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Ce gars -là , il est gonflé.
Vous l 'avez pas reconnu ? Celui -lĂ , c 'est Paulus, le gars qui a pris une bĂȘte
avec Simone.
Bon, allez ! Je suis désolée,
messieurs, que vous n 'ayez pas trouvé Paulus.
On peut pas toujours avoir de la chance.
Non, mais il va rentrer. Il rentre toujours avant minuit. Et lĂ , vous
vous expliquer avec lui.
TrĂšs bien, au revoir, mademoiselle.
C 'est bon.
Au revoir, messieurs. Et vous revenez quand vous voulez.
Bon, ça a été fait.
Il n 'y a rien que je déteste plus que les fouilles. Je ne m 'y ferai jamais,
mĂȘme les fouilles me concernant.
Quand j 'ai Ă©pousĂ© ta sĆur, j 'avais horreur qu 'elle vide mes poches avant
porter mes affaires au pressing.
Mais tu crois qu 'il va revenir, Paulus ? Bien sûr, pourquoi il ne reviendrait
pas ? Parce qu 'il ignore que la fille du bar l 'a reconnue.
Et puis c 'est la seule piste qu 'on a.
Et tu le connais ? Non, j 'avais cru.
En tout cas, c 'est pas Paulus.
Bon, qu 'est -ce que je fais, moi, alors ? Rentre chez toi.
Tu me relĂšves dans deux heures, tu vois ?
Tu as vu le mĂ©decin ? Qu 'est -ce qu 'il a racontĂ© ? Il a bon espoir. Ăa fait
quand mĂȘme trois quarts d 'heure qu 'il est sur le billard.
Vous pensez qu 'ils vont me le sauver, monsieur le commissaire ? Bien sûr qu
va s 'en sortir.
C 'est le plus solide d 'entre nous.
Et surtout le plus tĂȘtu.
C 'est ce que je répÚte à ma soeur depuis tout à l 'heure.
D 'autant que, d 'aprÚs ce qu 'elle dit chez l 'urgent, la balle n 'a pas touché
le cĆur.
Elle était slogée directement dans le poumon.
C 'est vrai, c 'est sĂ©rieux, mais c 'est quand mĂȘme moins grave.
Albert, il n 'a pas parlé ? Non, il n 'a pas eu le temps.
Quand le secours est arrivé, il avait déjà perdu connaissance.
C 'est drÎle, parce qu 'ils m 'ont dit qu 'il était évanoui, mais les yeux
grands ouverts, comme s 'il regardait le ciel.
Le type qui a fait le casse de la boßte de nuit, comment il s 'appelle déjà ?
Paulus.
Il y a des hommes qui sont là -bas, à l 'hÎtel meublé.
Ils me tiennent au courant par téléphone. Jusqu 'à présent, ils n 'ont
trouvé.
Comment vous avez su qu 'il habitait dans cette pension, votre Paulus ? C
une fille de la boĂźte qui nous l 'a dit.
Il lui faisait du grain, il l 'a tout de suite reconnu, mĂȘme avec sa cagoule.
Albert ! S 'il vous plaĂźt, madame, merci.
Silence. C 'est moi.
Je suis lĂ .
Docteur Boissy, commissaire Maigret, je suppose.
Il vivra.
Il vivra.
Commissaire.
Comme vous ĂȘtes tout seul en ce moment, je me disais que vous pourriez peut
-ĂȘtre venir dĂźner Ă la maison. Enfin, Ă la fortune du pot. Ăa ferait tellement
plaisir Ă Colette et mon fils vous admire tellement.
Ah ben ça, je suis pas sûr qu 'il ait raison.
Mais pour ce soir, ça va ĂȘtre difficile.
Mais merci pour l 'invitation.
Comment on fait pour les trapades ? Passe -me prendre demain matin Ă 9h.
Ah, commissaire Maigret.
Enchantée de faire votre connaissance. Depuis qu 'on m 'a annoncé votre visite,
je vous attendais avec une impatience.
Donnez -vous la peine d 'entrer.
Alors, votre inspecteur va mieux ? J 'ai appris ça.
Oui, mais ce sera long.
Une balle dans le poumon, c 'est pas rien.
Oh, mais bien sûr que ce n 'est pas rien.
Mais de nos jours, les chirurgiens vous réparent ça d 'un plein deuil.
Je n 'ai jamais douté qu 'il s 'en sortirait.
Est -ce que je pourrais vous parler un moment, madame ? Mademoiselle, Clément.
Sophie Clément.
Je suis Ă votre disposition, M. Maigret.
Préférez -vous ici, dans le salon, dans la cuisine ou dans votre chambre des
prĂȘtres ? Dans le salon, c 'est trĂšs bien.
Je n 'ai plus besoin de vous pour le moment.
A bientĂŽt.
Est -ce que tu as dit que tu commençais à interroger les locataires ? Je porte
la valise dans votre chambre ? Oui, c 'est ça. Second étage à droite.
Ăa fera 10 ans cet automne.
Si vous avez vu ici avant que je reprenne la maison, un Tony.
Remarquez les taudis, ça peut ĂȘtre aussi trĂšs joli, mais enfin...
Vous ĂȘtes de Paris ?
Si je voulais avoir l 'air snob, je vous dirais de Bordeaux. En réalité, je suis
de Toulouse. Et quand je dis Toulouse, c 'est plutĂŽt Rabatin.
Vous connaissez la brasserie liloise Ă Toulouse, sur la place du Capitole ?
Accent du sud -ouest, mais spécialité du nord.
Mon pÚre y a été garçon pendant prÚs de 40 ans. Et j 'allais souvent le chercher
Ă la fin du service.
J 'ai grandi dans des effluves de raviolis au maroilles, de turbotin en
et de poireau caramel.
AprÚs, j 'y suis entré comme caissiÚre.
Alors là , je ne me suis plus contenté de respirer, j 'y ai aussi goûté.
Deux opéras glacés au café par jour et coulis de chicorée.
Ăa vous explique tout ça ? Et aprĂšs Toulouse ? Le rĂȘve, monsieur Maigret.
Combien y a -t -il de gens dans le monde à avoir la chance de pouvoir réaliser
leurs rĂȘves ? TrĂšs peu, finalement.
Moi, mon rĂȘve, c 'Ă©tait de m 'ĂȘtre allĂ©e Ă Paris Ă mon compte.
Et voilĂ .
à l 'amant de mon pÚre, j 'ai eu la surprise de découvrir qu 'il m 'avait
un trÚs bel héritage. Alors j 'ai foncé.
C 'est comme ça que j 'ai pu reprendre l 'estrapade.
Ăa vous plaĂźt ? Oh, c 'est coquet.
Merci.
C 'est un truc que je vois du monde. Des gens trÚs différents, trÚs gentils.
Moi, je pourrais pas vivre toute seule. J 'ai besoin de sentir la vie autour de
moi. Vous n 'avez jamais songé à vous marier ? Vous ne buvez pas votre
chartreuse ? Non, merci.
Mais vos locataires, la nuit, comment font -ils pour entrer ? Ils ont une clé
Ils sonnent. J 'ai un cordon Ă la tĂȘte de mon lit, comme les concierges.
Ainsi qu 'un commutateur électrique qui commande la lumiÚre des escaliers du
couloir. C 'est trĂšs amusant.
Ils disent leur nom ? C 'est pas la peine. Avant de leur ouvrir la porte, j
'éclaire le corridor.
Ma chambre est au fond. C 'est une vieille maison drĂŽlement bĂątie.
Alors la nuit, si je veux sortir, je dois vous réveiller ? Mais bien entendu
Et le jour ?
La porte reste ouverte, mais personne ne peut passer Ă mon insu.
Il y a un autre petit Judas dans la cuisine, je vous montrerai.
Oh, pardon.
Mais il n 'y a pas de mal, monsieur Costancourt. Venez, je vais vous
Emile.
Je connais Costancourt, mes petits roumains étant de Bucarest, des
On n 'a pas été tendres pendant la guerre avec des gens comme eux.
Second étage, gauche.
Vous avez beaucoup de locataires ? Huit. Je veux dire que j 'ai huit chambres
louées. Mais en réalité, avec M. Paulus, ça fait 11 personnes au carnet de
couple. Un au second étage, les Coustancou que vous venez de voir, et un
bébé au premier étage.
Tout le monde était rentré au moment du coup de feu ? Non.
M. Lyotard était sorti et rentré un quart d 'heure aprÚs, alors que la
était déjà ici.
Mlle Isabelle n 'était pas non plus dans sa chambre. Elle est revenue un peu
avant minuit.
Mais ces messieurs l 'ont questionné comme les autres.
Vous savez, tout le monde a compris qu 'il ne fallait pas prendre la chose en
mauvaise part.
Oh, mais ce sont des gens merveilleux, vous verrez.
Je ne sais pas si c 'est de la bonté de votre part ou de la candeur, mais je
suis obligé de vous rappeler que parmi ces gens merveilleux, quelqu 'un a tiré
sur un de mes hommes, le inspecteur Archambault.
Et que s 'il était mort, l 'auteur du coup de feu risquait la peine capitale.
Ă propos, M.
Paulus, votre locataire fantĂŽme, qu 'est -ce qu 'il fait dans la vie ? Il
travaille chez... aux établissements Boulard ou quelque chose comme ça.
125 rue Montmartre, ça j 'en suis sûre.
Il travaille ou il travaillait. Vous savez, moi, je ne pose jamais de
mais le locataire... Vous permettez que je téléphone ? Oui, venez, je vais vous
montrer l 'appareil.
Les locataires sont priés de déposer ici un franc pour chaque appel local pour
le régional et l 'interurbain s 'adresser à Mlle Clément.
Non, je vous en prie.
Merci.
Il n 'y en a pas qui restent ? Je les vois faire par mon judas.
Ce n 'est pas toujours ce qu 'on soupçonne.
M. Poulus ne manquera jamais de mettre sa monnaie dans la terre.
L 'hĂŽpital Cochin ? J 'aimerais avoir le service du professeur Boissy.
En chirurgie, oui.
Merci.
Votre inspecteur m 'avait confié qu 'il comptait s 'acheter une petite maison
dans le Lot.
Nous avons beaucoup bavardé.
C 'est un homme si attachant.
Le service du professeur Boissy.
C 'est le commissaire Mégal à Paris.
J 'aurais aimé avoir des nouvelles d 'Albert Archambault. Il est entré dans
votre service avant -hier soir, oui.
Il a passé une bonne nuit ? Il n 'a pas parlé ? Comment ?
Aline ? Aline, c 'est le nom de sa femme.
Ah ben, c 'est plutĂŽt bon signe, oui.
Bien. Ăcoutez, je vous appellerai dans la soirĂ©e ou bien demain matin.
Au revoir.
M. Valentin Descaires, M. le commissaire Maigret.
Commissaire. M. Valentin est chanteur Ă voix.
Il a eu un vrai trio, votre fois, dans les cloches de... Corneville.
Voilà , c 'est ça, les cloches de Corneville.
M. Valentin, voyez -vous, M. Maigret, est devenu, comment dirais -je, un
véritable pédagogue du chant.
Pour les voix jeunes.
TrĂšs jeunes.
Et féminines.
Justement, je m 'apprĂȘtais Ă accueillir une de mes Ă©lĂšves.
La petite Charlotte n 'est pas encore arrivée.
Dans ce cas, je n 'ai plus qu 'Ă me retirer et attendre.
Autrefois, M.
Maigret, c 'est moi qui faisais attendre mes amis, mes admirateurs.
Oh, alors, allons, M. Valentin, la vie est belle. On n 'a encore rien inventé
mieux.
En tant que chanteur, vous devez avoir l 'oreille absolue, j 'imagine.
En principe, oui.
Vous n 'avez rien remarqué avant hier soir, entre 11h et 11h30 ? S 'il s 'agit
du coup de feu qui a battu votre collÚgue, j 'ai déjà répondu sur ce
inspecteurs. J 'ai répondu non.
Mon sommeil aussi est absolu. Il n 'y a pas de secret, c 'est grĂące Ă mes
infusions de miel sauvage. Je vous en offre une tasse quand vous voulez,
monsieur le commissaire.
Bonjour, Charlotte.
Entre.
Bonjour, de la part de maman.
Merci, je te remercie. Mais ne crois pas acheter mon indulgence de cette façon.
J 'espĂšre que cette fois, tu as appris ton guide.
Vous aimez les artistes, M. Maigret ? Moi, je les adore.
Je trouve, comment dirais -je, que ce sont des sortes de guides spirituels,
ne trouvez pas ? Ăa dĂ©pend desquels.
Vous voulez que je vous montre votre chambre ? Je vous ai préparé celle de M.
Paulus. Non, pas tout de suite. Mon adjoint est toujours dans les Ă©tages ? Ă
avis, il est chez M.
Frachin. Comment le savez -vous ? La maison a un cĆur, M. Maigret, et je suis
seule Ă pouvoir l 'entendre.
Pardon, permettez ?
Laisse -tra pas de maison bourgeoise, bonjour.
Mais bien sûr, y a pas de problÚme.
Un petit instant.
C 'est qui, le maison ? Ăa m 'Ă©tonnerait.
Alors ? Ah, c 'est toi.
Déjà inquiÚte, mais je viens à peine d 'arriver.
Une enquĂȘte, une enquĂȘte sĂ©rieuse.
Archambault a été gravement blessé.
Juste en face de l 'endroit oĂč je te parle.
Ben écoute, je ne sais pas.
Oui.
Quand on aura trouvé le coupable, celui -là , on l 'aura, je te le garantis.
Vous.
Bon.
Moi aussi.
Allez, je t 'embrasse.
La prochaine fois, c 'est moi qui t 'appelle.
Mademoiselle Isabelle Fresco.
Premier étage, s 'il vous plaßt.
Je vous laisse tous les deux, commissaire.
Je vous conseille, monsieur le commissaire.
100 % Normandie.
Mademoiselle Clément prend chez un crémier de moustard qu 'il ramÚne chaque
matin d 'Izini.
Formidable question de santé.
En plus, ça fait plaisir au gouvernement.
Je suis Ă vous, commissaire.
Paulus Belgrand, vous le voyez souvent ? Souvent, non.
Ăvidemment, pour me faire une petite idĂ©e.
Un gentil Paulus.
Intimide.
Les clients et le personnel de la boßte de nuit qu 'il a attaqué pensent
différemment.
Je vous rappelle que non seulement il a attaqué une boßte de nuit, mais qu 'en
plus il est soupçonné d 'avoir tiré sur un inspecteur de police.
Si vous voulez, je peux vous raconter une petite histoire qui en dit long sur
lui.
Quelle vous auprĂšs ? Oh, rien d 'extraordinaire.
Je crois pas qu 'on puisse vraiment appeler ça faire la cour, mais... Moi,
matin, j 'ai pris l 'habitude de manger un croissant dans un bar de la rue
Guélissac avant de prendre mon métro.
Et un jour, Paulus m 'accoste Ă la sortie et il me dit... Je peux vous
accompagner à la nouvelle de l 'étrapage ? Parce que naturellement, on s 'était
croisés ici ou dans l 'escalier à plusieurs reprises.
J 'ai répondu que j 'étais assez grande pour marcher dans la rue toute seule.
Le matin, je suis d 'une humeur de chien.
Je suis capricorne Ă son embelli.
Et ensuite ? Eh bien, rien, justement.
Le temps de tourner la tĂȘte, il avait dĂ©jĂ fait demi -tour en balbutiant des
mots d 'excuse.
Lorsque j 'ai raconté l 'histoire à mademoiselle Clément, naturellement,
trouvé ça délicieux.
Moi, je pense que c 'est plutĂŽt rare, un jeune homme aussi timide.
Avec lui, les gens insistent.
Mais presque par contre, non.
En somme, vous trouvez curieux qu 'un jeune homme aussi timide s 'attaque Ă
ancienne boĂźte de nuit et tire sur un inspecteur de police ? Eh bien, oui.
Pas vous.
La timidité peut cacher beaucoup de violence.
Regardez ça.
Police, le gangster de la rue Campagne PremiĂšre.
Franchement, j 'ai du mal Ă y croire.
C 'est ce qu 'elle m 'a dit, mademoiselle Clément, ce matin, quand
Peut -ĂȘtre que si je l 'avais Ă©coutĂ©e, Poulisse, rien ne serait arrivĂ©.
On serait devenus amis.
Une réponse à autre chose qu 'à dévalider un bar.
Alors, mademoiselle Clément, c 'est ton nom ? Je vous accompagne.
Mais voilĂ .
Merci mademoiselle.
Oui ? Ăa c 'est quoi ? DĂ©jĂ trois escroqueries Ă cause de nouveaux
francs. J 'en étais sûr.
C 'est qu 'un début.
Tu t 'en sors, toi, avec les fronts lourds ? Pas vraiment, non.
Bon, alors ? Alors, j 'en ai déjà interrogé un, Oscar
Frachin, comptable. Bon, sa sombre donne sur la cour, donc.
Donc, rien vu, rien entendu.
Exact.
Frachin est trĂšs agressif. Il ne nous aime pas du tout, mais alors pas du
Et ce, depuis tout.
Il n 'est pas le seul, c 'est trÚs répandu.
Moi, j 'ai interrogé Mlle Fresco.
Rien vu, rien entendu non plus.
Tout ce que j 'ai appris, c 'est qu 'elle aime le lait.
à part ça ? La balle qui a frappé Albert provient d 'un gros calibre. Sans doute
un colt avec un barillet.
Une arme lourde, alors.
Et encombrante. Difficile Ă dissimuler dans une poche.
Tu vas passer au 125 rue Montmartre.
Aux établissements de boulard.
On sait jamais, les marchands de fonds sont souvent armés.
Avec ou sans permis.
Ah ! J 'ai eu Cochin.
Ton beau -frÚre a passé une bonne nuit.
Je dois passer le voir -canto avec Aline.
Je ferme ? Non, laisse en trou vert.
Il paraĂźt qu 'elle a un cĆur, cette maison.
J 'aimerais bien l 'entendre.
C 'est le mari de Madame Borsicot.
Elle, elle est trĂšs malade.
Elle ne sort plus de sa chambre depuis 5 ans.
Elle passe toute sa vie assise ou allongée sous son lit.
Et lui, il part demain aux aurores pour plusieurs semaines.
Il est commissaire de bord sur un navire.
Le Neptune.
Un homme merveilleux, lui aussi.
Pourquoi pas ? En somme, chez vous, comme partout, il n 'y a que de braves
Il y a tellement plus de braves gens sur Terre qu 'on ne pense.
Moi, qu 'est -ce que vous voulez ? Qu 'on puisse voir le mal partout, ça me
dépasse. Pour vous, c 'est différent, c 'est votre métier.
Tenez, ça c 'est pour vous.
Des fleurs de la confesse carpe. J 'espĂšre que vous ne faites pas d
Aux végétaux, non.
Mais aux mensonges et Ă la dissimulation, en revanche, ça doit ĂȘtre
C 'est M.
Berlinga. Il est né en Extremadura.
Sa chambre est juste au -dessus, à cÎté de celle des Custancos. Vous ne
devinirez jamais ce qu 'il fait depuis 5 ans.
Il est infirmier dans une maison pour alliés.
Je n 'aime pas le mot asile, c 'est trop dur.
Il ne parle pas beaucoup sur son téléphone, alors ça peut durer
Les fous, c 'est un midi trĂšs dur.
Alors il se défoule au bout du fil.
Il a été journaliste.
C 'est un monsieur trĂšs bien.
Il a fait la guerre civile d 'Espagne et puis il a dĂ» fuir son pays.
Il est méritant, lui aussi, M.
Berlinga.
Bien sûr.
Vous vous amusez bien, Mlle Clément.
Oui, M. Maigret, je m 'amuse toujours, mĂȘme quand ce n 'est pas drĂŽle. C 'est
péché.
Dans certaines circonstances, la décence exigerait un peu de retenue.
Mais quelle décence ? Vous ne jouez pas la comédie, commissaire, je suis comme
ça. Je ne me moque de personne. Au contraire, je respecte tout le monde. J
les gens, moi.
Et par mes petites attentions, mes gaietés, mes rires, je donne des
leur vie, modestement.
Et jusqu 'ici, personne ne s 'en est plein.
Là -bas ? Pour avoir accÚs aux stérilisations, il fallait demander 15
autorisations. Et c 'était toujours Nietzsche.
Lui, au moins, il a le droit de s 'appeler Lyotard depuis sa naissance.
C 'est fini pour lui, Lyotardovitch.
Et pour nous aussi, j 'espĂšre.
Vous avez quitté l 'URSS il y a longtemps ? Il y a deux ans.
DĂšs qu 'on a pu.
Mon mari est chercheur.
Un grand virologue.
Ce qu 'il veut, enfin...
Ce que nous voulons, c 'est faire profiter l 'Occident de ses découvertes
tuberculose.
Dans mon pays, on me prend pour un fou, comme tous ceux qui ne regardent pas
dans la mĂȘme direction que les autres.
Pierre a des contacts avec l 'Institut Pasteur.
Oui, j 'espĂšre les convaincre de nous engager, moi et ma femme.
Marina, tu vas m 'en ĂȘtre contente.
Tu me donnes sur la rue ? Oui.
Vous m 'avez dit que...
Vous étiez sortie au moment du coup de feu.
Vous ĂȘtes sortie pendant un quart d 'heure, c 'est ça ? Oui.
Et vous, madame, vous n 'avez rien entendu ? Non.
Quand Alexandre s 'endort, enfin, je tombe comme une masse. Vous savez, je
si fatiguée.
Nous l 'avons appelĂ© Alexandre, pas Ă cause de notre pouchkine, un hommage Ă
votre Dumas.
Vos papiers sont en rÚgle, bien sûr.
Oui, oui, bien sûr.
Et vous pouvez me dire ce que vous avez fait quand vous ĂȘtes sorti ? J 'ai sorti
juste pour respirer. J 'ai fait le tour du pùté de maison. Je veux boire une
biĂšre. Tu peux le dire, Pierre, je ne t 'en voudrais pas.
MĂȘme deux.
Ah, Mlle Clément est revenue du marché.
Le monsieur Valentin, avec ses leçons particuliÚres.
Ah,
je vous ai pris des poires et j 'espĂšre que vous les aimez.
Je les porterai dans votre chambre quand j 'irai faire votre lit, oui.
Vous progressez ? Ă votre avis.
Mon terme, c 'est la fin du mois.
Tiens, M. Huret, justement, je parlais de vous au commissaire Maigri. Je lui
disais que vous payez toujours votre loyer sans retard.
Ăa me soulage.
Une habitude de vieux garçon.
J 'ai contracté trÚs tÎt celle -là , celle -là et d 'autres, d 'ailleurs.
Ă Panama, Ă Brazzaville.
Vous savez, lĂ -bas, si on n 'a pas des habitudes trĂšs strictes, on ne tient pas
le coup.
Vous désirez m 'interroger, commissaire ? Vos hommes l 'ont déjà fait.
Allons pas pour le moment.
J 'aime autant mon café, c 'est sacré.
C 'est M. Huret.
Au début, j 'ai cru qu 'il allait repartir.
Il avait demandé une chambre sur rue, il n 'y en avait plus.
Et puis finalement, il a trouvé que c 'était aussi bien comme ça.
M. Huret ne peut pas vivre sans voir le ciel et le soleil.
Vous avez entendu ce qu 'il a dit.
C 'est un monsieur qui nous arrive des pays chauds.
Vous aimez les pays chauds, M. Maigret ?
Pas trop chaud.
Venez voir.
C 'est un original.
Chacun sa petite manie.
Votre cafĂ© va ĂȘtre froid.
J 'aime pas trop chaud non plus.
Voyez, moi aussi, je suis un original.
En principe, il était là pour confectionner les petites annonces.
Les affichettes présentant les fonds de commerce à vendre.
Confectionner et les rédiger.
Les rédiger, il fallait voir une faute par phrase.
Vous lui connaissiez des amis ? Des amis, non.
Des ennemis non plus, d 'ailleurs.
Du Vauchel !
OĂč ça en est avec le transitaire pour Bamako ? Je client tous les matins sur
dos, moi. Merde ! Vous dites jamais merde, vous, dans le boulot ?
Moins souvent que je voudrais, mais j 'en pense pas moins.
Eh bien, vous avez tort.
Faut dire, faut expectorer le trop plein.
Le polus, par exemple.
Je l 'ai expulsé.
Deux que je me suis rendu compte qu 'il piquait dans la caisse. Il piquait petit
par -dessus le marché. Petit bout par petit bout. Une misÚre.
J 'en Ă©tais gĂȘnĂ© pour lui.
Le commissaire Maigret.
Coup de feu.
Pardonnez -moi de vous recevoir dans ma chambre.
C 'est Ă la fois le salon, le bureau, la salle Ă manger.
C 'est tout ce qu 'on veut.
Et qu 'on ne voudrait pas dans son état normal.
Or, moi, mon état normal, je ne sais plus ce que c 'est depuis longtemps.
Asseyez -vous oĂč vous pouvez.
Le désordre s 'est devenu comme un ami.
C 'est d 'ailleurs le seul qui me reste.
Je vous écoute, commissaire.
Je peux ? Oui, mon mari fume aussi, ça ne me dérange pas.
Votre mari est souvent en déplacement ? Je ne vois pas en quoi ça vous
intéresse.
Vous n 'ignorez pas qu 'un crime a été commis.
100 morts d 'hommes, mais ça reste un crime.
Samedi soir, dans la rue, sur le trottoir d 'en face.
Je doute que Désirée croit que ce soit à ce reproche.
Je mĂšne une enquĂȘte et je souhaite rĂ©unir le maximum de renseignements.
Mon mari travaille depuis 23 ans pour les chargeurs réunis. Il est commissaire
de bord sur l 'un de leurs bateaux.
Le Neptune.
Information de Mlle Clément.
Une bien gentille personne, en effet.
La gentillesse mĂȘme.
Pour ce qui est de mon mari, il n 'est pas toujours attachĂ© au mĂȘme bateau.
En ce moment, c 'est l 'Afrique, donc c 'est le Neptune.
Quand j 'ai vu partir avec sa malle ce matin,
je suppose qu 'il a rejoigné son bord.
Absolument.
Il est en route pour Pointe -Noire, en Afrique équatoriale.
Il n 'est presque jamais en France.
Il met plus d 'un mois pour aller et autant pour revenir.
De sorte qu 'il revient Ă peu prĂšs tous les deux mois ? Oui.
Pour longtemps ? C 'est variable.
Il a tenté de m 'expliquer à maintes reprises le systÚme de roulement, mais j
'ai rien compris.
Désirer est la patience fait homme.
Et avec quelqu 'un dans mon état, il en fout.
Lorsqu 'il est Ă Paris, c 'est pour plusieurs semaines ? Une fois sur deux
seulement.
Dans ces cas -lĂ , il a un mois de vacation.
Et les autres fois, il a juste le temps de venir m 'embrasser, de prendre des
effets, de s 'embarquer Ă nouveau.
Et le dernier séjour, c 'était un séjour d 'un mois ? Non, il ne restait que
deux nuits.
Ăa a l 'air de vous contrarier.
Si je vous demande le pourquoi de toutes ces questions, vous ne me répondrez
pas. Le plus difficile dans une enquĂȘte de ce genre, c 'est de fixer les allĂ©es
et venues de chacun avec certitude.
L 'idée m 'est venue qu 'une personne qui ne perçoit le monde extérieur que de
sa chambre...
peut enregistrer certains détails avec plus d 'exactitude que les autres.
Deux nuits, vous avez dit ? Votre mari serait donc arrivĂ© le jour oĂč mon
inspecteur a été blessé ? Oui.
Avant le coup de feu ? Non, mon mari n 'était pas encore à la maison au moment
de la détonation.
Heureusement.
Parce que s 'il était arrivé un peu plus tÎt, je suppose qu 'il figurait parmi
vos suspects.
Je lis dans vos yeux, M. Maigret, quel Ăąge a -t -elle, cette femme, avec ses
cannes et son air pĂąle ? 48 ans.
Et désirée 60 l 'année prochaine.
Ce qui signifie qu 'il prendra sa retraite dans un an, et que je n 'aurais
'attendre.
Je me prépare déjà à leur gréter, mais c 'est comme ça.
Au moment du coup de feu, la fenĂȘtre Ă©tait fermĂ©e.
Montre ouverte, je crois, le tord baissé.
Je ne suis plus sûre.
Et vous avez tout de suite pensé à un coup de feu ? Il n 'y avait pas d 'auto
dans la rue, donc ça ne pouvait pas ĂȘtre un pneu Ă©clatĂ©.
Vous n 'avez pas entendu du bruit de pas, juste avant ?
On a une vue
privilégiée de votre chambre.
J 'aurais dû voir quelque chose de précis.
Du non, mais... Vous auriez pu.
Et puis ensuite, j 'ai vu des personnes qui faisaient cercle autour du corps.
Et puis d 'autres qui venaient d 'un peu partout.
Vous savez, il y a toujours eu des gens que l 'odeur du sang attire.
Mais moi, mĂȘme si j 'avais pas ça, je ne serais pas descendue, croyez -moi.
Oui, je vous crois.
Monsieur Hulret, vous Ă©tiez oĂč avant de vous installer Ă l 'Estrapade ? En
Afrique. Je croyais vous l 'avoir dit.
Vous y faisiez quoi, au juste ? Oh, s 'il y avait eu des diamants, j 'aurais
vendu des diamants.
Je me suis contenté de boßtes en fer blanc.
Une fabrique de Saint -Nazaire implantée là -bas, mais tout ça, c 'était pas
pour moi.
Oui, monsieur Maigret, moi, ce qui m 'aurait plu, c 'est de vendre des choses
qui sont pas Ă vendre.
Le soleil, la mer, les étoiles, les étoiles, surtout.
Faire le commerce de la grande ours, négocier la petite ours, faire la
pour Antares.
Ăa serait de la gueule, tandis que l 'affaire Blandry, entre nous, c 'est
mĂȘme pas ça.
Vous nous quittez déjà , commissaire ?
Bonjour, monsieur le commissaire.
Ah, mon pauvre Albert.
T 'es pas trop mal ?
T 'as pas vu celui qui t 'a tiré dessus ? Quel
salopard.
Tu fumes, toi ? T 'as allumé une cigarette ?
Là , l 'aumÎne est pas trÚs éclairé.
Tu devais ĂȘtre une vague silhouette dans l 'obscuritĂ©, mais quand t 'as allumĂ©
ta cigarette, t 'es devenue une cible plus précise.
Tu comprends ?
Et
Ă propos de Paulus...
Tu n 'avais rien découvert qui ne soit pas dans tes rapports ?
MĂȘme une histoire ancienne qui n 'y a pas
pensé ? Pas quelqu 'un qui pourrait en vouloir assez pour te tuer ?
C 'est une affaire de quoi ?
Il piquait dans la caisse, mais c 'est un grain petit.
Non, laissez -en trouver.
Alors, on fait quoi ? Laisse Lucas s 'occuper de Polish.
Et toi, tu vas essayer de trouver dans les archives une affaire Martineau.
Une nouvelle piste ? Vous soupçonnez quelqu 'un ? On ne soupçonne pas, on
enquĂȘte.
Monsieur Maigret, vous m 'avez fait une de ces peurs.
DÚs que j 'ai entendu des pas, j 'ai éteint la lumiÚre.
Et quand les pas se sont rapprochés, je n 'ai laissé tomber ma tasse.
Je suis désolé.
J 'avais soif.
Vous, je vois que vous avez faim.
Vous vous relevez pour manger ? Ăa m 'arrive presque toutes les nuits.
Je sais bien que je ne devrais pas débrouiller comme ça, mais c 'est plus
que moi.
Vous voulez du café ? Non, je prendrais bien un verre d 'eau.
Venez. Merci.
Je ferais peut -ĂȘtre mieux d 'aller passer une robe de chamois.
Non, parce que si on nous surprenait, certains trouveraient peut -ĂȘtre ça trĂšs
drĂŽle, mais pas tous.
M. Huret, par exemple, est trĂšs Ă cheval.
Vous permettez de se voir ?
Vous mangez un morceau ? Ă cette heure -ci, Iso, merci.
Asseyez -vous.
Vous ne mangez pas, vous ?
Ils sont tous rentrés ? Tous.
Sauf mademoiselle Isabelle et monsieur Fracham.
L 'homme qui n 'aime pas la police ? Vous savez, faut pas lui en vouloir.
Ce soir, il travaille chez un ami qui lui donne des leçons de japonais.
Ăa peut l 'ĂȘtre -t -il.
Il a besoin de peu de sommeil, c 'est une chance.
Vous dormez beaucoup, vous ? Ăa dĂ©pend.
Je serais plutĂŽt une grosse mangeuse qu 'une dormeuse.
Et vous ? Moi, je mange, je bois et je dors normalement.
J 'ai bien peur d 'ĂȘtre un type terriblement normal.
Bon, pour moi, ça va mieux.
Maintenant, je peux aller me coucher.
Vous n 'avez plus besoin de rien ? Non, merci.
Bonne nuit, M. McGregor. Vous ne finissez pas votre sandwich ? Il vous
mais allez -y.
Regardez comme il est beau.
Il ne demande qu 'Ă ĂȘtre mangĂ©.
Je ne sais pas ce qu 'il demande, mais... Je crois bien qu 'il m 'a parlé.
Oui ? Commissaire Maigret ? Entrez.
Désiré ? Juste regarder quelque chose.
Désolé de vous avoir débrouillé.
Vous ĂȘtes allĂ© prendre votre petit -dĂ©jeuner ? Au cafĂ© d 'en bas, je suis
Le Robusta est le meilleur de tout le cinquiĂšme.
Et vous avez vu Colette, la patronne.
Ancienne Miss Poitou.
Quel festin.
Ăa vous arrive de prĂ©parer les repas pour vos locataires ? Pas les repas
proprement dit.
Parfois, je leur fais le café du matin ou encore ils descendent et se le
prĂ©parent eux -mĂȘmes.
Comme monsieur Urey.
VoilĂ .
Mais le mercredi, je fais une exception. Ce soir, on dĂźne tous ensemble.
Et moi, qui suis la tolĂ©rance mĂȘme, je n 'admets aucune dĂ©rogation Ă la rĂšgle.
Attention.
Vous avez bien dormi avec votre casse -croûte de cette nuit ?
PlutĂŽt bien, ma foi.
Et vous ?
Vous allez dans le couloir ? Ce n 'est évidemment pas quelqu 'un qui vient
ça pour s 'amuser ou pour prendre de l 'exercice.
Je ne l 'ai pas vue hier.
Parce qu 'elle ne vient que quatre jours par semaine.
Elle a cinq enfants. Il faut aussi qu 'elle fasse son ménage chez elle.
Vous lui avez parlé ? Non.
C 'est elle qui fait toutes les chambres ? Pas toutes.
Mademoiselle Isabelle et M. et Mme Liotard se débrouillent avec les leurs.
Sauf le vendredi et le samedi. LĂ , elle les fait tout Ă fond.
Et la vĂŽtre ?
Je suis encore capable de m 'occuper de ma chambre toute seule, non ? Ăa
va ? Ăa va, c 'est
pas trop.
Quand mĂȘme.
Entrez, monsieur Berlanga.
Vous avez devant vous une grande blessée.
Je compte sur vous ce soir, n 'est -ce pas ? Bien sûr.
C 'est Ă cause de vous ?
Je n 'aurais jamais imaginé que vous me troubleriez autant.
Cette nuit, je vous ai dit que votre sandwich m 'avait fait des confidences.
Mais Ă vos paupiĂštes, c 'est exactement la mĂȘme chose.
J 'ai fait le compte.
Si vous en servez deux par personne, il y en a deux de trop.
Je voudrais compter aussi.
J 'aimerais bien visiter votre chambre, mademoiselle Clément.
Mais vos inspecteurs l 'ont déjà fait le premier jour.
Quand ils ont cherché pour lui, oui.
Oui.
Ăa vous dĂ©range de me la montrer Ă nouveau ? Le mĂ©nage n 'est pas fait.
Ceci dit, vous m 'avez déjà vu en chemise cette nuit.
Vous vous servez votre petit déjeuner au lit ? Je suis désolé,
je vais vous contrarier, mais je suis obligé de regarder sous le lit.
Christianie, viens voir.
Allez, sortez, Paulus.
Elle ne savait pas.
Qu 'est -ce qu 'elle ne savait pas ? Que je me cachasse son lit.
C 'est en son absence que vous vous rasez ? Je vous jure. Ecoutez, monsieur
Maigret, je vous ai un peu trompé, c 'est vrai. Enfin, un peu, oui.
En réalité, ça ne s 'est pas passé comme vous croyez.
Ce n 'est pas lui qui a tiré sur votre inspecteur. C 'est vous qui le dites.
Je ne sais pas ce que ça vaut du point de vue de la loi, mais je vous en fais
serment. Parce que vous étiez avec lui à ce moment -là .
C 'est ça.
Oui.
Dans le lit ? Je me doutais que vous alliez dire ça.
S 'il a couché dans mon lit, c 'est quand je n 'y étais pas.
C 'est vrai ce qu 'elle vous dit.
Vous étiez en haut quand les inspecteurs sont arrivés ? Je les ai vus par la
fenĂȘtre. Comme l 'immeuble a qu 'une issue, je suis montĂ© au grenier.
Ah, parce qu 'on n 'a pas visité le grenier ? Si, bien sûr qu 'on a fouillé.
Vous connaissez Albert.
Mais j 'avais eu le temps de monter sur le toit.
J 'y suis passé et il est parti de la journée collé contre une cheminée.
Quand j 'ai pensé qu 'il n 'y avait plus de danger, je suis rentré dans la
maison par la lucarne et je suis descendu jusqu 'ici.
T 'en as pas profité pour te sauver ? Moi, je pensais bien qu 'il y avait
des policiers dans la rue.
Et alors, c 'est pour ça que t 'es descendu ici, dans la chambre de Mlle
? Ouais.
Mais je pensais pas que ça durerait aussi longtemps.
Et depuis les coups de feu, vous vivez ensemble, comme ça, dans cette chambre,
avec un seul lit.
sur lequel vous vous allongez Ă tour de rĂŽle, si je puis dire.
Et Ă cause de la surveillance, vous ĂȘtes obligĂ©s de vous lever toutes les nuits
pour lui donner Ă manger.
Le sandwich que vous n 'arriviez pas Ă avaler entre deux heures et deux heures
et demie du matin, c 'était lui.
Bien.
Appelle la préfecture.
Qu 'est -ce que vous allez faire ? Vous m 'arrĂȘtez ? Pas tout de suite.
Salut pour l 'or.
On pourrait aller m 'acheter des cigarettes ? Un petit coup encore.
Des cigarettes, il y en a dans mon bureau.
Vous savez, pour votre inspecteur, c 'est pas moi, je vous le jure.
Puis pourquoi j 'aurais voulu le tuer ? D 'ailleurs, j 'avais mĂȘme pas de
revolver. Pour la cigogne, c 'était qu 'un jouet de bazar.
Allez, viens.
Assieds -toi.
Pour la chambre, c 'était une idée de toi ou de Mlle Clément ? à moi.
Elle me suppliait de me garder en lui promettant que je serais sage et que je
regarderais pas se déshabiller.
Et tu l 'as pas regardée ? Un peu.
Et tu comptais y rester longtemps, dans cette chambre ? Jusqu 'Ă temps que la
police m 'oublie, quoi.
Et aprĂšs ? Tu serais allĂ© oĂč ?
On ne sait rien, je ne sais pas.
C 'est vrai que tu frĂ©quentes les boĂźtes de nuit ? Ăa dĂ©pend quand j 'ai de l
'argent.
Tu peux en prendre une autre, si ça t 'aide.
Avant de travailler chez Boulard, Boulard Marchand Faux, qu 'est -ce que
faisais ? Des petites annonces.
C 'est comme ça que j 'ai trouvé à vendre mes encyclopédies.
Et aprÚs, je me suis installé chez Mlle Clément.
Qui t 'a refilé l 'adresse de l 'Estrapade ? C 'est par hasard.
Elles me sont venues porte à porte avec mes bouquins, j 'ai fait l 'écriteau.
DÚs que je suis rentré, elle s 'intéressait à moi.
Elle a toujours été trÚs gentille avec moi.
De toute façon, elle est gentille avec tout le monde.
Vous savez, j 'ai eu trois mois de loyer, elle aurait pu me mettre dehors,
elle ne l 'a pas fait. C 'est vraiment une femme qui a du cĆur.
Il n 'y a jamais rien dĂ» entre vous ? Jamais, parole d 'honneur.
Elle a pas essayé ? Depuis 40 ans.
Justement.
T 'as jamais possédé de revolver ? Non.
T 'en aurais pas emprunté un ? Je peux faire des conneries, mais pas pour
entendre un assassin.
Je me demandais si vous alliez revenir.
Eh ben voilĂ , je suis revenu.
Vous l 'avez mis en prison ? Parbleu, ça lui fera pas de mal, d 'ailleurs.
Vous auriez dĂ» m 'y mettre aussi.
Mais c 'est pas trop tard, recel de malfaiteur.
Mais ça sent bon chez vous, dites -nous.
Ce sont les paupiĂštes.
Ah, des paupiĂštes, c 'est vrai.
J 'ai bien fait de revenir.
Alors, monsieur Cossancourt ?
Je sais que vous l 'aimez, ma liqueur d 'orange, M. Frachin.
M. Rey est encore en retard, mais je le sers quand mĂȘme.
M.
Lyotard.
La belle Mme Lyotard.
M. Berlanga, ça vous rappellera les noeuds de viande à l 'aune, mais ma
d 'orange est moins sucrée.
M. Valentin, s 'il vous plaĂźt.
Madame Coustancourt, je crois, vous ne buvez toujours pas.
Jabel.
Pardon, monsieur Maigret. Monsieur Maigret, j 'espĂšre que vous me ferez
'honneur qu 'Ă ma chartreuse.
Et enfin, pour moi, un peu.
Alors, Ă nous tous, qui passons des moments difficiles, Ă nous tous.
Sauf monsieur Julien Huret, qui, comme d 'habitude, est en retard.
Vous savez, commissaire, quand on ne fait rien de sa journée, on ne peut pas
tenir en plus ses horaires.
Monsieur Valentin, un peu d 'indulgence.
Et si nous voulions aussi à l 'expecteur Archambault qui se rétablit, et
naturellement au commissaire Maigret, qui bien qu 'il ne partage pas, enfin
complĂštement, notre foi en l 'homme, et la gentillesse mĂȘme.
Et au jeune Paulus, qui n 'aura pas la tĂȘte coupĂ©e, car il n 'est pas l 'auteur
du coup de feu.
Je ne sais pas si c 'est de la gentillesse de ma part, mais...
Ăa n 'arrange pas vos affaires.
Excusez -moi.
Il était temps.
Et si vous nous en disiez plus, M. Maigret, sur Paulus ? Ce sont les
qui pose les questions à Mlle Clément et pas le contraire. C 'est la rÚgle.
Mais M. Maigret est une exception.
Les exceptions, ça ne devrait pas exister.
Vous, vous ĂȘtes en cours de naturalisation, vous avez dĂ©jĂ un
Alors que nous, on n 'en a toujours pas.
Ăa, c 'est normal, ça, peut -ĂȘtre.
Le travail que je fais, je m 'en passe trĂšs bien.
Alors, je ne suis pas un privilégié.
Privilégié, c 'est nous qui sommes pouponnés par Mlle Clément.
Ah, Mlle Clément ! Là , mets la mémoire de cette maison.
Oh, merci.
Au fond de mémoire, vous n 'avez jamais vu parmi vos locataires un certain
Martineau ? Martineau ? Non.
Ăcoutez, Ă premiĂšre vue, comme ça, je vous rĂ©ponds non. Mais il faudrait que
consulte mes revistes.
Oui, ce serait bien.
Mais pas ce soir.
Oui, c 'est vrai, exactement.
Je n 'aurais jamais mangé d 'ocitane.
C 'est encore mieux que chez la mĂšre Suzy.
Merci, M. Huret.
La chĂšre tendre, il n 'y a rien de meilleur au monde, n 'est -ce pas, M.
Pardon ? Vous m 'avez parfaitement compris.
Elles vous plaisent bien, mes jeunes élÚves.
Pas autant qu 'Ă vous.
Chaque fois qu 'il y en a une qui arrive, si vous croyez que je ne vous
dans les caliers en train de guetter... Non, mais ça va pas ! Vous devriez jeter
un coup d 'Ćil au cas judiciaire de M. Valentin, commissaire.
Aujourd 'hui, c 'est le piano...
Avant, si ça se trouve, c 'était le violon.
Voyons M.
Rey.
Excusez -moi, ce personnage me débecte.
Mlle Clément, M. le Commissaire.
J 'espÚre qu 'il n 'est pas toujours comme ça.
Peut -ĂȘtre vous, M. le Commissaire, qui rendez ces messieurs aussi nerveux.
Il n 'y a pas que ces messieurs, d 'ailleurs.
Bon, allez, dĂ©pĂȘchez -vous Ă finir les paupiĂštes. Il y a un trĂšs bon fromage
nous attend.
Je pense que votre inspecteur a été abattu par erreur, monsieur Maigret.
Comment ça ? Il a été pris pour un autre.
Qu 'est -ce qui vous fait dire ça ? Une femme de mauvaise vie habite ici.
Que voulez -vous dire ? Je parle de monsieur Grangier, le patron de
mademoiselle, qui est venu se plaindre Ă vous pas plus tard que la semaine
derniĂšre.
C 'est une histoire oubliée.
Comment ĂȘtes -vous au courant ? Parce qu 'un mois aussi, votre patron a posĂ© des
questions.
Et il m 'a dit qu 'il reviendrait.
Mais de quoi s 'agit -il ? Oui, c 'est vrai.
Mais je regrette, monsieur le commissaire, si vous le saviez.
Il avait pourtant promis, promis de ne pas porter plainte si je remboursais
petit à petit ce que j 'avais commencé à faire.
Mais j 'ai pas réussi à rembourser.
Aussi vite que j 'aurais voulu.
Les impondérables et moi, c 'est comme un vieux couple.
C 'est Erwan, un ennemi.
C 'est pour lui qu 'Isabelle a volé un peu M. Grangier. Un tout petit peu,
de quoi envoyer la nourrice.
Il est pas mignon, sans plus chier de jeunesse.
C 'est citre.
Et oĂč vit -il ? Ă beau soleil.
C 'est dans le sud.
Son pĂšre est croupier Ă Monte -Carlo.
Moi, j 'ai jamais eu de chance au jeu.
Avec le papa du petit non -plus, j 'ai pas fait sauter la banque.
Et pourquoi, M.
GrandiĂšvre, veut -il en venir ? Pour se faire rembourser.
Et il est revenu ? Non, il a été remboursé.
Par qui ?
M. Maigret, vous avez vous -mĂȘme admis qu 'Erwan avait un joli sourire.
Vous avez des enfants ? Non, j 'ai pas ce bonheur.
Moi non plus.
Alors, la troisiÚme fois, nous étudierons... Je suis maigre.
Un lide.
Tu aimeras beaucoup, GeneviĂšve. Oui.
Ă la semaine prochaine.
Au revoir, M.
Valentin.
M. Valentin.
Vous allez me proposer une infusion au miel, ça tient toujours ? J 'en
profiterai pour visiter votre appartement.
Oh, c 'est un peu le routine.
Vos inspecteurs l 'ont déjà fouillé de fond en comble. Et maintenant, c 'est
vous. C 'est un monde.
Un monde qui ne sera jamais le mien, j 'ai le regret de vous le dire.
Et d 'ailleurs, est -ce que vous ĂȘtes en possession d 'un mandat ? Mais je n 'ai
pas besoin de mandat pour faire ce que j 'ai Ă faire.
Qu 'un policier peut imaginer en face d 'un artiste qui fait répéter les jeunes
filles au piano.
J 'ai également de jeunes garçons, vous savez.
Je n 'ai pas de préjugés, commissaire Montaigne.
Commissaire Montaigne, vous avez dit, ça c 'est trÚs amusant, parce que j 'ai
connu autrefois un commissaire Montaigne Ă la brigade des mĆurs.
Vous aussi, apparemment.
Oui, c 'est quel genre ? On va le savoir bientĂŽt.
Tu vas téléphoner au commissaire Montez de la brigade mondaine.
Demande -lui s 'il se souvient d 'un certain Valentin.
Valentin Descaires.
Chanteur d 'opéra.
Enfin, d 'opérité.
Tu en es oĂč avec Martineau ? On n 'a rien trouvĂ©, enfin, dans les dix
années.
Oui, tu vas mieux.
L 'eau qu 'on me donne Ă boire est tiĂšde et la nourriture qu 'on m 'apporte est
froide. à part ça, c 'est parfait.
Tu n 'as pas joué les difficiles.
Tu sors bientĂŽt.
Dis donc, l 'autre jour, pendant ma visite, tu m 'as cité un nom.
Martino, tu t 'en souviens ? Non,
je ne me rappelle pas.
Mais si, fais un effort.
C 'est peut -ĂȘtre important.
Ăcoutez, patron, je voudrais bien, mais...
J 'ai beau me creuser la cervelle... Essaie de le situer.
Martino, c 'est quelqu 'un que tu as connu ? Je crois pas. Ce serait plutĂŽt
comme... Comme quoi ? J 'y suis,
ça y est, patron.
On est arrivé trop tard, il était mort.
Et qui ? Martino, c 'est un homme mort.
C 'est pas de mort naturelle.
T 'es sûr ? Ah, sûr.
Et ça s 'est passĂ© quand, cette histoire ? Quand ? Ăa, je sais pas, mais ça doit
te pas dire.
De l 'argent.
C 'est un homme qui prĂȘtait de l 'argent.
On l 'a assassiné.
On l 'a assassinĂ©, patron. Je crois mĂȘme me souvenir qu 'on a arrĂȘtĂ© le
coupable.
Ce que je comprends pas, c 'est pourquoi j 'ai prononcé son nom.
C 'est quand mĂȘme pas lui que j 'ai vu, puisqu 'il est mort.
Ah oui, ça me paraßt difficile.
Mais réfléchis.
Si c 'est pas la victime que t 'as vue, c 'est l 'assassin.
L 'assassin qui est venu se venger parce que je l 'ai arrĂȘtĂ©.
Non.
AprĂšs tout ce temps, non.
C 'est invraisemblable.
Mon alibi est en bronze.
Le sort de coup de feu, c 'est des gardes Ă l 'hĂŽpital.
J 'ai rien Ă cacher. Je connais tous mes droits.
Dans mon pays, j 'Ă©tais avocat, avant d 'ĂȘtre journaliste.
Alors la loi, les lois, les droits, c 'est une passion pour moi.
Je peux ? Oui, allez -y.
Sinon, je ne serais pas en France.
Vous n 'aimez quand mĂȘme pas beaucoup les Ă©trangers.
Vous vouliez me demander quelque chose ? Peut -ĂȘtre...
Votre point de vue sur le coup de feu, mĂȘme si vous n 'Ă©tiez pas lĂ ? Mon point
de vue, c 'est qu 'il y a peut -ĂȘtre plusieurs coupables dans cette affaire.
Par exemple, imaginons que Mlle Isabelle veut cacher l 'homme de sa vie.
Alors elle tire sur votre inspecteur.
Attendez que son complice sur ce cas prochain ait parti assassiner son amant.
Un homme qui est en train de la laisser tomber Ă Monte -Carlo.
Ce qui permet Ă M.
Valentin... d 'exhiber son passé.
Et comme ça, la police ne pourra pas retrouver les papiers français d
'Eliottard. Ils sont faux.
Vous comprenez ? Je comprends surtout que vous avez beaucoup d 'imagination.
Peut -ĂȘtre.
Ah, M. Maigret.
Je ne comprends toujours pas que vous puissiez soupçonner un de mes
Un petit radis ? Non, merci.
Pour lui, ce n 'est pas encore.
Mais Mlle Isabelle, M.
Berlanga... M.
Huret. Et pourquoi pas le nourrisson de M. et Mme Lyotard.
Oui, je sais ce que vous allez me dire.
Que je ne vois le mal nulle part.
Et si j 'aime moins avoir des illusions sur les gens ? Mais c 'est tout Ă votre
honneur, si c 'est sincĂšre.
Ah oui, ça recommence.
Tous les cas, ce qu 'on ne peut pas mettre en doute, ce sont vos talents
culinaires. C 'est un vrai dĂźner de galaille. Oui, c 'est vrai.
Ă part quelques petits incidents sans importance.
Le destinataire est Ă la diĂšte ? C 'est pour en face, Mme Boursicot.
Parfois je lui fais un encas. Quand son désir est en pleine mer, j 'ai toujours
peur qu 'elle se laisse mourir de faim.
J 'ai cru observer qu 'elle vit beaucoup dans le noir. Ăa remonte loin, cette
habitude de passer ses journées les rideaux tirés ? Alors, son docteur m 'a
expliqué, pardon, qu 'il fait des courages chez les gens qui font de la
neurasthémie. Comment ? Quand elle a ses crises, elle déteste le monde entier.
Elle dit qu 'elle ne recommence Ă prendre vie que quand les gens sont
Elle fait tant qu 'elle se sent mieux.
Qu 'est -ce que vous voulez ?
Les gens sont comme ils sont. Si c 'est vivre la nuit qui lui convient.
Justement, la nuit oĂč mon inspecteur a Ă©tĂ© blessĂ© quand vous ĂȘtes sortis aprĂšs
le coup de feu, il y avait de la lumiÚre chez elle ? Je suis presque sûre que
non. Pourquoi ? Elle vous a dit le contraire ? Non, non, pas du tout.
Le store a été baissé.
Je ne crois pas, non.
Quand il est baissé, ça fait une tùche claire parce que le store est cru.
Non, lĂ , au contraire...
La tĂąche Ă©tait noire, comme ça fait quand une fenĂȘtre est ouverte sur une
pas éclairée, vous voyez ? Ah non, vous n 'allez pas me dire que vous la
soupçonnez, elle aussi ? Pensez que lui sort pas.
Et prévenez -la que j 'ai deux ou trois questions à lui poser.
Marcel Clément ?
Le fameux cordon bleu, hein ? Je regrettais ma sortie d 'hier soir,
cause du dessert.
C 'Ă©tait quoi ? Une tarte aux pĂȘches.
Ah, alors j 'ai moins de regrets.
Je vous offre un café africain ? Non, pas maintenant.
Vous ne travaillez pas aujourd 'hui ? Ni aujourd 'hui, ni hier, ni demain.
Hélas, je cherche, je cherche, je ne trouve pas, comme tant d 'autres.
Encore Ă mon Ăąge, il ne faut pas se plaindre.
Si j 'étais un jeune à la recherche du premier emploi, je me jetterais sous un
train.
Ah, promesse de Gascon, j 'ai plus de café.
Faut que j 'en achĂšte.
Elle nous attend.
Deux ou trois questions, m 'a dit Mlle Clément. Pas plus, j 'espÚre.
Ăa empire tous les jours.
Je ne sais pas comment je fais pour me débrouiller. Je suis vannée.
Je passe les trois quarts de mon temps allongée, mais quand je suis debout, je
range, j 'arrange, je dérange, j 'accumule.
Ăa m 'a pris comme ma belle -mĂšre, qui est si gentille, Ă proposer Ă mon mari
me mettre en maison de repos pour quelques semaines définitives.
Alors, cette premiÚre question ? Vous n 'avez pas toujours été
souffrante.
Autrefois, j 'étais une faible femme.
Comme on dit, la chair est faible.
Je n 'ai pas toujours été quelqu 'un de bien, monsieur Maigret.
J 'étais jeune et j 'avais envie de m 'amuser.
Vous vous ĂȘtes bien amusĂ© ? Au dĂ©but, non.
Mes parents étaient pas riches, alors ils m 'ont placé comme bonne à tout
chez un mĂ©decin pour les vacances Ă ĂȘtre tard.
Ensuite, ils m 'ont emmené à Paris.
280 m2, avenue Hoche, ça vaut l 'air de la mer.
C 'est là que j 'ai fait l 'erreur de croire que tout était arrivé.
Il y a eu lui et ses fils.
Je me suis bien amusée. Et résultat, dehors.
Et dehors, c 'était... Pas la rue, non.
J 'ai eu des amants qui m 'ont donné de l 'argent.
C 'est vrai.
Pas toujours.
Votre mari est au courant ? Je lui ai dit maintes et maintes fois que j 'étais
pas digne de lui.
Et la deuxiĂšme question, c 'est quoi ? Vous savez pourquoi je vous fais parler
de vous ? Non.
Je ne vois pas le rapport que ça a avec l 'histoire de votre inspecteur.
Il se passe beaucoup de choses, d 'un cÎté à l 'autre d 'une rue, Mme
On ne voit pas toujours, mais on devine.
S 'il vous plaĂźt, la troisiĂšme question.
Vous m 'avez dit toute la vérité.
Sur ce que j 'ai vu ou plutĂŽt pas vu ? Peu importe.
Oui, oui.
Je vous ai dit toute la vérité.
C 'est tout ? Pour le moment.
Ce soir, commissaire, je peux vous en offrir un.
Pourquoi pas ? Et Ă moi aussi, M. Valentin, pour me faire pardonner hier
Pas pour moi, merci.
La rancune, monsieur Valentin, c 'est une défaite de l 'esprit.
Et parfois un bon mobile.
Et quand bien mĂȘme, toutes ces choses dont on m 'a soupçonnĂ© Ă l 'Ă©poque, c
'était vrai. Elles ne prouvent en aucune façon que j 'ai tiré sur votre
inspecteur.
Monsieur le commissaire, vous avez devant vous un homme profondément choqué
déprimé.
En vous, je vous en prie.
Ce que vous dites est tout à fait exact, monsieur Valentin. Le passé n 'explique
pas toujours le présent, mais il l 'habille.
Sur scÚne, vous avez tout un passé de costumes chatoyants, mais selon
sources, en ville, leur doublure est moins claire.
Des rumeurs ! Je m 'étonne qu 'un homme tel que vous accorde attention à ses
insanités. Je le déplore et je le regrette.
Ă propos de costumes, avez -vous vu Luis Mariano au chĂątelet dans Le Prince de
Madrid ? Quelle voix de velours ! Enfin, Ă condition de pouvoir l 'entendre.
Hier en matinée, il y avait tant d 'enfants à hurler chottement que le
Mariano avait du mal Ă pousser sa donne.
Les enfants... Je déteste les enfants.
Pour en revenir à Mariano, dans Les Amants de l 'Escurial, il était plus qu
'insuffisant.
Ne parlons pas de sangria sous la lune, parce que lĂ , franchement, j 'aurais
fait mieux que lui.
Par la suite, ça s 'est arrangé. Disons que M.
Mariano est devenu une bĂȘbĂȘte et que... Ăa lui ressemble pas pour un maniaque du
café, les ébouillards.
Ah, mademoiselle Clément, vous avez vu M.
Guret, par hasard ? Oui, il m 'a dit qu 'il allait dĂźner dehors.
Un dĂźner urgent, alors.
Il a essayé de bouillir son café, ça lui ressemble pas.
Mais les gens ne se ressemblent pas toujours.
C 'est ce qui fait leur charme.
C 'est joli, ce que vous dites, lĂ .
Vous ĂȘtes montĂ©e voir Mme Bonsico, ce soir ? Oui.
Elle recommence la neurasthénie. Elle est carabinée.
C 'est ce que vous lui avez dit ce matin.
Je l 'ai trouvée comme morte sur son lit.
Elle avait les yeux fermés, mais j 'ai bien vu qu 'elle pleurait.
Elle vous en parlait ?
Elle s 'est contentĂ©e de se couler la tĂȘte quand je lui ai demandĂ© si elle n
'avait besoin de rien.
C 'était égal qu 'il y ait la lumiÚre ou non. Alors j 'ai éteint et j 'ai fermé
la fenĂȘtre.
Elle a des médicaments chez elle ? Alors là , de toutes sortes. Des flacons, des
bouteilles, des poudres, des pilules.
Les médecins ont tout essayé.
On pensait qu 'elle pourrait... Je crois pas, mais... Vous feriez bien de
remonter chez elle et de rester avec elle.
Elle ne voudra pas.
Dites -lui qu 'elle n 'a pas le choix.
Mais elle va m 'en vouloir.
On ne peut pas plaire Ă tout le monde, mademoiselle.
AllĂŽ ? Ah, c 'est toi.
Pourquoi ? Mais si, je te sens trĂšs bien.
Comment ? Je ne m 'éternise pas ici. Je travaille.
Oui.
Hortense est déjà sur pied ? Tant mieux.
Je suis content que tu rentres. Merci.
Je ne sais pas ce que tu veux.
Pas de paupiĂštes.
Oui.
Bonjour.
C 'est mademoiselle Isabelle.
Elle veut retourner dans le sud.
Elle n 'ose pas le demander elle -mĂȘme, alors on a priĂ© de le faire Ă sa place.
Elle dit que son homme s 'est envolé.
Laissez -la partir, monsieur Médéry, ne la retenez pas.
LĂ -bas, son malheur, elle le verra, alors qu 'ici, elle l 'imagine, c 'est
pire.
Et le petit ? Il a laissé à la nourrice sans un sou, le pauvre gosse.
Qu 'est -ce que vous voulez y faire ? Les hommes s 'envolent beaucoup.
Surtout ici et en ce moment.
Bon, dites -lui que c 'est d 'accord, mais qu 'elle laisse son adresse.
Merci, monsieur Maigret. Je savais que vous étiez bon.
Ah, moi aussi ? Pourquoi vous l 'avez laissée partir ?
Vous ĂȘtes sĂ»r qu 'elle n 'est pas coupable ? J 'en suis certain.
Parce que, dans l 'affaire Martineau, on avait attrapé un suspect, puis on l 'a
relùché.
T 'as retrouvé le dossier ? Oui, j 'ai toute la procédure.
Alors, Archambault,
avait dans un premier temps arrĂȘtĂ© un demi -cel, du nom de Bargelon.
Mais bon, comme il avait un alibi en bronze, on a bien été obligé de le
relùcher. Et quand on s 'est aperçu que son alibi ne tenait pas, on a déjà pris
la file de l 'air.
C 'est donc ce Bargelon que Archambault aurait cru voir devant l 'estrapade ? Ăa
se pourrait, oui.
Ah, au fait, on nous a donné des tuyaux sur Madame Borsico née Françoise Binet.
Quelqu 'un qui la connaßt ? La grande terrestre, ça vous dit quelque chose ?
Si je l 'ai connue, je comprends. Une bĂȘte petite, la Françoise, dodue comme
caille qui riait tout le temps. Elle a été avec un nommé Dédé.
Ăa n 'a pas durĂ©, parce que M.
Dédé, il voulait lui faire faire le trottoir. Et mademoiselle, elle ne
pas.
Pourtant, elle n 'était pas paralysée des membres inférieurs.
Mais Dédé, qui est -ce ? Il tient un bar à Nantes, montant, je crois.
Mais renseignement, je les tienne sur les trottoirs. Ils vont, ils viennent.
Comme moi, quand j 'étais ThérÚse d 'Eterne.
C 'était mon adresse, l 'avenir éterne, du 50 au 58.
Ils l 'appréciaient tous, la Françoise.
Je me demande ce qu 'elle sera devenue.
La belle Françoise ? Madame Boursicot.
Une bourgeoise recluse.
Je suis vraiment désolé de vous déranger.
J 'en crois pas un mot.
Je pensais que vous aviez peut -ĂȘtre quelque chose Ă me dire.
Vous savez que la police de Nantes est en train d 'interroger quelqu 'un que
vous avez bien connu ? Un certain Dédé.
Ce Dédé va parler, il va nous livrer quelques noms.
Et ces gens nous livreront d 'autres noms.
Peut -ĂȘtre que l 'homme que vous attendez ne viendra pas.
Il sait que...
Nous nous sommes parlé tous les deux.
Alors il se méfie.
Vous voulez toujours rien me dire ? Eh bien, dites -lui que,
de toute façon, je finirai par mettre la main dessus.
Vous savez ce que c 'est, l 'estrapade ? C 'était un supplice autrefois trÚs
répandu.
A mon avis, vous feriez bien de faire en sorte qu 'il n 'en vienne pas un pour
vous.
Alors, vous avez vu quelque chose, patron ? Vu, non, mais... devinez.
Quoi donc ?
Le coup de feu sur ton beau -frÚre n 'a pas été tiré de l 'Estrapade.
Je suis sûr que la mÚre Boursicourt reçoit la visite de quelqu 'un dans l
'absence du mari.
Et que ce quelqu 'un habite l 'Estrapade.
Pour eux, il est indispensable d 'avoir un moyen de communiquer en cas de danger
ou d 'imprévu.
Un signal.
Je ne sais pas, moi...
La position des rideaux ou bien des persiennes.
Tu comprends ? Je comprends, mais il suffisait de passer un coup de fil avant
s 'engager dans la rue.
Pas s 'il habite l 'Estrapade.
Parce qu 'ici, le téléphone est public.
Non, il est privé.
Oui, mais en public.
Tout le monde écoute tout le monde chez vous.
T 'as vu quelque chose ? Non, mais je verrais peut -ĂȘtre mieux lĂ -haut.
Allons -y.
Vous venez avec nous.
Il me semble que la fenĂȘtre Ă©tait ouverte et que... Et que ?
Le pot en cuivre n 'était pas là .
Le pot en cuivre ? Vous
pourriez quand mĂȘme vous en acheter une.
Une pincée par -ci, une pincée par -là , la longue, toute ma boßte s 'est vidée.
Je ne suis quand mĂȘme pas fournisseuse en titre de cacao pour toute la maison.
Ce n 'est pas votre générosité qui vous a fait expulser le Romain de Nßmes.
Sa Majesté Carole vous aurait fait jeter en prison, messieurs.
J 'en serais ressorti trĂšs vite, aprĂšs avoir dit ce que je sais sur vous.
Bien dormi ? Eh bien, pas tant que ça, en réalité.
Insomnie ou inquiétude ? Non, je ne suis pas inquiet.
Et vous, vous avez des soupçons ? Des soupçons ? De moins en moins.
Excusez -moi, madame Coustancourt, je me suis emporté.
Je suis déconné.
Pas grave, monsieur.
Au revoir, mademoiselle Fresco.
Bon courage.
Merci, monsieur Maigret.
J 'ai laissé mon adresse à mademoiselle Clément.
J 'espÚre que vous allez retrouver celui qui a tiré sur votre inspecteur.
Je n 'en doute pas un instant.
Comment ça, de l 'immeuble d 'en face ? Oui, exactement.
Ta balle a été tirée de l 'immeuble d 'en face.
Les experts sont formels.
Qu 'est -ce qu 'ils sont formels, alors ? De toute façon, moi, j 'aime mieux ça.
Ăa veut dire qu 'Ă l 'estrapade, je n 'ai que des inotants.
Ne vous réjouissez pas trop vite, mademoiselle Clément.
Parce que vous ĂȘtes la seule Ă avoir accĂšs Ă l 'immeuble d 'en face
De jour comme de nuit.
Pourquoi j 'aurais fait... Je ne sais pas ce que vous voulez que j 'ai fait,
moi.
M. Végry, vous resterez comme le premier homme à m 'avoir fait pleurer.
Il a eu pitié de mon inspecteur.
Il n 'a pensé qu 'à sa sécurité personnelle.
Taisez -vous.
Pour l 'amour de Dieu, vous ne comprenez rien.
ArrĂȘtez -moi.
Si vous avez découvert tant de choses, c 'est moi qui ai tiré sur votre
inspecteur. C 'est moi.
Mettez -moi en prison, qu 'on en finisse.
Vous vous faites du mal.
Vous savez trÚs bien que vous n 'avez pas tiré. Vous en auriez été bien
incapable. C 'est moi, je vous dis, c 'est moi.
Couchez -vous maintenant.
Je ne vous dirai rien.
Vous ne le trouverez jamais.
Allez -vous -en.
A quel moment vous avez compris ? Le passé, ça passe jamais.
Mon vrai nom c 'est Bargelon.
Je sais.
Un meurtre horrible, impardonnable comme tous les meurtres.
Il s 'appelait Martineau.
Quand je vous ai entendu prononcer son nom l 'autre soir au dĂźner, j 'ai su que
c 'était pas loin de la fin pour moi.
Vous avez tué et dévalisé Martineau pour elle.
Pour la sortir de la misĂšre.
Vous ne pouvez pas comprendre.
Vous ne lui avez pas demandé de quitter son mari ? Elle ne s 'en reconnaissait
pas le droit.
C 'est un homme trĂšs bon, qu 'elle respecte.
Vous vous ĂȘtes revu souvent ? Deux ou trois fois par semaine, lorsque son mari
était en mer.
dans un salon de thé du boulevard Beaumarchais.
C 'est moi qui ai souhaitĂ© connaĂźtre l 'endroit oĂč elle vivait.
Pas pour ce que vous croyez.
Nous n 'y pensions pas.
Je suis entré un jour dans la maison et je suis reparti aussitÎt.
C 'est quand j 'ai vu l 'estrapade en face que j 'ai eu l 'idée de m 'y
installer.
Et que vous avez convenu du signal ? Le pot de cuivre, oui.
Je savais que ça finirait par me faire prendre.
Je suis toujours sous le coup d 'un avis de recherche, mĂȘme aprĂšs tout ce temps.
J 'ai encore beaucoup de choses Ă apprendre.
Julien.
Julien, je t 'en supplie, ne dis plus rien.
C 'est trop tard, Françoise.
J 'ai commencé et j 'irai jusqu 'au bout.
Un matin, lorsque Mlle Clément est montée, j 'étais encore ici.
Je suis resté là , caché, jusqu 'au lendemain.
Et dÚs lors, vous avez recommencé ? Oui.
Nous n 'avions jamais vécu ensemble, alors ça nous donnait un peu l
d 'ĂȘtre amĂ©nage.
La semaine derniĂšre, j 'ai vu par la fenĂȘtre que la rue Ă©tait surveillĂ©e.
Et vous avez cru que c 'était pour vous ? La police devant l 'estrapade, il n
'avait pas encore parlé de Paulus.
Et en plus, je croise votre inspecteur et dans son regard, j 'ai trĂšs bien vu
'il me connaissait.
Il était sur l 'affaire Martineau, non ?
Oui, c 'était sa premiÚre affaire.
Alors, automatiquement, j 'ai cru qu 'il était là pour moi.
Dix fois, j 'ai eu l 'intention de me rendre, mais il aurait fallu que je
de Françoise. On aurait interrogĂ©, peut -ĂȘtre arrĂȘtĂ©.
Son mari aurait su.
Vous avez tiré sur mon inspecteur.
Non, c 'est moi.
Mon mari allait rentrer, il l 'aurait trouvé ici.
C 'est moi qui ai tiré.
Et toi ? Ne l 'écoutez pas, commissaire.
Comment voulez -vous qu 'une femme comme elle s 'enforce ? Ăa ne tient pas, vous
le savez bien.
Vous Ă©tiez armĂ© ? Je n 'ai jamais Ă©tĂ© armĂ© de ma vie, mĂȘme Ă Panama.
Le revolver de Boursicot se trouvait dans la table de nuit, je l 'y avais vu.
C 'était un colt de la garde 14 qui le laissait à portée de Françoise.
Vous avez tirĂ© de la fenĂȘtre ?
J 'ai attendu que l 'inspecteur Archambault allume une cigarette, comme
faisait à intervalles réguliers.
Et François, vous savez ce que vous allez faire ? Non.
Je ne savais mĂȘme pas que j 'avais un revolver. On Ă©tait dans l 'obscuritĂ©.
J 'ai pu réintégrer l 'estrapade sans encombre.
La porte était ouverte, ils étaient tous dehors, Mlle Clément, M.
Valentin.
Une fois dedans, je me suis dit, ma chambre donne sur la cour, donc ils ne
peuvent pas me soupçonner d 'avoir tiré.
Ils n 'ignoraient pas que vous aviez tiré.
Comment aurait -elle pu l 'ignorer ? C 'est ma faute Ă moi seul.
Vous allez l 'emmener ? Ăa me paraĂźt difficile de faire autrement.
Emmenez -moi avec lui.
Non, madame.
Elle ne vous arrĂȘte pas.
Pas pour le moment.
On verra plus tard.
On m 'a dit que c 'est réglé.
Tout l 'avait déjà sous les verrous. Un type complÚtement perdu.
En fait, il a tout avoué. Il faisait un cambriolage dans l 'immeuble d 'en face.
Et puis quand il a vu lui sortir, il t 'a vu. Donc il a pris peur.
C 'est vrai que quand on s 'est croisés, je savais que je l 'avais déjà vu.
Impossible de me rappeler.
Et puis un homme est revenu.
Martino.
Le prĂȘteur Martino, sa victime.
Jamais je n 'aurais cru qu 'on pouvait oublier des choses comme ça.
J 'aurais dĂ» m 'en souvenir. Pourtant, c 'Ă©tait une de mes premiĂšres enquĂȘtes.
C 'est vrai ce que vous me racontez, lĂ , cette histoire de cambriolage ?
Non. Mais on va considérer cette version comme la bonne.
Ah, une femme.
Une femme qu 'on épargne. C 'est ça.
Jolie ? Oui.
Autrefois.
Aujourd 'hui, c 'est une femme qui souffre.
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