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On y va les enfants.
C 'est pour le docteur ? Oui.
Entrez.
Je voulais... Mademoiselle, je suis désolé, je ne peux pas vous recevoir
maintenant. Je sais, mais je... Je vous l 'ai déjà dit tout à l 'heure, je
crois. Il faut que je vous parle.
Mademoiselle est arrivée avant moi, je peux attendre.
Mademoiselle sait trĂšs bien qu 'elle doit d 'abord prendre rendez -vous.
Suivez -moi.
Que puis -je faire pour vous ? Je suis désolé de vous déranger, je n 'ai pas
pris rendez -vous non plus.
Je suis venu pour vous parler d 'Olga. Je suis chargĂ© de l 'enquĂȘte,
Maigret.
Commissaire, vous ĂȘtes venu pour un interrogatoire ? Ah non, juste pour vous
poser quelques questions, si vous le voulez bien.
Je crains fort de ne pas vous ĂȘtre d 'une grande utilitĂ©.
J 'ai beau avoir compulsé tous mes livres, je n 'y comprends rien.
Ah mais ça ne m 'étonne pas.
C 'est une mort trÚs étrange.
Ce sont des brins d 'épis de seigle qui ont perforé l 'estomac. Des épis de
seigle ? Oui. Vous savez, ces petites aiguilles trĂšs dures qui sont au bout
épis. Et leur avaler ça ? Comment est -ce possible ? J 'aimerais bien le
savoir.
Ăa paraĂźt difficile d 'imaginer quelqu 'un ingurgitant sa parata.
En effet.
Vous suggérez qu 'elle aurait pu les avaler volontairement.
Qu 'en pensez -vous ?
Ce serait horrible, de cette façon.
Ă votre avis, elle aurait eu une raison de se suicider ? Elle vivait bien ici,
vous deviez la cĂŽtoyer tous les jours, je suppose.
Je ne la voyais pas tous les jours, elle était surtout là pour s 'occuper des
enfants.
Ou alors, c 'est un empoisonnement.
Mais encore une fois, c 'est difficile de croire que des brins de fĂšgle
se trouver par accident dans la nourriture.
Vous ĂȘtes en train de dire qu 'il s 'agirait de... Excusez -moi.
Qu 'est -ce que vous faites ? C 'est un monsieur, il insiste.
Qu 'est -ce qu 'il veut ? C 'est un journaliste.
C
'est
un journaliste.
Les nouvelles vont vite.
Vous avez fait toutes vos études à Nantes ? En effet.
Vous ĂȘtes originaire de la rĂ©gion ? Mes grands -parents.
DÚs que mon pÚre se soit déjà installé en région parisienne, je suis retourné
faire mes études là -bas.
Une tradition familiale.
Mais oui, Charles Baron, c 'est donc votre grand -pĂšre.
Vous le connaissez ? C 'est un professeur de grand renom.
Et votre pÚre aussi était médecin ? Oui, j 'ai repris sa clientÚle.
Mais je vous prends votre temps, revenons Ă Olga.
Oui.
Vous parliez de... Morte.
Vous avez de ces mots ? C 'est pourtant ce dont il s 'agit.
Vous ĂȘtes bien catĂ©gorique.
Vous avez une meilleure explication ?
Je
ne sais pas.
Mais qui pouvait bien lui vouloir du mal ? C 'est Ă vous de me le dire.
Moi. Vous savez peut -ĂȘtre quelque chose qui pourrait me mettre sur une piste.
Je ne vois pas.
Ma femme l 'a fait venir de Bretagne.
Elle était contente de son travail, je crois.
Les enfants l 'aimaient bien.
Elle travaillait tous les jours ? Sauf le dimanche.
Elle prenait ses repas avec vous ? Non, Ă la cuisine.
Et en dehors de son travail, elle faisait quoi ? Je ne sais pas.
Votre femme le sait, peut -ĂȘtre.
Ma femme ? Pourquoi ma femme ? Parce qu 'elle devait ĂȘtre plus proche d 'elle.
Ce serait normal.
Vous savez, ce décÚs est déjà trÚs traumatisant pour ma femme et mes
Je vous promets de faire tout mon possible pour les épargner.
Et je ne veux pas vous empĂȘcher de recevoir vos clients.
Je suis dĂ©solĂ©, mais je vais ĂȘtre obligĂ© de faire fouiller la maison.
Et qu 'espérez -vous trouver ? Des épis de seigle.
Oui, évidemment.
Mais avant tout, j 'aimerais bien interroger la personne qui fait la
Vous ne pensez tout de mĂȘme pas que... Je ne pense rien, je cherche.
C 'est EugĂ©nie, notre cuisiniĂšre. C 'est une femme trĂšs dĂ©vouĂ©e qui Ă©tait dĂ©jĂ
lĂ du temps de mes parents.
C 'est l 'autopsie qui a révélé tout ça ? Oui.
Pourquoi vous attendiez autre chose ? Non.
Qu 'est -ce que vous voulez que je
vous dise sur cette petite ? C 'est bien triste, c 'est tout.
C 'est la vie.
Il semblerait qu 'elle ait été empoisonnée.
Sûrement pas à cause de ma cuisine, ça c 'est pas possible.
Ah oui, pourquoi ? Ben, vous savez bien comment elles sont Ă ce stade -lĂ .
Ăa veut Ă tout prix avoir la taille fine.
Alors à table, ça mange pas. Non, parce qu 'aprÚs, ça grignote n 'importe quoi.
Elle avait bien tort.
Quand on est invité à la meilleure table de la ville, ça tombe pas.
Sois -disant, elle avait jamais faim aux heures d 'air pas.
C 'est bien d 'une moum, ça.
Pas si moum que ça pour certaines choses.
Qu 'est -ce que vous voulez dire ?
Je me comprends, c 'est tout.
Et vous ? Quoi, moi ? J 'ai rien Ă dire, moi, je fais pas partie de la maison.
Vous habitez oĂč ? Nulle part.
Dans la rue.
C 'est monsieur lundi ? Comme jeudi, vendredi, samedi.
Sauf qu 'on est mercredi. Ah oui, ça c 'est vrai, c 'est pas son jour habituel.
D 'habitude, c 'est le notaire, non ? Oui.
J 'aimerais bien voir sa chambre.
A Olga.
En haut, sous les combles, la deuxiĂšme porte Ă droite.
Je ne vous accompagne pas, j 'ai ma tarte Ă surveiller.
Qu 'est -ce que vous faites ici ? Je cherche la
chambre d 'Olga et vous ? Personne n 'a le droit d 'entrer dans sa chambre.
Sauf vous.
Moi, je fais partie du personnel.
Et moi, je suis chargĂ© de l 'enquĂȘte sur sa mort, commissaire Maigret.
Qu 'est -ce que vous faisiez dans cette chambre ? Rien.
Je suis allé. Vous cherchez quelque chose ? Rien.
Vous pouvez me montrer ce que vous avez dans la main ? Martin ! Je
crois qu 'on vous attend en bas.
Au revoir, Mlle Simpson.
Au revoir, docteur.
Vous croyez que je cache quoi dans cette cuisine ? Mais qu 'est -ce que j 'ai Ă
faire avec toute cette histoire, moi ? Qu 'est -ce que vous espérez trouver ?
qui l 'a tuée.
Je tue.
Tuer ? Oui, tuer.
On l 'a tué volontairement.
Mais me regarde pas comme ça, toi, on dirait que t 'as vu un fantÎme.
Vous ne voyez personne qui aurait eu intĂ©rĂȘt Ă la faire disparaĂźtre ? Non.
Quel travail vous faites ici, vous ? C 'est mon fils, Martin.
Ah, votre fils.
L 'homme a tout fait de la maison, on peut dire ça comme ça, non ? Oui.
Bah reste pas planté là , occupe -toi quelque chose.
Et Olga, elle faisait quoi ? Elle gardait les enfants.
Elle mangeait avec vous dans la cuisine ? Avec nous deux, quoi.
Et vous vous entendiez bien avec elle ? Ben, c 'est -Ă -dire, on ne peut pas
dire qu 'on parlait beaucoup.
Je ne sais pas quoi vous dire, moi. On ne savait jamais trop ce qu 'elle avait
dans la tĂȘte.
C 'est vrai ? Et vous, qu 'est -ce que vous en pensez ?
Oui, c 'est comme a dit ma mĂšre.
Dites -moi.
Elle était mignonne, hein ? Avec sa frémousse de bretonne.
Je suppose que c 'est bien elle, Olga.
Jeune.
TrĂšs jeune.
18 ans. Oui, je sais.
Mais elle faisait moins.
Dites -moi, quel besoin vous avez eu de vous approprier ce petit souvenir ? Si
vous ĂȘtes aussi indiffĂ©rent que vous avez bien voulu le paraĂźtre devant votre
mĂšre.
C 'est pour vous.
Ah oui.
Bon, vous fouillez toute la maison.
Mais discrĂštement.
Allez, viens avec moi.
Le fils, Martin, ne quitte pas des yeux.
Ne pensez pas à ma série, tout va bien.
Que se passe -t -il ? Je suis venu pour enquĂȘter.
C 'est une enquĂȘte le plus routine.
Laisse -moi te présenter le commissaire migré.
Allez -vous dans votre chambre, mes enfants, en attendant le déjeuner.
Les pauvres sont trÚs affectés par ce qui s 'est passé.
Je me demande s 'ils réalisent vraiment. Tant mieux.
Je dois vous dire qu 'il s 'agit trĂšs probablement de... J
'ai donné l 'ordre de fouiller la maison.
Qu 'est
-ce
qui se passe ? Vous savez ce qu 'il cherche ? Des machins de seigle ou je ne
sais quoi.
Comme si j 'avais ce genre de choses dans ma cuisine.
Ce sont les brins de seigle qu 'Olga a avalés qui sont la cause de sa mort.
Les brins de seigle ? Oui.
Ăcoutez EugĂ©nie, je comprends que ce soit pas agrĂ©able que votre cuisine soit
mise sans dessus dessous, mais j 'ai le commissaire jugement de le faire. Mais
qu 'est -ce que vous faites ? Et qu 'est -ce qu 'il va nettoyer aprÚs ? Eugénie,
c 'est une mesure de prudence.
Pour pas que l 'accident se reproduise. Mais ce n 'est pas un accident.
Oh, je vais faire un pique -nique aux enfants dans leur chambre. Je suis sûre
que ça va les amuser.
J 'aimerais vous poser quelques questions.
Il faut que je me dĂ©pĂȘche. Les enfants catĂ©chisent, mais cet aprĂšs -midi.
Je suis sûre que le commissaire va faire en sorte que tout soit remis en ordre,
dĂšs qu 'ils auront fini.
Vous savez oĂč je peux trouver M. Lundi ? Sur son banc, prĂšs de l 'Ă©glise.
On peut s 'asseoir ? Je peux vous demander si vous avez un mandat ?
C 'est un bon public.
Et vous faites quoi ? Rien.
C 'est tout ? Comme tout le monde, j 'attends que le temps passe.
Et vous pratiquez depuis longtemps ? Tout est relatif.
On peut plusieurs années.
On va bientĂŽt fĂȘter nos dix ans, si je ne me trompe pas, le vent et moi.
Et votre Ăąge, vous vous en souvenez ? Sorry.
Je ne vais pas vous faire l 'injure de vous demander vos papiers.
Quelque chose comme 42 piges.
Et un jour, vous vous ĂȘtes retrouvĂ© Ă la rue.
Il ne faut pas croire que ce n 'était pas une décision mûrement réfléchie.
Lundi dernier, vous faisiez quoi ? Comme d 'habitude.
C 'est -Ă -dire ? Donner bonne conscience aux gens.
En leur demandant l 'aumĂŽne.
Ou bien leur donner l 'occasion de gagner leur paradis.
Et Olga ? Quoi, Olga ? Vous la connaissiez bien ?
Une jeune fille.
Pas encore une femme.
Elle avait pas encore compris qu 'elle pouvait faire cavaler les hommes.
Enfin, Ă condition que ce soit vraiment des hommes.
Vous faites allusion Ă quelqu 'un ? Pour qui vous me prenez ? C 'est pas parce
que j 'ai de la cloche que j 'ai pas d 'honneur.
Et Alice, la femme du docteur ? La grande classe.
Une femme qui a tout compris de la faiblesse des hommes avec, en plus, l
'élégance de ne pas le montrer.
Et le docteur ? Le docteur, vous en
pensez quoi ? C 'est l 'homme Ă fiette.
Passer d 'un homme, c 'est un cri.
Les femmes vous inspirent davantage que
les hommes, on dirait.
Il a traversé la terre, ouvert le réduit et s 'est enfermé dedans. Il a resté au
moins deux heures.
Qu 'est -ce qu 'il a bien pu foutre, enfermé là -dedans, si longtemps ? T 'as
aucune idée.
Allez.
Vous pouvez attendre une minute.
Merci.
Sur les cornex, les parents de la petite Olga, ils viennent d 'arriver.
Dis -moi, Zantek, tu viens breton ? Oui, commissaire.
J 'interroge les parents pour savoir quelles étaient ses fréquentations, ses
sorties.
Bon, je te laisse la place.
Vous ne restez pas ? Ah non, j 'ai rendez -vous avec le juge, il m 'attend.
Mais entre bretons, vous vous entendrez sûrement trÚs bien.
Et pour les rĂ©sultats de l 'autopsie, je leur dis tout, mĂȘme... Ah non, surtout
pas.
Tu leur parles des brins de seigle, mais pas du reste.
Ils ont bien le temps d 'apprendre.
C 'était André.
Oui, André.
Bonjour, monsieur le juge. Ah, finalement, André.
Alors, vous ĂȘtes de plus rien, vous aussi ? Roger Dantec, vous connaissez ?
Roger ? Le facteur ? C 'est mon pĂšre.
Roger ? Ah, ben, c 'est sûr qu 'on le connaßt.
Je ne savais pas qu 'il avait un grand -fils comme vous.
Ah ben, il doit ĂȘtre fier de vous.
Vous ĂȘtes comme qu 'il irait arriver.
Olga aussi.
Elle disait qu 'on serait fiers d 'elle.
Oui, ben.
On a eu tort.
On n 'aurait jamais dĂ» y faire confiance.
Ă qui ? Ă votre fille ? Mais non, au docteur, tiens. Vous pensez qu 'il est
responsable ? Oh non, il n 'y a pas les choses comme ça, non. Se retrouver
empoisonnĂ© chez un docteur, quand mĂȘme.
Nous, on y avait pour un qui vire confié.
La lettre, juste.
Avoir 18 ans.
Il pense que je suis responsable.
Il considÚre que c 'était à vous de veiller sur elle.
Je comprends.
Ils auraient pu vous accuser de l 'avoir mise enceinte aussi.
Qu 'est -ce que vous dites ? Vous ne le saviez pas ? Non.
Enfin, si, je m 'en doutais.
Le visage, ça ne tombe pas.
Parce que vous pouvez voir ça sur le visage ? Je suis médecin, j 'ai l
'habitude.
Vous en avez parlé avec elle ? Moi.
Pourquoi moi ? Parce que vous ĂȘtes mĂ©decin, vous avez l 'habitude.
Oui, bien sûr.
Non.
Vous vous rendez compte qu 'elle était mineure ? Vous ne savez pas qui aurait
pu la mettre enceinte ? Il est vrai que vous n 'aviez pas beaucoup de contact
avec elle.
Docteur, plus vite on connaĂźtra le coupable, mieux ce sera pour vous.
Et votre femme, vous en avez parlé avec elle ? Ma femme, sûrement pas.
L 'habitude du secret professionnel, c 'est une doute.
Moi, j 'aimerais bien lui parler Ă votre femme, si elle a quelques minutes de
son temps consacré.
Je préférais qu 'on la laisse en dehors de tout ça.
C 'est une personne fragile.
Docteur, vous oubliez que dans cette histoire, une jeune fille est morte
assassinée.
S 'il n 'a pas moyen de l 'éviter.
Je vais la chercher.
Marquée.
Elle disait qu 'on aurait bientĂŽt une surprise.
Moi, j 'ai jamais cru Ă son truc.
Sois -disant que... qu 'elle était sur le point de trouver une grosse
Si elle était fiancée, on l 'aurait su.
Allez, détends.
à l 'autopsie, vous avez pu déterminer de combien de mois elle était enceinte ?
Ah, je ne suis pas censé pouvoir divulguer ce genre d 'informations.
Les secrets de l 'enquĂȘte.
Pourquoi, c 'est peu important ? Non, non, je demandais ça comme ça.
Allez, ma chérie, viens.
Votre mari était trÚs inquiet que je veuille vous interroger.
C 'était simplement pour que vous me parliez d 'Olga.
Que voulez -vous savoir ? Eh bien, si elle avait des amis, par exemple.
Je crois pas, non.
Elle ne sortait jamais ? Si, pour promener les enfants au square ou le
pour aller Ă la messe.
Ah oui, parfois l 'aprĂšs -midi elle allait au patronage.
L 'aumÎnier de la paroisse organise des activités pour les jeunes.
Vous n 'avez pas entendu parler d 'un petit ami ? Vous n 'y pensez pas, c 'est
encore une enfant, hein mon chéri ? Oui.
Elle vous semblait heureuse ? Je crois qu 'elle se plaisait bien chez nous.
Tu ne crois pas ?
Tu le sais mieux que moi.
Et vous n 'avez pas remarqué ces derniers temps un changement chez elle ?
je vois pas ce que vous voulez dire.
C 'était une jeune fille toute simple, sans histoire.
Bien, je pense que vous avez les réponses que vous vouliez.
Je suis désolé des patients qui m 'attendent.
Bien sûr, mon chéri.
Tout ça est trÚs perturbant pour ton travail.
Commissaire, vraiment, j 'aurais bien voulu vous aider, mais...
Je ne vois pas qui aurait pu lui vouloir du mal.
Et pourtant, on lui en a fait du mal.
Vous me dites que c 'est le genre à créer des ennuis.
Vous savez qu 'elle Ă©tait enceinte ? Enceinte ? Ăa ne m 'Ă©tonne pas.
Quand on se comporte comme elle se comportait.
C 'est -Ă -dire ?
à porter des pantalons serrés, vous savez comment on fait maintenant.
Avec qui elle aurait pu avoir une relation ? Je n 'étais pas partie la
surveiller. Heureusement.
Vous avez bien une petite idée.
Mais j 'en sais rien, moi.
J 'y suis pour rien dans cette histoire.
Vous avez déjà fouillé partout.
Ăa ne vous suffit pas ? Vous n 'allez jamais me laisser tranquille, hein ?
Excusez -moi.
Je ne sais pas ce qui m 'a pris.
Cette histoire m 'a bouleversée.
Entrez donc, vous étiez moins timide ce matin.
Vous m 'avez tout l 'air d 'un habitué de cette chambre.
Qu 'est -ce que ça fait lĂ ? Ăa, pourquoi ? C 'est pas elle.
Qu 'est -ce que vous en savez ? Vous voyez bien, c 'est une robe pour sortir.
Ou pour aller danser.
C 'est des niques.
Ah oui, on dirait.
Elle n 'a mĂȘme pas de machin pour les Ă©couter.
Elle allait peut -ĂȘtre les Ă©couter ailleurs.
C 'est pas possible.
Ă cet Ăąge, on aime sortir, danser, rencontrer des garçons. On commence Ă
des petits amis, on tombe amoureuse.
Je vous dis que non, elle n 'était pas comme ça.
Vous avez quel Ăąge, vous ? 38.
Oh, partez pas si vite.
J 'aimerais que vous me fassiez faire un petit tour du jardin.
Il paraĂźt que vous avez une serre qui est splendide.
Allez -moi voir ça.
Allez -y.
Vous connaissez mieux le chemin que moi.
Ah, c 'est magnifique.
Et la piĂšce au fond, vous y faites quoi ? Pour ranger les outils. Allons voir
ça. C 'est fermé.
Vous devez avoir la clé, non ? Non.
Faites pas l 'idiot, Martin.
Vous voulez que j 'aille demander à votre mÚre ? Elle a sûrement un double.
Il n 'y a rien dedans qui puisse intéresser la police.
Eh bien, raison de plus pour mourir, moi ça m 'intéresse.
Allez.
Eh ben, dites -moi.
RĂŽle d 'occupation.
Il y en a qui collectionnent les timbres postes, vous, ce sont les photos de
gangsters.
Et ça vous fait rĂȘver Ă quoi, tout ça ? Au goĂ»t du pouvoir ?
Ne bougez pas ! J 'ai envie de tuer.
Une seule balle.
Elle est pour qui ? Pour moi.
Pour jouer.
Pour jouer ? La roulette russe.
Alors vous avez gagné à tous les coups jusqu 'à maintenant.
Et les autres balles, elles sont oĂč ? Il n 'y en a pas.
C 'est juste pour faire semblant.
Vous voulez dire que vous ne prenez pas le risque de tirer ?
Et Olga, elle connaissait cet endroit ? Non.
Et votre mĂšre ?
J 'ai passé des heures à interroger les parents, ils ne savaient rien.
Pas d 'amis, pas de liaison, personne ne s 'y aurait pu.
Tu fais quoi, toi, le soir ou le week -end, quand tu ne travailles pas, tu
? Je ne sais pas, rien.
Tu ne vas pas danser, par exemple ? Non.
Tu as tort.
Tu devrais te renseigner sur les endroits oĂč on danse.
Vous croyez ? Je n 'aime pas trop ça, vous savez.
Oui, tu vas t 'y mettre.
Parce qu 'Ă mon avis, Olga, elle aimait danser.
Alors, renseigne -toi du cÎté du patronage.
Elle y allait les dimanches aprĂšs -midi.
Interroge l 'aumĂŽnier.
C 'est comment pas avec lui qu 'elle a dĂ» apprendre Ă danser ? Bon, allez, vas
-y.
Vous offrez un verre ? Je préfÚre.
Pour le plaisir ? Je m 'étonnerais.
Pourquoi ? Vous avez peur ? Le meilleur est que j 'ai plus peur de rien.
C 'est juste que j 'ai pas envie d 'entendre les conneries qu 'on raconte.
Qu 'est -ce qu 'on raconte ? On parle d 'empoisonneurs.
à propos du docteur ? Je préférerais qu 'on parle ici, à l 'intérieur, il fait
plus chaud. Au moins qu 'il ferme sa gueule, en tous les cas avec nous.
Pensez du docteur.
Ăa vous dĂ©mange trop, vous pouvez pas vous en empĂȘcher.
De quoi ? De faire parler les gens.
Vous saviez quand le gars était enceinte ? J 'aurais su, je vous l 'aurais pas
dit.
J 'ai pourtant bien le sentiment que si certaines choses avaient été dites, on n
'en serait pas lĂ .
Le silence n 'est point contrariant, Walter.
Enfin, parfois... Moi, par exemple, quand je suis revenu d 'Allemagne, j
aimé me la boucler.
D 'Allemagne ? C 'était au service du travail obligatoire.
J 'avais une petite lĂ -bas.
MĂȘme qu 'elle aussi, elle attendait un petit.
Quand je suis revenu, je l 'ai dit Ă ma femme.
Ce jour -lĂ , j 'aurais mieux fait de me couper la langue.
Et l 'autre, l 'Allemande, qu 'est -ce qu 'elle est devenue ? Si ça se
trouve... Elle vous attend.
Et oĂč vous vous ĂȘtes procurĂ© ?
C 'est pas parce qu 'ici on s 'entend penser qu 'il faut m 'écouter.
Curtons et flics, tous pareils.
Toujours Ă rendre coupables les pauvres gens.
C 'est un peu trop facile, non ? Parce que moi, je connais personne qui n 'ait
rien Ă se reprocher.
C 'est bien toute ma difficulté.
Nous ne sommes tous coupables. Dieu est injuste.
Pascal.
C 'est votre cas ? Alors vous, vous ne me lĂąchez jamais.
Prenez donc ma place.
J 'ai pris la vĂŽtre, j 'ai toujours chez le docteur.
Je vous en prie.
VoilĂ , c 'est Ă qui le tour ? Mademoiselle.
Merci.
Vous désirez ? Je voudrais un millefeuille.
Un éclair.
Un baba au rhum.
C 'est pas pour moi, c 'est pour ma mĂšre.
Et ensuite ? Un macaron.
C 'est pas de sa faute.
Si votre mĂšre aime les gĂąteaux... Non, je parle du docteur.
C 'est pas tout ? Oui, merci.
C 'est -Ă -dire ? Comme si elle avait dĂ©jĂ pas assez de gens pour l 'embĂȘter
dans sa vie.
Et pour monsieur, ce sera ? Deux Florentins.
C 'est pour vous.
Sur les Florentins, ça remonte à mon enfance. J 'ai jamais pu résister.
TrĂšs gentil. Vous dites merci au commissaire ? Merci, monsieur.
Vous n 'auriez pas dĂ». Je peux vous aider.
Votre mari vous a dit pour Olga ? Si les ragots vont vite, vous savez.
Non, mais il vous en a parlĂ© lui -mĂȘme ? Ce n 'Ă©tait vraiment pas nĂ©cessaire.
Ce quartier est un vrai village.
Et elle, elle ne s 'était jamais confiée à vous, alors ? Elle n 'a pas dû oser,
la pauvre, dans sa situation.
Vous pensez qu 'elle aurait dĂ» ?
Bien sûr, elle a eu tort.
On s 'en serait occupé d 'elle.
Enfin, on se serait occupé d 'elle.
Comment on s 'en serait occupé ? C 'est -à -dire ? On aurait pu, je sais pas,
adopter l 'enfant.
On se serait arrangé.
Adopter ? Vous ĂȘtes trĂšs comprĂ©hensive.
C 'est mieux que de laisser gĂącher la vie de deux personnes, non ? J 'ai vu
photos.
Elle était plutÎt jolie, hein ? Oui.
Elle avait cette fraĂźcheur des jeunes filles de la campagne.
Capable de séduire les hommes ? Apparemment.
Et ça vous choquait pas ? C 'est pas le problÚme.
Et vous ne vous ĂȘtes jamais posĂ© la question de savoir qui aurait pu la
enceinte ? Faire des suppositions gratuites à ce sujet, ça serait du plus
mauvais goût, commissaire.
Qu 'est -ce qu 'ils font ? Venez ici, sale petit diable !
Bien sûr qu 'il leur arrive de danser.
Quelquefois, dix mois aprÚs midi, il y en a un qui amÚne un électrophone.
Il y a des parents qui n 'aiment pas ça, on fait des reproches.
Il y en a toujours qui voient le mal partout.
C 'est pas facile de faire bouger les choses.
Et Olga ? Une innocente, comme elles le sont toutes Ă cet Ăąge -lĂ .
Ce sont les adultes qui pervertissent les enfants.
Et vous me demandiez si Olga dansait ? Oui.
Elle aimait beaucoup ça.
Et elle dansait trĂšs bien, d 'ailleurs.
Elle avait des petits... Enfin, des chevaliers servants.
Il y a beaucoup de garçons qui aimaient la faire danser. Et puis, elle était d
'un caractÚre trÚs enjoué.
Un garçon en particulier ? Non, je ne vois pas.
Elle se confessait ? Oui.
TrÚs réguliÚrement.
AuprĂšs de vous ? Qu 'est -ce que vous imaginez, jeune homme ? Vous ne croyez
tout de mĂȘme pas que je vais haĂŻr le secret de la confession pour vous ?
Et vous saviez qu 'elle était enceinte ? Vous ne voulez donc rien dire ?
Ăcoutez, je vous ai dit tout ce que je pouvais vous dire.
Alors, au revoir, mon pĂšre.
Demain, il y a quelques jeunes gens qui doivent se retrouver ici.
Il y en a peut -ĂȘtre parmi eux qui pourraient vous parler d 'Olga.
Merci, mon pĂšre.
Je vais porter le sac dans la cuisine.
Qu
'est
-ce que vous me paraitez bon pour ce soir ? La ratatouille.
La ratatouille.
Il en a de la chance votre fils d 'avoir une maman qui lui prépare de bons
petits plats comme ça.
Je ne suis pas si sûre qu 'il prenne ça comme une chance.
Vous avez un seul enfant ? Oui.
Il a 38 ans, c 'est ça ? 38, déjà .
C 'est bizarre comme on ne voit pas grandir les enfants.
Je ne sais plus vraiment ce qu 'on peut appeler un enfant.
Ăcoutez, mon fils, il a ses faiblesses et ses lĂąchetĂ©s comme tout le monde.
Mais il n 'est pas méchant, vous savez.
Il est trĂšs tranquille.
C 'est un innocent, un rĂȘveur.
C 'est tout.
Vous pouvez me croire.
Il a l 'air d 'aimer le jardinage.
Pour ça, oui, il est doué.
Travailler la terre, c 'est sa passion.
Et le pÚre, c 'est qui ? Je vous ai déjà dit que je n 'en savais rien.
Non.
Le pĂšre de votre fils.
Ah.
Il n 'y en a pas.
Enfin, il est parti quand j 'étais enceinte.
Il a dĂ» avoir peur, sans doute.
C 'est peut -ĂȘtre ce genre de chose qui est arrivĂ© Ă Olga.
Il y a des gens qui ne comportent pas que ça, mais qui sont heureux.
Il faut toujours qu 'ils gĂąchent la vie des autres.
Vous ĂȘtes en train d 'accuser votre mĂšre d 'avoir fait le malheur d 'Olga, c
'est ça ? Je n 'ai pas dit ça.
Et vous pensez que vous, vous auriez pu la rendre heureuse ? Vous ne m 'en
croyez pas capable ? Vous me prenez pour un minable, c 'est ça
?
Au revoir, Mme Leblanc. Au revoir, docteur. Ah, commissaire.
Un inspecteur a appelé. On vous attend à votre bureau.
Vous en ĂȘtes oĂč dans votre enquĂȘte ? Elle avancerait plus vite si on ne me
cachait pas certaines choses. Par exemple, vous, docteur.
Je vous ai dit tout ce que je savais.
Croyez -moi, je désire autant que vous voir la fin de cette histoire.
On en a suffisamment parlé.
J 'ai mĂȘme droit Ă des coups de tĂ©lĂ©phone d 'insulte. Des lettres aussi
Non, non.
C 'est pas pour moi que ça m 'embĂȘte.
Mais si ça continue, j 'aurai bientÎt plus aucun patient.
C 'est pour ma femme.
Je ne sais plus comment la protéger des médisances.
Vous comprenez, elle veut avoir une famille parfaite.
Les apparences pour elle, c 'est important.
L 'image qu 'on donne.
Rien de tel que la vérité pour faire taire les gens.
Joyeux commissaire, au revoir.
Je vous ai dit que le juge m 'avait demandé de vous mettre en garde à vue.
Vous ferez remarquer que je ne l 'ai pas fait.
C 'est celui que vous cherchez.
C 'est bon, ça s 'énerve.
Il y a le pĂšre de notre gars aussi qui vous attend.
Pour quoi faire ? C 'est Ă propos du docteur.
Qu 'est -ce qu 'il lui veut, ce docteur ? Il n 'a rien voulu me dire tant que
vous n 'étiez pas là .
Asseyez -vous.
Vous vouliez me voir ? Je ne voulais pas vous déranger, mais...
Mais quand mĂȘme, je voudrais porter plainte.
Porter plainte ? Ben, elle a quand mĂȘme Ă©tĂ© empoisonnĂ©e.
Et puis, en plus, il m 'a dit qu 'elle était enceinte. Alors, le petit fumier
qui a fait ça, moi, je... Vous voulez déposer une plainte contre qui ? Contre
X ? Je sais pas de qui vous voulez parler.
Mais pour moi, le responsable, c 'est le docteur.
Vous savez que c 'est trÚs grave de déposer une plainte contre quelqu 'un.
Vous ĂȘtes sĂ»r de vouloir le faire ? Ăvidemment, un docteur, c 'est embĂȘtant.
Ah oui, en effet.
Mais quand mĂȘme, on ne peut pas laisser tomber.
Si vous ĂȘtes sĂ»r d 'avoir bien rĂ©flĂ©chi, l 'inspecteur Dantec va prendre votre
déposition. Et puis, je voulais vous demander... Le corps,
je pourrais le ramener chez nous ?
Parce que vous voyez, chez nous, ça sera mieux pour elle.
Et vous, vous n 'y allez pas ? OĂč ? Ă CompĂšte.
OĂč ? Ah, mais nous, vous ĂȘtes sĂ»rs d 'ĂȘtre dans votre bon droit.
Vous croyez ?
Ou alors ceux que vous ĂȘtes du genre pĂ©cheurs orgueilleux.
C 'est pas comme l 'autre.
L 'autre ? Encore un qui croit qu 'il suffit de parler pour oublier le
Parce que vous croyez que le docteur est coupable ? On dirait que ça vous
embĂȘte.
Parce qu 'il est docteur ? J 'avais commencĂ© des Ă©tudes Ă Nantes, lĂ oĂč le
docteur Baron a fait les siennes.
J 'ai arrĂȘtĂ© au bout de deux ans.
Vous avez sans doute eu de tort.
Mon pĂšre est mort.
J 'ai pas eu le choix.
Toujours pas envie d 'un café ? Je vous conseille pas d 'y aller. Vous savez ce
qu 'il raconte maintenant ? Que le docteur l 'aurait violé.
Je suis désolé de vous importuner, mais... Je suppose que vous aussi, vous
des choses qui vous pĂšsent sur la conscience ? Ah, je ne sais pas.
'est le cas du docteur Baron ? Vous vous sentez prĂȘt ? Ă quoi ? Ă vous
confesser.
Je ne sais pas, mais enfin, pas tout de suite.
Non, j 'enquĂȘte sur la mort de le gars, la petite bonne des barons.
Je sais, je vous ai reconnu.
Mais ce n 'est pas parce que vous mettez Ă jour les noirceurs des autres que
vous en ĂȘtes d 'exemple.
Ah, ben, je sais bien.
D 'ailleurs, je ne prétends pas...
Madame Baron.
Madame Baron.
Oui, est -ce qu 'elle pratique aussi la confession ? Suis -je obligé de vous
répondre ? Or, votre question est déjà une réponse.
Elle considĂšre qu 'elle n 'a de compte Ă rendre Ă personne.
Enfin, elle envoie quand mĂȘme ses enfants au catĂ©chisme.
Il faut dire que ça faisait partie de nos accords quand elle s 'est mariée
le docteur.
Et qu 'elle n 'est pas des nÎtres, voyez -vous. Comment ça, pas des nÎtres ?
Mais vous ĂȘtes bien catholique. Oui, oui.
Seulement, mon métier m 'a enlevé beaucoup d 'illusions.
Est -ce que cela signifie que la religion est pour vous une illusion ? Oh
je ne me permettrai pas d 'émettre ce genre d 'opinion.
Mais que venez -vous donc faire en entrant dans cette église ? Qu
-vous de moi ? Je venais vous poser quelques questions.
Dites donc votre curé, hein ? On dirait que vous avez vu le diable en
personne.
Ou pire, peut -ĂȘtre le bon Dieu.
Il a voulu essayer avec moi, mais il a vite compris qu 'il perdait son temps.
Qu 'est -ce qu 'il peut bien en savoir, lui, du mal ? Enfermé au milieu de ses
statues.
D 'ailleurs, vous aussi, vous vous trompez.
Ah oui ? Pour y voir clair, il faut prendre de la distance.
Il n 'y a que ça.
C 'est pour ça que j 'ai dĂ©cidĂ© d 'ĂȘtre lĂ .
Et vous voyez quoi ? Pour comprendre l 'homme, chercher la femme.
Ah, mais vous, c 'est en Allemagne qu 'il faut retourner, alors, pour la
trouver. Et alors ? Je l 'aimais bien, vous savez.
Parfois, je me demande si ma femme n 'avait pas raison. Elle disait toujours,
principal problĂšme chez les hommes, c 'est qu 'ils sont lĂąches.
Il n 'est pas lĂ . C 'est pas la bonne d 'insister.
C 'est pas vrai.
J 'ai vu rentrer.
Vous n 'avez qu 'Ă prendre rendez -vous.
Je vous dis que c 'est urgent.
Vous n 'avez pas le droit de m 'en empĂȘcher.
Je dois le voir.
Je peux vous aider ? Vous tombez bien.
Qu 'est -ce que je peux faire pour vous ? Tout ce qu 'on raconte est faux.
Je peux tout vous expliquer. Je vous écoute.
Pas ici.
Voulez -vous qu 'on se retrouve chez vous ? Chez vous ? Je ne peux pas vous
inviter au commissariat.
Je comprends, oui.
Dans une heure, si vous voulez.
C 'est un peu tÎt. Il faut que je prévienne ma mÚre.
Alors du thé, alors, si vous préférez.
TrĂšs bien.
J 'ai mis.
Mlle Simpson vous l 'a dit que je ne peux pas la recevoir.
Ăa devient impossible, je n 'ai plus un instant de tranquillitĂ©.
De quoi parlez -vous ? Des patients.
Mais je croyais que vous en aviez de moins en moins.
Oui, c 'est vrai.
Vous recevez des coups de téléphone ? Non, pas vraiment.
On vous harcĂšle ? Oui, enfin non.
Bonne raison, je suis obligé de vous dire que les parents d 'Olga ont déposé
plainte contre vous.
Une plainte ?
J 'aurais fait la mĂȘme chose Ă leur place.
Perdre leur enfant.
Avant, vous Ă©tiez suspect. Maintenant, vous ĂȘtes accusĂ©.
Qu 'est -ce que je dois faire ? Vous décidez enfin à dire tout ce que vous
savez, parce que sinon, ça se terminera au tribunal.
Et personne de votre famille ne sera épargné.
Rien.
Vous avez raison.
Vous me donnez cinq minutes, je dois finir ma consultation.
Qu 'est -ce que vous me voulez ? Vous savez que les parents d 'Olga ont porté
plainte contre le docteur.
Qu 'est -ce que vous en pensez ? Ăa vous n 'est Ă©gal ? Pour lui, toutefois, ça a
toujours été comme ça.
Qu 'est -ce que vous voulez dire ? Il faut toujours qu 'il ait le beau rĂŽle.
Ah oui ? Vous trouvez que c 'est le beau rĂŽle d 'ĂȘtre accusĂ© de meurtre ? Je n
'ai pas dit ça.
Vous vous connaissez depuis que vous ĂȘtes tout petit avec le docteur ? Ben
on a le mĂȘme Ăąge.
Elle est toujours avec eux ensemble ? Olga, elle n 'a rien Ă voir avec le
docteur. Ah oui ? On est bien sûr de vous.
Tout est de ma faute.
Mais j 'aimerais que ma femme n 'en sache rien.
Oui, je sais que ce n 'est pas possible.
Ne sache rien de quoi.
Ce n 'est pas facile Ă dire.
J 'ai couché avec elle.
Olga ? Oui.
Un dimanche, j 'en étais seul à la maison.
Je ne sais pas ce qui m 'a pris.
C 'était dans vous, le pÚre ? Je ne sais pas.
C 'est arrivé il y a cinq mois.
Et depuis cinq mois ? Ăa n 'est plus jamais arrivĂ©.
Jamais ? Jamais.
C 'est comme s 'il ne s 'était rien passé entre nous.
Vous la connaissiez ? Pas trĂšs bien.
Et vous ? Je l 'ai vue de temps en temps, mais je ne sais pas grand -chose
elle.
Que voulez -vous savoir ? Vous la connaissiez bien ? Ăvidemment, oui. C
ma fiancée. Vous devez se parier.
Et vous ? Et moi quoi ? Qu 'il avait... Mise enceinte ? Ăcoutez, jeune
homme, je ne vous ai pas autorisé à venir jusqu 'ici pour porter de telles
accusations.
Oui, c 'est moi le pĂšre.
Je vais vous demander de me suivre Ă la PG.
Et cherchez vos affaires.
Elle ne vous en a jamais parlé ? Vous ne saviez pas ce qu 'elle comptait faire ?
Non.
J 'ai bien commencé à me douter qu 'elle était enceinte.
J 'attendais qu 'elle m 'en parle.
Elle n 'a jamais rien réclamé.
Elle était d 'accord, je ne l 'ai pas forcé.
Elle n 'avait pas de mauvaises intentions.
Seulement, j 'aurais dû réaliser que s 'il en avait envie, ce n 'était pas
forcément bien pour elle.
Ă 18 ans, on est plein de rĂȘves.
On attend autre chose de la vie.
Alors mĂȘme si je ne suis pas le pĂšre, je suis quand mĂȘme le responsable.
Si elle n 'avait pas commencĂ© avec moi, peut -ĂȘtre que rien ne serait arrivĂ©.
Vous voulez dire que vous étiez le premier ? Oui.
Elle ne m 'avait rien dit.
Je m 'en suis rendu compte trop tard.
Depuis un mois, je sentais bien que ça n 'allait pas fort.
Je ne savais pas quoi faire.
En fait, je me suis comporté comme un salaud.
J 'ai fait celui qui ne voyait rien.
En fait, c 'est préféré ne pas le savoir.
Qu 'est -ce que vous allez faire ? Vous allez en parler Ă ma femme ? Ăa ne me
paraßt pas nécessaire.
Vous ne pensez pas qu 'elle a déjà envisagé que vous brouilliez de l 'opéra
Je vois que vous y prenez goût.
S 'arméliser en place, vous ne trouvez pas ? Je vous le confie un moment, moi
vais chez le docteur. Ce n 'est pas votre jour pourtant.
Je vais montrer que je suis solidaire.
Je croyais que vous ne vouliez pas vous mĂȘler des affaires des autres.
En temps de paix c 'est possible, mais en temps de guerre, il faut changer de
stratĂ©gie. C 'est le docteur qui va ĂȘtre content.
Je vais vous dire la vérité, c 'est une occasion de plus pour moi de me taper la
cloche. Vous voyez, je vous accompagne.
Et ma réputation, alors ? Oui, la mienne.
Qu 'est -ce que t 'as à me regarder comme ça ?
Ils sont tous jaloux.
De qui ? De vous ? De celui qui aurait pu mettre enceinte Olga
? Vous n 'ĂȘtes jamais sorti d 'ici, vous
? Non.
Et Armand ? Lui, aprÚs l 'école, il est parti apprendre la médecine.
Et à son tour ? Il a été réquisitionné dans les hÎpitaux pendant la guerre.
Et vous ? Moi, je suis resté ici pour aider.
Aider qui ? Garder la maison, faire tout ce qu 'il y avait Ă faire.
Quand le pÚre Baron a été tué, tout le monde était un peu perdu.
Alors ma mÚre a essayé d 'arranger pour que je reste.
Arranger ? Armand m 'a fait un papier.
Je vois.
Commissaire.
Vous allez peut -ĂȘtre pouvoir m 'expliquer oĂč vous voulez en venir.
Je vois mon mari de plus en plus perturbé.
Vous savez quoi exactement ? La vérité.
Quitte Ă faire avouer aux gens des choses qu 'ils n 'ont pas faites ? Ce n
pas dans mes habitudes.
Vous savez, commissaire, tout le monde n 'est pas comme vous, Ă se croire
toujours dans son bon droit.
Et oui, figurez -vous qu 'il y a des gens qui sont prĂȘts Ă porter le monde
leurs Ă©paules et prĂȘts Ă se sentir plus coupables qu 'ils ne sont.
L 'esprit judéo -chrétien.
Vous voyez ce que je veux dire ?
Parfaitement bien.
Alors évidemment, avec votre façon insistante de poser des questions.
On ne peut pas dire que ce soit le cas avec vous.
Avec moi, vous perdriez votre temps.
Je trouve tout à fait suspect les gens qui étalent leurs états d 'ùme.
C 'est pour ça que vous n 'allez jamais vous confesser.
Je suis protestante.
J 'ai donc deux comptes Ă rendre qu 'Ă moi -mĂȘme.
Je l 'ai trouvé.
Qui, quoi ? Le Président de Guerlain, responsable, quoi.
Je l 'ai amené à l 'APJ pour que vous l 'interrogiez.
Ah, trĂšs bien.
Il vous attend.
Ăa va attendre encore un peu.
Il y a le juge aussi qui voudrait vous parler Ă propos de la plainte contre le
docteur. Ah, trĂšs bien.
Vous n 'allez pas le voir ? J 'irai en temps voulu.
Je vais retirer la plainte.
Tout est la faute de cette femme.
La femme du docteur ? On dirait pas comme ça, mais c 'est elle qui l
Qui l 'oblige Ă quoi ? Vous avez vu les enfants ? Oui.
Terrible, non ? Je ne vois pas ce que vous voulez dire.
Enfin, maintenant il n 'y aura plus de problĂšme.
Mais de quel problĂšme s 'agit -il ?
Mais vous ne voyez donc pas ? Non.
Ăa fait six ans.
Six ans.
Qu 'ils n 'ont plus fait d 'enfants.
Ah.
Il ne vous a rien dit ? Il aurait dĂ» me dire quelque chose.
L 'enceinte.
Et qui est l 'heureux papa ?
Devinez. Je donne ma langue au chat.
Alors, faites un effort.
C 'est facile.
Allez.
Papa, calme -toi.
Vous habitez ici depuis longtemps ? Depuis que mon pĂšre avait pris sa
Il ne voulait pas retourner en Ăcosse et ma mĂšre dĂ©sirait retourner dans son
pays natal.
Un homme exceptionnel, mon pĂšre.
Vous ne m 'avez pas connu ? Je n 'ai pas eu cet honneur.
Colonel dans l 'armée des Indes.
C 'est le seul homme que j 'ai aimé.
Enfin, sauf depuis que j 'ai rencontré... Le docteur.
Ne pleure pas.
Je vais vous laisser.
Qu 'est -ce ?
Il vous attend.
Qui ça ? Le fiancé d 'Olga.
Ah oui. Le juge aussi.
Il ne comprend vraiment pas pourquoi vous n 'avez pas encore arrĂȘtĂ© le
Ah oui, moi non plus.
Pour le calmer, je lui dis qu 'on avait une autre piste.
T 'as bien fait.
Tu me l 'envoies ?
Euh,
commissaire ?
C 'est vous le fiancé d 'Holger ? Oui, monsieur.
Ses parents étaient au couvent ? Non, pas vraiment.
Pourquoi ? C 'était pas encore officiel, mais on en avait l 'intention.
L 'intention.
Tout le monde avait des intentions dans cette histoire.
Et l 'enfant ? C 'était une intention aussi ? J 'avais l 'intention de...
je veux dire, je m 'en serais occupé.
Mais c 'est vrai.
Je vous le jure.
Dois -je comprendre que vous vous dĂ©clarez ĂȘtre le pĂšre de l 'enfant ?
Vous savez que vous devenez le suspect numéro un ?
Je comprends. Vous allez ĂȘtre obligĂ© de vous mettre en garde Ă vue.
Vous n 'avez rien d 'autre Ă me dire ? Non.
Bon, on va chercher quelqu 'un.
Ăteint. Tu le fais garder dans un bureau. Que personne ne lui parle. Je le
reverrai plus tard.
Au moins, il avouait que c 'est bien lui qui devait le mise enceinte.
C 'est bien le problĂšme.
Rien que pour ça, il méritait une petite leçon.
Moi, ce que j 'aimais surtout quand j 'achetais des caramels Ă la France, c
'était de voir l 'épicier aller compter. Nous, on en prend ça à chaque fois,
exprĂšs.
Et Olga ? Elle aimait ça aussi, elle mangeait des bonbons avec vous ? Pas
tellement. Elle, c 'était plutÎt les gùteaux.
Elle aimait les gĂąteaux ? Ăa, oui. Mais enfin, depuis pas longtemps.
Depuis quand ? Ben, je sais pas.
Au début, elle disait que ça la faisait grossir.
Mais aprĂšs, elle Ă©tait un peu embĂȘtante, parce qu 'elle voulait tout manger et
mĂȘme pas nous en laisser.
Ah, dis donc.
Surtout les religieuses au chocolat, c 'est ce que je préfÚre aussi.
Il prétend qu 'elle est enceinte.
Eh bien, je peux vous assurer que lors de sa derniĂšre consultation, il y a
d 'une semaine, elle ne l 'était pas.
Elle avait des résultats d 'analyse que je lui avais recommandé de faire pour
autre chose, qui aurait été parlant si ça avait été le cas.
Il n 'y a pas si longtemps encore, tout laissait penser mĂȘme qu 'elle Ă©tait
vierge.
Je ne sais plus quoi inventer.
Vous ne pensez tout de mĂȘme pas que c 'est moi qui l 'ai mise enceinte ?
Vous
m 'offrirez un petit café ? C 'est bien aimable à vous.
Vous avez bientĂŽt fini votre enquĂȘte ?
J 'ai retrouvé le fiancé d 'Olga.
Celui qui l 'a mise enceinte.
Celui qui l 'aurait empoisonné, alors.
Lui ou quelqu 'un qui aurait été jaloux de lui.
Et c 'est qui, ce fiancé ? Un garçon de son ùge. Elle l 'a connu au patronage,
le dimanche, quand elle allait danser.
Je savais bien que c 'était une traßnée.
Oh, ça suffit, hein !
Il est bon votre café.
Il est comment ? A bout.
Il a mĂȘme pleurĂ©.
Il n 'a pas demandé à me parler ? Non, il n 'a pas desserré les dents.
Tu vas aller à la pùtisserie prÚs de l 'église, puis tu vas acheter toutes les
religieuses au chocolat.
Tout claire les yeux.
Oui, et tu les feras analyser par Mouers.
Tout claire les yeux.
Je ne l 'ai pas tué.
Pardon ? Je ne l 'ai pas tué.
Et pour le reste, vous prĂ©tendez toujours ĂȘtre le pĂšre de l 'enfant ?
Tout le monde ment dans cette affaire.
Au moins vous, vous mentez pour la bonne cause.
Mais vous croyez que c 'est bien utile.
Vous savez que ça peut vous valoir une condamnation pour détournement de
mineurs.
Je ne savais pas.
Je suis persuadé que vous l 'aimiez sincÚrement.
Mais si vous voulez sauver son honneur et respecter sa mémoire, le mieux, c
la vérité.
Elle y a droit, non ? Vous ne croyez pas ? Pourquoi elle ne m 'a pas fait
confiance ? Je l 'aurais épousée. J 'aurais pris un travail. L 'enfant, je m
serais occupé.
Je vous le jure.
Vous avez eu des relations sexuelles avec elle ? Non.
Elle n 'a jamais voulu.
Elle disait que j 'étais trop jeune, que j 'étais incapable de lui assurer une
bonne situation.
Il faut dire qu 'elle s 'Ă©tait mise en tĂȘte d 'avoir une auberge.
C 'Ă©tait son rĂȘve.
Je ne pouvais pas lui payer, moi, son auberge.
Elle ne vous a jamais dit avec qui elle avait eu une relation ? Non, et puis je
n 'ai pas arrĂȘtĂ© d 'y penser.
Ce qui est sûr, c 'est qu 'à la fin, elle avait l 'air complÚtement perdue.
Elle me disait qu 'elle comprenait plus les gens qui tenaient pas leurs
promesses.
Et puis son auberge, elle y pensait mĂȘme plus.
Et je me suis moqué d 'elle.
Mais j 'ai rien compris.
Vous pouvez rentrer chez vous, maintenant.
L 'ordure qui a profité d 'elle, je vous jure, si je lui tombe dessus...
Alors ? Vous avez fait un mandat d 'arrĂȘt contre lui ? Contre qui ? Bah, le
fiancé. Oh, mais il est rentré chez lui.
Vous l 'avez laissé partir ? Et les gùteaux, alors ? Y 'a rien dedans.
C 'est Moërs qui te l 'a dit ? Bah oui.
Il paraĂźt mĂȘme que c 'est pas du vrai chocolat, mais un truc qui donne juste
goût du chocolat.
C 'est vrai que tu continues quand mĂȘme Ă surveiller la pĂątisserie et toutes les
personnes qui achĂštent des religieuses.
Et pour le fiancé, alors, on fait rien, mais le juge... Quoi, le juge ? Bah, du
coup, vous n 'avez plus d 'excuses pour ne pas arrĂȘter le docteur. Mais tu vas
pas t 'y mettre, toi aussi !
Ils sont bien bons.
Le lundi, c 'est que les restes de l 'abeille qu 'on réchauffe.
Du bĆuf aux carottes.
C 'est encore meilleur le lendemain.
Si ça ne vous fait rien de manger avec nous à la cuisine.
Avec plaisir.
Bonjour, monsieur l 'Ăąme.
Décidez -moi, je vous trouve toujours à ma place.
Bonjour, les enfants.
Bonjour, monsieur lundi.
Qu 'est -ce que vous a dit votre pĂšre ? Allez dans votre chambre, les enfants.
Ăcoutez, monsieur lundi, je vais vous dire la vĂ©ritĂ©, mon mari pense que la
boulangĂšre vous donne des gĂąteaux qui sont pas trĂšs frais.
Ceux qu 'elle a pas pu écouler le dimanche, vous comprenez ? Je suis
Non seulement pas frais, mais...
Empoisonné. Alors, des brins secs dans des religieuses d 'eau chocolat, mais
comment vous avez deviné ? En fait, j 'en étais pas du tout sûr.
Je viens juste d 'en avoir la confirmation.
Est -ce que ça voudrait dire ? Que la mort d 'un gars est probablement
accidentelle. Ce sont les enfants qui étaient visés.
Tu es sûr d 'avoir vu Mlle Simpson sortir de la pùtisserie de Mainville ce
? Sûr.
Et vous ne pensez pas que le clochard ? Non, je pense surtout que les enfants
sont en danger. OĂč sont -ils ? Ă l 'Ă©cole, je pense.
Bon, va les chercher Ă la sortie.
Tu ne les quittes pas d 'une semaine, mais tu les ramĂšnes chez eux.
Le clochard, vous ne l 'arrĂȘtez pas ? DĂ©cidĂ©ment, c 'est une manie chez toi d
'arrĂȘter les gens.
Je suis prĂȘt.
Ă quoi ? Ă vous suivre.
Pour quoi faire ? Pour m 'arrĂȘter, tiens.
De toute façon, je savais que je pouvais pas vous faire confiance. C 'est ça,
vous m 'avez bien eu.
Qui est -ce qui vous a fait ça ? RÚglement de compte. Je me suis pas
faire. Avec Martin ? De toute façon, tout le monde veut me mettre ça sur le
C 'est un peu facile, non ? Oui, un peu trop facile, justement, parce que je
vois pas ce que vous auriez intĂ©rĂȘt Ă faire dans cette histoire.
Ben, moi non plus.
Alors oui, on est d 'accord.
Mais vous ne m 'arrĂȘtez pas ? EmpoisonnĂ©.
Et pourquoi M.
Lundi ? Pas M. Lundi.
Quelqu 'un qui s 'est servi de lui.
Je ne vois pas comment c 'est possible.
Et pourtant, il y a quelqu 'un.
Vous attirez la jalousie, docteur.
Comment ça ? Martin, par exemple.
Martin ? On se connaßt depuis l 'enfance, on a été élevés ensemble.
Comme des frĂšres.
Non, pas tout à fait, mais nous étions de bons camarades.
Et aujourd 'hui, vous diriez encore que vous ĂȘtes de bons camarades ? Aujourd
'hui, c 'est diffĂ©rent, nous n 'avons pas la mĂȘme situation.
Ăa, en effet.
Peut -ĂȘtre que Martin avait aussi des vues sur Holga.
Je ne serais pas Ă©tonnĂ© que vous -mĂȘme soyez l 'objet de convoitises.
Je ne vois pas oĂč vous voulez en venir.
Je vais en venir Ă Mlle Simpson.
Elle s 'est entichĂ©e de vous, non ? Peut -ĂȘtre un peu, oui. Un peu seulement ?
Elle s 'imagine ĂȘtre enceinte de vous.
Je ne sais pas pourquoi.
Elle s 'est convaincue que je m 'intéressais à elle.
C 'est une femme seule, alors forcément elle fantasme.
Elle vous Ă©crit des lettres d 'amour ? C 'est peut -ĂȘtre un peu de ma faute. Je
ne sais pas.
J 'ai peut -ĂȘtre involontairement dĂ» avoir un geste, un mot, un regard qu
a mal interprété.
Elle a cru.
Mais je ne voudrais pas que ma femme soit au courant.
Vous lui cachez beaucoup de choses, votre femme.
Mais non, je vous assure.
Je veux juste la protéger.
J 'aimerais que vous la fassiez venir.
Et qu 'allez -vous lui dire ? Pour rien qu 'elle ne puisse entendre.
Elle n 'est pas encore rentrée.
Elle est allée chercher les enfants à l 'école.
Eh bien, tout Ă l 'heure.
S 'attaquer Ă un clochard, c 'est bien dans vos cordes, hein ?
Il faut bien qu 'il y ait un responsable quand mĂȘme, non ? Et Ă quel titre vous
vous sentez responsable d 'Olga ? Elle comptait sur moi pour la protéger.
Ah,
c 'est réussi.
Je voulais l 'emmener.
Elle était d 'accord, vous savez.
Vous vouliez acheter une petite auberge ? Ouais.
On s 'en serait occupés tous les deux.
Ăa lui plaisait bien comme idĂ©e.
Vous n 'avez jamais travaillĂ© ailleurs qu 'ici ? Vous ĂȘtes payĂ© Ă la semaine ?
Je vois pas ce que ça vient faire là .
Je suppose que vous ĂȘtes nourri -loger, votre mĂšre et vous.
Et vous devez toucher aussi quelques gages.
C 'est ma mÚre qui s 'occupe de ça.
Ah, votre mĂšre, c 'est elle qui gĂšre votre argent.
Et qui doit vous laisser juste le nécessaire d 'argent de poche.
Difficile dans ces conditions de rassembler la somme nécessaire pour l
'une auberge.
Pas étonnant si Olga s 'impatientait.
Qu 'est -ce que vous en savez ?
Elle attendait un enfant de vous, non ? Je sais.
Vous vouliez en parler Ă votre mĂšre ? Ăvidemment.
Ou bien vous prĂ©fĂ©riez attendre qu 'elle remarque elle -mĂȘme un changement chez
Holger ? Les femmes ont l 'Ćil pour ce genre de choses.
En fait, vous comptiez sur votre maman pour arranger les choses,
comme elle l 'a toujours fait.
Martin ! Au fond...
Vous n 'aviez peut -ĂȘtre mĂȘme pas envie de partir.
Ăa, c 'est vous qui le dites.
Il serait temps de regarder la vérité en face, Martin.
DĂ©pĂȘche -toi ! Il y a une course urgente Ă faire !
Qu 'est -ce qu 'il fait ? Qu 'est -ce que vous lui avez dit encore ? On a eu
conversation demain.
Oui, mais je ne sais pas ce que vous lui racontez. Mais depuis que vous ĂȘtes lĂ ,
ce n 'est plus le mĂȘme.
Il n 'est plus pareil avec moi.
C 'est peut -ĂȘtre depuis qu 'il a appris qu 'Olga Ă©tait tuĂ©e.
Vous n 'allez tout de mĂȘme pas m 'accuser de... Je vous accuse d
fils de vivre.
De l 'empĂȘcher de partir, comme il aurait dĂ» le faire depuis longtemps.
Et ne me dites pas que c 'est pour le protéger, vous aussi.
Commissaire, c 'est vous qui avez chargé votre inspecteur de ne plus réveiller ?
Ah non, pas vous.
Les enfants.
Ce sont les nouveaux suspects ? Ou les futures victimes.
C 'est parce que le gars était enceinte que vos enfants sont sains et saufs.
A cause de son envie de sucrer qu 'elle avait depuis quelque temps, elle s 'est
précipitée sur les gùteaux destinés aux enfants.
La tentative d 'aujourd 'hui prouve assez qu 'ils étaient les victimes
désignées.
Je suis désolée.
Je ne peux pas t 'accuser de quoi que ce soit ou que tu penses que ce qu 'elle
peut dire m 'importe.
De quoi tu parles ? Elle pense que c 'est Ă cause des enfants que tu ne me
quittes pas.
Qu 'est -ce que tu racontes, Miguel ? Tu sais bien.
Mademoiselle Simpson.
Elle m 'a menacée.
Et tu ne m 'as rien dit ? Toi non plus, tu ne m 'as jamais rien dit.
Je crois qu 'il est temps que vous parliez un peu tous les deux.
Commissaire. Oui.
Cet appétit pour les aliments inhabituels commence à apparaßtre entre
douziĂšme et treiziĂšme semaine.
Elle était enceinte de trois mois.
Je ne veux pas de ça.
Non, je ne lui vends pas, je lui donne.
Il faut ĂȘtre un peu charitable quand mĂȘme.
Surtout le lundi, quand les gĂąteaux ne sont plus trĂšs frais.
Oui, c 'est ça oĂč je les jette, autant que ça fasse un heureux, non ? Et
mademoiselle Simpson, vous lui donnez aussi des gĂąteaux ? Non, pas Ă elle.
a les moyens.
C 'est -à -dire une trÚs bonne cliente. Pourtant, l 'année derniÚre, elle n 'a
pas acheté de gùteaux.
Pourquoi est -elle venue ? C 'est à cause de sa mÚre, ça.
Elle est un peu difficile, comme peuvent l 'ĂȘtre les vieilles personnes.
Et alors ? Et alors, il arrive qu 'elle fasse des caprices et que des fois, il y
ait des gĂąteaux dont elle ne veut plus.
Et elle vous les ramÚne ? C 'est ça ? Et elle vous les donne au clochard ? Oui.
Et Ă personne d 'autre ? Ben non, quand mĂȘme.
Les religieuses au chocolat, c 'est pour M.
Lundi. De toute façon, on sait trÚs bien qu 'il aime que ces gùteaux -là .
Oui.
Oui, oui, parfaitement.
Mais vous avez tout compris, M. Lundi.
Oui, il paraĂźt que...
Elle est persuadée que le docteur est amoureux d 'elle et que c 'est à cause
sa femme et ses enfants qu 'il la rejette.
La pĂątissiĂšre acceptait de reprendre les gĂąteaux que Mlle Simpson lui ramenait
et dans lesquels elle avait mis entre -temps des brins d 'épi de seigle.
Il paraßt que c 'est une vieille méthode utilisée dans les pays coloniaux.
Or, son pĂšre revenait des Indes.
Elle avait dĂ» en entendre parler.
Elle avait dû repérer que tous les lundis, le clochard passait prendre des
religieuses au chocolat avant d 'aller chez le docteur.
Les religieuses au chocolat.
Je t 'étonne de tout ça.
Ăa vous donne une bonne raison de les rapporter Ă la pĂątisserie ? La
est une idiote.
Ăa, vous vous ĂȘtes bien moquĂ© d 'elle.
Vous avez beaucoup d 'humour.
J 'aime ça.
Mon pĂšre n 'en avait pas beaucoup.
Tout ça, c 'est du pÚte.
Ah oui ? Vous n 'avez plus besoin d 'empoisonner les enfants du docteur ?
Allons, soyons sérieux.
Maintenant, il sait.
Il n 'attend pas.
Ah, ça ! Ils ont tout fait pour l 'empĂȘcher de me voir.
Qui, ils ? Tous.
La femme, les enfants, les autres.
Ils sentent bien qu 'il y a quelque chose.
Alors ils s 'accrochent.
Ils veulent pas lĂącher.
Ce qu 'ils n 'ont pas compris, c 'est qu 'on ne peut rien contre l 'amour.
Vous ne me croyez pas ? Vous croyez que je fabule ? Laissez.
C 'est sûrement pour moi. J 'y vais.
C 'est eux qui vous envoient, c 'est ça ? Non, non, pas du tout. Parce qu 'il
faut faire attention.
Ils sont beaucoup plus habiles qu 'il n 'y paraĂźt.
Vous avez gardé un secret ?
Qu 'est -ce que tu dis, toi, derriĂšre mon dos ? Allez, retourne !
En fait, vous ĂȘtes de connivences, tous les deux.
Vous avez toujours monté, depuis le début.
En fait, M.
le juge, l 'expert a diagnostiqué une maladie mentale.
Et on appelle ça de l 'érotomanie, m 'a -t -on dit.
Ah oui, c 'est tout à fait ça.
Au revoir, M. le juge.
Ce qui me révolte le plus, c 'est qu 'on soit servi de moi.
Ăa m 'apprendra Ă garder mes distances.
Mais c 'est fini.
Je recommencerai plus.
Au fait, Eugénie m 'a dit qu 'elle prévoyait une double aux petits oignons
semaine prochaine.
Quelle contention, vous ? Ah non, c 'est fini. Plus de complaisance.
On veut faire plaisir en acceptant la charité.
Voyez oĂč ça mĂšne.
Vous partez ? J 'ai un train Ă prendre.
Pour l 'Allemagne ? En fait, c 'est Ă cause de vous.
Qu 'est -ce qui est Ă cause de moi ? De croire Ă la bienveillance humaine, quoi.
Alors vous abandonnez votre banc ? Je vous le laisse.
Je sais que vous en ferez bon usage.
Bon, j 'y vais.
Je ne veux pas louper le train.
Bonne chance.
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