All language subtitles for The Story of Adele H. 1975f

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Original subtitles

L'histoire d'Adèle H. est authentique.

Elle met en scène des événements qui ont eu lieu...

et des personnages qui ont existé.

Nous sommes en 1863.

Depuis 2 ans, les Etats-Unis...

sont déchirés par la guerre civile.

La Grande-Bretagne va-t-elle reconnaître...

l'indépendance de la confédération sudiste...

et entrer en guerre contre les Yankees ?

Dès 1862, des troupes britanniques sont envoyées...

au Canada, à Halifax, la capitale de la Nouvelle-Ecosse...

l'ancienne Acadie des Français.

Il règne à Halifax une sorte de fièvre.

On s'inquiète...

on trafique, on fait la chasse aux espions yankees...

et sur le port, les autorités britanniques...

contrôlent les voyageurs européens...

qui débarquent du Great Eastern...

l'immense paquebot surnommé "La ville flottante".

- Bonsoir. D'où venez-vous ? - De Liverpool.

- Vous avez des papiers ? - Non, je n'en ai pas.

- Et vous avez pu embarquer ? - Oui.

- Ils vous ont laissé embarquer ? - Oui.

Vous aviez vos papiers là-bas. Pourquoi ne les avez-vous plus ?

On me les a confisqués à New York.

Alors, on ne peut pas vous laisser entrer.

Ils sont peut-être à New York, mais ici, on est à Halifax.

On ne peut pas vous laisser entrer à Halifax sans papiers.

Je ne connais pas le règlement.

-J'ai le droit de vous fouiller. - Ne faites pas ça, je vous prie.

Si vous m'en expliquez la raison, ce ne sera peut-être pas nécessaire.

Je vais voir mon supérieur pour savoir si on va vous laisser entrer.

J'en ai besoin, monsieur !

- Mademoiselle, l'hôtel Hampstead ? - Oui !

Très bien.

- Donnez-les-moi. - Non. Il y en a encore ?

Oh, doucement, mon grand. Hampstead.

C'est l'hôtel ?

Oui, mademoiselle.

Non, je ne veux pas rester ici.

A part le Halifax, il y a seulement l'Atlantique...

mais il est beaucoup trop cher.

Ce sont les seuls hôtels convenables pour une jeune fille.

- Vous voudriez loger chez l'habitant ? - Oh, oui, s'il vous plaît !

"Chambre avec repas"

Bonsoir, Mme Saunders, j'ai une jeune pensionnaire pour vous.

Merci, M. O'Brien.

- Vous pouvez entrer, mademoiselle. - Merci.

-Je vais prendre votre valise. - Merci.

-Je m'appelle Miss Lewly. - Entrez, Miss Lewly.

Je m'appelle O'Brien.Je ne serai pas loin si vous avez besoin de moi.

- Merci beaucoup. - Bonsoir.

"A. Lenoir û Notaire public"

Bonjour, maître.

Mon mari est médecin, docteur Lenormand, à Paris.

Je viens d'arriver de France.

C'est pour ça qu'on m'a adressée à vous.

On a bien fait.

Vous savez, j'aime beaucoup la France.

Ce sera une joie pour moi de vous aider.

Qu'est-ce qui vous préoccupe ?

J'ai une nièce, en France...

à laquelle je suis très attachée.

C'est une jeune fille un peu trop romanesque.

Au cours d'un séjour en Angleterre...

elle s'est éprise d'un jeune officier britannique...

le Lieutenant Pinson du 16ème Hussards.

Il a même été question de mariage entre eux.

Mes parents, enfin, ma famille, n'y était pas opposée...

Iorsqu'à la suite des récents événements d'Amérique...

le Lieutenant Pinson a dû s'embarquer précipitamment...

pour Halifax.

Depuis ce temps-là, nous sommes sans nouvelles...

et ma famille m'a chargée de faire une enquête.

Cela m'embarrasse beaucoup...

le Lieutenant Pinson m'est parfaitement indifférent.

Le Lieutenant Pinson m'est parfaitement indifférent.

La seule chose que je souhaite, c'est le bonheur de ma nièce.

Voilà, maître, je crois que vous savez tout.

Vous souhaitez donc que je cherche ce lieutenant.

Le Lieutenant Pinson.

Mais discrètement.

On me le dit de tous les côtés...

même les autres officiers me le disent...

nous sommes bien mieux fournis que la librairie militaire...

pourtant, vous avez beaucoup moins de problèmes que nous...

avec le dédouanage.

Enfin, j'espère avoir ces 2 livres...

dans une semaine ou deux.

Bon, merci. Au revoir.

Au revoir, lieutenant.

"Boutique de livres"

Madame, vous désirez ?

-Je voudrais du papier. - Du papier à lettres ?

Non, une rame entière.

Comme pour rédiger un mémoire.

Il m'a semblé reconnaître l'officier qui vient de sortir.

Ce n'est pas le Lieutenant Pinson ?

En effet, oui. C'est un de mes bons clients.

Je ne savais pas qu'il était à Halifax.

Oh, il n'est pas ici depuis longtemps...

mais il est déjà connu comme le loup blanc.

Enfin, c'est ce qu'on raconte en ville.

Ah, oui ?

C'est ce qu'on raconte en ville.

Et que dit-on encore ?

Oh, vous savez, pour moi...

c'est un client comme un autre...

mais il paraît qu'il fait des dettes.

Enfin, ici, il paie toujours comptant.

Pardonnez-moi, madame.

Mademoiselle.

Mademoiselle. C'est un parent à vous ?

Oui. C'est le beau-frère de ma soeur.

Mais je le vois rarement.

Je suis brouillée avec ma soeur.

Oui, je comprends.

Je prendrai celle-là.

J'ai aussi un service de prêt de livres par abonnement.

Ah, bon ?

Même si vous ne vous abonnez pas, je pourrai...

- vous prêter des livres. - Merci.

Au revoir.

Au revoir, mademoiselle.

Bonsoir, Mme Saunders.

Miss Lewly, voulez-vous partager mon diner ?

Mon mari ne sera pas là, il fait un extra...

au banquet du cercle militaire.

Est-ce que les officiers anglais seront là ?

Oui, puisque c'est pour eux, le banquet.

Ils fêtent l'arrivée du 16ème Hussards.

Alors, mon cousin doit y être.

Votre cousin ? Vous avez un cousin à Halifax ?

Oui, le Lieutenant Pinson.

Je l'appelle mon cousin mais nous ne sommes pas parents.

On a été élevés ensemble. C'est le fils du pasteur de notre village.

A vrai dire, il est amoureux de moi...

depuis notre enfance. Je ne l'ai jamais encouragé.

Ça fait des années que je ne l'ai pas revu.

Ce serait une occasion de le retrouver.

Je pourrais peut-être vous donner une lettre pour lui...

M. Saunders, une lettre à lui remettre.

Oui, rien de plus facile.

Je monte l'écrire. Attendez-moi quelques minutes.

Albert, mon amour...

notre séparation m'a brisée.

Depuis ton départ, je pensais chaque jour à toi.

Je savais que tu souffrais aussi.

Je n'ai reçu aucune des lettres que tu m'as envoyées...

et j'imagine que les miennes ne sont pas parvenues jusqu'à toi.

Mais à présent, je suis là, Albert.

Je suis du même côté de l'océan que toi.

Tout va recommencer comme avant.

Je sais que bientôt tes bras vont se refermer sur moi.

Je suis dans la même ville que toi, Albert.Je t'attends.

Je t'aime.

Ton Adèle.

Ah, mademoiselle, ce doit être un fameux artiste...

celui qui a fait ces portraits.

C'est mon frère.

Vous lui ferez mes compliments.

Il sait prendre la ressemblance comme personne.

C'est bien simple, on dirait que vous êtes vivante.

Oh, le joli portrait. C'est vous ?

Non. C'est ma sœur aînée.

Elle habite l'Europe ?

Elle est morte, il y a longtemps.

Seigneur, pardonnez-moi.

Léopoldine s'est noyée quelques mois...

après que notre mère ait dessiné ce portrait.

Elle avait 19 ans. Elle venait de se marier.

C'est arrivé au cours d'une promenade en bateau.

Son mari est mort avec elle.

Notre père était en voyage quand il a appris la nouvelle...

par hasard, dans un journal.

Il a failli devenir fou de douleur.

Et vous...

vous avez sans doute été très malheureuse.

Léopoldine était adorée de toute la famille.

Comme elle a l'air gracieuse.

Son mari a tout fait pour la sauver.

Quand il a réalisé qu'elle était perdue...

il s'est laissé couler pour rester avec elle.

Ces bijoux lui ont appartenu.

Je les emporte toujours avec moi.

Oh, non.Je n'ai jamais pu me décider à les porter.

Je vous comprends, Miss Adèle.

J'aurais tellement voulu avoir des frères et des soeurs.

Non, vous ne me comprenez pas.

Vous ne savez pas quelle chance vous avez eue d'être enfant unique.

Quel vent !

- Il ne voulait pas s'arrêter. - Tu dois être fatigué.

Oui, vraiment.

-J'ai vu votre cousin, Miss. - Vous l'avez vu ?

- Oui. - De quoi avait-il l'air ?

II était habillé comme un prince.

Oui, je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi élégant.

De quoi parlait-il ? Vous avez entendu ce qu'il disait ?

II racontait des histoires drôles. Vraiment drôles.

Il faisait rire tout le monde. Même les passants !

Tu as donné la lettre au cousin de Miss Lewly ?

Oui, bien sûr.

Qu'est-ce que tu attends ? Donne sa réponse à Miss Adèle !

II n'y a pas de réponse.

Le lieutenant a lu la lettre mais n'a pas voulu y répondre.

Oh.

Cela ne fait rien.

Je n'attendais pas vraiment une réponse.

- Qu'y avait-il au menu ? - Le chef du Général Doyle--

Tu vois qui je veux dire-- Avait composé le menu.

Il y avait du potage de tortue, du poulet au curry...

du saumon...

de la viande de chevreuil...

des filets de sole dans de la sauce aux truffes...

des artichauts aux poivrons...

et un tétras écossais au whisky.

De la glace aux framboises--

Cette lettre, tu sais--

Le lieutenant ne l'a même pas ouverte.

Non.

Il a regardé l'enveloppe, a haussé les épaules...

et l'a enfouie dans sa poche sans la lire.

C'est un drôle de comportement pour un homme amoureux.

Holà, doucement.

- Voici la banque, Miss Lewly. - Merci, M. O'Brien.

J'attends une traite d'Europe.

Oui, madame. C'est le dernier bureau, là-bas.

Merci.

Je peux vous aider, mademoiselle ?

Oui, j'attends des lettres et une traite d'Europe.

- Comment vous appelez-vous ? - Miss Lewly.

- Voilà. - Merci.

Cette lettre dit que je vais recevoir un mandat postal.

Les mandats postaux mettent plus longtemps à venir.

Vous devrez revenir dans deux semaines.

Deux semaines !

Merci.

Mes chers parents...

si je suis partie sans prévenir...

c'est afin d'éviter les explications...

que provoquent dans notre famille les choses les plus simples.

Le Lieutenant Pinson nuirait considérablement à son avenir...

s'il quittait maintenant le poste qui lui est confié.

Il m'est donc impossible de rentrer.

Vous savez que je l'aime.

Il m'aime aussi, et nous désirons nous marier.

Toutefois, je ne ferai rien sans avoir reçu...

votre consentement et votre réponse à tous deux.

Je vous embrasse tous tendrement. Adèle.

Mon père me doit 2 mois d'entretien, mai et juin.

Je sais qu'une partie de cet argent doit me parvenir...

par la British Bank of North America, mais...

j'aurai certainement besoin de la totalité de ma pension.

La vie à Halifax est très chère.

Il faut faire les petites choses...

comme si elles étaient grandes.

Je sais que les batailles morales se livrent seules.

A des milliers de kilomètres de ma famille...

j'apprends à regarder la vie autrement.

Je peux m'informer toute seule sur tout.

Et pour l'amour, je n'ai que lui.

Lorsqueje le verrai, je lui dirai...

"Quand l'un des deux n'aime pas assez...

pour vouloir avant tout le mariage...

ce n'est pas de l'amour".

Il m'a reproché tant de fois ma violence...

queje suis déterminée...

quand la vie nous remettra en présence...

à ne rien faire qui pourrait lui faire peur.

Je saurai le convaincre par la douceur...

la douceur.

Bonjour, Miss Lewly. Votre mandat postal est arrivé.

Oh, merci.

- Voilà. - Merci beaucoup.

- Oui, madame, venez par ici. - D'accord.

Merci.

- Merci. - Au revoir.

On rentre à la maison, M. O'Brien.

J'aimerais parler à la jeune femme qui habite ici.

Miss Lewly, oui.

- Qui dois-je annoncer ? - Son ami de Guernesey.

De Guernesey, très bien. Entrez, je vous en prie !

Miss Lewly !

- C'est pour vous, une visite. - Une visite ? Qui est-ce ?

Je crois que c'est lui, le lieutenant.

Je descends tout de suite.

Miss Lewly vient tout de suite. Mettez-vous à l'aise.

Merci.

Vous permettez que je retourne à mon ouvrage ?

Allez-y, je vous en prie.

- Vous êtes le Lieutenant Pinson ? - Oui.

Cela fait longtemps que vous n'avez pas vu Miss Lewly ?

Assez, oui.

Votre cousine n'est pas une jeune femme très gaie...

mais la maison est bien plus animée depuis qu'elle est là.

Oui, on est très heureux de l'avoir avec nous.

On voit tout de suite qu'elle est raffinée, bien élevée...

et elle est si jolie !

Elle a de si beaux yeux !

Oui, monsieur, elle va être ravie de vous voir.

Je suis désolé, je dois partir. Je suis de garde.

- Attendez, ce ne sera pas long. - Désolé, je n'ai pas le temps.

Albert !

Je vous retrouve enfin !

Adèle, vous ne devez pas rester ici.

Vous n'avez rien à faire dans ce pays.

J'irai où vous voudrez, mon amour.

Je suis prête à vous obéir en tout.

Vous savez que je vous appartiens...

que vous pouvez faire de moi ce qui vous plaira.

Je vous aime tant !

Adèle, je suis sûr que vous vous êtes sauvée.

Vous êtes ici sans l'accord de votre famille.

Ce n'est pas vrai. Ils savent que je suis à Halifax.

Je l'ai écrit à mon père.

Qu'est-ce qu'il a dit, le grand homme ?

Je suis sûr que vous lui avez caché votre départ.

Je me trompe ?

Je lui ai dit que je partais pour Malte...

mais je lui ai donné des nouvelles, à New York.

Pour Malte !

Adèle, vous avez dit que vous alliez m'obéir.

Eh bien...

je vous demande de retourner à Guernesey.

Votre famille s'inquiète certainement.

Pensez à votre père, à sa réputation.

Et puis, il ne faut pas me poursuivre.

Albert. Il y a un moyen de tout arranger.

A mon mariage, j'aurai une fortune de 40000 francs !

Je recevrai 2000 francs par an !

Ma famille n'a pas le droit de me dire comment en disposer.

Et surtout, je sais qu'à présent mon père et ma mère...

consentent à notre mariage.

Je ne crois pas.

Montrez-moi ce consentement.

Je vous le montrerai.

Vous ne l'avez pas ! J'en étais sûr.

Votre père m'a toujours méprisé.

Vous n'aurez jamais son consentement.

Et je ne suis pas venu vous demander en mariage...

vous devez quitter Halifax.

Regardez ceci.

Qu'est-ce que ça veut dire ? Je ne comprends pas.

C'est une demande en mariage pour moi, de Canizarrio !

Qui est-il ?

C'est un ami de mon père, un grand poète italien !

Alors, il faut l'épouser.

Mais ce n'est pas lui que j'aime !

Est-ce que vous m'aimez encore ?

Albert.

Vous m'aimez encore, aujourd'hui ?

Je vous ai aimée, Adèle.

Dites-moi que je peux espérer !

Dites-le-moi, est-ce que vous m'aimerez encore ?

Vous ne répondez pas.

Alors, je ne vous demande qu'une chose.

Même si vous ne m'aimez pas, laissez-moi vous aimer.

Oh, oui, laissez-moi vous aimer !

Prenez garde.

Si vous me rejetez, j'irai trouver vos supérieurs !

Je leur montrerai vos lettres ! Je ferai tout pour vous nuire.

Je leur révélerai votre conduite.

Je vous ferai sortir de l'armée !

Non. Non, ne partez pas.

Tenez.

Qu'est-ce que c'est ?

Pour régler vos dettes de jeu.

Pour les payer toutes, il en faudrait 10 fois plus.

Gardez-les, en attendant, je vous en prie.

J'accepte, mais pas comme un cadeau. C'est un prêt.

C'est ça, tout ce que tu voudras, mon amour !

Tu reviendras, n'est-ce pas ?

On se reverra, n'est-ce pas ?

Si tu préfères, je peux te rejoindre en ville.

Comme tu voudras, et où tu voudras.

Vous êtes si beau !

Mon amour...

je suis si heureuse que nous nous soyons retrouvés !

Le pire, sur la Terre, c'était ton absence.

Nous ne laisserons plus de malentendus...

s'installer entre nous.

Oh, je savais que tu ne m'avais pas oubliée.

Quand une femme comme moi se donne à un homme...

elle est sa femme.

Maintenant, je ne pleure plus.

Dans la vie, on ne change pas de père, de mère, d'enfants...

on ne change pas non plus de femme ni de mari.

Je suis ta femme...

définitivement.

Nous resterons ensemble jusqu'à notre mort.

Ecoute !

La pauvre enfant.

C'est toi, Léopoldine ?

Léopoldine, je sais que c'est toi.

Si tu es là, tu dois m'aider !

Je n'ai plus dejalousie, je n'ai plus d'orgueil.

J'ai dépassé l'orgueil...

mais ne pouvant avoir le sourire de l'amour...

je me condamne à sa grimace.

A présent, je veux penser à mes soeurs...

qui souffrent dans les bordels...

à mes soeurs qui souffrent dans le mariage.

Il faut leur donner la liberté et la dignité...

la pensée au front et l'amour au coeur.

J'ai la religion de l'amour.

Je ne donne pas mon corps sans mon âme...

ni mon âme sans mOn cOrps.

Je suis jeune encore...

et pourtant il me semble parfois...

queje suis arrivée à l'automne de ma vie.

Mademoiselle Lewly. Vous n'avez pas de manteau...

par un temps pareil !

Je vais vous faire quelque chose de chaud, un bon grog.

Non, merci. Je n'ai pas le temps.

Je suis seulement venue chercher du papier.

Combien de rames ?

II m'en faudrait deux.

Deux rames, s'il vous plaît.

Ce matin, j'ai pensé qu'on vous verrait aujourd'hui.

Comme vous n'êtes pas venue la semaine dernière...

je me suis dit, en général, la demoiselle vient le mercredi...

il est vrai que par un temps pareil...

les gens préfèrent rester à la maison.

Mais dans le cas où vous viendriez...

je les ai mises de côté quand même.

Merci, M. Whistler.

Ah. Vous vous souvenez de mon nom.

Moi, je n'ai pas de mérite à me souvenir de vous.

Les gens qui écrivent autant que vous, c'est rare à Halifax.

Je ne veux pas être indiscret, je vous ai préparé vos rames.

Oh, mon Dieu.Je n'ai pas assez sur moi pour les 2 rames.

Donnez-m'en seulement une.

Oh, non. Prenez les deux. Vous me paierez une autre fois.

Non, je ne veux pas.

Si, si, ça me fera plaisir.

Merci.

Au revoir, M. Whistler.

Au revoir, Mlle Lewly.

Oh, que s'est-il passé ?

Elle s'est évanouie !

Laissez-moi vous aider. Cocher !

Je vais aller chez Mme Saunders.

Elle a peut-être besoin d'un médecin.

- M. Whistler, entrez ! - Bonjour, Mme Saunders.

Comment va Miss Lewly ?

Elle va mieux, mais elle est toujours dans sa chambre.

Ah, bon.

C'est le papier qu'elle prend d'habitude.

- Merci. -Je vais lui dire que vous êtes là.

- Elle sera contente. - Très bien.

Miss Adèle vous remercie infiniment pour le papier...

mais elle est trop fatiguée pour voir qui que ce soit.

- Mais elle aimerait-- - Non, ça ne fait rien.

-Je ne faisais que passer-- - Merci.

-Je vous en prie. - Désolé de vous avoir dérangé.

- Au revoir, Mme Saunders. - Au revoir M. Whistler. Merci.

Mes chers parents...

c'est une fiancée tremblante qui vous écrit.

M. Pinson est décidé à m'épouser...

mais seulement à la condition...

d'avoir votre double consentement à notre mariage.

Je suis presque sans argent, car on ne peut vivre à Halifax...

à moins de 400 francs par mois...

et je n'accepterai jamais de devoir de l'argent...

aux persOnnes chez qui je loge.

Ma santé est excellente.

Mes chers parents, je vous embrasse bien tous.

Donnez-moi des nouvelles de mon album de musique.

L'avez-vous porté à l'éditeur ?

Le docteur est arrivé.

C'est le docteur Murdock.

Faites-le entrer. Attendez, Mme Saunders.

Votre mari pourrait-il me poster cette lettre ?

J'aimerais qu'elle parte aujourd'hui.

Bien sûr. Docteur, vous pouvez entrer.

Docteur Murdock, Miss Lewly.

Bonjour, Miss Lewly.

Bonjour, docteur.

Pouvez-vous me donner votre main ?

Comment va-t-elle, docteur ?

C'est un peu plus sérieux qu'un rhume. Une petite pleurésie.

Si elle accepte qu'on s'occupe d'elle--

Oh, je m'occuperai, d'elle.Je vous le promets.

Oui, mais notre malade a l'air très têtue.

Son rétablissement sera peut-être long--

Deux, trois semaines, peut-être plus long que ça.

Ah, si seulement le printemps pouvait arriver !

- Pourrez-vous poster cette lettre ? - Bien sûr.

Je demanderais à M. Saunders, mais il reviendra tard, ce soir.

Qui, dans cette maison, écrit des lettres à Victor Hugo ?

Miss Lewly.

Miss Lewly ? Que savez-vous de cette jeune femme ?

Elle ne m'a pas dit grand-chose...

mais je sais qu'elle est française.

Elle m'a dit que sa soeur s'est noyée à 19 ans.

Noyée à 19 ans...

c'est Léopoldine.

Réalisez-vous que votre pensionnaire...

est la fille cadette de Victor Hugo?

Mais ce Victor Hugo--

Victor Hugo est le plus grand poète de notre époque...

comme... Je ne sais pas... Homère, Dante, Shakespeare.

C'est aussi un homme politique qui a été persécuté pour ses idées.

Mettant sa vie en péril...

il s'est opposé au coup d'Etat qui a renversé la République française.

Ses deux fils furent emprisonnés, et il dût se réfugier à Bruxelles.

Il vit à présent à Guernesey, une île entre la France et l'Angleterre.

Elle m'a parlé de cette île.

Je vous assure, madame, que cet homme est un génie.

C'est incroyable.

Je suis fier d'avoir examiné cette jeune femme.

Réalisez-vous, Mme Saunders...

que vous logez la fille de l'homme le plus célèbre du monde ?

- Devrait-on lui en parler ? - Oh, non, docteur.

Si Mlle Adèle cache son identité sous un nom d'emprunt...

elle doit avoir une bonne raison pour le faire.

Non, c'est une personne honnête...

incapable de faire quoi que ce soit de mal.

Si elle veut dissimuler son identité, on doit le respecter.

Vous avez raison. Gardons cela pour nous.

Attendez.Je veux noter cette adresse.

On ne sait jamais.

"Monsieur Victor Hugo...

Maison d'Hauteville...

Guernesey...

îles de la Manche."

N'oublie pas de penser à moi.

Je tremble d'amour.

Il ne faut pas me repOusser.

Je ne suis pas moi sans toi.

Actuellement, je ne vous aime pas.

Notre secret est difficile à garder.

Ne vous étonnez pas si vous me rencontrez dans la rue...

proclamant mon amour pOur vOus.

- Oui, mon lieutenant. - Où a-t-on nettoyé cette veste ?

- A l'endroit habituel, lieutenant. - Quelqu'un y a touché ?

- Pas à ma connaissance. - D'accord. Merci.

"Banque britannique d'Amérique du Nord"

- Votre courrier, mademoiselle. - Merci.

Que fais-tu là ?

- Comment t'appelles-tu ? - David.

Oh, David. C'est un joli nom.

- Comment vous appelez-vous ? - Moi ?

Je m'appelle Léopoldine.

Ta mère est bien malade.

N'oublie pas, quand tu lui écris...

qu'elle ne peut déchiffrer que les grosses écritures.

Je t'envoie 700 francs sur la banque de Halifax...

et aussi notre double consentement à ton mariage.

Je, soussigné, Victor Hugo, ancien pair de France...

autorise ma fille Adèle à épouser--

Mais attention, Adèle...

je te le dis formellement...

marie-toi immédiatement ou reviens immédiatement.

Je t'ai menti. Mon vrai nom, c'est Adèle.

Je ne vous comprends pas, Adèle. Qu'est-ce que vous faites ici ?

Vous vous déguisez pour m'espionner, maintenant ?

Au contraire. C'est pour ne pas te créer d'embarras.

Eh bien, merci, Adèle. Merci.

Albert, il fallait absolument que je vous voie.

J'ai reçu le consentement de mes parents. Regardez !

Votre père a changé d'idée.

Je ne l'aurais pas cru.

Alors, tu vois, nous pouvons nous marier, maintenant.

Je vous l'ai déjà dit, Adèle, c'est hors de question.

Comme tu as changé, Albert.

Tu ne peux pas oublier les lettres que tu m'as écrites.

Moi, je ne les oublie pas.

Il y a aussi celles où vous me parlez de mariage.

Je pourrais les montrer à ces femmes...

à toutes vos maîtresses !

Albert, tu n'as pas oublié ?

C'est vrai, j'ai pensé vous épouser.

Maintenant, je n'y pense plus.

Quel mal y a-t-il ?

Quel mal y a-t-il ?

Mais Albert, je ne t'ai rien demandé.

C'est toi qui es venu me chercher !

C'est toi qui as voulu de moi !

C'est toi qui profitais des soirées de tables tournantes...

pour me toucher le bras !

C'est toi qui me caressais dans les corridors !

Je me suis donnée à toi. Il faut me garder.

Vous entendez ? II faut me garder !

Qu'est-ce que vous croyez ? J'ai connu des femmes avant vous.

J'ai connu des femmes après vous, et j'en connaîtrai encore.

Quand nous serons mariés, vous aurez la même liberté.

Vous pourrez aller voir les femmes que vous voudrez.

Vous savez...

je vous ai vu avec la dame aux petits chiens.

Elle a l'air charmante.

Est-ce que vous lui avez parlé de moi ?

Quelquefois, je me demande ce qui vous passe par la tête.

J'aimerais tellement qu'on soit comme à Londres...

dans cette chambre où j'allais te rejoindre en secret.

Pour toi, j'ai tout piétiné...

J'ai tout abandonné.

J'ai repoussé l'affection de mes parents.

J'ai trahi l'homme qui devait m'épouser...

le seul homme qui m'aimait !

Attention, Adèle, pas de chantage entre nous.

Mais je t'aime ! C'est si difficile à comprendre ?

Je t'aime !

Si vous m'aimez vraiment, pas d'une façon égoïste...

il ne faut pas m'obliger à vous épouser.

Si on aime quelqu'un, on le laisse libre.

Adèle, si vous m'aimez vraiment...

vous devez quitter Halifax et rentrer à Guernesey.

Dites-moi que vous m'aimez.

Adèle !

Ecoutez...

je suis prête à m'en aller...

et à ne plus chercher à vous revoir...

mais je ne vous demande qu'une chose...

avant que nous ne nous séparions définitivement...

c'est de me dire si vous pourriez m'aimer !

Embrasse-moi.

Mes chers parents...

je viens d'épouser le Lieutenant Pinson.

La cérémonie a eu lieu samedi, dans une église d'Halifax.

J'ai besoin d'argent pour mon trousseau.

300 francs me seraient indispensables...

en plus de ma pension.

Si vous faisiez éditer ma musique...

comme je vous l'ai dit 100 fois, cela me rapporterait de l'argent...

et je n'aurais pas à me conduire comme une mendiante.

Désormais, vous libellerez mon adresse ainsi...

Madame Pinson, 33, North Street...

Halifax, Nouvelle-Ecosse.

Je vous demande d'écrire le mot "Madame" en toutes lettres...

bien lisiblement, au-dessus de l'adresse.

J'espère que cette grande nouvelle vous parviendra rapidement.

Qu'est-ce que vous faites tous là ?

Nous venons voir M. Victor Hugo.

M. Victor Hugo est souffrant, il ne fera pas sa promenade.

Vraiment ? Oh...

"Le quotidien de Guernesey."

Je voudrais voir le directeur du journal, s'il vous plaît.

Voici une lettre de M. Victor Hugo...

Pour mettre une annonce dans le journal, s'il vous plait.

Ah, la fille de Victor Hugo s'est mariée avec un Anglais ?

Oui. Le Lieutenant Pinson.

Pinson, le colonel vous attend.

Ah, Pinson. Ecoutez ceci.

"M. Albert Pinson du 16ème Hussards britannique...

qui s'est distingué au combat durant la guerre de Crimée...

s'est marié le 17 septembre à Paris...

avec Mademoiselle Adèle Hugo...

fille de Victor Hugo...

officier de la Légion d'Honneur...

ancien pair de France...

ancien représentant du peuple sous la République...

membre de l'Académie française...

et chevalier de l'ordre de Charles III d'Espagne...

domicilié à Saint-Pierre, dans l'île de Guernesey.

Eh bien, Pinson, vous vous distinguez, semble-t-il !

Pendant que vous suivez votre entraînement à Halifax...

votre double est à Paris...

où il convole en justes noces avec la fille de Victor Hugo.

Et où avez-vous fait la guerre de Crimée ?

A Baden-Baden ou à Monte-Carlo ?

Colonel, je vous assure qu'il s'agit d'une plaisanterie.

C'est vrai, j'ai rendu visite à la famille Hugo en exil.

Mlle Hugo est une jeune personne hypersensible.

On m'a dit qu'elle avait quitté la maison de son père...

mais j'ignore où elle se trouve actuellement.

Et je vous donne ma parole d'honneur d'officier...

que je n'ai rien à voir avec ce faire-part.

Venez-en au fait. Etes-vous marié, oui ou non ?

Non, mon colonel, je ne suis pas marié.

Je suis prêt à vous croire.

Mais si votre comportement était sans reproche...

vous ne vous exposeriez pas à des incidents de la sorte.

Faites-moi le plaisir d'éclaircir ce malentendu au plus tôt.

Une frasque de plus et je vous envoie en cour martiale.

Très bien. Rompez.

- Bonjour, mademoiselle. - Bonjour, monsieur.

J'ai une lettre pour vous.

- Voilà. - Merci beaucoup.

Adèle, nous sommes extrêmement déçus par tes façons d'agir.

Tu nous as trompés.

Tu n'es pas mariée et il n'y a aucun espoir que tu le soies.

M. Pinson nous a écrit.

Il est formel, il ne t'épousera jamais.

Ta mère voulait te rejoindre à Halifax pour te ramener ici.

Nous avons eu grand-peine à l'en dissuader.

Ce voyage serait funeste à sa santé...

qui est dejour en jour plus mauvaise.

Je t'envoie 600 francs pour payer ton retour.

Si tu te décides à rentrer...

ton frère ira t'attendre à Liverpool.

Je t'embrasse.

Tout le coeur de ton père est à toi.

Adèle, pense à ta mère.

Pense à nous. Reviens.

Mes chers parents, vous aviez raison.

Je n'ai pas réussi à épouser le Lieutenant Pinson...

il s'est dérobé malgré ses promesses.

J'ai maintes lettres de lui où il me demande en mariage...

et j'ai fait faire un coffret dans lequel elles sont enfermées.

Je n'aime pas votre idée de lui envoyer une sommation...

pour lui demander une réparation collective.

Si vous voulez vraiment lui écrire...

faites-lui valoir...

combien vous seriez heureux...

de le voir entrer dans notre famille.

Dites-lui qu'il ne trouvera jamais une épouse plus aimante.

J'aime ma mère et mon père.

J'aime mes frères. Je vous aime tous.

Mais aucune force humaine ne me fera quitter Halifax...

tant que le lieutenant s'y trouve.

Mademoiselle. J'ai un paquet pour vous.

C'est un cadeau.

Je l'avais mis de côté depuis un certain temps...

mais j'hésitais à vous le donner.

Tenez.

C'est pour moi ?

Oui.

Ouvrez-le.

Je referai le paquet.

Je pensais...

On m'a dit...

On vous a dit des sottises, et vous les avez écoutées.

Je ne supporte pas d'être espionnée.

Il doit bien y avoir une autre librairie, dans cette ville !

- Lieutenant Pinson ? - Oui ?

C'est pour moi ?

Albert, mon amour...

regardez bien la jeune femme que je vous envoie...

si vous la trouvez jolie, gardez-la jusqu'à demain matin.

Tu es si beau, Albert...

que tu mérites d'avoir toutes les femmes de la Terre.

Accepte ce cadeau.

Tout va bien. Vous pouvez vous détendre.

Vous pouvez vous rendormir. Tout va bien, Miss Tillie.

Tout va bien, maintenant.

Tout va bien. D'accord--

C'est des sornettes. C'est une supercherie !

- A présent, mesdames et messieurs-- - C'est une supercherie !

- Descendez de là ! - Qui êtes-vous ? Venez donc ici !

- Venez si vous êtes si malin. - Vous allez voir ça !

C'est une supercherie !

- Venez.Je vous attends. - Tout le monde peut faire ça !

C'est facile ! Tout ce qu'il y a de plus peinard !

- Vous êtes très malin, hein ? - Oui.

Comment allez-vous ? Restez là un moment, d'accord ?

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs...

je vais libérer ma partenaire, Miss Tillie Wong...

de son état d'hypnose.

Je vais compter jusqu'à trois et elle se réveillera.

Un...

deux, trois !

Tout le monde peut faire ça !

Applaudissez Miss Tillie, mesdames et messieurs.

Merci.

- Comment vous appelez-vous ? - Williams, de la police montée.

- Pouvez-vous répéter ceci ? - Williams, de la police montée !

Puisque vous êtes si bien monté, voulez-vous vous asseoir ?

Faites comme chez vous. Détendez-vous.

Je vais vous endormir, tout d'abord...

puisque vous voulez bien vous livrer à cette expérience.

Puis-je vous enlever votre chapeau ?

Maintenant, détendez-vous, M. Williams.

Oubliez tout le reste. Ecoutez-moi bien.

Concentrez-vous et obéissez à chacun de mes ordres.

Vous êtes très fatigué. Très fatigué, M. Williams.

Vos mains, vos bras...

sont très lourds.

Vos jambes sont lourdes comme du plomb.

Dans quelques moments, vous vous endormirez profondément.

A "un", vos paupières deviendront très lourdes.

A "deux", vos yeux vont se fermer.

A "trois", vous serez profondément endormi.

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs...

c'est une belle journée.

M. Williams est en train de ramer sur un très beau lac.

Il fait très chaud, et il rame.

Ramez plus dur, M. Williams ! Encore plus dur !

Vous avez une bonne distance à parcourir, il fait chaud !

II fait très chaud !

Vous pouvez déboutonner votre veste, M. Williams.

Vous ramez très dur. Encore plus dur !

Encore plus dur !

Vous pouvez enlever votre pantalon, M. Williams.

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs...

si je voulais, je pourrais forcer cet homme à quitter la police...

et à finir ses jours dans un monastère.

Mais on ne va pas aller aussi loin que ça.

Ça suffit. Ça suffit, M. Williams.

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs...

quand j'aurai compté jusqu'à deux...

M. Williams va se réveiller, et s'en aller.

Allons-y--

Un, deux.

Arrêtez, M. Williams ! Vos vêtements !

Oui, M. Williams, tenez.

Voilà.

Merci beaucoup. Merci.

Monsieur, je peux entrer ?

Entrez, oui.

J'étais dans la salle. J'ai vu le spectacle.

J'ai trouvé cela vraiment très beau.

J'ai été très impressionnée.

Mais ce n'est pas seulement pour cela que je suis venue.

Je voudrais vous proposer une affaire.

Une affaire ? Vous dirigez un théâtre ?

Non. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit.

Je vous écoute.

Vous ne dites rien ?

Je suis très intriguée par votre pouvoir.

Vous êtes très aimable.

Je ne fais que mon métier.

Je ne suis que l'instrument d'une force...

venant d'ailleurs.

Ce pouvoir a-t-il des limites ?

Oh, oui. L'espace, par exemple.

Je ne puis agir sur un sujet placé hors de ma présence.

Mais dites-moi, vous êtes journaliste ?

Non.J'aimerais employer vos dons à titre personnel.

- Pour guérir un malade ? - Non.

Je l'ai déjà fait, vous savez.

Non. Il ne s'agit pas de ça.

Pourriez-vous faire changer les sentiments de quelqu'un ?

Comment ça, changer ?

Je veux dire...

par exemple, changer l'amour en haine...

ou inversement ?

Hélas, non.

Je n'ai de pouvoir que sur les corps, pas sur les âmes.

Tout ce que je peux faire par hypnotisme...

c'est obliger certaines personnes d'agir contre leur volonté...

et je dis bien certaines personnes.

Car il y a des sujets rebelles, parfois.

Pourriez-vous obliger un homme à épouser une femme ?

Contre sa volonté ?

Oui.

Oui, pourquoi pas ?

A condition de l'attirer dans un endroit convenu.

Et encore faudrait-il avoir...

tout ce qui est nécessaire à la cérémonie...

un ministre, évidemment...

et puis... deux témoins.

En y réfléchissant bien...

ce n'est pas facile...

mais ce n'est pas impossible.

Ce n'est après tout qu'une question d'argent.

J'en ai.

Tillie. Viens. Dépêche-toi.

Allez, dépêche-toi.

Alors, vous avez de l'argent ?

Mon père en a.

Mais où est votre père ?

II vit en Europe.

C'est un homme riche et célèbre.

En Europe ?

Alors, je peux lui écrire, et il m'enverra de l'argent ?

Non.Je ne veux pas que son nom soit mêlé à tout ceci.

Ecoutez, ça ne marchera jamais.

C'est bien trop grave pour que je me lance à l'aveuglette.

Pourquoi devrais-je vous faire confiance ?

Qui est votre père ?

Ou bien vous n'avez aucun lien de parenté...

avec l'homme que vous dites...

et vous ne parviendrez jamais à vous procurer assez d'argent...

car il m'en faudra beaucoup...

ou bien vous êtes réellement sa fille...

et alors, je ne peux courir un tel risque.

Alors, c'est non ?

C'est non.

C'est non...

à moins que...

Ecoutez. Il me faudrait 5000 francs payables d'avance.

J'aurai l'argent dans une semaine.

Bon. Alors, voilà ce qu'on va faire--

Où voulez-vous que je mette cet uniforme, ici ?

Madame-- Regarde ce que tu as fait, idiot ! Fiche le camp !

Espèce d'ignorant !

Fiche le camp ! Dehors !

Je dénonce l'imposture de l'état civil...

et l'escroquerie de l'identité.

Née de père inconnu...

Née de père inconnu.

Je suis née...

de père inconnu...

de père complètement inconnu.

Je ne connais pas mon père...

si je suis née de père inconnu.

2 jeunes mariés sont enterrés dans le même cercueil.

Même la mort n'a pas pu les séparer.

La robe de la jeune morte...

est exposée dans l'appartement des parents.

Et c'est le mien, aussi !

C'est mon appartement !

La robe de la jeune mariée...

est exposée à tous les visiteurs comme une relique.

Et moi, au milieu de tout ça ?

Comment faire ?

Oh, mes yeux me brûlent !

J'ai mal aux yeux !

Je ne veux plus les voir.

Je ne veux plus voir la malle de vêtements !

II faut jeter les vêtements de ma soeur !

II faut les brûler...

ou les distribuer !

Je ne peux plus voir ces robes !

Oh, mes yeux ne les supportent plus !

Oh, mes yeux !

Laissez-moi entrer ! Qu'est-ce qui vous arrive ?

Comment peut-il faire ça ?

II ne peut pas faire ça !

Johnstone.

Agnès Johnstone.

O'Brien, connaissez-vous le mont Emiliamena ?

- Oui, Miss Lewly. - Conduisez-moi là-bas.

Je dois faire demi-tour. C'est de l'autre côté de la ville.

Attendez-moi là.

- Oui, mademoiselle ? -Je veux voir le juge Johnstone.

-Je dois voir le juge. - Vous ne pouvez pas entrer ici.

- Mais si ! - Il vous faut un rendez-vous !

Qui est-ce, George ?

Tout va bien, Miss Agnès.

Une jeune femme veut voir le juge, mais elle n'a pas de rendez-vous.

Ne faites pas tant d'histoires. Mon père va sûrement la recevoir.

Il faut absolument que je le voie.

Il faut que je le voie.

Absolument.

Mon père va vous recevoir.

Merci de me recevoir alors que vous ne me connaissez pas.

Vous êtes française, me semble-t-il.

Oui.Je suis la fille de Victor Hugo.

L'écrivain.Je ne partage pas ses idées politiques...

mais j'admire son courage.

Monsieur, je ne prendrai pas de détours.

Je viens de lire l'annonce du mariage de votre fille...

et je dois vous dire que le Lieutenant Pinson...

est absolument indigne de rentrer dans votre famille.

Je ne sais pas, mademoiselle, si vous réalisez...

la gravité de vos paroles.

J'en suis parfaitement consciente.

Je connais le Lieutenant Pinson depuis des années.

Cet intriguant a su parfaitement se concilier...

les bonnes grâces de ma famille.

Il m'a fait une cour discrète, mais appuyée...

à laquelle, je l'avoue, j'ai été sensible.

J'avais peu d'expérience du monde...

car l'exil, depuis 2 ans, me tenait éloignée de tout, je m'ennuyais.

Cet homme n'ignorait rien des ruses capables de charmer...

une jeune fille naïve, car j'étais naïve.

J'étais envoûtée au point de rompre mes fiançailles...

avec M. Auguste Vacquerie, un ami de mon père.

Je n'avais qu'une idée en tête : Epouser le Lieutenant Pinson.

Mais, vos parents ?

Mes parents étaient farouchement opposés à ce mariage.

Ma mère qui soupçonnait mes rendez-vous clandestins...

avec M. Pinson, s'est renseignée à son sujet.

Il n'a jamais été fils de pasteur.

Il a été emprisonné pour dettes, et ne pouvant pas les payer...

il avait à choisir entre la prison et l'armée.

Il a choisi l'armée.

Mais devant mon insistance, mes parents...

ont donné leur consentement et notre mariage a été célébré.

Le Lieutenant Pinson a même signé le contrat.

Avez-vous des preuves ?

Voici.

J'ai ici les coupures de journaux de Guernesey...

annonçant nos fiançailles et notre mariage.

Si ce lieutenant est le triste personnage que vous décrivez...

comment pouvez-vous être encore sa femme ?

Croyez-vous que l'on maitrise toujours ses sentiments ?

On peut aimer d'amour quelqu'un...

dont on sait que tout en lui est méprisable.

Et puis, il y a autre chose...

j'attends un enfant de lui.

Vous êtes ridicule.

Vers la gauche !

- Bonsoir, George. - Miss Agnès n'est pas là.

- Mais elle m'attend ! - Miss Agnès n'est pas là.

- Alors, je vais parler au juge. - Il n'est pas là non plus.

Mais sa calèche est dans l'allée.

Je suis désolé, monsieur. Il n'y a personne.

Je vais faire déporter cette femme. Le scandale m'importe peu.

Calmez-vous, lieutenant. Il y a un autre moyen.

- Vous ai-je déjà mal conseillé ? - D'accord, je vous écoute.

Si je comprends bien, quand elle quittera Halifax...

- ce sera la fin de vos ennuis. - Mais comment la faire partir ?

J'ai tout essayé, les menaces, les prières, les promesses.

Je l'ai même suppliée. Rien n'a marché.

Elle vous suit comme un petit chien. Elle partira quand vous partirez.

Je vous remercie, ça m'aide vraiment beaucoup...

vu que je ne suis pas censé partir.

J'ai entendu autre chose. Il y a une rumeur qui circule...

selon laquelle ce régiment pourrait partir très bientôt.

Vous allez nous manquer...

mais je suis heureuse que vous ayez pris cette décision.

Et vos parents vont être tellement heureux...

de vous revoir après si longtemps.

J'espère que...

Je veux parler du Lieutenant Pinson.

J'espère que vous l'avez chassé de votre esprit.

Il n'était pas digne de vous.

Pour qui se prenait-il, celui-là...

refuser de vous épouser !

Vous vous trompez, Mme Saunders.

C'est moi qui n'ai jamais voulu me marier.

Le mariage est une chose humiliante pour une femme...

surtout pour une femme comme moi.

Mon travail exige la solitude.

Songez au nom que je porte, Mme Saunders.

Songez à mon père.

Pour rien au monde je ne renoncerai à être Mlle Hugo.

Oui, je comprends.

Cette chose incroyable de faire...

qu'unejeune fille...

qui n'a pas d'autre morceau de pain...

que celui dont son père lui fait l'aumône...

ait d'ici 4 ans de l'or honnête, de l'or à elle...

cette chose-là, je la ferai.

Cette chose incroyable de faire qu'unejeune fille...

marche sur la mer, passe de l'ancien au nouveau monde...

pour rejoindre son amant... cette chose-là, je la ferai.

Miss Adèle, j'ai un cadeau pour vous.

C'est une cape. Elle est trop belle pour moi.

Elle sera beaucoup mieux sur vous.

Vous la garderez en souvenir de nous.

Merci, Mme Saunders.

Merci infiniment.

Au revoir, Miss Adèle.

Donnez-moi de vos nouvelles quand vous rentrerez chez vous !

Où allez-vous, mademoiselle ?

Je ne sais pas. Je ne sais plus !

Pourquoi ne restez-vous pas un peu plus chez Mme Saunders ?

Je ne peux pas. Je ne veux plus la revoir.

Vous voulez aller à l'hôtel ?

Je n'ai plus d'argent !

Je connais un endroit où vous n'aurez pas à payer.

Ne touchez pas à ça !

C'est mon livre.

S'il vous plaît, avez-vous du courrier pour moi ?

-Je ne sais pas qui vous êtes. -Je viens toujours le prendre ici !

Je vais aller voir.

Non.

Je suis navré. Ils sont nouveaux, ils ne vous connaissent pas.

Je vais regarder s'il y a une lettre pour vous.

- Voici. - Merci.

Adèle, voilà 700 francs pour ton retour.

Si malgré tes promesses, tu t'obstines à rester à Halifax...

cette somme sera une avance sur ta pension.

Tu te plains de notre lenteur à publier ton album de musique.

Tu devrais comprendre que pour le moment...

il vaut mieux ne pas attirer l'attention sur toi.

Ta mère est si malade que nous ne lui faisons plus lire...

tes lettres afin de ne pas aggraver son état.

Elle a quitté Guernesey et s'est fixée à Bruxelles...

ainsi, je reste seul à Hauteville House.

Adèle, ma chère fille...

mes bras te sont ouverts.

Je suis vieux. Mon bonheur...

serait de vous avoir tous autour de moi.

"Le Herald du Matin"

"Bruxelles...

Nous avons appris la mort de Mme Victor Hugo...

femme du grand écrivain français."

"On annonce le déplacement du 16ème Hussards...

qui quittera Halifax...

le 15 février 1864...

pour les îles de la Barbade."

Ecartez-vous.

Laissez la dame française tranquille.

Excusez-moi, Mme Pinson. Je dois parler au capitaine.

Bien sûr.

Il y a quelque chose que vous devez savoir.

J'étais dans le quartier noir, ce matin, et sur le marché...

j'ai vu une Européenne qui causait un grand désordre.

Je me suis approché et c'était elle, Mlle Hugo.

- Quoi ? - Oui, et il y a même pire.

Elle se fait appeler "Mme Pinson".

On doit la retrouver. Ce qui s'est passé à Halifax ne peut se reproduire.

Que voulait-il ?

Oh, rien, vraiment. Rien du tout.

Je vais vous relire la lettre. Je l'ai un peu arrangée.

J'espère que vous êtes d'accord.

"Monsieur, je ne suis qu'une pauvre femme de la Barbade.

Je ne sais pas lire, mais je connais le nom de Victor Hugo.

Il y a dix ans, j'étais encore une esclave...

et je sais que vous êtes l'ami et le défenseur...

de tous les opprimés sur Terre.

J'avais remarqué dans les rues de Bridgetown...

une femme habillée comme nulle autre...

qui semblait pauvre et marquée par la fatalité.

Elle servait de cible aux moqueries des enfants...

et cela m'affligeait.

Un jour, je me sentis obligée de la protéger.

Je l'ai amenée dans ma maison et je l'ai soignée.

J'ai appris qu'elle est votre fille...

qu'elle a été abandonnée par un officier...

qu'elle avait suivi à Halifax et plus tard ici, à la Barbade.

La douleur l'a brisée, corps et âme.

Si le corps est guéri, l'âme est peut-être perdue.

Il faut qu'Adèle retrouve son pays, la chaleur de ses parents.

Je pourrais, si vous y consentez, M. Victor Hugo...

ramener votre fille en Europe.

M. Werder, de la Martinique...

m'avancerait l'argent du voyage."

Adèle rentra donc en France, accompagnée par Madame Baa.

Bien des choses avaient changé, en Europe.

La chute de Napoléon III...

permettait le retour de Victor Hugo...

qui rentrait à Paris après 18 ans d'exil.

Il retrouva sa fille Adèle...

et la fit admettre dans une maison de santé, à Saint-Mandé...

où elle vécut encore pendant 40 ans...

faisant du jardinage, jouant du piano...

et continuant de tenir son journal...

en langage codé.

Adèle survécut à toute sa famille.

Son père mourut le 22 mai 1885...

en prononçant cette phrase : "Je vois de la lumière noire".

Ce fut une journée de deuil pour toute la France...

qui lui fit des funérailles grandioses.

Le corps de Victor Hugo fut exposé toute la nuit...

sous l'Arc de Triomphe...

et le lendemain, 2 millions de Parisiens...

suivirent le cercueil de la place de l'Etoile...

jusqu'au Panthéon.

La mort de sa fille Adèle le 25 avril 1915...

passa presque inaperçue...

au milieu de la grande guerre qui déchirait l'Europe.

Cinquante ans plus tôt, alors qu'elle allait quitter Guernesey...

Adèle avait écrit dans son journal...

"Cette chose incroyable qu'une jeune fille...

marche sur la mer...

et quitte l'ancien monde pour le nouveau monde...

pour rejoindre son amant...

cette chose-là, je la ferai".

C'était l'histoire d'Adèle H.

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