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Musique douce
- Rapprochez-vous.
Imaginez que c'est le soir.
A la fin de l'été.
Il y a encore du soleil.
Chants d'oiseaux
Regardez-le.
Regardez-le vraiment.
Vous avez envie de l'embrasser.
Vous le désirez.
Intensément.
Follement.
Merci.
- Merci.
- Vous le connaissez ?
Julien Delauney.
4e régiment d'infanterie.
C'est mon mari.
Il a disparu.
- Je suis désolé.
- Ce sera prĂȘt mardi.
Je vous souhaite beaucoup de bonheur.
- Merci.
- Au revoir. - Au revoir.
- Alice me dit que tu manges plus rien.
- Ca dépend des jours.
- Respire.
Il faut te forcer.
- J'ai pas faim.
- Et tes malaises ?
- Ca va.
- Tu travailles beaucoup. Tu devrais t'arrĂȘter un peu.
- Si je m'arrĂȘte, je tombe.
- On en avait parlé, l'autre jour.
J'ai lancé les démarches pour l'acte de décÚs.
- Mais tu peux pas faire ça !
- C'est mon frĂšre. - C'est mon mari !
- Pour moi non plus, c'est pas facile.
J'ai besoin de faire mon deuil.
- Tu as déjà aimé, Antoine ?
Tu as déjà aimé une femme ?
- Oui.
- Alors tu sais ce que je ressens.
Elle craque une allumette.
Musique douce
Chants d'oiseaux
Des cloches sonnent.
Clochette de la porte d'entrée
J'arrive !
- Madame !
- Alice, que faites-vous lĂ ?
- C'est monsieur.
Respiration forte
- Julien !
Musique douce
Docteur,
j'ai reconnu mon mari,
Julien Delaunay.
Son signalement concorde. Julien a les yeux verts,
les cheveux bruns,
il mesure 1,79 m.
Julien a aujourd'hui 32 ans,
ce qui correspond Ă l'Ăąge probable de votre patient.
- Madame,
comme vous le savez, mon patient souffre d'une profonde amnésie.
La police l'a trouvé sur un quai de gare,
en état de vagabondage.
Il ne se rappelle rien, mĂȘme pas son nom.
Il ne vous reconnaĂźtra sans doute pas.
Préparez-vous à une rencontre difficile.
- J'étais habillée comme ça la derniÚre fois qu'il m'a vue.
Sa derniÚre permission, le 21 février 1916.
- Et si c'est pas lui ?
- Tu me trouves comment ?
- Je t'accompagne. - Non, j'y vais seule.
Tu me souhaites pas bonne chance ?
- Bonne chance.
Musique douce
Elle fait tinter la cloche.
- Je préfÚre vous prévenir, madame.
J'ai reçu des dizaines de lettres de familles comme vous,
qui reconnaissent mon patient, le réclament.
La semaine derniÚre déjà , une femme est venue.
Son dossier était solide, comme le vÎtre.
La rencontre n'a rien donné et je l'ai écartée.
Nous allons profiter de votre toilette.
C'est une trÚs bonne idée que vous avez eue.
On va voir s'il vous reconnaĂźt.
Il est lĂ .
Vous allez marcher lentement,
passer devant lui.
Quoi qu'il arrive, ne dites rien.
Ne le regardez pas.
Et surtout...
ne vous arrĂȘtez pas.
Musique intrigante
Et vous,
vous la reconnaissez ?
On a retrouvé ça dans ses poches.
- C'est l'arbre de notre jardin.
Julien le dessinait souvent.
- Votre mari a été blessé à la guerre ?
- Pas Ă ma connaissance.
- Il présente les traces d'un éclat d'obus à la jambe droite.
- Cette blessure peut dater d'aprĂšs 1916,
la derniĂšre fois que je l'ai vu.
- A-t-il un signe particulier qui permettrait de l'identifier ?
- Un signe particulier ?
Euh, si.
Julien a une petite cicatrice sous l'omoplate droite.
- Non, je ne vois rien.
- A gauche, alors.
Ca fait longtemps, je sais plus.
- Ah oui, effectivement.
Rhabillez-vous.
J'aimerais vous confronter au quotidien de madame.
Ca pourrait réveiller vos souvenirs.
Vous en pensez quoi ?
- Je veux bien.
- Tentons l'expérience sur trois semaines.
- C'est pas une expérience. Il rentre chez lui.
- C'est peut-ĂȘtre votre mari,
mais tant que la justice ne lui a pas rendu son état civil,
il est mon patient.
Musique douce
- Bonjour, monsieur.
- Bonjour, madame.
Quelqu'un approche.
- Tu te rappelles ?
- Pas vraiment.
- Je vais t'aider, mon Julien.
On va y arriver.
- Bonjour.
- Bonjour.
- C'est ton frĂšre.
Antoine.
- Bonjour, Antoine.
- Bonjour, Julien.
- Comment tu te sens ?
La maison te rappelle quelque chose ?
- Pas pour l'instant.
- Il faudra aussi ĂȘtre attentif Ă tes rĂȘves.
Le docteur Gramont a dĂ» te l'expliquer.
- Ca fait longtemps que j'ai pas rĂȘvĂ©.
- Ton plus ancien souvenir, c'est quoi ?
- Le ciel.
J'ai ouvert les yeux
et j'ai vu le ciel.
- Et... avant l'asile ?
Tu vivais oĂč ?
- Dans la rue.
- Dans la rue ?
- Tu te rappelles rien d'autre ?
- Chaque jour, c'était pareil.
- On t'a cherché partout.
Dans les gares, les hĂŽpitaux,
les prisons.
- On est allés au ministÚre de la Guerre.
- La Croix-Rouge nous a aidés.
- On a mĂȘme Ă©crit au Pape.
Il explose de rire.
Il rit.
Prends soin de toi. - A bientĂŽt, Antoine.
- Bonsoir.
- Bonsoir, madame. Bonsoir, monsieur.
- Bonne nuit, Alice.
Tu viens ?
Musique grave
- J'aimerais mieux dormir seul.
- Bien sûr.
Alors je te laisse dormir ici.
C'est notre lit.
Ca t'Ă©voquera peut-ĂȘtre des souvenirs.
- J'ai sommeil.
Pardonnez-moi.
- Non.
Ne me vouvoie pas.
- Bonne nuit.
Chants d'oiseaux
- Ca te rappelle rien ?
- C'est Antoine ? - Oui.
Toutes ces photos, tu les as prises.
Tu es photographe.
Si je te dis : "Dinard" ?
- J'y suis allé ?
- Oui.
Je dois pas t'en dire plus.
On va essayer autre chose.
Merci.
19 juin 1913.
Ca t'évoque rien ?
Une image,
un mot, une odeur ?
- Le 19 juin ?
C'est le début de l'été.
Un samedi et je t'épouse.
Et Dinard, j'imagine que j'y suis né.
- Non, c'est rien de tout ça.
Musique douce
C'est possible que Julien retrouve jamais la mémoire ?
- Oui, c'est possible.
Mais y a pas de rĂšgle.
Tu dois te reposer.
- Tu sais qu'il refuse de partager mon lit ?
- Quand on est à la guerre, on ne pense qu'à ça.
Aux femmes.
Mais quand on revient, tout est différent.
On n'est plus capable d'aimer.
Puis ça revient.
- "Docteur Gramont,
"pardonnez mon silence.
"Le retour de Julien ne m'a pas laissé une minute.
"Je suis si heureuse.
"GrĂące Ă vos conseils,
"Julien fait beaucoup de progrĂšs.
"DÚs son arrivée, il a reconnu l'arbre de notre jardin."
Elle soupire.
Elle froisse la lettre.
- C'est quoi ?
- De la prune.
T'adorais ça.
C'est maman qui la faisait.
- J'aimerais bien la rencontrer.
- Elle est morte en 1917.
Et papa, l'année passée.
Moi aussi, j'ai été mobilisé,
comme médecin.
Au fond, t'as de la chance.
D'avoir tout oublié.
Le soir,
je prenais souvent un verre avec Julien.
Il me manque beaucoup.
Une porte s'ouvre.
Des pas retentissent.
On frappe Ă la porte.
- Oui ? La porte s'ouvre.
- J'ai rĂȘvĂ©.
J'étais dans une piÚce lumineuse, y avait des arbres et des colonnes.
C'était comme des ruines.
Et au milieu, y avait un cyclope.
J'ai eu peur et je me suis réveillé.
Musique douce enjouée
- Entre.
Les arbres.
Les colonnes.
Et le cyclope.
C'est ici que tu travailles.
Ca, c'est tes clients.
Ca aussi, c'est toi qui les as prises.
- Je veux tout savoir.
De lui.
Et de nous.
Musique douce
- Bonjour.
C'est pour des photos d'identité.
Là , tu me dis : "Oui, bien sûr".
- Oui, bien sûr.
- Tu m'emmĂšnes au fond,
lĂ -bas, pour la photo.
Tu me demandes de retirer mon chapeau.
Tu choisis un fond neutre.
Tu me demandes de sourire, mais...
Mais ce jour-là , ça va pas fort.
Tu ouvres les rideaux.
Tu me dis :
"Un peu de soleil, mademoiselle, ça rĂ©chauffe le cĆur."
C'est vrai, mais...
ça suffit pas.
Alors tu mets un disque.
Et puis tu prends la photo.
Chants d'oiseaux
VoilĂ .
C'est notre premiĂšre rencontre.
Et tu sais déjà comment me faire sourire.
Tu es installé
dans le parc,
en haut de la ville.
Tu lis.
Ce soir-lĂ , on a rendez-vous.
Tu m'attends.
Mais je suis en retard.
Alors tu t'impatientes.
Soupir exaspéré
Musique enjouée
Pardonne-moi, mon Julien.
- Je t'aime. Elle rit.
- Tu vas trop vite.
- Désolé.
On peut refaire ?
- PrĂȘt ?
- PrĂȘt.
Soupir exaspéré
Musique enjouée
- Pardonne-moi, mon Julien.
Allez.
- Je t'aime.
- Cette fois-ci, c'était trop long.
Elle rit.
- Je t'aime.
- Encore.
- Je t'aime.
- VoilĂ , c'est la premiĂšre fois que tu me l'as dit.
Et ce soir-lĂ , en m'attendant,
t'as compris que tu pourrais plus te passer de moi.
T'avais mĂȘme ajoutĂ© "jamais".
- Jamais.
Musique douce
- C'est un jour de novembre.
On vient de voir "Les Vampires" au cinéma.
Musidora t'a ébloui.
Je suis jalouse,
et je suis sĂ»re que je peux ĂȘtre aussi dĂ©sirable.
Sinon, plus.
On parie ?
- On parie.
Tu veux m'épouser ?
- Oui.
Rires
Chants d'oiseaux
- J'ai reçu la lettre d'une femme.
Elle aussi reconnaĂźt son mari.
- Je vois pas le rapport avec Julien.
- Son livret indique une blessure Ă la jambe droite,
comme mon patient.
- Ca ne prouve rien.
- Je suis comme vous, perplexe et troublé.
- Je ne suis pas troublée.
- Je vais devoir mettre un terme à notre expérience.
- Mon mari ne partira pas. - C'est mon patient.
- Il est guéri, ce n'est plus un patient.
- Alors je prouverai sans problÚme son identité.
- Vous l'avez déjà prouvée.
- Ne m'obligez pas Ă faire intervenir la police.
- Julien est encore fragile.
Je voudrais le lui annoncer moi-mĂȘme.
Tintement d'une cloche
J'organise une réception en son honneur.
C'est important pour lui.
Il est sans doute trop tard pour annuler.
Naturellement, vous ĂȘtes conviĂ©.
Respiration haletante Musique douce
- On y va ?
- Tu m'aides ?
T'as le trac ?
- Un peu.
- Julien, mon cher Julien.
Ton retour est un miracle.
Tu es l'espoir,
tu es la vie,
tu es notre héros.
Sois le bienvenu dans cette ville qui est la tienne.
Sois le bienvenu parmi les tiens.
- Merci.
Applaudissements
Valse
- 1, 2, 3.
1, 2, 3.
T'as jamais su danser.
Il faut que je te parle. - Moi aussi.
(Je t'aime.)
Tu voulais me dire quoi ?
- Ben moi aussi.
Musique enjouée
Musique virevoltante
Klaxon ArrĂȘte !
Bonjour. - Bonjour.
- On a réservé une chambre. - A quel nom ?
- DELAUNAY.
- La 17.
Un télégramme est arrivé pour vous, madame.
- Merci.
- Tout va bien ?
- Oui.
C'est Antoine. Il nous embrasse.
Cris des mouettes
Musique grave
Bonsoir.
- J'ai plus de poisson.
Il faudra revenir demain.
- Je veux pas de poisson.
Je veux rejoindre l'Angleterre avec mon mari.
- Prenez le bateau Ă Saint-Malo.
- J'ai besoin de rester discrĂšte.
- Il a fait quoi de mal, votre mari ?
- Rien.
- Quand ça ?
- Le plus tĂŽt possible. Demain ?
- Demain, je sais pas.
Enfin si, il faut...
Il faut que je m'organise.
- Ca, ça peut vous aider ?
Musique douce
- Remonte la jambe.
Un peu plus.
C'est trĂšs beau.
On frappe Ă la porte.
Le champagne.
On frappe. Oui ?
- Bonsoir.
Vous ĂȘtes le patient du docteur Gramont ?
- Oui.
- Veuillez me suivre.
On frappe.
- Elle est lĂ .
Ca va aller ?
Entrez, madame.
Il explose de rire.
- Vous vous moquez de moi ?
- Son visage ne vous dit rien ?
Son nom,
Rose-Marie Brunet.
- On m'appelle aussi Frimousse.
C'est mon nom de scĂšne.
Toi, c'est Victor Brunet.
- Je suis Julien Delaunay.
- Mais il est fou !
- C'est vous qui ĂȘtes folle, madame.
- "Rose,
"je t'écris pour te dire que je ne reviendrai sans doute pas."
De quoi vous avez peur ?
- Si tu es tellement sûr de toi, écris.
On verra bien.
- Madame a raison.
Votre Ă©criture pourrait prouver que vous n'ĂȘtes pas Victor.
"S'il te plaĂźt, ne pleure pas. Sois forte.
"Ma jambe s'est infectée.
"Il ne me reste que quelques jours Ă vivre.
"Quand cette lettre te parviendra..."
- Attendez.
- "... je serai peut-ĂȘtre mort."
- Pendant longtemps, je l'ai cru mort.
C'est pour ça que j'ai tardé à écrire.
J'ai mis tellement de temps
Ă faire mon deuil.
Mais j'avais trop peur que tu sois pas Victor.
Maintenant, je n'ai aucun doute.
- C'est presque la mĂȘme Ă©criture.
- Montrez-moi.
- A part cette blessure de guerre,
votre mari avait un autre signe particulier ?
- Non. Mais j'ai apporté ça.
Musique intrigante
- C'est ridicule.
J'y arriverai jamais.
- Ca ne vous ressemble pas.
Avant, vous Ă©tiez prĂȘt Ă tout pour savoir qui vous Ă©tiez.
- Je sais qui je suis.
- Vous en ĂȘtes sĂ»r ?
- Rappelle-toi.
Je suis chanteuse Ă Paris Ă l'Apollo.
Toi, t'es serveur.
Et on avait un petit numéro avec le couteau.
Je me suis dit :
"C'est comme le vélo, ça s'oublie pas."
- Ca va te remonter.
Il fait froid.
Je vais dire Ă Alice de t'apporter une laine.
- Je l'ai renvoyée.
- C'est pas elle qui a prévenu Gramont.
C'est moi.
Il m'a expliqué la situation.
Je pensais pas que ça se passerait comme ça.
Je suis désolé.
- Tu as des doutes ?
- C'est toi qui m'as fait douter.
Si tu étais sûre de toi, tu serais pas partie comme ça.
- C'est tout l'inverse, Antoine.
Je suis partie parce que j'étais sûre de moi.
- T'as jamais douté ?
- Jamais.
- MĂȘme dans l'intimitĂ© ?
- MĂȘme.
- Sa voix.
Elle a changé. - La guerre, ça change un homme.
Tu le sais bien, toi.
Quand t'es rentré, ta propre mÚre t'a pas reconnu.
Musique douce
- Madame Brunet est catégorique. Elle m'a apporté des preuves.
- Moi aussi.
- Je ne sais plus si je peux vous faire confiance.
- J'imagine que vous aussi, vous avez perdu des proches.
Je suis sûre que vous me comprenez. Je voulais pas perdre Julien.
Je veux pas le perdre Ă nouveau, je le supporterai pas.
Musique intrigante
Je t'aime tellement.
- Tu aimes qui ?
- Toi !
- Je sais pas qui je suis.
- Tu es Julien.
- Je t'ai rencontré simplement
Et tu n'as rien fait
Pour chercher Ă me plaire
Je t'aime pourtant
D'un amour ardent
Dont rien, je le sens Ne pourra me défaire
Tu seras toujours
Mon amant
Et je crois en toi comme au bonheur suprĂȘme
Je te fuis parfois
Mais je reviens quand mĂȘme
Elles chantent.
C'est plus fort que moi
Je t'aime
Applaudissements
- Bravo ! - Longue vie, les amoureux !
Brouhaha des conversations
- Il a changĂ©, quand mĂȘme.
- Mais non, ça l'a rendu viril.
- Je te donne un indice. Je suis au piano.
- Victor, tu as perdu ta langue ?
- Mon prénom commence par un G.
- Bas les pattes !
Musique enjouée au piano
Tintement d'un verre
- Victor,
on dit que tu as tout oublié,
mais les souvenirs ne servent pas Ă grand-chose.
Au mieux, ils rendent nostalgique,
au pire, ils donnent des regrets.
Ici, Ă l'Apollo,
on a cette chance de vivre hors du temps.
Alors bienvenue dans l'éternité.
Musique entraĂźnante
- Victor ?
Victor !
Tu fais quoi ?
- Je visite.
- Tu fais ton enquĂȘte ?
T'as pas changé, tu sais.
Tu me regardais pareil quand on s'est rencontrés.
- Je croyais qu'on avait pas de souvenirs, ici.
- Ca, c'est la théorie.
C'est vrai qu'Ă force de vivre la nuit, on confond tout.
Les gens, les saisons, les époques.
Mais notre premiÚre rencontre, ça, je m'en souviens.
C'était ici.
Je débarquais de ma province.
J'étais perdue.
Toi, t'étais serveur, déjà .
Je rĂȘvais de passer une audition devant Carlotta.
Elle avait la rĂ©putation d'ĂȘtre dure.
Je lui avais écrit une lettre, elle m'avait jamais répondu.
Et un jour, j'avais pas de rendez-vous,
tu m'as dit d'y aller au culot.
J'osais pas.
Alors lĂ , tu m'as servi un cognac
et tu m'as dit :
"On n'a qu'une seule vie."
- "On n'a qu'une seule vie" ?
- Parfois, je me demande si tu fais pas semblant.
- De quoi ?
- De pas te rappeler.
Ca m'étonnerait pas de toi.
Entre, je vais pas te manger.
Pas mal, non ?
J'ai tout fait refaire.
Avec la guerre, mes cachets ont triplé.
Chants d'oiseaux
- C'est ma pension d'ancien combattant qui t'intéresse ?
Elle rit.
- C'est ce que tu crois ?
Musique douce
Ca va ?
T'as bien dormi ?
- Pas vraiment, non.
- C'est normal, on a bu comme des trous.
- Pourquoi t'es venue me chercher ?
- C'est tout bĂȘte.
Sans toi, je ne suis pas heureuse.
Alors, dis-moi.
Tu penses Ă elle ?
- Oui, je pense Ă elle.
- Tu penses Ă elle comment ?
- J'y pense.
- Va la rejoindre, si tu veux.
Je préfÚre te savoir heureux avec elle que malheureux avec moi.
- Tu dois beaucoup m'aimer pour me dire ça.
- Bien sûr que je t'aime.
Qu'est-ce que tu crois ?
- Parle-moi de Victor.
- Y a pas long Ă en dire.
T'es pas bien compliqué comme bonhomme.
T'aimes la nuit, la musique.
Les gens.
Boire.
Faire la fĂȘte.
Moi aussi, tu m'aimais.
Aucun homme ne m'a aimée comme toi.
Applaudissements
Je le vois Ă votre attitude
Plus maladroite que d'habitude
Je sens bien que je vous plais
Ne gĂąchez pas votre salive
Je lis en vous comme dans un livre
Je sens bien
Que je vous plais
Ne vous mettez pas à genoux Pas de ça entre nous
Je sens bien que je vous plais
Je n'ai besoin de plus d'indices
Vos mains moites vous trahissent
Je sens bien que je vous plais
Moi, ça me fait juste Comme une caresse
Et j'ai besoin qu'on me transperce
Messieurs
Je préfÚre les regards intenses
Comme des couteaux qu'on me lance
Des yeux
Vos Ćillades ne sont pas discrĂštes
Sur mes jambes elles s'arrĂȘtent
Je sens bien que je vous plais
Quant Ă ceux Qui regardent par terre
Dans votre jeu, je vois trĂšs clair
Je sens bien que je vous plais
Non, merci Jamais de fleurs
Ca boit de l'eau et puis ça meurt
Je sens bien que je vous plais
Laissez tomber les mots doux
C'est trop sucré pour moi Comme goût
Je sens bien que je vous plais
Moi, ça me fait juste Comme une caresse
Et j'ai besoin qu'on me transperce
Messieurs
Je préfÚre les regards intenses
Comme des couteaux qu'on me lance
Des yeux
Applaudissements
Brouhaha du théùtre en fond
Frimousse approche en chantonnant.
- Je comprends que Victor n'ait pas résisté.
Vous ĂȘtes plus belle que je l'imaginais.
- Je suis venue chercher Julien.
- Je ne connais pas de Julien.
- Pourquoi vous faites ça ?
- Pour les mĂȘmes raisons que vous.
- Je peux vous donner de l'argent.
- C'est trop aimable.
- A une condition, vous disparaissez de sa vie.
- Et vous lui direz quoi ?
- Que vous avez menti.
Vous avez profité de sa faiblesse.
Que la vérité a gagné.
- ArrĂȘtez, vous allez me faire pleurer.
Mme Delaunay proposait de t'acheter.
- Non.
- Elle t'attendait pour négocier le prix.
- L'écoute pas.
Il pose le verre d'un coup sec.
Fracas
Il hurle.
Fracas
- Pourquoi vous m'avez laissé partir avec Julie ?
- Parce que je l'ai crue.
- Et Rose-Marie ?
- Je l'ai crue aussi.
Je suis désolé que ça se passe comme ça.
- Pas autant que moi.
- Je vais saisir la justice.
Le tribunal dĂ©cidera si vous ĂȘtes Julien ou Victor
et vous pourrez refaire votre vie.
Musique douce
- Ca va ĂȘtre Ă toi.
- C'est le jugement.
- Merci.
- "Madame,
"le tribunal civil de Dijon
"a rendu sa décision.
"Il attribue à mon patient l'état civil de Victor Brunet.
"Conformément à la loi du 25 juin 1919
"relative aux militaires disparus,
"je vous invite à déclarer le décÚs de votre mari.
"Je vous présente mes sincÚres condoléances."
- Je suis désolé.
- Tu veux quoi ?
- Tu ne devrais pas y aller.
- Je sais ce que j'ai Ă faire.
- Il faut que tu l'acceptes. Julien est mort.
- Peut-ĂȘtre, mais je l'ai fait revivre.
Musique intrigante
- Le juge a tranché.
- Mais t'es libre, hein ?
Rien ne t'empĂȘche de choisir.
Je t'aime.
Qui que tu sois.
- L'amour est un jeu hasardeux
A péripéties
Pour charmer Il veut pour enjeu de la fantaisie
De l'inattendu, un peu d'imprévu Et du pittoresque
L'attrait éperdu
Le fruit défendu et du romanesque
- Pardon.
- L'amour est un jeu hasardeux A péripéties
- Tout va bien ?
- Pour charmer Il veut pour enjeu de la fantaisie
Le danger d'ĂȘtre surpris
Donne au baiser plus de prix
VoilĂ comment mon mari Fait l'amour Ă Paris
L'amour est un jeu hasardeux
A péripéties
Pour charmer Il veut pour enjeu de la fantaisie
Le danger d'ĂȘtre surpris
Donne au baiser plus de prix
VoilĂ comment mon mari Fait l'amour Ă Paris
J'étais comment ?
- Magnifique, comme d'habitude.
- A tout Ă l'heure.
Rires
- Victor, tu l'as servie plus que d'habitude ?
- Je m'en rappelle pas.
J'ai plus de souvenirs.
Ils rient.
- Ca serait bien qu'on renouvelle ton répertoire.
J'ai commandé à Renan des nouvelles chansons
pour toi.
- Tu lui dis ?
- C'est ton idée.
- On va quitter l'Apollo, Frimousse et moi.
- On va quitter la France aussi.
- Et l'Europe.
- Vous allez oĂč ? Sur la Lune ?
- Presque.
A New York.
- Tu connais Oscar Dufrenne ?
- Le directeur du Palace ? Bien sûr.
- Il a acheté un théùtre à Broadway
et il nous a proposé de nous associer à lui.
- C'est une vraie chance pour nous.
Je suis fatigué de faire le garçon de café.
- J'imagine que rien ne pourra vous retenir.
(En anglais) - Je veux acheter des cadeaux.
De trĂšs beaux cadeaux.
Comment tu t'appelles ?
- Mon nom...
- "Est..."
- Mon nom est Victor.
- Comment tu vas, Victor ?
- C'est quoi, ça ?
C'est une question ?
- Fais un effort.
- J'y arrive pas.
- Bonjour.
J'ai rendez-vous avec Frimousse. - C'est moi.
Lucas Beausire, je viens pour la photo.
- Je voulais un petit souvenir d'ici.
- Monsieur,
décalez-vous un peu sur votre droite.
Et passez votre bras autour de la taille de madame.
Voilà , comme ça.
Gardez la pose.
Un, deux...
Clic de l'appareil
Brouhaha des conversations
Musique douce
(En anglais) - Bonjour, je m'appelle Julia.
Oui !
Tintement d'un verre
- Le grand jour est arrivé.
Tout Ă l'heure, on quitte Paris
et je voudrais dire merci.
Merci Ă toi, Carlotta.
Tu m'as donné ma chance.
Tu m'as ouvert
la scĂšne de l'Apollo
et sans toi, j'aurais pas rencontré mon public.
Sans toi, sans vous toutes, aujourd'hui,
j'aurais pas le bonheur de partir
et la tristesse de vous quitter. Gémissements attendris
Alors merci.
Applaudissements
- Que dire ?
Goodbye !
Rires
Musique enjouée
Musique grave
- T'as tout oublié, sauf elle. C'est ballot.
- Je vais y aller, maintenant.
- J'espĂšre qu'elle t'attend toujours.
Je le pense vraiment.
Clochette de l'entrée
- Je suis Ă vous tout de suite.
- C'est moi.
Musique douce
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