.

Voilà, j 'ai devant moi les détails de votre situation et les résultats. Vous

voulez les détails ? Non.

Bon, alors voilà les résultats.

J 'exploite cette livre de vous.

Pour le dernier, les droits d 'auteur s 'élèvent à 7100 nouveaux francs. C 'est

parfait, envoyez -moi ça.

Et les avances que je vous ai consenties s 'élèvent, elles, à 330 000

nouveaux francs. La soustraction donne 231 000 nouveaux francs. Autrement dit,

vous me devez 23 100 000 anciens francs.

Et non seulement ça, mais vous vous figurez que je vais payer vos impôts. Et

seulement ça, vous vous figurez que je vais vous envoyer de l 'argent frais.

cher ami, il y a des numites.

Qu 'est -ce que vous voulez exactement ? Jérôme, depuis trois ans, vous ne m

'avez pas donné un livre.

Voilà le drame.

Mais le drame vient d 'un autre drame.

Tous mes livres parlent des femmes. Si je n 'arrive plus à en écrire un, c 'est

que je ne supporte plus les femmes.

Elles sont devenues pour moi un scandale.

Une... Une espèce d 'erreur de la nature.

Mais voilà.

Mais voilà, mais ça c 'est très bien, écrivez -moi donc ça.

Merde.

Jérôme, une idée me vient.

Si je vous trouvais une femme qui ne pèse pas sur vous, qui

ne vous encombre pas, qui vous inspire sans vous ligoter.

Seulement, il faudrait que vous me fassiez confiance, que vous me laissiez

faire. Moi,

je me charge de la trouver. Et vous ?

Vous vous chargez de travailler si je la trouve.

Non ? Qu 'est -ce que vous en pensez ? Recherche urgent secrétaire,

parfaite sténodactylo, très compétente, jolie, libre à tout point de vue, pour

voyage duré limité avec célèbre écrivain.

Salaire élevé.

Se présente aux éditions René Garanthière, 11 rue Servan -Denis.

Bonjour, mademoiselle. Vous correspondez à la personne que nous cherchons.

Asseyez -vous, je vous en prie.

Mais vous avez bien lu l 'annonce. Oui, il faut partir en voyage pour servir de

secrétaire à un écrivain célèbre.

Salaire élevé.

Oui, mais il y a une clause qui risque de vous surprendre.

Voilà.

Vous croyez bien qu 'il n 'est pas dans les habitudes de la maison de recruter

des secrétaires pour nos auteurs.

Mais Jérôme Hervé est le plus célèbre de tous.

Nous voulons l 'aider.

Alors, il souhaite une secrétaire compétente. Vous l 'êtes.

Mais il y a en plus... Non, euh...

Un artiste a besoin d 'inspiration,

de compréhension, d 'encouragement.

Et c 'est pour cette raison que nous vous demandons... Donc,

mademoiselle, lisez vous -même la clause numéro 5.

La dite secrétaire s 'engage à être une collaboratrice de tous les instants et

de la nuit et jour et sans que cette collaboration soit limitée au plan

professionnel. Elle accepte d 'accorder à Jérôme Hervé, dès qu 'il le demandera,

tout ce qu 'une femme peut accorder à un homme. Tout ce qu 'une femme peut

accorder à un homme.

Qu 'est -ce que ça veut dire ? J 'ai très bien compris ce que ça veut dire.

Ça veut dire que vous me prenez pour une putain. Non, du tout, mademoiselle.

Mais non, mais croyez bien que comme vous, je considère cette clause... C

ignoble. C 'est insensé.

Il faudrait que j 'appartienne, comme une esclave, à un homme que je n 'ai

jamais vu.

Vous croyez que je suis une fille à servir de jouet à un vieux satyre

? Je ne suis pas ce genre de fille.

Alors, mademoiselle, vous refusez.

Non, j 'accepte.

Sur voie A, Trans -Europe Express, le Mistral, rapide 1.

Départ 13h20, en première classe.

Allô, Marianne ? Je t 'appelle de la gare.

Tu sais bien, mon chéri, c 'était la seule solution.

Partir et travailler.

Mais tu sais bien que je ne travaille bien que dans le mouvement.

Le voyage m 'inspire.

Quoi ?

Mais non, mais enfin, évidemment que je pars seul.

Mais moi aussi, moi aussi, mon chéri, j 'ai hâte qu 'on soit mariés.

C 'est précisément pour ça qu 'il faut que je finisse mon livre, tu comprends ?

Oui.

Oui. Oui.

Écoute, mon chéri, montre un pas.

Je t 'embrasse très fort.

Oui.

Écoute, je t 'appelle le plus vite possible.

Je t 'embrasse. Au revoir.

Sur voie A, le Trans -Europe Express, le Mistral, va partir.

Veuillez monter en voiture, s 'il vous plaît.

Allô, Hélène ? Je t 'appelle de la gare.

Oui.

Ah non, non, non, non.

On entend.

Non, non.

Non, mais Paris m 'empêchait d 'écrire et je voulais finir mon livre avant

mariage.

Mais tu sais bien que je ne travaille bien qu 'en mouvement, oui.

Le voyage m 'inspire.

Mais moi aussi, mon chéri, moi aussi, j 'ai hâte d 'être marié.

Écoute, je te rappelle parce qu 'on n 'entra pas.

Je t 'embrasse.

Au revoir.

C 'est un joli prénom, Clara.

Enfin, joli n 'est peut -être pas tout à fait le mot qui convient, mais enfin, c

'est un prénom qui est... Claire.

C 'est rigolo la campagne parce que c 'est grand.

C 'est même beaucoup trop grand si on réfléchit bien.

Je me demande pourquoi la campagne c 'est tellement grand.

C 'est une question que je ne me suis jamais posée.

C 'est drôle, je pose toujours des questions que personne ne pose.

Pourquoi ? Je me demande pourquoi.

Parce que vous êtes curieuse. Oh non.

Ah non ? Non.

J 'ai beau être une femme, je ne suis pas curieuse du tout.

Ah bon ? Je m 'intéresse à tout ce qui se passe.

Je veux toujours tout savoir.

Je veux savoir comment les choses vont tourner.

Vous voulez une cigarette ? Non merci, je ne fume pas du tout.

Mais je vais quand même en prendre une.

D 'habitude, on ne les fume qu 'une à une.

Ah oui, c 'est vrai.

Je me demande pourquoi.

Parce que moi, les chocolats, ce que j 'aime, c 'est d 'en avoir deux ou trois

en même temps dans la bouche.

Heureusement que je n 'en mange jamais.

Pourquoi ? Parce que je déteste ça.

Je déteste tout ce qui est sucré.

Sauf les gâteaux, bien entendu.

Je suis très indiscrète.

Je vous demande pardon, mademoiselle.

Maître, si vous pouviez me signer ce menu, je le collerai dans un de vos

Avec plaisir.

Voilà. J 'ai lu tous vos livres, maître.

Ah bon ? Pourquoi écrivez -vous des livres ? Pourquoi je n 'en écrivais pas

Parce qu 'il y a tellement d 'autres choses à faire.

J 'ai déjà connu un écrivain.

Quel écrivain ?

J 'ai oublié son nom.

Et je vais très bien aux échecs.

Vous jouez aux échecs, vous ? Vous trouvez que j 'ai une tête à jouer aux

? Quel signe vous êtes ? Euh... Bélier.

Je l 'aurais parié.

Moi, je suis balance.

Alcool, liqueur ? Non.

Nous vous boirons dans le compartiment en travaillant. Ça ne vous ennuie pas qu

'on travaille tout de suite.

C 'est une femme qui vous a offert cette cravate ? Oui.

Pourquoi ?

Parce qu 'elle ne vous va pas du tout.

Mettez en titre les femmes.

Très bien.

Changez de ligne.

Paragraphe.

Comment suis -je arrivé là ? Eh bien, tapez ! C 'est le titre du premier

chapitre.

Comment suis -je arrivé là ? La semaine prochaine, je dois épouser Marianne à

Saint -Maurice.

Et Hélène Aveniz.

Moi, à la ligne.

Vous ou votre personnage ? Moi.

C 'est vrai ? Oui.

Comme c 'est amusant.

Depuis 15 ans, je n 'écris que sur les femmes et je ne m 'intéresse qu 'à

Point.

J 'ai toujours rêvé voir de près un homme qui n 'a jamais aimé.

Oui.

C 'est précisément parce que j 'aimais que j 'étais aimé que j 'ai écrit mon

premier livre.

Ce premier livre me fut inspiré par un déchirement, une rupture, que je n

d 'ailleurs pas voulu.

La première femme qui est comptée dans ma vie s 'appelait Anne.

Nous aimions les mêmes choses, y compris la liberté, ce qui est si rare.

Nous étions heureux parce que nous avions les mêmes goûts, la même

Les mêmes désirs.

Bref, nous entendions un merveille.

Nous ne nous quittions jamais.

Et pourtant, nous étions libres comme au premier jour.

Tout entre nous était parfait.

Jamais une seconde d 'ennui.

Nous aimions également nous parler, nous faire l 'amour.

C 'était ? Le bonheur.

En tout cas, ça ressemblait au bonheur. Point à la vie.

Ça a duré ? Ça a duré...

Cinq ans.

Qu 'est -ce qui fait cinq ans ? Nous.

Écoute.

Tu pars pour ton reportage à Cuba.

Moi, pour mon vernissage à San Francisco.

Les assorts sont sur notre chemin.

Ce serait drôle de t 'y marier, au passage.

Tu as envie de te marier ? Toi ?

Mais tu veux... Tu veux vraiment te marier

? Avec toi, dans l 'île,

pour rire.

aller dans l 'île sans se marier.

Si ça t 'ennuie de te marier dans l 'île, on peut le faire ailleurs.

Dans notre quartier, tout simplement.

Je lui avais dit oui.

Et j 'allais me réfugier dans un bistrot.

Je passais ma vie dans le bistrot.

À écrire. À écrire comme un fou ce que je n 'osais pas lui dire.

Je lui écrivais que grâce à elle, j 'avais fait une découverte sur mon

caractère.

Je t 'aime. Nous sommes heureux.

Mais je viens d 'apprendre ce que je préfère.

Et je préfère le plaisir, l 'aventure au bonheur. Je préfère la liberté au

bonheur. L 'imprévu, tu comprends ?

Plus la date du mariage

approchait, plus le nombre des lettres que j 'écrivais s 'en les envoyait.

Je décidai de lui écrire une nouvelle lettre.

Elle était très réussie, celle -là.

Je lui expliquai que nous allions tout détruire, qu 'il ne fallait surtout pas

se marier.

Cette lettre aussi est restée dans ma poche.

Jérôme Hervé, consentez -vous à prendre pour épouse Mlle Anne de Montfort, ici

présente.

C 'est très, très difficile de répondre à une question pareille par oui ou par

non, en tout cas pour moi.

Non, non, non, il faut répondre oui, c 'est tout, c 'est la loi.

Jérôme Hervé, consentez -vous à prendre pour épouse Mlle Anne de Montfort, ici

présente.

Ben... Non, non.

Je ne suis pas vraiment fait pour le mariage. Voilà.

Vous comprenez ? Non, non, vous ne comprenez pas.

Non, mais toi, tu comprends, hein ? Tiens, il faut que tu comprennes. Tu

ces lettres. Tu comprendras tout. Tu verras ces...

Je

ne croyais pas du tout que nous avions rempli. Au contraire, je croyais qu

allait me répondre.

J 'attendais avec angoisse la réponse qu 'elle donnerait à mes lettres.

Elle me les renvoya avec juste deux mots.

Publie -les.

Elle aurait été parfaite jusqu 'au bout.

Tout seul, je n 'y aurais pas pensé.

Ces lettres m 'ont rendu célèbre.

Et c 'est votre premier essai.

Le disponibilisme.

Vous l 'avez lu ?

En amour, il n 'y a que les commencements qui sont délicieux.

Et c 'est pourquoi il faut recommencer souvent.

J 'appelle disponibilisme la volonté de garder intact son avenir en ne se liant

jamais. À un être unique.

À un être unique, oui, c 'est ça.

Je viens de l 'acheter, je ne l 'ai pas lu.

Ah bon ? Je l 'ai feuilleté. Et ça, c 'est pas mal.

Il faut toujours préférer l 'inconnu.

à ce qu 'on a déjà éprouvé, même si ce que l 'on a est délicieux.

Le plus grand malheur de l 'homme, c 'est qu 'il peut imaginer des milliers

vies et qu 'il est prisonnier d 'un seul corps.

C 'est aggraver ce malheur que de se faire prisonnier d 'un autre être.

C 'est l 'atténuer au contraire que de conserver devant soi le plus grand

de choix possibles.

Il me semble que si j 'étais un homme, je résonnerais comme ça.

Si j 'étais une femme aussi, d 'ailleurs.

Qu 'est -ce que vous êtes ? Je voudrais bien le savoir.

Moi, je ne parle jamais de moi.

Je suis moi.

Vous avez fini de m 'interroger.

C 'est vous qui écrivez vos mémoires, pas moi.

Chapitre suivant.

Ouvrez les guillemets.

Une de perdue, dix de reprouvée.

Dix ? De retrouver.

Alors, c 'était amusant ?

Ce

qui était merveilleux, c 'est qu 'elles étaient toutes différentes.

Sans ça, je ne serais arrivé d 'où de suite.

Avec chacune, je renaissais.

C 'était la vie qui recommençait, c 'était tout qui recommençait, puisqu

ne ressemblait pas à l 'autre.

J 'esquissais un nombre de vies d 'autant plus exquis que je savais ne pas

devoir les mener jusqu 'au bout.

Peu de femmes savaient résister à ma manière de me laisser fasciner par

J 'étais fasciné.

Chaque fois.

Je les attaquais toujours avec la même phrase.

Il y a deux femmes en vous.

Ça tombait toujours juste.

Mademoiselle, il y a deux femmes en vous.

Il y a deux femmes en vous.

Il y a deux femmes en vous.

Il y a deux femmes en vous.

Mais vous en avez eu beaucoup, beaucoup plus que dix.

Évidemment.

Combien ? Je ne sais pas.

Vous connaissez votre chiffre, vous ? Combien ? Trois.

Vous voulez me faire croire ça ? Que trois ? Je vous dis que ceux qui ont

vraiment compté.

Les autres, je les ai oubliés. C 'est comme si ça ne s 'était rien passé.

Alors moi, à ce compte -là, je n 'en ai eu aucune.

Un jour, il m 'est arrivé quelque chose d 'extraordinaire, un événement, un

sourire.

C 'était un 14 juillet.

J 'étais très content, elle me plaisait.

Elle m 'avait plu quand je l 'avais vue de dos, elle m 'a plu de profil.

Et elle m 'a souri.

J 'étais un homme heureux.

C 'est drôle, j 'ai l 'impression qu 'il y a deux femmes en vous.

Le sourire.

C 'est là qu 'il y a eu le sourire terrible.

Je lui ai demandé si elle souriait parce qu 'on lui avait déjà dit ça.

Oui, oui, oui, on lui avait déjà dit ça.

Il fallait poser une question.

J 'ai dit qui ? Elle m 'a dit vous.

Et je me suis rappelé.

Cette fille, six mois plus tôt à Florence, j 'avais été fou d 'elle et je

'avais oubliée.

Comment pouvais -je admettre une vie où aucun souvenir ne marquait parce que j

'avais trop de souvenirs ? Comment avais -je pu oublier Florence ?

Si j 'en étais arrivé à ne pas reconnaître d 'emblée une fille que j

aimée, dont j 'avais été épris du moins, et terriblement épris, c 'est que ma

vie était absurde et qu 'il fallait en changer vite.

Vous vous rappelez ? Bonsoir, monsieur, dame. Est -ce que je peux faire vos lits

? Avec plaisir.

Venez.

Venez dans le couloir pendant qu 'on fait les lits.

Merci, Clara.

J 'avais besoin de vous.

Mais non, vous aviez besoin d 'une secrétaire. J 'avais besoin de me

devant une femme dont je ne sois pas captif.

Ça me change.

Grâce à notre contrat, nous avons écarté tout ce qui gâte l 'amour.

Non, non, fini pour ce soir.

Déshabillez -vous.

Comme ça ? Bien sûr.

Si je me déshabille.

Laquelle préférez -vous ? Laquelle quoi ? Ben, la couchette. Celle de droite ou

celle de gauche ? On va dormir.

C

'est

marrant, les hommes.

Qui c 'était le monsieur qui vous a accompagné à la gare ? Vous

êtes amoureuse de lui ? Folle !

Et lui ? On verra bien.

Il est jaloux ? On verra bien.

C 'est pas tellement que j 'ai sommeil, mais j 'aime fumer dans l 'obscurité.

Parce que dans l 'obscurité, je ne sens pas le goût du tabac.

J 'ai horreur du goût du tabac.

Alors pourquoi fumez -vous ? Parce que je ne peux pas m 'en passer.

Clara ?

Oui ? Venez.

Où ? Dans mon lit.

Quoi faire ? L 'amour.

Non.

On a fait dit qu 'on dormait.

J 'ai changé d 'avis.

Pourquoi ? Enfin, Clara, vous avez signé un contrat.

Mon contrat ne m 'oblige pas à avoir envie de vous.

Il ne m 'oblige qu 'à vous subir.

Allons -y !

Allez,

coupez.

Vous serez mieux toute seule.

Alors, maintenant...

Le contrat ne vous suffit plus.

Il faudrait qu 'en plus je sois amoureuse de vous.

Allez dormir.

Vous serez mieux et moi aussi.

Oh, pardon.

Qu 'est -ce que vous foutez là -haut ? Je me suis trompé de cabine, excusez

-moi.

Vous en prie.

À tout à l 'heure.

Bon, voilà, je suis prête.

À taper.

Être secrétaire fait aussi partie de mon contrat.

Où en étions -nous ? Vous n 'êtes pas content ?

Je vous ai déçu ? Bon,

je vais me rattraper en étant une bonne petite secrétaire.

Vous voulez savoir où on en était ? Oui.

Je me méfie d 'une trop grande réussite parce qu 'elle risque de lier.

Surtout si l 'on a ma nature et si l 'on pratique le donjuanisme sans être un

véritable donjuan.

Tapez.

J 'étais vulnérable.

Parce que je souffrais de m 'interdire certains profonds plaisirs.

Et notamment les extrémités de la connaissance d 'un autre être.

Et les profondeurs de la tendresse.

A force de conquérir, j 'avais envie d 'aimer.

Cette envie me terrifiait.

Que me restait -il ? Les corps.

Rien que les corps.

Je rencontrais celui -là dans l 'atelier d 'une photographe pour qui elle

posait.

C 'était pas...

Je fus rassuré d 'emblée, le physique seul régnerait sur nos relations.

Le seul problème était de savoir si je ne m 'ennuierais pas avec elle.

Le seul problème c 'était de savoir ceci, est -ce que mon désir serait

à mon ennui ? Ça, il fallait voir sur place.

J 'invitais donc le corps à déjeuner.

Tu vas voir, tu prends ta fourchette comme ça, tu t 'en sers comme un

là comme ça, tu vois, c 'est comme ça, voilà, comme ça.

Et tu manges. C 'est délicieux.

Je ne savais pas que les huîtres avaient des pieds.

Si, si.

Attention.

Attention.

Bravo.

Qu 'est -ce que tu dirais d 'un petit voyage à la campagne pour le week -end ?

Tous les deux.

C 'est une très bonne idée.

Oui.

Oui.

Les jolies femmes.

Oui.

Les jolies femmes sont plus faciles que les autres.

Plus faciles que les autres ? Et pourquoi ? À force d 'avoir été

leur faculté de résistance s 'est affaiblie. C 'est bien vrai.

Oui, c 'est vrai.

Marianne... Marianne était une créature...

créduite.

par son propre tempérament.

Et moi, je n 'étais séduit que par son corps, ce qui est tout à fait rassurant.

Un corps, c 'est comme un tableau de maître, c 'est une valeur sûre.

J 'avais envie d 'elle, et elle semblait avoir envie de moi.

Au fond, ça s 'est passé tout seul, comme tout ce qui est important.

Je voulais épuiser tout le plaisir que je sentais cette femme capable de me

donner.

Et comme ce plaisir ne s 'épuisait pas,

nous partions.

Je croyais partir pour quelques jours, mais au bout d 'une semaine, je n 'étais

pas pressé du tout de finir ce voyage.

La France entière à nous.

Tout paysage devient une chambre.

L 'amour tous les 100 kilomètres est 130 de moyenne.

C 'est pas mal.

C 'est fascinant.

Parce que tous les jours, Nous nous préparions à nous quitter. Tous les

nous nous disions, maintenant, allez, ça va, on rentre à Paris.

Puis on rentrait de quoi ? L 'été s 'écoulait

insensiblement.

D 'adieu en adieu, de retrouvailles en retrouvailles.

Faut le savoir, alors que nous n 'étions partis que pour un week -end, nous

étions en train de passer tout un été ensemble.

Chaque jour, nous croyions que c 'était le dernier jour que nous passions

ensemble.

Et que nous allions nous quitter.

Que c 'était fini.

que ça n 'avait pas compté, pas compté du tout, alors que j 'étais fou d 'elle.

Mais qu 'est -ce qui vous plaisait en elle ?

Je croyais la deviner,

et je croyais qu 'il n 'y avait au fond rien à deviner en elle, qu 'un abîme de

féminité.

Elle était experte dans l 'art de penser en silence.

Et à qui pensait -elle ?

Nous cachions tout.

À commencer par moi qui lui cachait soigneusement mon bonheur.

Ce

jour

-là, j 'étais en rage.

Puisqu 'il était impossible de lui tirer un mot.

C 'était qu 'une femme dont l 'excès me fascinait et qu 'il fallait traiter

comme une femme.

Comme ça.

J 'avais aimé la solitude.

Je ne la supportais plus.

Marianne m 'avait réduit à considérer comme incomplet tout plaisir que j

pris sans elle, sans sa présence.

Et je me demandais si c 'était partagé.

Si elle, au contraire, ne rêvait pas en ce moment à quelqu 'un d 'autre, d 'un

héros qui était dans l 'arène, par exemple.

Parce qu 'elle ne m 'avouerait jamais.

Or, ce jour -là, précisément, elle choisit l 'instant où le taureau allait

mourir pour me dire... Tu sais,

depuis que je te connais, c 'est la première fois que je vois un homme qui

plaît.

C 'était à la fois une déclaration et une menace.

La mère, avec elle.

Et la peur que ça finisse.

On est bien, on est bien, on est très très bien. Si, si, si, bien.

C 'était la première fois que nous nous le disions.

Il y a une grande différence entre être heureux et en être conscient. Nous en

étions conscients.

Et ma peur changea.

Se précisa.

Ma peur devint, elle va partir.

Je lui dis, tu ne vas pas partir.

Si tu veux, je reste avec toi pour toujours.

Je restais silencieux, puis je refusais.

Il fallait refuser.

Elle m 'offrait tout le bonheur.

Je le refusais parce que je voulais rompre au sommet, au sommet du bonheur.

Nous étions au comble de la passion.

Oui,

j 'ai essayé de partir pour la Suède.

Est -ce qu 'elle a compris que je rompais pour excès d 'amour ? Que je

sauver notre amour en le préservant de la lente dégradation qui attend les

couples ? Je ne sais pas.

En nous quittant, nous nous sauvions. Ça, je le savais.

Il fallait le faire.

Je l 'ai fait.

On allait tirer un roman.

L 'été.

C 'était l 'été avec Marianne.

Et puis c 'est aussi ce qui avait été.

C 'est très beau.

Je suis très sensible à ce qui est beau.

Trop sensible.

Je ne peux pas le regarder longtemps parce que ça me barbe.

Il vous intéresse ? Il est mignon, il a des moustaches.

C 'est pas tellement que j 'aime les hommes à moustaches, mais... il me

Puis vous m 'avez montré que je ne vous plaisais pas cette nuit.

On va travailler tout de suite ? Non.

Bon, je vais faire un tour.

C 'est ça.

Est -ce que vous avez L 'été de Jérôme Hervé ? L 'été de Jérôme Hervé.

Voilà.

Vous n 'allez pas lire ça.

C 'est d 'un ennui, c 'est mortel, mortel.

Est -ce que vous avez vraiment envie de lire ? Est -ce que vous ne préférez pas

plutôt qu 'on parle ?

L 'addition, s 'il vous plaît.

Ça suffit, moi ! Je vais vous casser le...

Vous serez gentil de remettre ça au coiffeur, merci.

Déshabille -toi, tout de suite.

C 'est parce que d 'autres hommes me désirent que vous me voulez ? Tais -toi

Faut que je me taise ? Oui. Ah bon, pardon, excusez -moi, je ne savais pas.

Vous me voulez avec ou sans chaussure ? Si tu veux me décourager, tu perds ton

temps.

Est -ce que je vous paie ou c 'est pour le contrat ? Tu veux que je le déchire,

le contrat ? Le contrat ne vous donne pas...

Bon, on va travailler.

N 'oubliez pas que vous êtes mascataire.

Je vais tâcher d 'être une bonne secrétaire, à défaut d 'avoir été une

une bonne... Comment dirais -je ? Vous avez voulu tout saboter.

J 'ai respecté le contrat.

Vous avez gâché votre plaisir, pas le mien.

Tant mieux.

Voilà.

Bon.

Tapez, vous n 'êtes bonne qu 'à ça.

Pour que je tape, il faudrait que vous me dites pied.

Oui.

Où en étions -nous ? On en a fini avec Marianne. Vous avez évité le danger qu

'il y ait à vivre avec une femme qui vous suffit.

Et que je n 'oubliais pas. Quoi ? La vue de toute femme me dégoûtait, au moment

que cette femme n 'était pas Marianne.

Et si j 'ai regardé Hélène, celle -là ?

C 'est parce qu 'elle ne m 'apparaissait pas comme une vraie femme. Elle était

championne de parachute, de ski, de tout ce que vous voudrez.

Elle était la femme la plus vite, la plus rapide, la plus haute, la plus

souterraine du monde.

Elle avait tout fait.

Elle allait tout faire.

Elle avait excellé dans tous les domaines. Elle aimait le danger. Elle ne

voulait pas plaire. Elle voulait vaincre.

Sa règle était de se défendre.

La pudeur était chez elle une passion.

Et l 'on ne pouvait douter de son naturel à fuir, en effet, pour de bon,

regard des hommes.

Je n 'oubliais pas Marianne, mais je considérais Hélène comme un sport.

Vaincre cette victorieuse -là, réduire, devint pour moi un objectif, un objectif

sérieux. J 'aimais la guerre que je menais contre elle, et je désirais la

gagner.

Cette guerre, patiente d 'un style que je n 'avais jamais connu, me donnait

une... Raison de vivre, de me lever le matin, de me

raser.

Je suivais Hélène partout, même dans les endroits où je m 'ennuyais le plus.

Hélène était charmée que je m 'intéresse un peu à ce qui l 'appassionnait.

Je commençais à m 'impatienter.

C 'était la première fois que je me consacrais pendant des mois à une femme

sans avancer d 'un seul pas.

C 'est la première fois qu 'il me fallait tant d 'efforts, de ruse, de

pour séduire une fille, et elle refusait.

Je vous refuse toujours tout.

C 'est peut -être parce que vous me demandez toujours tout.

Peut -être.

Et ce soir, vous ne me demandez rien.

Je demande que ça continue.

Allons chez moi.

Prenez la première à gauche, s 'il vous plaît.

Demandez -moi n 'importe quoi.

N 'importe quoi.

Mesdames, Messieurs, dans quelques minutes, nous arrivons à Rome.

Alors Hélène ? Ah, Hélène. C 'est à cause de sa pudeur si j 'ai continué

Hélène.

Elle s 'était prêtée gentiment à moi, elle ne s 'était jamais donnée.

Elle trouvait le moyen de rester plus vierge que nature.

C 'était intolérable.

Je voulais savoir jusqu 'où je pourrais aller trop loin avec elle.

Oh non, non, taisez -vous, je vous en prie.

Il y a des moments où vous me déplaisez.

Vraiment.

J 'aurais sans doute renoncé si je n 'avais pas senti qu 'elle hésitait, qu

'elle tremblait, qu 'elle m 'aimait.

Je lui ai demandé une preuve éclatante de son amour.

Une preuve éclatante de ton amour, c 'est ça que je veux.

Et quelle autre preuve peut -on donner que d 'agir contre son propre caractère,

d 'accepter ce qui est le moins acceptable ? Je lui dis ce que j

Dans l 'élan, elle répondit oui.

J 'avais exigé ce qui était le pire pour elle.

C 'est par là.

Non, non, non.

Tu ne vas pas recommencer.

Non. Tu vas voir, c 'est très simple.

Non, pas ça. Tu m 'as promis.

Tu as dit oui.

Tu as donné ta parole.

Tu n 'es pas une petite fille qui revient sur sa parole, tu l 'as dit.

Fais ça pour moi. Fais -le pour moi, je te le demande.

On est arrivé.

Non, laisse -moi, je ne veux pas. Maintenant, c 'est un homme.

Allez,

viens. On est arrivé.

C 'est toi la nouvelle ? Qu 'est -ce que tu attends ? C 'est à toi ?

Ça

y est, tu obéis.

Tu es en train de supporter ce qui est le plus...

Totalement contraire à ta nature.

Toi qui ne pouvais même pas subir sans te rebeller mon regard.

Le regard de l 'homme que tu aimais.

Tu es sous tous les regards.

J 'étais dépassé par mon émotion.

Par le plaisir que je prenais à la défaite d 'Hélène.

Je me demandais si elle tenait le coup uniquement par amour.

Je me demandais si dans la honte, elle n 'éprouvait pas autant de plaisir que

moi.

Autrement dit, je ne pensais qu 'à elle.

C 'était peut -être la première fois que je ne pensais qu 'à elle.

Hélène, je t 'épouse.

Vous m 'agacez avec vos bonnes femmes.

Je voudrais que vous soyez malheureux.

Mais je suis malheureux.

Mais non ! Vous êtes embêté.

Je voudrais que vous soyez malade.

Dans la jungle, couvert de mouches.

Je le chasserai.

Mais ce n 'est pas possible.

Je ne supporte pas la chaleur. Sauf en hiver, bien entendu.

Vous me fascinez, Clara.

Ta gueule ! Alors, vous allez épouser

Marianne ou Hélène ? Racontez -moi comment vous avez

retrouvé Marianne.

Une fois Hélène soumise, elle vous a ennuyé.

Elle m 'a passionné, au contraire.

Le lendemain, nous sommes partis ensemble en voyage.

Et vous avez retrouvé Marianne.

Oui.

Ça ne veut rien dire qu 'on se retrouve tous les deux ici.

Ça veut sûrement dire quelque chose.

Ça veut dire qu 'il ne faut plus qu 'on se fie.

Au fond, à ton âge, c 'est extraordinaire que tu ne sois pas

Oh, à mon âge, à mon âge.

Je ne serais pas le seul dans ce cas -là, moi.

Mais tu n 'étais pas mariée, c 'est ça ? Oui, je l 'étais quand même.

Le mariage te dégoûte, hein ? Non.

Tu considères que les relations les meilleures sont les relations les plus

légères ? Oui.

Oui.

Tu as sûrement raison.

Tu sais pourquoi ils sont légères ? Non.

C 'est parce qu 'ils sont libres. Oui.

Je crois que c 'est le penteur d 'eux.

Quel Panthère 2 ? Son bateau s 'appelle le Panthère 2.

Le bateau de qui ? Le bateau de Bob.

Il m 'adore.

Il y a une semaine qui m 'attend.

Le pauvre.

Quoi ? Allez, au revoir.

A bientôt.

On se téléphone ?

Mais enfin, elles ne sont pas idiotes.

Je ne suis pas idiote.

Je suis libre.

Comme toi, comme lui.

Tu ne veux pas m 'épouser.

Lui non plus.

Il est comme toi.

Il veut m 'aimer.

Quelle bonne idée.

Mais enfin, je t 'ai perdu.

Sois logique.

Et ne reste pas là. Tu as l 'air idiot.

Et je n 'aime pas que tu aies l 'air idiot.

Mon amour.

Vous avez souffert.

J 'aime ça.

Mais alors, Marianne...

Comment êtes -vous venu à vouloir l 'épouser après ça ? D 'abord, j 'en

assez. Hélène et son mariage, alors j 'avais réussi à reculer.

J 'étais résigné, mais j 'avais réussi à reculer la date et à éloigner le lieu.

J 'étais comme un condamné dans sa cellule qui ne se torture même plus

tellement, qui se dit, bon, ben, c 'est comme ça, c 'est comme ça.

Mais mets -toi à la place d 'un condamné dans sa cellule.

Il est habitué à une certaine routine, puis tout à coup, quelque chose arrive.

Un événement imprévu, pas forcément quelque chose qui peut le libérer, qui

entraîner sa grâce ou son évasion, non, non, non.

Quelque chose, un bruit, une odeur, un événement.

Eh bien, cet événement, pour un condamné, ça permet de tout espérer.

Et cet événement, pour moi, ça a été le coup de téléphone de Marianne.

Ça m 'a réveillé en sursaut. Elle était à Mégev.

Elle voulait me voir.

Elle avait hâte de me voir.

Naturellement, elle n 'expliquait pas pourquoi. Marianne n 'explique jamais le

pourquoi d 'aucune chose.

J 'imaginais, je la voyais.

J 'entendais sa voix et je voyais son corps.

Aucune femme n 'a décuplé mon imagination comme elle.

J 'avais envie d 'être auprès d 'elle.

J 'étais aussi pressé qu 'elle.

Je l 'imaginais maintenant ayant recroché le téléphone.

Et je bondissais vers ce corps.

Vers ce corps que je n 'avais jamais pu oublier.

Parce que son âme était une énigme pour moi.

Il faut admettre que le simple souvenir du corps de Marianne suffisait à me

mettre hors de moi -même. Et que je goûtais auprès d 'elle une exaltation.

Je ressentais à l 'idée de la voir.

Possibilité de bonheur que probablement je n 'avais pas soupçonné avant de la

connaître.

Elle m 'intensifiait.

J 'étais hors de moi.

Tu étais ridicule. Pas du tout. C 'est le premier homme qui m 'a donné envie d

'être fidèle.

Ah bon ? Ah ben, parfait.

C 'est si bien passé que ça quand je t 'ai laissé à Saint -Tropez sur le

Allez, raconte.

Non, je ne veux pas. Si, si, dis -moi.

Non.

Je l 'interrogeais.

Ce type était une espèce de roi du bateau de plaisance. Il courait d 'un

yacht à un autre.

Actuellement, il était en Amérique.

Il téléphonait trois fois par jour. Il télégraphiait dix fois. Il envoyait des

lettres immenses.

Il prenait des leçons pour perfectionner sa connaissance du français et du

suédois. Il était fou.

Et moi aussi, Duras, j 'étais fou.

Raconte. Tu ne veux pas.

Dis -moi.

Non.

Laisse -moi.

Dites -moi.

Raconte -y.

Dis -moi comment ça s 'est passé.

Non.

Salope.

Il serait fou s 'il te voyait là.

Oui, mais il ne me voit pas.

Heureusement. Non, pas heureusement.

Moi, quand je t 'ai laissé à Saint -Tropez, je le savais.

Il doit savoir lui aussi.

Tu es fou.

Tu veux que je lui téléphone peut -être ? Oui.

Une idée m 'était venue.

Elle avait fini par m 'obséder.

Je lui dis ce que je voulais.

Qu 'elle le fasse revenir.

Il était au Liban, à ce je ne sais où.

Qu 'elle le fasse revenir d 'urgence.

Qu 'il arrive le lendemain.

Sous quel prétexte ? Un bon prétexte.

La vérité à peine transposée.

Je voulais qu 'elle lui dise qu 'elle avait fait la connaissance d 'un homme à

Mégev, qu 'il la serrait de très près et qu 'elle sentait qu 'elle ne

parviendrait plus à lui -même.

Et que s 'il n 'était pas là le lendemain, elle avait peur de ce qui

passer.

Elle l 'appelait au secours.

Elle a refusé ? Oui, elle a refusé.

C 'était l 'heure où tous les matins cet individu lui téléphonait d 'où qu 'il

fût.

Allô ? C 'est toi ?

Il a neigé toute la nuit.

Il fait froid, tu ne peux pas t 'imaginer.

Quoi ? Tu es torse nu ? Tu me fais rêver.

Le torse nu.

Bah, Marianne, s 'il te plaît.

Mon chéri, c 'est pour toi que j 'ai fait tes progrès en ski.

Tu m 'as dit que tu voulais que je sois une grande skieuse.

Tu fais ou tu ne fais pas. Si tu ne fais pas, je repars immédiatement.

Non, je n 'ai pas eu les lettres avant -hier.

J 'ai eu les deux hier après -midi.

Je les ai lues toutes les deux. C 'était délicieux.

Marianne, si tu le fais, je t 'épouse.

Si tu le fais, je t 'épouse.

J 'ai quelque chose à te dire.

Et tout s 'est passé comme vous le vouliez.

Il est arrivé le lendemain.

Oui, enfin, il y a toujours un petit décalage entre un rêve et sa

Mais cette fois -ci, il y en a eu très peu. Il est arrivé le surlendemain.

Je vais tout préparer.

Je vais louer une chambre dans un nouvel hôtel.

Il est entré.

Il nous a vus.

En train de faire l 'amour ? Oui.

Finalement, vous allez épouser laquelle ?

Mais aucune.

Elles sont liées.

J 'ai aimé l 'une à cause de l 'autre et j 'ai aimé l 'autre à cause de l 'une.

Choisir entre elles, ce serait un crime.

Vous en faudrez une troisième.

Je l 'ai.

Pourquoi ? Parce que je ne vous aime pas.

Mais moi non plus, je ne t 'aime pas.

J 'ai du goût pour toi.

C 'est délicieux.

Ce que vous voulez, c 'est que je vous aide.

Les hommes sont comme ça maintenant.

Si on les écoutait, il faudrait les aider.

Je déteste me rendre utile.

Je ne veux pas.

Pardon. J 'ai oublié le contrat.

Mais je m 'en fous du contrat. Je le déchire, le contrat.

Déchire ? Oui, je veux que tu veuilles.

Une journaliste ? Ah bon ? Et elle est... Enfin, je dis, elle est...

Elle est jolie, elle est jeune, elle est... Ah bon ? Dites

-moi.

Ma chère Clara, je...

Vous voulez que j 'aille faire un tour ?

Tu comprends tout.

Un petit peu d 'eau ? Quoi ? Non, oui.

Non, merci.

La guerre d 'Algérie, la guerre du Vietnam, celle du Biafra.

Vous voulez de la glace ? Non.

Suez ? Budapest ? Oui, c 'est ça.

Suez, Budapest, Prague, les famines en Afrique, en Indie. Mais vous savez, je

suis pas vraiment à blâmer.

Le problème israélien, le problème noir.

Vous croyez vraiment que c 'est parce que j 'écris depuis 15 ans que toutes

calamités sont... Tous ces problèmes vous ont laissé indifférents. Le conflit

néo -capitalisme et de néo -marxisme, celui de la décolonisation, de la

contestation de la jeunesse, de la surpopulation qui dans 20 ans deviendra

atroce puisque le nombre des habitants du globe aura doublé et que l

aura réduit au chômage la moitié du potentiel humain.

Où achetez -vous vos lunettes ? Plutôt que d 'assumer les drames de votre

époque, vous avez perdu votre temps avec les femmes.

La femme d 'aujourd 'hui est un problème redoutable.

Elle prétend à la fois être libre et asservie, capricieuse et

égale à l 'homme et protégée par lui.

Il est moins dangereux de s 'intéresser aux événements politiques que la femme d

'aujourd 'hui.

Dites -moi, d 'abord, comment vous appelez -vous ? Louise.

Dites -moi, Louise, vos lunettes.

Il y a des lunettes qui agrandissent les yeux.

Les vôtres les rétrécissent, j 'en suis sûr.

Comment le savez -vous ? Permettez.

Oh, mais oui.

Mais j 'ai raison.

Mais évidemment, je le savais.

Oui, plus dès le début.

Je ne sais pas pourquoi, d 'ailleurs.

Il y a deux femmes en vous.

Premièrement, je ne l 'aime pas.

Et puis deuxièmement, si je l 'aime, précisément, je ne dois pas rentrer.

Troisièmement, c 'est un salaud.

Quatrièmement, si je l 'aime, si je rentre, je serai malheureuse.

Donc cinquièmement, je ne dois pas rentrer si je ne l 'aime pas et je ne

pas rentrer si je l 'aime.

C 'est la même chose.

Sixièmement, si je ne rentre pas.

Oh, ce petit con, est -ce qu 'il va me fichlaper ? Septièmement, si je ne

pas, je serai malheureuse. Je serai malheureuse de toute façon.

Huitièmement, je peux me préparer à être malheureuse, que je reste avec lui ou

que je ne reste pas.

Neuvièmement, je serai malheureuse plus longtemps si je reste avec lui, parce

que je l 'aime.

C 'est très simple.

Je vais lui dire, premièrement, j 'ai été ridicule avec cette fille parce que

n 'ai pas pu cesser de penser à toi. Je n 'ai rien pu faire avec elle.

Deuxièmement, je n 'ai rien pu faire avec elle. Pourquoi ? Parce qu 'elle n

'avait qu 'un défaut, c 'est de ne pas être toi. Voilà où nous en sommes.

Je t 'aime.

Tu m 'en veux ? Je m 'en fous.

J 'ai voulu t 'oublier.

Je n 'ai pas réussi.

Quoi ? J 'ai voulu t 'oublier, mais je n 'ai pas réussi.

Cette fille n 'avait qu 'un défaut.

C 'est de ne pas être toi.

Salaud !

Alors je lui ai dit, j 'aime Clara.

Vous n 'aimez pas Clara.

Vous aimez les femmes.

Bisous.

Au secours ! Au secours !

Comment ? Tu savais ça, Marianne ? Tu savais qu 'il y avait Hélène ?

Non.

Ah non, tu te trompes.

Si j 'épouse quelqu 'un, ce ne sera pas toi, mais ce ne sera pas elle non plus.

Si, si.

Si, si, je sais qui c 'est.

Ce que je ne sais pas, c 'est si elle veut.

Mais non, mais non, mais non, Marianne, je ne suis pas un salaud.

Non, mais tu sais, c 'est une chose qui ne te commande pas d 'aimer ou de ne

plus aimer.

Évidemment, c 'est comme tu voudras.

Moi aussi, je t 'embrasse.

Écoute, allô ? Allô ? Elle a raccroché.

Elle a bien fait.

Et Hélène ? Je l 'ai appelée la première.

J 'ai procédé par ordre alphabétique.

Tu sais ce qu 'on va faire ?

Va à la mer ! Moi,

je

ne t 'oublierai jamais.

Elle m 'aimait et elle m 'a quitté.

Pourquoi ? Elle a eu la certitude que j 'étais incapable de lui donner

le bonheur.

Elle m 'a condamné impitoyablement.

Elle en savait trop sur moi.

C 'est pour ça qu 'elle est partie.

Après son départ, j 'ai compris qu 'il ne me restait plus qu 'une seule chose à

faire.

Renoncer au pape.

Ce que j 'ai fait.

Pour moi, les femmes, c 'est terminé.

Vous êtes vraiment sûr ? Oui.

Vraiment, vraiment ? Oui, enfin, je... Je crois.

C 'est mon impression.

En tout cas, vous pouvez mettre le mot fin.

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