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Conversations indistinctes
III
Musique douce au piano
---
- C'était I'époque 0U je travaillais comme pianiste,
dans un restaurant de style cossu. International.
Au premier étage d'un hétel en forme detour,
avec vue imprenable sur la capitale.
---
Qa aurait pu tout aussi bien se passer é Montréal ou é Zurich.
Il y aurait eu la méme proportion d'Américains, de Japonais, de Saoudiens.
Les mémes créatures aux yeux fatigués
d'avoir trop compté les dollars.
---
Je pouvais leur jouer n'importe quoi. Gershwin, Chopin, Art Tatum...
De toute fagon, ils écoutaient pas.
On me demandait de faire le moins de bruit possible.
Juste un peu d'ambiance.
Quelque chose de ouaté, comme un velours.
Pour accompagner leur Saint-Emilion, leur shrimp cocktail,
leur T. Bone steak.
Alors...
je jouais pour moi tout seul.
Des vieux airs de Bud Powell...
Dont j'essayais de retrouver le phrasé.
Sans jamais y parvenir.
Carje ne parvenais jamais é rien.
Je m'étais fixé jusqu'é trente ans pour réussir dans la vie.
Et j'avais 29 ans et demi.
Il me restait plus que six mois.
En attendant, on me refilait 250 balles par soirée, plus la bouffe.
Et la boisson é volonté.
J'étais content.
Le seul probléme était que je venais d'étre engagé.
Les salauds avaient pas voulu entendre parler de la moindre avance.
J'attendais avec impatience la fin de la semaine,
pour toucher mon pognon.
Et la fin de la soirée... pour aller me coucher.
---
Vers minuit,
les tables commengaient é se dégarnir.
Je me retrouvais en téte é téte avec un couple d'amoureux.
Des retardataires de I'affection,
que j'avais pour mission de mener é bon port,
avec mon clavier magique.
Allez savoir ce qui se passe dans la téte d'un pianiste,
derriére ses touches.
Pendant que vous sirotez votre champagne.
Si ga se trouve, lui aussi, il est amoureux.
Ou triste.
Parce que sa femme I'attend.
Ou parce que sa femme ne I'attend plus.
Parce qu'elle vient de le quitter.
Ou parce qu'elle va le quitter.
---
0U tu vas ?
- J'ai un rendez-vous.
- Avec qui '?
- Un photographe.
- Quel photographe ?
Tu en vois sans arrét, tu fais jamais de photos.
- Tout le monde n'a pas ton talent.
- Merci.
Merci.
Tu as mis huit ans é voir que ma musique est merdique.
- Je t'en prie, j'ai déjé du mal é me maquiller.
On ne m'engagera pas avec cette téte.
- Je sais que ma musique est pas géniale.
Et alors ?
Qa peut changer.
Aujourd'hui, ga ennuie, demain, ga peut captiver.
Les choses évoluent.
Par exemple, dans le temps, je te passionnais.
Maintenant, je te passionne plus. Imagine un phénoméne inverse.
Totalement imprévisible.
Claquement
Qui aurait dit que ga s'éteindrait entre nous ?
C'était prévisible ?
Alors que tous nous enviaient ?
Tintement et fermeture éclair
Et si tu restais avec moi ?
- Mais pour quoi faire ?
- Etre ensemble.
On n'est jamais ensemble.
Quand je rentre le soir, tu dors.
Quand tu te léves le matin, c'est moi qui dors.
Et quand je me réveille...
tu vas voir des photographes.
J'ai pas le temps de te voir t'habiller.
Je te vois jamais te déshabiller.
Martine !
- Oui ?
- Je serai payé é la fin de la semaine.
- L'argent de poche me manque, Rémi.
Parfois, une femme doit s'acheter une jupe, des chaussures.
Un cadeau. Sinon,
ga s'étiole.
- Ils veulent plus te donner cet argent.
Pourquoi tu t'acharnes ?
- Cette fois, ga peut marcher.
- Pourquoi ?
- C'est une photo abstraite.
- Une photo de quoi ?
- De soutien-gorge.
- De la lingerie ? T'avais juré de jamais en faire.
- Tu as plus glorieux ? -Non.
- Tu fais des concerts ? -Non.
- Ils ne veulent plus de photos de mon visage,
mais de plus jeunes.
Il y a de I'essence dans la voiture ?
{Ia m'étonnerait.
- T'as encore un peu d'argent ?
C'est tout ?
- Bah, oui.
- Et toi, qu'est-ce que tu vas faire ?
G f "'-\L w,' ,L““
- T'es bien en seconde ? -Mais oui !
- Pourquoi tu restes pas avec moi ? La bagnole est de mon avis.
Elle veut pas t'emmener. -Tu me pousses ?
- La batterie est é plat ! -Je te demande juste de pousser.
- Moi, je I'aimais bien, son visage.
C'est des cons, les photographes.
Elle était beaucoup trop bien pour eux.
Pour moi aussi, d'ailleurs.
- Rémi !
Crissement de pneus
Fracas
III
- Oh, merde.
- Salut !
- Salut.
- Maman n'est pas lé ?
- Non.
- Elle travaille ?
- Oui.
- Elle rentre tard ?
- Probablement.
- La cantine, c'était dégueulasse. J'ai rien bouffé.
T'en fais, une téte. Qa va pas ?
- Si.
- Tu déprimes ?
- Non.
- Vous vous étes encore disputés ?
- Non.
- J'ai une montagne de boulot. Faut que j'y aille.
T'es pas malade ?
- Non. Je t'assure, tout va bien.
- On dirait pas.
Soupk
III
hamfir\ Eh»?
Rumeur de Ia rue
III
- Que fais-tu de beau ?
- Une rédaction.
- Dure ?
- Non.
Pourquoi ?
- Comme ga.
- Si tu mettais un peu de musique ?
- Qu'est-ce que tu veux entendre ?
- Je sais pas. Ce que tu veux.
- Un de mes vieux rossignols ?
- Si tu veux.
Musique mélancolique au piano
---
- Tu me prétes une feuille ? -Quel genre ?
- N'importe quoi, un bout de papier.
---
'- éxii xiill-7iéi-'li .' r -'
”Ma petite Marion.
”J'ai une mauvaise nouvel/e a' t'ann0ncer.
”Mais comma j 'ai pas le courage de te liannoncer de vive voix,
7e vais te liannoncer par écrit.
"6 'est tout ce que j 'ai trouvé comma solution.
”E'coute-moi.
"Dans la vie, tu vas voir,
”/'/ y a pa/fois des moments vraiment trap dégueu/asses.
”Mais ce que je voudrais que tu sashes,
”c 'est qu '/'/ fautjamais se laisser a/ler au désespoir.
”Tu pourras tiaccrocher a' moi. Tu sais, je suis la', prés de toll
'joour t'aider a' surmonter tous les chagrins.
”Tu sais que tu es ma petite f/'l/e.
---
Marion ?
- Oui.
- Je vais chez I'épicier, le frigidaire est vide.
- T'as de I'argent ?
- Non.
- Tu crois que ga va marcher ? -Va bien falloir.
III
Marion ?
- Oui ?
-Il y a une lettre pour toi. Je la pose sur la table.
- D'accord.
III
Si c'est une blague, elle est mauvaise.
- C'est pas une blague.
{Ia veut dire que j'ai plus de maman ?
-Il y a ton pére.
- Oui.
Evidemment. Y a mon pére.
Sanglot Rémi...
J'arrive pas bien é réaliser. -Moi non plus.
- Rémi ! -Oui !
- Je veux rester avec toi, pas aller chez mon pére.
- Oui.
- Je veux que tu me gardes avec toi. Reniflement
- Oui. -Tu me le promets ?
- Oui, d'accord.
- C'est toi ? Que veux-tu ?
- J'ai besoin de te parler.
'A ql-lel sujet ?
- Différents sujets.
- Bon, je t'écoute.
- C'est é propos de Martine.
- Que veut-elle ? De I'argent ?
- Elle est morte.
- C'est...
C'est tout ce que t'as é me dire ?
- Un accident de voiture. -Arréte de te foutre de ma gueule !
- Mais...
Nom de Dieu, Martine est morte.
C'est clair !
- Tu me racontes ga comme ga ?
- Comment veux-tu que je le raconte ? Tu veux un croquis détaillé ?
Soupk
- Comment c'est arrivé ?
- Un carrefour. Un camion.
Un mauvais réflexe.
- Marion est au courant ?
- Oui.
III
- Pauvre méme.
Voilé 0U ménent tes conneries de jeune premier.
T'as pas été foutu de la protéger.
- Je sais.
- Alors pourquoi tu me I'as prise ?
Soupk
- Qu'est-ce qu'on fait pour Marion ?
- Comment ga ?
- Avec qui elle va vivre ?
- Merde.
J'avais pas envisagé cet aspect de la question.
{Ia me paraTt pourtant capital.
- Ben, oui. Tu parles !
Soupk
Je te demande pardon.
J'ai pas mal picolé ces derniers jours.
- Je t'en prie.
III
Je peux la garder avec moi si ga t'arrange.
Reniflement -Qui ga ?
- Marion.
- Pourquoi ga m'arrangerait ?
- J'en sais rien. Au cas 0U, en ce moment,
tu serais en ménage avec quelqu'un.
Pour te faciliter les choses.
- Je suis en ménage avec personne.
Je vis seul.
- Moi aussi.
Ca y est.
- Je comprends pas 0U est le probléme.
Lequel de nous deux a pouvoir de décision ?
- Ah bon.
D'accord.
Si tu le prends comme ga...
Et si on songeait é la principale intéressée ?
Marion.
Si on essayait de savoir ce qu'elle souhaite.
Je pense pas qu'elle veuille changer de vie.
On peut laisser passer du temps avant les bouleversements.
Elle a ses habitudes,
sa maison, son lycée, ses copains.
- Bon. Ecoute, mon petit Rémi.
Maintenant, les conneries, ga suffit.
Tu as fait suffisamment de mal, il faut nous laisser vivre en paix.
Marion est ma fille, d'accord ?
- D'accord.
Alors sois gentil, prépare ses affaires.
Je viens la chercher demain aprés-midi.
- Tu as faim ?
- Non.
Soupk
- Tu veux une omelette ?
- Non, merci. Vraiment.
Je pourrais pas avaler.
Musique triste au piano
---
- J'aime bien cet appartement, tu sais.
J'ai pas envie d'aller vivre ailleurs.
- T'inquiéte pas.
Allez, viens.
On va aller prendre un bon somnifére.
---
Sanglots
---
Soupk
- T'as pas un truc é boire ?
- Je suis pas trés riche en alcool.
Un vieux fond de pernod ?
- Trés bien.
- Comment tu feras pour t'occuper d'elle ?
- Hein ? -Comment tu t'occuperas d'elle ?
- A quel point de vue ?
- Je sais pas, moi...
Les repas, les courses. Le linge.
- Te fais pas de bile.
Je vais m'organiser.
Ah!
- T'as une femme de ménage ?
- Episodique, oui.
- Elle doit venir tous les jours.
- Oui.
Peut-étre. On verra.
- C'est tout vu. Tu vas pas lui préparer ses repas.
Tu vas pas I'emmener é la boite ?
- Ben non, bien sflr que non.
- Faut qu'elle y aille le moins possible.
T'as la télé ?
- Oui, évidemment. -Attention !
C'est une gosse qui se couche tét.
- Ben, elle se couchera t6t.
- Comment tu sauras, tu seras pas lé ?
- Ecoute, mon vieux, chacun son truc.
---
- Ecoute, Marion.
Va falloir étre raisonnable.
- On peut vraiment compter sur personne.
- Bon...
Allez, on y va.
- Charly !
Dans la petite valise bleue,
tu trouveras son dossier médical.
Lis attentivement les ordonnances,
elle a des médicaments é prendre
et un rappel de polio avant la fin de I'année.
III
Musique mélancolique au piano
G f "'-\L w,' ,L““
III
Encore heureux que je sois pas malade.
---
-ll passait Paprés-midi dans Parriére-boutique
é feuilleter des journaux, des bandes-dessinées,
jusqu'é la fermeture.
Il se laissait complétement aller.
Il cherchait méme pas de travail.
Alors, de temps en temps,
pas trop souvent,
je lui filais du pognon pour qu'il tienne le coup.
Claquement
- Pourquoi elle donne pas de nouvelles ?
Qa va faire une semaine !
Je I'ai élevée pendant huit ans, je vais pas lui courir aprés.
- Le soir, il venait manger é la maison.
On essayait de lui remonter le moral, on faisait la conversation.
C'était comme le porter é bout de bras.
- Des journées entiéres j'ai joué avec elle.
Quand elle avait la varicelle, la coqueluche, la rougeole.
Quand Martine allait é ses rendez-vous.
Soupk
Maintenant, elle m'ignore.
Elle s'est mise dans la téte que tu I'avais abandonnée.
Qa va peut-étre s'arranger.
La seule chose qui lui permettait de tenir le coup,
c'était quand Nicolas se levait,
é la fin du repas.
Musique jaZZY
---
Rémi I'accompagne.
---
Tintement de piéces
Roulette du téléphone
III
*-A I/o" .7
- C'est moi. C'est Rémi.
All6 ?
Tu m'entends ?
Allé, Marion ? C'est moi, Rémi.
Tu m'entends ?
T'es pas seule ?
Réponds. Dis quelque chose. Que se passe-t-il ?
Tu veux plus me parler ?
Qa fait 15 jours que je suis sans nouvelles. Qa va ?
Tu vas bien ?
Tu sais, Marion...
Je suis pas un salaud.
J'ai fait comme tout beau-pére. J'étais obligé.
Allé, Marion ? T'es toujours lé ?
Soupk
Je suis pas devenu un inconnu pour toi, si ?
Je suis tout seul.
T'es la seule é qui je peux téléphoner la nuit.
Qa va, ton nouveau lycée ?
Bon, alors d'accord.
Tu me parles pas, trés bien.
Mais tu m'écoutes, parce que je te parle.
Tu me manques, figure-toi.
Conversations indistinctes
III
- Qu'y a-t-il ? Vous ne jouez pas ?
- Non, je ne joue pas.
- On peut savoir pourquoi ?
- Je suis triste.
- Quelle importance ? Vos morceaux sont tristes.
- D'accord. Mais trop, c'est trop.
- Réalisez-vous que vous perdez un bon boulot ?
- Oui.
Musique mélancolique au piano
---
On peut méme plus étre malheureux tranquille.
---
C'est quoi, ces valises ?
- Mes affaires.
- Quelles affaires ? Tu déménages ?
- Oui. Je viens revivre avec toi.
- Ah bon ?
Et ton pére ?
- J'ai laissé un mot. Faut s'attendre é de la visite.
- Merde.
- Si ga t'ennuie, je peux repartir.
Je retourne lé-bas, je déchire la lettre et on n'en parle plus.
- T'es folle ?
Soupk Ma chérie !
- Rémi !
- Qu'est-ce qu'on va lui raconter ?
- Faut tenter le coup, faut se bagarrer, d'accord ?
- D'accord.
{Ia va gueuler dur.
Tu te sens d'attaque ?
- Oui.
- Ol'.l est Marion ?
- Elle dort. -Va me la chercher.
- Non. Elle a choisi, c'est son probléme.
- Habille-toi, je femméne.
- Je reste ici, c'est ma maison.
Tu peux m'emmener de force, si tu veux,
mais quand tu auras le dos tourné, je reviendrai.
Fais-moi enfermer, c'est la seule solution.
Sinon, je m'en irai toujours.
- C'est quelque chose qui nous dépasse.
On peut rien y faire, ni toi ni moi.
Elle a 14 ans, c'est elle qui décide. Pas nous.
Coup
Fracas
III
Ti 7 ihW,'
Fracas
g f "'-\L w,' ,L““
III
Grognements
g f "'-\L w,' ,L““
flmkfg¢ IJ ~Yf'j.,j_i~w_
---
T'en fais pas.
Elle finira par revenir vers toi, tu verras.
- Tu prendras bien soin d'elle ?
- T'inquiéte pas.
C'est comme si c'était ma propre fille.
Il va falloir que tu surveilles ses fréquentations.
Des tas de gargons lui tournent autour.
- Tu peux dormir sur tes deux oreilles. J'aurais I'oeil ouvert.
- Alors, on a gagné !
- Ouais.
- Pourquoi tu es revenue ?
- Je pensais é toi sans arrét.
Tintements
- Que va-ton devenir, maintenant ?
III
- On va tenter d'étre heureux.
- Tu sais que j'ai perdu mon boulot ?
- Non.
- Ben, je I'ai perdu.
- C'est pas grave ! -Bah,sL“
J'ai plus un rond, et aucun espoir d'en avoir.
- On va se débrouiller. -Comment ?
- Je peux faire du baby-sitting. Qa va vite é 15 francs de I'heure.
Toi, tu peux donner quelques legons de piano.
- A qui ? -N'importe qui.
Mets des annonces chez les commergants.
Qa t'ennuie ? -Non.
7 I J57." L”.
---
---
Claquement
- Alors ? Que penses-tu de notre association ?
- Un, deux... Un, deux, trois.
Musique entrainante
---
Un soir sur deux, elle partait garder des enfants,
avec ses cahiers sous le bras.
Dans la résidence, ou une résidence voisine.
- J'ai gagné cent francs.
Soupk -Viens t'assoir une seconde.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Faudrait que tu ralentisses le baby-sitting.
- Pourquoi ?
III
-ll y est 3 h du matin,
ton réveil va sonner é 7 h.
A ce rythme-lé, tu tiendras pas le coup.
D'ailleurs...
Le manque de sommeil se ressent dans tes résultats scolaires.
Qa m'ennuie de te dire ga,
mais tes derniéres notes sont médiocres.
T'es pas de mon avis ?
- Si.
- A quoi tu penses ?
- A rien.
- Triste ?
- Non.
- Alors va vite te coucher.
Dors bien. -Toi aussi.
- Retarde ton réveil de 15 minutes.
Je préparerai le petit-déjeuner.
Qu'est-ce que t'as ?
- Rien.
- T'as pas sommeil ?
- Si, si. -Alors va te coucher.
- Oui, j'y vais.
- Allez, viens.
Raconte-moi.
Raconte é Rémi. Qu'est-ce qu'il se passe ?
C'est grave ?
"Q8 dépend.
- Qa dépend de quoi ?
- De toi.
- Alors ga peut certainement s'arranger.
Si seulement tu voulais me donner des informations supplémentaires.
- Tu sais...
- Oui ?
{Ia fait pas trés longtemps que j'y pense, mais...
- Mais quoi ?
- Je me demande si...
- Siquoi?
- Si je ne suis pas un peu attirée par toi.
- Par moi ?
- Oui.
- Comment ga ?
- Physiquement.
- Qu'est-ce qui te fait penser ga ?
- Je sais pas.
Des envies que j'ai.
Des dréles d'impression.
D'abord, je pense é toi tout le temps.
- Peut-étre car tu m'aimes bien ?
- Ceux que j'aime bien, j'y pense pas sans arrét.
Toi, c'est tout le temps.
En classe, impossible de me concentrer sur le cours.
Je me dis : "Que fait-il ? ll est tout seul. ll m'attend."
Je regarde ma montre. Qa explique mes notes médiocres.
Qa n'a rien é voir avec le baby-sitting.
En histoire-géo, j'ai eu un zéro é cause de toi.
- A cause de moi ? -Evidemment !
Le prof m'interroge.
- J'ai pas su répondre, et en plus, j'ai méme pas entendu la question.
J'étais ailleurs.
J'étais avec toi. Je pensais é toi.
Qu'est-ce que tu penses de ga ?
Soupk
- Je pense que...
tu te trompes.
Tu es une petite fille dont la vie vient d'étre bouleversée.
C'est normal que tu te sentes bizarre.
On sentirait bizarre é moins.
C'est tout é fait normal, é ton ége, de temps en temps,
au milieu d'un cours d'histoire et de géographie soporifique,
que tu aies de dréles d'idées.
- C'est pareil dans toutes les matiéres.
- Ecoute, Marion.
En ce moment, tous les deux,
c'est comme si on avait traversé une tempéte.
Faut qu'on récupére.
Le calme va revenir. Tu verras.
- Et toi ? Tu te sens attiré physiquement par moi ?
- Non.
- Pas du tout ? -Pas du tout.
- Je suis tarte ? -Pas du tout. T'es trés mignonne.
- Tu me préféres sans la frange ?
C'est rien, une frange. Qa s'enléve. Regarde.
- C'est pas un probléme de cheveux. -De quoi ?
'Uége !
J'ai pas encore Pége d'étre attiré par les petites filles.
- Je ne suis plus une petite fille. -Ah bon ?
- Je suis une femme. Pas depuis longtemps, mais une femme.
Elle claque la porte.
Tu sais, j'ai énormément réfléchi depuis hier.
Il y a pas de doutes possibles.
C'est bien une attirance physique.
Certains signes ne trompent pas.
- Quels signes ?
- Par exemple, quand je suis contre toi, comme hier,
tout contre toi,
mon rythme cardiaque s'accélére,
ma respiration devient courte,
ma gorge se desséche,
j'ai comme une grosse chaleur qui m'envahit.
Je me ramollis complétement.
- Ah oui ?
- C'est terrible.
- C'est d'autant plus terrible que tu as 14 et moi bientét 30.
Tintement de couverts
- Et alors ?
Musique jaZZY
---
- Bon. Puisque c'est comme ga, je dors dans le salon.
- Rémi !
Une question, Rémi.
Une simple question.
- Quoi ?
- Je voudrais savoir ce qu'il me manque pour étre une femme.
- Marion.
- Oui ?
- Tu...
tu n'imagines quand méme pas
que nous allons faire I'amour ?
- Non. Pas automatiquement. -Alors que veux-tu ?
- Je sais pas.
- Entre homme et femme, deux solutions :
faire I'amour, ou non. -Tu me vois comme une femme.
- Bon, d'accord. Admettons. Peut-étre.
Mais je n'ai absolument pas I'intention de faire I'amour avec toi.
Pas maintenant.
- Mais alors quand ?
- J'en sais rien !
Jamais !
Probablement jamais.
On est chez les dingues !
C'est pas parce que tu deviens une femme,
que je dois faire I'amour avec toi.
Je n'ai pas fait I'amour é plein de femmes. Plein.
- Je ne suis pas pressée.
Il y a pas le feu.
- Alors que fabriques-tu dans mon lit, é poil ?
- J'ai simplement envie de dormir avec toi.
Sentir ta peau contre la mienne.
Me serrer contre toi.
Je pense é ga toute la journée.
Tu viens ?
- Et si je perds les pédales ?
- Je te trouble ?
- J'en sais rien.
- Tu ne te sens pas capable de dormir avec une petite fille ?
- Sincérement, j'en sais rien.
- Attention é ce que tu dis.
A chacun de tes mots, mon coeur s'arréte de battre.
Essaie d'y voir clair, je t'en supplie.
Tu dois m'aider.
J'ai pas I'habitude de ga, c'est neuf pour moi.
Si tu éprouvais la méme chose que moi,
ga serait trop vache de pas me le dire.
Soupk
- Ecoute-moi bien.
Méme si j'avais envie de toi,
ce qui n'est pas le cas,
je serais incapable de te toucher.
T'es trop jeune.
T'es trop fragile.
En plus, j'ai I'impression qu'on nous observe.
Tu vois de qui je veux parler ?
Que dirait-elle ?
Dire des bétises, Marion, c'est une chose.
Je veux bien qu'on dise des bétises.
C'est important de ne pas les faire.
On réve de beaucoup de choses sans jamais les faire.
Tu penses é une grosse bétise.
Moi aussi, j'y pense.
On y pense tous les deux.
A la méme bétise.
Mais on va pas la faire.
Tu comprends ?
- Et si c'était pas une bétise ?
Musique mélancolique
---
---
~I ' f' ' M.'
Rémi.
//
Rémi.
---
Tu t'occupes de rien.
Tu lis ton journal, je lis mon Dickens.
Si tu veux éteindre la lumiére, tu I'éteins.
Si tu veux m'ignorer, tu m'ignores.
Si tu veux me prendre dans tes bras, tu le fais.
Je ne m'impose pas. Je suis lé, c'est tout. Disponible.
La vraie femme-objet.
- Un quart d'heure.
Tu restes un quart d'heure et tu files.
- Arréte de me considérer comme une gamine.
C'est terminé, cette époque-lé.
J'ai grandi.
Je suis une femme de 14 ans en parfait état de marche.
Préte é fonctionner.
Si tu étais un peu curieux, tu t'apercevrais que...
contrairement aux apparences, j'ai des seins.
Malgré leur petite taille, ils réagissent quand on les effleure.
Tu t'apercevrais d'autres choses qui peut-étre t'intéresseraient.
Rémi, il faut absolument que mon premier, ce soit toi.
- Pourquoi ?
- D'abord, car je suis amoureuse de toi.
Ensuite, carj'ai envie d'étre initiée correctement.
Par quelqu'un qui s'y connaTt.
Tu es un expert.
Je le sais.
- Comment tu le sais ?
-Il suffisait d'écouter maman. C'était éloquent.
- T'écoutais aux portes ?
- Non, pas spécialement.
Parfois, ga traversait les cloisons.
Certains soupirs venaient mourir sur mon oreiller.
C'est pour ga que j'ai grandi vite. Embrasse-moi, Rémi.
Donne-moi un vrai baiser.
- Non !
- Pourquoi ?
- Le quart d'heure est passé.
- Je m'en fous. C'est la nuit que je veux.
La nuit tout entiére.
Avec toi tout entier.
- Tu te léves, s'il te plaTt !
Tu retournes dans ta chambre.
Tu veux me faire I'amour. Je le sens.
Pourquoi se mentir ?
- Dans ta chambre !
- Tu es un salaud.
Je suis seule dans la vie. J'ai que toi.
Tu me repousses, je vais en crever.
{Ia fait plusieurs jours que je vous observe, Marion.
Vous ne bavardez pas avec vos camarades. Vous étes é I'écart.
En classe, vous semblez avoir des difficultés
é porter votre téte.
Et é la cantine, vous touchez é peine é vos aliments.
Nous sommes lé pour vous aider.
Qu'est-ce qui ne va pas ? Hein ?
Vous n'allez pas tomber malade ?
- Non, non.
Soupk
- A mon avis, il s'agit d'une simple anémie sans gravité.
Elle a suivi un régime ?
- Non.
- Souvent, é cet ége-lé,
les jeunes filles pensent étre énormes,
et commencent des régimes.
- Elle mange normalement ?
- Elle mange.
- Elle mange.
- Lequel de vous deux est le papa ?
- C'est moi.
- Moi, je suis la maman.
- Trés bien.
Nous allons commencer par enrayer cette carence ferrique.
Evidemment, I'idéal serait un bon changement d'air.
Vous n'avez pas I'occasion de I'emmener é la montagne ?
- Si ! Si, si.
{Ia lui ferait grand bien.
- Eh bien, elle va y aller.
- Avec qui '?
Si ton pére t'envoie é la montagne, tu iras.
Point final.
- Je pars é Courchevel
dans huit jours pour la boTte.
Le temps
de m'installer, tu me I'envoies ?
- Absolument.
~I ' f' ' M.'
III
- C'est vraiment con.
J'aimerais prendre un wagon-lit avec toi.
- Tu vas te refaire une belle santé,
tu vas revenir en pleine forme.
- Je veux te demander quelque chose.
- Quoi ?
- Ce coup-ci, tu peux pas me refuser.
Cloche
*-Le train a': destination de D/jon,
*Méc0n, Lyon, Chambéry
*M0uz'/er, Bourg-Sa/nt-Maurice, va part/r.
*V0/e 12, attention au départ.
~I ' f' ' M.'
III
- Monsieur Bachelier,
ma femme et moi,
enfin, surtout ma femme,
nous vous trouvons sympathique.
Nous n'avons pas été des propriétaires tyranniques,
je dirais méme que nous avons été particuliérement coulants.
- Le soir méme, je déménageais é la cloche de bois.
Halétement et coups
L'heure était venue pour moi de me replier chez les copains.
Simone m'avait préparé un lit de fortune
dans la chambre des enfants.
III
Voilé.
Musique festive Conversations
//
- Léche un peu la vodka, Rémi.
- Si je bois, c'est parce que j'ai mes raisons.
- On les connaTt. -C'est pas évident. Pas toutes.
Sonnefie
- All6 ? Oui ?
Bonsoir, tu vas bien ?
Oui, bon Noél, toi aussi.
Oui, il est lé. Je te le passe.
Pour toi.
- All6 ?
*-C'esz' moi.
*Tu vas b/en ?
*Je vou/a/s flembrasser pour Noél.
- Oui.
C'est gentil.
El tOi ?
Tu vas bien ?
La neige est bonne ?
Tu t'amuses ?
*-Pas du tout.
- C'est normal.
Quand je suis pas lé, I'ambiance est pas la méme.
*Grési//ements
All6 ?
*-Rém/'.
- Oui ?
*-Je tia/me.
- Moi aussi.
Tu me manques, c'est épouvantable.
*- Te moque pas de moi, je fen pr/e.
- Je te dis que je t'aime.
D'ailleurs, je vais te le prouver.
*-C0mmem' ?
- Tu vas voir.
II raccroche.
---
- Je crois que Rémi va pas tarder é nous emprunter la bagnole.
---
Musique mélancolique
---
-ll y a un bistrot ouvert ?
- Tu crois pas qu'une chambre serait mieux ?
- Pour quoi faire ?
- L'amour.
---
~I ' f' ' M.'
III
Tu regrettes ton voyage ?
- Cette chambre me déprime un peu.
- Pourquoi ?
C'est une chambre !
Quelle importance ?
Tu piques ! -Bah, oui.
Je suis parti comme ga.
Sans rien.
Bruissement de feuille
III
- Tiens.
Tu vas pouvoir t'acheter un rasoir.
-Il y a au moins cent mille balles !
- Je dois retourner é mon hétel.
Je dois étre lé pour le petit-déjeuner avec mon pére.
Il a préparé un arbre de Noél dans sa chambre.
Je te rejoins dés que je peux.
Uaprés-midi, il joue au poker avec des copains.
- Oui.
- Je resterai avec toi jusqu'au diner.
- Oui.
- Essaie de dormir.
T'as I'air fatigué. -Oui, je vais essayer.
- A tout é I'heure. -A tout é I'heure.
- Tu me veux avec frange, ou sans frange ?
- Comme tu veux.
Que vais-je en faire ?
Soupk
Que vais-je en faire ?
Roulement du téléphérique
Musique douce
---
La musique devient plus langoureuse.
---
---
Souffle court
//
Qu'est-ce que penserait Martine ?
Si elle nous voyait.
- Elle penserait que sa fille a bien de la chance.
- Tu crois ?
- Oh, oui.
---
- Martine.
Musique mélancolique
Ecoute-moi, Martine.
Il faut que je te dise un truc.
J'ai fait I'amour avec Marion.
Voilé.
---
J'ai tout fait pour I'éviter, et puis, malheureusement,
tu me connais...
J'ai rien d'un héros, alors bon.
Qa aurait jamais d0 arriver,
Duis...
C'est arrivé quand méme.
Mais faut pas que tu Finquiétes, parce ce que...
Je crois que j'ai été d'une délicatesse...
d'une délicatesse...
Elle avait I'air tellement heureuse.
Oh, Martine.
Pourquoi tu nous as quittés ?
Martine...
Que va-t-on devenir maintenant ?
~I ' f' ' M.'
III
Salut !
Que fais-tu ? Je croyais que tu m'avais oubliée.
- Je suis lé.
- Tu m'as fait peur.
Pourquoi tu me regardes comme ga ?
Qu'est-ce qu'il se passe ?
Tu m'embrasses pas ? -Si.
- C'est tout ?
- Oui. Tu viens ?
On essaie de trouver un taxi.
Frein é main
Voilé, c'est ici.
On a six mois avant I'arrivée des bulldozers.
Grincement
III
Qa, c'est la cuisine,
qui peut également faire office de salon,
salle é manger ou salle de bains, selon les heures.
Qa, c'est I'escalier en colimagon.
Attention, certaines marches ne demandent qu'é céder.
Qa, c'est ma chambre. Enfin, I'endroit 0U je dors.
Ca te plaTt '2
- Pourquoi pas ?
Faut s'installer.
- Je vais te montrer ta chambre.
- J'en ai pas besoin. -Je te la montre quand méme.
- Si j'ai bien compris, tu comptes me faire dormir ici ?
- Bah, oui.
- Tu n'as pas envisagé une seconde que...
peut-étre, j'aurais envie de dormir avec toi ?
- Si.
- Tu ne veux plus ?
- Marion.
Elle déglutit. -Oui ?
- Ecoute-moi sans m'interrompre.
D'accord ?
Parce que...
Ce que j'ai é te dire
est assez difficile é dire.
Et crois-moi,
je me sens aussi mal é I'aise que toi.
- Je t'écoute.
- On va dire qu'il ne s'est rien passé d'extraordinaire entre nous.
Juste un célin.
Petit rire
- Dr6le de célin.
- Qa a dégénéré, mais 9a reste un célin.
On va pas en faire une montagne.
- Oui, Rémi. D'accord.
Je demande juste é rester avec toi.
Je vais pas t'ennuyer, je te promets.
Pourtant, si je me souviens bien, ga a pas trop mal fonctionné.
- C'était Noél.
- Tu fais I'amour que pour les fétes ?
- Je me comprends, ga va.
- Moi aussi, je te comprends. Monsieur avait le cafard.
Je dois attendre que tu aies é nouveau le cafard.
Que tu aies besoin de te réfugier dans les bras de quelqu'un.
J'espére que ce sera moi.
- Ce sera toi.
Et tu le sais trés bien.
- Pourquoi pas tout de suite ?
- J'ai assez fait de conneries, maintenant, c'est terminé.
Je me sens responsable de toi.
Je veux te voir vivre normalement.
- Comment ?
- Par exemple.
Tu pourrais avoir des amis.
Essayer de te changer les idées,
sortir.
Avec des gargons de ton ége.
- Les gargons de mon ége voudront flirter, c'est SUI' !
- Et alors ?
Piano Brouhaha
//
C'était I'époque 0U je sévissais de nouveau comme pianiste,
dans un salon de thé, avenue Matignon,
avec vue imprenable sur le double-menton des vieilles croqueuses de macarons.
Leurs mains constellées de taches de son.
Leurs sacs bourrés de pognon.
Leurs bagues et leur vison.
Et puisqu'on est dans les rimes,
disons aussi que j'avais I'air d'un sacré con,
mais que ga me permettait de faire tourner la maison,
de remplir la chaudiére de charbon,
et d'acheter des steaks é ma Marion.
---
Conversations indistinctes
III
Les voix se taisent.
- Salut.
- Salut.
- Salut. Fracas
- Salut. -Salut.
- Salut.
Les salutations continuent.
- Tu veux boire quelque chose ?
- Non, merci.
- Tu I'as pas vu sur scéne ?
- Ouais, juste aprés son album.
- Ouais, non. -ll est mauvais, ce mec.
- Mais non ! Cris mécontents
Conversations indistinctes
III
- Bande de cons !
Musique jaZZY
---
-ll serait pas temps de se coucher ?
Musique au piano
---
Grincement des marches
III
- Salut. -Salut.
Ses pas s'éloignent.
III
- Tu me dis pas bonsoir ?
III
- T'es contente de ta soirée ?
- Faut bien tuer le temps.
- Et vous I'avez tué agréablement ?
Soupk -Toujours les mémes simagrées,
les mémes tripotages.
- Personne t'y oblige, si t'aimes pas ga.
- Tu m'as conseillé de chercher un remplagant.
Alors, je cherche.
- Et tu trouves ?
- Bof.
Un bon disque, les yeux fermés, ga fait la blague.
- Des blagues limitées, fespére !
- Tu deviens aussi emmerdant qu'un vrai pére !
Regarde, j'ai un bluejean. Tu le vois, ce bluejean ?
Il est solidement maintenu par une ceinture.
Cette ceinture ne s'ouvre jamais.
Tout ce qui se trouve en-dessous est territoire réservé.
Et le propriétaire exclusif de ce territoire, c'est toi.
On espére ta visite.
- Ouais, ben, c'est pas pour ce soir.
- T'as pas I'air en train.
- Bah...
Rien de bien dramatique. Soupk
Je viens t'apporter une annonce,
é coller prés de la caisse, comme d'habitude.
- Me dis pas que t'as perdu ton boulot.
- Bah,sL
Piano Conversations
//
F mgl
- CHUT !
Cris d'admiration
lls chantent "Happy Birthday".
Il accompagne au piano.
---
Acclamations
Musique entrainante
---
Conversations
//
*"/-/00k Up Together" (Lee Gagnon)
AZ,'
- Je suis confuse de cette interruption.
- Oh.
Ce sont des enfants.
Petit rire -Oui, mais tout de méme.
Ils ne respectent plus rien.
- C'est dur de leur donner tort.
- Voulez-vous une belle tranche de gigot ?
- Non, merci. Vous étes gentille, mais...
Je crois que je vais rentrer.
"Déjé ?
- Hélas, oui.
J'ai une séance d'enregistrement demain trés t6t...
- Alors, je vous raccompagne.
AZ,'
Vous trouverez votre enveloppe dans votre poche.
- Merci, Madame. Merci beaucoup.
Une modeste prestation.
- Personnellement, j'étais sous le charme.
Je trouve que vous avez un touché magique.
- Bah, tu t'en vas déjé ?
- Ben, oui.
- Tu restes pas avec nous ? -Non.
Je vais rentrer tranquillement.
Va danser, amuse-toi.
- Vous avez une belle-fille délicieuse.
- Vous trouvez ?
AZ,'
Je compte sur vous pour qu'elle rentre t6t.
- Minuit ?
- Par exemple.
- Minuit, c'était pas possible.
Une heure, ga I'était encore moins.
Alors je me suis dit : "De toute fagon, il peut pas me punir,
"puisqu'il m'a déjé punie.
"J'ai plus rien é perdre."
Et les heures sont passées.
Et puis, je me suis dit:
"Mon réveil va bientét sonner.
"Qa vaut plus la peine que je me couche."
Et j'ai continué é danser. Voilé.
On est brouillés ?
- Non.
- Tu veux que je fasse du café ?
- Si tu veux.
Si ton réveil oubliait de sonner, ce matin ?
- Tout est envisageable.
- Tu as quoi comme cours ?
- Rien d'important.
Maths, frangais et anglais.
- Faut que je te dise un truc, Marion.
- Quoi ?
- J'en ai marre de jouer les héros.
- Tu craques ?
- Oui.
- Tu m'aimes ?
- Oui.
- Tu vas me faire I'amour ? -Oui.
- Longtemps ? -Oui.
- Souvent ?
- Tout le temps.
- Moi aussi, je vais te faire I'amour.
Je vais te faire oublier tes cafards.
Toutes tes miséres.
Frein é main
Qu'est-ce qui se passe ?
- On a sonné.
Soupk -Tu veux que j'y aille ?
- Non.
Ne bouge surtout pas.
Il sonne.
III
- Salut.
- Salut.
- Je me rapatrie sur Paris avec le printemps pour bagage.
Marion est lé ?
- Quelle heure il est ?
- Je sais pas. Midi.
- Elle est é la cantine.
- Merde.
J'avais envie de I'embrasser.
J'y ai pensé sur toute la route.
- Reviens vers 5 h.
- Bah, oui. Enfin, le probléme,
c'est qu'é 5 h, je dormirai,
parce que je suis parti é I'aube, aprés la fermeture. Je suis fatigué.
- Je reviens quand tu veux.
- Bon.
Salut.
Dis donc.
Je peux pas entrer cinq minutes ?
- Bien sflr.
Reniflement {Ia sent le moisi.
- Oui.
La baraque est assez humide.
- T'as rien é boire ?
- Toujours un fond de pernod.
- Eh bien, ga marche.
Tintement
Merci.
POP,
Tu bois rien ? -Non.
- T'as raison.
Pas précipités
- C'est toi !
- T'es pas é la cantine ?
- A la cantine ?
- On vient pas embrasser son pére ?
- Si.
_'L
- Je te trouve un peu mauvaise mine.
Tu te sens encore fatiguée ?
{Ia dépend des jours.
Soupk -Que fais-tu dans cette tenue ?
- Je me réveille.
- Eh bien.
Vous dormez tard, ici.
- T'es pas au lycée ?
- Le prof de frangais est malade.
- Rien de grave, fespére ?
- Non, une grosse grippe. -Ah, bon.
Les profs de frangais sont fragiles.
- T'aurais pas oublié d'entendre ton réveil ?
- Non, je t'assure.
- Vous m'avez un peu oublié.
- J'ai envoyé des lettres. -Exact.
Elles quittent jamais mon portefeuille. Je les relis.
Tu écris de mieux en mieux.
- Elle fait beaucoup de progrés.
- Et dans les autres matiéres ?
- Il y a du bon et du moins bon.
- Vous savez ce qu'on devrait faire ?
- Non.
- On devrait vivre ensemble.
Tous les trois.
Unir nos forces. Qu'en dis-tu ?
- Je sais pas.
{Ia te ferait deux papas. Ce serait formidable.
Qa me permettrait peut-étre d'arréter de picoler.
- Qu'en penses-tu ?
- Pourquoi pas ?
- On se déteste plus, tous les deux ? -Non.
- Tu pourrais jouer du piano dans ma boTte.
- Bah, oui.
- Bah...
Je vois que ma proposition vous enchante.
Bon, je sens venir le coup de barre.
Vaut mieux que j'aille me coucher.
Au revoir.
On se perd pas de vue, hein ? -Mais non. Bien SUI'.
- Au revoir, papa.
_'L
Soupirs soulagés Serre-moi !
Serre-moi fort ! Souffle court
III
Soupk -Dites donc...
Je pensais é un truc, d'un coup.
- Quel truc ?
- Vous...
Vous couchez pas ensemble, tous les deux ?
- T'es malade, ou quoi ?
Pour qui tu me prends ?
- Ah non, excusez-moi.
Y a des moments 0U je sais plus ce que je dis.
Faudrait...
Faudrait vraiment que j'arréte de picoler.
Qa commence é me jouer des tours.
Excusez-moi.
Excuse-moi, ma chérie.
- Marion.
J'ai la trouille.
- De quoi ?
- J'en sais rien. J'ai la trouille.
J'ai I'impression qu'on nous poursuit.
Course
III
(Essoufflée) -Rémi. Rémi. Rémi !
Rémi, réveille-toi !
- Qu'y a-t-il '2
- La gosse est malade. -Quelle gosse ?
'CQHQ ql-le je garde !
Habille-toi vite !
G f "'-\L w,' ,L““
III
- Ol'.l sont les parents ? -Une divorcée.
Elle est chez des amis.
- Elle a laissé un numéro ? {Ia répond pas.
- Merde.
Musique mélancolique au piano
---
- Soyez rassurés, c'est sans gravité.
Aucun signe méningé.
Il s'agit d'une simple grippe.
Forte, mais sans danger.
Je vous prescris un médicament qui va faire tomber la fiévre.
Il suffira de la garder au chaud pendant quelques jours.
Qa s'en va comme ga vient.
Bruissement du stylo
III
- On vous doit combien ? -150 francs.
7 I J57." L”.
---
- Qu'y a-t-il '2
- Rien de grave. Nathalie était un peu malade.
On a appelé un médecin. -Une simple grippe.
- Mon bébé, qu'est-ce qu'il t'arrive ?
T'es malade ?
-Il y a une pharmacie ouverte é Saint-Cloud.
- Merci. Merci beaucoup.
- Je vous en prie. Bonsoir.
- Bonsoir.
---
- C'est toi ? Qu'est-ce qui t'arrive ?
- Rien. Rien de grave.
Tu me prétes 50 balles pour des médicaments ?
J'ai que 15 francs, ga risque de pas suffire.
- Marion est malade ? -Non.
C'est pas pour elle. Je t'expliquerai.
Je m'excuse de débarquer comme ga.
Nicolas est pas lé ?
- Bah, non.
- Ol'.l il est ? Tintement de piéces
- C'est vrai, t'es pas au courant.
Depuis peu, il a accepté un boulot le soir
comme manutentionnaire
au centre commercial de Velizy.
- Oh, merde.
J'arrive mal, alors.
- Mais non, laisse tomber !
Qa nous empéchera pas de partir aux Seychelles.
Bon, je te mets dehors. J'ai du sommeil en retard.
- Simone. -Oui, qu'est-ce qu'il y a ?
- Je dois dire quelque chose.
- Ouais. Tu me le diras une autre fois.
- Merci, c'est gentil. Je suis confuse.
- Je vous en prie. C'est rien. Tenez.
L'ordonnance est dans le paquet.
J'ai remis votre voiture é la méme place.
- Faudra me dire combien je vous dois.
- Oh, il y en a pas pour une fortune.
- Maman va mettre un suppositoire.
- Ah non, j'aime pas les suppositoires.
- Si, va falloir étre trés sage.
{Ia fait bobo ? -Ah, non.
Tu vas respirer trés fort.
Voilé.
Maintenant, tu fais dodo.
- Elle a quel ége ?
- Cinq ans.
- Elle va é I'école ?
- Oui, un peu.
Les classes sont surchauffées,
en sortant, ils attrapent froid.
- Elle s'endort, je crois.
Soupk
- Pauvre Marion. Que d'émotion !
0U ai-je mis mon sac ?
Ah!
Je te dois de I'argent, tu te souviens ?
- Non.
- On n'avait pas de monnaie.
Qa faisait 25 francs.
- Peut-étre.
- Tu es arrivée é quelle heure ?
- Huit heures.
-Il est minuit et demi. Quatre heures et demie fois quinze.
Quatre fois quinze, soixante. Plus la moitié de quinze,
Disons soixante-dix, on arrondit. Plus les vingt-cinq.
Voilé cent francs.
'7“ L'
- Elle est sympathique ?
- Oui.
Comment elle s'appelle ?
- Charlotte.
C'est un joli prénom.
- Oui.
- Et sa fille, c'est Nathalie.
- Ah bon ?
- C'est joli aussi, Nathalie.
- Oui.
Et Charlotte est musicienne ?
- Oui.
C'est dréle, non ?
- Pourquoi ?
- Je sais pas.
A quoi tu penses ?
- A rien.
- Tu te sens pas un peu poursuivi ?
- Parquoi?
- Ton destin de beau-pére. -Non, je t'en prie.
Parle pas de malheur.
- Je parie que demain, dés que j'aurais le dos tourné,
tu iras prendre des nouvelles de la malade.
- Mais non. Qu'est-ce que tu racontes ?
Il n'en est pas question.
- En tout cas, si jamais tu changes d'avis,
faudra pas oublier de rapporter le parapluie.
- Enfin, Marion. Tu te moques de moi, ou quoi ?
Oh!
Marion !
Ma chérie !
Mon petit ange !
T'es malheureuse ?
7 I J57." L”.
---
3,, f L”; m L, L -~,
---
Je venais prendre des nouvelles de Nathalie.
- Ah oui.
Eh bien, ga va mieux.
La fiévre est tombée.
Entrez !
- En fait...
je voulais rapporter votre parapluie,
et je I'ai oublié.
\\' L '
- Décidément.
- Je suis désolé, je vous dérange.
- Oui, non... J'étais en train de travailler.
C'est sans importance.
- Je vous laisse. Je vous laisse.
Excusez-moi, je faisais que passer.
- En tout cas, c'est gentil d'étre venu.
Je suis trés touchée.
- S'il vous faut quoi que ce soit, n'hésitez pas.
- Merci.
Merci beaucoup.
Maintenant, tout va bien aller.
- Au revoir.
- Au revoir.
Vous voulez du thé ?
- Du thé ?
- Oui.
Quand vous avez sonné, je me demandais
si j'allais pas me faire du thé.
- Oui.
- Et vous, que faites-vous ?
- Oh...
Rien de bien passionnant.
- Mais encore ?
- Ch6mage économique.
Je travaillais dans une petite boite de disques.
Sympa.
Spécialisée dans le jazz.
Et ga s'est mis é battre de I'aile.
- Nous sommes dans la musique.
- Si on veut.
- Vous jouez d'un instrument ?
- Hélas, non.
J'aurais bien aimé,
mais j'étais pas vraiment doué.
Personne m'a encouragé.
Vous aimez le jazz ?
- Bien sflr. Qa m'arrive méme d'en jouer.
- Ah bon ? Rire
- Eh oui.
- Quoi, par exemple ?
- Je sais pas, j'improvise des choses. Comme ga vient.
- Modernes ?
- Non, pas spécialement modernes.
Plutét des vieux airs.
Pas dans Ia rue
III
Claquement
V';
III
Tintement de couverts
- Marion.
Si tu savais comme je t'aime.
- Qu'est-ce que tu trouves é Charlotte ?
- Je sais pas.
-Il y a quelque chose,
si tu restes avec elle é boire du thé
de trois heures huit heures.
- Je me sentais é I'abri.
- C'est son appartement qui t'attire ?
- Peut-étre.
Soupk
ll y a un ensemble de choses.
- Tu I'as embrassée ? -Non.
- Pourquoi ?
- J'ai pas osé.
- Mon pauvre amour.
Qu'est-ce que tu trimballes comme malheur!
- Marion.
- Oui ?
- Retiens-moi.
Empéche-moi de partir.
- Pourquoi ?
- Je serai si malheureux quand je t'aurai perdue.
- Tu sais é quoi je pensais ?
Au fur et é mesure que tu me faisais I'amour.
Et au fur et é mesure que ga devenait plus merveilleux.
- Non.
- Eh bien, je me disais...
Bientét, je vais avoir quinze ans.
Puis seize.
Un jour, je deviendrai une jeune fille acceptable.
Il pourra sortir avec moi sans honte.
Je me disais méme...
Un jour, je pourrai lui faire un enfant.
Il restera pas toujours un beau-pére.
Il va pas toujours élever les enfants des autres.
Voilé ce que je me disais.
Je voulais t'en parler.
Je voulais de te fixer un rendez-vous,
pas tellement lointain.
Malheureusement.
Malheureusement... Sanglot
Oh, Rémi ! Tu m'en auras appris, des trucs.
Musique douce au piano
---
- Bravo ! Applaudissements et acclamations
III
- Marion. Faut que je te dise un truc.
- Quoi ?
- J'ai décidé d'abandonner définitivement la musique.
D'ailleurs...
ll vaut mieux que ma triste activité de pianiste
reste un secret entre toi et moi.
Que Charlotte n'en entende jamais parler.
- A une condition.
- Quelle condition ?
- Viens.
Tu refais ta vie avec une nouvelle femme, d'accord.
Moi, j'essaie de te trouver des successeurs, d'accord.
Mais vivre éternellement sans toi, privée de toi,
ga. je ne pourrai pas.
Faudra que je puisse te voir de temps en temps.
Que parfois, tu me prennes dans tes bras.
- Sur un signe de toi,
je viendrai, n'importe 0U, n'importe quand.
A chaque fois que tu voudras.
- Tu me le jures ?
- Oh oui.
Je te le jure.
- Bon.
Alors maintenant, je m'éclipse.
Tu n'as pas besoin de moi pour féliciter la belle soliste.
Tu lui diras que j'ai rencontré des amis dans la salle,
que je suis partie avec eux.
Musique jaZZY
---
*"/-/00k Up Together" (Lee Gagnon)
AZ,'
- Qu'est-ce que tu fais lé ?
- Je sais pas.
- Tu es toute seule ?
- Bah, oui.
- Tu...
Tu veux boire quelque chose ?
- Je veux bien, mais...
Un taxi m'attend dehors.
- Pourquoi ?
T'as pas d'argent pour le payer ?
- Non, c'est pas ga.
Il y a mes valises dedans.
- Tes valises ?
Pour aller 0U ?
- Je sais pas.
- Marion...
Qu'est-ce qui se passe ?
Tu reviens ?
- Si tu veux bien de moi, oui.
- Marion...
Oh!
Ma chérie !
Ma petite fille ! -Papa!
- Marion !
Marion !
Marion.
Souffle court Marion...
III
Martine.
Charlotte ! Musique dramatique au piano
---
La musique s'intensifie.
Il sanglote.
//
- Je vais te guérir, tu vas voir.
Je vais te guérir.
//
La musique s'adoucit.
---
---
Sous-titrage : HIVENTY
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