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…
- Bonsoir, maman.
Fanfare
…
- Merci, Marie.
Applaudissements
N'oublie pas ta chicorée et ton papier à lettres.
- Et mes espadrilles ? - La semaine prochaine.
- Ton beau-fils arrive ce soir ? - Par le train de 20 h 50.
- Ton mari n'a pas été le chercher ? - Cancan !
- Il te faut quoi ? - La monnaie de 100.
- Tu aurais pu aller chercher Monsieur Ă la gare.
- Qui aurait tenu l'auberge ? - Moi.
- Tu n'es bonne qu'Ă jacasser !
- On aurait pu fermer. - Un jour de répétition de fanfare ?
Ils seraient allés à l'auberge du bourg.
- Mes-Sous, allume, il fait noir.
- Oui.
- AH !
- Tout de mĂŞme.
- C'est pas toi qui payes l'électricité !
- Allez, bonsoir, Mes-Sous. - Bonsoir.
9 F et 10 sous.
Et 5, 15…
Et 2 sous,
et encore 2 sous, et encore 1 sou.
Et 90.
- Les bons comptes font les bons amis, comme dirait ton frère.
- Une canette.
- Je ne vous mets pas dehors… - Tu nous chasses.
- Monsieur arrive de Paris.
- "Monsieur" ? - C'est son fils.
- Pardon. Quel âge ça lui fait ?
- 27 ans. Il a une belle situation Ă Paris.
- Il est parti quand ?
- Il y a 25 ans. Mon cousin Mains-Rouges est allé le chercher.
Train
…
- Dites-moi… Vous n'avez vu personne ?
Personne ne m'attendait ?
- On ne voit jamais personne, ici. Pardon. Vous permettez ?
- Monsieur, je pensais qu'on serait venu m'attendre.
Je vais chez les Goupi.
Ce sont mes parents. C'est loin ?
- Non. 12 km Ă peine. Vous avez votre billet ?
- "12 kilomètres" ? Eh bien, c'est gai.
- Paris ? Qu'est-ce qu'on raconte de neuf,
Ă Paris ?
- Vous pourriez y faire un saut, ce n'est qu'Ă 619 km.
Personne. C'est insensé.
- C'est toi, Monsieur ?
- Je suis Eugène Goupi, oui. Vous êtes le domestique ?
- Je suis ton oncle Léopold.
Ta tĂŞte ne me revient pas.
Allez, en route !
- Nous y allons Ă pied ?
- Ne t'inquiète pas, j'ai amené Alberte.
- "Alberte" ?
- Oui, la voilà . C'est la jument de ton père.
Passe-moi ta caisse !
Alors, quoi ? Tu montes, non ?
Allez, hue !
…
- Tiens, Émile, ramasse ton argent.
C'est ton compte ?
- Oui. Rien de trop.
- Et rien de moins non plus. Chacun son dĂ».
Ă€ toi, Louis.
Six jours…
à 25 F…
146 F.
- Je boirais bien un peu de vin rouge avec un biscuit.
- Quand j'ai dit non, c'est non.
Nous disons 146 F.
Tiens.
Allez, voilĂ .
- Excusez, patronne, mais 6 fois 25, ça fait 150.
- Et les 4 F que tu devais Ă Mes-Sous ?
Tu as oublié ta dette ?
Ne soyez pas en retard demain.
- Bonsoir, tout le monde. - Bonsoir.
- Toujours tes aigreurs d'estomac, Tisane ?
- Quand c'est pas l'estomac, c'est le rein.
Quand c'est pas le rein…
L'Empereur !
Ne crachez pas par terre !
- OĂą, alors ?
De mon temps, on pouvait cracher oĂą on voulait.
On n'avait pas encore inventé les microbes.
- Alors, le veau ? - J'ai laissé Jean à l'écurie.
- C'est un incapable.
- Mais bien sûr.
- Je dis ce que je dis.
J'en ai assez, de vous et de votre fainéant de fils.
- Dis donc, Muguet,
je crois que le veau et Monsieur vont arriver en mĂŞme temps.
- T'es drôlement fagoté, Monsieur.
- À Paris, on en dirait autant de vous.
Et pourquoi m'appelez-vous "Monsieur" ?
- C'est ton nom dans la famille car tu habites Paris.
Chacun a son surnom. Faudra t'y habituer, si tu dois rester.
- Je ne sais pas pourquoi mon père me fait venir ici.
Après 25 ans !
- Je suis pas chargé de faire la commission.
Ronflements
…
…
- Ils vont plus tarder.
- Quelle heure est-il ? - 21 h.
L'Empereur devrait ĂŞtre au lit. - Et vous ?
- On attend votre arrière-petit-fils. - Qui ?
- Laisse donc, il le fait exprès.
- Bonsoir. - Bonsoir, Minain.
- Je vous apporte les 10 000 F pour les billes de peuplier.
- Ça ne pressait pas.
- "Qui paye ses dettes s'enrichit."
Si vous voulez vérifier.
- J'ai confiance. - T'as fait une bonne affaire.
Nos peupliers sont fameux. - Ils sont tout de mĂŞme pas en chĂŞne.
- Tes billets sont en or ?
- Voilà le reçu.
- Avec les Goupi, pas besoin de papier.
Encore solide, hein ?
- Il s'affaiblit.
- À 106 ans, c'est pardonnable.
Bonsoir Ă tous.
- Au revoir, Minain. - Bonsoir, Minain.
- Bonne santé, L'Empereur ! - L'Empereur !
Donnez-moi ça.
L'argent, c'est pas pour s'amuser.
- Mais quand on n'en a pas, on s'ennuie.
- Bonjour. - Bonsoir.
- Papa.
Bonsoir, grand-père.
- Eh ben ! Bravo, La Loi.
- Il y a pas de quoi.
- Pourquoi ? - Mon fusil n'est pas au point.
On tire un lièvre, c'est un perdreau qui tombe.
- Le menuisier a apporté les 10 000 F qu'il nous devait.
- Ah, bon.
- C'est propre, pour les autres !
- Tu as peur que je te passe une maladie ?
Tu les as déjà toutes.
Au fait, Monsieur est arrivé ?
- Pas encore. - Et le veau ?
- Non plus. C'est mĂŞme bizarre qu'il ne soit pas lĂ .
Je parle de mon fils.
- Il fallait s'y attendre, en envoyant Mains-Rouges.
Tu aurais dĂ» y aller, Mes-Sous, par politesse pour Monsieur.
Mais toi, ton commerce…
- Et je te jacasse !
Je me demande pourquoi je me suis remarié.
- C'est pour quoi, ça ? - C'est pour me pendre.
- Mon père n'est même pas venu à l'enterrement de ma mère.
- Elle n'était pas faite pour vivre avec Mes-Sous.
- "Mes-Sous" ?
- Ton père. Il a épousé Cancan, ma sœur, une vraie.
- "Une vraie" quoi ? - Une vraie Goupi.
- On aime les surnoms, dans ce pays. - T'as pas volé le tien !
- Et vous, Mains-Rouges, vous l'avez volé ?
Juge toi-mĂŞme.
Hue, Alberte !
- C'est encore loin ?
- On approche. Encore 7 kilomètres et on y sera.
Comment tu trouves le paysage ?
- PlutĂ´t sinistre.
- Qu'est-ce qui lui prend ?
Allez, hue, Alberte !
Hue !
Hue !
Hue !
Hue !
Hue ! Hue ! Hue !
Manquait plus que ça.
- Qu'est-ce qu'il y a, encore ?
Qu'y a-t-il ?
- Mon essieu s'est coincé. - Qu'allons-nous faire ?
- On va passer la nuit dans ma cabane.
- La famille va s'inquiéter. - Ils savent que t'es en sûreté.
- Comment ça, "en sûreté" ? - Oui, puisque tu es avec moi.
- Oui, évidemment.
- Allez, prends ta caisse et suis-moi.
Ma propriété privée.
- C'est un peu isolé.
- C'est pour ça que je l'ai choisie. Viens.
Alors, tu viens ?
Laisse tes affaires lĂ .
- DrĂ´le d'endroit.
- Je vis ici pour ne plus voir la tĂŞte des autres.
Je préfère gagner ma vie dans les bois ou sur la rivière.
Allez, assieds-toi.
J'espère que t'as faim. Les voyages, ça creuse.
- Oui, mais le mien m'a plutôt coupé l'appétit.
- Ah ?
C'est quoi, ça ?
- Ça ? C'est M. Alfred Bonnaud, le juge de paix du canton.
- Quoi ?
- Depuis un mois, son œil droit s'est fermé. Rien de grave.
Seulement, si l'autre œil se prenait…
C'est ennuyeux, de devenir aveugle.
Ça arrive à ceux qui voient trop clair.
- Vous faites des envoûtements ?
- C'est des contes de bonnes femmes !
Je sculpte. Je suis l'artiste de la famille.
- Celui-là , c'est quoi ? - Ça ?
C'est le boucher.
Et ça, c'est une dent du boucher.
Pas méchant homme, mais il sait pas tenir sa langue.
Il lui est venu un drĂ´le de mal Ă la gorge.
Enfin, s'il parle moins, ça pourra s'arranger.
- Mon oncle, qu'est-ce que ça veut dire, tout ça ?
Hurlement de loup
- C'est mon chien. Il aura flairé le fantôme de la morte.
- Quelle morte ?
- Celle-ci.
- Elle est morte ?
- Elle est jolie, hein ?
Je vais te montrer ça.
- Quoi ? Le fantĂ´me ?
- Non. Le puits où elle s'est jetée.
Tu viens ?
C'est le puits de la morte.
Louison.
On l'appelait Goupi La Belle, tellement elle était jolie.
Elle avait 19 ans, et moi, 22.
Y a des filles qui se tuent
par désespoir d'amour.
Attention !
Le puits a 20 m de fond. Un accident, ça arrive. Rentre.
Bois, mange et puis couche-toi. Moi, il faut que j'aille en forĂŞt.
- À cette heure-ci ? - Oui.
J'ai rendez-vous avec le diable.
…
Il rit.
…
On frappe Ă la fenĂŞtre.
- C'est toi !
- Il est parti ? - Il a filé comme un zèbre.
Rires
…
- Sacré Monsieur.
…
Il doit en faire, une tĂŞte ! - Tu penses.
- Il m'a fait rigoler tout le long de la route.
Il doit commencer
Ă en avoir assez, du pays natal.
- Ça l'empêchera pas d'épouser Muguet.
- Ça, ça m'étonnerait.
- Si son père voulait me la donner…
Je suis capable de tout, même de devenir sérieux.
- Ne t'excite pas.
- Si. Je suis capable de travailler la terre des Goupi, pour elle.
Et puis non. Il faut que je retourne Ă la colonie.
- C'est Muguet que tu aimes, ou la colonie ?
Alors laisse-moi faire.
Suis Monsieur, qu'il fasse pas des bĂŞtises par peur.
Moi, je ramène la carriole à la ferme.
- Je te retrouve sur la route ? - Oui.
- Au revoir.
- La colonie…
- Ton voyageur est en retard.
Pourvu que le train n'ait pas déraillé.
- Oui. Pourvu qu'il ne soit rien arrivé à ma jument.
Ça devient inquiétant.
- Je boirais bien un peu de vin rouge avec un biscuit.
- Pas de vin rouge, père. - Non, surtout pas de vin rouge.
- Je me rappelle, une fois, après la révolution, à Aubeterre…
Mais ça ne s'appelait pas comme ça.
- Ça s'appelait Léon-le-Franc.
- "Léon-le-Franc." Oui, c'est bien ça.
Comment le sais-tu ? Tu n'étais pas au monde.
- Vous l'avez dit cent fois.
- Vos histoires, ça n'intéresse personne.
Vous voulez pas vous coucher, L'Empereur ?
- Je me coucherai quand je voudrai.
On ouvre la porte.
- Alors, Jean, ce veau ?
- Pas de veau. - Fainéant.
- C'est pas ma faute, s'il veut pas naître.
- Au lieu d'attendre, je vais Ă l'auberge. J'ai du vin Ă tirer.
Tu viens, Cancan ? - Oui.
- Muguet. - Oui ?
- Quand Monsieur sera là , tu me préviendras.
- Oui, mon oncle.
Fais voir, Jean.
Qu'est-ce que c'est ?
- C'est un lézard. Ça, ce sera un papillon, une fois fini.
- C'est joli.
- Muguet, écoute un peu. - Oui ?
- Ça va te faire plaisir, de voir Monsieur.
- Ce sera un joli mariage.
- Et un mariage intelligent.
Les terres de Dicton, l'argent de Mes-Sous…
Et ce que Monsieur a dû mettre de côté.
- Laisse ce buste tranquille ! - Et la poussière ?
- Je le nettoierai moi-mĂŞme.
- Tu n'as pas répondu à ton père.
- Écoute, papa… - Oui, mon petit ?
- Je veux pas épouser Monsieur.
- Tu ne veux pas épouser Monsieur ?
- Je ne l'aime pas !
- Comment peux-tu savoir ? Tu ne l'as jamais vu.
- On se marie pas avec quelqu'un qu'on n'a jamais vu.
Papa, tu vas pas, pour de l'argent…
- C'est vrai, l'argent ne fait pas le bonheur…
Mais tout de même… - Dicton !
- Oui. Bon, tu as raison.
Ta tante veut ton bonheur.
- Et on te demande pas ton avis.
- Je n'épouserai pas Monsieur.
- Tu vas pas nous dire que tu en aimes un autre ?
Tu en aimes un autre…
Mais qui ? Tout de mĂŞme pas Tonkin ?
C'est trop fort ! Tonkin !
Ce vaurien qui a de mauvaises maladies !
Des maladies de Chinois !
- Et si elle l'aime ? - Quoi ?
- Si elle l'aime ? - Ne vous en mĂŞlez pas.
- Sans cœur !
- Écoutez, Marie…
Vous et votre fils, je vous ai gardés par charité,
mais lĂ , vous partez.
- Écoute, Tisane. Tu y vas un peu fort.
- Père, ce sera elle ou moi. Choisissez.
- Dis, maman…
On va pas s'en aller ?
- Crevez-vous donc pour les gens.
- Il arrive !
- Monsieur ? - Le veau.
Marie, apportez ce qu'il faut.
- Tenez, L'Empereur.
Le voilĂ , votre vin.
Tu viens pas ? - Non. Ça m'est bien égal, son veau.
- Pauvre Jean, va…
- Je vais aller me promener.
- Pourquoi la Marie m'a pas donné mon biscuit ?
Vive L'Empereur !
…
…
- Pardon. - HĂ© !
HĂ© ! Hep, lĂ -bas !
Quel pays !
…
- Il demande qu'Ă vivre. - C'est beau, la vie.
- Au lieu de parler pour ne rien dire, changez la litière.
…
- ArrĂŞte-toi, crapule ! Je t'ai vu !
Tonkin !
Tu es lĂ , Tonkin ?
Inutile de te cacher.
Tonkin ?
C'était toi ?
OĂą est Tonkin ?
Tu l'as fait exprès. Pour que je ne le rattrape pas.
- Maîtresse, vous n'allez pas nous renvoyer, hein ?
- Vous ficherez le camp, ta mère et toi, demain.
- Non, maîtresse. - Demain, au petit jour, dehors !
- Je ne veux pas.
- Tu ne veux pas…
Tu ne veux pas ?
- Pas ça !
- Tu as tes volontés ?
- Ne faites pas ça !
- Tu ne veux pas…
Tu ne veux pas…
…
- Il y a quelqu'un ?
Il n'y a personne ?
Il n'y a personne ?
Décidément…
ça continue.
…
Oh, mon Dieu.
…
- Alors, ce Monsieur ?
- Il est arrivé à la ferme.
- Tout de mĂŞme.
Tu en fais, une drĂ´le de tĂŞte. Qu'est-ce que tu as ?
- Il va tout raconter aux autres.
- Ils sauront que c'est un froussard.
- On y est allés un peu fort.
- On est le déshonneur de la famille.
Il faut soutenir sa réputation.
Monte. Mets ton vélo derrière.
…
- Quel malheur, tout de mĂŞme.
Et on ne sait toujours pas oĂą est Tisane.
- Pauvre Empereur.
- Le cœur aura cédé.
- On n'a pas toujours eu la patience.
- Il a vécu 106 ans !
- On le privait de son vin rouge, son seul plaisir.
- Dis tout de suite qu'on l'a tué.
- On a tué quelqu'un, ici ?
Bonsoir. Qu'est-ce qui se passe ?
- L'Empereur est mort.
- "Mort" ?
- Oui. Il a eu une attaque.
- Il est mort tout seul, sans personne.
On l'a trouvé sur le plancher, près de la table.
- Une attaque ?
Viens voir, La Loi.
Il a pu se faire ça en tombant, ou on l'a assommé.
- Mon Dieu, c'est pas possible !
- Laisse-nous tranquilles.
Qui aurait pu faire ça ? Et dans quel intérêt ?
Attendez.
L'argent n'est plus lĂ . - Quel argent ?
- Ça ne te regarde pas.
Les 10 000 F du menuisier n'y sont plus.
- Prévenons les gendarmes. - Mais vous n'y pensez pas !
- Pas d'histoires de sous devant un mort.
- C'est juste.
- Les gendarmes…
Tout le pays va en parler !
Jamais un gendarme ne viendra ici.
- J'ai bien été gendarme, moi.
- Les affaires des Goupi ne regardent que les Goupi.
Surtout si, par malheur, l'assassin est un Goupi.
- Pourquoi tu me regardes ? C'est pour moi, que tu dis ça ?
Attention, Mes-Sous. - Justement, je fais attention.
- Les Goupi ne se mangent pas entre eux.
Du calme.
- Retire ce que tu as dit. - Je ne t'ai rien dit.
- Tu m'as regardé !
- Je regarde oĂą je veux, chez moi.
- Charbonnier est maître chez soi.
- Ça va bientôt finir ? - C'est pas moi qui ai commencé.
- Assez !
- Il faut penser Ă ce qu'on va faire.
- L'Empereur est ressuscité.
- Qui vous a frappé ?
- Vous avez vu le voleur ?
Dites, vous avez vu le voleur ?
- Alors, grand-père ?
Il ne peut plus parler.
- Ça n'a pas d'importance.
Idiot que je suis !
S'il ne peut plus parler, c'est la fin de tout !
Comment va-t-on retrouver le magot ?
- Ça t'embête, ça, hein ?
- Quel magot ? Tu ne m'as rien dit.
- C'était pas à raconter à une femme. Surtout à toi, avec ta langue.
- Expliquez-moi.
- Ce magot venait du père de L'Empereur.
Toujours en vadrouille. Il a trouvé un trésor.
- Pourtant, pierre qui roule n'amasse pas mousse.
- Ce magot est dans la maison et seul L'Empereur sait oĂą.
- On s'en souviendra, de cette journée.
J'ai soif, moi. Il y a du vin ?
- Bien sûr.
- Paye-nous Ă boire. Vous venez ?
- Quelle histoire, hein ?
- Pour Monsieur, c'est pas de chance.
- "Monsieur" ? Ah oui. Je l'avais oublié, celui-là .
OĂą est-il ? - Comment ? Il n'est pas lĂ ?
- Tu devais le ramener de la gare.
- Je l'ai ramené jusqu'à ma cabane.
- Ta cabane ? - Oui.
Il aura préféré finir le chemin à pied, seul.
Je pensais le retrouver ici.
- Je ne comprends rien à tout ça.
- Ça ne m'étonne pas.
- C'est curieux, tout de mĂŞme.
Tisane qui a disparu… - Monsieur qui a disparu…
- L'argent qui a disparu…
Sans compter le vieux qu'on a assommé.
Demain, il fera jour,
et la nuit porte conseil.
…
…
- Hé ! Ho hé !
- Ho hé !
- Ho hé !
- Venez ! J'ai retrouvé Monsieur !
- Mes-Sous a retrouvé Monsieur ? Prévenons Mains-Rouges.
Ho hé !
Mains-Rouges !
- Ho hé !
- Venez ! Mes-Sous a retrouvé Monsieur !
- J'ai trouvé autre chose.
- Qu'est-ce qu'il a pu trouver ? - Un renard ?
- Venez tous !
- Mes-Sous, viens avec Monsieur ! Mains-Rouges nous appelle !
- On y va !
Viens, Monsieur.
- C'était une bête nuisible.
- Non. - Ah si. Une vipère.
- Non. - Ah si.
Coup de feu
- Ça ne vaut rien.
Décidément, j'en reviendrai à la poudre T.
VoilĂ Monsieur.
- Ton grand-père, La Loi, un ancien gendarme.
- Très heureux.
- Ton oncle, Dicton.
- Enchanté.
- Ton cousin, Tonkin.
- Je suis ravi, monsieur. - Bonjour, bonjour.
- Alors, qu'est-ce que tu as bien pu trouver ?
- Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Je sais pas, moi.
- Elle est morte.
Elle a été assommée comme L'Empereur, mais elle, elle en est morte.
- Ma pauvre petite fille.
Qu'était-elle venue faire dans le bois ?
- Dis-moi… Ça s'est passé tout près de toi.
Tu n'as rien entendu ?
- Non.
Vous savez bien que je dormais.
- Comment allons-nous faire ?
Elle dirigeait tout dans la maison.
- Elle était bien courageuse.
- HĂ©, moi aussi, je viens de trouver quelque chose.
- Quoi ? - Venez voir !
- L'argent.
Le compte y est.
- Encore un petit peu, grand-père.
VoilĂ .
Il a tout bu.
- Il est pas paralysé. Ces vieux sont plus forts que nous.
- Surtout celui-lĂ .
- D'oĂą tu viens, petit ? - De soigner les lapins.
- Tu manges pas ?
- J'ai pas faim et j'ai déjà mangé.
- Encore une goutte ? - Non, merci.
J'ai le pressentiment qu'on retrouvera ni Tisane, ni Monsieur.
- Pourquoi ? - Je sais pas. Vous verrez.
On ouvre une porte.
Quelqu'un est entré par-derrière.
- On les a retrouvés. - Tous les deux ?
- C'est-à -dire que…
Tisane est morte.
- C'est pas vrai ! - Si.
- Sa méchanceté l'a tuée. - C'est pas possible.
- On l'a retrouvée au bois des Cormes,
assassinée.
- Quelle horreur !
- OĂą sont les ouvriers ?
- Louis est allé labourer le champ du côté de la rivière.
- Et les autres ?
- Ils arrivent Ă 8 h.
- Bon. Ça tombe bien,
parce qu'on a porté Tisane dans ma paillote.
Je vais atteler la carriole pour la ramener ici sans qu'on la voie.
- Je vais avec toi.
- Moi, j'y vais pas. J'ai peur des morts.
- Ne restons pas lĂ .
- Non, ne restons pas lĂ .
- Curieux endroit.
- Assieds-toi. - Il manque plus qu'une Négresse.
Quand les gendarmes verront ce bazar, ils seront fixés.
- Quel rapport ?
- J'arrĂŞterai l'assassin sans les gendarmes.
- Tout seul ? - Parfaitement.
- Tant mieux.
- Dissimuler un crime à la justice équivaut à de la complicité.
- On règle nos affaires entre nous.
- Il a raison.
- Puisque vous êtes d'accord… Nous irons tous en prison !
- Comme ça, il y aura pas de jaloux.
- OĂą est-elle ?
- Dehors. - Comment est-ce arrivé ?
- On voudrait bien le savoir.
Tiens, Toinette, c'est Monsieur.
Ma fille.
- Monsieur.
- Bonjour, mademoiselle.
- On l'appelle Muguet.
- On doit emmener Tisane Ă la ferme.
- Qu'est-ce qu'on dira aux gens ?
- On dira qu'elle s'est tuée en tombant d'une échelle
dans la grange.
Restez lĂ , les autres.
Vous nous rejoindrez tout Ă l'heure.
- À plus tard.
- Reste. C'est pas de ton âge, de faire la toilette des morts.
Toi aussi, reste ! Qu'on fasse connaissance, entre cousins.
Assieds-toi.
Elle te plaît, ma paillote ? Je l'ai fabriquée.
J'avais la mĂŞme au Tonkin.
- On ne se croirait pas en France.
- Parce que tu as voyagé, toi ?
Non, il a pas dĂ» voyager.
J'ai servi dans l'infanterie coloniale. 5 années de jungle.
Les voyages,
il y a que ça de vrai.
Ça et l'amour.
- Veuillez m'excuser.
- Tu nous gĂŞnes pas.
- Il faut que j'aille voir ma chambre.
- C'est ça. Va voir ta chambre.
- À tout à l'heure. - À tout à l'heure, oui.
Tu es fâchée ?
- Oui. - Pourquoi ?
- Il va croire des choses qui n'existent pas.
- Qui existeront.
- Laisse-moi. - Muguet…
- Lâche-moi !
- VoilĂ , c'est ici.
Je vais ouvrir les rideaux. On n'y voit rien.
Tisane avait préparé cette chambre pour vous.
- Qui est-ce ?
- Mon fils.
Il est un peu sauvage. Que faisais-tu lĂ ?
- Je voulais pas la voir. J'ai peur des morts.
- C'est pas gai, pour votre arrivée, ces malheurs.
- Comme vous dites.
- Et puis ça va faire des dépenses.
- "Des dépenses" ?
- Ben dame, les obsèques…
- Ah oui.
- Ah, mon Dieu…
- Viens lĂ , petit. Viens lĂ .
- Allons, dépêchons !
- Mais on a de l'avance !
- Il faut faire vite avant le retour des autres.
- Allons, viens !
…
- S'il pouvait parler.
Un mot, seulement.
- Ce mot-lĂ vaut 200 000 F.
Qui sait ? 300 000… 1 million, peut-être ?
- Pépère, le magot, où l'avez-vous caché ?
Vous m'entendez ?
Rien Ă faire.
- Écoutez, L'Empereur. On va vous promener dans la maison.
Quand on passera devant la cachette, faites-nous un signe, on comprendra.
- C'est pas bien convenable.
- On lui fera pas de mal ! 1 million, c'est quelque chose.
On va l'asseoir dans ce fauteuil. On commencera par le grenier.
Allez.
Allez !
…
- Pauvre Tisane.
Enfin, la cérémonie était bien.
- Ça vaut pas un enterrement indigène avec des tam-tam.
- Ces plaisanteries ne m'amusent pas.
- Tiens, voyez-vous ça.
- Monsieur a raison, Tonkin. Ma pauvre tante.
- Tu es avec lui contre moi ?
- Tu dis des bĂŞtises.
- Je dis toujours des bĂŞtises.
- Attention, ne lâchez pas.
- Tiens, prends-le… Allez.
- Ça va ?
Doucement.
- Qu'a-t-il pu se passer ? J'y comprends rien.
- Qui l'a vu en dernier ?
- Moi, mais je l'ai laissé tranquille dans son lit.
- J'aurais dĂ» rester avec lui.
- Décidément, ça continue.
- Qu'est-ce qu'il y a ? - L'Empereur est plus lĂ .
- C'est peut-ĂŞtre par lĂ . - Tu perds ton temps, mon ami.
- Descendons-le Ă la cave.
Rires
- VoilĂ les autres.
- C'est la maison des miracles.
Les paralytiques vont se promener seuls, maintenant.
Pas
- Peut-ĂŞtre pas tout seuls.
Tonkin rit.
- Attention !
- Vous et vos manigances…
- Tu es fou.
On lui a fait faire un tour pour lui changer les idées.
- C'est toi qui es devenu fou. - Oh, toi, la barbe.
Jean, va dételer la jument.
Vous, recouchez L'Empereur.
- Il ne manque pas de toupet !
Occupez-vous de L'Empereur.
- VoilĂ .
C'est gai.
- Fais-toi soigner. - Fous-moi la paix !
- Alors, le magot ?
- Eh bien, non. On n'a rien trouvé.
- On a pu le trouver avant nous. Ça expliquerait des choses.
- Quelles choses ?
- L'assassinat de Tisane. Tu ne trouves pas, Tonkin ?
- Ça recommence.
- N'accusez pas Tonkin ! - On n'a nommé personne.
- Tais-toi ! Tu es franc comme un scorpion.
- Un bon Ă rien est capable de tout.
- Je vais monter me reposer dans ma chambre.
- Va te reposer, mignon.
- Je voudrais savoir ce que tu faisais seul dans les bois, l'autre nuit.
- J'ai voulu prendre un raccourci, je me suis perdu.
- "Un raccourci" ? Tu connais pas le pays.
- Justement, je me suis égaré.
- Mais au fond, qui es-tu, toi, Monsieur ?
- Qui je suis ? - Oui.
- Tu es un étranger, en somme. On sait rien de toi.
- Non, mais quelle idiotie !
Mon fils possède un grand magasin à Paris.
- Vous n'allez pas me soupçonner ? J'ignorais que ce magot existait.
- Tu reconnais ça ?
- C'est mon peigne.
- Je l'ai trouvé là , sur le plancher.
Donc tu es venu ici, le soir de ton arrivée.
Et tu n'en as rien dit. Pourquoi ?
- Ce n'est pas vrai ?
- C'est vrai, je suis venu.
- Mon Dieu ! Pourquoi as-tu fait ça ?
- Je n'ai rien fait.
- Mais tu nous as menti. Pourquoi ? Parle !
- Mais j'en ai assez, Ă la fin !
Je débarque la nuit, dans un pays inconnu,
pour voir une famille que je ne connais pas.
À la gare, on me fait chercher par une espèce de fou.
- Merci !
- On fait tout pour me mettre les nerfs Ă vif.
J'arrive et je tombe sur un vieillard mort.
Y a de quoi fuir.
- Je dis pas, mais pourquoi as-tu menti ?
- C'est pas drĂ´le, d'avouer qu'on a perdu la tĂŞte.
Si vous voulez voir mes papiers, les voilĂ .
Fouillez. Vous trouverez peut-ĂŞtre le magot.
- Une enveloppe Ă l'en-tĂŞte du magasin.
"Nouvelles Galeries de l'Opéra."
De l'argent.
Bulletin de paye.
Tu as oublié de payer un employé ?
- Oui, euh… Enfin, c'est-à -dire que…
- "Nom…
"Goupi, Eugène.
vendeur. cravates."
Voyons…
"Salaire : 1 400 F."
- Pas cher payé, un directeur de grand magasin.
- "Guelte : 423 F." Ça veut dire quoi, "guelte" ?
- Un pourcentage sur les ventes.
- Je comprends pas. Es-tu directeur ou employé ?
- Oui, je suis employé. Je vends des cravates. Et après ?
- Moi qui te voyais rouler en automobile autour de l'Opéra !
Goupi Monsieur ? Goupi Cravates !
Assassin ! Voleur !
- Seigneur !
- Assez, maintenant !
- Je n'ai rien volé, je n'ai pas tué. Votre enquête est une mascarade.
- C'est pas lui.
- Va voir dehors si j'y suis ! Toi aussi, Cancan !
Et vous, Marie, allez-vous-en !
Qu'as-tu fait du magot ?
Tu parleras. Tu as pris le magot ! - Non.
- Mais vas-tu
le laisser tranquille ?
- Foutez le camp, les femmes !
OĂą as-tu mis le magot ?
- Je ne l'ai pas pris. - Canaille.
- Je suis innocent ! Vous ne comprenez pas, non ?
Vous me faites pitié, avec votre magot.
Je vous vois tous, entassant vos centimes.
"1 centime, c'est 1 centime. Et 5 centimes, ça fait 1 sou,
"et 1 sou, c'est 1 sou."
Eh bien non, 1 sou, c'est zéro. 1 sou, ce n'est rien.
- J'aime mieux m'en aller.
- Moi aussi. Le mieux sera de le faire passer pour fou.
- D'ailleurs, il l'est. Prétendre qu'un sou, ce n'est rien.
- Je voudrais bien te croire…
- Croyez ce que vous voulez, ça m'est égal.
- Fichez le camp, tous !
C'est mon fils ! C'est Ă moi qu'il a affaire !
Ă€ moi seul !
Allez-vous-en !
- Tu fais moins le fier. Tu lui dis pas pourquoi tu l'as fait venir ?
- Fichez le camp !
- Ça va, Mes-Sous, on s'en va. Mais pas de bêtises.
- Je vous préviens, vous avez beau être mon père…
- Pose ça, idiot. Pose ça.
Assieds-toi.
Assieds-toi.
As-tu soif ?
- Non.
- Parle-moi de ta mère.
- De ma mère ?
- C'est elle qui m'a quitté. Je ne l'ai pas renvoyée.
- Elle ne vous reprochait rien.
- Elle te parlait de moi ? - Oui, quelquefois.
- Elle disait quoi ?
- "C'est un brave homme, mais il ne me comprenait pas."
- Un oiseau avec une cervelle d'oiseau,
qui pensait que l'argent devait être dépensé.
- Et alors ?
- Alors ça va un temps, puis on finit à l'hôpital.
Et toi, tu prends le chemin du bagne.
- Enfin, père, je vous jure que vous vous trompez.
- Je certifierai aux autres que tu es innocent.
Dis-moi oĂą est le magot.
Qu'as-tu ?
- "Le magot" ! Mais vous ne savez dire que ça !
- Voleur ! Mais parleras-tu ? Parleras-tu ?
- Elle avait pas envie de mourir, pour avaler tous ces poisons-lĂ .
- Marie !
- Restez pas lĂ , Mes-Sous pourrait vous voir.
Jean, ne reste pas lĂ non plus.
- Prépare un morceau de pain et une cruche d'eau.
- Pourquoi ? - Ça me regarde.
Debout.
- Pour aller où ? - Je vais t'enfermer à l'écurie.
- Excusez-moi, je retourne à Paris. - On ne part pas comme ça.
- Vous êtes un drôle de père. - Et toi, un drôle de fils.
- Vous n'allez pas me séquestrer ?
- En voilà , des mots ! Tu préfères la guillotine ?
Allons, avance. Et ne bronche pas, ça vaudra mieux.
- "La guillotine…"
- Entre.
Tu te feras un lit avec cette paille.
Tu te passeras de fumer.
…
- Laisse, je vais t'aider. - Non, merci.
- Mon oncle.
- Quoi ?
- Je suis sûre que Monsieur n'a rien fait.
- Tu en disais autant de moi. Tu as changé d'avis ?
- MĂŞle-toi de ce qui te regarde.
- Eh bien, ça n'a pas été long. - Quoi ?
- Tu l'aimes. Ça crève les yeux, que tu l'aimes.
- D'abord, c'est pas vrai. Et puis…
- "Et puis" ?
- Rien.
…
- Alors, tu t'amuses bien ?
- Énormément.
- Voilà ton dîner.
- Vous ĂŞtes bien aimable.
- C'est tout ce que tu as Ă me dire ? - Oui. Je suis toujours innocent.
- Comme tu voudras. Bonne nuit.
- Monsieur ?
- Muguet ?
- Tenez. Je me sauve.
- Attendez, restez un peu.
Vous apportez du jambon Ă un assassin ?
- Ce n'est pas vous.
- Vous avez peut-être tort. Je suis un étranger.
- Vous avez de la peine. À la maison aussi, on en a.
- Pas mon père. - C'est lui le plus malheureux.
Je lui ai dit qu'il se trompait. - Vous ĂŞtes gentille.
- Je voudrais tant vous aider. On vient. Je me sauve.
- Vous reviendrez ? - Oui.
- Prends ça.
- Pour quoi faire ? - Un rasoir, c'est pour quoi faire ?
- Pourquoi dois-je me raser ?
- Le maître d'école va venir nous voir. Il veut te connaître.
- Il est aimable.
- Fais-nous honneur, mĂŞme voleur et assassin.
- J'ai jamais assassiné personne. Surtout pas avec ça.
- Donne-moi ça. Tu serais fichu de te couper.
Assieds-toi.
Tiens.
- Bonjour, monsieur l'instituteur. - Bonjour.
- Vous allez bien ?
Merci d'avoir assisté aux obsèques.
- Je vous renouvelle mes condoléances.
- Merci.
- Asseyez-vous donc, monsieur l'instituteur.
- Tisane nous manque bien. Elle dirigeait tout, ici.
- Ça, c'est bien vrai.
- Oui. C'est une lourde perte.
- Et si je disais Ă l'instituteur que je ne suis que Goupi Cravates ?
- Tu ne le feras pas, je suis tranquille.
- Pourquoi ? - Parce que t'es un Goupi.
Tiens. Ça suffit, tu es propre. Viens.
- Et comment va L'Empereur ?
Pardon, je voulais dire monsieur votre père.
- Toujours paralysé. - Ce qui est usé est usé.
- Heureusement, votre petit-fils est là , et c'est un réconfort.
- Sûrement.
- Justement, le voilĂ .
- Bonjour, monsieur. - Monsieur.
- Mon fils, Eugène, qui a une grosse situation à Paris.
- Monsieur, vous vivez dans le cerveau de la France.
- Évidemment, dans le cerveau.
Vous n'auriez pas une cigarette ?
- Certainement, monsieur. Certainement.
- Merci.
- J'ai été à Paris,
une fois, moi aussi, en 1931,
pendant l'Exposition coloniale.
Quelle merveille !
- L'Exposition coloniale ? - Non, Paris.
Paris.
Ah, Paris ! L'Opéra, les boulevards, nos musées…
Ah, les musées de Paris !
- Bonjour, M. l'instituteur. - Bonjour, mon petit.
- Dis quelque chose.
- Savez-vous ce que c'est que Paris ?
- Mon Dieu, oui et non.
- Eh bien, Paris, c'est une symphonie.
- Bravo. Qu'entendez-vous par lĂ ?
- C'est vous, M. l'instituteur. - Pardon ?
- C'est Dicton, c'est Mes-Sous, La Loi.
Paris, c'est la province. Est-ce que vous me suivez ?
- Parfaitement.
- Au café, on côtoie des Provençaux, des Charentais…
Eh bien, ces Provençaux, ces Charentais…
font que Paris est Paris.
C'est-Ă -dire un bouquet dont chaque province serait une fleur.
- C'est joli.
- Quelle éloquence !
- L'éloquence, je vais vous en faire.
L'Indochine est baignée par l'Irrawaddy, le Salouen,
le Ménam, le Mékong et le fleuve Rouge.
- Je sais ça.
Elle comprend la Birmanie, Malacca, le Siam, le Cambodge,
la petite Cochinchine française, l'Annam, le Laos,
et le Tonkin. Ça, c'est de l'éloquence.
- Nous ne passons pas un examen.
- C'est quoi, Paris, la France, l'Europe ?
Des gens tristes sous un ciel gris.
Là -bas, il y a le soleil, la lumière, les couleurs,
l'orange, le rose, le vert, le jaune, le bleu pâle, l'outremer.
LĂ -bas, il y a l'outremer.
- "Là -bas, là -bas"… - Là -bas, oui, l'Orient.
- Monsieur nous donne des nouvelles de la capitale.
- Si vous savez ce que je m'en fous, de la capitale.
La capitale !
La capitale !
- C'est le paludisme. Un petit accès, ne faites pas attention.
- C'est sans importance.
Je ne veux pas vous déranger plus longtemps.
Au revoir. - Au revoir, M. l'instituteur.
- Heureux de vous avoir connu. - Moi de mĂŞme.
- À bientôt, j'espère. - Certainement.
- Au revoir, Muguet.
- Je vous accompagne.
- Pas la peine. Je connais le chemin.
- Au revoir.
- Il est bien poli, l'instituteur. - Oui, très.
- Dis donc, Monsieur, tu as la langue bien pendue.
- Merci.
J'ai de la mémoire.
Ce que j'ai raconté, je l'ai appris à l'école.
- Puisque tu as tant de mémoire,
tu ne pourrais pas te rappeler oĂą est le magot ?
OĂą vas-tu ?
- À l'écurie.
- Sacrée tête de mule !
…
- Tenez.
- Des cigarettes. - Je les ai achetées au bourg.
- Merci.
- Pourquoi me regardez-vous comme ça ?
- Il est très beau, votre pays. - C'est votre pays aussi.
- Si peu.
Il me reçoit si mal.
- J'ai hâte qu'on trouve le coupable pour qu'on vous relâche,
mais…
- "Mais" ?
- Mais vous partiriez.
Vous fumez pas ? - Si.
Si Tonkin nous voyait, il serait fâché.
- Pourquoi ?
- Il pourrait se faire des idées.
- Mais quelles idées ? - Il n'est pas jaloux ?
- Il n'a pas Ă ĂŞtre jaloux.
- Il m'avait semblé… - Tonkin est juste mon cousin.
- Vous vous tutoyez, cependant. - Entre cousins, c'est naturel.
- Eh bien, moi aussi, je suis ton cousin.
- Je vous…
Je t'ai apporté une pomme. Tiens. - Merci.
On partage ?
- Merci.
- Pourquoi ris-tu ?
- Manger des pommes fait toujours rire.
- C'est vrai.
J'ignore encore pourquoi mon père m'a fait venir.
Tu le sais ?
Tu le sais ? Ne mens pas.
- Oui, je le sais.
- C'est si compliqué ?
- Non.
Mais c'est un peu drĂ´le.
Ils vous ont fait venir parce que… ils voulaient me marier.
- Avec qui ?
- Avec vous.
- Par exemple. Nous marier !
Mais…
vous ne m'aimez pas.
- Bien sûr que non. Vous non plus.
Vous regardez encore le paysage ?
- Ma petite Muguet,
sais-tu bien…
- Que fais-tu lĂ ,
fainéant ?
- Attention. Tu vas gâcher une belle scène d'amour.
- Muguet !
Je t'avais dit de pas te mêler de ça.
Va-t'en ! - Mon oncle…
- File !
Tu n'as pas encore fait assez de mal ?
Allez !
Allons !
Allez. - Si vous y tenez absolument.
Ça m'est bien égal, maintenant.
…
- Dicton est là ? - À côté.
- J'ai Ă te parler.
- Je suis occupé. - C'est grave.
Coup de feu - HĂ© lĂ !
- Du plomb en grappe. Une caille passerait lĂ -dedans.
- Beaucoup de bruit pour rien. - J'ai Ă te parler.
Oui, je suis un fainéant,
un bon à rien, une tête brûlée…
- On le sait. - Qu'est-ce qui t'arrive ?
- J'aime Muguet pour de bon. Vous comprenez ?
Donnez-la-moi. Je travaillerai ici.
- Serment d'ivrogne. - Non.
Vous ne pouvez pas la marier à ce Goupi, après ce qu'il a fait.
- Non, ça ne se peut. - Donnez-la-moi.
- Monsieur n'épousera pas Muguet, mais toi non plus.
On ne te croit pas. - PlutĂ´t la voir vieille fille.
- C'est votre dernier mot ? - OUI.
- Cravates.
Cravates.
Cravates.
Vous voulez pas m'acheter une petite cravate, madame ?
C'est pour votre mari. Une petite cravate…
Elle est bleue. La couleur ne vous va pas.
Elle est rouge, celle-ci. C'est un joli nœud papillon.
Une petite cravate, cravate…
Cravates, cravates.
Cravates.
Cravates.
Fumier, va !
Cravates !
Cravates !
- Pauvre Tonkin.
- C'est un malheureux.
Je vais faire un tour chez Mes-Sous.
- Cravates.
…
- Bonjour, messieurs. - Bonjour.
- Bonjour, La Loi. - Salut. Tu bois quoi ?
- Merci, mais je suis en service. - "Service" ?
- Oui, je suis ici pour parler Ă Marcelin Goupi,
dit Mes-Sous, aubergiste.
- Je suis lĂ .
Qu'y a-t-il ?
- Eugène Goupi, dit Monsieur, domicilié à Paris,
est bien en résidence chez vous ?
- Oui. - OĂą est-il ?
- Je ne sais pas. Il va, il vient.
Il chasse avec Mains-Rouges.
- Ou enfermé dans votre écurie.
- Mon Dieu ! - Quoi ?
- Je regrette. J'ai toujours estimé les Goupi,
mais il se passerait des choses, chez vous.
- On s'est payé votre tête. - C'est ce qu'on va voir.
- Et le mandat de perquisition ? - Je l'ai.
- Je peux le voir ?
- Comment ? Vous, La Loi ? Un ancien gendarme…
- Je m'appelle Goupi.
- C'est en règle, oui ?
- Parfaitement. - Allez, en route, maintenant.
- Eh bien, nous sommes propres.
Le chien aboie.
…
- Mains-Rouges, viens !
- J'arrive.
Tu vas te fatiguer.
J'aime pas te voir dans cet état.
- Si ça t'ennuie, va les voir. - Qui ?
- La famille. La charmante famille.
Ils voulaient aller Ă la noce. Ils y sont.
- T'as encore fait l'imbécile.
- Va voir. Je te retrouverai Ă ta cabane.
J'ai pas envie de les voir, aujourd'hui.
Rires
…
- Procédons par ordre.
Une somme de 10 000 F a été dérobée.
- À qui ? - Comment ça, "à qui" ? Mais à vous.
- À nous ? Première nouvelle. On t'a volé 10 000 F ?
- Non. Peut-ĂŞtre Ă Mes-Sous.
- Moi, non. On t'a parlé de ça, toi, Cancan ?
- Ma foi, non. Et vous, Marie ?
- Jamais.
- Ah, vous le prenez comme ça ? Bon. Patience.
Un magot a disparu.
Rires
…
Pas de quoi rigoler.
Je reprends : un magot a disparu.
- Il y avait un magot dans la maison.
- Apporté par le Père Noël, probable.
- On ne s'en doutait pas. - Vous saviez ça, L'Empereur ?
- Il se montait Ă combien, ce magot ?
- Il y a des limites !
Outrage Ă magistrat dans l'exercice de ses fonctions.
- Puni d'une amende de 16 Ă 200 F, article 224 de la loi du 13 mai 1863.
Paye-toi, Eusèbe !
- Assez !
Comment ? Tisane a été assassinée il y a cinq jours,
et vous osez plaisanter ?
- Tisane s'est tuée en tombant d'une échelle.
- Ça reste à prouver. Et vous avez séquestré votre fils.
- Je l'avais puni. - "Puni" ?
Il avait mal parlé à L'Empereur.
- C'est vrai.
J'ai manqué de respect à mon arrière-grand-père et je le regrette.
- Vous vous foutez de moi, mais vous avez tort de parler de L'Empereur.
Il a été frappé au point qu'il est muet.
- Je boirais bien une petite goutte de vin rouge avec un biscuit.
Bonjour, Eusèbe.
- C'est comme ça.
Je vais écrire au préfet et je te ferai mettre à pied.
- Nous verrons.
Je vais vous interroger les uns après les autres.
Allez, exécution !
Allez !
Allez !
Allez, allez.
Allez, allez.
Lui d'abord. Emmenez-le dans la pièce à côté.
Les autres, restez ici. - Pourquoi lui ?
- Parce que ça me plaît. Où t'étais, toi ?
- Il s'occupait des bĂŞtes. - Qu'il reste lĂ , lui aussi.
- Où ça ? Là ? - Mais oui. Là .
- Quel imbécile, cet Eusèbe. - Oh oui, par exemple.
- Vous les avez, les gendarmes. Vous ĂŞtes content ?
- Si Tisane était là , elle nous tirerait d'affaire.
- Et on n'aurait pas les gendarmes.
- C'est vrai. Je sais plus ce que je dis.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Les gendarmes sont lĂ .
- On nous a dénoncés. On va devoir vendre et quitter le pays.
- Tiens, c'est rigolo, ça.
La pendule de L'Empereur s'est arrêtée. C'est curieux, ça.
- Écoute, Mains-Rouges.
Écoute.
- Je fais que ça. - Toi seul peux nous sauver.
- Je suis ni le Bon Dieu, ni le diable.
- Tu es le plus malin de nous.
- Ah ? Depuis quand ?
Tout Ă l'heure ?
- Tu es un Goupi.
- Dis donc, La Loi, t'as pas toujours dit ça.
Tu repenses Ă Goupi La Belle ?
Tu l'as empêchée de m'épouser et elle s'est tuée.
- Que tu dis. Ça, c'est de l'histoire ancienne.
- Vieux salaud.
- Grand-père !
Mon oncle.
- Qu'est-ce que tu as ? Tu en fais, une figure.
- Les gendarmes ont emmené Monsieur. - Et après ?
- Mais c'est terrible, mon oncle.
- Ah…
Je croyais que c'était Tonkin, qui t'intéressait.
- C'est-à -dire que…
C'est Tonkin qui disait toujours qu'il voulait m'épouser.
- Pauvre Tonkin. Il aura tout manqué.
C'est Monsieur que tu aimes ?
Je m'en occupe.
- Vous le sauverez ? - J'essaierai.
Je ne sais pas comment.
Qu'est-ce qui s'est passé ici, le fameux soir ?
- Ben…
Je me rappelle plus. - Moi non plus.
- J'ai mis du vin en bouteille.
- Et puis il y a le veau qui est venu au monde. Hein ?
- Oui.
- Le veau, c'est pas tout. Tisane, comment elle était ?
- Elle a grogné, comme d'habitude. Pour pas changer.
C'est tout.
- C'est pas vrai !
Elle a dit qu'elle nous renvoyait.
- Ne perds pas ton temps à écouter cet innocent.
- Viens. Tu vas me raconter ça là -haut.
- Qu'est-ce qu'il lui veut, Ă ce petit ?
- Mets-toi lĂ , tiens.
On va causer, tous les deux. Elle voulait vous renvoyer ?
- Oui. - Que s'est-il passé, après ?
- Tout le monde a été auprès du veau. - Et toi ?
- J'ai été me promener.
- Et Tisane ?
- Elle m'a couru après avec un fouet. Je me suis sauvé dans le bois.
- Ah.
Et ensuite ?
- Elle est entrée aussi dans le bois.
- Elle criait : "Tu es lĂ , Tonkin ? Je t'ai vu."
Alors je me suis montré, et elle m'a fouetté.
- Elle disait ça ? "Tonkin, je t'ai vu" ?
Jean, tu sais ce qui s'est passé.
Dis-moi la vérité. C'est Tonkin ?
- Non, non !
Laissez-moi, je me rappelle plus.
- C'est Tonkin ?
- C'est pas Tonkin, c'est moi !
- Mon petit, mon petit Jean.
Tu dis ça pour me faire peur.
- Non.
- C'est pas vrai ! Il n'a pas fait ça. J'en suis sûre !
- Si, c'est moi. - Il ment.
Et je sais pourquoi.
Je vais m'occuper de ça.
- Vous allez faire quoi ?
- Dis pas aux gendarmes que je suis venu.
- 1 400 F par mois. C'est maigre, pour faire bouillir la marmite.
- Plus la guelte, brigadier. - Soyez poli.
- C'est un pourcentage sur les ventes.
- Ah bon. J'aime mieux ça.
On racontait que vous aviez un grand magasin, lĂ -bas.
- On raconte bien que j'ai tué ma tante.
- On a peut-ĂŞtre pas tort. - Une allumette ?
- Quelle est la première personne de la famille qui vous ait vu ?
- Mon oncle Léopold, qui est venu me chercher à la gare.
- "Léopold" ? Quel Léopold ?
- Mains-Rouges. - Ah, Mains-Rouges.
Mais au fait…
OĂą est-il, celui-lĂ ?
- Monsieur La Loi…
En prison.
Et vous aussi, M. Dicton.
En prison.
Quant à vous, M. Mes-Sous…
Pas de discussion, hein ?
Ă€ la guillotine.
On ouvre la porte.
- Tu en as fait, du propre.
- Tant mieux. Ils n'avaient qu'Ă pas me refuser Muguet.
- Elle ne t'aimait pas. - Si, elle m'aimait.
Avant l'arrivée de Monsieur, bien entendu.
Pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe, lĂ -bas ?
- Jean a avoué. C'est lui qui a tué Tisane.
- Jean ?
Jean a dit ça ?
- T'aurais pas dĂ» appeler les gendarmes.
Ils iront jusqu'au bout.
- Au bout de quoi ?
- Ils trouveront le voleur des 10 000 F.
Il rit.
Toi.
- Moi ? Penses-tu.
- Je t'ai vu les jeter près du corps de Tisane.
- Ben oui, c'est moi.
J'ai pensé que ça me servirait à me débiner.
J'en avais marre des Goupi, de leurs gueules, de ce bled,
de tout !
Oui, j'ai pensé à m'embarquer à Bordeaux.
Quand j'ai vu qu'il y avait un cadavre,
j'ai pas osé.
- Pourquoi ne m'as-tu pas dit que Jean avait tué Tisane ?
- Je le savais pas. Je suis pas rentré dans la ferme.
Qu'as-tu ?
- Tu mens. Tu es revenu dans la ferme, puisque tu as pris les 10 000 F.
- Oui, je suis revenu dans la ferme. Et alors ?
- Tu t'es sauvé, et Tisane t'a poursuivi.
- Tisane ? Penses-tu.
- Jean me l'a dit. - Oui.
Elle m'a poursuivi, et après ?
- Tu as osé revenir car tu savais qu'elle ne parlerait plus.
Pauvre Tonkin, va.
Tu as fait ça pour 10 000 F.
Tu l'as tuée, hein ?
- Oui, je l'ai tuée.
Mais je l'ai pas tuée pour de l'argent.
Je l'ai tuée parce qu'elle frappait Jean.
Si tu avais vu sa méchanceté.
Saloperie !
Tu me cherchais, hein ?
Serpent, va.
- Qu'est-ce qu'on va faire ?
- Tout m'est égal, maintenant. Tout.
- Tu vas te sauver.
Mais avant, tu vas écrire que c'est toi.
Et puis tu te sauveras.
- Non.
- Rends-toi, Tonkin.
Brigadier !
- OĂą est-il ? - LĂ . Il grimpe dans l'arbre.
- Coucou !
- Descends, ou je tire !
- Tu vas pas faire ça. - C'est pour lui faire peur.
Je vais te tirer dessus.
- Oh, tiens !
Quelle comédie ! - Il n'espère pas se sauver ?
- Descends, imbécile ! - Que fait-il ? Je le vois plus.
- Il est sur la branche.
- Venez ! Venez me chercher.
Venez me chercher.
- Tonkin, descends !
- Non. - Descends !
- Jamais ! Jamais !
Jamais je redescendrai.
Qu'est-ce qui se passe, lĂ -haut ?
- C'est Tonkin.
- Ne lui parlons plus, il pourrait se tuer.
- Penses-tu.
Tonkin !
Je vais te tirer dessus.
- Qu'ils sont petits ! Tout petits. On dirait des fourmis !
De vilaines petites fourmis !
Si je saute dessus, je vous écrase tous.
Tonkin rit.
…
- Tonkin, écoute-moi. C'est moi, Mains-Rouges !
- Il n'y a plus de Mains-Rouges.
Je t'emmerde, maintenant, tu entends ? Je t'emmerde !
- Tonkin !
- Il n'y a plus de Tonkin.
J'en vois, du pays, j'en vois !
Si je voulais, je m'envolerais, tu vois.
- Il faut agir.
- Mon vieux…
- Bande de taupes.
- Mon pauvre Tonkin.
- Je suis dans la lumière !
La lumière, le soleil ! Je le vois, le soleil, là !
Je le vois !
Oui, je vois !
Je suis le soleil !
Il rit.
…
- Pauvre Tonkin.
…
- Qu'est-ce que tu fais lĂ ?
- Je suis venue.
- C'est pas bien. - Comment ?
- Pourquoi tu touches à ça ?
- Moi aussi, j'ai de la peine.
- Lui, il en a eu encore plus.
- Ce n'est pas ma faute.
- Non, bien sûr.
Ce que Tonkin a fait, c'est pour moi. Pour moi seul.
Je ne peux pas t'expliquer.
Moi, je peux venir ici. Pas toi.
- Mais enfin, Jean…
- Il ne faut pas que tu restes. C'est mal.
- Jean a raison.
Viens.
On nous attend à la maison pour déjeuner.
Allons, viens.
- Ne faites pas l'enfant. Je sais oĂą est votre magot.
- Oui. Je sais quand tu l'as trouvé.
C'est quand tu as remonté mon horloge.
- Il est lĂ , hein ?
Tout le monde le voyait sans s'en douter.
- Une fameuse cachette.
- On croyait que c'était du cuivre, et c'est de l'or.
Et les poids aussi sont en or.
Il y a de la peinture dessus.
- Il y en a pour de l'argent.
…
L'Empereur, il faut leur dire.
Je ferai celui qui ne sait rien.
Si, c'est Ă vous de leur dire.
Si vous veniez à mourir…
- J'en ai pas l'intention.
- C'est la vie.
- Je leur dirai pour l'Épiphanie, quand on tirera les rois.
- Je voudrais pas vous contrarier, mais…
vous verrez pas l'an prochain.
- Je leur dirai à Noël, pour le réveillon.
- Je crois pas que vous serez avec nous.
- Je suis si bas que ça ?
…
- C'est bizarre, tout de mĂŞme.
Coup de feu
- C'est mieux, mais ça manque de force.
- Mains-Rouges est avec L'Empereur. Qu'est-ce qu'ils peuvent se dire ?
- Alors, c'est toi qui vas leur dire.
Si, si. Approche-toi.
- Grand-père. - Mignonne.
- Grand-père. - Bonjour, petit gars.
- Qu'est-ce qu'ils peuvent se raconter ?
- Ventre affamé n'a pas d'oreilles.
- Je sers la soupe ?
- Attends. Il finira par s'en aller.
- Tiens.
- On ne l'invite pas ?
Pourquoi pas ?
- Il ne s'en ira donc pas ?
- Ils parlent peut-ĂŞtre du mariage de Monsieur et de Muguet.
L'Empereur voudrait voir la noce, avant de s'en aller.
- C'est bon, puisque vous le voulez.
- Attention, le voilĂ .
- Bon appétit.
- Vous ne mangez pas avec nous, mon oncle ?
- Puisque vous insistez tant. - À la bonne heure.
- Mettez-vous lĂ , mon oncle.
…
- Tu nous la sers, la soupe ?
- Je sais oĂą est le magot.
- Qu'est-ce que tu as dit ? - J'ai vu le magot.
- OĂą est-il ? - Je ne le dirai pas.
- Voleur !
- Tu sais que l'argent ne m'intéresse pas.
L'Empereur m'a défendu de dévoiler la cachette.
- Par exemple !
- Sa volonté, c'est que ce magot doit rester où il est.
On n'y touchera pas.
Sauf pour la propriété, en cas de grand malheur.
C'est de l'argent trouvé, pas de l'argent gagné.
Écoute-moi bien, Monsieur.
Les paysans, tu apprendras à les connaître.
Ils ont le respect de l'argent, parce que c'est du travail.
La terre est basse, comme on dit.
Alors pour eux, 5 centimes, c'est 1 sou.
Tu m'as compris ?
- Oui, Mains-Rouges, j'ai compris.
- Quand mon heure approchera, je te montrerai la cachette,
comme L'Empereur me l'a montrée,
et comme le vieux Besace
l'a montrée à L'Empereur, dans le temps.
Vous allez vous marier et avoir des enfants.
Quand ton heure approchera,
tu appelleras celui qui sera l'aîné des Goupi à ce moment-là .
Et ça continuera, tant qu'il y aura des Goupi.
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