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Original subtitles

L'OMBRE D'UN DOUTE

DÉCHARGE lNTERDlTE

CHAMBRES

Entrez.

M. Spencer. M. Spencer, je ne veux pas vous déranger...

mais deux hommes sont passés.

lls vous ont demandé. Un jeune et un plutÎt plus ùgé.

J'ai dit que vous étiez absent. lls étaient désolés.

- lls ont dit qu'ils reviendraient ? - Non, mais je pense que oui.

J'ai dû aller au magasin là, maintenant. lls étaient au coin.

J'aurais peut-ĂȘtre dĂ» les laisser entrer mais vous vouliez la paix...

- Oui ? - Et je suis sûre qu'ils reviendront.

Vous m'avez l'air fatigué, et c'est la vérité.

Vous avez mal au crĂąne ?

Je pense que vous avez peut-ĂȘtre besoin d'un vrai repos.

Vous ne devriez pas laisser tout cet argent traĂźner, M. Spencer.

Ça me rend nerveuse.

Tout le monde n'est pas honnĂȘte, vous savez.

Bien que je n'aie pas eu de problĂšmes de ce genre.

Vos amis m'ont dit...

de ne pas mentionner leur passage.

lls voulaient vous surprendre. Mais j'ai pensé que vous voudriez savoir.

Oui, bien sûr. S'ils reviennent, faites-les entrer.

- Oui. - C'est drĂŽle, Mme Martin.

Ce ne sont pas exactement des amis. lls ne m'ont jamais vu.

- C'est bizarre, n'est-ce pas ? - Vous l'avez dit.

Et maintenant que je suis ici, je vais devoir les rencontrer.

Je vais peut-ĂȘtre mĂȘme sortir les rencontrer.

Ou peut-ĂȘtre bien que non. Pas encore.

Faites votre sieste. Je vais baisser le store.

Que savez-vous ? Vous bluffez. Vous n'avez rien contre moi.

AllÎ ? L'Union Postale ? Je veux envoyer un télégramme...

Ă  Mme Joseph Newton Ă  Santa Rosa en Californie.

Voici le message. PrĂȘte ?

Vous me manquez tous. Stop.

Vais venir vous rendre visite pendant un temps. Stop.

Arriverai jeudi, et essayez de m'en empĂȘcher.

Vous communiquerai l'heure exacte plus tard.

Vous envoie mon amour Ă  tous...

et un bisou pour la petite Charlie de la part d'Oncle Charlie.

C'est ça. C'est la signature. "Oncle Charlie."

C'est ça. Santa Rosa.

Santa Rosa, Californie.

Ann ! Ann, réponds au téléphone.

Résidence Newton. Ann Newton à l'appareil.

Bonjour, Mme Henderson. C'est Ann.

Maman n'est pas encore rentrée.

Un télégramme ? Eh bien...

je ne vois pas de crayon. Mieux vaut peut-ĂȘtre qu'elle vous rappelle.

J'essaye d'avoir l'esprit libre de choses sans importance...

parce que je dois garder tellement de choses Ă  l'esprit.

Des choses innombrables.

Je lui dirai de vous appeler. Merci de votre appel.

Au revoir.

Bonjour, Ann. OĂč est ta mĂšre ?

- Elle est sortie. - Sortie ?

Mme Henderson vient d'appeler du bureau de l'Union Postale.

Elle dit que nous avons un télégramme.

Je l'aurais écrit mais je ne trouvais pas de crayon.

Un télégramme, hein ?

Je savais qu'il y aurait des ennuis si ta tante Sarah passait le permis.

- OĂč a eu lieu l'accident ? - Je n'ai pas pris de notes.

Alors fais-moi un bisou.

CRlMES NON ÉCLAlRClS

C'est trĂšs drĂŽle, n'est-ce pas ? Je suis pratiquement une enfant...

et je ne lirais pas les choses que tu lis.

Je suppose qu'elles te donneraient des cauchemars.

Des cauchemars ? Tu ne comprends pas, papa. Les mystĂšres ont fait...

- OĂč est Roger ? - ll est sorti. L'esprit moyen...

- OĂč est Charlie ? - Dehors. Non, en haut, Ă  rĂ©flĂ©chir.

Ne lis pas trop. Tu vas t'abĂźmer les yeux.

Et laisse mon livre tranquille. Qu'est-ce que tu lis, toi ?

Ivanhoé.

Qui est-ce ?

C'est moi.

Qu'est-ce que tu as ? Tu ne te sens pas bien ?

Non. Je vais trĂšs bien.

Je pense depuis des heures et j'ai conclu que j'abandonne.

- Purement et simplement. - Qu'est-ce que tu vas abandonner ?

RĂ©flĂ©chis-tu au fait qu'une famille doit ĂȘtre une chose merveilleuse ?

Et que notre famille s'est désintégrée ?

- Ah bon ? - Bien sûr que oui.

On a notre train-train et il ne se passe rien. On s'encroûte.

J'y pense depuis des mois. Quel va ĂȘtre notre avenir ?

Allez, Charlie. Ça ne va pas si mal que ça.

- La banque m'a augmenté en janvier. - L'argent.

Comment peux-tu parler d'argent quand je parle d'Ăąmes ?

On mange et on dort, et c'est Ă  peu prĂšs tout.

On n'a mĂȘme pas de vraies conversations.

- On parle, c'est tout. - Et on travaille.

Oui. Ma pauvre mÚre. Elle travaille comme un forçat.

- Absolument. - OĂč est-elle ?

Elle est sortie. À son retour, ça sera exactement la mĂȘme chose.

Dßner, vaisselle, dodo. Comment supporte-t-elle ça ?

C'est vraiment une femme merveilleuse, tu sais ?

Ce n'est pas qu'une mĂšre. On devrait faire quelque chose pour elle.

- Tu ne crois pas ? - Si. À quoi pensais-tu ?

Oh, Ă  rien, je suppose.

Je suppose qu'il faudra qu'on attende un miracle.

Tu as tout Ă  fait raison, Charlie. Je vais trouver un moyen...

Je ne crois plus aux bonnes intentions.

Je n'attends plus qu'un miracle.

Les escaliers de derriĂšre sont raides.

Qu'est-ce qu'il y a, Charlie ? Qu'est-ce qu'elle a, Joe ?

- Eh bien, il semble que... - Je suis une vieille enquiquineuse.

Et tu es allée en ville avec cet affreux chapeau que tu devais jeter.

- Maman ! - Qu'est-ce que ça peut bien faire ?

Je ne vois pas pourquoi tu la laisses crier. Si elle...

Je descends de toute façon.

De quoi parliez-vous quand je suis entrée, Joe ?

Un miracle ?

Ce n'est rien. Charlie est un peu souffrante.

Ça va aller mieux. Viens, chĂ©ri. Descendons.

Ça ne sert à rien de rester ici.

Je vais aller me chercher une biĂšre.

Maman, je vais aller au centre-ville envoyer un télégramme.

À qui veux-tu envoyer un tĂ©lĂ©gramme, ma chĂ©rie ?

Je connais quelqu'un qui viendra nous secouer. ll nous sauvera.

Comment ça, "ll nous sauvera" ?

Tout ce temps, une seule personne pouvait nous sauver.

- Tu as l'adresse d'Oncle Charlie ? - Oncle Charlie ?

- Ne lui demande pas d'argent ! - Mais non ! Ça ne nous aiderait pas.

- C'est quoi, son adresse ? - La derniĂšre...

J'ai fait combien de pas entre ici et le drugstore aller-retour ?

- 649. - Non.

Si tu as oublié, je ne te le dirai pas.

- Je me souviens. Philadelphie. - On ne demande pas Ă  un homme...

occupé comme lui de faire tout ce chemin pour rien.

ll viendra pour moi. Vous m'avez donné son nom.

Et puis, on est sa seule famille.

Si on remonte la 4Úme rue, ça fait 802.

- Devine, Maman. - Je n'ai pas le temps.

Qu'est-ce que tu as dans les cheveux ?

Je vais te le dire quand mĂȘme mĂȘme si c'est mieux quand on devine.

Mme Henderson a dit de l'appeler parce qu'on reçu un télégramme.

Tu ne devrais pas te mettre des choses derriĂšre les oreilles.

- Ça peut te rentrer dans l'oreille. - Ann dit qu'on a un tĂ©lĂ©gramme.

Tu devrais te renseigner. Quelqu'un est peut-ĂȘtre malade.

Mme Henderson ne m'a pas lu le télégramme...

parce que je ne trouvais pas de crayon.

Plus tard, ma maison sera remplie de crayons bien affûtés.

Mme Henderson a dit de qui était le télégramme ?

Non.

Elle a peut-ĂȘtre dit de qui c'Ă©tait.

- Allez, Ann. C'est ma chaise. - Je vais appeler pour savoir.

Si vous voulez bien ne pas faire de bruit une seconde.

AllĂŽ. Le 181, je vous prie. Je me demande qui ça peut ĂȘtre.

Oh, rien, opératrice. Seulement le 181.

- Si c'est de ma soeur... - AllĂŽ ?

Mme Henderson ? lci Emma Newton.

Ann dit que vous avez un télégramme pour moi.

Pas besoin de crier, maman.

Vraiment, papa. On dirait qu'elle n'a jamais vu un téléphone.

Elle ne tient pas du tout compte de la science.

Elle croit devoir s'époumoner pour couvrir la distance.

Comme c'est merveilleux ! Vous avez dit jeudi ?

On dirait que quelqu'un vient.

- Qui vient, maman ? - Quelle merveilleuse surprise !

C'est mon frĂšre, vous savez. Mon cadet. Le petit.

Bien sûr. Vous savez comme les familles gùtent les plus petits.

C'est tout simplement merveilleux.

Merci infiniment, Mme Henderson.

Qu'en dis-tu ? Charles arrive.

- Qui ? - Votre Tonton Charlie.

Tu as dit : "Charles" ?

Et notre Charlie est allée lui envoyer un télégramme.

- Qu'est-ce qui lui a donné l'idée ? - Comment ça, notre Charlie...

Bonjour, Charlie. Je viens d'appeler chez toi.

- Un télégramme pour ta mÚre. - Ah bon ?

J'allais le donner Ă  Bill Forest, mais tu peux le prendre.

- Merci. - C'est de ton oncle. L'enfant gùté.

Mon oncle ? Mon oncle Charlie ?

Oui.

Mme Henderson, croyez-vous à la télépathie ?

J'ai intĂ©rĂȘt. C'est mon mĂ©tier.

Pas la télégraphie. La télépathie mentale.

Comme, par exemple, supposez que vous pensiez...

Ă  une personne qui est sur votre longueur d'ondes.

À des kilomĂštres de lĂ , elle capte votre pensĂ©e et elle rĂ©pond.

- Et c'est entiĂšrement mental. - Je ne vois pas de quoi tu parles.

Je n'envoie des télégrammes que de la façon normale.

ll m'a entendue.

- M. Otis ? - Oui ?

Vous ĂȘtes presque Ă  Santa Rosa. Soyez prĂȘt avant l'arrivĂ©e.

- Je suis prĂȘt. Merci. - Je vais vous chercher vos bagages.

- Comment vous sentez-vous, M. Otis ? - PlutĂŽt bien.

Un peu faible, mais plutÎt bien en général.

Harry, dis au bagagiste que tu es médecin.

Demande si tu peux faire quoi que ce soit pour ce pauvre homme.

- Je suis en vacances. - Mon mari est médecin, et s'il...

Non, madame. C'est un homme trĂšs malade. ll ne consulte personne.

Moi-mĂȘme, je ne l'ai pas vu depuis que nous sommes montĂ©s.

Tu n'as pas trĂšs bonne mine non plus.

Nous y voilĂ . Venez, les enfants.

Ferme la porte, là. C'est ça.

- Es-tu... - Charlie. La jeune Charlie.

Au départ, je ne t'ai pas reconnu. Je te croyais malade.

- Malade ? - Tu n'es pas malade, dis ?

Regarde, papa ! Le voilĂ  !

Mais tu n'es pas malade ! C'était trop drÎle.

Malade, moi ? Comment vas-tu, Joe ?

- Tu n'as pas changé. - Bonjour, Charles. Tu as bonne mine.

Roger.

Bonjour, Ann. Tu ne te souviens pas de moi, je parie.

Plus ou moins, si. Tu as l'air différent.

On ferait bien d'y aller. Le dĂźner est presque prĂȘt.

Je n'ai pas pu persuader Emma de venir. Le dĂźner avant tout !

Roger, prends les bagages. Je vais prendre ça, Charles.

- Merci, Joe. - C'est ça. Allez, venez, on y va.

Allez, Roger, prends ces bagages.

Ce n'est pas trop lourd pour toi ?

Oh, non. Ce n'est rien. J'adore porter.

Emma. Ne bouge pas.

D'ici, on ne dirait pas Emma Newton.

On dirait Emma Spencer Oakley du 46 rue Burnham, St. Paul, Minnesota.

- La plus belle fille du quartier. - Charles !

Maman, personne n'est sorti du train Ă  part Tonton Charlie.

- Laisse-moi te regarder. - On Ă©tait les seuls Ă  ĂȘtre venus.

- Tu as pu te libérer ! - ll n'y avait qu'un lit de fait.

- C'est si merveilleux de te voir. - Ne pleure pas, Emmy.

Et tu repenses au 46 rue Burnham !

Je n'ai plus pensé à cette drÎle de rue depuis des années.

Je continue de me rappeler toutes ces choses du passé.

Comment le trouves-tu ? Toujours le mĂȘme Charles, hein ?

Roger, Ann, prenez les autres bagages.

Tu dormiras dans la chambre de Charlie en haut des escaliers.

On voulait déplacer Ann mais Charlie pensait que tu serais mieux ici.

Viens, Roger.

- Ne mets pas le chapeau sur le lit. - Superstitieux, Joe ?

Non, mais autant ne pas tenter le diable.

Ce n'était pas le plus grand yacht mais la bibli avait une cheminée...

et le bar était recouvert d'acajou blanchi.

On appuyait sur un bouton et... Mais qu'est-ce que je dis ? C'est fini.

Parlons de vous.

C'est la plus belle robe que j'aie jamais vue, Charlie.

C'est aussi mon avis.

Tu ne te rappelles pas, Charles ?

Quoi donc ?

C'est toi qui me l'a envoyée, Oncle Charlie.

Ah bon ? Et tout ce temps assis ici, j'oubliais quelque chose.

Regardez-moi ça.

Je ne savais pas si tu en avais une, Joe.

Ce n'était pas nécessaire, Charles. Penser aux enfants suffisait.

Je n'ai jamais eu de montre-bracelet.

Les collĂšgues vont me trouver trĂšs chic.

Deux cadeaux pour toi, Emmy : un vieux et un neuf.

Qu'est-ce que c'est, Charles ?

- Tu n'aurais pas dĂ». Vraiment. - Si.

Comme elle est belle.

J'en ai toujours voulu une.

Elle est parfaite, maman. C'est ce que tu devrais avoir.

Regarde, Emmy.

Tu les avais toutes ces années.

Tout ce temps, Emmy. En sûreté dans un coffre.

- OĂč que j'aie Ă©tĂ©. - Grand-pĂšre et grand-mĂšre ?

1888.

ll y a 53 ans.

Ne sont-ils pas adorables ? Comme elle était jolie !

Le monde entier était adorable et joli à l'époque, Charlie.

C'était un monde merveilleux. Pas comme aujourd'hui.

Pas comme maintenant. C'Ă©tait formidable d'ĂȘtre jeune.

On est tous heureux maintenant, Oncle Charlie. Regarde-nous.

Pour une fois, on est tous heureux en mĂȘme temps.

- Et maintenant, ton présent. - Oh, je ne veux rien.

J'ai assez. Avant que tu viennes, je croyais n'avoir rien...

mais je ne veux rien de plus.

- Elle est folle. - Elle ne le pense pas vraiment.

Pour moi, elle fait semblant comme les filles dans les livres.

Celles qui disent ne rien vouloir obtiennent toujours plus Ă  la fin.

- C'est ce qu'elle espĂšre. - Elle n'est pas folle.

C'est la plus intelligente de sa classe.

Elle a battu East Richmond en débat à elle seule. C'est un cerveau.

J'étais sérieuse. Ne me donne rien, je t'en prie.

- Rien ? - Je ne peux pas l'expliquer.

Mais tu es venu et maman est si heureuse et...

Quelle joie qu'elle m'ait donné ton nom et qu'elle nous trouve pareils !

Moi aussi, je crois ça. Je le sais.

Et ça gùcherait tout si tu me donnais quelque chose.

Tu es étrange, Charlie. Pourquoi ça gùcherait tout ?

Parce qu'on est plus qu'oncle et niĂšce. ll y a autre chose.

Je te connais. Je sais que tu révÚles peu de choses sur toi.

Moi aussi.

J'ai le sentiment que quelque part en toi...

il y a quelque chose que tout le monde ignore.

Quelque chose que tout le monde ignore ?

Quelque chose de secret et merveilleux que je découvrirai.

Ce n'est pas bon d'en découvrir trop.

Ne vois-tu pas qu'on est un peu comme des jumeaux ? On doit savoir.

Donne-moi ta main, Charlie.

Merci.

- Tu ne l'as mĂȘme pas regardĂ©e. - Je n'ai pas besoin.

Quoi que tu me donnes, ce serait la mĂȘme chose.

Attends. Laisse-moi te montrer.

C'est une bonne émeraude, une trÚs bonne.

ll n'y a rien de plus beau que les bonnes émeraudes.

- Tu as fait graver quelque chose. - Non, mais je peux si tu veux.

Si, Oncle Charlie. C'est Ă  peine visible.

"De T.S. Ă  B.M."

Mais... Ce doivent ĂȘtre les initiales de quelqu'un.

Je me suis fait avoir. Le bijoutier m'a escroqué.

- Ça n'a pas d'importance. - Donne-la-moi. Je les ferai effacer.

Non, non. Je l'aime bien comme ça.

Une autre a sans doute été heureuse avec cette bague.

Elle est parfaite telle qu'elle est.

Prends la cafetiĂšre.

"Femme qui chante Ă  table un fou mariera."

Les superstitions ont été prouvées 100% fausses.

J'ai pensé à transférer de l'argent de l'Est.

Je pourrais le mettre Ă  ta banque en attendant d'y voir plus clair.

Je suppose que ta banque accepte l'argent, Joe ?

Ramasser l'argent, on sait faire. Le rendre, c'est autre chose.

Je crois que j'irai au centre-ville ouvrir un compte demain matin.

Disons, 30 ou 40 000, pour commencer.

- C'est beaucoup d'argent. - Tu ne l'auras pas longtemps.

Le gouvernement le prendra. ll prend...

Tu ne dois pas critiquer le gouvernement, Roger.

Mon Dieu. Les hommes font les choses d'une drÎle de façon.

Je n'arrive pas Ă  me sortir cet air de la tĂȘte.

Peut-ĂȘtre que si on me dit ce que c'est, je l'oublierai.

- C'est une valse. - Je sais, mais laquelle ?

C'est drĂŽle, vous savez. Parfois, j'ai un air en tĂȘte...

et quelqu'un d'autre se met Ă  le fredonner.

Je pense que les airs vont de personne en personne.

Tu sais ce que c'est, Oncle Charlie ?

Non. Je ne sais pas.

Je me souviens. Je l'ai sur le bout de la langue.

C'est une valse. Et c'est Victor Herbert.

Victor Herbert n'était pas une valse. C'était...

C'est le Danube bleu.

Oh, oui. Bien sûr.

Non, Oncle Charlie. Je sais ce que c'est. C'est la Veuve...

- Vraiment désolé, Emmy. - Ce n'est pas un drame.

Pendant qu'on fait la vaisselle, va donc au salon...

lire le journal du soir allongé sur le sofa, Charles.

Les tùches ménagÚres n'ont jamais été ton fort. Voilà Herbert, Joe.

Ann, Roger, aidez-moi à débarrasser.

Herbert est un ami de Joe. Ce sont des critiques littéraires.

Bonsoir, Herb. Tu as dßné ?

- ll y a une heure. - ll y a une heure ?

- Une montre ? - Oui. Un cadeau.

Herb, je te présente mon beau-frÚre.

Charles, voici Herb Hawkins.

- Enchanté, M. Hawkins. - Bien, merci.

- Comment va ta mÚre, Herb ? - Couci couça.

Excusez-moi, Herb.

Merci. Désolé que votre mÚre n'aille pas mieux.

- Merci, chéri. Tiens, voilà. - Merci.

MĂšne une vie de luxe.

ll faut que j'aille voir ce que fait Charlie.

CRlMES NON ÉCLAlRClS

Le frĂšre de ma femme est de l'Est. De New York.

C'est bon pour les enfants. Tu me suis ?

- Dans les affaires ? - ll se prend trÚs au sérieux.

Comment va la vie ?

Tu as lu celui-lĂ  ?

Ce petit Français les bat tous.

Tu diras tout ce que tu veux Ă  propos de Sherlock Holmes.

Ce petit Français les bat tous.

J'ai lu ça. Les bulles d'air ne tuent pas nécessairement.

Ces écrivains d'outre-atlantique font trop de dentelle.

- La meilleure façon de tuer... - Je sais.

C'est de frapper Ă  la tĂȘte avec un objet contondant.

Ben, c'est vrai, non ? Écoute.

Si je voulais t'assassiner demain...

tu crois que je perdrais mon temps avec des injections Ă  la gomme ?

- Ou de l'inee ? - Qu'est-ce que c'est ?

L'inee... un poison pour flĂšches indien.

Écoute. Je te trouverais seul, j'entrerais...

je te frapperais Ă  la tĂȘte avec un tuyau ou une canne lourde...

OĂč serait le plaisir ? Et ta prĂ©paration, tes indices ?

Je ne veux pas d'indices. Je veux t'assassiner.

Pourquoi je voudrais des indices ?

Sans indices, il n'y a pas de livre.

Je ne parle pas d'écrire un livre. Je parle de t'assassiner !

Si j'allais t'assassiner, je ne ferais rien de stupide...

comme te frapper Ă  la tĂȘte.

PremiĂšrement, je laisserais des empreintes.

Bien sûr, je pourrais porter des gants et t'appuyer les mains...

contre le tuyau aprĂšs coup pour faire croire au suicide.

Sauf que ça semble improbable que tu te suicides en te tapant dessus.

Je ferais en sorte que ça ne semble pas un meurtre.

LA GAZETTE DE SANTA ROSA

- Quoi ? - Viens ici.

As-tu déjà vu une maison de papier ?

Eh bien, regarde.

Tu prends une page ici.

Tu la déchires là.

Et lĂ .

Et tu la plies ici sur le cÎté.

Tu replies l'autre cÎté ici.

Et tu la poses lĂ . Puis tu enlĂšves...

la porte, et voilĂ  !

Je ne suis plus un bébé. Et puis, c'est le journal de papa.

Regarde ce qu'on a, Roger. Une jolie petite grange rouge.

Tu as le journal de papa.

Ce n'est rien.

ll suffit de le déplier. Personne ne s'en apercevra.

Que faites-vous, vous deux ? C'est le journal de papa !

C'est ma faute, Charlie. Je leur montrai un jeu.

Je ne pensais pas que c'était le journal de Joe.

Ce n'est rien. VoilĂ  la page un...

Pages cinq, huit.

- OĂč sont passĂ©es les pages 3 et 4 ? - On n'a rien touchĂ©.

Vraiment. ll n'y a que Tonton Charlie qui y a touché.

Ça ne fait rien, je suppose.

Si je le replie bien, il ne verra peut-ĂȘtre rien.

Entrez.

Je t'ai apporté de l'eau.

Merci. C'est gentil. Fais de beaux rĂȘves.

- Je sais un secret sur toi. - Quel secret ?

Tu te souviens que j'ai dit que tu ne pouvais rien me cacher ?

Eh bien, je sais que le journal du soir parlait de toi.

- Le journal parlait de moi ? - Oui.

Et c'est pour ça que tu as joué à ce jeu avec Ann et Roger.

Tu voulais déchirer le journal pour qu'on ne sache pas.

Mais maintenant que je sais, autant que tu me le dises.

Tu m'as pris sur le fait, Charlie.

Sauf que ça ne me concernait pas. C'était...

Ă  propos de quelqu'un que je connaissais.

LĂ  !

Ça ne te regarde pas.

Oncle Charlie, tu me fais mal...

avec tes mains.

Ce n'était pas mon intention, Charlie.

Je m'amusais, c'est tout.

Ce n'était rien. Des potins peu gentils...

à propos de quelqu'un que j'ai rencontré.

ll vaut mieux que tu ne le lises pas.

Oublie.

- Bonne nuit, petite Charlie. - Bonne nuit, Oncle Charlie.

Fais de beaux rĂȘves.

Tonton Charlie va rester combien de temps ?

- Pour toujours, j'espĂšre. - ll n'a pas de maison ?

Non pas que tu me déranges, mais je ne sais pas...

quand je voudrais un peu de solitude.

Tu ferais bien de t'endormir, bébé.

- Tu as récité tes priÚres ? - J'ai oublié.

Tu ferais bien de t'y mettre.

En me couchant, je Te prie, Dieu, de garder mon Ăąme...

- Sois brÚve dans tes bénédictions. - Prends mon ùme et bénis...

maman, papa, Capitaine Minuit, Veronica Lake, le Président...

Tu ne peux pas les dire toutes ce soir.

Et Tonton Charlie. Amen.

- PrĂȘt pour le petit-dĂ©jeuner ? - CafĂ©. Emmy.

Je ne sais pas comment tu fais. Je ne peux jamais manger au lit.

J'ai dĂ» le faire pendant un temps...

aprÚs la naissance des enfants, mais ça ne m'a jamais plu.

Je ne peux pas faire face au monde le matin. ll me faut mon café.

Je veux bien te chouchouter pour ton premier matin...

mais tu dois ĂȘtre le seul en ville Ă  prendre le petit dĂ©jeuner Ă  10 h 30.

Pendant que tu dormais le journal a appelé pour t'interviewer.

Moi ?

Et mon club de femmes veut que tu viennes faire un petit discours.

Le club de femmes.

Tu n'as pas fini de défaire ta valise.

- Je vais le faire pour toi. - OĂč est Charlie ?

Elle court dans tous les sens comme une folle.

Elle pense que tout est à réparer. Mais je voulais te dire...

que tu n'es pas la seule célébrité de la ville.

Toute la famille Newton va ĂȘtre en vedette.

- Qu'est-ce que tu manigances ? - Ce matin, un jeune homme...

du nom de Graham est passé. ll veut tous nous interviewer.

- lnterviewer tout le monde ? - C'est ce qu'il a dit.

ll parcourt le pays pour le compte d'un institut ou d'un comité.

ll doit trouver des familles typiques Ă  qui poser des questions.

C'est une sorte de sondage appelĂ© l'EnquĂȘte Publique Nationale.

Je me demande comment il a choisi cette famille.

ll a dit qu'il voulait une famille typique.

Je lui ai dit que nous n'en étions pas une.

S'il va poser plein de questions, qu'il m'oublie.

Mais tu pourrais lui en dire tellement plus que nous.

- ll va nous prendre en photo aussi. - Des photos.

Comme c'est joli !

En fait, il y avait deux jeunes hommes.

L'un des deux prend les photos.

- lls étaient deux. - M. Graham était le plus gentil.

Pas besoin de nous endimancher, qu'il a dit.

ll veut juste que nous fassions comme d'habitude.

Emmy, les femmes sont bĂȘtes. Elles marchent dans tout.

Pourquoi laisses-tu deux étrangers venir mettre le bazar ?

Pourquoi exposer la famille Ă  deux fouineurs ?

- Tu devrais avoir plus de jugeote. - Mais, Charles, je...

- Bonjour, Oncle Charlie. - Bonjour, Charlie.

Ta mÚre m'a annoncé que les Newton ont été choisis comme pigeons.

- Que sais-tu à ce sujet ? - Elle n'était pas là.

Vraiment, Charles, comme M. Graham l'a décrit, ils ne fouineront pas.

C'était notre devoir civique. Le gouvernement le veut.

- Le gouvernement ? - Presque. C'est pour le bien public.

Quand j'ai parlé de toi et de tes voyages, ça l'a intéressé.

Je n'aurai rien à voir avec ça. Je ne suis qu'un visiteur...

et mon conseil est de lui claquer la porte au nez.

Je ne pourrais pas, mais rien ne t'oblige Ă  le rencontrer.

Je trouve que ça serait excitant.

ll prendrait ta photo et on l'aurait pour rien.

Je n'ai jamais Ă©tĂ© photographiĂ© et je ne veux pas l'ĂȘtre.

Comment peux-tu parler comme ça, Charles ?

J'avais une photo de toi. Je l'ai donnée à Charlie.

- Je te dis qu'il n'en existe pas. - Tu as dĂ» oublier celle-lĂ .

Va la chercher, Charlie.

- Tu es sûr de ne pas te rappeler ? - Absolument.

46 rue Burnham.

Elle a Ă©tĂ© prise le NoĂ«l oĂč tu as eu ton vĂ©lo.

- Juste avant ton accident. - Tu étais beau, Oncle Charlie.

N'est-ce pas ? Et si tranquille ! ll lisait tout le temps.

Papa n'aurait jamais dû acheter ce vélo.

Tu ne savais pas bien en faire.

ll est parti sur la route verglacée et il a heurté un tramway.

- On a cru qu'il allait mourir. - Je suis heureuse que non.

ll a failli. ll est resté longtemps alité avec une fracture du crùne.

Quand il s'est remis, il ne tenait plus en place.

C'était comme si il avait eu trop de repos...

et qu'il devait faire des bĂȘtises pour se dĂ©fouler.

ll n'a plus beaucoup lu aprÚs ça, je peux te le dire.

Elle a Ă©tĂ© prise le jour mĂȘme de son accident.

Maman a bien pleuré en recevant les photos quelques jours plus tard.

Elle se demandait s'il garderait son visage, sa personnalité.

À quoi bon regarder en arriùre ou se projeter en avant ?

L'important, c'est aujourd'hui. C'est ma philosophie.

Dans ce cas, finis donc ton petit-déjeuner...

et va Ă  la banque car Joe t'attend.

Ne sois pas en retard, Charlie, les sondeurs passeront Ă  16 h.

- Bonjour, Charlie. - Salut, Madge.

- Bonjour, Charlie. - Salut, Catherine.

Tu as vu leur façon de te regarder ? Elles se demandent qui tu es.

J'adore marcher avec toi. Je veux que tout le monde nous voie.

VoilĂ  papa au guichet lĂ -bas.

Salut, Joe. Peux-tu t'arrĂȘter une minute de dĂ©tourner des fonds ?

On ne plaisante pas avec ça ici, Charles.

Qu'importe s'il manque un peu d'argent Ă  la fin du mois ?

Tout bon employé de banque sait maquiller ça. Pas vrai ?

Ça ne se fait pas, Oncle Charlie. Tout le monde t'entend.

C'est une bonne chose. On connaĂźt tous les banques.

Elles présentent bien mais on ignore ce qui s'y passe aprÚs la fermeture.

Moi, je ne suis pas dupe. Voyons ton président, Joe.

- Tu veux toujours ouvrir un compte ? - Je suis là pour ça.

Alors attends ici. Je vais voir si M. Greene est occupé.

À propos, il n'aime pas trop les blagues à propos des banques.

40 000 $, ce n'est pas de la blague pour lui, je parie. Pour moi, oui.

Le monde entier est de la blague pour moi.

Je reviens tout de suite.

Tu ne devrais pas taquiner papa comme ça.

Je ne le taquinais pas. Je déteste l'atmosphÚre étouffante ici.

ll nous fait signe de venir.

- Bonjour, M. Greene. - Bonjour, Charlie.

M. Greene, voici mon beau-frĂšre, M. Oakley.

- Enchanté. - Enchanté.

Je pensais m'installer ici un temps, M. Greene.

- Belle contrée. - Nous le pensons. Que faisiez-vous ?

Disons que j'étais promoteur. J'ai fait un peu de tout.

Le problÚme, c'est qu'à peine gagné, l'argent ne m'intéresse plus.

- ll ne vous intéresse pas ? - Vous savez aussi bien que moi...

qu'il y a plein d'argent qui n'attend que d'ĂȘtre ramassĂ©.

Je pensais vous donner Ă  garder un peu de mon liquide qui traĂźne.

Naturellement, j'ai pensé à la banque de Joe.

"Liquide qui traĂźne" ?

J'ai pris l'habitude d'emporter beaucoup de liquide en voyageant.

- Dangereuse habitude, M. Oakley. - Jamais perdu un sou, M. Greene.

Le ciel doit protéger les inconscients et les vauriens.

- Oui. - Trente, trente-cinq, quarante.

Quarante-mille. On commence avec ça ?

Je vais vous établir un reçu, M. Oakley.

Ah, les détails !

Content de voir que vous comprenez les détails, M. Greene.

Je les considĂšre trĂšs importants.

Tout à fait. Tous les petits détails.

Oh, désolée. Je ne te savais pas occupé. On peut revenir.

Entrez, maintenant que vous ĂȘtes lĂ .

Mme Greene, je vous présente mon oncle, M. Oakley.

Oncle Charlie, voici Mme Greene et Mme Potter.

Mme Greene, Mlle Potter.

Mme Potter.

Oh, quelque chose chez vous m'a fait penser...

- Oui ? - Que voulais-tu, Margaret ?

Nous allions faire des achats et je n'avais que 5 dollars...

Être veuve a un bon cĂŽtĂ© : on n'a pas Ă  demander de l'argent.

- Tiens. - Merci.

- Au revoir, M. Oakley. - Mme Potter.

Au revoir, Mme Greene.

Voilà, M. Greene. Charlie, allons voir la ville et déjeuner.

- Au revoir. - Au revoir.

- N'hésitez pas à faire appel à nous. - Merci.

Joe, pouvez-vous raccompagner M. Oakley jusqu'Ă  la porte ?

Ouvre l'oeil, Joe. Tu auras sa place dans deux, trois ans.

Le voilĂ .

Ce doivent ĂȘtre les sondeurs. lls ont une heure d'avance.

- Je ne leur parlerai pas. - Ne t'en fais pas.

Tu n'es pas obligé. Je m'en assurerai.

La façon dont ils ont embobiné ta mÚre !

Je l'aurais cru plus futée.

EnchantĂ©e. Vous devez ĂȘtre les messieurs qui font un sondage.

- Je m'appelle Graham, Mlle Newton. - Enchantée.

- Et voici Fred Saunders. - Enchantée.

- Entrez donc. J'appelle ma mĂšre. - Merci.

Maman, les messieurs du gouvernement sont lĂ . Asseyez-vous.

Mais vous avez dit 16 h. Rien n'est prĂȘt.

Mon mari est encore Ă  la banque et la maison n'est pas...

Nous ne voulons que des photos de la maison pour l'instant.

Saunders s'affairera et je vous poserai quelques questions.

Bon, mais j'aurais préféré que la maison soit à son mieux.

Je voulais des fleurs partout et de nouveaux rideaux Ă  la cuisine.

Et je ne veux pas que vous photographiez plein de choses.

- La maison vous appartient bien ? - C'est nous qui lui appartenons.

DÚs que j'ai réparé une chose, une autre lùche.

Et puis elle a besoin d'ĂȘtre repeinte et le...

Désolée, mais vous ne pouvez pas prendre une photo avec cette chaise.

- ll lui faut une nouvelle housse. - Vous ĂȘtes six dans la famille ?

- Cinq. - Cinq ? Mais...

- Mon oncle n'est que de passage. - Je vous ai parlé de lui.

Mettez cinq car mon oncle ne veut pas ĂȘtre embĂȘtĂ©.

Voyez-vous, d'ordinaire, dans un sondage...

Ça ne l'intĂ©resse pas et j'ai promis qu'on ne l'embĂȘterait pas.

Nous aimerions avoir l'opinion de tout le monde.

L'opinion de mon oncle sort de l'ordinaire et ne vous aiderait pas.

Et puis, il faut laisser tranquilles ceux qui le demandent.

Eh bien, nous... L'idée du sondage est que...

Vous devriez peut-ĂȘtre choisir une autre famille, M. Graham.

Nous ferons comme vous voudrez, mais cette famille semblait...

C'est une famille bien.

Laisse donc ces jeunes hommes continuer tant qu'ils sont lĂ .

Bon, d'accord.

Saunders, prends une autre photo. Pourriez-vous me dire, Mme Newton...

Ă  quels clubs et organisations votre mari et vous appartenez.

Et si on prenait une photo Ă  la cuisine ?

Je crains qu'elle ne soit pas dans l'état que je voulais.

Venez.

Vous voulez bien casser d'abord un oeuf, Mme Newton ?

Mais on ne commence pas un gùteau comme ça.

Vous devez mettre le beurre et le sucre en premier.

Sondage ou non, je ne commencerai pas en cassant un oeuf.

Je vais faire un gùteau d'érable. Mon frÚre Charles adore.

- Que fait votre frĂšre ? - Un peu de tout, je suppose.

Vous voulez dire, son métier ? Les affaires, comme font les hommes.

Mon mari est dans la banque mais je crois que Charles fait des affaires.

Si vous tenez Ă  me photographier en train de casser un oeuf...

il faudra attendre que je batte le beurre en crĂšme avec le sucre.

J'attendrai.

On peut jeter un coup d'oeil en haut ?

Montrez-nous. Votre mĂšre nous appellera.

- Bon. - Si vous préférez attendre...

Vous voyez, les oeufs doivent ĂȘtre incorporĂ©s comme il faut.

Je ne peux pas les battre et les laisser comme ça.

DÚs que j'entendrai que vous les avez cassés, j'accourrai.

Oui.

Je ne vois pas ce que vous voulez voir lĂ -haut.

- C'est la chambre de qui ? - La mienne. Mon oncle s'en sert.

J'aimerais avoir une idée. C'est une chambre typique de jeune fille ?

C'est typique que vous demandiez. Mon oncle se repose.

Je ne veux vraiment pas le déranger.

- ll y a un escalier de service ? - Au bout du couloir.

Je vous parie 50 cents que vous oncle n'y est pas.

Parier est bĂȘte. Vous voulez juste photographier ma chambre, non ?

- C'est ça. - Et puis, je sais qu'il y est.

Bon. Je parie toujours qu'il n'y est pas. Frappons pour voir.

Je vais frapper.

Oncle Charlie ?

Oncle Charlie, on peut entrer ?

- Vous voyez ? - Vous aviez raison.

Jolie chambre. Je peux prendre une photo ou deux pendant son absence ?

Je ne veux pas déranger votre oncle.

Je suppose que oui. Mais j'imagine mal qu'on s'intéresse à ma chambre.

Elle ne me plaßt pas comme ça. Je la voudrais blanche et jaune.

Autant le laisser travailler en paix.

Et puis, j'aimerais vous parler.

Ça m'a fait bizarre que vous nous choisissiez comme famille moyenne.

- Comment ça ? - Oh, je ne sais pas.

Je n'aime pas ĂȘtre une fille moyenne dans une famille moyenne.

Les familles moyennes sont les meilleures. Regardez-moi.

- Je suis d'une famille moyenne. - Autant que la nĂŽtre ?

Bien sûr. Et puis, je ne vous trouve pas moyenne.

C'est parce que vous ne m'avez pas vue il y a quelques jours.

J'avais le cafard, et puis Oncle Charlie est arrivé...

et tout a changé.

Mais selon votre mĂšre, il est arrivĂ© hier soir. Vous pensez peut-ĂȘtre...

Je ne pense pas. Je sais.

Penser Ă  ce que je ressens me ramĂšne toujours Ă  Oncle Charlie. Bizarre.

lnsinuez-vous que je ne devrais pas le trouver si merveilleux ?

M. Saunders, je suis prĂȘte avec les oeufs.

J'espÚre que M. Saunders ne déplace rien à l'intérieur.

- Mon oncle est trĂšs maniaque. - Saunders aussi.

- C'est votre oncle ? - Oui, c'est lui.

Maintenant, une photo du couloir.

M. Saunders a pris des photos de ma chambre.

Ma soeur m'a dit de vous rappeler une histoire d'oeufs et de gĂąteau.

Je n'aime pas ĂȘtre photographiĂ©. Donnez-moi la pellicule.

- Oncle Charlie. - Donnez-la-moi, je vous prie.

Donne-la-lui, Fred.

Dommage. ll y avait une photo de Mme Newton.

- Excusez-moi. - Je suis prĂȘte Ă  mettre les oeufs.

lls ne peuvent plus attendre.

C'était ma derniÚre pellicule.

M. Saunders a photographié Oncle Charlie par accident...

et Oncle Charlie lui a fait lui donner sa pellicule.

ll Ă©tait sĂ©rieux quand il a dit qu'il refusait d'ĂȘtre photographiĂ©.

- Nous ne voulions pas de dispute. - Vous referez le gĂąteau demain.

Je ne referai pas de gĂąteau demain.

Je veux aider un projet important mais je n'ai pas que ça à faire.

Vous nous avez déjà aidé, Mme Newton.

J'aimerais vous demander une faveur. Puis-je emprunter Charlie ce soir ?

J'aimerais visiter la ville.

Ann serait mieux. Elle sait tout sur tout le monde.

- Si Charlie n'a rien contre. - Je n'ai rien contre.

Parfait.

- Alors au revoir, Mme Newton. - Au revoir.

- Six heures et demie ? - TrĂšs bien.

- Au revoir. - Au revoir, M. Saunders.

- Au revoir. - Au revoir.

Ça semble ĂȘtre un charmant jeune homme.

Mais je croyais que tu allais au cinéma avec Catherine.

Je lui dirai que je ne me sens pas bien.

- Salut, Charlie. - Salut, Catherine. Salut, Shirley.

- Bonsoir. - Jack Graham. ll est en visite.

- Enchantée. - Enchantée.

- Comment va ta gorge, Charlie ? - Bien mieux, merci.

Bill Forest nous a demandé de tes nouvelles.

Bill Forest ?

Eh bien, au revoir.

- Au revoir. - Au revoir.

Je sais ce que vous ĂȘtes. Vous ĂȘtes un policier.

- ll se passe quelque chose. - Écoutez, Charlie.

Je ne veux pas. Vous n'ĂȘtes pas du tout ici pour un sondage.

Vous nous avez menti. Vous avez menti Ă  ma mĂšre.

Vous vouliez juste entrer chez nous. Vous ĂȘtes de la police.

C'est ça.

Que nous voulez-vous ? Que faites-vous ici Ă  nous mentir ?

ll faut m'écouter et me faire confiance.

Quand vous n'avez fait que mentir ? Vous ne vouliez pas sortir avec moi.

Vous vouliez juste me poser un tas de questions.

Est-ce que c'est ce que je fais ? Hein ? Bon. Je suis un policier.

Un mauvais policier. Maintenant, allez-vous m'écouter ?

- Malgré que vous m'ayez menti ? - Je n'avais pas le choix.

En venant Ă  la recherche d'un homme, je ne comptais pas vous rencontrer.

Quel homme ?

Un homme sévit dans ce pays. Nous le pourchassons.

Nous en savons peu. Pas mĂȘme Ă  quoi il ressemble. RĂ©flĂ©chissez.

Que savez-vous sur votre oncle ?

C'est le frÚre de ma frÚre. Qu'a-t-il à voir avec ça ?

ll pourrait ĂȘtre l'homme que nous recherchons.

Je ne vous crois pas. Partez, laissez-moi tranquille.

Nous recherchons un homme. Peut-ĂȘtre votre oncle. Mais dans l'Est...

un autre homme est poursuivi du Massachusetts jusqu'au Maine.

- C'est peut-ĂȘtre lui. - Mon oncle n'a rien fait.

ll sait que ça tuerait ma mÚre.

C'est son frĂšre cadet, comme Roger est le mien.

Pourquoi n'arrĂȘtez-vous pas cet homme dans l'Est ?

Partez donc et laissez-nous tranquilles !

Quand nous avons parlé en dßnant de la famille, de ce que nous avions...

fait et de ce que nous ressentions, nous étions des gens ordinaires.

Nous avons Ă©tĂ© Ă©levĂ©s de la mĂȘme façon.

- Nous nous aimions bien. - Ça n'a plus d'importance.

Comment ça ? C'est la seule chose qui en a.

Si vous n'existiez pas, je ne me soucierais pas...

de quand et comment j'appréhenderais votre oncle !

Car si c'est lui, je l'aurai. Souvenez-vous en.

Et vous allez vous taire.

Parce que vous ĂȘtes une fille si gentille...

que vous m'aideriez si vous saviez que votre oncle était notre homme.

- Je ne vous aiderais pas. - Je sais que si.

Et j'essaye de vous faciliter les choses.

Si votre oncle est notre homme, nous l'emmĂšnerons discrĂštement.

- Nous ne l'arrĂȘterons pas ici. - En ville ? Avec maman ?

J'essaye de vous dire que non.

Je vous en prie, Charlie.

Je ne dirai rien. Ramenez-moi chez moi.

Bonne nuit, Charlie.

Ça sera drĂŽle quand vous dĂ©couvrirez que vous vous trompez. Bonne nuit.

- Tiens, Charlie. Déjà de retour ? - Oui, papa.

ll fait si bon, je voulais prendre l'air avant d'aller au lit.

Tu ferais bien de rentrer. Ton Oncle Charlie te demandait.

Je rentre par derriĂšre. Je suis lasse et n'ai pas envie de parler.

Bon. Comme tu voudras.

Prends soin de toi.

- Bonne nuit, Herb. - Bonne nuit, Charlie.

Bonne nuit, Charlie.

Que disais-tu, Herb ? Ai-je remarqué quoi ?

As-tu trouvé un goût bizarre au café que je t'ai servi ?

Non. ll était normal.

Précisément ! ll n'était pas normal.

- Tu as mis quelque chose dedans ? - Un peu de soda.

Environ autant que le montant de poison que j'aurais utilisé.

Ben, ça alors ! Je n'ai pas senti le goût.

Bien sûr, ce n'était que du soda.

Tu détecterais plus le goût du soda que du poison.

Tu pourrais tout aussi bien ĂȘtre mort maintenant.

Tu ne dors pas encore, Ann ?

Qu'est-ce que tu fais, Charlotte ?

Oh, je cherche juste une recette que j'ai vue...

mais la page est si déchirée.

lls ont des journaux... nouveaux et anciens... Ă  la bibli.

Mlle Corcoran les sortira pour toi.

Elle ne verra rien si tu découpes une tout petite recette.

Oh, ce n'est pas si important.

La bibliothĂšque ferme Ă  quelle heure ?

Si tu lisais autant que tu le devrais, tu le saurais : 9 heures.

Oh, bon. Si j'y pense, j'irai peut-ĂȘtre demain.

Tu devrais vraiment te coucher, Ann.

Retourne sur le trottoir !

Un petit instant, Charlie. À quoi je sers, d'aprùs toi ?

- Je suis désolée, M. Morton. - Bon. Allez, vas-y.

BlBLlOTHÈQUE PUBLlQUE

Laissez-moi entrer. Je vous en prie !

Oh, merci.

Tu sais aussi bien que moi que nous fermons Ă  21 h.

Si je fais une exception, il faudra en faire mille.

Désolée, Mme Corcoran, mais je dois regarder une chose dans le journal.

Tu me surprends, Charlie. Aucune considération.

- J'en ai pour une minute. - Tu as toute la journée pour venir.

Pourquoi te précipites-tu ici ce soir comme une folle ?

Je te donne trois minutes seulement.

Ça ne peut pas ĂȘtre si terrible que ça.

Je lui prouverai que ça ne l'est pas.

Page trois.

OÙ EST LE TUEUR DES VEUVES JOYEUSES ?

Une traque Ă  l'homme est en cours pour retrouver le tueur de trois riches femmes

Le lieu oĂč se trouve "le tueur des veuves joyeuses",

l'Ă©trangleur de trois femmes aisĂ©es, demeure un mystĂšre pour les enquĂȘteurs

lancés à sa recherche dans tout le pays.

Jusqu'à présent, le fugitif est apparemment parvenu

à passer entre les mailles du filet autour des États du nord-est,

mais l'annonce de son arrestation est imminente.

La police recherche deux hommes, dont un est certainement

le tueur.

Ses victimes étant de riches veuves,

il a été surnommé "le tueur des veuves joyeuses".

Sa derniĂšre victime, le 12 janvier Ă  Gloucester, Mass.,

était Mme Bruce Matthewson, ancienne star de comédies musicales,

plus connue au début du siÚcle comme

"la belle Thelma Schenley".

- Bonjour. - OĂč est Charlie ?

Elle dort toujours. Je ne veux pas la réveiller.

- Charlie dort toujours ? - Non, elle vient de se réveiller.

J'aurais dû la réveiller mais elle avait besoin de sommeil, je crois.

Elle n'a pas l'air d'ĂȘtre dans son assiette. Elle va descendre dĂźner.

Maman, laisse-moi finir de préparer la purée.

Je vais finir de préparer le dßner et le servir.

- Va donc parler à Oncle Charlie. - Comment te sens-tu, ma chérie ?

Ça va. Je devais ĂȘtre fatiguĂ©e. J'ai dormi comme un loir.

Ton Oncle Charlie t'a demandée. ll t'aime beaucoup.

Et le charmant jeune homme est passé deux fois aux nouvelles.

Je lui ai dit que je ne voulais pas perturber ton sommeil.

Je suis reposĂ©e maintenant et prĂȘte pour n'importe quoi.

La sauce est prĂȘte ?

Pourquoi fredonnes-tu cette valse ?

Quoi que tu fasses, arrĂȘte de fredonner cet air.

Je viens de me le sortir du crùne. Je ne veux pas que ça recommence.

N'oublie pas, je t'en prie : ne le fredonne pas.

Et ne te lĂšve pas toutes les cinq minutes.

Reste assise et sois une vraie dame.

Bon, si tu le dis. Mais au moins, je peux apporter la soupe.

Lave-toi les mains ! Joe, Charles. Le dĂźner est servi !

- Ne mets rien derriĂšre tes oreilles. - Je veux te demander une chose.

Ne murmure pas. Quand tu murmures, on t'entend Ă  une rue d'ici.

- Je peux m'asseoir à cÎté de toi ? - De moi ?

J'aurais pensĂ© que tu voulais ĂȘtre prĂšs d'Oncle Charlie.

- Non, à cÎté de toi. - Pourquoi veux-tu changer ?

Laisse-la changer si elle veut.

J'ai demandé à Roger. ll veut bien.

Pas question. Oncle Charlie pourrait penser...

Maman, laisse-la changer si elle veut.

Bon. Mais Ann a trop d'idées ridicules.

Bon, allez dans la salle Ă  manger toutes les deux.

Que se passe-t-il ? Ai-je perdu mon petit ange ?

Roger voulait s'asseoir un peu à cÎté de toi...

et j'ai pensé que ce serait bien qu'ils alternent.

- Je n'ai jamais... - Jamais quoi, Roger ?

- Rien. - Allez, Ann. Viens m'aider.

Je l'ai apporté par accident. Je l'avais à la main, je suppose.

Rien de spécial. Tu veux regarder les gros titres, Charles ?

Merci, Joe.

Ne fais pas autant de bruit avec ta soupe, Roger.

En serrant ses lĂšvres, il pourrait boire comme un cheval.

- Ann, ne sois pas dégoûtante. - Je peux tremper mon pain dedans ?

- OĂč est Charlie ? - Elle voulait servir le dĂźner.

- Elle arrive. - Tu as raison, Joe. Rien de spécial.

Rien de spécial. Oh, la voilà !

- VoilĂ  mon ange. - Elle a dormi combien de temps ?

Si tu me disais exactement quand tu t'es endormie...

et quand tu t'es réveillée...

et aussi si tu t'es réveillée quelques fois entre temps...

et pour combien de temps, je pourrais te dire exactement...

Tu ne dormiras pas. On ne dort pas toute la journée et toute la nuit.

J'ai dormi, c'est sĂ»r, et je n'ai pas arrĂȘtĂ© de rĂȘver...

Que des cauchemars Ă  propos de toi, Oncle Charlie.

Des cauchemars Ă  propos de moi ?

Tu étais dans un train...

et j'avais le sentiment que tu fuyais quelque chose...

et puis je t'ai vu dans le train, et j'ai été trÚs heureuse.

Comment peux-tu ĂȘtre heureuse de voir Oncle Charles dans un train ?

Je ne veux pas voir ça. Je veux qu'il reste pour toujours.

ll faudra bien qu'il parte un jour.

Nous en sommes tous conscients. Regardons les choses en face.

J'aime les gens qui regardent les choses en face.

On ne va pas regarder ce genre de choses en face.

Tu veux lire les bandes dessinées, Ann ?

J'ai dépassé ça. Je lis deux livres par semaines.

J'ai fait serment de le faire.

Dans cette famille, personne ne lit Ă  table. C'est impoli.

Ne reprends pas tes aßnés !

Elle a raison, Emmy. J'oublie mes maniĂšres.

Joe, je vais dire que c'est de ta faute.

Roger, va me chercher une grande bouteille rouge dans le frigidaire.

Jette le journal. Papa l'a lu, et Oncle Charlie aussi.

Nous n'avons pas besoin de jouer avec ce soir.

Ann, tu peux aider Charlie à apporter les légumes.

J'ai vu cette bouteille quand je préparais le dßner.

Saint Paul a dit : "Prends un peu de vin, c'est bon pour l'estomac."

Du vin au dĂźner... Comme c'est gai !

Charles, tu te souviens quand on a bu du champagne...

quand l'aßnée des soeurs Jones s'est mariée ?

C'est du bourgogne mousseux.

AprÚs une gorgée, j'appellerai ça du "bourmogne gousseux".

Je ferais peut-ĂȘtre mieux de ne pas en prendre.

Oh, il est importé.

Frankie l'importĂ© et ses vĂȘtements en tweed ?

Et sa cane équipée.

Sa cane, et tout le reste !

Roger, va chercher quatre petits verres Ă  pied dans le placard.

Charles, j'ai promis à Mme Greene, la présidente de notre club...

que tu parlerais Ă  ces dames, et elle veut savoir de quoi.

Bonne question. Les conférenciers parlent de voyages et d'actualité.

- On a déjà l'actualité. - Ce sera quel genre de public ?

Des femmes comme moi. Occupées à la maison, pour la plupart.

Les femmes s'occupent ici. C'est différent dans les grandes villes.

Elles sont remplies de femmes... des veuves d'ùge mûr.

Leurs maris qui ont amassé une fortune à la sueur de leur front...

sont morts, laissant leur argent à leurs stupides épouses.

Et que font leurs femmes, ces ĂȘtres inutiles ?

On en voit des milliers chaque jour dans les meilleurs hĂŽtels...

dilapidant cet argent en buvant, en mangeant...

et en jouant au bridge jour et nuit...

puant l'argent...

fiĂšres de leurs bijoux, mais de rien d'autre...

des femmes horribles, usées, grosses et rapaces.

Mais elles sont vivantes ! Ce sont des ĂȘtres humains !

Vraiment ? Vraiment, Charlie ?

Sont-elles des ĂȘtres humains ou de grasses bĂȘtes poussives ?

Et qu'advient-il des bĂȘtes devenues trop grosses ou vieilles ?

On dirait que je fais déjà mon discours.

Pour l'amour du ciel, ne parle pas des femmes comme ça à mon club !

Tu vas passer au goudron et à la plume. Quelle idée !

La gentille Mme Potter sera lĂ . Elle me demandait de tes nouvelles.

Les Greene l'emmĂšneront Ă  la fĂȘte que j'organiserai aprĂšs le discours.

Joe, c'est Herbert.

ll vient toujours quand nous mangeons.

Bonsoir, Mme Newton. Bonsoir, M. Oakley.

- Bonsoir. - Comment va votre mĂšre, Herbert ?

Couci couça.

- Tu as dßné ? - Oh, oui, il y a une heure.

Vous devenez trĂšs chics Ă  dĂźner chaque soir de plus en plus tard.

J'ai cueilli des champignons avant le dĂźner, Joe.

Ah bon ?

Les champignons, ça te dit quelque chose ?

J'en mange avec mon steak quand il n'est pas assez bon au restaurant.

Si je t'en apportais, tu les mangerais ?

- Je suppose. Pourquoi ? - J'ai trouvé, tu vois ?

Au pire, je serais accusé d'homicide involontaire.

Et encore ! Mort accidentelle, pure et simple.

Un panier de bons champignons, et deux ou trois vénéneux.

Un innocent pourrait manger ceux qui sont vénéneux.

J'ai eu une meilleure idée en me rasant.

Une baignoire.

Je te tire par les jambes et je te tiens sous l'eau.

Ça a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© fait, mais ça fonctionne toujours.

Vous n'avez pas fini, tous les deux ?

Devez-vous toujours parler de tuer des gens ?

On ne parle pas de tuer des gens.

Herb parle de me tuer et moi, de le tuer.

- Ton pÚre se détend comme ça. - ll n'a pas d'autre façon ?

On ne peut pas ĂȘtre tranquilles sans toujours parler de poisons ?

Ce qu'elle dit n'a aucun sens.

Elle m'inquiĂšte. Va la chercher, Roger.

J'y vais. Restez ici et finissez votre dĂźner.

- Je vais la rattraper. - Qu'est-ce qu'elle a ?

Pardon, M. Norton.

Tu cours toujours dans la rue le soir.

OĂč Ă©tais-tu si pressĂ©e d'aller hier soir ?

- Je faisais juste une course. - Ce monsieur est ton oncle ?

Oui. Oncle Charlie, je te présente M. Norton.

Enchanté. Vous vous appelez comment ?

Charles Oakley. Ravi de vous connaĂźtre.

Surveillez votre niĂšce. Elle risque une amende pour excĂšs de vitesse.

Un arrĂȘtĂ© municipal interdit de courir sur ces trottoirs.

Tu entends, Charlie ? ll ne faut pas violer la loi.

- Je m'occupe d'elle. - Bonsoir.

Qu'y a-t-il, Charlie ? Qu'est-ce qui ne va pas ?

TABLES POUR DAMES

- Je veux te parler. - Tu me refais mal au bras.

- Entre ici avec moi. - Je ne fréquente pas ces endroits.

Entre.

- Pourquoi m'as-tu emmenée ici ? - Quelle importance ?

- Bonsoir, Charlie. - Bonsoir, Louise.

Charlie, je te présente Louise Finch.

- Ravie de vous rencontrer. - C'est mon oncle.

J'étais dans la classe de Charlie à l'école.

J'ai été surprise de te voir entrer. Je n'aurais jamais imaginé.

Je suis ici depuis 15 jours. J'ai perdu ma place Ă  Kern's.

J'ai fait la moitié des restaurants de la ville.

- Que prends-tu, Charlie ? - Rien, merci.

Apportez-lui un ginger ale. Et pour moi, un double brandy.

- Eh bien, Charlie. - Eh bien ?

Tu crois savoir quelque chose. Ce garçon t'a dit quelque chose.

Jack ? Pourquoi saurait-il quoi que ce soit ?

Écoute, quelque chose a jetĂ© un froid entre nous.

Je ne veux pas que ça arrive.

On est de vieux amis.

Plus que ça. On est comme des jumeaux.

- Tu l'as dit toi-mĂȘme. - Ne me touche pas, Oncle Charlie.

Que t'a dit ce garçon ?

ll n'a rien Ă  voir lĂ -dedans.

J'espĂšre qu'il n'apprendra jamais rien sur toi.

Tu es une fille plutÎt compréhensive, Charlie.

Si tu as entendu de petites choses sur moi...

je suppose que tu as assez d'expérience pour les ignorer.

Tu es le cerveau de la famille. Ça se voit.

Je ne suis pas si ùgé.

Je parcours le globe depuis que j'ai seize ans.

J'ai fait des bĂȘtises, je suppose...

des choses vraiment stupides.

Rien de sérieux, seulement stupide.

Ne commence pas Ă  imaginer des choses, Charlie.

Comment peux-tu faire de telles choses ?

Tu es mon oncle, le frĂšre de ma mĂšre.

On te prenait pour l'homme le plus merveilleux au monde.

- Le plus merveilleux et le meilleur. - Que sais-tu ?

Désolée d'avoir été si longue. On est trÚs occupés.

À qui elle est ? Comme elle est belle !

Je donnerais ma vie pour une bague comme ça.

Oui, monsieur, pour une bague comme ça, j'en serais capable.

J'adore les bijoux... les vrais.

Vous remarquez que je n'ai pas eu Ă  demander.

Ça se voit qu'elle est vraie. Moi, je le sais.

Apportez-moi un autre brandy.

Assieds-toi.

Tu crois savoir quelque chose, n'est-ce pas ?

Tu te crois la petite futée qui sait quelque chose.

Tu ignores tellement de choses. Tellement. Que sais-tu vraiment ?

Tu es une petite fille ordinaire vivant dans une bourgade ordinaire.

Tu te réveilles chaque matin sans le moindre souci au monde.

Tu vis ta petite journée bien ordinaire...

et la nuit, tu dors d'un sommeil serein bien ordinaire...

rempli de rĂȘves paisibles et stupides.

Et je t'ai apporté des cauchemars.

Ou est-ce un petit mensonge maladroit ?

Tu vis dans un rĂȘve. Tu es une somnambule... aveugle.

Comment peux-tu connaĂźtre le monde ?

Sais-tu que c'est une porcherie immonde ?

Et qu'en arrachant les façades des maisons, tu trouverais des porcs ?

Le monde est un enfer. Qu'importe ce qui s'y passe !

Réveille-toi. Utilise ta cervelle. Apprends quelque chose.

Tu t'en vas, Charlie ?

- Charlie, vas-tu m'aider ? - T'aider ?

Le mĂȘme sang coule dans nos veines.

ll y a une semaine, j'étais au bout du rouleau.

Je suis si las, Charlie. Un homme finit par ne plus pouvoir fuir.

Tu ne sauras jamais ce que c'est d'ĂȘtre aussi las.

J'allais...

Puis j'ai eu l'idée de venir ici.

C'est ma derniĂšre chance, Charlie. Donne-la-moi.

Graham et l'autre homme, ils ne savent pas.

lls soupçonnent quelqu'un Ă  l'Est. S'ils l'arrĂȘtent, je...

Donne-moi cette derniĂšre chance.

Saisis ta chance. Pars !

Je vais partir. Donne-moi quelques jours.

Pense à ta mùre. Ça la tuera.

Oui, ça tuerait ma mÚre.

Prends tes quelques jours. Arrange-toi pour partir.

Te rends-tu compte de ce que ça signifiera s'ils me prennent ?

La chaise électrique.

ll faut que tu m'aides. Je compte sur toi.

Tu as dit toi-mĂȘme que nous ne sommes pas un oncle...

et une niĂšce ordinaires quoi que j'aie fait.

Vas-y. J'arrive dans une minute.

- Vive son petit chez soi ! - OĂč est Charlie ?

- Dehors. Ne t'inquiĂšte pas. - Qu'est-ce qu'elle avait ?

Elle était un peu sur les nerfs. La promenade l'a calmée.

Je suis si heureuse. Je vous ai gardé du dessert.

Oh, merci, mais on a pris un soda à la crÚme glacée.

Hop-lĂ  ! Au lit, mademoiselle !

Roger, viens lĂ  !

C'est mon petit ange.

Bonjour ! Vous devez essayer de vous cacher.

- On ne se cache pas. - Mais vous avez dit "psitt".

Les gens qui se cachent disent toujours "psitt".

- On ne veut pas crier un dimanche. - Écoute, Ann.

Demande discrĂštement Ă  ta soeur de venir ici. On t'attend.

Votre pÚre et le mien se sont querellés ?

Mon pĂšre ?

Parce sinon, pas besoin que je demande Ă  Charlotte discrĂštement.

Maman s'en fiche. Elle pense que les filles doivent se caser.

- Dans un livre que je lis... - Demande-lui sans ĂȘtre littĂ©raire.

- Bon. - Rappelle-toi : laisse-moi parler.

- Bonjour, Catherine. - Bonjour, M. Graham.

Catherine, je te présente M. Saunders.

- Enchantée. - Enchanté.

- Ann dit que vous me demandez. - Saunders veut vous parler.

Allez, Ann. Raconte Ă  Catherine l'histoire de Dracula.

Venez, Catherine.

- Que voulez-vous ? - Laissez-les s'éloigner un peu.

Je veux vous parler de la photo que nous avons prise.

- Celle de votre oncle. - ll a dû la brûler.

Pas celle-là. Nous lui avons donné la mauvaise pellicule.

Nous avons bien sa photo. Nous l'avons envoyée à l'Est.

Des témoins peuvent identifier l'homme que nous recherchons.

- Comment ça, identifier ? - Comme je le dis.

DĂšs qu'ils verront la photo, on saura si Oakley est notre homme.

- Nous attendons le télégramme. - Et Oncle Charlie sera...

Exactement. C'est comme ça.

Graham a pensĂ© que vous pourriez peut-ĂȘtre faire partir votre oncle.

- Ce serait mieux pour... - Je dois, n'est-ce pas ?

- Combien de temps me donnez-vous ? - Disons, deux heures.

Je le ferai partir.

Vous semblez sûre qu'il est notre homme. Pourquoi ?

Pour rien. J'ai juste peur.

C'est vous qui semblez sûrs.

Je ne supporterai pas qu'il arrive quelque chose ici.

- Savez-vous ce qu'il a fait ? - Je ne veux pas l'entendre.

Comprenez-moi bien. Nous vous faisons une fleur.

Si vous en savez plus sur votre oncle, parlez.

Nous voulons aussi savoir quand et comment il partira.

- Si vous nous cachez... - Je vous le dirai.

Marche sur une fissure, ta mĂšre se cassera la figure.

J'aimerais savoir qu'on peut vous faire confiance.

Je ne ferai rien pour l'aider. Je le promets.

Mais ne me demandez pas de l'espionner pour vous.

Nous avons conclu un pacte. Je le ferai partir. C'est tout.

Réfléchissez, Charlie. ll est dangereux. S'il nous échappe...

Ne me dites pas ce qu'il fera. Je tiendrai ma promesse.

Je vous ferai savoir quand il partira.

Ça serait drîle qu'il ne soit pas votre homme. Ça se pourrait.

Ma mÚre s'est cassée la figure trois fois.

Pas mal ! Tu n'as pas fini de me dire si Mlle Rose...

avait épousé le richard ou l'homme qu'elle aimait.

- Depuis quand ĂȘtes-vous amis ? - On joue Ă  des jeux.

Je pose des questions et elle sait toutes les réponses.

Sauf que je ne distingue pas ce qu'elle sait et ce qu'elle invente.

Je n'invente jamais rien. Tout est dans mes livres.

lls sont tous vrais.

Allez, Ann. Rentrons aider à préparer le souper.

Au revoir, M. Saunders.

Au revoir, M. Graham et M. Saunders.

- Au revoir, Catherine. - Viens, Catherine.

Va donc cueillir des fleurs pour mettre sur la table.

- Les fleurs simples sont les mieux. - Je n'ai pas demandé d'orchidées.

J'aurais voulu ĂȘtre nĂ©e dans le Sud.

Les femmes y ont du charme. Elles cueillent les fleurs avec des gants.

- Au revoir, Catherine. - On se voit aprĂšs le dĂźner.

Comment était l'église, Charlie ?

Tu as compté les gens ? Vous avez refusé du monde ?

Non, il y avait de la place pour tous.

Content de l'entendre.

Ça a durĂ© si longtemps, j'ai cru que l'assistance s'amenuisait.

Rien de spécial au journal du midi ?

Quelqu'un m'a dit que l'Assassin des veuves joyeuses avait été pris.

- Ah bon ? OĂč ? - Dans le Maine. Portland.

On ne l'a pas vraiment pris. ll fuyait les policiers.

lls Ă©taient sur le point de l'arrĂȘter Ă  l'aĂ©roport...

et il est rentré en plein dans l'hélice d'un avion.

- Ouh, lĂ , lĂ  ! - Ça l'a dĂ©coupĂ© en morceaux.

ll a fallu l'identifier Ă  ses vĂȘtements.

Ses chemises disaient toutes : "C.O.'H."

Ça fait une jolie fin. Je n'aurais pas trouvĂ© mieux.

Ça rĂ©sout l'affaire, je suppose.

Absolument. Elle ne m'a jamais bien intéressé.

Je crois que je vais me préparer pour le dßner. J'ai faim.

J'ai envie de bien manger.

J'ai d'excellentes nouvelles. Peut-on parler seuls ?

On a reçu un tĂ©lĂ©gramme du Maine. On peut tout arrĂȘter.

Je parie que vous ĂȘtes soulagĂ©e. Moi, je le suis.

Oh, je suis soulagée.

Votre oncle a dĂ» vous croire folle de vouloir le chasser d'ici.

Maintenant que c'est fini, Jack, je ne veux plus en parler.

Faisons comme si cette histoire affreuse n'avait jamais existé.

ll n'y pas Ă  faire comme si.

VoilĂ  les gants de maman.

Maman et ses gants. Elle perd toujours quelque chose.

Toutes les mĂšres perdent des choses. Un jour, elle vous perdra.

Les mĂšres ne perdent pas de filles, elles gagnent des gendres.

C'est vrai. Mais gagner n'est pas toujours le bon terme.

Prenez mon exemple. Qui voudrait d'un policier comme gendre ?

- Mon pĂšre. - Ah bon ?

Vous voulez dire, si vous alliez lui annoncer...

"Papa, je vais épouser un policier", il ne vous renierait pas ?

Ce ne serait pas forcément moi. ll y a Ann.

Non, Ann veut épouser un bibliothécaire. Elle me l'a dit.

Comme ça, elle aura toujours largement de quoi lire.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Je riais. Ça faisait si longtemps.

J'aime quand vous riez.

J'aime quand vous ne riez pas aussi.

Je vous aime bien quoi que vous fassiez, je suppose.

Je suppose que je vous aime bien.

Oh, je suis heureuse. Je vous aime bien aussi.

C'est drĂŽle comme on rencontre une personne qu'on aime de plus en plus.

ll n'y aucune chance qu'un jour, vous disiez Ă  votre pĂšre...

que vous voulez épouser quelqu'un... un policier ?

- Je ne sais pas. - Je ne voulais pas vous dire.

Je voulais attendre que vous ayez oublié cette sordide histoire...

que vous puissiez ne plus m'associer à une chose déplaisante.

Je voulais attendre de revenir pour vous le dire.

Mais c'est plus fort que moi. Je veux vous le dire.

Je vous aime, Charlie. TrĂšs fort.

Je sais que c'est le mauvais moment et je suis désolé.

- Ça vous dĂ©range ? - Non.

- Vous pourriez y réfléchir ? - Au fait que vous m'aimiez ?

Et que vous puissiez peut-ĂȘtre m'aimer aussi.

J'aimerais qu'on soit amis. Je sais ça. Et nous le sommes.

- J'aimerais penser à ça. - Rien de plus ?

Je ne sais pas, Jack. Pas encore.

Bon. Mais est-ce que je peux revenir ?

Oh, je vous en prie, revenez.

Écoutez, Charlie.

Quand je partirai, retournez dans ce square au centre-ville.

Regardez-le bien car c'est lĂ  que j'ai su que je vous aimais.

C'est lĂ  oĂč on s'est disputĂ©s sans que je sache quoi faire.

J'aime mon travail, mais je ne l'aimais pas ce soir-lĂ .

J'ai détesté ce soir.

- Vous le détestez maintenant ? - Non, pas maintenant.

C'est un endroit sympa. Je vais y mettre une plaque en bronze.

Cette porte claque toujours.

Pourquoi vous enfermez-vous dans le garage ?

Quand j'étais jeune, on s'asseyait au salon.

- Je disais au revoir Ă  Charlie. - Dans le garage ?

La porte s'est coincée. Maintenant, je dois vous dire au revoir à vous.

Disons-nous au revoir ici. Ne nous risquons pas dans le garage.

- Votre travail est fini ? - Bouclé.

Mais je reviendrai. Vous me reverrez.

- Oh ? - Mais pas pour le travail.

Je comprends que vous reveniez.

Charlie est merveilleuse. Elle est ce que j'aime le plus au monde.

SincĂšrement. Faites bon voyage, M. Graham.

Et ne prenez plus de photos sans permission.

Les droits de l'homme. Vous savez, la liberté.

ll faudra qu'on reparle de liberté un de ces jours, M. Oakley.

N'oubliez pas d'écrire. Vous avez toutes les adresses.

C'est tout ? Du beurre, des fruits, du fil vert et passer Ă  la bibli.

Et les légumes qui sembleront frais. Si j'ai oublié une chose, Ann y ira.

TrĂšs bien.

Maman !

Charlie ! Ma chérie ! Tu t'es fait mal ?

J'ai trébuché.

C'est ta cheville qui a pris ?

Je crois que je n'ai rien. Je me suis accrochée à la rampe.

Tu aurais pu te tuer !

J'ai une peur bleue Ă  chaque fois que vous descendez ces escaliers.

lls sont trop raides et branlants. ll faut les réparer.

Tu es sûre que tu n'as rien ?

Quand pars-tu, Oncle Charlie ?

Oh, allez, Charlie. Toute cette histoire est finie.

J'aimerais l'oublier. Nous sommes tous heureux ici.

- Quand pars-tu ? - Je ne pars pas.

Pas encore.

Je veux m'installer. Vivre lĂ  oĂč on me connaĂźt.

Avoir de l'argent en banque, une sorte d'affaire.

- Faire partie de cette famille. - Oh, je vois.

Sois mon amie, c'est ce que tu peux faire de plus raisonnable.

Je peux beaucoup pour toi, pour vous tous.

Non, pas toi. On ne veut rien de toi.

Je voudrais t'avoir dénoncé à ma mÚre.

Je sais ce que tu penses.

Qu'aurait ressenti ta mÚre ? Qu'est-ce que ça lui ferait ?

Et ton pĂšre ? Sa place Ă  la banque ?

Qu'adviendrait-il de vous tous si tout était révélé ?

Tu n'as pas Ă  avoir peur. Je ne peux pas leur dire.

Mais je n'ai pas peur. Pourquoi parlerais-tu ?

Qui te croirait ? Tu as un air de valse en tĂȘte.

Tu n'aimes pas les initiales d'une bague que tu relies Ă  un article.

Et tu n'as mĂȘme pas la bague. J'ignore ce qu'elle est devenue.

- Tu l'as. - Moi ?

Je te l'ai donnée.

Je ne veux pas de toi ici. Je ne veux pas que tu touches maman.

Alors va-t'en. C'est un avertissement.

Va-t'en ou je te tuerai moi-mĂȘme.

Tu vois ? C'est ce que je ressens envers toi.

- Tiens, Joe. - Oh, du parfum.

Seulement l'odeur fraĂźche et propre de la lavande.

- Oui, je sais. - Vous ĂȘtes trĂšs beaux tous les deux.

Je dois dire que je suis fiĂšre des deux hommes de ma famille.

Emmy, tu es ravissante.

Dommage que les enfants doivent s'asseoir sur nos genoux.

On va ĂȘtre serrĂ©s. Ça n'arrangera pas mon pantalon.

- Si seulement tu conduisais, Joe ! - Faisons comme ceci.

- Charles, tu t'assieds... - Charlie s'assoit derriĂšre...

avec papa, et les enfants entre eux.

Ne dis pas de bĂȘtises. Allez en taxi et j'irai en voiture avec Charlie.

Non, Oncle Charlie. Prends le taxi, toi.

- Je veux prendre le taxi ! - Bien sûr. Tout est prévu.

- Va au garage chercher la voiture. - Je préfÚre conduire la famille.

Tu entendras mon discours en route, toi qui est ma plus sévÚre critique.

ll nous faut quand mĂȘme un taxi. Ann, va appeler M. Abercrombie.

Maman !

Viens avec moi, je t'en prie. Papa emmĂšnera les enfants.

Je serai le seul homme sauf Charles assez fou pour m'habiller comme ça.

Alors tu seras le seul autre homme qui sera comme il faut.

Tu as l'air trÚs distingué.

Es-tu prĂȘt, Charles ? Et toi, Joe ?

Une minute ! ll me faut mon pardessus.

DĂ©pĂȘche-toi, chĂ©ri, je t'en prie !

Prenez votre temps. Ça ne commencera pas sans moi.

- ll commence Ă  faire froid ici. - KSRO, Santa Rosa...

avec des studios Ă  Vallejo et Santa Rosa, Californie.

Autant écouter un peu de musique pendant qu'on attend.

La police de l'État d'Oregon a continuĂ© de poursuivre cinq...

Oh ! Ça a besoin d'ĂȘtre aussi fort ?

On entend mieux les basses.

J'aime ça fort. Si c'est trop bas, je n'entends pas les instruments.

Si j'avais un groupe, j'aurais au moins 87 musiciens.

À l'aide ! Une personne est enfermĂ©e dans le garage !

Elle suffoque ! ll y a un problĂšme avec la porte.

Je vais la porter. C'est bon.

Joe, va vite chercher la bouteille de whisky sur mon bureau.

Charlie. Ma chĂšre Charlie.

Emmy, frotte-lui les pieds. Roger, va chercher de quoi l'éventer.

Ann, non, ma chérie.

Qu'essayes-tu de dire, Charlie ?

Va-t'en.

Emmy, elle te demande.

Je suis là, ma chérie. C'est maman. C'est ça, mon bébé.

C'est ça, ma brave petite fille.

- Tiens. Bois un peu de ça. - Non. Ça va.

- Joe, appelle le Dr Phillips. - Non, je t'en prie, papa.

Ça va. Je veux juste me lever.

Tu t'en es bien tirée. Quelqu'un a dû laisser tourner le moteur.

- Je ne trouvais pas la clé. - Elle y était quand je suis entré.

Heureusement que je suis passé par là.

Elle aurait pu mourir. Tu l'as sauvée. Tu savais quoi faire.

J'ignore comment ça s'est trouvé que je passais par là.

ll ne va pas y avoir de conférence.

Mais si. Je veux que vous y alliez tous.

VoilĂ  le taxi. Allez-y, vous tous.

Je ne pourrais pas.

Qui m'a trouvée dans le garage ?

Herb t'a entendue marteler la porte.

J'ai entendu un halĂštement et des coups contre la porte.

Je me suis dit qu'il devait y avoir un ĂȘtre humain dedans.

- Bien réagi, Herb ! - Quelle chance !

Je suis contente que vous soyez passé par là.

- Allez, maman. - Je veux rester avec toi.

Je n'ai plus trĂšs envie de faire un discours.

Quand je pense Ă  ce qui aurait pu t'arriver.

Ça va. Je veux juste m'asseoir un peu sur le porche et respirer.

- Non, ma chĂ©rie, pas question. - Ça va, vraiment.

Je pourrais y aller, mais je prĂ©fĂšre rester prĂ©parer la fĂȘte.

Ma chérie, je veux rester avec toi.

Herb, tu veux bien emmener Roger ? Ann, tu viens avec nous.

Je ne comprends vraiment pas. D'abord, les escaliers, puis...

M. Graham n'est pas lĂ  ?

C'est bien l'HĂŽtel Stewart Ă  Fresno ?

Et vous ne l'attendez pas ?

Je vois. Merci.

ll n'est pas lĂ  ? Merci. Au revoir.

Pouvez-vous me dire oĂč le joindre ?

J'ai déjà essayé l'adresse qu'il m'a donnée à Fresno.

Merci.

On peut avoir des sandwiches, maman ?

Ne preniez rien dans la salle Ă  manger. Allez Ă  la cuisine.

Entrez donc. Laissez vos manteaux ici.

- Merci beaucoup. - Merci beaucoup.

Joe, sois un amour, occupe-toi de tout le monde.

J'arrive tout de suite.

Eh bien, hum.

Je croyais que le champagne n'était que pour les cuirassés, M. Oakley.

Pas pour moi, merci, et, j'en suis sûr, pas pour ma femme.

Mais nous espérons que vous oublierez tous notre présence.

J'aimerais porter un toast Ă ... Charlie ne descend pas ?

Elle arrive dans un instant. Mme Potter.

Pas celui-lĂ . Je ne sais pas pourquoi j'en fais Ă  la tomate.

Ça traverse toujours le pain. GoĂ»tez un de ceux-lĂ .

C'est un pain complet/fromage. Le paprika le rend rose.

- M. Greene. - Que désirez-vous, Mme Greene ?

Merci.

Je crois que j'aimerais aussi porter un toast.

À notre visiteur distinguĂ©.

À l'auteur du meilleur discours entendu ici depuis des annĂ©es.

À notre trùs cher M. Oakley.

- Merci. - On a peu de discours d'Américains.

ll semblent que les étrangers parlent mieux.

Ah, la voilĂ . Maintenant, mon toast.

Tu arrives à point pour un toast de départ.

Désolé de te le dire comme ça, mais je dois quitter Santa Rosa demain.

Pas pour toujours.

Quelle étrange coïncidence. Je pars à San Francisco demain.

Emmy, mon trésor, je ne voulais pas te gùcher ta soirée.

J'ai reçu une lettre aujourd'hui. Je dois prendre le premier train.

Tu me manqueras, Emmy.

Mais sachez que cette charmante ville restera dans ma mémoire...

un lieu d'hospitalité, de gentillesse...

et de foyers.

Mais je ne supporterai pas que tu partes.

Oh, Emmy, je reviendrai.

J'ai arrangé avec le Dr Phillips la création d'un service pour enfants.

Ce n'est pas ce que tu as fait.

C'est juste que nous étions de nouveau réunis.

Je suis désolée.

Mais vous voyez, nous étions si proches en grandissant.

Et puis Charles est parti, je me suis mariée, et...

Vous savez comment c'est.

On oublie qu'on est soi. On est l'épouse de son mari.

Nous vous reverrons, M. Oakley. Vous ĂȘtes un des nĂŽtres maintenant.

En effet. Et je tiens Ă  vous remercier au nom de nos membres.

Et béni soyez-vous pour votre don à notre hÎpital.

Les enfants vous béniront aussi à l'avenir.

- Merci. - Pardon, monsieur.

- J'entends le train qui arrive. - Excusez-moi.

Tu ferais mieux de monter, Charles.

Bon. Au revoir, tout le monde. Roger, Ann, venez voir le train.

Viens, Charlie. Tu t'assureras qu'ils descendent.

D'accord.

Je veux voir les compartiments privés.

J'ai vu des couchettes. J'ai couché deux fois en haut et une en bas.

- Au revoir, Joe. - Au revoir, Charles.

- Au revoir, Emmy. - Au revoir. N'oublie pas d'écrire.

Promis. Toi de mĂȘme. Je vous enverrai mon adresse.

Au revoir.

Ne saute pas sur les siĂšges, Roger.

Qu'est-ce que je t'ai dit, Roger ?

ll y a un bagage de plus. ll a été emporté dans l'autre wagon.

- Vous pouvez aller le chercher ? - Oui, monsieur.

Le train va partir. Je ne veux pas qu'il m'emmĂšne.

Mince ! ll est peut-ĂȘtre trop tard ! Je risque d'ĂȘtre du voyage !

ll y a largement le temps. Allez-y. On vous suit.

Attends une minute.

Sache que je pense que tu as eu raison de me faire partir.

C'est mieux pour ta mĂšre. Pour nous tous.

Tu as vu dans quel état elle était hier soir.

Elle n'est pas trĂšs forte. Elle ne supporterait pas le choc.

Je me souviens une fois, quand elle était petite...

- Le train bouge ! - Écoute, Charlie.

Oublie-moi complĂštement, oublie ma venue Ă  Santa Rosa.

Tes mains !

LĂąche-moi !

Je suis obligé de faire ça...

vu ce que tu sais sur moi.

Pas encore, Charlie. Laisse-le aller un peu plus vite.

Juste un peu plus.

Plus vite.

Maintenant !

Santa Rosa a gagné et perdu un fils...

un fils dont elle peut ĂȘtre fiĂšre.

Brave, généreux, bienveillant.

Avec toute la splendide dignité...

Je suis contente que vous ayez pu venir, Jack.

Je n'aurais pas pu y faire face sans quelqu'un qui sait.

Son arrivée dans notre communauté a enrichi nos vies...

- Je n'ai pas pu vous en dire plus. - Je sais.

À vous qui l'aimiez le plus...

ll trouvait que le monde était horrible.

ll n'aurait jamais pu ĂȘtre trĂšs heureux.

ll ne faisait pas confiance aux gens. ll semblait les haĂŻr.

- ll haĂŻssait le monde entier. - Un amour vrai ne meurtjamais.

ll disait que les gens comme nous...

ignorent totalement comment le monde est vraiment.

ll n'est pas si mauvais que ça...

mais parfois, il faut beaucoup le surveiller.

ll semble devenir fou de temps en temps.

Comme votre Oncle Charlie.

... la beauté de leur ùme, Ia douceur de Ieur caractÚre...

survivent Ă  jamais en nous.

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