All language subtitles for The.Life.And.Death.Of.Colonel.Blimp fr.1943

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Original subtitles

COLONEL BLIMP

Notre reconnaissance Ă  David Low

créateur du mortel…

de l'immortel colonel

Bière

Chope

Papillon

Donhauer est lĂ , Spud !

Ça va pas, la tête !

C'est la guerre ! Que veux-tu ?

Message du Q.G. ! Le chef ?

Dans l'étable. Suis-moi.

Message du Q.G. !

Sergent Hawkins !

Lisez.

"Exercice de l'armée régulière visant zone de Londres.

"Défense par Home Guards.

"La guerre commence Ă  minuit."

L'officier supérieur a ajouté : "Faire comme si c'était vrai."

Il a ajouté ça ?

Chefs de groupe.

Message du Q.G. : la guerre commence Ă  minuit.

Prévenez tout le monde. Faites comme si c'était vrai.

Que veux-tu dire, Spud ?

Épargner nos vies et massacrer l'ennemi.

Ce sera tout.

- Et moi ? - Rien.

- Minuit… On le sait. - Ils savent.

- On attaque. - Ils ripostent.

"Pour de vrai", mon œil !

"Comme si c'était vrai"…

Comme si c'était vrai !

Hawkins ! Chefs de groupe !

La guerre commence à minuit, c'est ça ?

Attaque Ă  18 h. Prenez les mitraillettes, 3 camions.

Chaque groupe avec mitraillettes, bombes et fusils.

Tommy, de votre groupe : Rice, Amsworth…

- Les deux Owen ? - Oui. Cochrane aussi.

Pas lui !

Bien. Stuffy, les gros durs, chez vous ?

- Bill Wall, Wimpey, Popeye. - Bien. Et vous, Robin ?

Frank, Skeets, Doggie Stuart.

Taffy et Geordie !

Busty, Porky Simms et Pat Sullivan !

Pat Sullivan ? Il nous le faut ! On y va !

On attaque avant que la guerre soit déclarée ?

Oui. Comme Ă  Pearl Harbor. Allez !

Un seul arrêt : au café The Bull.

J'ai rendez-vous avec Mata Hari.

- Des secrets Ă  livrer ? - Exact. Filez !

5 minutes de pause, sergent !

5 minutes de pause, Stuffy !

Que peut bien faire Spud ?

Viens.

- Bonjour, sergent. - Bonjour, Mlle.

Aux camions !

Spud !

Que s'est-il passé ?

Elle m'a eu !

- Qui ? - Mata Hari ! Vite !

- Alors ? - Rien. Elle est presque Ă  Londres.

Elle va chez le Manitou ! Mon casque ! On la suit !

Barrage ouvert !

Bien ! Fichtre…

Il faudrait mettre un bandage lĂ -dessus.

Gardez-le pour elle. C'est elle qui en aura besoin.

Regardez ce barrage.

À minuit pile, il sera fermé.

Et l'ennemi ne peut pas passer avant

parce que… ?

Parce que…

La guerre commence Ă  minuit !

Objectif ?

Club des Bains Royaux.

Et Mata Hari ?

On arrivera avant. Je connais quelques raccourcis.

La voilĂ  !

Les camions, plus près !

Il faut la doubler !

Saleté de taxi !

Attention !

Filez-lui le train !

Pas lĂ . Tout droit !

Deuxième à gauche.

On l'a eue !

Groupe 1 !

Groupe 2 !

Groupe 3 !

Vous connaissez les ordres. Graves, Hawkins !

Le général Candy ?

Il est parti il y a une heure avec le général Caldicott

et le général Hugues.

OĂą allait-il ?

Que lui voulez-vous ?

J'ai un message urgent.

Je le lui transmettrai.

Bon Dieu !

- Vous ĂŞtes un Home Guard ? - Pourquoi ?

Mot de passe : "Veuve Clicquot 1911".

Le général est aux bains turcs.

Hawkins !

Surveillez-le. Vous, vous ĂŞtes prisonnier !

Mais la guerre est Ă  minuit !

C'est ce qu'on va voir !

La fille, là-dessous ! Prisonnière aussi !

Et voilà, les enfants ! Vive la brutalité et le culot !

Allons-y, et vite !

Vous ĂŞtes prisonnier.

Gardez cet homme !

Et décrochez !

Oui, Mlle ?

Parler au général Wynne-Candy ? Impossible !

Désolé. Le général est prisonnier. Et vous aussi !

Jusqu'Ă  la fin de la guerre.

Silence !

Silence ! Ceci est un exercice militaire !

Vous ĂŞtes tous prisonniers !

Vous ! Le général Wynne-Candy !

- Qui ? - Vous avez compris !

- Dans l'étuve. - Montrez-moi le chemin.

Nous y voilĂ .

Mon général…

Partez.

Général Wynne-Candy !

Oui ?

Qui est-ce ?

Lt. Wilson, deuxième bataillon, Loamshire.

Que voulez-vous ?

Eh bien, mon général… J'ai bien peur…

Eh bien, dites-le.

Je n'ai pas de temps Ă  perdre.

Si, vous en avez !

Je vous demande pardon ?

Du temps !

Surveillant !

Il ne viendra pas.

Pourquoi ?

Prisonnier.

Mais que se passe-t-il ici ?

Invasion !

Bougre d'abruti ! La guerre commence Ă  minuit !

On ne vous l'a pas dit ?

C'est pour ça qu'on est là !

Puis-je savoir en vertu de quelle autorité ?

Celle de ces armes et de ces hommes.

Autorité !

Autorité ?

Comment osez-vous ?

Sortez d'ici, vous et votre horde de sales bandits en uniforme !

Popeye ! Gardez-le !

Stuffy !

Cherchez dans la cabine du général une sacoche marron.

Rapportez-la.

Mais vous ne pouvez pas faire ça !

Le code y est.

L'exercice sera une mascarade si vous l'avez.

Mais non. Ce sera comme si c'était vrai.

Mais la guerre commence Ă  minuit !

C'est vous qui le dites.

L'ennemi dit-il de mĂŞme ?

Mais jeune homme, nous nous sommes mis d'accord !

D'accord, mon œil !

Combien d'accords l'ennemi a-t-il respectés ?

Nous suivons les règles et eux portent des coups bas.

Je n'ai pris qu'un seul engagement,

défendre mon pays à tout prix.

Pas selon les règles du Sporting Club,

mais par tous les moyens existants.

Ils comptent sur notre fair-play.

Ils s'en vantent. Ils se moquent de nous.

Lieutenant…

Watson, ou quel que soit votre nom !

Vous n'ĂŞtes pas dans Hyde Park devant un public de badauds !

Je suis le major-général Wynne-Candy.

Ces messieurs se sont tous battus,

se sont tous distingués au combat.

Napoléon disait qu'une armée se jauge à son ventre…

J'arrĂŞte lĂ .

Vous ĂŞtes un jeune officier extrĂŞmement insolent.

Mais sachez que dans 40 ans, vous serez aussi un vieux monsieur.

Si votre ventre est comme votre tête, vous serez énorme !

Peut-ĂŞtre dans 40 ans, mais j'en doute.

Je n'aurai pas votre moustache non plus !

Mais en 1983, je pourrai au moins dire que j'étais

un homme entreprenant.

Vous allez tâter de mon poing !

Espèce de morveux ! Prends ça !

Tu crois pouvoir dire n'importe quoi.

Je suis un soldat aguerri !

Je combattais pour ce pays, ton père tétait encore !

Morveux !

Bandit !

Tu ris de mon ventre, tu ignores Ă  quoi je le dois.

Tu ris de ma moustache, tu ignores pourquoi je l'ai.

Que sais-tu de l'homme que j'étais à ton âge,

il y a 40 ans ?

Il y a 40 ans…

- Puis-je ĂŞtre utile ? - Non merci, Peters.

Silence !

Il y a des gens qui essaient de dormir !

- Suggie ! - Hoppy, tu es donc Ă  Londres ?

Je suis revenu hier de congé maladie. Je t'ai cherché partout.

Désolé pour ta jambe.

- Tu les as, toutes les deux ! - Apparemment.

- Aucune jambe de bois ? - Comment ça ?

On m'a dit qu'on t'avait coupé une jambe !

Je n'étais pas au courant.

Silence !

Faites venir une voiture.

Un hansom, pas un fiacre !

Il sait, monsieur.

J'aurais aimé dormir.

- Couche-toi tôt. - Je vais au théâtre.

- Dors-y. - Deux dames m'y invitent.

- Puis-je venir ? - Une des deux est la mère.

Votre voiture, messieurs.

Les chanteurs d'opéra !

Pas étonnant que les civils se plaignent de l'armée !

Vous devriez avoir honte !

Vous hurlez et criez comme de satanés…

de satanés étrangers !

C'est du joli !

Nos officiers et nos soldats se font tuer en Afrique du Sud,

tandis que les jeunes officiers beuglent comme des ivrognes !

Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?

Qu'est-ce donc ?

La croix de Victoria.

- Gagnée où ? - Afrique du Sud, Jordaan Siding.

Vous êtes Candy… "Sugar" Candy !

Oui.

Bel exploit !

Merci.

Hopwell.

Le fils de Barney Hopwell, du 66e ?

Oui !

Quel sens de la musique !

Vous aussi.

- "Je suis Titania…" - Quoi ?

"Titania". Nous avons été enfermés avec elle

sept mois Ă  Jordaan Siding.

Pardon ?

C'est une aria. Vous savez… Mignon.

C'était notre seul disque, nous le connaissons par cœur.

- Vous allez Ă  St James ? - Oui.

Moi aussi.

Puis-je vous déposer ?

Nous avons une voiture.

- Au St. James' Palace. - Bien, monsieur.

Profitez de votre permission. Vous la méritez.

Merci. Attention Ă  la porte.

- Un autre hansom ! - Vieux larron !

Déjà essayé ?

Oui. Jusqu'Ă  Epsom.

Quelle ligne !

Superbe.

- Pomme de terre chaude ? - On vient juste se réchauffer.

Toujours cette affreuse bruine, ce brouillard.

Ce cher vieux Londres !

Suggie, tu te rappelles ton interview pour le Times ?

Tu l'as lue ?

Non. Mais j'ai une nièce qui a une gouvernante qui a une sœur…

Jolie ?

Jamais vue. Mais elle l'a lue.

Qui ?

La sœur de la gouvernante de ma nièce, à Berlin.

Elle a écrit ici à sa sœur, qui a donné la lettre à ma nièce,

qui me l'a donnée pour que je te la donne.

- À qui dois-je la donner ? - Personne. Elle est pour toi !

- Pourquoi ? - Lis-la, idiot !

Tu comprendras. C'est intéressant.

Les journaux parlent de nos atrocités contre les Boers,

on tente de diviser l'Allemagne et l'Angleterre.

L'agent Kaunitz en particulier est un menteur et un scélérat !

Le lieutenant Candy semble intrépide et rentre d'Afrique du Sud.

Il devrait venir à Berlin dire la vérité !

Ça, ce serait utile !

Martha, M. Hopwell ne le connaît-il pas ?

Il en a parlé, je crois…

Asseyez-vous.

Merci.

Parlez donc.

- Mon colonel, j'ai un ami… - Bien !

On ne peut pas tous en dire autant.

Cet ami a une nièce…

Abrégez, mon garçon. Vous me parlez d'une lettre.

1 : De qui ? 2 : À quel sujet ?

3 : Qu'ai-je Ă  y voir ?

4 : Je vais vous le dire moi-mĂŞme. 5 : Dehors !

Un !

Elle a été envoyée de Berlin par Edith Hunter, une gouvernante.

PlutĂ´t inconfortable actuellement.

Tout juste, mon colonel.

On nous hait en Allemagne.

Ils racontent partout que nous tuons femmes et enfants

en Afrique du Sud,

qu'on les affame dans des camps,

tirant sur les mères, brûlant les bébés.

Vous n'imaginez pas !

J'ai parlé à Conan Doyle. Il pense aussi qu'il faut réagir.

Ă€ quel propos ?

Tout ça pour une lettre ? Et qui est Conan Doyle ?

Il écrit les aventures de Sherlock Holmes dans le Strand.

C'est lui qui les écrit ?

Oui. Vous devez connaître ce nom.

Jamais entendu.

Mais j'ai lu

tous les Sherlock Holmes, depuis 91.

MĂŞme le dernier ?

Bien sûr. Que dites-vous du dernier épisode ?

Quelle gifle pour Watson !

"Bonsoir, mon cher Watson,

"je crois que vous serez mieux dehors qu'ici."

Quelle ironie, ce sacré Holmes !

J'ai eu un supérieur comme lui.

Il a l'air bien, pour un auteur !

M. Doyle rassemble des informations sur la campagne sud-africaine,

pour contredire les Allemands.

J'ai accordé un entretien au Times récemment.

Mauvais.

Je n'aime pas les journaux, mais le Times est différent.

Peut-ĂŞtre.

Dans cet entretien, je parle d'un endroit, Jordaan Siding.

J'y ai vécu sept mois.

Cette jeune fille écrit de Berlin

qu'un certain Kaunitz raconte des horreurs.

Il dit avoir vu nos soldats tuer 250 femmes et enfants

Ă  Jordaan Siding, pour ne pas avoir Ă  les nourrir.

Vous connaissez ce Kaunitz ?

Bien sûr ! C'est le pire des rats.

C'était un agent double.

Il s'est envolé quand ça a trop chauffé.

Les deux camps le traquaient.

Je vois. Que puis-je faire ?

J'ai un mois de permission.

Je pourrais aller à Berlin et affronter ce rat…

Mon garçon !

D'abord, ce n'est pas possible.

Cela regarde l'ambassade, pas l'armée.

La politique aux politiciens !

Aimeriez-vous voir un diplomate mener votre compagnie ?

Pourquoi pas ?

Ineptie juvénile !

Pardon, mon colonel.

Vous ĂŞtes lĂ  pour vous reposer. Le pays a besoin de vous.

Vous jouez au golf ?

- Quel est votre handicap ? - Dix.

Une partie ?

Désolé. Je suis invité par Lady Gilpin, dès demain.

Bon. Amusez-vous bien.

Commandant Plumley.

À propos…

- Cet auteur… - Lequel ?

L'auteur du Chien des Baskerville.

Conan Doyle.

Il vous a raconté

le prochain épisode ?

Un instant…

Oui. Encore un meurtre.

Le baron ?

Non, lui ne craint rien.

Bien. J'en suis heureux.

Un conseil…

Vous avez la croix de Victoria, alors tenez-vous tranquille.

Alors, qu'a-t-il dit ?

Le théâtre te tente toujours ?

Mais tu m'as dit…

Aucune importance.

Tiens. Loge A, Le Dernier des dandys.

Présente-toi aux dames. Dis que je suis en mission secrète.

Rends-moi mystérieux.

La fille est jolie, la mère une harpie.

Tu pars oĂą ?

Berlin.

Il t'envoie ?

Non, il n'en sait rien.

Bonjour, Preedy ! Les fleurs ?

Envoyées. Une carte pour vous.

C'est Candy. Le lascar a dĂ» arriver.

Il va bien ?

Lisez vous-mĂŞme.

Mon cher Watson, je suis au Kaiserhof. Sherlock.

M. Candy ?

- Mlle Hunter ? - Oui.

Merci pour votre télégramme. Quelle surprise de vous savoir ici !

Et moi donc !

- Comment ? - Je ne suis arrivé qu'hier.

Serait-ce ma lettre qui vous a fait venir ?

Mais bien sûr.

Est-ce mal ?

Non, bien sûr.

Asseyons-nous.

- Votre voyage ? - Excellent.

Quel temps ! C'est moi qui aurais dû me déplacer.

J'ai déménagé.

Vraiment ?

J'ai quitté un emploi insupportable.

Ici, on n'aime pas les Anglais en ce moment.

On vous a renvoyée ?

Oui.

Et à présent ?

Rien en vue pour l'instant.

Qu'allez-vous faire ?

- Rentrer. - En Angleterre ?

J'en ai peur.

Allons, l'Angleterre n'est pas si mal.

C'est ce que nous voulons prouver.

Oui, Mlle Hunter.

Comment faire ?

Vous parlez d'un certain Kaunitz. Comment est-il ?

Jamais vu.

Il a son "Stammtisch" dans un café.

Lui et ses amis ont leur table.

Vous connaissez un de ses amis ?

Oui, un étudiant.

Le frère de mon employeur, membre d'une "Burschenschaft".

Vous savez ce que c'est ?

Non, Mlle Hunter.

Des associations politiques étudiantes.

Ils militent à coups de bière et de duels.

- On aime les duels ici. - Oh oui !

Les pères sont fiers des cicatrices des fils, et vice versa.

Les femmes en raffolent.

Un livre récent sur les colonies allemandes explique

que l'avantage, avec les cicatrices,

c'est qu'en Afrique, les Blancs qui en ont sont bien plus respectés.

Je me sens comme Stanley et Livingstone !

Les deux Ă  la fois ?

Vous ĂŞtes Livingstone et moi, le pasteur.

Le pasteur, c'est Livingstone.

Ah oui, c'est vrai.

Pouvez-vous m'emmener à ce café ce soir ?

- Moi ? - Certes !

Très bien.

C'est très gentil.

Je serais complètement perdu sans vous.

M. Candy, vous ĂŞtes donc Livingstone, si je ne m'abuse !

Cette chanson est très à la mode. "Die Mühle ging rum und rum".

"Le Moulin tourna tourna".

Je crains de vous avoir amenée ici sous un faux prétexte.

Pourquoi donc ?

Il y a des obstacles politiques.

Le prince de Galles vient Ă  Berlin pour l'anniversaire du Kaiser.

Une visite de courtoisie…

Je sais, j'ai lu cela.

Mlle Hunter, j'ai un ami ici Ă  l'ambassade.

Nous étions à l'école ensemble. Il s'appelle Fitzroy.

On l'appelait Baby-Face.

Quel rapport entre le prince de Galles

et ce Baby-Face ?

VoilĂ .

Il a failli avoir une attaque en apprenant pourquoi je venais.

Le Second secrétaire a failli avoir une attaque aussi.

La perspective d'un scandale, vous savez.

Venez-en au fait, M. Candy.

Eh bien, j'ai dĂ» promettre de ne rien faire.

Je me suis engagé pour vous aussi.

Apparemment, il faut y aller avec beaucoup de diplomatie.

Vous saisissez ?

Bien sûr.

Je ne connais rien à la politique et je m'en suis mêlé.

Je pourrais avoir de gros ennuis.

Des ennuis ?

Je suis un soldat, vous savez bien.

Je le savais déjà ce matin. Vous êtes-vous engagé depuis ?

La table se remplit.

Quelle table ?

Le Stammtisch ! LĂ  oĂą Kaunitz va s'asseoir.

C'est assez étonnant,

une femme qui s'intéresse autant à la politique.

- La politique ? - Comment appeler cela ?

Propagande, contre-propagande, cette fameuse confrérie…

N'est-ce pas de la politique ?

Pas pour moi, ni pour beaucoup d'autres.

Quand notre ambassade à Berlin annonce à nos Affaires étrangères

un léger changement de l'attitude allemande

face Ă  la question des Boers,

j'écris à ma famille que j'ai perdu ma place

et que je dois rentrer au bercail.

Ils vont être peinés.

Au contraire ! Ils m'attendent !

Je les comprends.

Voyez-vous, ils étaient opposés à mon séjour à Berlin.

Selon eux, une femme reste Ă  la maison.

- Pour sûr. - Pourquoi ?

Comment ça ?

Qu'en savez-vous ? Vous ĂŞtes une femme ?

- Vous avez des filles ? - Voyons !

Pendant que vous vous battez, nous, nous pensons.

Réfléchissez.

Quelle carrière peut choisir une femme ?

Se marier.

- J'allais le dire… - Mais si elle ne veut pas ?

Devenir gouvernante ?

Mais que sait une gouvernante ? Rien, je vous assure.

Que peut-elle apprendre aux enfants alors ?

Rien de plus que les bonnes manières, si elle en a.

C'est important.

Vous avez appris cela en Afrique du Sud ?

Selon mes frères,

les bonnes manières nous ont coûté Magersfontein, Stormberg et Colenso.

6 000 morts, 20 000 blessés,

et deux ans de guerre.

Alors qu'un peu de mauvaises manières

nous aurait épargné la guerre !

Pourquoi vous occupez-vous de petits Allemands,

alors qu'il y a plein de petits Anglais…

Promettez de ne pas vous moquer.

Promis.

Mon seul atout est ma maîtrise de l'anglais.

Bravo !

En Angleterre, c'est comme charrier du charbon.

Et tout aussi mal payé.

J'ai donc pensé venir en Allemagne, où mon anglais serait un plus.

Puis, parlant l'allemand, je serais rentrée…

Nom d'un chien !

- Le voilĂ . - C'est bien lui, l'ordure !

Nous partons ?

Partir ?

Je suppose que oui.

Ce sera pour l'Histoire la Grande Retraite du Hohenzollern.

Un instant.

VoilĂ  !

L'orchestre peut-il jouer le numéro 141 ?

Appelons un serveur.

C'est Mignon ! Vous aimez cela ?

Je vous expliquerai.

Kaunitz a été prisonnier chez nous.

C'était notre seul disque. Je veux voir s'il s'en souvient.

Ça lui a fait quelque chose !

Il appelle.

Achetons l'orchestre.

Avec de la bière !

Première manche, Kaunitz.

VoilĂ  du renfort.

Il monte.

Partons, M. Candy.

Un peu tard, à présent.

Et s'il vous voit ?

J'y compte bien.

Bonjour, Kaunitz.

Allons, vous savez l'anglais.

Oui.

Mais je préfère l'allemand.

Cessez. Il y a une dame.

Vous auriez dĂ» y penser avant de plaisanter.

ArrĂŞtez !

Lâchez-moi !

Allons, calmez-vous.

Brisons lĂ .

Dites-lui que c'est de sa faute. Il a commencé.

Mufle !

Attention, ce n'est pas l'Angleterre ici.

Il l'a cherché, vous avez bien vu !

Herr Kaunitz est un ami. Vous donnerez satisfaction.

Cessez de crier. Vous ne comprenez pas.

Ce sont de vieux amis.

Vous exagérez. Cette ordure n'est pas mon ami.

Herr Kaunitz est membre du Alldeutscher Verband.

Alors le Alldeutscher Verband devrait avoir honte !

Il y a des officiers de l'Armée impériale

dans le Alldeutscher Verband !

Eh bien, les officiers de l'Armée impériale

devraient avoir honte aussi.

- Von Ritter ! - Von Schönborn !

Fitzroy.

Nous sommes en territoire britannique. Parlons anglais.

Certes. Puis-je vous aider ? Asseyez-vous donc.

Merci.

Nous voudrions des renseignements sur l'un de vos compatriotes,

M. Candy.

Clive Candy ?

Oui.

Vous tombez bien. Nous étions à Harrow ensemble.

Vraiment ?

Nous nous sommes perdus de vue. Il est dans l'armée.

C'est un officier ?

Oui.

C'est une excellente nouvelle.

Vous nous rassurez.

Comment ?

Nous craignions qu'il ne pût réparer l'affront.

L'affront ?

Il est entendu qu'un officier allemand

ne peut demander réparation

à un adversaire qui n'est pas son égal.

Mais puisque c'est un officier, il peut se battre.

Se battre ?

Oui, en duel.

En duel ?

Courez au Kaiserhof ! Ramenez impérativement M. Candy !

Dépêchez-vous. Allons, pas de discussion !

M. Candy a insulté toute l'armée allemande.

Mais non !

J'ai dit que si les officiers

sont membres du Alldeutscher Verband…

"L'armée allemande devrait avoir honte", c'est cela !

Ils veulent se battre.

M. Candy nous a tout raconté.

Et la jeune fille, est-elle digne de confiance ?

Sans aucun doute.

Voyons, il ne va pas se battre avec tous les officiers.

Ils tirent au sort pour savoir qui se battra avec ce monsieur

qui n'a insulté personne.

Je comprends. Que proposez-vous ?

Militairement parlant, M. Candy n'a pas le choix.

Il ne peut pas se battre. Il doit s'enfuir.

Politiquement parlant, ce serait fâcheux.

Il doit se battre.

Un instant ! Vous ne vous souciez pas de l'opinion de M. Candy.

Je peux me battre.

Je le sais, mon garçon.

Rentrez Ă  votre hĂ´tel.

Et restez-y.

Pourriez-vous contacter Mlle…

Mlle Hunter ? Je pense que oui.

Dites-lui qu'il faut donner l'impression

que vous ĂŞtes venu pour elle.

Et que vous ĂŞtes amoureux d'elle.

C'est faux !

Vous nous causez assez d'ennuis. Faites ce que je vous dis.

Nous allons étudier la meilleure façon de vous sortir de là.

Et nous avec !

Tu es un sacré…

Puis-je avoir le code ?

Voici notre célèbre code d'honneur, colonel.

Il est respecté par tous les duellistes.

Il ne vous est sans doute pas familier.

Merci. Je le lirai avec attention.

Nous vous proposons comme lieu de rencontre

le gymnase de notre régiment.

Nous sommes d'accord.

Voici enfin le nom de l'officier qui affrontera le lieutenant Candy :

Theodor Kretschmar-Schuldorff.

Je note.

- Certes. - Voici sa carte.

Qui suggérez-vous pour arbitrer le duel ?

L'attaché militaire de l'ambassade de Suède.

Bien.

- Quel est son nom ? - Colonel Borg.

Nous fournirons des sabres parmi lesquels choisir.

Si vous le permettez, nous ferons de mĂŞme.

Certes.

Les sabres seront tirés au sort.

Bien.

Les sabres ne doivent pas excéder 60 décagrammes.

60 décagrammes.

Je note.

Chacun amènera son propre médecin.

Bien.

Les adversaires devront-ils se dénuder le torse

ou rester en chemise ?

En chemise.

Je lis que

le paragraphe 133 dit :

"Avant le duel,

"il est bon de se laver."

Ça ne regarde pas les seconds !

C'est étrange,

un duel entre deux hommes qui ne se sont jamais vus.

Cela arrive parfois.

Pour le mariage aussi.

Le vôtre s'est déjà battu ?

Non. Et le vĂ´tre ?

Entre nous,

Theo n'approuve pas le duel.

Mais alors, messieurs,

le combat est-il vraiment nécessaire ?

Parfois, les sentiments d'un soldat ne comptent pas.

Kretschmar-Schuldorff sait très bien quel est son devoir.

Quelle heure vous convient ?

Que diriez-vous de 7 h du matin ?

Le plus tĂ´t sera le mieux.

7 h.

Il faudra arriver une demi-heure plus tĂ´t.

À 6 h 30, au gymnase du 2e régiment des uhlans.

Le voilĂ .

- Bien dormi ? - Oui.

Il dormait encore quand je suis arrivé.

Vous n'ĂŞtes pas nerveux !

Dr Crowther, M. Candy.

Enchanté.

Je n'ai pas mangé.

C'est le code.

Quelle idée !

Ça ira ainsi.

Tenez ça.

Vous l'avez lu, j'espère ?

Mlle Hunter l'a lu. Elle l'a trouvé très drôle.

- Et Theo Kretschmar-Schuldorff ? - Pas encore lĂ .

Bravo pour votre prononciation !

Si mes petits-enfants me demandent un jour :

"Tu as déjà coupé une oreille ?"

Je répondrai :

"Celle de Theo Kretschmar-Schuldorff."

On n'invente pas un nom pareil.

Qui est-ce ?

L'attaché militaire suédois, il va arbitrer le combat.

Colonel Borg, M. Candy.

Je vais bien sûr parler allemand.

Je dirai "Los" pour commencer

et "Halt" pour arrĂŞter.

C'est clair ?

Au début, il sera évident que vous voudrez dire "Commencez".

Après, vous n'aurez pas de raison de le répéter.

C'est juste.

Excusez-moi.

7 h. Schuldorff va perdre son droit d'entrée s'il ne…

Et moi qui n'ai pas mon uniforme !

Vous maniez bien le sabre ?

Je sais oĂą est la lame.

On l'a tiré au sort.

Pourvu qu'il soit léger !

Ils ont tous le mĂŞme poids.

Les seconds.

Excusez-moi. Pourriez-vous ouvrir votre chemise ?

Merci.

Préférez-vous rouler votre manche ou la déchirer ?

Et vous ?

Je ne peux pas vous conseiller.

Déchirons.

C'est le mieux.

Docteur, vos ciseaux.

Qu'espérait-il trouver ?

Des protections.

Bonne chance, mon garçon.

Suivez-moi seul.

Frottez vos pieds dans la résine.

Voici le protocole.

Vous commencerez au commandement :

"Los".

Vous cesserez au commandement :

"Halt", peu importe qui le dit.

Si vous êtes blessé,

cessez le combat et sautez en arrière

pour retrouver la distance initiale,

mĂŞme si personne n'a dit "Halt".

Il est interdit de saisir l'arme de l'adversaire

Ă  main nue.

À vos places, s'il vous plaît !

PrĂŞt ?

Ils ont dĂ» commencer.

Ce n'est pas sûr.

J'en connais un dont les nerfs ont craqué.

Il s'est effondré.

Le pauvre !

Il ne pouvait mĂŞme plus lever le bras.

Si on le levait Ă  sa place, le bras retombait tout seul.

Pourvu qu'il ne soit pas tué, ce serait un sac d'embrouilles.

M. Fitzroy, vous ĂŞtes odieux !

S'il est blessé, je fais sauter l'ambassade !

Mais vous ĂŞtes une vraie suffragette !

Si M. Candy est blessé…

Suggie ? Mais je parlais de l'Allemand !

Rien ne peut arriver Ă  Suggie.

Il a été champion d'escrime à l'école.

- Vous savez, il a… - Regardez !

Bonjour, Mlle Hunter.

Allez-y.

Il va bien ?

Dans huit semaines au plus, il sera en pleine forme.

J'en suis ravie.

Vous pouvez vous installer ici.

Mais je quitte l'Allemagne !

Je pars demain. J'ai déjà prévenu mon père.

Vous ne lui avez pas dit ?

Non.

Écoutez, soyez raisonnable.

Nous avons eu de la chance que tout s'arrange.

Vous ne voudriez pas tout gâcher ?

Tout gâcher ?

On croit qu'ils se sont battus pour vous.

Que dirait-on

si vous le quittiez maintenant, blessé et abandonné ?

Je pensais que vous aviez compris. Pourquoi venir sinon ?

Pour lui dire au revoir.

Entrez maintenant.

Ne vous souciez pas des factures. L'ambassade s'en chargera.

Au revoir.

Ça alors !

Bonjour. Vous ĂŞtes bien Mlle Hunter ?

Je suis Erna König. Je parle très bien l'anglais.

Merveilleux. Comment va-t-il ?

Il n'entend pas.

Cela ira mieux quand il n'aura plus de bandages.

Sa lèvre supérieure est pratiquement coupée en deux.

La blessure fait presque 10 cm de long !

Telle la lame d'un couteau.

Souffre-t-il ?

Sans aucun doute.

Par bonheur, il n'y a pas d'éclats de verre !

C'est un accident très banal en hiver.

La neige gèle sur les bottes, fond à la chaleur.

Il en reste toujours un bout pour faire glisser les gens pressés.

Mais, passer par la fenĂŞtre de l'ambassade britannique,

c'est original.

En effet.

Et, croyez-le ou pas,

nous avons un autre accident dans l'autre aile.

Un officier.

Entaille au front. Douze points de suture !

Incroyable !

Je vais préparer votre chambre.

Vous restez ici, non ?

Oui, Mlle Erna.

Si vous voulez lui parler, criez fort.

Je vous ai mis dans de beaux draps.

Et réciproquement.

Je vous pardonne.

Dois-je écrire à votre famille ?

Vos parents ?

Vos frères et sœurs ?

Votre fiancée ?

Vous voulez votre portefeuille.

Votre tante ?

Quelle est son adresse ?

Mon cher neveu,

Tu sembles préférer l'hospitalité de ton club à la mienne.

Je suggère qu'à l'avenir,

tu y envoies de mĂŞme tes bĂŞtes malodorantes.

Elle aime la concision.

Dois-je lui dire la vérité ?

Un accident ?

De chasse !

Savez-vous que Kretschmar-Schuldorff est ici ?

Il est blessé au front.

Huit points de suture ?

Lui, il en a douze.

Voici des boissons, Mlle Hunter. Ensuite vous devrez partir.

- Et les visites ? - Seulement le mercredi.

- Toujours ? - Toujours. De 15 h Ă  17 h.

Ă€ 17 h, une cloche annonce la fin des visites.

Après vous.

Qu'a-t-il dit ?

Il vous dit de passer.

Impossible.

Vous et moi. Vous comprenez… Ensemble.

Je croyais qu'on ne pouvait pas fumer plus qu'un officier allemand.

Et voici un Anglais qui les surpasse tous.

Et pas seulement pour ce qui est de fumer.

Quoi d'autre ?

Manger. Boire. Séduire !

La moustache !

Je vais me faire pousser la moustache. Qu'en pensez-vous ?

Très bien. L'idée vient des dragons ?

Perspicace…

Ils ont traversé l'entrée précédés de leurs moustaches.

On a frôlé l'incident diplomatique.

Ils sont entrés en collision avec un groupe de uhlans.

Chère Mlle Hunter,

les soldats créent des incidents militaires.

La diplomatie aux diplomates !

Un Allemand se raserait la moustache pour montrer sa cicatrice.

C'est l'un des points qui nous séparent.

Ma moustache vous plaira ?

Poussera-t-elle ?

Mlle Erna ! Est-il permis d'insulter les malades ?

Que pensez-vous de mon idée de moustache ?

C'est tout Ă  fait votre genre.

Merci.

Elle les a encore rangées !

Mlle Erna, où sont mes…

Merci.

L'armée anglaise s'amuse à Berlin ?

Dans l'ensemble, oui.

Hier, ils ont déjeuné au mess des dragons.

Le Kaiser et le prince de Galles ont parlé.

De quoi ?

Ils ont oublié.

- Retour Ă  Londres ? - Une semaine.

- Rentrerez-vous avec eux ? - Par le train spécial ?

Pourquoi pas ?

Sinon, vous pouvez rentrer plus tard avec moi.

J'ai besoin d'attentions.

- Certainement. - Alors, c'est oui ou non ?

Restez, trouvez un emploi.

Nous verrons. Allons-nous jouer aux cartes ?

Mlle Erna nous cherche des partenaires pour le bridge.

La surveillante va vous trouver un couple pour jouer après dîner.

Mais vous devez vous coucher Ă  22 h 30 au plus tard.

Promis !

- Vous jouez ? - Seulement au whist.

C'est simple. Faisons une partie d'essai.

J'apporte une lampe.

Vous êtes douée, Edith ! Je vous dois 32 000 livres.

On les joue ?

D'accord.

- Pile ou face ? - Face. Non, pile.

Face.

Nous sommes quittes.

Vos cigarettes.

Mais souvenez-vous que fumer vous fait du mal.

Vous ĂŞtes un ange.

Nos invités. Faites-les entrer.

Frau von Kalteneck, Oberleutnant Schuldorff.

Mlle Hunter, M. Candy.

- Kretschmar-Schuldorff. - Je sais.

Merci d'ĂŞtre venu.

J'ai promis Ă  Theo de vous parler en son nom.

Beaucoup.

Il ne connaît que deux expressions anglaises,

"Beaucoup" et "Pas beaucoup".

Beaucoup.

Il voulait venir plus tĂ´t.

Beaucoup.

Il craignait qu'il n'y ait personne pour traduire.

Mlle Hunter parle allemand.

Theo a appris que vous vous ĂŞtes battu en Afrique du Sud.

Cela vous a valu une médaille.

La croix de Victoria.

Il vous envie.

Il ne connaît la guerre que par les journaux.

Et de travers.

Et de travers.

Prendrez-vous un sherry ?

Avec plaisir.

Voulez-vous un sherry ?

Pas beaucoup.

Un porto ?

Elle et moi, nous prenons du kirsch.

Oui, du kirsch, vous aimez ?

Beaucoup, beaucoup.

Puis-je vous aider ?

Connaissez-vous Berlin, M. Candy ?

Le Kaiserhof, l'ambassade anglaise,

le café Hohenzollern, et…

le gymnase des uhlans.

J'espère pouvoir vous en montrer plus.

Aimez-vous l'opéra ?

Je préfère le cheval, la chasse et le polo.

J'adore la chasse et j'aime le sport.

Formons les équipes.

Nous deux.

Que dit-il ?

Il espère jouer chaque soir.

Moi de mĂŞme !

Beaucoup !

Eh bien ?

Baby-Face, entrez donc.

Qu'y a-t-il ?

Que diable signifie cette dépense ?

40 paquets de cartes !

Ah, ça ?

Un vrai casino !

D'après Mlle Hunter, les soirées étaient longues.

Il n'y avait rien Ă  faire.

Vous ne travaillez jamais ?

Ça ? Première fois cette année. Si vous n'avez pas besoin de moi.

N'attrapez pas froid. Cela coûte cher, les cliniques.

- Mlle Hunter rentre ? - Je crois.

Pas Ă  nos frais ?

Elle part de toute façon.

Candy aussi d'ailleurs.

Je sais.

Son billet de retour est périmé.

Bien, achetez-lui-en un autre.

Dites lui de nous donner l'ancien. La compagnie Cook remboursera.

C'est à Theo. Mettez-les avec le réveil.

Et vos bagages ?

Pas finis.

Dépêchez-vous alors !

Cela ira.

Pas sûr.

Nous avons une demi-heure pour passer Ă  l'ambassade.

- Cessez de flâner. - Je ne flâne pas.

Du calme, voyons.

Allons, mon amie, qu'y a-t-il ?

Edith, qu'avez-vous donc ?

C'est parce que je ne suis pas venu hier ?

Frau von Kalteneck est partie hier.

- Ah bon ? - Vous le saviez.

J'avais oublié.

Vous, vous n'aimez pas les chevaux.

Nous avons vu son écurie. Elle a de belles bêtes.

Un peu grasses…

Cessez de pleurer, mon amie. Et si quelqu'un entrait ?

Personne n'entrera.

Notre premier soir à Londres, je vous emmène voir

Le Dernier des dandys.

Il paraît que c'est excellent.

- D'après le journal… - Quel journal ?

Vous pleurez à cause de ça ?

D'après le journal, on joue Ulysse au Théâtre de Sa Majesté.

M. Schuldorff vous rend vos livres.

Il arrive.

- Je dois me dépêcher. - Je vous rejoins.

Que vais-je en faire ? Je ne parle pas allemand.

Offrez-les à la bibliothèque.

Bonne idée !

Je vais écrire mon nom.

Ainsi, il vivra à jamais dans un coin du Stölpchensee.

Puis-je entrer ?

Entre, vieux frère.

Elle se prépare.

"Prépare" ?

Bien sûr. Und Sie ? Combien encore, Sie ?

Eine… semaine.

Deux semaines ?

Clive, Edith vient ici. Traduire…

Je peux traduire.

Ne la dérangez pas. Elle n'est pas prête.

Je vais la chercher ?

Ich mussen passer Ă  l'ambassade, mon vieux.

Chercher mon billet nach Londres.

Un verre ?

- Pas maintenant. - D'accord.

Qu'est-ce qui leur prend Ă  tous ?

Clive…

toi…

und moi, amis.

Oui…

ou non ?

Bien sûr qu'on est amis !

Nous devons…

duel encore.

Tu confonds encore les mots, mon vieux !

J'aime…

ta…

ta… Mlle Hunter.

Pardon ?

J'aime ta…

Mlle Hunter.

DrĂ´le de coucou !

Ich nein coucou…

Toi, coucou

parce que Mlle Hunter…

m'aime.

Félicitations ! Depuis quand ?

Et on ne me dit rien !

Pas de duel ?

Duel ? Ich affronterai quiconque tente de s'immiscer.

- On prend un verre ? - Double !

Tu sais, elle n'a jamais été ma fiancée.

Pas ma fiancée.

Adorable, charmante, mais pas ma fiancée.

Cul sec.

Entrez !

Venez Mlle Erna, prenez un verre.

Et la fiancée ?

Elle ne veut pas descendre. Montons alors.

Und les verres.

Entrez.

Je me sens fier comme si j'étais votre père !

Pourquoi ?

J'accorde votre main !

- Qui vous a dit ? - Moi.

En anglo-allemand.

Un toast !

Au bonheur de ma fiancée qui n'a jamais été ma fiancée.

À l'homme qui voulut me tuer avant de m'avoir été présenté.

Puis-je l'embrasser ?

Pourquoi demander ? Je n'ai pas demandé, moi.

- Au revoir, Clive. - Au revoir, mon amie.

J'espère que nous nous reverrons.

J'en suis sûre.

Écoute-moi, petit vaurien !

Tu ne comprendras pas un mot, mais…

je suis venu Ă  Berlin chercher un rat,

et j'ai rencontré deux personnes merveilleuses.

Je te confie cette jeune fille, tĂŞtu de Prussien.

Et si tu n'en prends pas soin, j'armerai l'Angleterre contre toi.

La Marine remontera ton puant Stölpchensee,

et je conduirai l'armée unter den Linden, et nous…

Mon anglais n'est pas beaucoup,

mais mon amitié pour toi…

est beaucoup.

J'espère que la leçon servira.

Oui.

Les jeunes gens veulent toujours tout changer.

Pour quel résultat ?

Une permission passée dans une clinique.

Grosse dépense pour le Trésor !

Ils sont furieux, aux Affaires étrangères.

Oui, furieux.

Pour gagner quoi ? Une balafre !

Vous n'étiez déjà pas un apollon,

vous n'avez plus aucun intérêt.

En effet.

Je vous ai dit en janvier que cela concernait les diplomates, pas vous.

J'ai voulu prendre le risque.

Le risque ?

Le risque ?

Vous ne pouvez pas jouer avec votre carrière.

Vous n'êtes pas dans l'armée pour 5 minutes !

Vous commencez bien.

Continuez avec vos bĂŞtises

et vous vous retrouverez Ă  la porte !

Vous voulez cela ?

Non.

Laissez-moi vous dire ceci :

ne vous fatiguez pas avec des choses que vous ne comprenez pas.

Partez du bon pied.

Restez calme. Taisez-vous.

Et fuyez les politiciens comme la peste.

Un soldat réussit ainsi.

Merci.

Vous dînez à mon club ?

Désolé. J'ai invité quelqu'un au théâtre.

Jolie ?

Je ne l'ai jamais vue.

Encore un peu fêlé, mon garçon.

Vous vous améliorerez avec l'âge.

Allons, courage !

Oui.

Père, dont l'Enfer caverneux résonne,

dont le geste est un éclair après le tonnerre,

offre-moi la compassion pour le plus malheureux des humains.

Qui est-il ?

Ulysse,

qui voulut prendre Troie, la ville aux mille tours.

Que veux-tu ?

Ceci : qu'enfin il voie

de son foyer monter des volutes bleues.

OĂą se trouve-t-il ?

Calypso depuis longtemps

le retient dans sa langoureuse île océane.

Père des dieux,

cet homme a aveuglé Polyphème, mon bien-aimé fils.

Voguant, ballotté par les flots, de mer en mer,

d'une rive à l'autre…

Paix, mes enfants !

Abandonnez toute colère !

Hermès, ordonne à Calypso qu'elle relâche Ulysse

et le renvoie sur les flots.

Ulysse reviendra !

Demeure, cavalier des nuées !

Ou du moins, flâne en chemin,

car avant de toucher enfin son rivage natal,

Ulysse doit subir une épreuve encore !

Merci. OĂą est le bar ?

Chéri, contrôlez-vous.

Mais c'est Suggie !

Vraiment chéri ? Où donc ?

Suggie !

Et la jeune fille, la connaissez-vous ?

Il se trouve que oui.

Eh bien, chéri, qui est-ce ?

Je crois qu'il a rencontré sa sœur à Berlin.

Chéri, pourquoi tant de mystère ? Qui est-ce ?

La gouvernante de ma nièce, Mlle Hunter.

Sybil Gilpin, sortir sans sa mère ! Et avec Hoppy, en plus.

Mais vous ne savez pas ? Ils sont mariés !

Hoppy et Sybil ?

Depuis un mois.

La famille a été surprise. Cela a été très romantique et subit.

Ils se sont rencontrés ici-même.

Je sais. Je suis apparemment un merveilleux marieur.

- Bonsoir, Pebble ! - Monsieur Clive !

Madame dort.

Laissez-la. Je ne voulais pas aller au club, ce soir.

Vous ĂŞtes malade ?

Non.

Dites, Pebble, qu'avez-vous éprouvé en enterrant M. Pebble ?

Au début, ça allait. Il y avait tant à faire.

C'est après que ça a été dur.

Vous revenez d'un enterrement ?

Non, du théâtre.

Mais ça revient un peu au même.

C'était triste ?

Au contraire, c'était une opérette.

Le lit est fait ?

J'en ai pour une minute Ă  mettre des couvertures.

Je n'ai pas le temps d'aérer les draps.

Que se passe-t-il ?

Puis-je rester ?

Oui, vu qu'il n'y a pas d'homme pour te jeter dehors.

Qui a accroché mes trophées sud-africains ?

Qui sait ?

Pas si mal, non ?

Certes.

Pebble, cessez de vous agiter et allez au lit.

Oui, Madame.

Bonne nuit, monsieur Clive.

Je parie que c'est une catastrophe qui t'amène.

Exactement.

- Des dettes ? - Non.

Une femme ?

Presque.

Explique.

J'étais au théâtre.

- Seul ? - Accompagné.

Et en quoi cette dame est-elle "presque" ?

Cela n'a rien Ă  voir avec elle.

Peut-ĂŞtre. Tu as vu d'autres gens ?

Hoppy et Sybil Gilpin. Ils sont mariés.

Joli couple !

De l'argent, des terres, et pas un brin de cervelle.

Tu l'aimais ?

- Sybil ? Oh non ! - Encore heureux.

Elle est forte comme un Turc. Elle le frappera.

Il pèse plus qu'elle.

Elle le rattrapera vite.

Qui as-tu emmené au théâtre ce soir ?

Mlle Hunter. J'ai connu sa sœur à Berlin.

- Elle est bien ? - Très bien.

Enfin, la sœur.

Quelle sœur ?

Celle qui est restée à Berlin.

Donc celle de Londres n'est pas aussi bien, c'est ça ?

- C'est ça. - Je vois.

Écoute, Clive.

J'ai dix-huit pièces ici,

des domestiques paresseux et gloutons,

et quand tu es revenu d'Afrique, tu as filé droit à ton club.

C'est vrai.

Souviens-toi que quoi que tu fasses

et oĂą que tu sois,

tu as toujours un foyer ici.

Et quels que soient tes trophées,

il y aura de la place pour eux aussi.

Regarde la place qu'il y a.

Le carrefour de la Vache Morte.

La question est la suivante : est-ce l'église aux deux tours,

ou bien l'Estaminet du Pont ?

Que diable, Murdoch ! Vous êtes censé savoir la route !

Oui, de nuit. De jour, elle est différente.

Pas d'idée ?

Si, il y a des fusils sur la route. Ça sent le roussi !

En avant !

En avant !

Content de vous voir. VoilĂ  un autre parapluie.

Vous avez l'œil pour le butin.

Les Anglais ont appris ça aux Boers !

D'où ça vient ?

Des Boches. On vient d'en attraper onze.

Ils ont dĂ» les voler.

Ils les utilisaient comme camouflage.

Bonsoir.

Pouvez-vous contacter l'officier des transports Ă  Dupuis-machin ?

Dupuis-sur-Croix. Les Ricains y sont.

Alors, Paddy ?

Lignes coupées jusqu'au point 14. J'envoie une estafette ?

Que leur dit-on, général ?

Qu'ils me gardent une place dans le train. Je peux partir ?

Pas avant la nuit.

Ils bombardent la route au shrapnel.

Bon. Quelqu'un s'occupe de Murdoch ?

- Nobby. - J'y vais.

Attention à la fuite, général. Paddy, l'estafette !

Si vous avez des lettres pour vos familles, je les prendrai.

Je vais revoir les prisonniers.

D'oĂą viennent-ils ?

2e régiment des uhlans.

C'est tout ce que je sais.

Je veux les interroger.

Bien, mon général.

2e régiment des uhlans…

Amenez les prisonniers et allumez la lampe.

- Pas d'officiers avec eux ? - On n'a pas eu cette chance.

- Capturés où ? - Flottant dans la rivière.

On les a pêchés comme des saumons.

Ils avaient 100 livres de dynamite.

Je pense qu'ils en voulaient au nouveau pont flottant.

Comment étaient-ils au courant ?

Ils ont capturé une de nos patrouilles avant-hier.

Vous insinuez que les nôtres ont parlé ?

Les Allemands savent comment les faire parler.

C'est qu'ils sont Ă  bout. VoilĂ  un signe qui ne trompe pas.

On ne triche pas tant qu'on peut gagner par d'autres moyens.

Je crois ce qu'a dit Hindenburg l'autre jour,

que l'Allemagne a utilisé ses hommes avec honneur jusqu'à ce jour.

Mais il n'a rien dit de ses femmes !

Halte !

À gauche… gauche !

Transmettez cela demain !

Bien.

Connaissez-vous Kretschmar-Schuldorff ?

Vous ĂŞtes sourds ?

Il était Oberst dans votre régiment il y a peu.

Oberst Kretschmar-Schuldorff, 2e régiment des uhlans.

Qui parle anglais ?

Toi, tu parlais anglais il y a une heure ! Réponds !

Je parle.

Écoutez-moi.

Nous ne traitons pas nos prisonniers comme vous le faites.

Mais nous avons les moyens de savoir ce que nous cherchons.

Pourquoi transportiez-vous ces explosifs ?

Je ne sais pas.

Ne mentez pas !

Je ne sais pas.

Vous avez pris trois de nos hommes il y a deux jours.

Comment saviez-vous pour le pont ?

Je n'en savais rien.

Alors, pourquoi portiez-vous de la dynamite ?

Vous pouvez y aller. Votre voiture est lĂ .

Vous restez dîner ?

Menu ?

Pâtes. Trouvées dans la cave.

Infect !

Et viande en boîte.

Je vais tenter ma chance Ă  Dupuis.

J'aurais aimé interroger ces prisonniers à nouveau.

Je sais comment m'y prendre.

J'en fais mon affaire.

D'accord. Faites votre rapport Ă  la brigade.

Bien.

Écoutez-moi.

C'est moi qui commande maintenant.

Je sais comment traiter la racaille.

Je ne suis pas un simple gentleman anglais.

Je suis simplement sud-africain.

Je vous assure que j'ai les moyens de parvenir Ă  mes fins.

Ă€ quoi devait servir la dynamite ?

Combien d'entre vous ont fui ?

Qu'est-il arrivé à nos trois hommes ?

Vous avez trente secondes.

20 h 35…

AllĂ´ !

Nom d'un chien !

Cette fichue ligne est coupée !

Continuez !

Que voulez-vous ?

Général Wynne-Candy.

Désolé, mon général. Asseyez-vous et reposez-vous.

La boue cachait vos galons.

Que puis-je ?

ĂŠtes-vous officier des transports ?

En effet, je m'occupe de trains. Enfin, quand il y en a.

Vous avez mon billet ?

Pour l'amour de Dieu, passez-le-moi !

Le colonel est dans tous ses états !

- Vous avez dit "billet" ? - Oui.

C'est-Ă -dire ?

Mon message, voyons !

J'exige un transport pour Londres !

Aucun message depuis que je suis de garde.

Je vais voir ce que je peux faire. Appelez Ami-le-Bon.

- Bien, colonel ! - Oui !

Oui, nous essayons de les joindre sur l'autre circuit.

Je vous le dirai.

Une maison de dingues !

En effet. À quelle heure est mon train ?

OĂą puis-je me changer et manger ?

C'est ce que je pensais. Merci.

C'est cela. Vous devez passer par Ami-le-Bon.

Mais j'y suis passé pour prendre mon train ici !

Ma voiture est bloquée dans la boue.

Comment ?

Pas possible ?

Merci bien.

Ça y est !

Quoi ?

Les Allemands s'apprêtent à rencontrer le général Foch.

Ils vont demander un armistice.

Foutaises !

Un vieux truc pour entamer notre vigilance.

Et mon train ?

Il n'y a ni train ni locomotive pour le tirer.

Dans cette guerre, j'ai vu des arsenaux sans munitions,

des cuisines sans cuisiniers, des voitures sans essence.

Il est donc normal de voir

un officier des transports sans train !

Sachez, jeune homme,

que dans la guerre des Boers ou en Somalie,

on n'aurait pas toléré cette inefficacité.

Pas une seconde !

Bon, oĂą puis-je me nourrir ?

La Couronne d'Épines sert à toute heure.

C'est un pub ?

Un pub ?

Nom de nom ! On ne parle pas la même langue…

Un café !

Non. C'est un couvent. Sur la route d'Ami-le-Bon.

Montrez-moi le chemin.

VoilĂ  Armstrong avec la baignoire.

Armstrong ! Conduisez le général à la Couronne d'Épines.

Oui, pas de problème !

Un peu humide mais on arrivera au but.

On est partis !

Vous êtes sûr qu'il n'y a pas de train ce soir ?

J'ai déjà perdu 24 heures.

Accélérez, Armstrong ! Le général est pressé.

Pas de problème !

Au revoir, mon général !

De quelles guerres parlait-il ?

La guerre des Boers et la Somi-machin.

Jamais entendu parler.

Des guerres ? Juste des promenades estivales.

Vous y êtes. Le couvent de la Couronne d'Épines.

- Je vous aide ? - Je peux me débrouiller.

Je vous ai apporté un vrai colonel !

Bonsoir, mon général, bon appétit.

Bonsoir, sœur Jacqueline !

Bonsoir.

Dites Ă  ces jeunes filles de s'asseoir.

Asseyez-vous.

Votre manteau aussi. Vous êtes tombé au bon endroit.

Je commence Ă  le croire.

Mes 62 infirmières rêvent de soigner quelqu'un.

Quel est le problème ?

Le problème ?

Une indigestion ?

Elle ne m'a pas compris, j'ai faim.

C'est arrangé, donc. Ravies de vous avoir.

Merci.

Je suppose que vous étiez sur le front.

J'ai eu de la chance : pas une égratignure. J'étais à Caporetto.

Bravo ! Quel insecticide utilisez-vous ?

Venez vous asseoir ici, mon général. Poussez-vous, mon enfant.

Pouvez-vous apporter de l'eau ?

- Il y a des pâtes. - Magnifique !

Merci, ma petite.

Connaissez-vous le tour de la corde indienne ?

Non et vous ?

Ce doit être étonnant.

Oui, mais personne ne l'a vu alors qu'il ne s'y attendait pas.

Je ne comprends pas bien.

On vous parle d'une chose. Vous espérez la voir.

Alors, vous la voyez.

Oui. Excusez-moi.

Connaissez-vous cette jeune fille ?

Non. Je ne les ai vues qu'Ă  la gare.

Au lit, mesdemoiselles, allons !

Venez Mlle Wynne.

Qui était la jeune fille au bout de la table ?

Blonde ou brune ?

Blonde.

Je ne m'en souviens pas. Comment est-elle ?

Blonde. Je n'ai pas vu la couleur de ses yeux. Mince…

Désolée. Cela peut être n'importe qui.

D'où venez-vous ? De quel détachement ?

Du Yorkshire. La plupart d'entre nous.

- Ça va prendre longtemps ? - Non, mon général.

- Vous l'avez dit dix fois ! - Je sais.

- Le train part Ă  10 h 30 ! - Je sais.

J'ai des choses à régler au Q.G. à Ami-le-Bon.

Je sais.

Un vrai perroquet ! Comment le savez-vous ?

- On me l'a dit. - Qui ?

- L'ordonnance du Cdt. van Zijl. - Qu'a-t-il dit ?

Que vous étiez ravi des renseignements

donnés par les Boches.

Le type mĂŞme de la fausse information !

Merci, mon général.

Quatre pages de confessions qui ne valent…

Kretschmar-Schuldorff !

Il n'en existe pas deux avec un nom pareil.

Non, mon général.

Vous savez qui c'est ?

Non.

Je vous ai pourtant parlé de mon séjour à Berlin en 1902.

Le coup de la moustache ?

Et vous oubliez un nom comme Kretschmar-Schuldorff.

Vous devriez léguer votre cervelle

Ă  la science.

Ah, oui ! Il a épousé la fille.

Oui, il a épousé la fille…

Hier soir, Murdoch,

j'ai vu une jeune fille, une infirmière.

À peine arrivée.

Je n'ai jamais vu pareille ressemblance.

Elle devait avoir un type banal, la demoiselle de Berlin.

Elle était la moins banale… Que diable insinuez-vous ?

Il y a eu cette fille, dans le film que vous avez vu et revu.

Il y a eu cette fille, au milieu du groupe qu'on a perdu.

Un messager arrive.

- Général Candy ? - Oui.

Message du Cdt. van Zijl. Reçu au point 14.

Ils ont réparé la ligne.

Réponse ?

Pas de réponse.

Quelque chose ne va pas ?

La guerre est finie.

Oui.

Les Allemands ont accepté l'armistice.

Cessez-le-feu Ă  10 h.

Il est presque 10 h.

Comprenez-vous ce que cela signifie ?

Oui, mon général…

La paix.

On peut rentrer chez nous.

Tout le monde.

Cela signifie bien plus.

La loyauté est finalement triomphante.

Les Allemands ont bombardé des hôpitaux,

coulé des navires neutres,

utilisé des gaz nocifs, et c'est nous qui avons gagné.

Le combat loyal

et la guerre menée honnêtement ont triomphé.

Que Dieu vous bénisse, Murdoch.

Le kaki, c'est fini !

La première robe de mariée de la paix !

Après une coupure de quatre ans,

du brocart blanc sort des métiers à tisser

des célèbres fabriques Wynne,

l'illustre famille du West Riding.

Mlle Barbara !

Le déjeuner est prêt !

Ne les écoute pas.

Écoute-moi plutôt.

Je dormais.

Tu ne m'avais jamais vue,

tu ne m'avais même pas parlé.

Et tu étais aussi sûr de toi ?

Puis-je te poser une question d'abord ?

Tu cherches une échappatoire.

Bon, vas-y.

Es-tu vraiment sûre de toi ?

J'ai vingt ans de plus que toi et je suis un soldat.

La guerre finie, tous remercient le ciel, et moi, je demande :

"Y a-t-il une autre guerre oĂą me rendre utile ?"

Tu m'as déjà posé la question et je t'ai répondu.

Je te le redemande pour te l'entendre dire encore.

Et encore.

Je t'épouse car je veux m'engager dans l'armée et parcourir le monde.

Je t'épouse car j'adore te voir jouer au polo.

Je t'épouse pour cinquante raisons différentes

qui montrent toutes que tu es le mari dont je rĂŞvais.

Toi aussi, tu es la femme dont je rĂŞvais.

Le gong… Allons-y. Il y a l'évêque au déjeuner.

Pourvu qu'il soit tendre.

Et en conclusion, je…

Ah oui ! Je voudrais dire quelques mots au général Candy.

Nous, l'Église militante,

admirons les héros de guerre.

Mais nos cœurs chérissent la paix.

Aussi suis-je heureux de vous voir

pour la première fois

en une occasion simple et chaleureuse,

plutôt qu'à quelque cérémonie militaire.

Quand j'ai su qu'un général de l'armée britannique

offrait un bal pour les infirmières du West Riding

qui avaient pris part Ă  la guerre,

je me suis dit :

"Voilà un homme de cœur."

Et je suis heureux d'ĂŞtre en mesure de vous dire

que la somme de 131 livres 2 shillings et 6 pence

sera versée

aux œuvres de bienfaisance des infirmières de guerre.

J'ai un aveu Ă  vous faire.

J'ai vu Barbara dans les Flandres, le dernier soir de la guerre.

Une infirmière,

parmi soixante-dix autres infirmières.

Je ne savais pas son nom.

J'appris qu'elle venait du Yorkshire,

dans le West Riding.

Or, c'était une infirmière.

J'ai donc pensé :

"Bon, le Yorkshire est grand."

Je me suis dit…

"Comment trouver une infirmière dans le Yorkshire ?"

Vous voyez oĂą je veux en venir ?

Vous me suivez ?

Je vois parfaitement où tu veux en venir, mon chéri.

Là, c'est ta tanière !

Faux. Elle est à l'étage au-dessus.

C'est la salle de bain.

Regarde !

Les voilĂ  !

C'est ce bon Murdoch ?

C'est sa façon d'accueillir le héros conquérant.

Je vais bien l'aimer, je crois,

et cette maison aussi.

Que cette maison soit toujours la tanière où nous réfugier,

que nous soyons riches de butin, meurtris par nos errances,

ou juste désireux de changement.

Tante Margaret t'aurait adorée pour cela.

C'est une bien belle maison, comme toi.

Ne change pas, Clive, et ne quitte jamais cette maison.

Ne crains rien.

Même après un deuxième déluge, cette maison sera là.

Avec un lac dessous.

Promis. Tu restes comme tu es jusqu'au déluge.

Jusqu'au déluge.

Jusqu'au lac.

Jusqu'au lac.

Désolé, Madame.

J'étais en haut. Je ne vous attendais pas si tôt.

Voici ma femme.

- Vous ĂŞtes Murdoch. - Oui, Madame.

Enfin, il dit autre chose que "Oui, Monsieur".

Tout va bien, Madame.

- Le téléphone est installé. - Bien !

L'agence a envoyé des cuisinières…

Entrons.

On va s'amuser.

Les commerçants attendent vos commandes.

Bien, mais nous partons ce soir.

Huit semaines Ă  Paris. Au retour, nous ferons la fĂŞte.

Vos lettres du Club sont sur le plateau.

Désolée de vous avoir donné tant de travail.

Ce n'est pas grave, on a l'habitude.

J'ai dit au Club que le général viendrait moins.

Et qu'a-t-on dit ?

Du courage, parlez !

Oui. Le portier a dit : "Ils disent tous ça au début."

Écoute, Barbara.

C'est le comité des prisonniers de guerre.

Ils l'ont ?

Oui. "Oberst Kretschmar-Schuldorff, 2e régiment des uhlans.

"Camp 7, Hardwick Hall, Derbyshire."

Mon pauvre Theo !

Chéri…

Paris peut attendre.

J'adorerais le rencontrer.

Un message du commandant, monsieur.

Pas de réponse.

Mais, monsieur…

Pas de réponse !

Pas de réponse.

- Quoi d'autre ? - Rien, monsieur.

Il refuse de venir ?

Il semblerait, madame.

Theo, j'aimerais BEAUCOUP te voir.

"Beaucoup"

en majuscules ?

Un jeu Ă  nous.

OĂą est-il ?

Devant l'orchestre.

Je me disais…

Comme ils sont étranges

et curieux.

Des années durant,

ils créent une musique et une poésie merveilleuses.

Et subitement, ils entrent en guerre.

Ils coulent des navires sans défense,

abattent d'innocents otages et bombardent Londres.

Ils tuent des enfants.

Ensuite, dans ce mĂŞme uniforme de boucher,

ils écoutent Mendelssohn et Schubert.

C'est terrifiant.

N'est-ce pas, Clive ?

Si j'avais écrit en allemand…

Il parle anglais.

Ils l'apprennent tous quand ils sont ici.

Pourquoi ne pas tenter nous-mĂŞmes ?

Il y a un entracte, maintenant.

Bien sûr. Mais mieux vaut que Mme Candy reste ici.

Vous avez raison.

Je ne comprends pas. Nous correspondions avant la guerre.

Ils ont interrompu les leçons d'anglais le 11 novembre.

L'Armistice.

Oberst Kretschmar-Schuldorff ?

LĂ -bas.

Ah, Davies !

Bonjour !

Votre femme m'excusera ?

Vous avez mal lu l'invitation.

Dîner entre hommes ?

Si je l'avais su, je ne me serais pas pressé.

Vous avez faim ?

J'ai dîné en route. Je viens de la gare.

- Permission ? - Non.

Venez prendre un porto.

Vous êtes chez le général Candy.

Puis-je lui parler ?

De la part de qui ?

Kretschmar-Schuldorff. J'appelle de la gare.

Je quitte Londres ce soir.

Pouvez-vous répéter ?

Oberst Kretschmar-Schuldorff.

Merci, monsieur.

Ça ne pouvait pas attendre ? D'où vient l'appel ?

La gare. Il a dit qu'il partait ce soir.

Qui est-ce ?

Quelque chose comme Wrenchbar…

- Kretschmar-Schuldorff ! - C'est ça !

Murdoch, vous ĂŞtes une vraie tĂŞte de linotte !

Theo…

Oui, c'est moi, Theo.

Comment vas-tu, mon ami ?

Oui, je rentre Ă  la maison.

Enfin, s'il en reste quelque chose.

Oui, nous sommes très nombreux. Tu entends ?

Nous avons un train spécial à 23 h 30.

Oui, nous sommes sous surveillance.

Clive ! Je peux encore t'appeler Clive, mon général ?

Ne sois pas bête ! Qu'as-tu à dire pour ta défense ?

Écoute, je suis vraiment désolé

pour ce qui s'est passé au camp.

J'ai été stupide.

Je voulais te le dire avant de partir.

Je dois raccrocher.

Commandant Davies, venez s'il vous plaît.

Attention ou je te renvoie au camp !

Reste tranquille. Nous venons te chercher.

Très bien, je ne m'enfuirai pas.

Lieutenant…

Têtu de Prussien ! Pour t'avoir, il faut te séquestrer.

Laisse-moi te regarder.

Tu as bien vieilli.

- Tu as toujours ta marque. - Et toi, ta moustache.

- Quand t'a-t-on capturé ? - Juillet 1916.

- Une chance. Le pire a suivi. - Tu parles d'une chance !

Tu crois ça.

Tu as des enfants ? Comment va Edith ?

Une chose Ă  la fois ! Edith va bien, je crois.

Et nous avons deux enfants.

Des garçons !

Celui-ci est le portrait d'Edith.

Oui, c'est Karl.

Pauvres enfants…

- Quoi ? - Quel avenir, en pays vaincu ?

Les Allemands ! Vous êtes tous fêlés. Barbara t'éclaircira les idées.

- Barbara ? - Ma femme.

Oui, je suis marié ! Tu vas avoir un choc.

Mais elle doit ĂŞtre charmante.

Il ne s'agit pas de cela. Tu verras.

Mais non, suis-je bête ! Elle est au théâtre.

Tant pis. As-tu d'autres photos ?

Parle-moi de toi.

Messieurs, je vous présente mon ami,

Oberst Kretschmar-Schuldorff.

Sir Archibald Blair, le fleuron des Affaires étrangères.

Le général Betteridge.

J'ai entendu parler de vous.

Le général Keen.

Le commandant Michael Cornish et son frère le commandant…

- John. - John Cornish.

L'amiral Sir Merton Barrow, de la Royal Navy, la marine.

- Le commodore Crester. - Lui-mĂŞme.

Vous connaissez le commandant Davies.

Intimement.

Colonel Hopper, aide du gouverneur de Gibraltar.

Enchanté, cher ami !

Sir William Rendall, assistant du vice-roi.

George Metcalf, d'Ouganda.

Sir John Bembridge, qui revient de JamaĂŻque.

Le colonel Mannering.

Pour la presse, le roi sans trĂ´ne d'Arabie du Sud.

M. Christopher Wynne,

de Bradford, mon beau-père.

L'incarnation des plus solides vertus.

Assieds-toi, Theo. Que veux-tu boire ?

Un porto.

Pourriez-vous faire passer le porto ?

On se sert au passage.

Une cigarette ?

- Oui. - Il y en a sur la table.

Turques ou américaines ?

Vous l'avez sûrement oublié,

mais nous nous sommes vus Ă  Berlin en 1902.

Vraiment ?

Barstow !

Le colonel Barstow de la Royal Air Force.

Restez assis.

Ravi de vous voir rentrer.

Merci, monsieur.

ĂŠtre prisonnier en Angleterre, rien n'est pire.

Ce n'est bien nulle part.

Ici, les gens s'occupent toujours des affaires des autres.

Pas reçu de lettres ?

Si.

J'en étais sûr.

Nos vieilles filles écrivent aux prisonniers.

Mais pas aux nĂ´tres !

Ça allait.

Nous avions des livres, des concerts…

Le camp devait être bien organisé.

Les Allemands sont perfectionnistes.

Un peu trop à notre goût !

Et la nourriture ?

C'était de la cuisine anglaise.

Quel humour !

Ma fille a fait campagne pour que les prisonniers mangent mieux.

D'autres ont accusé le gouvernement de trop les nourrir !

Nous ne sommes pas si méchants. Bois, Theo.

Messieurs, à votre santé.

Merci.

Bonne chance.

Qu'avez-vous fait du pauvre Bloomfield ?

Il est resté en otage au bar près de la gare.

Ă€ quoi cela sert-il de garder des prisonniers

après la guerre ?

C'est pour nous protéger.

- Contre qui ? - Les gens.

- Quels gens ? - Votre peuple.

Plaît-il ?

Il ne s'est pas adapté à la paix comme vous, messieurs.

Vous verrez que c'est faux.

Tu penses que des Anglais t'attaqueraient, dans cet uniforme ?

J'en ai tué, dans cet uniforme.

Quelle lugubre façon de voir les choses !

Tu vois les choses de travers, mon vieux.

La guerre est finie !

Il n'y a rien Ă  craindre.

Tu es un homme de qualité et nous aussi.

Non, je suis un mendiant.

Comme tous les soldats de métier, chez nous.

Notre armée est dissoute. Que faire de nous ?

Il y aura beaucoup Ă  faire.

Mais pas pour nous.

Nous connaissons bien les chevaux. Nous deviendrons garçons d'écurie.

Tu te sentiras mieux, chez toi.

"Chez moi."

Mais comment cela sera, chez moi ?

Une prison.

Qui dit cela ?

Des troupes étrangères vont nous occuper pendant des années.

Des années ?

Vous êtes entièrement dans le faux. Vous ne serez jamais des mendiants !

Notre nation vit du commerce. Elle en fera avec la vĂ´tre !

Il est clair que la reconstruction de l'Allemagne

est vitale pour la paix en Europe.

Imaginez nos contribuables entretenant une armée chez vous !

Ridicule ! Lis les journaux anglais !

Comment ĂŞtre vos amis

si nous vous volons et vous humilions ?

Nous sommes avec vous.

Nous voulons ĂŞtre vos amis.

"Nous voulons commercer avec vous", a dit l'un.

Le général a dit :

"Nous n'entretiendrons pas une armée pour vous !"

Un général !

Ce sont des enfants !

Des gamins qui s'amusent !

Ils nous dépouillent, ensuite ils veulent tout rendre !

Puisque le jeu est fini.

La guerre est mal vue en Angleterre.

Ils fondent des associations pacifistes,

leurs journaux sont anti-milita…

Voyons voir.

VoilĂ  qui peut nous servir.

Anti-militaristes !

Cette stupidité puérile est une bouée pour nous…

dans un océan de désespoir.

Savez-vous ce qu'a dit mon ami, le général ?

"Pas d'inquiétude. L'Allemagne sera vite sur pied."

Cela s'est bien passé.

Ă€ la fin, je lui ai dit : "Mon ami,

"pas d'inquiétude. L'Allemagne sera vite sur pied."

Il l'a cru ?

Theo ? Je crois.

Je l'espère.

Chéri…

Ne fredonne pas.

Je fredonne ?

Comme d'habitude.

Et que faire d'autre ?

Clive Candy remercie tous ses amis

pour leurs condoléances.

Il répondra à chacun personnellement au plus tôt.

Theodor Kretschmar-Schuldorff !

C'est moi.

Suivez-moi.

Votre dossier et votre carte d'identité, s'il vous plaît.

Asseyez-vous.

Quand êtes-vous arrivé ?

- Le 6 juin 1935. - D'oĂą veniez-vous ?

De Paris. Et je suis arrivé en France le 15 janvier 1934.

- D'Allemagne ? - Oui.

Pourquoi ce départ ?

Je ne vois pas la vie comme les nazis.

La plupart des réfugiés sont partis en 1933,

à l'arrivée d'Hitler.

Je n'avais rien Ă  craindre.

Du moins, c'est ce que je pensais.

J'ai mis huit mois Ă  comprendre mon erreur.

C'est long.

N'est-ce pas ?

Sans vouloir vous offenser, l'Angleterre a mis cinq ans.

C'est vrai.

Vous êtes déjà venu ici ?

J'ai été prisonnier en Angleterre pendant la guerre.

Je vois que vous étiez officier.

Vous ne l'ĂŞtes plus ?

Depuis 1920.

Huit officiers sur dix sont partis

quand l'armée a cessé d'exister.

Enfin, la vraie armée.

Vous vouliez une vraie armée ?

Plus maintenant.

En 1920, je suis devenu chimiste.

J'ai travaillé 13 ans dans une usine à Mannheim.

Marié ?

Ma femme est morte.

Des enfants ?

Deux.

Je ne les fréquente pas.

Ce sont de bons nazis.

Si on peut dire cela d'un nazi.

Je crains bien que tout cela ne plaide pas en votre faveur.

J'ai répondu sincèrement.

Je suis sûr de votre bonne foi.

Mais je dois veiller aux intérêts de mon pays.

Vous ĂŞtes peut-ĂŞtre anti-nazi, peut-ĂŞtre pas.

En ce moment, un ennemi parmi nous est plus Ă  craindre

que dix au-delĂ  de la Manche.

Si vous étiez un agent ennemi, que me diriez-vous ?

La mĂŞme chose.

Que vous ĂŞtes notre ami, que nos ennemis sont les vĂ´tres.

C'est injuste pour les gens sincères, je sais,

mais c'est la meilleure garantie que nous ne plaisantons pas.

Si vous êtes sincère,

nos précautions sont les vôtres,

et nos intérêts sont les vôtres.

Car notre victoire sera la vĂ´tre.

Avez-vous quelque chose Ă  ajouter ?

Si vous le voulez bien.

Allez-y.

Autrefois, j'avais un principe essentiel.

Ne jamais mentir,

toujours dire la vérité.

Excellent principe. Restez-y fidèle.

Je n'ai pas menti,

mais je n'ai pas dit toute la vérité.

Un réfugié apprend vite la différence entre les deux.

La vérité, c'est que je suis un vieil homme fatigué,

venu ici parce qu'il avait le mal du pays.

Ne me regardez pas ainsi, monsieur. Je suis tout Ă  fait normal.

Après la guerre, l'Allemagne a traversé une période difficile.

Nous sombrâmes dans la pauvreté.

On surprit des officiers et des enseignants

volant dans les magasins.

La monnaie fut dévaluée.

Tous les prix augmentèrent,

sauf celui de l'ĂŞtre humain.

Les journaux écrivent que ces années furent difficiles partout.

Le crime triomphait,

et les honnêtes citoyens peinaient à incarcérer les bandits.

Inutile de vous dire qu'en Allemagne,

ce sont les bandits qui ont fini par incarcérer les honnêtes citoyens.

Ma femme était anglaise.

Elle aurait adoré revenir en Angleterre.

Mais j'aurais eu l'impression d'abandonner un pays dans le besoin.

Elle resta donc à mes côtés.

En été 1933, nous découvrîmes

que nous avions perdu nos enfants au profit des nazis.

J'étais décidé à venir ici.

Mais elle mourut.

Aucun de mes enfants n'est venu Ă  l'enterrement.

En janvier 1935,

je dus aller en mission Ă  Berlin pour mon entreprise.

En conduisant,

je perdis mon chemin aux abords de la ville.

Soudain, le paysage m'apparut familier.

Peu Ă  peu je reconnus

la route, le lac…

et la clinique où j'avais passé quelques semaines…

il y a presque quarante ans.

J'arrĂŞtai la voiture et restai assis Ă  me souvenir.

C'est dans cette mĂŞme clinique, monsieur,

que j'ai rencontré ma femme

et un Anglais devenu ensuite mon meilleur ami.

Je me souvins aussi des gens Ă  la gare, en 1919,

quand les Anglais nous libérèrent.

Ils nous encourageaient, nous traitaient en amis.

Je revis les visages de messieurs distingués,

à un dîner, faisant de leur mieux pour me réconforter,

alors que la défaite de mon pays me semblait insupportable.

Et comme un idiot,

je me souvins de la campagne anglaise,

des jardins, des pelouses,

des rivières et des arbres…

qu'elle aimait tant.

J'éprouvai un grand désir de revenir dans le pays de ma femme.

Voilà, monsieur, la vérité.

N'y a-t-il personne ici qui vous connaisse bien ?

Un citoyen anglais ?

Le portier de Chemical Works, oĂą j'ai offert mes services.

Les officiers de police du Bureau des étrangers.

Officier…

Connaissez-vous le général Clive Wynne-Candy ?

Je l'ai connu autrefois.

Lui avez-vous demandé de venir témoigner ?

Oui, je lui ai écrit,

mais je suppose qu'il…

Theo, mon ami !

Laisse-moi te regarder.

Tu as gardé la ligne. Pas comme moi, avec mon bidon…

Je commence Ă  croire que cet homme-lĂ  ne nous aime pas.

Il vient ici deux fois dans sa vie. La première fois, il est prisonnier.

La seconde, il est sur le point d'en ĂŞtre un.

Puis-je lui parler ? Je ne l'ai pas vu depuis dix-neuf…

- Vingt… - Vingt ans et des poussières.

Pas ici. D'autres Kretschmar-Schuldorff attendent.

Je n'ai quand mĂŞme pas fait 11 heures de route

pour que vous m'interdisiez de lui parler !

Vous repartez Ă  l'instant ?

Demain matin à la première heure.

Vous avez toute la journée et la nuit…

Jusqu'à minuit, couvre-feu pour les étrangers.

Je peux l'emmener ?

Si vous affirmez le connaître.

Si je le connais…

Et si vous vous portez garant de lui.

De tout mon cœur, monsieur !

C'est l'heure.

Il est tĂ´t.

N'oublie pas le couvre-feu pour les étrangers.

Ă€ minuit.

Vous devez ĂŞtre debout Ă  6 h.

- Le défilé ? - Oui.

Quelle chance tu as, Clive !

On m'a mis en réserve en 35.

Mais je suis revenu dans l'active en un éclair.

Pourquoi ne restes-tu pas ici ? J'ai dix-huit chambres.

Venez, Murdoch.

Merci.

Je ne peux pas.

Il faudrait une autorisation spéciale.

Très bien.

Reste encore. Tu rentreras en voiture.

Dites Ă  Mlle Cannon d'ĂŞtre lĂ  Ă  23 h 45.

Qui est Mlle Cannon ?

Mon chauffeur.

Souviens-toi, Clive. Nous disions autrefois…

que nos armées combattaient pour nos femmes,

nos enfants, nos foyers.

Maintenant, les femmes combattent auprès des hommes.

Les enfants s'entraînent à tirer.

Reste le foyer.

Mais qu'est-ce qu'un foyer sans femme ni enfant ?

Aimerais-tu voir un portrait de ma femme ?

Oui, beaucoup.

À l'époque, je ne savais dire que cela en anglais.

"Beaucoup !"

Cela t'a suffi pour m'évincer !

Comment ça ?

Ne fais pas l'innocent.

L'innocent ?

Tu me fais rougir.

Mais de quoi parles-tu ?

C'était écrit sur mon visage à mon départ de Berlin.

Je n'ai pas vu ton visage après.

Je l'aimais. Ta femme.

Elle n'a jamais rien dit.

Elle ne l'a jamais su.

Mais il me semble que…

Clive, tu avais l'air si heureux quand je te l'ai dit.

Mais je ne le savais pas, alors !

Dans le train, elle m'a manqué. Sur le bateau, ce fut pire.

À mon arrivée à Londres, j'étais amoureux.

Ma tante s'en est aperçue tout de suite.

Les femmes sentent ces choses.

De plus, j'ai fait une chose idiote.

Le soir de mon arrivée, j'ai invité sa sœur.

- La sœur de ta tante ? - Celle d'Edith !

- Martha ? - Oui.

Qu'y a-t-il d'idiot Ă  cela ?

J'espérais qu'elle serait comme elle.

Comme Edith ?

Oui.

Tu t'en es remis.

Je ne m'en suis jamais remis.

Theo, cela va te sembler vraiment bête, mais…

Je ne m'en suis jamais remis.

Elle était… mon idéal,

comme dirait un de ces écœurants poètes aux cheveux longs.

Toute ma vie, j'ai recherché une femme comme elle.

Maintenant, tu sais.

Je n'aurais jamais cru les Anglais si romantiques.

Et ta femme, si je puis me permettre,

l'aimais-tu ?

Oui, terriblement.

C'était le portrait d'Edith.

Je vais te la montrer.

Elle est ravissante !

Ne ressemble-t-elle pas Ă  Edith ?

Oui, il y a quelque chose de frappant.

Mais, souviens-toi, j'ai vu Edith 31 ans après toi.

Nous avons vieilli ensemble.

Tu me comprends ?

Oui, bien sûr. Mais elles se ressemblaient.

DrĂ´le d'endroit pour un si joli portrait !

Elle le voulait ainsi. C'est ma tanière, ici.

Elle savait que j'y revenais toujours.

Nous en plaisantions.

Toutes mes affaires sont ici.

Sans elle, il y aurait un vide.

Prenons un verre.

Ce doit être dur de perdre un être cher à l'étranger.

Pas à l'étranger, à la Jamaïque.

Au revoir. Bon voyage.

Tout ira bien.

Je l'espère.

Fermez la porte, Monsieur.

Suffit, Murdoch.

Bonne chance.

Merci, mais je ne pars pas. Je reste m'occuper de la maison.

- Vous savez le chemin, Angela ? - Oui.

Fermez la porte.

Surveillant en vue ?

C'est moi, le surveillant du district.

Ce doit ĂŞtre difficile de conduire pendant le black-out.

Pas tant que ça.

Vous avez beaucoup conduit la nuit ?

Non. Je ne conduisais pas avant la guerre.

Qui vous a appris ?

Mon ami.

Mais pas la nuit.

- Il conduit bien ? - Très bien.

C'est un "Bentley boy".

Actuellement, il n'a que ses pieds.

Il fait ses classes.

Que faisiez-vous avant la guerre ?

Mannequin.

Intéressant.

Pas mal. Sauf pour les pieds.

Comment savez-vous mon nom ?

Le général m'a parlé de vous.

Vraiment ?

- Puis-je accélérer pour passer ? - Bien sûr.

Désolée, je n'y suis pas arrivée.

Cela vous plaît de conduire le général ?

Bien sûr, il est tellement gentil.

J'ai sauté de joie quand il me l'a demandé.

Il m'a choisie parmi 700 autres.

J'avais peu de chances, Ă  700 contre 1 !

Regardez-moi ça ! Il faudrait le dénoncer !

On ne va pas passer la nuit lĂ  !

C'est ça qui cause des accidents.

Vraiment peu de chances…

Pardon ?

Ă€ 700 contre 1,

j'étais un outsider.

Quel est votre prénom, Mlle Cannon ?

Angela.

C'est charmant.

Cela vient d'ange.

Je trouve ça moche. Mes amis m'appellent Johnny.

C'est ce carrefour, Monsieur ?

Cela ira.

Je verrais bien votre ami.

Moi aussi.

Titre de l'émission : "Dunkerque. Avant et après".

Il arrive.

ArrĂŞtez-le quand il sort de l'ascenseur.

S'il passe la porte du studio, vous êtes renvoyée !

- Par ici, mon général. - Merci.

Par ici.

- M. Marsh attend. - Qui est-ce ?

- Lui sait qui vous ĂŞtes. - Bien.

Le studio est par ici.

- À quelle heure est mon émission ? - Très bientôt.

Ă€ 21 h 20.

On a le temps.

- Mais, Mlle… - Suffit.

Une vraie fourmilière !

Quelle ruche industrieuse !

Vous aimez ?

Beaucoup. C'est intéressant.

Cela se sent à vos émissions.

Je vous connais ?

Je n'ai pas cet honneur. Installez-vous.

- Cigarette ? - Merci.

Vos bureaux sont agréables. Bien enterrés.

C'est plus sûr.

Certes. On retourne à l'âge de pierre.

Je garde cela pour après. C'est mauvais pour la voix.

Général, il y a un problème à propos de votre émission.

J'ai l'habitude. Je suis un soldat.

Les autorités…

pensent que le moment est mal choisi

et qu'il vaut mieux remettre.

Mal choisi ?

Qui dit cela ? Pourquoi ?

Général, vous le savez, en temps de guerre…

C'est Ă  moi que vous parlez de guerre ?

En effet, cela n'a pas de sens.

On m'a demandé d'exposer mon opinion

sur les raisons de la retraite et sur ses conséquences.

Je sers mon pays depuis 44 ans.

Que faisiez-vous avant cette guerre ?

J'étais avocat.

Moi, j'étais un soldat.

Et quand vous étiez étudiant, j'étais un soldat.

Et je l'étais quand vous étiez bébé.

Avant même qu'on ne sache si vous étiez une fille ou un garçon,

j'étais un soldat !

Désolé, monsieur. Je sais que ce n'est pas de votre faute.

Non, en effet.

Je me renseignerai au ministère de la Guerre.

Je veux bien du feu, maintenant.

25e raid aérien sur Malte, ce matin,

depuis l'entrée en guerre de l'Italie.

On ignore les dégâts et le nombre de blessés.

Cigarette, soldat ?

Hier, un civil a été tué et huit ont été blessés.

C'est tout pour ce soir. Et voici l'analyse de M. Priestley.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

S'il avait eu un accident ?

Aucune idée.

Je m'y attendais.

Pourquoi ?

J'ai lu son discours. Je pensais que tout serait annulé.

Le voilĂ .

Veuillez excuser ce léger retard. Voici M. Priestley.

Le général ne doit pas me trouver ici.

- Je m'en occupe, Angela. - Non ! Je dois sortir.

Vous pouvez servir le souper, Murdoch.

Désolée, Monsieur.

- Pourquoi ? - D'ĂŞtre ici.

Je lui ai permis d'entrer pour écouter l'émission.

Elle a été annulée. Ce n'était pas la peine de nous presser.

Nous avons quitté le ministère à la hâte.

Une lettre en est arrivée cet après-midi.

Paul Reynaud a démissionné. Pétain est Premier ministre.

- Mauvaises nouvelles. - Oui, en effet.

Un sherry, Monsieur ?

Un sherry, Mlle ?

Un sherry, Monsieur Sch…

Oui.

Merci.

Comment va votre fiancé ?

Ce n'est pas mon fiancé.

Pardon.

Votre ami.

Il est passé officier.

Félicitations.

- Je dois partir. - Non, restez.

Ă€ la vĂ´tre.

Cul sec.

OĂą en est votre requĂŞte ?

Refusée. "Étranger ennemi".

Mais vous ĂŞtes un expert !

- Il n'a rien pu faire ? - Il était absent.

Le dîner est servi.

Aurez-vous besoin de la voiture ?

J'ai mis un autre couvert.

Asseyez-vous, Angela.

Toi aussi, Theo.

Merci, j'ai dîné.

Dînez à nouveau.

Si ça vous gêne de dîner avec un général, il n'y a pas lieu.

Je ne suis plus général.

Qu'est-il arrivé ?

À nouveau en réserve. Limogé.

On n'a plus besoin de moi.

Je suis désolé.

Je sais ce qu'on ressent.

Non.

J'avais juste 45 ans quand ça m'est arrivé.

C'était dans un tout autre contexte.

Mais tu n'es pas un homme fini, et moi non plus.

Ce n'est qu'un début.

Quand quelqu'un comme moi meurt,

son savoir propre est perdu pour tous.

Eh bien, suis-je mort ?

Mon savoir ne sert-il Ă  rien ?

Expérience, adresse…

Dis-le-moi !

Il leur faut un différent type de savoir désormais.

L'ennemi est différent et tu dois l'être aussi.

Je connais la guerre.

Je ne suis pas d'accord.

J'ai lu le passage où tu décris l'effondrement de la France.

Tu parles des méthodes déloyales des nazis : réfugiés bombardés,

hôpitaux, canots de sauvetage, pilotes en perdition mitraillés…

Mais tu dis que tu les méprises,

que tu aurais honte d'être leur allié

et que tu préférerais la défaite

à une victoire remportée par de telles méthodes.

En effet.

Si tu acceptes la défaite

juste parce que tu es trop honnĂŞte

pour leur rendre la pareille,

il n'y aura plus d'autres méthodes que les leurs.

Si tu prêches le respect des règles

alors qu'ils utilisent les ruses les plus infectes,

ils te riront au nez !

Ils penseront que tu es faible

et décadent !

Je pensais ainsi en 1919.

C'était pareil, la dernière fois.

Ils furent déloyaux, or qui gagna ?

Selon moi, vous n'avez pas gagné.

Nous avons perdu,

mais vous avez perdu quelque chose aussi.

La morale vous a échappé.

Parce que vous avez gagné,

vous n'avez pas appris la leçon il y a 20 ans,

et maintenant, vous devez le faire.

Certains apprendront vite,

d'autres, jamais.

Tu as été élevé à agir en gentleman,

mĂŞme en temps de guerre.

Mais Clive…

mon très cher Clive…

ceci n'est pas une guerre de gentlemen.

C'est pour votre vie mĂŞme que vous vous battez,

contre la pensée la plus diabolique jamais formulée par l'homme.

Le nazisme.

Et si vous perdez,

il n'y aura pas de revanche l'an prochain,

ni peut-ĂŞtre dans les cent ans Ă  venir.

Ne te vexe pas que ce soit un étranger qui te dise cela.

Mais qui peut mieux décrire une maladie qu'un ancien malade…

désormais immunisé ?

Vous voyez, Angela.

MĂŞme vos meilleurs amis vous laissent tomber.

Je ne suis pas d'accord.

Vous frapperiez aussi un homme Ă  terre ?

Personne ne vous frappe.

Vous devez seulement changer.

Dans quel but ?

Un nouveau travail, c'est facile pour un homme.

C'est comme changer de cheval en traversant une rivière.

Beaucoup l'ont fait pour ne pas se noyer !

Bravo, Angela ! Désormais, je vous appellerai Johnny.

En plein dans le mille !

Est-ce bien toi ?

Tu ne dois pas abandonner si vite.

Es-tu l'homme qui a pris Berlin d'assaut il y a 40 ans ?

Regarde-moi !

On ne veut pas de moi, or je résiste.

On ne veut pas de toi qui es un expert.

Moi, je ne sais faire que la guerre.

Et mĂŞme pas cela, apparemment.

Et les Home Guards, Monsieur ?

Cette armée a besoin de chefs, pour lutter en cas d'invasion.

Bien ! Tu connais du monde,

tu leur trouveras des armes et des instructeurs.

Quelle entreprise, former une nouvelle armée !

Les Home Guards, hein ?

Oui, j'allais vous le dire moi-mĂŞme.

Vous avez bu, Murdoch. Me dire quoi ?

Je me suis engagé.

Vous ?

La soupe vous déplaît ?

Comment le savoir ? Nous n'y avons pas touché !

Emportez-la, caporal Murdoch.

Sergent Murdoch.

Qu'avez-vous fait, tout ce temps ?

Rien, bougre d'idiot, sinon parler.

Mais maintenant, vous allez voir !

À la mémoire de John Murdoch,

mon ami et compagnon d'armes,

tué par l'ennemi

lors d'un raid aérien en octobre 1940.

Qu'est-ce que c'est que ça ?

Eh, m'dame ! Deux auges pour moi et mon pote !

Et vite !

T'as vu ça ? "Le général Clive Wynne-Candy".

Tu parles d'un nom !

"Parti habiter aux Bains Royaux."

Tu parles si le vieux bonze a pris un bain après ça !

Encore lĂ  ?

Soyez ponctuel.

- Qu'est-ce ? - Le fusil de mon frère.

Bravo ! Prenez des cartouches numéro 4.

Vous savez par quel bout le prendre ?

- Oui. - C'est bien !

Au boulot, les gars !

Bonjour.

Nous aurons des armes convenables, ou ils vont m'entendre !

Je n'en démordrai pas. Je jouerai le piquet de garde… non, de grève.

Enfin, vous voyez.

On va leur montrer, hein Angela ?

Une vraie armée, hein ?

De bons hommes. Pleins de zèle !

État-major, bureaux, quartier général,

c'est ça que nous voulons, et nous l'aurons !

- C'est clair ? - Oui, mon général.

Donnez-moi un an, 6 mois mĂŞme, et ils verront ce qu'ils verront !

Les Home Guards par le général Clive Wynne-Candy

Les Home Guards, notre rempart

Des instructeurs pour l'école des Home Guards

Le général Candy dans une usine

Prenez l'après-midi.

Ă€ mon club Ă  19 h 30.

Bien droit, le fusil !

Messieurs, c'est le grand jour.

C'est l'exercice le plus important auquel nous aurons participé.

Défendre Londres !

La réussite passe par l'entraînement.

Surpassons-nous !

Montrons Ă  ces gamins ce que le vieux cheval sait faire !

Messieurs, la guerre commence Ă  minuit.

5 minutes de repos, sergent !

Du thé pour deux !

Une dans le 5 et une dans le 7 !

- Je pars ! - Pourquoi ?

- J'ai du travail. - Sans blague !

Viens voir.

- T'as vu ? - Les camions ?

- Mon armée personnelle. - Et alors ?

Tu te rappelles ce que tu m'as dit hier soir ?

J'aurais dĂ» me taire.

Pourquoi crois-tu que je voulais tout savoir sur Sugar Candy ?

Pourquoi ? C'est quoi, ce mystère ?

- On va chez lui. - Chez qui ?

- Le Manitou. - Pourquoi ?

Ă€ cause de ses exploits !

Que veux-tu dire, Spud ?

Il va voir ce qu'est la guerre.

Comment ?

On l'arrĂŞte !

La guerre commence Ă  minuit. Mais on l'attrapera avant.

- Méthodes nazies. - Tu n'es pas nazi !

Je les combats !

- Tu ne peux pas ! - Ah non ?

C'est un gentil monsieur.

Je le serai aussi, Ă  100 ans !

Comment peux-tu ? Ce serait terrible pour lui.

N'insiste pas.

D'ici une heure, le Manitou sera Ă  nous !

Et la plus coriace des armées anglaises avec lui !

Tu profites de façon éhontée de mes renseignements !

Quelle femmelette ! La guerre justifie tout.

Oh, mon chéri !

Il est mort !

Spud !

Que s'est-il passé ?

- Elle m'a eu ! - Qui ?

Mata Hari. Vite !

- Alors ? - Rien. Elle est presque Ă  Londres.

Elle va chez le Manitou. Mon casque ! On la suit !

- Qui paiera pour le thé ? - Smith !

- Impossible… - Appelez-le !

Allez, vite !

Bien.

Ici le Q.G.

Le général Wynne-Candy, pour son chauffeur.

Le général Candy ?

Il est parti il y a une heure avec le général Caldicott

et le général Hugues.

- OĂą est-il ? - Que lui voulez-vous ?

J'ai un message urgent.

Je le lui transmettrai.

Bon Dieu !

- Vous ĂŞtes un Home Guard ? - Pourquoi ?

Mot de passe : "Veuve Clicquot 1911".

Le général est aux bains turcs.

Hawkins ! Surveillez-le.

Vous, vous ĂŞtes prisonnier !

Mais la guerre est Ă  minuit !

C'est ce qu'on va voir !

La fille, là-dessous ! Prisonnière aussi !

Et voilà, les enfants ! Vive la brutalité et le culot !

Allons-y, et vite !

Prévenez-le !

Vous comprenez l'anglais ? Qu'il se cache !

La guerre est bientĂ´t finie.

C'est bien de gagner la dernière bataille.

Nous préférons gagner la première.

Vous ĂŞtes prisonniers jusqu'Ă  6 h.

Tout va bien. Il est lĂ .

Je suis heureux que tu sois venu.

Je t'en prie.

Tu es au courant ?

Johnny me l'a dit.

Alors ?

C'est un sale tour,

mais je ne peux pas m'empĂŞcher de le trouver drĂ´le.

Il l'est, c'est ça le pire.

Que va-t-il se passer, maintenant ?

Officiellement, ce jeune homme devrait être cité en jugement

et l'exercice sera reporté.

Il y aura une enquĂŞte ?

Je ferai en sorte que non.

OĂą est-il ?

Spud ? Il est avec ses hommes.

Ils entrent dans Londres.

Vous les avez vus ?

Nous les avons vus arriver en traversant Cromwell Road.

Toute l'armée. Avec la fanfare.

De quoi avaient-ils l'air ?

Je dois dire…

Ils étaient bien.

Ils ont bien nettoyé ma maison.

Ils ont construit une citerne de secours.

J'ai réfléchi toute la nuit.

Je ne veux pas causer d'ennuis Ă  ce jeune homme.

Je vais l'inviter à dîner, plutôt !

N'étais-je pas aussi un jeune écervelé ?

Oh que oui !

Mais sera-t-il un vieux monsieur de ton calibre ?

Autrefois, j'étais tout feu tout flamme.

Pas une once d'expérience.

Maintenant, j'ai l'expérience et suis inutile.

Je me souviens qu'Ă  mon retour de Berlin, en 1902,

le vieux Betteridge m'a passé le pire savon de ma vie.

Après, il m'a invité à dîner.

J'ai refusé.

Je l'ai souvent regretté.

Oui, je vais l'inviter à dîner.

Et il a intérêt à accepter, compris ?

Les voilĂ  !

Promis. Tu restes comme tu es jusqu'au déluge.

Jusqu'au déluge.

Jusqu'au lac.

Jusqu'au lac.

Le lac est là et je n'ai toujours pas changé.

Mon général…

Adaptation : Laurence CROS et Anouchka LAZAREV

Sous-titrage TITRA FILM Paris

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