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(musique douce)
- âȘ Warm sun, feed me up âȘ
âȘ I'm leery âȘ
âȘ Loaded up âȘ
âȘ Loathing âȘ
âȘ For a change âȘ
âȘ And I slip some âȘ
âȘ Boil away âȘ
(musique rock) âȘ Swallowed âȘ
âȘ Followed âȘ
âȘ Heavy about everything but my love âȘ
âȘ Swallowed âȘ
âȘ Followed âȘ
âȘ Funny but everyone âȘ
âȘ But yourself âȘ
âȘ Swallowed, oh yes âȘ
âȘ I'm with everyone and yet not âȘ
âȘ I'm with everyone and yet not âȘ
âȘ I'm with everyone and yet not âȘ
âȘ Just wanted to be myself âȘ
âȘ Hey you said you would âȘ
âȘ Love to try some âȘ
âȘ Hey you said you would love âȘ
âȘ To die some âȘ
âȘ In the middle of a world âȘ
âȘ On a fishhook âȘ
âȘ You're the wave You're the wave âȘ
âȘ You're the wave âȘ
- Mais non...
- Hello!
- Salut. - Bon matin!
Suzanne, c'est ça? - Oui.
- Yes! OK. Je n'étais pas sûr.
J'ai fait des oeufs.
- C'est trĂšs gentil, mais...
je n'ai pas vraiment le temps pour ça ce matin.
Je suis désolée. - Pas de stress.
C'est beau chez vous. Tu viens d'emménager?
- Oui. Il y a 2 ans.
- Ah.
- C'était le fun hier. - Ouais. Bien oui. Vraiment.
- C'est juste que là ... il faut que je révise un dossier
avant le travail... - Bien oui, je comprends.
Je te laisse te préparer. - Merci.
- Hmm...
Veux-tu qu'on... Bien, qu'on échange nos cells?
- Non. Désolée.
- Ouch!
OK! - Excuse-moi.
Je ne suis pas dans une bonne passe en ce moment.
Je ne te ferais pas du bien. - Moi, je pense
que tu me ferais du bien, au contraire...
- Quand quelqu'un te dit qui il est,
tu devrais l'écouter, Steve. - Hmm-hmm...
Tu te souviens de mon nom, c'est déjà ça.
- Steve et Suzanne...
C'est dur Ă oublier, quand mĂȘme. - Hmm-hmm...
(gémissements)
Ah!
Suzanne? - C'est bon.
C'est bon, continue. - Mais tu pleures.
- Non. Non, non.
- Bien oui, tu pleures.
- Oui. OK.
- Ca va?
- Oui. Oui, oui.
C'est juste que c'est ma premiĂšre fois...
- Hein? Mais...
on l'a fait cette nuit.
- Ah oui? - Oui.
- Ah. Excuse-moi. Mon Dieu.
Je suis désolée. C'est...
J'étais tellement nerveuse. J'ai trop bu...
La fin est floue. - Oh... Moi aussi.
Mais... Mais... Bien...
Ca, je m'en souvenais, lĂ .
- J'avais-tu l'air d'aimer ça?
- Euh... Ouais.
Mais tu avais... Tu as eu un orgasme.
- Ah oui? (grognement approbateur)
(riant) Ah oui?
- Hé. Je te jure, ok, je n'en ai pas profité.
On était saouls tous les deux, puis...
- Oui. Non, non. Je ne pense pas ça. J'étais trÚs consentante.
- OK. - Tout va bien.
- OK. OK...
- Je pense... que j'aimerais ça que tu t'en ailles.
- Ah. Bien oui. Bien oui, bien oui.
Bye. - Bye.
C'est ça. Oui. - Merci.
(long coup de klaxon)
Bien non...
Comme ça...
Comme ça...
Oh...
(tentative de démarrage)
(nouvelle tentative)
(La voiture ne démarre pas.)
(coups de klaxon) (grincements)
Maya? Excuse-moi pour le coup de klaxon.
Est-ce que je peux t'emprunter des cĂąbles Ă booster?
- Ca dépend. Est-ce que je peux te demander de ne pas jeter
tes cigarettes sur le trottoir devant chez moi?
- Mais comme je t'ai déjà dit, ce n'est pas moi qui fais ça.
- Ah. Mais tu fumes, pourtant. - Oui, ça m'arrive.
Mais je ne jette pas mes mégots devant l'immeuble, non.
- Ah. C'est quand mĂȘme une drĂŽle de coincidence.
Comme c'est pas moi qui fais ça, non, je trouve pas ça drÎle.
- Tu es quand mĂȘme la seule qui fume dans tout le bloc.
- Oui, mais si j'étais toi, je regarderais plutÎt
du cÎté de ton conjoint qui fume en cachette
pendant que tu n'es pas lĂ , mais c'est peut-ĂȘtre juste moi.
Super.
(démarrage)
OK...
(tintement)
(voix automatisée)
(bip sonore)
- Oui? - Bonjour.
On m'attend Ă l'aile D.
- Ah oui? Puis vous ĂȘtes...?
- Docteure Bien-Aimé, Suzanne. Je suis la nouvelle psychiatre.
- Oh! Excusez-moi.
J'ai pas "computé" pantoute. Je vous ouvre.
(signal sonore)
Excusez. - Non, il n'y a pas de mal.
C'est ma faute. J'ai... J'ai perdu ma carte puis...
quand j'ai fait mon orientation, c'était pas vous qui était là .
- Ah. Bien non, c'est ça. Moi, avant, j'étais sur l'aile A.
C'est ma 1re journée moi avec, dans le fond.
- Bien, bienvenue Ă nous deux. - Bien oui.
- Il faudrait vraiment que j'aille Ă la salle de bain...
- LĂ , je vais vous donner... une carte "visiteur",
mais ça, c'est en attendant. Ils vont sûrement pouvoir
vous en faire une en bas. Moi, mon imprimante
puis mon ordi sont capout. - Merci.
- On est problĂšmes d'Internet ce matin...
- Oh. Il faudrait vraiment... (Dring! Dring!)
- Aile D?
Bien non, ce n'est pas revenu.
Bien non. Mon écran est noir-noir, moi là .
TantÎt, ça faisait "erreur systÚme",
mais là , ça ne fait plus rien. Bien non, il n'est pas revenu.
Comment tu m'obstinerais pendant une heure, ce n'est pas revenu.
(profond soupir)
- Gros matin. - A qui le dites-vous?
- Il faudrait vraiment que j'aille Ă la salle de bain...
- Vous n'avez vraiment pas l'air d'une psychiatre, je trouve.
- OK. - Vous ĂȘtes jeune.
- Non.
- C'est-tu votre premiĂšre fois-- - Diane?
Il faudrait vraiment que j'aille Ă la salle de bain maintenant.
Est-ce que tu sais s'il y en a une pour le personnel
sur l'étage? - Ah. Bien certainement.
En ressortant, c'est tout de suite Ă ta droite.
Pardon "Ă votre droite".
C'est en une pour le personnel exprĂšs.
- A droite? - Oui, mais dĂ©pĂȘchez-vous.
Vous allez rater votre premiÚre réunion d'équipe.
- Oui. Bien oui. - Bonne 1re journée, ma belle!
- A toi aussi, ma belle.
(ouverture automatique)
- Oh. OK. - Je suis correcte. Ca va.
Il faut juste que...
Tabarnak...
Ouch.
Ah! Non? Mais non! Non.
Ah... Non...
Shit! Non?!
Non... Non...
Non...
Bien voyons donc. Tabarnak.
- Ils ne sont pas capables de la sortir, elle est trop agitée.
- De la sortir d'ou? - Ils sont en bas,
dans le stationnement intérieur, ils ne l'ont pas sortie encore.
La patiente est en crise, elle n'arrĂȘte pas de crier.
On l'entend jusqu'au 1er. - Je peux y aller, il n'y aura
plus personne sur l'étage... - Moi, je fais quoi finalement?
- Ah. On ne peut pas retarder le départ de M. Bern.
- Elle est ou, la psychiatre?
- Elle serait supposĂ©e ĂȘtre lĂ . - Je sais qui c'est.
Elle arrive de deux ans de congé maladie.
Ca va ĂȘtre le fun, hein? - Emilien.
Tes potins, on va s'en passer. - Mais on sait-tu
si elle s'en vient? - Je suis lĂ .
- Ah! - Bonjour. Pardon.
- Est-ce que... vous allez bien? - C'est ça.
J'ai eu un accident, j'ai saigné du nez.
Puis j'ai essayé de... Mais... Ca va.
- Avez-vous besoin de quelque chose?
- Oui. Je peux... - Bien, j'avoue que si quelqu'un
avait un chandail Ă me prĂȘter, je serais preneuse.
- On va aller vous chercher un pull Ă la friperie des patients.
C'est moi qui vais vous accompagner
dans vos déplacements. Je m'appelle Mortimer.
- Merci, c'est gentil. Mais je peux trĂšs bien
me déplacer toute seule. - (ensemble) Non. Non. Non.
- Je sais, ça peut paraßtre bizarre au début, mais non.
Ici, vous ne pouvez pas vous déplacer toute seule.
- D'accord. Alors, je suis le Docteur Bien-Aimé.
Encore désolée pour mon retard.
On peut se tutoyer tout le monde.
- Claude. InfirmiÚre. - (ensemble) Enchantée.
- Sociothérapeute. - C'est votre nom, ça?
- Non. Bien non. Je m'appelle HélÚne.
Pas "Sociothérapeute". - Oui.
Enchantée, HélÚne.
- Emilien. Criminologue. - Bonjour.
- Oui. Bon. Docteure Bien-Aimé,
on a une patiente potentielle qui attend en bas
puis qui a complÚtement décompensé. Et puis,
Emilien est déjà pris avec un départ, alors je suis un peu
embĂȘtĂ© de vous garrocher comme ça pour l'Ă©valuation...
- Non, mais... si je peux me permettre,
de toute façon, on va repousser l'évaluation de Mme Moisan.
Ca ne fait pas de sens. - Elle arrive de l'Ontario,
la patiente, là . On ne va pas la retourner sans l'évaluer.
C'est cruel. - On manque de personnel.
On ne va pas se multiplier, putain. Et en plus,
on sait pertinemment qu'on ne va pas l'accepter, cette patiente.
- Puis pourquoi on ne l'accepterait pas?
On a un départ, non? - C'est un trouble
de la personnalité, cette patiente-là .
Pas un trouble psychiatrique.
Il faut arrĂȘter d'ĂȘtre Ă genoux devant l'administration, groupe.
On a autre chose Ă faire que d'accepter les cas problĂšmes
du pénitencier. - Oui, mais l'administration,
elle te fait dire que tu n'es pas médecin.
- Mais j'ai raison quand mĂȘme. - OK. La gang, lĂ , on fait quoi?
- Ils ont-tu réussi à la sortir de la van?
- Non. Mais si tu veux mon avis, les gardiens qui sont avec...
pas les Pogos les plus décongelés de la boßte.
Ca fait que je fais quoi? Je la retourne?
- Oui. Ce serait plus sage. On ne peut pas l'évaluer
aujourd'hui. - HélÚne a raison.
Ce serait cruel de la retourner sans l'évaluer.
Du moins, sans essayer. MĂȘme si c'est souvent
des patients qui se magasinent des congés
pour fuir le pénitencier. Dans le cas de Mme Moisan,
je pense qu'on pourrait vraiment l'aider.
Elle a fait 3 tentatives de suicide lĂ -bas,
elle n'est pas en contact avec sa famille, ni personne.
Elle est en isolement depuis 2 ans Ă cause de
ses comportements. Elle refuse tout suivi psychologique.
Tout ça en Ontario, pas dans sa langue.
Moi, ça ne me dit pas que c'est un trouble de la personnalité,
ça me semble un cas trÚs psychiatrique, au contraire.
- Ce n'est pas aussi simple que ça.
Vous ne connaissez pas les procédures de l'institut.
- C'est vrai que je ne connais pas les procédures,
mais aujourd'hui on fait juste Ă©valuer si ça peut ĂȘtre
une patiente potentielle. Je vais m'en sortir.
Est-ce que tu peux demander à la Sécurité de nous attendre
en bas, s'il vous plaĂźt?
- Euh... Oui. Ca fait que lĂ , je la sors de la van?
- C'est pas ce que j'ai demandé. J'ai demandé que la Sécurité
nous attende en bas. - OK. On ne la retourne pas?
- C'est elle, la psychiatre.
- OK. - Bonjour. Enchantée.
Docteure Bien-Aimé. - Laima, coordonnatrice.
- Ca fait plaisir. On y va?
- Oui. - WĂŽ! WĂŽ! WĂŽ! WĂŽ!
Parce que lĂ , on a 18 autres Ă voir. On n'a pas fini le Cardex.
- Oui, j'en suis consciente.
Je vais venir vous consulter et rencontrer tout le monde,
mais aujourd'hui, on a une journée qui demande un peu
de flexibilité. - OK.
- Mortimer, c'est ça? - C'est ça.
- Docteure Bien-Aimé? Bienvenue à l'aile D.
Puis si vous avez besoin de quoi que ce soit,
je suis lĂ .
- Je pense que je vais l'aimer.
- Ca va faire du bien, une nouvelle psychiatre.
- Ah ouais. Pourquoi?
- Parce que l'aile D, c'est un peu l'unité fourre-tout.
Le personnel change tout le temps,
c'est des cas psychiatriques souvent désespérés.
Des patients qui ont peu de chance d'ĂȘtre rĂ©habilitĂ©s.
- Parfait. Ca me ressemble. Moi aussi, je suis un cas désespéré.
- D'habitude, les psys ne disent pas des trucs comme ça.
- Ah non? - Bien non.
- Ca va mieux, ton nez?
- Oui. Merci. - Cool.
Moi, Ă ma premiĂšre semaine ici,
il y a un patient qui m'a explosé le visage.
Ca pissait le sang de partout, une vraie boucherie.
- Un bel accueil.
- Ah oui. Ici, il ne faut jamais baisser la garde.
C'est un super hĂŽpital, il y a des histoires
qui finissent trÚs bien, mais ça reste des criminels.
Et c'est un vrai conseil.
- Un vrai merci, d'abord.
Qu'est-ce que c'est que cette merde?
- Humor Design. Tu connais pas? C'est une collection
de chandails. J'en avais plein quand j'étais petite.
- Tu ne peux pas porter ça ici. - En fait, il y en a deux.
Ca m'aiderait si tu voulais mettre l'autre.
Tu y vas?
- âȘ Je veux rider alone, je veux rider sur mon own tempo âȘ
âȘ Je veux me sentir dans ma zone ArrĂȘtez-moi s'il le faut âȘ
âȘ Je veux rider alone, je veux rider sur mon own tempo âȘ
âȘ Je veux me sentir dans ma zone ArrĂȘtez-moi s'il le faut âȘ
âȘ Je veux rider alone, je veux rider sur mon own tempo âȘ
âȘ Je veux me sentir dans ma zone ArrĂȘtez-moi s'il le faut âȘ
âȘ Je veux rider alone, je veux rider sur mon own tempo âȘ
âȘ Je veux me sentir dans ma zone ArrĂȘtez-moi s'il le faut âȘ
(cris ininterrompus)
- Sortez-moi! (cris diffus)
(grincements) (forts cris)
- On n'a pas le droit de fumer ici.
(en anglais)
C'est quoi les contentions de la patiente en ce moment?
(en anglais)
- OK.
- Je vais vous demander d'aller au-devant de la van,
pour essayer qu'elle ne vous voie pas, s'il vous plaĂźt.
Bonjour. Dre Bien-Aimé. - Spécial, vos chandails.
- Oui, j'en suis consciente. Est-ce que ce serait possible
qu'elle voie juste Mortimer et moi pour commencer?
- Oui, on peut ouvrir les portes puis rester en arriĂšre.
Vous ne rentrez dans la van. - Non.
Puis vous me tenez au courant. - Evidemment.
- Je ne veux pas de surprises. - Il n'y en aura pas.
Je déteste les surprises.
(cris enragés)
Bonjour, Mme Moisan.
- Vous ĂȘtes arrivĂ©e Ă l'Institut Mont-Royal.
- Bien, sortez-moi d'icitte! Tabarnak!
Je le sais que je suis arrivée, ostie!
Ca fait 2 h qu'on ne bouge plus!
- On se calme, madame... - Sortez-moi d'ici!
- Je ne peux pas croire que vous n'avez pas remarqué.
- Remarqué quoi?
- C'est drĂŽle, quand mĂȘme.
- Quoi, ça?
- Nos chandails. On a fait ça pour vous.
Puis? - Puis quoi?
- "Chat" va-tu bien?
- C'est con, ça.
Il est beau, le petit chat.
- Vous n'avez pas répondu à la question. "Chat" va-tu bien?
- "Chat" va pas, non.
- Pourquoi vous criez comme "chat"?
- Bien, parce que ça fait 2 h que je...
Parce que "chat" fait 2 h que je suis icitte!
(cris enragés) - Moi, je veux bien
qu'on aille jaser en haut, mais si vous vous comportez comme ça,
ça ne sera pas possible. C'est Ă votre demande que vous ĂȘtes ici.
- C'est ce que je fais, cĂąlisse!
Je ne suis pas supposĂ©e d'ĂȘtre en prison, moi! Je suis malade!
- Je ne peux pas vous aider si vous criez comme "chat".
- "Chat" va ĂȘtre beau, les jeux de mots!
- OK. J'arrĂȘte. Promis.
Moi, je suis le Dre Bien-Aimé. Je suis psychiatre ici.
Comment ça va se passer, c'est que j'ai besoin
que vous vous calmiez. Pour prouver à mon équipe
que c'est correct, que vous allez coopérer puis que
c'est sécuritaire pour l'équipe de vous sortir d'ici.
- Vous avez peur de moi, mes osties, hein?
(rire fou)
Vous avez peur de la madame! - OK, on va revenir.
- Non, non, non, non, non, non, non, non, non, non! Regarde.
Regarde. Regarde. Regarde. Regarde, regarde, regarde.
Je suis calme. Je suis calme, je suis calme, calme, calme...
Tabarnak... Vous avez quel Ăąge? Toi?
- Est-ce que ça change quelque chose?
- Ce n'est pas une petite jeune qui va me dire quoi faire.
- Ca ne veut rien dire, l'Ăąge, Mme Moisan.
- Hé! Toi! On t'a pas sonné, la tour Eiffel!
- OK.
- Ostie de cĂąlisse. J'aurais jamais dĂ» venir icitte, ostie.
Vous ne connaissez mĂȘme pas mon dossier.
- Je le connais, votre dossier, Mme Moisan. Inquiétez-vous pas.
J'ai lu les 72 pages.
Vous ĂȘtes confinĂ©e Ă votre cellule depuis deux ans.
Vous pouvez pas sortir Ă cause de vos comportements violents.
Vous refusez l'aide, les traitements.
Vous n'allez pas trĂšs bien, moi, je pense.
Vous avez commis de graves erreurs, c'est vrai.
Mais votre vie n'est pas finie.
Puis elle n'est pas obligĂ©e d'ĂȘtre aussi souffrante.
(sanglots étouffés)
Qu'est-ce qui vous fait de la peine comme ça?
- J'ai besoin d'aide.
- Ca tombe bien, c'est pour ça qu'on est ici.
OK?
(cliquetis des chaĂźnes)
J'ai remarqué que, durant votre déplacement,
vous avez fermé les yeux. Pourquoi?
- Pour ne pas voir personne.
MĂȘme les autres dĂ©tenus, lĂ ,
je ne suis pas capable. - Ils vous énervent?
- Je ne veux pas voir personne!
J'en ai déjà assez dans la mienne.
- Il y a du monde dans votre tĂȘte?
- Je me comprends.
C'est mieux que je ne voie personne.
- Le temps doit ĂȘtre long.
(petit rire) - Tu dis, toi!
J'aimerais mieux mourir souvent.
Je n'en peux plus...
d'ĂȘtre pognĂ©e dans ma tĂȘte
puis d'ĂȘtre toute seule.
Mais je ne suis pas plus capable d'ĂȘtre avec le monde.
Je deviens mauvaise. - Ca veut dire quoi, ça,
"je deviens mauvaise"? OK. - Je deviens méchante!
J'ai déjà mangé le doigt d'un gardien.
Il ne me regardait pas comme il faut.
- Vous avez mangé son doigt?
- Je l'ai croqué... puis je l'ai avalé.
- Pensez-vous que c'est correct de faire ça?
- Non, je ne me contrÎle pas! Ca fait que je suis fourrée!
- Puis pourquoi vous ĂȘtes en prison, vous?
- J'ai plantĂ© un couteau dans la tĂȘte de ma soeur.
Puis j'allais donner Ă manger Ă mes chiens.
- A vos chiens? - A mes chats aussi.
On élevait des chiens puis des chats.
La viande, c'est de la viande.
Les animaux ne sont pas regardant lĂ -dessus.
- Puis pourquoi vous avez fait ça?
- J'étais à bout de tout.
- Puis pensez-vous que c'est correct que vous soyez
en prison à cause de ça? - Moi, je veux bien payer
pour mon crime, mais ça là ! (hurlant) Ca!
(longuement étiré) Ca!
Ca, ce n'est pas humain, ça!
- Comment ça?
- Moi, je vis un enfer lĂ -bas!
Je veux venir icitte, OK? Je veux venir icitte!
- Mme Moisan... - Je vous en supplie!
- Que vous soyez au pénitencier ou ici,
Ă l'Institut, ça va ĂȘtre la mĂȘme chose. Vous avez
une peine Ă faire. Vous ne serez pas en vacances ici, lĂ .
- Je le sais! - Pourquoi vous voulez venir?
- Je ne vais pas bien. - OK.
- Puis quand vous n'allez pas bien, lĂ , est-ce que
ça vous arrive d'entendre des voix dans votre tĂȘte?
(murmures)
- Ca voudrait...
Ca voudrait-tu dire que je suis folle si j'en entendais?
- Non, pas du tout.
Par exemple, quelqu'un qui souffrirait de dépression sévÚre
pourrait expérimenter des symptÎmes psychotiques.
Ca, ça peut vouloir dire
ressentir beaucoup d'agressivité, avoir
des pensées suicidaires, entendre des voix
dans sa tĂȘte...
Cette personne-lĂ ne serait pas folle.
Elle serait trÚs malade depuis sûrement trÚs longtemps.
- Puis admettons, lĂ ... Qu'est-ce qu'elle ferait, lĂ ,
admettons pour se soigner? Admettons. On jase, lĂ .
- Bien, admettons que son transfert fonctionnait,
Ă cette personne-lĂ ,
il faudrait qu'elle accepte de parler de ses symptĂŽmes,
mĂȘme si c'est difficile puis qu'elle a honte.
Il faudrait qu'elle accepte son plan de traitement puis
en aucun cas, il faudrait qu'elle prenne des drogues
ou de l'alcool, ça pourrait ĂȘtre trĂšs nĂ©faste pour elle.
- Je vais pouvoir venir ici?
- On va étudier votre demande avec attention.
- S'il vous plaĂźt! Je vais faire tout ce qu'il faut.
- Ce que je vais vous demander, c'est de ne pas lĂącher,
puis nous non plus, on ne va pas vous lĂącher,
Il y a des bonnes chances pour que votre demande fonctionne.
- OK. OK... - Là , au pénitencier,
vous allez accepter toute l'aide psychologique qu'ils offrent.
C'est urgent. Etes-vous capable de faire ça?
Mme Moisan?
- Ah oui. - Parfait.
- Là , on va retourner au véhicule.
Les gardiens vont ĂȘtre Ă cĂŽtĂ© de vous,
mais ils vont pas vous toucher.
Vous de votre cÎté, il n'y a pas de criage,
il n'y a pas de bataillage, pas de chignage.
On regarde en avant puis on avance.
OK, Mme Moisan?
- OK...
- On continue d'avancer. Ca va.
C'est beau. C'est beau.
Non, reste avec moi. Vous me regardez.
C'est ça. On avance, on s'en va là -bas.
Vous ne me lĂąchez pas. Vous voyez, ils ne vous touchent pas.
OK?
- Renvoyez-moi pas lĂ -bas!
Je vous en supplie!
- Courage, Mme Moisan. Vous ĂȘtes capable de faire ça.
On va fermer les portes maintenant.
OK? Vous ĂȘtes capable. - (pleurant) Non! Non. Non...
(Elle pleure.)
(démarrage)
(soupir)
- J'aime bien les gens qui assument le silence.
- Bien, ferme ta gueule, d'abord.
- Tu as vraiment lu tout son dossier?
(grognement approbateur) 72 pages?
- Bien, j'ai dit un chiffre au hasard,
mais il y en avait plus que ça.
Le plus long, c'est M. Dallaire. Je pense qu'il y avait
3 boĂźtes, puis en plus il manque des bouts.
- Tu as lu le dossier de tous les patients?
Mais tu sais qu'il y a des résumés, en fait.
- C'est dur de résumer une vie en un paragraphe.
- Pas faux.
Tu as fait comment alors?
- Je me suis assise puis j'ai lu.
- ComplÚtement zélée. Il n'y a aucun psychiatre qui fait ça.
Tu as passé une semaine aux archives ou quoi?
- J'ai fait des photocopies puis je les ai apportées chez nous.
- Mais on n'a pas le droit de faire ça.
- Je le sais.
Viens-tu?
(coups de klaxons lointains) (musique classique)
(chant d'opéra)
- Maudit cĂąlisse...
(propos diffus)
(chant d'opéra)
- Il ne faut pas que vous soyez trop en amour
avec votre linge pĂąle, surtout si vous voyez M. Vanier, OK?
Parce que M. Vanier, il passe son temps Ă se mettre
des affaires dans les culottes. Ce n'est pas toujours propre.
- Allez. (chant d'opéra)
Mme Berland. Venez. On sort un peu...
Dre Bien-Aimé. Regardez.
- Il y a Claude qui m'a dit qu'il fallait que je vienne voir
M. Dallaire en urgence.
Mais si j'avais eu un assistant, j'aurais pu aller voir...
(chant d'opéra)
(chant d'opéra)
(propos diffus)
- Mais lui, il prend ça 3 fois par jour?
- Oui, par jour. - Eh boy! C'est beaucoup.
Ca? - Oui.
(chant d'opéra)
(chant d'opéra)
(propos silencieux)
- Selon mon expérience à moi, tout ce qui est
activités sociales... (chant d'opéra)
Cuisine. On l'a essayée, l'activité cuisine.
On avait fait des muffins: chocolat, banane, bleuets...
(propos diffus) (cris)
- Non! Non! Non!
Non! Non! Non!
(cris enragés) (chant d'opéra)
(grognements furieux)
(cris furieux) - Non! Non!
- Ouais, je ne le sais pas...
Tu sais, moi... Moi,
je ne suis pas... rien sûr de ça.
Ca va...
Hein? Il va ĂȘtre... Oui.
- Bonjour, M. Dallaire.
Je me présente, je suis Docteure Bien-Aimé.
Je suis la nouvelle psychiatre sur l'unité.
C'est moi qui vais poursuivre le suivi médical avec vous.
- On verra quand on sera rendus lĂ .
- A qui vous parlez en ce moment?
- Mes frĂšres.
- Vos frĂšres? - Ah!
Oui.
C'est des frĂšres d'armes.
- Ca veut dire quoi, ça, des frÚres d'armes?
- On a...
On a combattu des fois ensemble,
avant, lĂ ...
- Puis ils sont ici, dans la piĂšce, avec nous?
- Ils sont ici.
Avec Saucisse.
- Saucisse? (grognement approbateur)
Une vraie saucisse qui se mange? - Mais...
- Oups!
Voulez-vous, on va se rassoir, M. Dallaire?
On se rassoit. - OK.
- Je vais vous jaser encore un petit peu.
Voyez-vous d'autres choses que vos frĂšres?
- Non... Non, ils sont tout le temps lĂ .
- Ils sont tout le temps lĂ .
Puis ça vous achale-tu? Etes-vous tanné de ça?
- Ouais... C'est mes frĂšres.
- Aimez-vous ça ĂȘtre plus tranquille des fois?
- Oui. - Oui?
- Mais...
il faut ĂȘtre lĂ Ă nos fĂȘtes.
- C'est quoi votre date de fĂȘte, vous?
- Oui.
Puis vos frĂšres, lĂ , est-ce qu'ils vous forcent
ou ils vous disent de faire des choses que vous n'aimez pas?
- C'est pas... Hmm...
C'est pas facile, facile, facile.
- OK.
Puis vous, lĂ , seriez-vous d'accord pour essayer
une nouvelle médication?
Pour ĂȘtre moins envahi par tout ça?
Avoir des moments juste Ă vous?
(air de cornemuse) - Ca...
Ca pourrait. - Ca pourrait?
On va essayer ça.
(air de cornemuse)
(écho de voix lointaines)
M. Dallaire? Oui.
Bon, ce qu'on va faire, c'est que moi,
je vais vous revenir avec un nouveau plan de traitement
qu'on va commencer aujourd'hui, parce que la médication
que vous prenez en ce moment me semble trop forte pour vous.
- Bien oui... - Oui.
- Bien oui, mais...
pas saucisse, lĂ .
- OK. Je reviens tantĂŽt.
Bonne journée, M. Dallaire.
Sa famille, ça ressemble à quoi, lui?
- Il a une soeur qui vient souvent, sinon personne.
- Puis est-ce qu'il fonctionne bien, ici?
- On peut pas dire qu'il fonctionne bien,
mais bon, il est inoffensif.
Il a mĂȘme un droit de sortir accompagnĂ©.
Tout le monde l'aime bien, ici, mĂȘme s'il ne pige que dalle.
- Je comprends qu'il ne pige que dalle.
Sa médication, c'est du costaud. Il est buzzé bien raide,
ce patient-lĂ . Puis en plus, ça ne l'aide mĂȘme pas
pour ses hallucinations. Ca ne marche pas pantoute.
Il faut l'aider. - Ce qui est troublant,
c'est qu'on dirait qu'il aime bien ces hallucinations-lĂ .
- Ouais, tu as raison. C'est comme si...
ses hallucinations le rassurent.
Ca, c'est trÚs, trÚs rare. Je n'ai jamais vu ça.
(air de cornemuse)
(air de cornemuse)
(musique douce)
(halĂštements canins)
Oui?
- Coucou. - Coucou, Diane. Vas-y.
- Je voulais juste m'excuser de...
d'avoir dit "ma belle" tantĂŽt.
Dire "ma belle" à un médecin, ça ne se dit pas
bien, bien...
- Dire "ma belle" Ă n'importe qui, ce n'est pas super.
A une perruche, peut-ĂȘtre ça passe, mĂȘme encore lĂ .
- Vous ĂȘtes drĂŽle.
- Tu peux me tutoyer, Diane.
- Oh. OK. - Oui.
- Excuse-moi encore.
- Il n'y a pas de mal, vraiment.
Mais c'est gentil d'avoir porté attention.
- Oh! C'est bien certain.
Je veux dire, on ne veut pas blesser personne.
En tout cas, see you tomorrow.
- A demain.
Je vais fermer la fenĂȘtre parce qu'il pleut sur moi.
- Ah! Bien oui. - Il n'y a pas de problĂšme.
- OK. Bye-bye! - OK. Bye.
(tentative de démarrage)
(Le moteur cale.)
(nouvelle tentative)
(tentative de démarrage)
(La voiture démarre enfin.)
(Elle crachote.)
(annonce diffuse)
(musique douce)
(bips sonores)
(bip sonore et vibration) - (femme) Tu es ou?
Je t'attends depuis 1 h. - Oh...
- Salut, ma chérie.
On y va? Je te rejoins.
- Puis quelque chose te... te courant aprĂšs.
Comme un genre de...
Une genre de ballerine.
Puis plus il y en avait, plus tu essayais de crier.
Mais tu n'arrivais pas, il n'y a aucun son qui sortait.
- Puis je m'en sortais ou pas?
- Oui. Si on veut.
Mais tu n'aimeras pas la fin.
- C'est quoi? - La métaphore est weird.
- C'est quoi? - Oh non, je ne te le dis pas.
- Bien, lĂ , je viens de me taper
tout ton rĂȘve poche, dis-moi au moins la fin.
- Tu te transformais en maman puis
tu écraserais les ballerines avec le Code civil.
- Je me transformais en maman?
- Puis je me suis réveillée.
- Oh! Ouache! Je ne l'aime pas, ton rĂȘve!
Ah! Plus je vieillis, plus je lui ressemble.
Puis ça fait peur.
- Tu fais pareil comme elle fait tout le temps.
Tu cordes les chaussures dans l'entrée.
- Bien non. - Bien oui.
- Oh lĂ , lĂ ! Quel cauchemar.
Comment ça va l'alcool?
- Pas bien. - Suzanne...
- Astrid...
- C'était comment ta premiÚre journée?
- OK. Je suis ta soeur, pas ta patiente.
- Non. Ca m'intéresse. C'était comment?
- C'était bien.
J'étais bonne, je pense.
J'étais comme quelqu'un d'autre...
Non, ça m'a fait du bien.
- Moi aussi, ça me fait du bien de t'entendre dire ça.
- Je n'y ai pas pensé de la journée.
En deux ans, c'est la premiÚre fois que ça m'arrive.
- LĂ , tu n'oublies pas ce que tu m'as promis, hein?
- Non, je n'oublie pas. Fuck.
Je ne parlais pas de ça. - Je vais faire ce que je veux
pour me rassurer puis je m'en fous que ça te fasse chier.
Mets-toi Ă ma place. - Je te le promets, Astrid.
- OK...
Tu vas t'en sortir.
Tu es en train de passer au travers, lĂ .
Je suis avec toi.
- Oui.
- Je suis tellement fiĂšre de toi!
C'est bien que tu aies recommencé à travailler.
- Oui. Oui, c'est bien.
- Ce serait bien que...
tu en profites pour te faire des amis...
de te reconstruire un cercle social.
C'est important pour ton bien-ĂȘtre.
- Je n'ai jamais vraiment eu d'amis Ă part toi.
- Je sais. Mais il n'est jamais trop tard.
Tu sais, la prochaine fois que tu rencontres quelqu'un
qui te plaĂźt, que tu trouves qu'il a un bon coeur,
essaie de t'investir dans la relation.
- Oui. J'aimerais ça.
- Qu'est-ce que tu voulais dire tantĂŽt?
Excuse. Je t'ai coupée. C'est la premiÚre fois
que tu ne penses pas... - Ah.
- Quoi? - Je voulais dire...
...que je ne la ressens pas, en fait.
La tristesse.
Au travail, je ne l'ai pas ressentie.
- Mais sinon, tu la sens tout le temps encore?
(grognement approbateur)
- C'est comme si ça faisait partie de moi maintenant.
Comme si j'étais toujours accompagnée par ça.
Comme une espĂšce de...
d'immense lourdeur,
de... de nuisance, lĂ .
De tristesse. (profonde inspiration)
Puis peu importe ce que je fais,
avec qui ou quoi, c'est tout le temps lĂ .
Ca me suit tout le temps.
(tentative de démarrage) Je ne suis jamais tranquille.
(aboiements lointains)
J'aimerais ça ĂȘtre tranquille.
Plus ressentir ça tout le temps.
Avoir la tĂȘte claire.
(musique triste)
Je ne me rappelle mĂȘme plus c'est comment.
(musique épique)
(bip sonore)
- Coucou. C'est Mortimer.
J'ai cru comprendre que ta voiture, ce n'était pas
la grande forme. Tu veux un lift demain?
A plus.
(piano doux)
- Vous ĂȘtes heureuse de travailler ici?
- Vous comprenez ce que je viens de vous dire?
- Vous avez l'air tellement triste.
Vos yeux... on dirait que vous avez beaucoup pleuré.
Vous ĂȘtes au dĂ©sespoir.
(musique dramatique)
Sous-titrage: SETTE Inc.
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