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[une porte s'ouvre]
[grincement]
[la porte se referme]
[cliquetis métallique]
[musique intrigante]
[mélodie douce]
[elle crie]
Non !
[elle rit]
[musique intrigante]
[elle crie]
[rires]
- [elles gloussent] - [gémissements]
Oui...
Monseigneur ?
[Targol] L'ennemi est à nos portes.
Les Ottomans sont cruels d'interrompre notre amour.
Ils le paieront, ma bien-aimée.
Allez, venez.
Cette guerre
est-elle nécessaire ? Ne peut-on tous vivre en paix ?
Tu es ma raison de vivre, douce Elisabeta.
Je t'en prie, prends soin de toi, mon roi...
Ma vie.
Puisque je ne saurais vivre sans toi.
[musique mélancolique]
La guerre vous attend.
La victoire est vôtre.
Mes hommes t'emmènent à Vilmur,
tu y seras protégée.
[le cardinal] Princeps invictus,
et iustarum animarum,
nos in proelio defendamus.
Tutela nostra esto a malitia et laqueis...
diaboli.
In nomine Patris,
et Filii...
et Spiritus Sancti.
Amen.
Cette bataille sera sanglante,
Votre Eminence.
Les morts se compteront par milliers.
Est-ce vraiment la volonté de Dieu ?
Nous sommes le dernier bastion contre les musulmans.
Avez-vous foi en notre Seigneur ?
Bien sûr. Je suis prêt à mourir pour Lui.
Alors, chassez ces barbares, sans pitié.
Je me battrai en Son nom, mais je désire une faveur.
Je vous écoute.
Je veux qu'Il épargne ma femme.
Si elle ne survit pas, je ne pourrai pas continuer.
Plus rien ne m'importerait, la vie me serait insupportable.
Calmez-vous, vous risquez de blasphémer.
Le Seigneur vous a donné la vie, honorez-la.
Mais Il m'a aussi donné l'amour.
Dieu ne peut me reprocher de ne pouvoir vivre sans lui.
S'Il lui ôte la vie, qu'Il ôte la mienne aussi.
Je prierai pour vous.
Non, ne le priez pas. Dites-Lui.
[musique intrigante]
Pour le prince.
[chocs en rythme]
[Targol] Ils sont dans la forêt.
Quel est votre plan ?
Laissez-les venir.
À moi, mes hommes !
Partez, Altesse !
Fuyez !
Sauvez-vous !
[hurlements]
Percez les barils !
[acclamations]
[musique funeste]
Vlad ! La princesse.
- Parle. - Il y a eu une embuscade.
- Elle a réussi à s'échapper. - Où est-elle ?
Dans la forêt des loups.
[musique inquiétante]
Ya ! Ya !
[elle crie]
[claquement]
[musique triste]
[elle gémit]
[musique inquiétante]
Pitié.
[musique triste]
Non !
Mon prince...
- Non ! - [il grogne]
[il sanglote]
[le tonnerre gronde]
[musique intrigante]
Ma femme est morte.
Nous avons prié pour elle.
Dieu serait-Il sourd ?
Ou n'avez-vous pas prié suffisamment ?
Mon prince, Dieu a Ses raisons.
Il ne nous appartient pas de les remettre en question.
- Il avait un autre destin pour elle. - Elle n'a aucun destin.
Elle est morte !
Il ne m'a même pas permis de lui dire adieu.
Je vous prie à genoux, dites-Lui qu'il faut me la ramener.
C'est impossible.
Et pourquoi ? Pourquoi ?
Parce que Dieu ne pratique pas la réincarnation.
Mais Il est capable de miracles, vous le savez.
Vous le savez !
Si vous priez suffisamment, Il vous écoutera, j'en suis sûr.
Pitié, dites-le-Lui.
Dites-Lui !
C'était...
une bonne chrétienne, à l'âme pure.
Je suis persuadé que Dieu prendra bien soin d'elle.
Oui, mais moi ? J'ai fait tout ce qu'Il a voulu.
Mon âme est souillée à jamais
du sang des hommes que j'ai massacrés.
[le cardinal] Je n'ai pas les réponses.
Je ne suis
que Son humble messager.
Bien.
J'ai un message que je veux que vous Lui transmettiez.
[le cardinal gémit]
Dites à votre dieu
qu'en attendant qu'il me ramène ma femme,
ma vie ne sera plus entre ses mains.
[musique sombre]
[coups de tonnerre]
- [cloches] - [Dumont] Quand est-il arrivé ?
Il y a dix minutes, environ.
[cris]
- Où est-il ? - Dans la chapelle,
ça me semblait plus approprié. - Vous avez bien fait.
(Laissez-le finir de prier.)
[pop]
Mon Père ?
Ah. Dr Dumont, je présume ?
Oui.
Votre chapelle est jolie.
Euh, en effet.
Merci d'avoir fait
le voyage. Il a dû être long et difficile.
Éreintant, il faut l'admettre.
C'est pourquoi j'ai pris ce rafraîchissement,
ça ne vous dérange pas ?
Pas du tout.
C'est aimable.
Cela doit être meilleur que la bière de ma Bavière natale.
Désolé de vous accueillir
si peu gracieusement,
mais l'administration ne soutient pas votre présence ici.
J'en ai l'habitude.
L'Église et les scientifiques ne s'entendent pas toujours.
C'est pourquoi
le Vatican a pris l'habitude
de confier les cas préoccupants... à nous.
Ce cas demande une grande attention,
car la reine d'Angleterre est concernée.
La reine ?
J'ai hâte.
[rire dément]
Non, non, non.
Il y a la cérémonie du centenaire de la Révolution
dans quelques jours.
- L'excitation est partout. - [il aboie]
[ricanement]
[hurlements au loin]
[musique énigmatique]
(Fermez la porte.)
Elle a beaucoup de chaînes. Vous craignez qu'elle s'envole ?
Elle était agressive en arrivant.
Une vraie bête.
Hm, même les animaux ont droit à un peu d'humanité.
Que savons-nous à son sujet ?
S'il vous plaît.
"Maria de Montebello, 25 ans, de Bologne en Italie.
"Fiancée
"à M. Henry William Spencer, consul ici à Paris
"et petit-neveu
"par alliance de la reine."
L'affaire est donc délicate.
Plus que cela. Sensible.
Avez-vous autre chose
à me dire ?
Tout a commencé durant le mariage
qui a eu lieu dans la propriété familiale,
Maria ayant refusé d'aller à l'église.
Cependant, le marié avait invité
l'évêque de Westminster pour bénir l'union.
À la vue de cet homme,
la mariée fut saisie d'hystérie et d'un appétit sexuel
dépassant l'entendement.
Les appétits sont signes de bonne santé, je crois.
Oui, mais avec modération.
- Puis-je ? - Bien sûr.
"Née le 18 mars 1759."
L'administration a dû se tromper.
Cela voudrait dire...
Qu'elle va sur ses 130 ans, en effet.
130 ?
Vous pensez que c'est une créature du diable ?
C'est une conclusion hâtive.
Quand une situation échappe à notre compréhension,
nous y voyons œuvre du Diable.
Son âge
et le fait qu'elle soit allergique aux représentants de Dieu
ne sont que des symptômes, pas une maladie.
Dans des cas comme celui-ci,
il faut étudier et observer sans préjugés.
Nous devons suivre les règles et les lois de la nature,
de la science, des mathématiques,
non celles de la superstition ou de l'Église qui,
je l'admets, peuvent être obscures.
Il faut avant tout aborder ceci
comme une enquête criminelle.
Nous établissions un fait,
nous en déduisons les mobiles,
les circonstances, le lieu...
Tenez-moi ceci, je vous prie.
Et l'arme du crime.
[elle rit]
La congrégation se penche sur ce phénomène
depuis plus de 400 ans. Et moi, depuis plus de 30.
Je peux affirmer officiellement
que vous êtes le premier à avoir capturé
un spécimen vivant.
- Félicitations. - Merci.
Mais qu'ai-je capturé ?
Un vampire.
Ne l'écoutez pas, docteur.
Aidez-moi.
Je vous laisserai faire tout ce que vous voulez.
[respiration sifflante]
Souriez, s'il vous plaît.
Les canines proéminentes
peuvent être une piste.
Elles peuvent aussi avoir une explication rationnelle.
Il faut donc trouver d'autres preuves.
Cette créature,
comme toute autre, est œuvre du Seigneur.
Mais pour une raison mystérieuse,
le Tout-Puissant semble avoir d'autres projets
pour elle.
- [elle sanglote] - Contrairement
à ce qu'on croit,
les vampires s'adaptent bien à la lumière.
Ce qu'ils ne supportent pas,
c'est le rayonnement direct du Soleil.
[elle hurle]
C'est de la folie, ce que vous dites.
Peut-être.
Cela pourrait être
une anomalie de la nature, nous devons donc continuer
jusqu'à trouver une preuve irréfutable.
[elle rit]
Bon.
Voici la preuve que nous cherchions, qu'en dites-vous ?
Cela dépasse la science et l'entendement.
D'où ma présence.
Ma chère enfant,
puis-je vous appeler Maria ?
Bien sûr.
Vous pouvez m'appeler comme vous voulez.
- Je suis toute à vous. - Maria.
Répondez à mes questions
et je vous donnerai ce que vous voulez.
Tout ce que je désire ?
Ce dont vous avez besoin.
[elle ricane]
Approchez, mon fils. La science exige
des sacrifices.
- Êtes-vous prêt à en faire un ? - J'imagine.
Très bien.
Que faites-vous ?
Du sang. Une maigre contribution à la science.
Je vous offrirai une soupe, vous serez comme neuf.
Merci.
Merci, mon Père.
Maria,
votre cou, je peux le voir ?
[elle ronronne]
Ce n'est pas un vampire de première génération.
Il peut y en avoir d'autres ?
Sans aucun doute. Nous cherchons la source
depuis 400 ans.
- La source ? - Oui.
Mon maître.
Qui est-il ?
Comment s'appelle-t-il ?
Où peut-on le trouver ?
Non, pas la peine. Il vous trouvera.
Il est à Paris ?
Non, mais bientôt.
À moi !
[sanglots]
Maria ? Maria ?
- Pitié, donnez-m'en encore. - Maria.
- [elle pleure] - Qui est-il ?
C'est un prince.
- Un prince ? - Hm, hm.
Il est là
pour les célébrations ?
Non, il est là pour retrouver sa princesse.
Sa princesse ? De qui s'agit-il ?
De quoi a-t-elle l'air ?
D'une femme magnifique.
Allez, encore du sang.
Vous en avez eu assez. Plus,
ce serait de la gourmandise. - Quelle est votre conclusion ?
Il nous faut trouver une princesse qui nous mènera à son prince.
- Bonne chance. - [elle rit]
[musique inquiétante]
Sommes-nous arrivés ?
C'est au bout de cette route.
Vous ne les portez pas ?
Je peux pas laisser mes chevaux, il y a trop de loups.
Ravi de l'entendre.
Avez-vous
un crucifix ? - Non.
Voilà le mien.
- Gardez-le toujours sur vous. - Je ne crois pas en Dieu.
Priez pour qu'Il croie en vous.
Hop !
[des loups hurlent]
[chuintements]
[hurlements des loups]
[musique sombre]
En effet.
[roulement métallique]
Bonsoir ?
[coup de tonnerre]
[musique énigmatique]
Il y a quelqu'un ?
Oh...
Excusez-moi. Vous m'avez surpris.
C'est moi qui vous demande pardon
pour mon entrée quelque peu théâtrale.
Donnez-moi ça.
Ah, c'est mieux.
Euh, mes excuses, monsieur.
Je ne me suis pas présenté.
Jonathan Harker, notaire.
Vous êtes jeune pour un notaire.
J'ai rejoint un cabinet à Paris, cette année.
Oh, félicitations.
Merci. Et vous êtes ?
Vlad le Second.
Prince de Valachie.
Comte Dracul.
Je m'excuse, on ne m'a donné aucune description
de votre personne.
Mon portrait n'est pas répandu, excepté sur ces murs.
Oh.
Magnifique.
C'est un gramophone ?
Oui, en effet.
Je n'en avais jamais vu.
- Je suis curieux... - Tout à l'heure.
Mais maintenant, passons à table.
Bien.
Oh... Ce repas est succulent.
Votre appétit fait très plaisir à voir.
C'est délicieux. Et honnêtement, je mourrai de faim.
Ce ne sera sûrement pas le cas ici.
Cette demeure doit nécessiter tellement de personnel.
Oui, beaucoup trop.
- Pourtant, je n'ai vu personne. - Ils restent discrets.
Vous ne mangez pas ?
Plus tard.
Essayez ceci.
- Oh ! - [il rit]
Joli tour.
Hm ! Délicieux, vraiment.
Une recette que j'ai rapportée de mes voyages en Inde.
Vous voyagez beaucoup ?
Plus maintenant, mais il fut un temps, oui.
J'ai visité tous les continents et traversé tous les océans.
Vous devez avoir tant de belles histoires à raconter.
En effet.
Vous voyagiez pour le travail ou pour le plaisir ?
Je gérais des affaires, c'est vrai,
mais je suis à la retraite, maintenant.
Je laisse mes associés
voyager autour du monde à ma place.
C'est mon associé, M. Jenkins, qui a organisé ma visite.
Encore une fois,
merci de m'accorder de votre temps.
J'en ai plus que vous ne croyez.
Alors, jeune homme,
dites-moi ce qui vous amène.
Eh bien...
parmi les nombreuses propriétés
que vous possédez en Europe,
il y en a une en particulier...
Une vieille abbaye au cœur de Paris.
Le comté que nous représentons vous demanderait,
vu l'état délabré de la propriété, si vous accepteriez de la vendre.
Ah, je crois que c'est celle-ci.
Non, pas celle-là.
[couinement]
Désolé, hein.
La route pour arriver jusqu'ici a été chaotique,
mes affaires sont en pagaille.
Et que souhaiterait-il en faire ?
Un hôpital, je crois.
L'Exposition universelle
va ouvrir,
Paris va accueillir des millions de visiteurs.
Elle est située
près de Saint-Germain-des-Prés.
Je vais vous montrer.
Êtes-vous un homme de foi ?
Pardon ?
Vous croyez en Dieu ?
Pas vraiment. Le cocher me l'a confié.
Les superstitions sont plutôt tenaces,
dans cette région.
Ah ! Je l'ai.
Assez parlé pour ce soir.
Je vais vous conduire à votre chambre.
[musique inquiétante]
Ce château est bien gardé,
mais je préfère que vous ne sortiez pas
de vos appartements, et ce, sous aucun prétexte.
De quoi avez-vous peur ?
Les vieux châteaux renferment des souvenirs
qui pourraient vous hanter.
Je ne crois pas
aux fantômes.
C'est bien dommage.
[mélodie douce au piano]
Surveillez-le.
"Elisabeta."
[on frappe à la porte]
- Bonsoir. - Que puis-je pour vous ?
Je souhaiterais parler à Henry William Spencer.
Yes?
Pardon de venir vous importuner aussi tard.
C'est un ami qui m'envoie. Le Dr Dumont,
de l'Hôtel-Dieu de Paris.
- L'hôpital où Maria a été emmenée. - Oui.
Il est arrivé malheur ?
Oui. Non, elle est vivante, cliniquement parlant.
Dieu soit loué.
Je vous en prie, asseyez-vous. Dites-moi tout, mon Père.
Son état
s'est-il stabilisé ?
Elle se nourrit peu, boit assez, mais déborde d'énergie.
Tant mieux.
C'est bon signe.
Mais en savez-vous plus sur le mal qui la ronge ?
Nous faisons des progrès, mais la science est un long chemin
des plus sinueux
que nous ne pouvons arpenter que pas à pas.
Votre demeure
est charmante. - Elle appartient à la Couronne.
La Couronne a toujours su bien investir.
Que puis-je pour vous ?
Je veux visiter sa chambre.
- Que cherchez-vous ? - Rien de spécial.
Il faut toujours étudier le moindre détail.
Vous parlez tel un inspecteur de police.
Oui, même si je tente de résoudre l'affaire
avant que le crime n'ait lieu.
Je vous laisse faire.
Si vous avez besoin d'aide, je suis votre dévoué.
Merci, c'est très aimable à vous.
[musique intrigante]
Vous voilà,
princesse Elisabeta.
[musique énigmatique]
[coup sourd]
[sifflement]
[musique sombre]
Vous auriez dû rester dans votre chambre.
[hurlements des loups]
[grognements]
[musique inquiétante]
Oh mon Dieu.
[Vlad] Ne prononcez pas ce nom ici.
Il n'est pas le bienvenu.
Êtes-vous le Diable ?
Dieu, le Diable...
Deux entités presque identiques.
Deux esprits qui s'affrontent, mais qui ne daignent pas se montrer.
Dans leurs mains, nous ne sommes que des jouets,
de minables pantins qui ne bougent qu'à leur demande.
[grognements]
Non !
Non !
Vous allez me tuer ?
En effet, mais pas tout de suite.
Il est important de patienter pour que le sang engorge la tête.
Qui êtes-vous en réalité ?
Je suis une pauvre âme maudite par Dieu,
condamnée à marcher dans l'ombre de la mort
pour l'éternité...
et à me sustenter en sang frais. Du sang humain, de préférence.
[il gémit]
Pourquoi Dieu ferait-Il cela ? Il n'est qu'amour.
Je croyais que vous n'étiez pas croyant.
Je le suis, maintenant.
[rire sifflant]
[il tousse]
[respiration sifflante]
Vous êtes très drôle.
Merci.
Une dernière volonté ?
Je... Racontez-moi votre histoire.
Mon histoire ?
Oui. Tout ce qui vous touche de près ou de loin.
Est-ce là votre dernière volonté ?
Écouter l'histoire d'un vieillard ?
J'en meurs d'envie.
Vous en mourez d'envie ? Vous êtes très drôle.
Je vais vous exaucer.
Décrochez-le.
Décrochez-le.
[gémissements]
La vie est un chemin long et difficile, mon ami.
La mort est un privilège
que Dieu vous accorde,
et qu'Il refuse de me donner.
Et dire que j'étais l'un de Ses plus fidèles serviteurs.
Que s'est-il passé ?
Il m'a pris ma femme.
Ma princesse.
L'amour de ma vie.
[musique triste]
Laissez-moi seul.
On y va.
Depuis lors, je continue
à vivre, en attendant son retour.
Depuis quand l'attendez-vous ?
Plus de 400 ans.
C'est plutôt long.
Comment pouvez-vous être sûr qu'elle reviendra un jour ?
Les âmes les plus pures renaissent parfois réincarnées.
Ma bien-aimée rayonnait d'une pureté sans commune mesure.
Pardonnez-moi,
mais je présume que vous ne savez pas quand,
où ni comment.
Précisément.
Mais elle reviendra, je le sais.
Cela ne me semble pas
être une bonne affaire.
Vous aurais-je connu plus tôt, jeune homme,
je vous aurais sans doute pris comme avocat.
Depuis tout ce temps, vous la cherchez ?
La tâche n'a pas été aisée.
La peste noire s'est répandue en Europe
durant des siècles.
Près de 200 millions d'âmes ont été décimées,
dont la moitié étaient des femmes.
Cela a compliqué mes recherches.
Toutes les femmes restantes
étaient rassemblées dans des lieux saints,
où j'étais tout sauf le bienvenu.
J'étais si seul...
que j'ai commencé à envier les malheureux
que la mort emportait.
Vivre sans amour
est la pire des maladies, mon ami.
Telle une pluie incessante et fine,
elle ronge progressivement tous vos os,
et vous transforme en une masse informe
incapable de tenir debout.
Et puis, avec le temps,
peu importe la force de votre amour,
vous perdez la foi.
Pourtant, on dit que l'espoir fait vivre.
Dans mon cas, j'aurais tellement préféré
que l'espoir me tue.
[musique dramatique]
[il tousse]
[grognement]
[musique mélancolique]
Mais tout cela fut inutile,
car Dieu m'a refusé le droit de mourir.
Avec le temps,
tout désir disparaît,
même celui de mettre fin à sa vie.
Il ne vous reste plus que cet état...
fade et sans charme, proche de la mélancolie,
et l'espoir de la retrouver un jour.
Mais je ne pouvais
visiter chaque château, maison et hameau.
Alors, si je ne pouvais aller à elle,
je devais trouver un moyen de la faire venir à moi.
Comment ?
Du poison ?
C'est vous qui êtes théâtral, maintenant.
[il souffle]
C'est un parfum que j'ai développé durant un siècle.
J'ai visité la grande cité de Bagdad,
connue pour ses jardins magiques aux mille et une fleurs.
Puis, j'ai poursuivi mon voyage vers l'Inde,
où j'ai appris à capturer
l'âme des fleurs les plus rares et les plus délicates.
Ce n'est qu'à mon retour en Europe
que mes recherches portèrent leurs fruits.
D'abord, dans les champs colorés de Grasse, en France,
où certaines fleurs enivrent notre imagination
depuis des siècles.
Puis enfin, au cœur de l'Italie,
dans la magnifique cité de Florence,
qui était, à l'époque, la capitale de tous les parfums.
Messire.
Je crois que nous l'avons.
La couleur est fort plaisante.
Peu importe la couleur, cette essence est divine.
Et l'effet est garanti.
Voyons cela.
[tintement]
Il serait peut-être plus sage d'essayer dehors.
Non, ici me semble être le lieu parfait.
[musique intrigante]
Mamma mia.
Ce parfum...
était très efficace,
plus puissant que je n'aurais jamais pu imaginer.
Je dois admettre que cette période
était loin d'être des plus déplaisantes.
J'imagine.
C'est ainsi qu'après avoir visité toutes les cours d'Europe,
j'ai fini mon voyage par la célèbre cour de France,
à Versailles.
Le roi de l'époque,
un Louis dont j'ai oublié le numéro...
Ce petit freluquet avait eu l'idée brillante
de réunir tous les nobles et artistes du royaume
pour mieux les surveiller.
Il ne faisait aucun doute dans mon esprit
que si Elisabeta était revenue,
elle serait là.
[les femmes rient]
Je n'avais jamais été aussi près de la retrouver.
Mon cœur battait aussi fort
qu'au premier jour.
Elisabeta ?
Non, je ne suis pas Elisabeta.
Je suis Isabelle de Touraine.
Mais je peux changer mon nom.
[elle glousse]
Mais ma quête semblait vaine.
Ce jour-là, l'espoir m'abandonna.
[musique enlevée]
[rires]
Tellement de temps,
d'efforts et d'or gaspillés
dans ce monde de débauche et d'artifice
qui ne laissait aucune place à l'amour.
Il était temps pour moi de confier à d'autres
la mission de retrouver mon Elisabeta.
[rires]
Combien en avez-vous mordu ?
Ça n'a pas d'importance.
Au final, mes associés ont échoué, tout comme moi.
Je suis donc revenu vers mon Elisabeta.
[gémissement d'effort]
[sanglots]
[gémissements rauques]
Depuis, je n'ai que rarement quitté ce château,
avec le fol espoir qu'un jour,
mes disciples retrouveront ma bien-aimée.
[musique triste]
Vous savez de quoi vous parlez, en matière d'amour.
En effet.
Alors, épargnez-moi, pitié.
J'ai aussi une bien-aimée, vous nous sépareriez.
Au nom de qui ?
- Dieu ? - [rire sifflant]
Non, au nom de l'amour.
Êtes-vous marié ?
Avant de partir, j'ai demandé sa main.
A-t-elle accepté ?
Elle a dit oui. Nous nous marierons dès mon retour.
Oh, c'est fâcheux.
Si vous me tuez, elle en mourra.
De quoi a-t-elle l'air ?
Mon collier, là, autour de mon cou.
Il y a un médaillon avec une photographie.
[musique mélancolique]
- [rires] - [échos]
- [Elisabeta] Mon prince... - [échos]
Ma vie.
[il grogne]
Elisa... Elisabeta.
- Non, Mina. - Mina.
Mina ?
Cette femme est à moi, cher monsieur.
Mais je vais épargner votre vie pour l'avoir retrouvée pour moi.
Oh...
Enfermez-le tout de suite.
Préparez mes affaires.
Votre attention. Je veux tous vous voir
maintenant ! Descendez, descendez tous !
Remplissez cette fiole.
Mes chevaux !
Préparez mes chevaux.
Je dois me faire beau. Il me faut du sang humain !
Du sang, il me faut beaucoup de sang frais !
Elisabeta.
Je t'ai retrouvée.
[musique énigmatique]
[le prêtre] Voici celle que notre prince recherche
dans la ville de Paris.
Il cherche sa bien-aimée depuis plus de 400 ans.
Nous le traquons depuis tout aussi longtemps.
Mais la résolution de son attente interminable
va arriver ici,
au cœur de Paris.
Elle est gauchère.
Oui, vous êtes observateur.
Ce livre contient les observations
compilées par ma congrégation au fil des siècles.
Vous parlez allemand ?
Non.
Laissez-moi vous lire un passage.
"Ces créatures sont probablement ce qu'elles sont
"à cause d'une malédiction divine unique."
"Göttlich verflucht",
en allemand.
"Si Dieu
"peut donner la vie, Il peut aussi donner la mort.
"Mais Il peut la refuser en cas de grande offense
"ou de blasphème.
"Alors, l'offenseur sera puni
"et devra errer sur Terre pour l'éternité.
"Mais plus intéressant encore,
"Dieu peut pardonner à l'offenseur, cependant,
"en cas de véritable repentir.
"Dieu lui accordera alors la mort et lèvera enfin
"la malédiction."
Ce qui veut dire
que si nous détruisons ce démon,
ceux qu'il a mordus seront aussi libérés de la malédiction.
Et supposons que nous parvenions à trouver ce démon,
comment s'en débarrasse-t-on ?
C'est très facile.
Vous lui transpercez le cœur et lui coupez la tête.
Merveilleux.
On dit aussi
que les gousses d'ail
le font fuir, mais je doute que ce soit efficace.
C'est plus à ma portée.
Ne nous hâtons pas. Nous devons trouver cette femme.
Elle seule pourra nous conduire
à lui. - Hm, hm.
C'est étrange.
Quoi ?
La jeune femme du portrait.
Oui ?
Elle ressemble étrangement à la jeune femme qui patiente
à côté.
Madame.
Dr Dumont ?
Oui. Que puis-je pour vous ?
Je suis une amie de Maria de Montebello.
J'ai appris qu'elle était ici, je viens m'enquérir de son état.
Bien sûr.
À qui avons-nous l'honneur ?
Mina. Mina Murray.
J'étais au mariage de Maria quand la tragédie a eu lieu.
Vous la connaissiez ?
- "Connaissiez ?" - [elle gémit]
Non, non, mes excuses. Son état est stable.
Je suis désolée.
Dieu soit loué.
En effet, mon enfant.
Accepteriez-vous
de répondre à quelques questions ?
- Bien sûr. - Êtes-vous parentes ?
Non, nullement. Je ne suis pas vraiment d'ici.
Parlez-nous de votre relation, de son comportement.
Je l'ai vue la première fois il y a quelques jours,
lors d'une réception
que son futur mari avait organisée.
Henry.
Quand elle m'a vue,
elle m'a prise sous son aile.
Elle ne m'a plus quittée.
[propos en sourdine]
On aurait dit
qu'elle sentait que je n'étais pas à ma place.
[rires]
Elle m'a emmenée dans sa chambre et...
nous avons parlé et beaucoup ri.
C'était agréable.
Euh, de quoi avez-vous parlé ?
De tout et de rien.
Elle était...
Elle aimait particulièrement...
les choses de l'amour.
Au point de me mettre
assez mal à l'aise.
Mais elle était excitée.
À propos de quoi ?
À propos de tout.
Mina !
- Et... - [Maria crie de joie]
Et soudain...
elle s'est métamorphosée.
[elle grogne]
[cris et grognements]
Comment se fait-il
que vous étiez à ce mariage ?
J'accompagnais mon fiancé,
qui connaît tout le monde,
de ce que j'ai pu voir.
Il doit venir d'une famille très respectée.
Vous supposez ?
Oui. Je ne sais pas.
S'il vous plaît, apportez de l'eau.
Mon enfant,
vous avez devant vous un docteur et un prêtre,
nous sommes tous les deux tenus au secret.
Vous pouvez vous confier sans peur.
Pour être honnête, ce mariage m'a bouleversée,
tel un mauvais présage.
Mon fiancé et moi nous sommes engagés si vite...
Je ne sais pas si je...
Si vous l'aimez ?
Je l'aime. Il est merveilleux.
Toute jeune femme serait ravie de l'épouser.
Vous n'êtes pas ordinaire.
J'ai toujours eu l'impression qu'en fait...
Qu'en fait ?
Je n'étais pas à ma place dans cette époque.
Veuillez m'excuser.
Vous devez me trouver naïve. Je vous ennuie avec mes soucis.
Absolument pas, bien au contraire. Pourriez-vous noter votre adresse ?
Bien sûr.
Je séjourne en pension jusqu'au retour de Jonathan.
- Vous êtes gauchère ? - Oui.
On m'a souvent conseillé de devenir droitière.
Ne changez rien, c'est un trait
des plus charmants.
Merci pour votre visite.
Merci à vous, mon Père. Je vais m'arrêter à la chapelle
et prier pour elle. - Excellente idée.
Bonne journée.
[cloches]
[respiration sifflante]
[il tousse]
Qu'y a-t-il, mon fils ?
Je n'ai pas d'abri et je n'ai pas mangé
depuis des siècles.
J'ai froid, aussi.
Je l'emmène à la chapelle.
Entrez donc.
Entrez.
Merci pour l'invitation.
Ne bougez pas, je vais vous chercher de la soupe.
[musique sombre]
Qui êtes-vous ?
Comte Dracul, à votre service.
Merci pour la soupe, mais j'exige un mets plus riche.
Rassurez-vous, tout se passera bien.
Vos maléfices n'ont aucun effet ici.
Vous croyez ?
Qu'il en soit ainsi, au nom du Père,
du Fils et de l'esprit maléfique.
[coups de tonnerre]
Venez, mes sœurs.
Voyez ce que Dieu a fait de vous.
Des cœurs de pierre dans des corps endormis,
qui suffoquent sous le poids de leurs propres tourments.
Laissez-moi
vous libérer de cette prison.
[elles crient]
[musique dramatique]
Non, non !
Approchez !
Oui !
[propos en langue étrangère]
Ya !
[musique intrigante]
[grognements]
Non !
- [il crie] - [grognements]
[musique inquiétante]
[il crie]
[il tousse]
[toux et gémissement]
[musique inquiétante]
[craquements]
[il gémit]
[raclement et claquement]
Ha... Ha...
[hurlement étouffé]
[musique sombre]
[il gémit]
Oh, maître !
Bonsoir.
L'hôpital est fermé.
[musique mélancolique]
Je l'ai trouvée, maître.
Je l'ai trouvée.
- Tu as fait du beau travail. - Merci.
- Merci. - Tu mérites une récompense.
Oh...
Viens, viens, mon enfant...
Approche...
[elle rit]
Et vous voilà.
- [une porte s'ouvre] - [pas en approche]
Désolé, le Dr Dumont veut vous voir immédiatement.
Oui, bien sûr. J'arrive.
[Dumont] Si la disparition de cette patiente
pouvait rester entre nous...
Évidemment, comptez sur moi.
Allez-y.
- Allez. - Monsieur.
Hé, là !
[Dumont] Il a perdu du sang. Je pensais lui faire une transfusion.
[le prêtre] Il adorerait ça.
Ah oui, bien sûr. Désolé.
Hm, il utilise un parfum très agréable.
J'avais pas remarqué.
Comment s'est-elle échappée ?
- Grâce à un complice. - Un homme ?
Il errait dans l'hôpital.
- Y a-t-il une description ? - La trentaine,
élégant, richement vêtu, des yeux bleus, grand.
Mina est en danger. Il faut la prévenir.
[musique inquiétante]
Avez-vous froid,
mon enfant ?
Non.
J'ai toujours adoré le spectacle du feu.
Vous attendez de la visite ?
Non. Je vais voir
de quoi il s'agit.
Tadam !
Maria ?
Vous êtes guérie ?
Ma chère.
- C'est un miracle ! - Ne vous inquiétez pas.
Le mal s'est envolé aussi vite qu'il est venu.
N'en parlons plus.
Vous vous sentez comment ?
Je me porte comme un charme.
Je suis prête à célébrer mon grand retour.
Le Dr Dumont vous a laissé partir ?
J'ai tellement d'énergie, je doute fort
qu'il aurait pu m'arrêter. - Et votre fiancé ?
En Écosse.
Oh, voyez ce que j'ai apporté !
- Nous sortons, ce soir ! - Où ça ?
Trois billets pour la célébration d'aujourd'hui.
- Trois ? - L'ami dont je vous parlais,
il est en ville. Il donnerait son âme pour vous voir.
Vite, allez vous changer !
[elle rit]
[musique intrigante]
Mesdames et messieurs, le journal !
Édition spéciale, aujourd'hui !
- Bonjour ! - Bonjour.
- Où m'emmenez-vous ? - Au Grand Hôtel.
Ils y servent du chocolat chaud, il faut que vous goûtiez.
- Tenez, mon brave. - Bienvenue.
[musique de tension]
[musique énigmatique]
Où étiez-vous ? Ciao, amore.
Et voilà.
Je sais qu'elle est belle,
mais là, je suis un peu vexée.
Pardonnez-moi.
Votre beauté illumine ce lieu
accablé de chapeaux et de costumes ternes.
[Maria s'esclaffe]
- Très juste. - Madame,
c'est un honneur et un plaisir de vous revoir.
- Nous sommes-nous déjà vus ? - Dans un rêve, possiblement.
J'ai l'étrange sensation que nous nous connaissons...
depuis longtemps.
C'est romantique.
Terriblement.
Excusez-moi.
On dirait que j'ai perdu tout sens commun
et aussi mes manières.
Vlad le Second, prince de Valachie.
Comte Dracul.
[musique inquiétante]
Ravie de vous connaître.
- Maria ? - Hm ?
Vous parliez d'un chocolat ?
Oui, mais d'abord,
nous allons nous amuser un peu.
Pardon !
[sonnerie]
[brouhaha]
[mélodie entraînante]
Oh, pardon !
[acclamations]
- [raffut] - Oui !
[cris d'admiration]
[Maria grogne]
Le chamboule-tout !
Attention, attention !
Oh...
Un, deux, trois.
- [Maria s'esclaffe] - Allons-y.
[musique mélancolique]
Allez-y. Un, deux, trois...
Bravo !
Oh, bravo, amore.
D'accord, allons-y.
Oh, regardez ça !
Je veux aller voir ça.
Bonsoir.
Mon Dieu, c'est si beau, regardez !
[Maria rit]
Oh, la vieille femme à barbe. Venez voir, ma chère.
Magnifique. Regardez ça !
- Ah ! - [elle rit]
Beurk...
- Mina ! - Bonsoir et bienvenue.
- Vous allez voir. - Mesdames et messieurs,
un peu de calme.
Je vais nourrir
la bête.
- Elle est magnifique. - Oui.
[cri strident]
[hurlements]
[couinement]
Allons bon.
Oh, c'est effrayant ça, Mina.
Allons-y, allons-y !
[rires]
Maria ?
Maria.
[elle hurle]
Suivez-moi.
Elle veut tirer au fusil.
Bravo, Mina.
Allez, allez !
[encouragements]
Allez !
[cris d'admiration]
[applaudissements et acclamations]
[Vlad] J'ai fait préparer des rafraîchissements,
en attendant
le spectacle de ce soir. - Excellent.
On ne peut pas visiter la chambre d'un inconnu.
Ne vous en faites pas, je ne vous lâche pas.
Tadam !
- Oh ! - Qu'en pensez-vous ?
C'est merveilleux.
Je ne sais pas pour vous, mais je meurs de faim.
Maria, je suis épuisée.
D'accord. Oh, asseyez-vous ici,
princesse. - [Maria ricane]
Je vous apporte votre chocolat chaud.
[la porte se referme]
[elle soupire]
Oh.
Merci d'avoir accepté mon invitation.
Cet appartement est digne d'un roi.
Je ne suis qu'un prince.
- Pardonnez-moi. - Vivez-vous à Paris ?
Non.
Plus au nord, à la campagne. Là où la vie est calme.
Vous aimez le calme ?
Pas du tout. J'aime la nature.
Les oiseaux,
les arbres...
et le vent qui les fait chanter.
[musique douce]
Où vivez-vous ?
Notre demeure familiale est un vieux château
niché au cœur des montagnes des Carpates,
en Roumanie.
Je n'y connais que l'hiver et la solitude.
J'adore l'hiver, ses paysages rudes et âpres.
Mais mes parents ne rêvent que d'Andalousie.
Votre mémoire a dû garder des traces
d'une ancienne vie.
J'imagine, peut-être.
Puis-je vous montrer
quelque chose ?
Oui.
C'est magnifique.
Qu'est-ce que c'est ?
Une boîte à musique.
Les mémorialistes pensent
qu'elles ont été inventées au XVIIIe siècle.
Mais j'ai trouvé celle-ci
chez un mystérieux marchand à Constantinople.
Elle date du XVe siècle.
Remarquable.
Je l'ai offerte à mon épouse
bien-aimée. - Vous êtes marié ?
Je suis veuf.
Pardonnez-moi.
Vous êtes pardonnée.
Elle fonctionne ?
Bien sûr.
[mélodie douce]
Connaissez-vous cette mélodie ?
Elle me semble familière.
Je ne me rappelle pas.
Je ne sais pas où ni quand...
Continuez à chercher.
[musique énigmatique]
Dans votre cœur.
Votre peau.
Dans votre âme.
Dans votre âme.
Que sentez-vous, Elisabeta ?
Quel maléfice me jetez-vous ?
Aucun, Mina.
Je suis hanté par des images de ma femme,
mon seul et unique amour.
Vous êtes son portrait identique, cela me trouble.
Elle s'appelait Elisabeta. Et quand elle me voulait,
elle jouait cette mélodie qui résonnait dans tout le château.
C'était mon signal, et j'accourais.
Tout cela est très touchant.
Mais je suis Mina, Mina Murray,
et je me marie bientôt.
Oui, bien sûr. Pardon de vous avoir ennuyée.
Ce sont de vieilles douleurs
que votre présence a fini
par raviver.
Je vous présente sincèrement mes excuses.
- S'il vous plaît. - Monsieur, non,
elle vous est trop précieuse.
Un cadeau ne peut être refusé.
Peut-être que cette mélodie ravivera votre mémoire.
Mina, venez !
Ça va commencer.
Allez, venez !
Allons-y !
Trois...
[ensemble] Deux...
[ensemble] Un...
[cri de joie]
[Maria rit]
Oh, mon Dieu !
[musique douce]
C'est ici.
Merci pour cette soirée.
Cela fait une éternité que je n'avais pas connu...
un tel bonheur.
Ce mot vous est devenu étranger ?
Ma femme l'a emporté avec elle.
Bonne nuit, très chère.
Bonne nuit.
[musique triste]
[il tousse]
Jonathan ? Mais...
qu'est-il arrivé ?
Je pensais ne plus jamais vous revoir.
Laissez-le se reposer.
Que s'est-il passé ?
- Mina. - Mon Père.
- Savez-vous d'où il revient ? - Non, pas vraiment.
D'un château où il a été fait prisonnier,
et d'où, par un grand miracle,
il a pu s'échapper au péril de sa vie.
Savez-vous à qui appartient
ce château ? - Non.
Au bon ami de Maria, le comte Dracula,
celui qui l'a infectée,
comme tant d'autres.
Non, vous...
Vous faites erreur. Le comte est charmant.
Vous l'avez vu ?
Oui, le comte...
C'est un parfait gentleman, il m'a même raccompagnée ici.
Je ne comprends pas.
[musique intrigante]
- Comment vous a-t-il trouvée ? - Je l'ignore.
Tout s'est passé si vite. Maria est venue ici.
Vous l'avez laissé sortir, non ?
Elle s'est échappée en assommant 3 gardes
et en vidant mon clerc de tout son sang.
Quoi ? Je... C'est pas vrai.
Asseyez-vous.
Calmez-vous.
Ce que je vais vous expliquer
sera difficile à entendre
et encore plus difficile
à comprendre.
Cet homme est un hématophage.
Il se nourrit exclusivement de sang frais,
humain en particulier.
C'est un vampire.
Oui, c'en est un.
Il mord ses victimes à la jugulaire
et aspire leur sang jusqu'à ce qu'elles meurent.
Certaines sont parfois épargnées, mais deviennent des vampires.
Oh mon Dieu.
Maria est un parfait exemple. Je dois m'assurer
que vous, vous ne l'êtes pas. - Maria...
Il ne m'a jamais touchée. C'était un parfait gentleman.
Il utilise un parfum pour séduire ses victimes.
Un élixir qui anéantit toute volonté et supprime toute inhibition.
Sans le savoir, vous êtes peut-être
sous son emprise.
C'est horrible.
Oui, en effet, mais très facile à vérifier.
Puis-je voir votre cou, s'il vous plaît ?
Oh.
Tout va bien.
Vraiment, c'est un miracle.
Mina, vous devriez vous reposer. Suivez-moi.
[sonnette]
Par ici.
- [Jonathan tousse] - Attention au tapis.
[Jonathan gémit]
Doucement, messieurs.
Moins de bruit.
- Les pensionnaires dorment. - Oui, pardon.
[mélodie douce]
[musique énigmatique]
[cri de surprise]
Que faites-vous ?
Si vous vous approchez,
je crie. - Je ne vous ferai jamais de mal.
- [on frappe] - Oui ?
Dois-je vous rappeler les règles de la pension ?
La musique est interdite après 20 h, et il est minuit passé.
Pardon !
- Ça n'arrivera plus. - Tant mieux.
Écoutez, si vous êtes un gentleman,
partez immédiatement.
Bien entendu. Mes respects.
Non, pas par là. Par où vous êtes entré, voyons.
Que faites-vous ?
Qu'est-ce que vous faites ?
Vous ne pouvez pas sauter.
Mina, j'ai attendu 400 ans
pour vous revoir.
Si vous voulez que je parte,
dites-le. - Oui !
Allez-vous-en.
Non !
Je ne veux pas que vous mouriez là !
Vous préférez que je meure ailleurs ?
Oui. Non. Oui !
Oui.
Descendez du bord de cette fenêtre.
- Vous m'avez menti. - Pas une seule fois.
Vous envoûtez toutes vos victimes.
Vous avez raison.
C'est un parfum. Je ne l'ai pas utilisé avec vous.
On m'a dit que vous buviez du sang.
Oui, mais vous n'êtes pas ma victime.
- Vous êtes ma bien-aimée. - Assez.
Mon seul et unique amour.
Qui êtes-vous pour me parler ainsi ?
Une âme damnée, Mina.
Un homme condamné par Dieu à une vie sans fin.
Pourquoi Dieu ferait-Il cela ?
Parce qu'Il vous a arrachée à moi.
Alors, je l'ai renié, abandonné.
Contrairement à ce qu'on croit, je n'aime pas le sang,
même si le vôtre est délicieux.
Sans lui, je ne serais qu'un vieillard repoussant
que vous ne daigneriez pas regarder.
Ce ne sont que des mots.
Des mots qui visent à me tromper.
Parfois, les mots peuvent tromper.
Prenez mes mains. Elles ne sauraient mentir.
Je vais vous dire la vérité, sur moi et sur vous,
sur qui vous êtes réellement.
Elles vous diront combien elles ont aimé
caresser votre visage et votre cou, vos hanches, ma douce...
Vous rappelez-vous
la dernière chose que vous m'avez dite ?
Vous avez dit : "Prends soin de toi...
"Mon roi."
"Ma vie."
"Puisque je ne saurais vivre sans toi."
Oh, mon amour.
[musique romantique]
Tu m'as tellement manqué.
Tu m'as manqué aussi.
Je veux être avec toi pour l'éternité.
Prends-moi.
- Je ne peux pas. - Prends-moi. Pourquoi ?
Prends-moi, je veux que tu me prennes.
Tout de suite.
Tu as toute la vie devant toi,
et je n'ai que la mort à t'offrir.
Je veux devenir ta chair
et ton sang.
Je t'en prie. Mon époux, je t'en prie.
S'il te plaît.
Mon amour...
[musique dramatique]
[le tonnerre gronde]
[il hume]
Dumont ?
Oui ?
Vous sentez ? C'est la même odeur qu'à l'hôpital.
Le même parfum.
Il est ici.
Mon Dieu.
[musique intrigante]
Ils sont partis, mais où ?
Je ne vois qu'un endroit possible.
Mina semble avoir disparu.
Avec lui ?
J'en ai peur.
Cet homme est le Diable, il faut l'arrêter.
Précisément. Vous sentez-vous capable
de nous guider jusqu'à son château ?
Oui.
Comment voulez-vous y aller sans préparation ni soutien ?
Je connais quelqu'un qui pourra nous épauler.
[clochette]
Tadam !
Henry, "amore mio"...
- Je vous ai manqué ? - Bien sûr, ma chérie.
J'ai tant prié pour vous.
Est-ce un miracle ?
Tout à fait. Dieu a entendu vos prières.
Je suis complètement guérie
et prête à vous aimer pour le reste de votre vie.
Oh ! Sans vous près de moi, j'allais devenir folle.
Quand êtes-vous sortie de l'hôpital ?
- On devait me prévenir. - Je sais, je sais.
Je suis sortie il y a peu pour venir ici.
- Vous êtes complètement guérie ? - Bien sûr.
Ne m'ennuyez pas.
Vous n'êtes pas enchanté de me voir ?
Bien sûr.
[elle gémit]
Oh Henry, je me languissais de vos bras,
de vos belles mains...
et de vos lèvres.
Et plus encore de votre cou.
- [porte] - Maria !
- [voix rauque] - Comment osez-vous ?
[cri strident]
Jesus!
- Qu'avez-vous fait ? - Ne vous inquiétez pas.
Il y a une explication. Nous pouvons
tout expliquer.
[Maria gémit]
[Maria] Oh non, mon sang ! Qu'avez-vous fait ?
Qu'est-ce que vous avez fait ?
Oh, il y en a partout sur le tapis.
[voix rauque] Qu'avez-vous fait ?
Chérie.
Ferme-la, Henry !
[musique angoissante]
Ma chère...
- Non, non... - [il hurle]
[il crie]
[musique inquiétante]
Doucement, doucement. Posez-le.
Doucement.
[musique solennelle]
Bienvenue chez nous.
Mes amis,
la princesse Elisabeta est de retour.
[grognements]
Je dois leur parler. Ce ne sera pas long.
Maître, ils sont déjà
sur vos traces et vous trouveront sûrement bientôt.
Il est temps pour vous de partir.
Je te remercie de ton conseil. Mais nous sommes enfin chez nous.
Nous ne partirons pas.
[musique mélancolique]
Prends ceci.
Je n'aurai plus besoin de tes services, désormais.
Allez en paix.
[mélodie douce]
[rires]
[musique douce]
[musique intrigante]
[propos en roumain]
Elisabeta.
Mon prince.
Dieu nous pardonnera-t-Il un jour de nous aimer autant ?
Dieu est amour.
Il l'entendra.
Et s'Il refuse de l'entendre, qu'Il aille au Diable.
[Mina crie]
[propos en roumain]
[musique haletante]
Ils vont regretter d'avoir réveillé un dragon.
Ne bouge pas.
Allez !
[elle hurle]
[coups de feu]
[propos en roumain]
[musique angoissante]
C'est là-bas qu'il dort dans son cercueil.
- Effroyable. - On y sera tous un jour.
- Là. - Soldats !
C'est là. Il est à l'intérieur.
Soldats !
Ce n'est pas comme ça que vous le tuerez.
Laissez-nous faire, mon Père. Il ne sortira pas.
Je t'ai épargné, ne m'oblige pas
à revenir sur ma parole.
[musique haletante]
[musique dramatique]
- [coups répétés] - [propos en roumain]
Alors c'est vous,
le prêtre qui chassez mes semblables depuis tant d'années.
Oui.
Mais je ne viens pas me battre contre vous.
Ni moi contre vous. Je combats Dieu.
Je ne suis pas intéressé par Ses serviteurs.
Non, vous ne vous battez pas contre Dieu,
mais contre vous-même.
Non. Non, j'ai combattu et j'ai tué en Son nom.
Nous vivons et respirons tous en Son nom.
Pourquoi voudrait-Il que nous détruisions Sa création ?
L'être humain tue en son nom propre.
Ce que vous faites,
là encore.
Ce sont de belles paroles, mais Dieu vous a envoyé ici me tuer.
Le Seigneur m'a envoyé ici vous sauver.
Ah. Alors, Dieu voudrait me sauver, maintenant ?
Après m'avoir refusé la mort pendant 400 ans ?
Ce n'est pas une punition, mais une opportunité.
Repentez-vous, pour le salut de votre âme.
C'est elle, le salut de mon âme.
Comme vous êtes aussi sa perdition.
[il peste]
[propos en roumain]
[grognements]
Il me faudrait un peu plus de temps.
[musique inquiétante]
Ouvrez la porte !
Elisabeta !
[elle sanglote]
[musique triste]
Elisabeta...
Si je disparais, la malédiction aussi.
Tu retrouveras ta liberté.
C'est toi, ma liberté ! Tu es ma liberté, mon amour.
Où tu iras, je te suivrai.
[le prêtre] Dracula.
Vous pensez l'aimer,
mais vous attendez d'elle qu'elle se sacrifie.
S'il te plaît.
Je t'en prie, je t'en supplie. Ne pars pas.
Reste ici.
Votre âme appartient toujours à Dieu.
Si vous l'aimez, laissez-la retourner à la vie
et retournez à notre Seigneur.
Ma chérie.
Dracula !
[Mina crie]
Ouvre la porte !
Ouvre, s'il te plaît, mon amour !
Il y a 400 ans,
j'ai dit à un prêtre qu'il fallait que Dieu épargne ma femme.
Il n'en a rien fait.
S'il te plaît !
Entendra-t-Il ma prière, cette fois ?
Qu'Il l'entende ou non...
[Mina sanglote]
Seul vous pouvez changer le destin,
mon fils.
Sauvez-la, et vous reposerez en paix
pour l'éternité.
Mon amour...
Ne m'abandonne pas.
[musique dramatique]
Que Sa volonté soit faite.
[Mina pleure]
Non, ne me quitte pas.
Faites vite, avant que je change d'avis.
[il récite une prière en latin]
[Mina pleure]
[prière en latin]
[elle sanglote]
[prière en latin]
In nomine Patris, et Filii,
et Spiritus Sancti.
Amen.
[elle hurle]
Cessez le feu !
[musique triste]
[prière en latin]
Amen.
[il gémit]
[elle gémit et crie]
Pourquoi fais-tu ça, mon amour ?
Parce que je t'aime.
Je t'aime aussi.
[il tousse]
[musique intrigante]
[musique triste]
Mina ?
Le sortilège est rompu.
Excellent.
Tout va bien.
Bien. Euh, merci.
Auf wiedersehen.
Oui, euh...
[musique douce]
[musique dramatique]
[musique mélancolique]
[musique douce]
[musique intrigante]
[musique triste]
[musique intrigante]
[mélodie douce]
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