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Original subtitles

LE TERRORISTE

Père Carlo ?

Je voudrais un certificat.

Venez avec moi.

Suivez-moi.

On a apporté ça pour vous.

Rodolfo.

Oscar.

Danilo.

Allez, ouvrons-la.

Mets la caisse sur la table.

C'est vous qui parlez allemand ?

Oui.

Heureusement, car nous, on ne pipe pas mot!

Tais-toi, va.

C'est qu'on se ferait pincer sans vous.

C'est moi qui parlerai.

J'enseigne l'allemand, ma mère venait d'Autriche.

Le dimanche est idéal pour se voir à l'université.

Les autres jours aussi, Ugo.

Nous sommes six à mon cours d'économie.

Trois étudiantes, un réformé, un prêtre et moi.

Il donnera le signal à l'arrivée du Platzkommandant, vers 16h30.

Ils ont une cérémonie. Avec un bal, je crois.

Et il téléphonera ici, après ?

Oui, bien sûr.

C'est toi qui as préparé les ampoules ?

Avec acide et solvants pris en T.P.

Tu les as bien testées ?

C'est simple. Verticales, elles sont inoffensives.

À plat, l'acide ronge l'opercule en 15 mn et ça explose.

Nul besoin de s'y connaître.

Ne bouge pas !

Ne te fais pas voir.

Et veille Ă  ne pas te salir.

Tu le sais, le soldat allemand est toujours impeccable.

Gardes, en position !

Vite, dépêchons !

Garde Ă  vous ! Inspection.

Gardez position !

Ă€ vos ordres, mon Lieutenant.

Regard droit devant !

Virez... maintenant.

AllĂ´ ?

Très bien.

- C'est pour un sabotage. - Je vous en prie.

Je ne veux pas le savoir.

Je le lui ai bien dit.

Envoyez-moi qui vous voudrez Ă  une condition :

que je ne sache rien.

C'était lui ?

Il dit que le colis est arrivé.

Allons-y.

Détache-nous, Oscar. Toi, conduis.

Doucement.

Soyez tranquilles, on est Ă  l'heure.

Avance.

Allez...

On arrive.

Livraison de bières. Nous devons décharger et repartir.

Bien. Déchargez.

Déchargeons.

Des hommes pour la bière, vite !

ArrĂŞtez. Faites voir.

C'est bon. Continuez.

Bières déchargées.

Tout est en ordre. Repartez.

AllĂ´ ?

Tout s'est bien passé.

Pour l'instant, rien.

Bravo Ă  vous et Ă  vos hommes. De notre part Ă  tous.

C'est bien joué.

Il dit : "Nous verrons."

Ce Rodolfo, quel talent! On aurait dit un discours d'Hitler.

Et ils l'ont cru ! Pas vrai, le comptable ?

Et comment !

À l'intérieur, j'ai vu deux putains, de celles qui...

Pardon, mon père, mais c'est la vérité.

Et penser qu'en partant, j'avais une de ces trouilles !

Mais voir la sale gueule du type qui a ouvert la caisse,

ça m'a mis dans une colère noire.

On a été bons, pas vrai, Ingénieur ?

Finissez de vous changer.

Des victimes ?

N'ayez pas peur, mon père.

Venise doit se secouer.

Il faudrait un attentat par jour.

Mieux vaut que je retourne à l'église.

Je ne m'absente jamais le dimanche.

Et ces affaires ?

Je m'en occupe.

Faites sortir les deux hommes. Le gamin reste.

Que vont faire les Allemands ?

Nous le saurons demain.

Vous voyez que c'est facile.

Il suffit de bien savoir ce qu'on doit faire.

Je sais seulement qu'un tel 1/4 d'heure...

- Vous avez eu peur ? - Terriblement.

Ça ne s'est pas vu, c'est l'essentiel.

Maintenant, rentrez chez vous

et restez-y aujourd'hui.

Au revoir, Oscar.

Mes respects, Ingénieur.

Rodolfo, coupons le contact. Ce lieu n'existe plus.

Terminé.

Au revoir.

Au revoir.

Faites attention.

Au revoir, Ingénieur.

Non, toi, tu ranges tout dans la valise.

Bonsoir...

Bonsoir, Oscar.

Encore besoin de moi ?

Tiens, fume.

J'ai la trouille rien qu'en y repensant,

alors que je n'ai rien fait.

Rodolfo, lui, a été fantastique.

MĂŞme le comptable !

- Qui ? - Je veux dire Oscar...

Passe-moi la valise.

ITALIE LIBRE LE PARTI D'ACTION PARLE AUX ITALIENS

Chouette appartement.

- Il n'est pas Ă  moi. - Mais les livres oui.

- Viens voir quelque chose. - Quoi ?

On filera avant le couvre-feu. Ensemble.

- Tu n'iras pas chez toi. - Pourquoi ?

- Tu parlerais trop. - Moi ?

Éteins ta cigarette.

Ton père est sur leurs listes, tu sais ? Depuis bien avant ta naissance.

Mieux vaut donc que tu ne rentres pas.

C'est vrai. Ils le harcèlent car il a toujours été communiste.

Mais après, le monde sera juste, pas vrai ?

C'est quoi ?

Ris, va. Tu rires moins en le jetant dans les automitrailleuses allemandes.

- Devant la station ? - Bien sûr.

Sacrée imagination...

-Alors ? - Ça avance ?

On a presque fini. Zonta est inspiré.

Félicitations ! Nous sommes fiers.

- Je peux lire ? - De suite.

Voici. Fraîchement imprimé.

"Justice et liberté.

"Vénitiens ! Venise martyre ne peut rester spectatrice

"comme Ravenne Ă  la chute de l'Empire romain.

"Il est nécessaire d'agir même si..."

C'est très bien.

"Il est nécessaire d'agir même si cela entraîne des souffrances.

"C'est un jour historique. L'acte audacieux..."

Il faut rayer: "réussi à la perfection",

le Platzkommandant est indemne.

- Tu en es sûr ? - Oui.

Voilà. Faites ça bien.

N'en doutez pas.

L'explosif sort demain de l'Arsenal ?

À 10h, caché dans des accumulateurs.

Combien ?

12 kg. Il y a trop de surveillance pour plus.

Veille Ă  ce qu'ils n'aient pas d'armes identifiables.

Bien sûr.

Au pont, vous verrez l'un de mes hommes. Le code est "Tension 125".

Entendu.

Écoute…

Coupons le contact quelques jours.

Je te ferai signe. Au revoir.

Au revoir.

Bonne nuit, Zonta.

Agir ainsi sans plan précis !

Bilan : 40 arrestations.

Combien de victimes ?

Ă€ priori quatre ou cinq.

Qui était la femme ?

Les femmes bien ne vont pas chez eux.

Les prostituées, oui. Paix à son âme.

En 1939, lors d'un bal en l'honneur des Nazis,

les notables étaient foison !

La mort de cette misérable nous a valu 10 otages.

- Dix ? - Précisément.

J'approuve ce qui déstabilise l'ennemi,

mais je m'oppose Ă  ce qu'on prenne des gens au hasard,

des irresponsables dont les actes ont de telles conséquences.

Qu'on n'ait rien su est inadmissible !

- C'est inexact. - Quoi ?

Je le savais, Alvise.

J'étais informé de l'attentat.

Les partis les plus sérieux étaient prévenus.

Nous sommes sérieux et nous étions dans le noir.

Question d'organisation.

C'est le comble. Tu savais ?

Officieusement.

- Au nom de mon parti... - Faisons dans l'ordre.

Désignons le président de séance.

Aujourd'hui, c'est ton tour.

Sommes-nous en sécurité ?

Mon assistante est dans l'antichambre.

- Fais le PV. - Bien.

En date du... et cætera,

et en présence des représentants des cinq partis

constituant le Comité de Libération Nationale vénitien,

abrégé en C.L.N.,

Ă  savoir : Quadro du Parti Socialiste,

Alvise du Parti Libéral,

Nemo pour les démo-chrétiens,

Piero du Parti Communiste

et Smith du Parti d'Action, désigné président.

Le président déclare ouverte la séance extraordinaire

et prend acte de l'attentat Ă  la bombe

effectué hier par les partisans d'un G.A.P. vénitien.

- D'un quoi ? - Un instant.

Les Allemands ont annoncé avoir arrêté pour l'instant 40 hommes.

"Si les coupables ne sont pas découverts

"dans les 24 heures Ă  partir de 8h ce lundi,

"le commandement allemand pourra appliquer

"les représailles de guerre."

VoilĂ  la communication.

On peut dire que le coup a réussi.

- Je demande la parole. - La cible est indemne.

Mais Allemands et fascistes sont alertés.

Venise est sortie de sa torpeur.

Évaluons-en la portée politique. La parole aux libéraux.

Vu que tous ici en savez plus que moi,

sauf notre jeune ami, qui pourtant, bien sûr, s'aligne,

pourrais-je aussi être éclairé sur qui a conçu ce joli "coup",

comme dit notre dynamique président ?

Les G.A.P. ont été conçus par les communistes pour la lutte.

J'en étais sûr! Et tu ne dis rien ?

Plus bas ! L'université n'est pas insonorisée.

- Puis-je continuer ? - Allez-y.

Le concept est communiste

mais c'est un groupe mixte qui a ouvert le combat Ă  Venise.

Il dépend d'un élément de mon parti.

Du Parti d'Action ?

- Alors c'est... - Oui, l'Ingénieur.

Ses sabotages jusqu'ici visaient l'Arsenal et les voies ferrées.

Ces sabotages, d'accord !

Ou encore quand la capitainerie avait brûlé

avec tous les livrets matricule.

Ces gestes-lĂ  ont du sens !

Mais avant de basculer dans le terrorisme,

il aurait fallu en discuter plusieurs fois ici,

puis ne rien faire, selon moi. Écris ça.

Non, attends.

Du terrorisme, Alvise ?

Je n'aimerais pas que ce mot figure au PV.

Les exécutions nazies au débarcadère, c'est du terrorisme.

Et le responsable est le Platzkommandant.

Je suis d'accord.

La tentative de liquider ce haut gradé

était un objectif militaire précis.

Et non une simple manœuvre d'intimidation.

Et n'oublions pas la rafle du ghetto il y a 15 jours.

C'était sur son ordre.

Au nom de mon parti, je m'associe aussi à la rectification proposée.

Moi je sais ce que diront les habitants.

Il fallait les entendre, hier et ce matin.

Mais vous ne parlez pas aux gens, vous ignorez tout.

Et donc ?

Très bien... Écrivez,

écrivez donc que les partis sont tous d'accord,

maintenant que le fait est accompli. Mais avant ?

Avant, ils étaient objectivement d'accord.

Il n'y a rien à écrire.

Nous connaissons tous la mission des G.A.P.

Groupes d'Action de Partisans.

- Groupe d'Action Prolétaire. - Patriotique.

C'est surtout un groupe de gens courageux qui agissent.

Dans chaque centre névralgique occupé, il faut un collectif militaire citadin,

distinct des maquis montagnards.

Les Alliés sont bloqués à 200 km de Rome.

On n'espère plus une avancée éclair.

Pareil pour leur soutien aux partisans, on n'y compte plus.

Nous verrons. Le C.L.N. de Milan revient de Suisse.

Avec des promesses vides ?

Comme les largages jamais reçus.

Les Alliés n'attendent de nous que sabotages et renseignements militaires.

Entendons-nous bien.

Ils ne sont pas seuls Ă  douter des plans grandioses des partisans.

Ă€ San Martino en Lombardie,

les premiers groupes partisans ont essuyé de graves pertes

avant de battre en retraite.

Veillons Ă  ne pas disperser nos forces.

Les holocaustes sont inutiles.

Attendons que les Alliés se rapprochent et économisons-nous pour…

L'insurrection.

Non ! Je n'ai pas dit ça !Absolument pas !

- Ce n'était pas le sens... - Soit.

Mettons au PV ce fameux sens. C'est facile.

Toujours le mĂŞme mot : "attendre". Et ne rien faire.

Quand allez-vous me comprendre ?

Sommes-nous lĂ  pour dire amen Ă  tout ?

Ă€ Florence,

les G.A.P. ont laissé leur marque le 1er décembre.

Ils ont éliminé le chef du district qui fusillait les déserteurs.

Comme ici, l'action militaire a devancé la politique.

Ă€ Turin, il y a eu plusieurs attentats.

Celui d'hier, le premier ici, est l'un des meilleurs sur le plan technique.

- Et politique. - Non, là, je formule une réserve.

Réserve qu'il me semble détecter aussi chez le camarade Piero.

Si certains partis,

si le C.L.N. même, n'ont pas été consultés

pour décider ce qui... il faut le dire,

a été une véritable déclaration de guerre en ville,

Ă  laquelle en fait, je consens...

Oui, si n'était prouvée l'inutilité des attentats

pour la conduite générale de la guerre.

Et si on ne jouait pas avec la vie des gens !

Entrez !

Le café, Professeur.

Parfait, entrez donc.

Nous sommes en régime d'austérité,

y compris pour notre bibliothèque.

Posez ça sur la table.

Ce sera tout.

J'ai tout noté, Professeur.

Espérons qu'on pourra accorder un échéancier allégé.

Et que mon café ne vous semblera pas trop "allégé" !

- Deux ? - Bien sûr.

Viens voir.

Vous pouvez y aller.

- Et restez attentive. - Toujours, Professeur.

Ton café, Alvise.

On est prĂŞts Ă  plaisanter, maintenant.

- Tiens. - Merci.

- Pour faire passer la pilule ? - Non.

Mais de telles actions exigent rapidité et discrétion. Tu comprends ?

- Le secret militaire. - Et du professionnalisme.

- Si un officier les dirigeait... - Arrêtons cet éternel débat !

On sait bien que tant vous

que les démo-chrétiens confieriez les rênes

à des officiers de carrière, encore liés par serment au roi !

Il y a déjà une République. Celle de Mussolini !

Ce gouvernement de pacotille qui ose se dire républicain

après défection d'un vieux complice ?

Les Savoie…

Leur débat est inapproprié.

Par les libéraux et les démo-chrétiens,

les royalistes antifascistes sont au C.L.N.

- Sur le principe, tout nous oppose. - Bien sûr !

Mais ne rejetons pas leur apport au combat.

Sans remettre en cause la République.

- On verra après. - Ils risquent de revenir entre-temps.

On doit garder le dessus sur les conservateurs

sans causer de scission.

L'intérêt du pays ne peut jamais être

opposé à celui de la classe ouvrière.

Vous ĂŞtes forts.

Vous aussi.

Ensemble, on doit tendre la main aux masses catholiques.

Forts, et pas trop difficiles.

Mais non !

Je m'appuie sur des notions telles que discipline,

hiérarchie, stratégie, pratique de commandement.

Tu citais San Martino en Lombardie.

On sait tous ce qui s'y est passé.

Ces partisans obéissaient à un colonel,

un vrai, barricadé dans les forts du Varesotto

qu'il voulait défendre selon les tactiques de l'école de guerre.

Comme s'il attendait les parachutistes de Clark,

ou des troupes célestes ! Pas vrai, Nemo ?

Notre position reste pour l'instant inchangée.

Nous voulons un chef militaire compétent sous le contrôle du C.L.N.

Je crains qu'on ait le temps de profiter de l'expérience.

Donc, pour en revenir au PV,

je salue avec admiration le courage des G.A.P.

Et l'Ingénieur est très fort.

MĂŞme si je ne peux approuver, dans le cadre du C.L.N.,

la tactique du fait accompli.

Les conséquences sont très graves.

Je prône donc, au nom de la Démocratie Chrétienne,

un comportement prudent.

Très prudent. Tu as pris note ?

Oui.

Nous, socialistes,

louons pleinement l'attentat.

Je ne veux pas que mes...

réserves soient incomprises. Elles ne seront pas au PV.

Mais je note que mon Parti aussi est pour une position...

Car il y a le problème des otages.

Quasiment la moitié communistes.

Ou parents de communistes.

Il y a aussi Pradetto, l'ancien député du Parti populaire.

Ce n'est encore qu'une menace.

Les Nazis savent qu'ils provoqueraient la haine de la population.

Ne risquent-ils pas de nous faire haĂŻr aussi ?

Absolument pas.

On réagit aux provocations de l'occupant.

Assez ! C'est une politique erronée.

Calme-toi, sinon on n'avance pas.

On a peu de temps pour décider.

J'ai une proposition Ă  vous faire au nom de mon Parti.

Le C.L.N.

pourrait confier au représentant de la DC

l'obtention d'une médiation urgente du Patriarche de Venise

en faveur des otages.

Le Patriarche peut intervenir, mais pas en notre nom.

Que demander aux Nazis si on ne leur offre rien ?

Et on ne peut ni ne doit rien leur offrir.

C'est bien cela la question.

J'accepte. Et je peux m'y rendre en sortant d'ici.

Mais pas les mains vides !

Je dois pouvoir offrir au Patriarche

la possibilité d'assurer aux Nazis, après la libération des otages,

que les attentats cesseront.

Que les attentats cesseront ?

- C'est une reddition ! -Au contraire !

Bravo, Nemo. C'est un pas fondamental vers une Venise ville ouverte !

Avec l'Arsenal ?

Et les dépôts et hommes qui s'y trouvent ?

La ville ouverte est impossible. Et vous, les modérés, le savez !

Étant un parti du peuple, nous avons la tête sur les épaules.

Venise n'avait pas encore été bombardée dans cette guerre.

Les premières bombes sont les vôtres !

J'émets de très grandes réserves sur la demande du représentant DC !

La lutte est à peine entamée, et doit continuer.

On ne doit pas passer pour des velléitaires !

Le Parti d'Action s'y oppose totalement sur le plan politique.

L'Église, et pas qu'ici,

a longtemps communié béatement avec le régime.

Ses responsabilités sont lourdes.

Si la médiation réussissait avec ces conditions absurdes,

L'Église serait blanchie face à l'opinion publique,

tant nationale qu'internationale.

Je suis navré, tes conditions sont inacceptables.

Les socialistes ont déjà parlé.

Je tiens pour acquis que les communistes sont de notre avis.

Non, Smith.

Pardon ?

En cet instant, le Parti Communiste ne peut s'opposer

à la position du représentant des démo-chrétiens.

Non par une prudence comme celle prônée par Nemo,

mais par le sens des responsabilités

qui a toujours caractérisé notre Parti.

La thèse de Venise, ville ouverte,

n'est pas réaliste.

Mais en offrant la cessation des attentats urbains,

en échange de la libération des otages,

nous insérons le C.L.N. dans le mouvement de résistance

dans une dialectique vivante.

Les Allemands devront reconnaître

notre existence et notre force.

Les fascistes devront renoncer à leur prétention

de représenter le peuple.

Et nous,

nous pourrons reprendre l'initiative Ă  Venise,

dès qu'ils s'en prendront aux habitants.

De plus...

De plus, nous gagnerons aussi un laps de temps

précieux pour le travail d'organisation.

- La vĂ´tre ! - De qui sait y faire.

Qui sait y faire, sinon les communistes ?

Les catholiques aussi, Alvise !

Dans les Comités de Libération Nationale,

les partis de masse comptent autant que les partis d'opinion.

C'est afin d'assurer l'unité de la lutte.

Mais sortis d'ici,

chacun bouge suivant la base populaire qu'il a sous les pieds.

Les pieds sur la tĂŞte, oui ! Pour eux, il n'y a que la lutte des classes !

VoilĂ  quelle est la lutte selon eux !

Tout est fonction de la lutte des classes !

Lesquelles classes, pour citer Benedetto Croce,

n'existent pas et ne sont qu'un pseudo-concept !

La guerre existe, Alvise.

Donc, il y a une tentative de médiation de la DC.

Les libéraux s'y associent ?

J'espère de tout cœur qu'elle réussira.

- Et je m'y associe, oui. - Verbalisons.

Nonobstant mon propre désaccord... et tes réserves,

le Comité, dans l'intérêt des habitants,

charge le représentant démo-chrétien d'obtenir immédiatement

la médiation du Patriarche en faveur des otages.

Ajoutons : le C.L.N. décide

que les G.A.P. vénitiens cessent toute activité

jusqu'Ă  nouvel ordre.

Qui prévient l'Ingénieur ?

Smith. Il est de son parti.

Je lance la recherche de suite.

Mieux vaut que je sorte en premier.

Bonne chance, Nemo.

Les otages ne sont pas le seul sujet du jour.

À l'ordre du jour…

Les subventions aux déserteurs des classes 1924 et 1925

qui veulent rejoindre le maquis.

Le financement du C.L.N. par impôt spécial de guerre.

Le contact avec les partisans du Pieve.

La protection des Juifs vénitiens cachés...

Vénitiens !

Badoglio, qui pousse l’Italie au fratricide,

s'est condamné tout seul.

C'est ce renégat

et les hyènes payées par Moscou qui vous ordonnent d'abattre

les soldats allemands dans le dos.

Jusqu'ici, le commandement allemand a prouvé par les faits

que le respect des principes humains compatibles avec la guerre

est une chose normale.

Alors, rendez-vous avant le couvre-feu, chez ta fiancée.

...cet attentat qui n'a même pas épargné les femmes innocentes

n'est plus de la guerre mais du banditisme.

C'est un crime.

Vas-y.

Si les terroristes ne sont pas arrêtés d'ici demain 8h,

de dures mais justes représailles seront appliquées.

Dans l'intérêt de tous,

la population est invitée à participer à la recherche des coupables.

Immense serait le deuil des familles vénitiennes

innocentes de ces actes,

après les douloureuses

mais justes représailles germaniques.

Ici Radio Patrie.

Vénitiens !

Ça suffit ! Les autres se fichent de nous !

Après ta visite au Patriarche, l'Ingénieur continue, indifférent!

Tu as raison.

Je voulais m'assurer que c'était lui avant d'intervenir.

Qui d'autre ? Mon gondolier ?

Téléphone à Smith. Il le sait, qui a fait le coup.

Non, cette fois, j'ignore tout!

C'est peut-ĂŞtre un autre.

Oh non, c'est lui.

Aussi sûr que 2 et 2 font 4.

Appelle Quadro.

Piero, c'est inutile, il doit sauter de joie.

Ça ne me plaît pas du tout. Compris ?

On avait décidé d'une halte.

C'est un manque d'organisation inadmissible.

Sur les 40 bĂŞtes qui sont dans l'enclos, 19 sont Ă  moi.

Cinq sont Ă  moi, Piero. Mais eux, les bouchers,

tu sais comment ils ont réagi ?

Je crains qu'on ne puisse plus rien.

Ils ont confirmé, dernier délai 8h.

Et avec ce risque…

Je rappellerai nos décisions à Smith.

Faisons-nous respecter, que diable !

Tiens-en compte, si tu parviens Ă  le joindre.

Au revoir.

AllĂ´ ?

Je peux parler ?

Je sais ce que tu vas me dire,

mais je n'en savais rien non plus. Il a rompu le contact.

C'est grave.

Je le connais. Il a agi ainsi pour ne pas nous impliquer.

Mais je le retrouverai.

Bonne nuit.

PASSAGE DE L'ARSENAL

Ă€ la prochaine.

Je n'ai plus de contact avec l'Ingénieur. Tu sais où il est ?

Non. Mais hier, il a fait sortir l'explosif comme prévu.

Qui l'a transporté ?

Je l'ignore.

- Tu l'avais jamais vu ? - Non.

- Et il a parlé de l'Ingénieur ? - Pas un mot.

Si tu as des nouvelles de lui, fais-moi prévenir.

- C'est très important. - Je le ferai.

J'y vais. Adieu.

Vous !

Attendez, mon père. Je viens pour autre chose.

On ne risque rien ?

Vous savez bien que non. Qu'y a-t-il ?

Je voudrais vous parler sous le sceau du secret.

Très bien. Prenez une chaise.

J'ai reçu hier soir un appel de l'Ingénieur.

Un rendez-vous.

Prépare-t-il autre chose ?

Oui, je crois.

Je ne me sens plus de continuer.

Dimanche, je l'ai fait par devoir.

Maintenant, Ă  d'autres. Ce n'est plus pour moi.

Je ne dis pas ça pour les risques, vous comprenez.

Je l'ai mĂŞme dit Ă  ma femme.

- C'est que je pense... - Aux conséquences.

Y aviez-vous réfléchi avant ?

Oui.

Mais pas assez.

Et puis les voir réalisées est autre chose.

Tout ce qui s'est passé après...

Mais j'ai donné ma parole.

Je viens pour savoir si je peux m'en défier et à quelles conditions.

J'ignore qui vous ĂŞtes.

Mais j'imagine que vous ĂŞtes croyant.

C'est la raison de ma venue.

Votre chef m'a laissé des impressions mitigées.

De quelque manière qu'on juge ses actes,

il se croit clairement parmi les rares auxquels est réservé

le privilège et le fardeau de la pleine responsabilité.

Et non un de ceux,

dont je fais partie,

en pensant aussi Ă  dimanche,

non un de ceux dont le Christ en croix en dit:

"Ils ne savent pas ce qu'ils font."

En ce qui vous concerne aussi,

je considère pouvoir dire que la non-collaboration est légitime.

Pas que sur le plan de la liberté de conscience,

mais aussi sur celui du devoir civique.

D'après ce que je sais, d'ailleurs,

le C.L.N. ne veut plus d'actes de dynamitage.

C'est certain, mon père ?

Je ne le dirais pas, sinon.

La situation parle d'elle-mĂŞme.

À 8h, les otages seront fusillés.

L’Ingénieur sait-il qu'il doit s'arrêter ?

Peut-ĂŞtre que non.

Pourtant selon les règles de la clandestinité,

lui seul peut contacter le mouvement.

Mais il a fait perdre sa piste.

- À moins que vous... - Moi?

Oui.

Nul ne sait oĂą le trouver.

En avez-vous une idée ?

Vous m'avez parlé d'un rendez-vous.

Je ne me sens plus de continuer.

J'espérais que Dieu, à travers vous, consentirait à me libérer.

J'y comptais beaucoup, en venant ici.

Mais je ne peux intervenir comme vous me le suggérez.

Suggéré ?

Je ne vous ai rien suggéré, mon fils.

J'ai répondu à une question relevant de mon sacerdoce.

Pour le reste,

vous en déciderez selon votre conscience.

Il en est toujours ainsi.

- Merci, mon père. - De rien.

Oscar, la bâche !

Il ne viendra plus, tu vas le remplacer.

Moi ?

Dépêche-toi. On y va.

LA PETITE GAZETTE

Bonjour.

Vous désirez ?

C'est l'huile pour les rotatives.

Garde !

- Tu apportes quoi ? - De l'huile.

- Où vas-tu ? - Près des rotatives.

Pose ça ici. Je m'en occupe.

Comme vous voulez.

Elle est décantée.

Allez, dépêchez-vous.

Pose-les.

Alors, bonne journée. Au revoir.

Allons-y.

Eh, vous deux ! Revenez !

Halte !

Giannotti ! Va les arrĂŞter ! Toi, jette tout dans le canal !

La sœur de Danilo est arrivée et a dit qu'ils avaient pris son père.

Ils sont arrivés à 9h à l'abattoir, ils ont emmené le père de Danilo !

Ils l'ont roué de coups.

D'autres ont tout fouillé chez eux.

Ils ont même giflé sa mère, la pauvre !

Et ensuite ?

- Raconte. - C'est tout. Je dois monter.

Danilo !

- OĂą est-il ? - Je ne sais pas. Il n'est pas lĂ  ?

Mon Dieu !

Que faisais-tu Ă  discourir ?

- Personne ne suit plus les ordres. - Elles m'ont questionné.

N'avais-je pas dit de rester ici ?

Oui.

Mais quand on a su l'arrestation de son père,

je n'ai pu le retenir.

Je lui ai dit de rester, que j'allais m'informer Ă  sa place.

- Ils ont arrêté son père ? - Oui, les fascistes.

Ă€ l'abattoir, Ă  9h.

Sa mère est désespérée.

Je croyais qu'il était resté ici.

J'ai eu tort ?

Personne ne sait que vous habitez ici.

Danilo !

Giuliana,

va chez sa mère.

Dis-lui que c'est

de la part des amis de Danilo.

J'y vais et je reviens.

Range l'argent.

Et je ne parle Ă  personne.

Danilo...

Ne restons plus ici, ni toi ni moi.

Tiens.

Pars sans attendre Giuliana.

Et vous ?

On ne peut plus œuvrer ensemble.

Oscar a des ennuis, ne le cherche pas.

Et ne compte pas sur le professeur d'allemand.

Reprends contact avec tes amis.

Ils te trouveront une cachette.

Ne te fais pas prendre.

Fais tout disparaître. Ne laisse rien traîner ici, surtout.

Au revoir.

Introuvable ? Mais il faut le trouver.

Ils ont fusillé 20 otages ce matin. Trouvez-le et dites-lui d'arrêter.

Bonsoir. Je me suis un peu perdu.

Bonsoir, tout le monde.

Le nouveau représentant des libéraux, Alfonso.

Quadro, le socialiste.

Maître...

Bonsoir.

- Tu le connais aussi ? - Qui ne connaît Me Pucci !

C'est sûr…

Quadro !

On sort du magasin par ici. Le rideau est Ă  mi-chemin.

Pas de PV, tu le feras de mémoire.

A-t-on des nouvelles d'Alvise ?

- Qui ? - Le comte Pena !

Presque rien.

Il dînait avec sa sœur quand les fascistes sont arrivés.

- Ils le savent du C.L.N. ? - Espérons que non.

Il devait être sur leurs listes pour ses opinions passées.

Sans le meurtre du garde du journal, il ne se passait rien.

20 fusillés ce matin, et toutes ces arrestations !

Les exécutions étaient pour l'attentat contre la Wehrmacht.

Aucun rapport avec les deux dernières actions contre les fascistes.

Les Allemands les ignorent dans leurs annonces.

On agit sans méthode !

Ce sont les bombes qui parlent.

Qui est pris au piège ?

Le vieil anti-fascisme, l'anti-fascisme libéral.

Les pertes sont dures pour tous, Alfonso.

Nous devons maîtriser nos nerfs.

Toute cette situation nous échappe.

Alors, désavouons-le. Il faut le désavouer !

C'est de la folie !

Radio-Londres a relayé l'attentat de dimanche.

Venise est au premier plan.

Le C.L.N. n'est pas né pour coller des tracts dans les pissoirs.

La liberté se paie, sans l'attendre en aumône d'une armée externe.

Pas de leçons !

Ou votre Ingénieur est mis hors d'état de nuire,

ou mon parti se retire du C.L.N.

et défère tout au gouvernement de Bari.

Partez donc.

Votre absence ne...

On ne quitte pas le C.L.N.

La situation est insoutenable.

Et le représentant libéral ne fait que la dénoncer.

Et ma démarche auprès du Patriarche a tourné au grotesque.

Que vaudra Ă  l'avenir la parole du C.L.N. ?

Si cela vous laisse indifférents...

- Dites-lui qu'il se rende. - Quel affront ! Je ne permets...

Pas de cris.

Nous perdons de vue la réalité.

Je préfère l'intransigeance anarchique de l'Ingénieur

à la légèreté de ceux qui placent à la tête du travail clandestin

des personnes éminentes, représentatives,

de nobles figures certes,

mais aux idées connues même des pigeons de Saint-Marc.

Ils nous compromettent tous.

D'oĂą viennent ces peurs, Piero ?

Est-ce parce que le prestige Ă  la ville de certains

confère une autorité à leurs idées

contraire Ă  la soumission que votre parti voudrait ici ?

Nous sommes en Vénétie,

pas en Toscane ou en Emilie.

Notre collaboration est indubitable.

C'est nous qui avons proposé d'aller voir le Patriarche.

Dans cet esprit, nous soutenons des actes

à verser au crédit d'un autre parti.

Du mien. Nous ne reculerons pas.

Sais-tu pourquoi il te défend ?

C'est un précédent qui les arrange, cette violence indiscriminée.

Avec les Alliés bloqués en Campanie, et Tito à deux pas,

ils préparent une lutte où tous les coups sont permis.

Créer des conflits entre alliés pour préserver ses intérêts

n'est pas une accusation Ă  nous faire.

Ça sent la propagande nazie.

Nous luttons pour la démocratie,

non pour restaurer des privilèges !

Vous luttez sur le dos des otages !

Ne dites pas ça !

Il n'a pas milité en paroisse ou au café Florian.

Mais en prison, en résidence surveillée, payant de sa personne.

Jeune homme, c'est de très mauvais goût,

dans ces circonstances.

Vous avez raison.

Écoutez…

Déférons la question des G.A.P. au Commandement Militaire Central.

- On ne peut faire mieux. - C'est raisonnable.

Je suis d'accord.

Alfonso ?

On sait comment cela va finir.

Ils sont tous de gauche.

Et s'opposent par principe au gouvernement de Bari.

Les garanties que nous avons à Milan sont sérieuses.

Nous pouvons accepter.

Nous le devons.

- Ce qui n'empêche... - Il faut arrêter l'Ingénieur.

Nous faisons tout pour le trouver.

Peut-ĂŞtre a-t-il un souci. Il y a une logique Ă  tous ses actes.

La logique du chaos.

Celle de la clandestinité.

Si je me suis emporté tout à l'heure,

c'est que j'ai des données précises.

Les représailles fascistes continuent,

et nous sommes visés.

Certains plus que d'autres.

Tous.

Bien sûr…

Si certains de nous disparaissaient,

les remplaçants devront être différents.

Plus durs que nous,

et anonymes.

Des visages sans nom.

Mais j'espère que nous tous ici resterons à nos postes.

Je vous invite donc à déménager.

Dès cette nuit.

Merci de l'avertissement.

Du fait de mon poste, je renforcerais les soupçons

si je disparaissais ainsi.

Et puis,

j'ai aussi mes informateurs.

J'espère y arriver avant le couvre-feu.

Sinon, ce sera demain matin.

Quand on est vieux, on renonce mal Ă  ses habitudes.

Certes, ils me connaissent. Mais sans preuves...

Écoutez-moi.

Moi, j'ai déjà changé de domicile.

Non parce que je me crois plus précieux.

C'est que... je suis curieux de voir ce qu'il adviendra...

après.

Pas moi.

Les alternatives

pointent toutes vers la disparition du monde

auquel je suis attaché.

Et maintenant, messieurs,

au revoir.

AllĂ´ ?

C'est Piero.

Des brigades viennent vous arrĂŞter. Je l'ai su Ă  temps.

J'ai appelé Quadro, et j'avertis l'avocat.

Préviens Nemo.

Ta ligne est sur écoute.

Ils nous écoutent déjà, ces fils de putes.

Va et restons en contact comme prévu.

Sales espions, on vous aura bientĂ´t !

Ouvre !

Lâche ! Ouvre !

Échappe-toi !

Ouvre !

Abattez la porte !

Le voilĂ  ! Courez !

Il n'y a personne ici !

Ici non plus !

- Vous n'avez rien trouvé ? - Non, rien.

Ici le capitaine Relli.

ContrĂ´lez-moi cette ligne.

1-9-8-2.

Juifs et subversifs !

Capitaine !

Regardez, ils ont écrit ici.

AllĂ´ ?

Notez ceci : OSCAR CST 2475.

Ça doit être dans le quartier de Castello.

Précisez-moi le lieu. J'attends.

Capitaine, voici leurs uniformes.

Ils sont trois.

Ils arrivent.

C'est lui qui a tué Giannotti.

Ils transportaient de gros bidons

bourrés d'explosif.

Le pistolet,

je l'ai trouvé chez lui.

On vous a tous pincés cette nuit. Tous.

Tu vois, la partie est finie.

Je n'ai rien fait.

Tu sais qui c'est ? Tu le reconnais ?

Tu as son nom ? Dis-le, et tu t'en sortiras.

Qui est-ce ?

Réponds, n'aie pas peur.

Je ne sais pas. Je ne le connais pas.

Regarde bien.

Je ne l'ai jamais vu.

Je vais te dire qui c'est.

C'est l'ingénieur Renato Braschi,

né à Monselice, Padoue, 31 ans.

Marié, un enfant,

assistant de physique à la Faculté des Sciences de Padoue.

En contact avec des éléments antipatriotiques et subversifs

depuis 1937.

Alors, oĂą se cache-t-il ?

Tu as entendu ma question ?

Il a filé mais a laissé ton adresse bien en vue.

Il veut tout te mettre sur le dos !

Parle ! OĂą se cache-t-il ?

Je ne sais rien.

C'est lui, l'organisateur, non ? L'ingénieur Braschi.

C'est l'ingénieur Braschi ?

- Monsieur Zante est lĂ  ? - Oui, entrez.

- Qui dois-je annoncer ? - Un ami de Rovigo.

Je vais le prévenir.

Merci.

Entrez, installez-vous.

- Bonjour. - Bonjour, Ugo.

Pour ma logeuse, j'ai fui le 8 septembre.

Alors ?

Tu as trouvé facilement ?

Les indications de ton estafette sont précises.

Garde ton manteau. Il fait froid ici.

Comment trouves-tu ce manoir ?

On voit la terre ferme.

Je t'ai cherché partout avant que tu n'émerges.

- Tu en veux ? - Oui, merci.

Ça ne vaut pas le café de l'université !

Comment va Smith ?

Toujours en "traitement" Ă  la clinique San Luca.

Avec le curé et le commissaire du peuple ?

Eh oui.

Tu as passé un bon Noël ?

Enchanteur !

Et toi ?

Je comptais voir ma famille Ă  Padoue.

Et puis...

Alors ?

Voici l'ordre, Renato. Il est sans appel.

Tu dois quitter Venise.

D'oĂą vient l'ordre, vu qu'il n'y a plus personne ?

De Milan, du Commandement Militaire Central.

- Tu dois aller sur le continent. - Ils n'y connaissent rien !

Ils m'en demandent trop.

Tu sais bien pourquoi.

Ils ont besoin de toi.

Il faut organiser un groupe sur le continent,

avec des objectifs militaires importants.

Et oĂą tu n'es pas connu.

Après tout ce qu'on a créé ici, je devrais partir ?

Pour faire plaisir à ces politiciens qui me détestent ?

Tu es injuste. Ils ont couvert tes actes.

- Bien obligés ! - Trois sont en prison.

Et moi seul peux les en tirer.

Eux et Oscar. Moi seul.

- J'ai déjà un plan. - Non, tu dois partir.

Tu es repéré.

La police fait circuler cette photo.

Personne n'est indispensable.

Je m'étais fait photographier en 1939

avant d'aller étudier à Birmingham.

L'Angleterre me désintoxiqua.

J'oubliai nos parades militaires,

les grands rassemblements,

le prestige de l'Italie impériale…

Tu fus le premier Ă  venir me voir Ă  mon retour,

dans un fringant uniforme,

tout fier de je ne sais quelle victoire.

Il a fallu la Yougoslavie pour me réveiller.

Que de massacres j'ai vus…

Et on critique les Allemands.

Dis Ă  l'estafette que je serai Ă  la gare Ă  5h30.

Pourquoi ?

Je m'en vais. Je ne vous importunerai plus.

Mais avant,

je veux que nous mettions une chose au point,

toi et moi…

Pour Oscar.

Son tortionnaire doit payer.

Ensuite...

je te passe le flambeau.

- Je n'ai pas ton courage. - Peu importe.

L'important, c'est d'opérer rationnellement,

de se préparer avec prudence et minutie.

Et je dis ça à un champion de bridge !

Mais je ne m'en irai pas sans Smith et les autres.

Il y a un coup Ă  faire contre les prisons.

Écoute.

Si on pouvait les faire venir

au parloir,

on doit pouvoir bloquer les bureaux,

on serait assez Ă  quatre.

Regarde.

Depuis l'hĂ´pital San Luca, la voie sera libre sur la lagune.

Bonsoir.

Alors ?

Il y a de l'argent et des timbres.

On vous attend Ă  5 heures Ă  cette adresse.

Attention, nous ne connaissons pas Anna.

- OĂą est-ce ? - Dans le quartier des cheminots.

Le sabotage de la voie est prĂŞt ?

Il aura lieu demain soir Ă  l'endroit convenu.

Très bien.

Nous nous revoyons demain ?

Oui.

Et à l'école, où en est l'idée risible du serment à la Sociale ?

70% des professeurs risquent de s'y rallier.

Réagissez, faites-leur peur, expliquez que tôt ou tard,

ils devront tous rendre des comptes.

Au revoir.

Bonsoir.

Madame Anna est ici ?

Entrez.

Qui est-ce ?

Un jeune homme qui veut voir madame Anna.

Fais-le entrer.

Je vous en prie.

Bonsoir.

Vous ĂŞtes madame Anna ?

Oui.

Je suis un ami de votre mari.

J'arrive de Suisse.

Comment va-t-il ?

Il va bien.

J'ai eu votre adresse Ă  Padoue.

Je suis Ă  Venise depuis trois jours.

J'ai beaucoup Ă  vous dire.

Quelle chance que votre mari aille bien !

Nous ne le connaissons pas encore.

En Suisse, il est Ă  l'abri.

Ah, les Suisses !

Votre manteau.

Je vous prépare une petite goutte.

Notre fille est l'institutrice du petit Ă  Monselice.

Madame Anna est si gentille avec elle.

Vous dînez avec nous ?

Bonne idée !

Ce sera simple. On mange avant le couvre-feu.

Il est à 8 heures, après ce qui s'est passé.

Vous en voulez ?

Qu'avez-vous Ă  me dire ?

Allons en cuisine et laissons-les parler.

Si vous avez besoin de quoi que ce soit...

Merci.

Mon amour… Je ne t'attendais plus.

J'ai mis trois jours Ă  trouver ta trace.

Le petit a bien été évacué ?

Il est chez ses grands-parents.

Il demande toujours après toi.

Nous pouvons, ici ?

Oui.

Anna ?

Je t'imagine toujours ainsi.

C'est ça le plus important.

Tu veux ?

Anna ?

Oui, mon amour.

Je ne t'ai pas un peu perdue ?

Quelle idée !

Je parle de moi…

Tu ne me trouves pas plus lointain ?

Non.

En trois mois, on fait beaucoup de chemin.

Et on oublie parfois d'oĂą l'on est parti.

Alors qu'il ne faut jamais l'oublier.

Tu es toujours le mĂŞme.

Pas un fanatique.

Je n'aimerais pas en devenir un sans m'en apercevoir.

Ce matin, je discutais avec Ugo...

Ugo est avec toi ?

Oui.

Je suis heureuse pour Marcelle.

Puis-je lui dire qu'il va bien, sans lui expliquer comment j'ai su ?

Bien sûr.

Nous parlions, et j'ai réagi de manière…

Excessive.

Tu comprends ?

C'est pourquoi j'ai eu peur d'avoir changé.

Avec toi, je me retrouve.

Quand je pense Ă  tous ceux qui ont perdu la vie

en 1920-1922,

pour les arrêter avant leur arrivée au pouvoir!

Et pire que la vie,

le travail et le foyer !

Et je pense surtout aux années suivantes,

car mes souvenirs commencent bien après.

Quand tout le monde semblait satisfait.

Les gens avaient cet air blasé

qui naît de la satiété.

Qui n'entrait pas dans le moule était exclu de la société.

Et puis est arrivé ce désastre,

cette honte.

Tout ça pour en revenir à la même chose.

Quand j'y pense,

je ne sais si je devrais mais je ne peux m'en empêcher…

De quoi, mon amour ?

De me demander si plus tard,

vingt ou trente ans après que tout ceci soit fini

- car on sait que ça va finir,

qui sait avec quelles pertes, mais ça va finir -

s'il y aura de nouveau une période au cours de laquelle

les gens se laisseront endormir,

anesthésier,

par un peu de paix et d'abondance.

L'abondance et la paix, c'est confortable.

Pour tes deux petits vieux,

pour nous deux,

pour tous.

Et peut-être que, pour des raisons matérielles,

on acceptera de tout perdre Ă  nouveau.

La liberté, encore...

Dans ce cas,

il ne reste que la lutte.

Mais nous sommes si peu.

C'est l'heure du couvre-feu.

Je passerai bientĂ´t sur la terre ferme. On se verra davantage.

Embrasse le petit pour moi.

Bien sûr.

Au revoir.

Au revoir. Merci.

Bonjour.

Au revoir, docteur.

Merci.

Bonjour, messieurs !

Enfin !

Bonjour. OĂą en sommes-nous ?

Les laissez-passer causent du souci.

- Il faut encore attendre ? - Impossible !

Au moins trois jours.

On n'en peut plus. Ça fait deux semaines !

J'en ai assez.

Soyez patients !

Il est trop tard pour changer de plan.

Dès que j'ai le laissez-passer,

je fais un voyage avec de vrais malades.

Je m'arrange pour que le bateau ambulance

soit perquisitionné.

Bien.

Puis je reviens, et je vous embarque.

Et l'Ingénieur ?

Aussi. On ira le chercher chez lui.

Ce plan est d'ailleurs le sien.

Nous travaillerons mieux sur la terre ferme.

Et pour les prisons ?

Impossible. La surveillance a été redoublée, il n'y a rien à faire.

- l'attentat de ce soir est confirmé ? - Oui.

L'imprimeur a travaillé toute la nuit.

Des jeunes les jetteront dès le coup de feu.

Contre le chef des tortionnaires ?

C'est bien de l'avoir décidé.

Plus se réduit la légalité, plus on se durcit. Typique.

Écoutez l'expert !

Montre le tract.

Il me paraît clair.

On ne peut plus clair.

MORT AUX FASCISTES !

Haie d'honneur, présentez armes !

Alignez-les contre le mur !

Non ! Vers la mer!

Plus vite !

ESPION TRAĂŽTRE

Reculez ! Reculez tous !

Pars devant.

PEINE DE MORT

Sauve-toi !

Adaptation : P. Barsanti

Sous-titrage : Hiventy by TransPerfect

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