All language subtitles for Le_Petit_Prince_G_Philippe

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Original subtitles

J 'ai vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement.

Jusqu 'à une panne dans le désert du Sahara il y a six ans.

Quelque chose s 'était cassé dans mon moteur et comme je n 'avais avec moi ni

mécanicien ni passager, je me préparais à essayer de réussir tout seul une

réparation difficile.

C 'était pour moi une question de vie ou de mort.

J 'avais à peine de l 'eau à boire pour huit jours.

Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable.

à mille milles de toute terre habitée.

J 'étais bien plus isolé qu 'un naufragé sur un radeau au milieu de l 'océan.

Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite

voix m 'a réveillé.

S 'il vous plaît, dessine -moi un mouton.

Hein ? Dessine -moi un mouton.

J 'ai sauté sur mes pieds comme si j 'avais été frappé par la foudre.

J 'ai bien frotté mes yeux, j 'ai bien regardé.

Et j 'ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait

gravement.

Il ne semblait ni égaré, ni mort de faim, ni mort de fatigue, ni mort de

ni mort de peur.

Il n 'avait en rien l 'apparence d 'un enfant perdu au milieu du désert à mille

milles de toute région habitée.

Mais qu 'est -ce que tu fais là ? S 'il vous plaît, dessine -moi un mouton.

Quand le mystère est trop impressionnant, on n 'ose pas désobéir.

Aussi absurde que cela me sembla, je sortis de ma poche une feuille de

un stylographe, et je dessinais.

Il regarda attentivement.

Non, celui -là est déjà très malade. Fais -en un autre.

Je dessinais un autre mouton.

Tu vois bien, ce n 'est pas un mouton.

C 'est un bélier, il a des cornes.

Je refis donc encore mon dessin.

Celui -là est trop vieux.

Je veux un mouton qui vive longtemps.

J 'avais hâte de commencer le démontage de mon moteur. Je griffonnais une caisse

avec trois trous d 'aération et lançais... Ça, c 'est la caisse. Le

tu veux est dedans.

C 'est tout à fait comme ça que je le voulais.

Crois -tu qu 'il faille beaucoup d 'herbe à ce mouton ? Pourquoi ? Parce

'est moi. C 'est tout petit.

Ça suffira sûrement. Je t 'ai donné un tout petit mouton.

Pas si petit que ça ? Tiens, il s 'est endormi.

Et c 'est ainsi que je fis la connaissance du petit prince.

Il me fallut longtemps pour comprendre d 'où il venait.

Le petit prince, qui me posait beaucoup de questions, ne semblait jamais

entendre les miennes.

Ce sont des mots prononcés par hasard qui peu à peu m 'ont tout révélé.

Ainsi, quand il aperçut pour la première fois mon avion.

Qu 'est -ce que c 'est que cette chose -là ? Ce n 'est pas une chose. Ça vole.

C 'est un avion.

C 'est mon avion.

Comment ? Tu es tombé du ciel ? Oui.

Ah, ça, c 'est drôle.

Alors, toi aussi, tu viens du ciel ? De quelle planète es -tu ? Tu viens donc d

'une autre planète ? C 'est vrai que là -dessus, tu ne peux pas venir de bien

loin.

Mais toi, d 'où viens -tu, mon petit bonhomme ?

Hein ? Où est -ce chez toi ? Où veux -tu emporter mon mouton ?

Ce qui est bien, avec la caisse que tu m 'as donnée, c 'est que la nuit, ça lui

servira de maison.

Bien sûr.

Et si tu es gentil, je te donnerai aussi une corde pour l 'attacher pendant le

jour et un piquet. L 'attacher ? Quelle drôle d 'idée ! Si tu ne l 'attaches

pas, il ira n 'importe où. Mais où veux -tu qu 'il aille ?

N 'importe où, droit devant lui.

Ça ne fait rien.

C 'est tellement petit chez moi.

Droit devant soi, on ne peut pas aller bien loin.

J 'avais ainsi appris une chose très importante.

C 'est que sa planète d 'origine était à peine plus grande qu 'une maison.

Ah, petit prince, j 'ai compris peu à peu au hasard des réflexions ta petite

mélancolique.

Tu n 'avais eu longtemps pour distraction que la douceur des couchers

J 'aime bien les couchers de soleil.

Allons voir un coucher de soleil.

Mais il faut attendre.

Attendre quoi ? Attendre que le soleil se couche. Je me crois toujours chez

En effet.

Quand il est midi aux Etats -Unis, le soleil, tout le monde le sait, se couche

sur la France.

Il suffirait de pouvoir aller en France en une minute pour assister au coucher

de soleil.

Malheureusement, la France est bien trop éloignée.

Mais sur ta si petite planète...

Il te suffisait de tirer ta chaise de quelques pas et tu regardais le

chaque fois que tu le dévirais.

Un jour, j 'ai vu le soleil se coucher 43 fois.

Tu sais, quand on est tellement triste, on aime les couchers de soleil.

Le jour des 43 fois, tu étais donc tellement triste.

Le cinquième jour, J 'étais très occupé à essayer de dévisser un boulon trop

serré de mon moteur. J 'étais très soucieux car ma panne commençait de m

'apparaître comme très grave.

Et l 'eau à boire qui s 'épuisait me faisait craindre le pire.

Un mouton, ça mange les arbustes ? Oui.

Et les fleurs ? Un mouton mange tout ce qu 'il rencontre.

Même les fleurs qui ont des épines ? Même les fleurs qui ont des épines.

Alors les épines, à quoi servent -elles ?

Les épines, à quoi servent -elles ? Les épines, ça ne sert à rien.

C 'est de la pure méchanceté de la part des fleurs.

Je ne te crois pas.

Les fleurs sont faibles, elles sont naïves, elles se rassurent comme elles

peuvent.

Elles se croient terribles avec leurs épines.

Et tu crois, toi, que les fleurs... Mais non.

Mais non, je ne crois rien.

J 'ai répondu n 'importe quoi.

Je m 'occupe, moi, de choses sérieuses. De choses sérieuses ? Oui.

Tu parles comme les grandes personnes.

Tu confonds tout, tu mélanges tout.

Je connais une planète où il y a un monsieur cramoisi. Il n 'a jamais

une fleur. Il n 'a jamais regardé une étoile. Il n 'a jamais aimé personne.

Il n 'a jamais rien fait d 'autre que des additions.

Et toute la journée, il répète comme toi, je suis un homme sérieux, je suis

homme sérieux. Et ça le fait gonfler d 'orgueil.

Mais ce n 'est pas un homme, c 'est un champignon.

Un quoi ? Un champignon.

Il y a des millions d 'années que les fleurs fabriquent des épines. Il y a des

millions d 'années que les moutons mangent quand même les fleurs.

Et ce n 'est pas sérieux de chercher à comprendre pourquoi elles se donnent

de mal pour se fabriquer des épines qui ne servent jamais à rien.

Ce n 'est pas important la guerre des moutons et des fleurs.

Ce n 'est pas plus sérieux et plus important que les additions d 'un grand

monsieur rouge.

Et si je connais, moi, une fleur unique au monde qui n 'existe nulle part sauf

dans ma planète et qu 'un petit mouton peut anéantir d 'un seul coup, comme ça,

un matin, sans se rendre compte de ce qu 'il fait, ce n 'est pas important, ça.

Si quelqu 'un aime une fleur qui n 'existe qu 'à un exemplaire dans les

et millions d 'étoiles, ça suffit pour qu 'il soit heureux quand il les

Il se dit, ma fleur est là, quelque part.

Mais si le mouton mange la fleur, c 'est pour lui comme si brusquement toutes

les étoiles s 'éteignaient.

Et ce n 'est pas important, ça.

J 'avais lâché mes outils.

Je me moquais bien de mon marteau, de mon boulon, de la soif.

et de la mort.

Il y avait sur une étoile une planète, la mienne, la Terre.

Petit prince François.

Je le pris dans les bras, je le berçai, je lui disais, la fleur que

tu aimes n 'est pas en danger.

Je lui dessinerai une muselière à ton mouton.

Je te dessinerai une armure pour ta fleur.

Je ne savais pas trop quoi dire.

Je me sentais très maladroit.

Je ne savais comment l 'atteindre ou le rejoindre.

C 'est tellement mystérieux le pays des larmes.

J 'appris bien vite à mieux connaître cette fleur. Elle avait germé un jour d

'une graine apportée d 'on ne sait où.

Le petit prince sentait bien qu 'il en sortirait une apparition miraculeuse.

Mais la fleur n 'en finissait pas de se préparer à être belle à l 'abri de sa

chambre verte.

Elle choisissait avec soin ses couleurs. Elle s 'habillait lentement.

Elle ajustait un à un ses pétales.

Elle ne voulait pas sortir toute fripée comme les coquelicots.

Elle ne voulait apparaître que dans le plein rayonnement de sa beauté. Eh oui,

elle était très coquette.

Sa toilette mystérieuse avait donc duré des jours et des jours.

Et puis voici que le matin, justement à l 'heure du lever du soleil, elle s

'était montée.

Je me réveille à peine.

Bonjour. Je vous demande pardon, je suis encore toute décoiffée.

Que vous êtes belle.

N 'est -ce pas ? Et je suis née en même temps que le soleil.

Oui.

C 'est l 'heure, je crois, du petit déjeuner.

Auriez -vous la bonté de penser à moi ? Et le petit prince, tout confus, ayant

été chercher un arrosoir d 'eau fraîche, avait servi la fleur.

Ainsi l 'avait -elle bien vite tourmentée par sa vanité un peu

Un jour, par exemple, parlant de ces quatre épines... Ils peuvent venir, les

tigres, avec leurs griffes. Mais il n 'y a pas de tigres sur ma planète.

Et puis les tigres ne mangent pas d 'herbe ? Je ne suis pas une herbe.

Pardonnez -moi.

Je ne crains rien des tigres, mais j 'ai horreur des courants d 'air.

Vous n 'en avez pas apparaissant.

Et puis le soir, mettez -moi sous globe.

Il fait très froid chez vous, c 'est mal installé.

Là d 'où je viens...

Mais elle s 'était interrompue. Elle était venue sous forme de graines. Elle

'avait rien pu connaître des autres mondes.

Humiliée de s 'être laissée surprendre à préparer un mensonge aussi naïf, elle

avait touché deux ou trois fois pour mettre le petit prince dans son tort.

Et le petit prince, malgré la bonne volonté de son amour, avait vite douté d

'elle.

Il avait pris au sérieux des mots sans importance et était devenu très

malheureux. J 'aurais dû ne pas l 'écouter.

Il ne faut jamais écouter les fleurs.

Il faut les regarder et les respirer.

La mienne embaumait ma planète.

Mais je ne savais pas m 'en réjouir.

Elle m 'embaumait et m 'éclairait.

Je n 'aurais jamais dû m 'enfuir.

J 'aurais dû deviner sa tendresse derrière ces pauvres ruses.

Les fleurs sont si contradictoires.

J 'étais trop jeune pour savoir l 'aimer.

Je crois qu 'il profita pour son évasion d 'une migration d 'oiseaux sauvages.

Il arrosa une dernière fois la fleur, se prépara à la mettre à l 'abri sous son

globe et se découvrit l 'envie de pleurer.

Adieu.

Adieu.

J 'ai été sotte, je te demande pardon.

Tâche d 'être heureux.

Je t 'aime.

Oui, je t 'aime.

Mais oui, tu n 'en as rien su par ma faute.

Ça n 'a aucune importance.

Mais tu as été aussi chaud que moi.

Tâche d 'être heureux.

Laisse ce globe tranquille, je n 'en veux plus.

Mais le vent, je ne suis pas si enrhumée que ça.

L 'air frais de la nuit me fera du bien, je suis une fleur.

Mais les bêtes !

Il faut bien que je supporte deux ou trois chenilles si je veux connaître les

papillons. Il paraît que c 'est tellement beau.

Sinon, qui me rendra visite ? Tu seras loin, toi.

Quant aux grosses bêtes, je ne crains rien, j 'ai mes griffes.

Ne traîne pas comme ça, c 'est agaçant. Tu as décidé de partir, va -t 'en.

Le petit prince commença par visiter les planètes voisines pour y chercher une

occupation et pour s 'instruire.

La première...

était habité par un roi.

La seconde, par un vaniteux. La troisième, par un buveur.

La quatrième, par un businessman.

Le grand monsieur cramoisit tout à l 'heure.

Après chaque visite, le petit prince disait en lui -même que les grandes

personnes étaient décidément très, très bizarres.

La cinquième planète était fort curieuse. C 'était la plus petite de

Il y avait là juste assez de place.

pour loger un réverbère et un allumeur de réverbères.

Le petit prince ne parvenait pas à s 'expliquer à quoi pouvait servir quelque

part dans le ciel, sur une planète sans maison ni population, un réverbère et un

allumeur de réverbères.

Quand il allume son réverbère, c 'est comme s 'il faisait naître une étoile de

plus, ou une fleur.

Quand il éteint son réverbère, s 'endort la fleur ou l 'étoile.

C 'est une occupation très jolie.

C 'est véritablement utile, puisque c 'est joli.

Bonjour.

Pourquoi viens -tu d 'éteindre ton réverbère ? C 'est la consigne. Bonjour.

Qu 'est -ce que la consigne ? C 'est d 'éteindre mon réverbère.

Bonsoir. Mais pourquoi viens -tu de le rallumer ? C 'est la consigne.

Je ne comprends pas.

Il n 'y a rien à comprendre. La consigne, c 'est la consigne.

Bonjour.

Je fais là un métier terrible.

Autrefois, c 'était raisonnable. J 'éteignais le matin et j 'allumais le

J 'avais le reste du jour pour me reposer et le reste de la nuit pour

Et depuis cette époque, la consigne a changé ? La consigne n 'a pas changé. C

'est bien là le drame.

La planète d 'année en année a tourné de plus en plus vite et la consigne n 'a

pas changé. Alors ? Alors maintenant qu 'elle fait un tour par minute, je n 'ai

plus une seconde de repos.

J 'allume et j 'éteins une fois par minute.

C 'est drôle. Alors les jours chez toi durent une minute ? Non, ce n 'est pas

drôle du tout. Ça fait déjà un mois que nous parlons ensemble.

Un mois ? Oui, trente minutes, trente jours.

Bonsoir. Tu sais, je connais un moyen de te reposer quand tu voudras. Je veux

toujours. Ta planète est tellement petite que tu en fais le tour en trois

enjambées. Tu n 'as qu 'à marcher assez lentement pour rester toujours au

soleil.

Quand tu voudras te reposer, tu marcheras.

Et le jour durera aussi longtemps que tu voudras. Ça ne m 'avance pas grand

-chose. Ce que j 'aime dans la vie, c 'est dormir.

Ce n 'est pas de chance.

Ce n 'est pas de chance.

Bonjour.

C 'est le seul dont j 'ai pu faire mon ami.

Mais sa planète est vraiment trop petite.

Il n 'y a pas de place pour deux.

Ce que le petit prince ne voulait pas s 'avouer.

C 'est qu 'il regrettait cette planète bénie à col surtout des 1440 couchers de

soleil par 24 heures.

La sixième planète était habitée par un géographe qui conseilla au petit

prince d 'aller visiter la planète Terre.

Elle a bonne réputation, lui dit -il.

La septième planète fut donc la Terre.

Le petit prince fut bien surpris de n 'y voir personne.

Il avait peur de s 'être trompé de planète.

Quand un anneau couleur de lune remua dans le sable, un serpent.

À tout hasard, le petit prince lui souhaita... Bonne nuit.

Bonne nuit.

Sur quelle planète suis -je tombé ? Sur la Terre, en Afrique.

Ah, il n 'y a donc personne sur la Terre ? Ici, c 'est le désert.

Il n 'y a personne dans les déserts.

La Terre est grande.

Regarde ma planète.

Elle est juste au -dessus de nous.

Elle est belle.

Que viens -tu faire ici ? J 'ai des difficultés avec une fleur.

Ah.

Où sont les hommes ? On est un peu seul dans le désert.

On est seul aussi chez les hommes.

Tu es une drôle de bête.

Mince comme un doigt. Mais je suis plus puissant que le doigt d 'un roi.

Tu n 'es pas bien puissant. Tu n 'as même pas de pas.

Tu ne peux même pas voyager.

Je puis t 'emporter plus loin qu 'un navire.

Celui que je touche, je le rends à la terre dont il est sorti.

Mais tu es pure et tu viens d 'une étoile. Oui.

Tu me fais pitié, toi, si faible sur cette terre de granit.

Je puis t 'aider un jour si tu regrettes trop ta planète.

Je puis... J 'ai très bien compris.

Mais pourquoi parles -tu toujours par énigmes ? Je les résous toutes.

Le petit prince, ayant longtemps marché à travers les sables, les rocs et les

neiges, découvrit enfin une route. Et les routes vont toutes chez les hommes.

les hommes ont des jardins fleuris de roses. Et les roses accueillirent le

prince. Bonjour.

Qui êtes -vous ? Nous sommes les roses.

Et combien êtes -vous ici ? Quatre mille ? Cinq mille ?

Et moi qui me croyais riche d 'une fleur unique.

Je ne possède qu 'une rose ordinaire.

Il y en a 5000 comme elle, toutes semblables, dans un seul jardin.

Je ne suis pas un bien grand prince.

Bonjour.

Bonjour.

Qui es -tu ? Tu es bien jolie.

Je suis un renard.

Viens jouer avec moi.

Je suis tellement triste.

Je ne peux pas jouer avec toi. Je ne suis pas apprivoisé.

Oh, pardon.

Qu 'est -ce que signifie apprivoiser ? Tu n 'es pas d 'ici.

Non. Que cherches -tu ? Je cherche les hommes.

Qu 'est -ce que signifie apprivoiser ? Les hommes, ils ont des fusils et ils

chassent. C 'est bien gênant.

Ils élèvent aussi des poules.

C 'est leur seul intérêt.

Tu cherches des poules ? Non, je cherche des amis.

Qu 'est -ce que signifie apprivoiser ? C 'est une chose trop oubliée.

Ça signifie créer des liens.

Créer des liens ? Bien sûr.

Tu n 'es encore pour moi qu 'un petit garçon tout semblable à cent mille

garçons. Et je n 'ai pas besoin de toi.

Et tu n 'as pas besoin de moi non plus.

Je ne suis pour toi qu 'un renard semblable à cent mille renards. Mais si

'apprivoises, nous aurons besoin l 'un de l 'autre.

Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde.

Je commence à comprendre.

Il y a une fleur.

Je crois qu 'elle m 'a apprivoisée.

C 'est possible.

On voit sur la Terre toutes sortes de choses.

Oh, ce n 'est pas sur la Terre.

Sur une autre planète ? Oui.

Il y a des chasseurs sur cette planète ? Non.

Ça, c 'est intéressant.

Et des poules ? Non.

Il y en a parfait.

Ma vie est monotone.

Je chasse les poules, les hommes me chassent, toutes les poules se

et tous les hommes se ressemblent.

Je m 'ennuie donc un peu.

Si tu m 'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée.

Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres.

Les autres pas me font rentrer sous terre.

Le tien m 'appellera hors du terrier, comme une musique.

Et puis regarde, tu vois là -bas les champs de blé ? Oui.

Je ne mange pas de pain. Le blé, pour moi, est inutile.

Les champs de blé ne me rappellent rien.

Mais ça, c 'est triste.

Mais tu as des cheveux couleur d 'or.

Alors, ce sera merveilleux quand tu m 'auras apprivoisé.

Le blé qui est doré me fera souvenir de toi.

Et j 'aimerais le bruit du vent dans le blé.

S 'il te plaît, apprivoise -moi.

Je veux bien, mais je n 'ai pas beaucoup de temps. J 'ai des années à découvrir

et beaucoup de choses à connaître.

On ne connaît que les choses que l 'on apprivoise.

Les hommes n 'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses

toutes faites chez les marchands.

Mais comme il n 'y a point de marchands d 'amis, les hommes n 'ont plus d 'amis.

Si tu veux un ami, apprivoise -moi.

Que faut -il faire ? Il faut être très patient.

Tu t 'assoiras d 'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l 'herbe.

Je te regarderai du coin de l 'œil et tu ne me diras rien.

Mais chaque jour, tu pourras t 'asseoir un peu plus près.

Le lendemain revint le petit prince.

Il eût mieux valu revenir à la même heure.

Si tu viens par exemple à quatre heures de l 'après -midi, dès trois heures, je

commencerai d 'être heureux.

Plus l 'heure avancera, plus je me sentirai heureux.

À quatre heures déjà, je m 'agiterai et m 'inquiéterai.

Je découvrirai le prix du bonheur.

Mais si tu viens n 'importe quand, je ne saurais jamais à quelle heure m

'habiller le cœur.

Ainsi le petit prince apprivoisa le renard.

Et quand l 'heure du départ fut proche... Je pleurerai.

C 'est ta faute. Je ne te souhaitais point de mal.

Mais tu as voulu que je t 'apprivoise. Bien sûr.

Mais tu vas pleurer.

Bien sûr.

Alors tu n 'y gagnes rien.

J 'y gagne à cause de la couleur du blé.

Va revoir les roses.

Tu comprendras que la sienne est unique au monde.

Tu reviendras me dire adieu et je te ferai cadeau d 'un secret.

Le petit prince s 'en fut revoir les roses, compris que la sienne était

au monde.

Puis il revint vers le renard.

Adieu. Adieu.

Voici mon secret.

Il est très simple.

On ne voit bien qu 'avec le cœur.

L 'essentiel est invisible pour les yeux.

L 'essentiel est invisible pour les yeux.

C 'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.

C 'est le temps que j 'ai perdu pour ma rose.

Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé.

Tu es responsable de ta rose.

Je suis responsable de ma rose.

Ah, ils sont bien jolis tes souvenirs.

Mais je n 'ai pas encore réparé mon avion.

Et je n 'ai plus rien à boire. Tu as soif ? Cherchant un puits ? J 'ai soif

aussi. Il est absurde de chercher un puits au hasard dans l 'immensité du

désert.

Enfin.

Mettons -nous en marche.

Quand nous eûmes marché des heures en silence, la nuit tomba.

Et les étoiles commencèrent de s 'éclairer.

Les étoiles sont belles à cause d 'une fleur que l 'on ne voit pas.

Bien sûr.

Le désert est beau.

Ce qui embellit le désert, c 'est qu 'il cache un puits quelque part.

Le petit prince s 'endormait.

Je le pris dans mes bras.

J 'étais ému. Il me semblait porter un trésor fragile.

Il me semblait même qu 'il n 'y eut rien de plus fragile sur la terre.

Je regardais à la lumière de la lune, ce fond pâle, ses yeux clos, ses mèches de

cheveux qui tremblaient au vent.

Et je me disais, ce que je vois là n 'est qu 'une écorce.

Le plus important est invisible.

Et marchons ainsi.

Je découvris le puits, au lever du jour.

Et je croyais rêver, car c 'était un puits de village.

Il n 'y avait là aucun village.

Les yeux sont aveugles.

Il faut chercher avec le cœur.

Tu tiendras ta promesse.

Quelle promesse ? Tu sais, une muselière pour mon mouton.

Je suis responsable de ma rose.

Je te la définirai. Tout de suite, s 'il te plaît.

Tout de suite ? Tu sais, ma chute sur la terre.

C 'en sera demain l 'anniversaire.

J 'étais tombée tout près d 'ici.

Alors, ce n 'est pas par hasard que...

Le matin où je t 'ai connu il y a huit jours, tu te promenais comme ça tout

à mille milles de toutes les régions habitées.

Tu retournais vers le point de ta chute ?

À cause peut -être de l 'anniversaire ?

Tu dois maintenant travailler.

Tu dois repartir vers Tabachine.

Je t 'attends ici.

Reviens demain soir.

Je repartis en me souvenant du renard.

On risque de pleurer un peu si l 'on s 'est laissé apprivoiser.

Le lendemain soir, lorsque je revins de mon travail, j 'aperçus de loin mon

petit prince assis.

À côté du puits, sur une ruine de vieux murs de pierre.

À qui parlait -il ? Tu ne t 'en souviens donc pas ? Si, si, c 'est bien le jour,

mais ce n 'est pas ici l 'endroit.

Bien sûr.

Tu verras où commence ma trace dans le sable.

Tu n 'as qu 'à m 'y attendre. J 'y serai cette nuit.

Tu as du bon venin ? Tu es sûr de ne pas me faire souffrir longtemps ?

Maintenant, va -t 'en.

Va -t 'en, je veux redescendre. Alors j 'abaissai les yeux vers le pied du mur

et je fis un bond.

Il était là, dressé vers le petit prince, un de ces serpents jaunes qui

exécutent en trente secondes.

Au bruit que je fis, il disparut.

Mon petit bonhomme de prince était pâle comme la neige.

Son cœur battait comme celui d 'un oiseau qui meurt quand on l 'attirait à

carabine.

Petit bonhomme, n 'est -ce pas que tu en avais rêvé, cette histoire de serpents

et de rendez -vous et d 'étoiles ?

Ce qui est important, ça ne se voit pas.

Bien sûr.

C 'est comme pour la fleur.

Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, c 'est d 'où la nuit de

regarder le ciel.

Toutes les étoiles sont fleuries.

Bien sûr.

Tu regarderas la nuit les étoiles ? Oui. C 'est trop petit chez moi pour que ce

manteau se trouve la mienne.

C 'est mieux comme ça.

Mon étoile, ce sera pour toi une des étoiles.

Alors, toutes les étoiles, tu aimeras les regarder.

Elles seront toutes tes amies.

Et puis, je vais te faire un cadeau.

Ah, petit bonhomme.

Petit bonhomme, j 'aime entendre te rire.

Justement, ce sera mon cadeau. Que veux -tu dire ? Toi, tu auras des étoiles

comme personne n 'en a. Mais comment ? Quand tu regarderas le ciel, la nuit,

puisque j 'habiterai dans l 'une d 'elles, puisque je rirai dans l 'une d

'elles. Alors, ce sera pour toi comme si riaient toutes les étoiles.

Tu auras, toi, des étoiles qui savent rire.

Et quand tu seras consolé, on se console toujours, tu seras content de m 'avoir

connu. Tu seras toujours mon ami.

Et tu auras envie de rire avec moi. Et tu ouvriras parfois la fenêtre, comme

pour le plaisir.

Et tes amis seront bien étonnés de te voir rire en regardant le ciel.

Alors tu leur diras, oui, les étoiles, ça me fait toujours rire. Et ils te

croiront fou.

Je t 'en rejoins bien, filatour.

Ce sera comme si je t 'avais donné, au lieu d 'étoiles, des tas de petits

grelots qui savent rire.

Cette nuit, tu sais, ne viens pas.

Je ne te quitterai pas.

J 'aurai l 'air d 'avoir mal.

J 'aurai un peu l 'air de mourir.

C 'est comme ça.

Ne viens pas voir ça. Ce n 'est pas la peine.

Je ne te quitterai pas.

Je te dis ça.

C 'est à cause aussi du serpent.

Il ne faut pas qu 'ils te mordent.

Les serpents, c 'est méchant.

Ça peut mordre pour le plaisir.

Je ne te quitterai pas.

C 'est vrai qu 'ils n 'ont plus de venin pour la seconde morsure.

Cette nuit -là, je ne le vis pas se mettre en route.

Il s 'était évadé sans bruit.

Quand je réussis à le rejoindre, il marchait, décidé, d 'un pas rapide.

Tu es là ? Tu as tort.

Tu auras de la peine.

J 'aurai l 'air d 'être mort et ce ne sera pas vrai.

Tu comprends ? C 'est trop loin.

Je ne peux pas emporter ce corps -là.

C 'est trop lourd.

Mais ce sera comme une vieille écorce abandonnée.

Ce n 'est pas triste, les vieilles écorces ? Ce sera tellement amusant.

Tu auras 500 millions de grelots.

Tu sais, ma fleur, j 'en suis responsable.

Elle est tellement faible.

Elle est tellement naïve.

Elle a quatre épines de rien du tout pour la protéger contre le monde.

Voilà.

C 'est tout.

Il n 'y eut rien qu 'un éclair jaune près de sa cheville.

Il demeura un instant immobile.

Il ne cria pas.

Il tomba doucement, comme tombe un arbre.

Ça ne fit même pas de bruit à cause du sable.

Ça fait six ans, déjà.

Si vous voyagez un jour en Afrique, dans le désert,

Et s 'il vous arrive de passer par cet endroit où le tomber en panne, je vous

supplie, ne vous pressez pas.

Attendez un peu.

Si alors un enfant vient à vous, s 'il rit, s 'il a des cheveux d 'or, s 'il ne

répond pas quand on l 'interroge, vous devinerez bien qui il est.

Alors soyez gentil, ne me laissez pas tellement triste.

Écrivez -moi vite qu 'il est revenu.

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