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Bonsoir, monsieur. Puis-je vous conduire à votre place ?
Le thyrse violent de Dieu !
Que la danse commence !
Il m'a conduite en haut de la montagne !
Couronnez vos cheveux de lierre !
Nous respirerons la bruyère.
Munis d'arcs de chêne et de pin,
venez danser la danse divine !
Vêtus de peaux de faon tachetées,
ornées de touffes de laine torsadées,
entourez de soins sacrés le thyrse violent de Dieu.
Que la danse commence.
Voilà.
Nous avons accepté de brandir nos thyrses
et de porter des peaux de faon...
Et du lierre.
Mort d'un éclat de lumière.
De lumière est fait le soleil.
Autant que possible, honorons ce dieu,
car il est le fils de mon frère
et, devant tous les hommes, le dieu Dionysos.
Où irons-nous ?
Balancer nos têtes blanches en dansant pour ce dieu.
Attendez.
Eh, Richard...
- Quel âge as-tu ? - Vingt-trois ans.
Moi, c'est pareil. Je me sens jeune,
assez jeune...
assez jeune pour y prendre part.
Attelons les chevaux.
Non.
Il vaut mieux marcher pour marquer notre dévotion au dieu.
Oui, marchons.
Mon grand âge conduira ton grand âge.
Dieu nous guidera
en nous épargnant tout effort.
Ajoutons que nous ne sommes pas les deux seuls qui danserons,
n'est-ce pas ?
En l'honneur de Bacchus.
Je vais te dire un truc.
Il y a des gens ici.
Ils font des choses
que je ne comprends pas.
Ce n'est pas de la danse.
Regarde ces gens.
Et ceux-là, assis.
- Tu sais ce qu'on pourrait faire ? - Leur demander.
Tu veux ?
Moi, j'ai un peu peur.
- Je commence. - Vas-y.
Vous voulez danser avec nous, plus tard ?
Peut-être.
- Demande à quelqu'un d'autre. - D'une pierre deux coups.
Vous voulez danser, après, si la musique vous emballe ?
- Ouais. - Vous voulez danser, plus tard,
si nos femmes vous emballent ?
Elles vous plaisent déjà.
Vous voulez danser, plus tard, si nos hommes vous emballent ?
Vous ? D'accord !
- Viens. - Où ça ?
Tu veux danser, plus tard ?
Je ne voulais pas te vexer. Je te trouve sympa, tu sais.
Laisse tomber. Viens.
Vas-y.
Encore un mystère.
Bonsoir, monsieur.
Puis-je vous conduire à votre place ?
Bonsoir, monsieur.
Puis-je vous conduire à votre place ?
Bonsoir, monsieur. Puis-je vous conduire à votre place ?
Salut, je suis Penthée, fils d'Echion
et d'Agavé, roi de Thèbes.
J'étais absent de la ville,
mais on m'a relaté une étrange agitation.
Nos femmes quittent leur foyer pour folâtrer
dans les bosquets de la montagne,
pour danser en l'honneur d'un nouveau dieu,
un certain Dionysos, à ce qu'il paraît.
Au centre de la fête se trouvent des coupes débordant de vin.
Les femmes s'en éloignent une à une pour satisfaire en cachette
les désirs des hommes.
Elles se prétendent prêtresses de Bacchus mais vénèrent Aphrodite.
Certaines sont déjà en prison.
Les autres seront pourchassées dans la montagne.
Ces bêtes ne méritent que ça.
Ma propre mère, Agavé, Inô et Autonoé, mère d'Actéon.
Par tous les moyens, je ferai cesser ces infamies.
On m'a aussi parlé d'un étranger venu de Libye,
un magicien aux longues boucles blondes et parfumées,
le regard plein des sortilèges d'Aphrodite.
Il passe ses jours et ses nuits avec filles et femmes,
exhibant devant elles ses mystères et les joies de l'initiation.
Qu'il vienne sous mon toit, et je mettrai fin à cette mascarade
et à ses coups de thyrse.
Je lui couperai la tête.
Possédées par Dionysos.
Bonsoir.
Je vois que vous avez trouvé vos places.
Bonsoir. Je suis William Finley,
fils de William Finley,
porté pendant neuf mois par Dorothy Reinwhite,
accouchée par un docteur dont je ne me souviens pas le nom.
J'ai plusieurs bonnes raisons d'être ici ce soir.
La première
est d'annoncer ma divinité,
la deuxième, d'établir mes droits et mes rituels,
la troisième, de naître.
Permettez-moi.
J'ai remarqué un petit...
silence gêné lorsque j'ai annoncé
que j'étais la divinité.
C'est tout à fait inutile car...
il est important de se rappeler
que ce que vous regardez
est un genre de performance
et que je suis William Finley.
Ce que vous voyez est donc...
une naissance.
Me voici.
Dionysos, encore une fois.
Ceux d'entre vous
qui acceptent que je suis le dieu
vont passer une soirée formidable.
Quant aux autres...
ils vont passer une heure et demie le dos au mur.
Vous êtes bien d'accord pour me croire.
Vous pourrez nous rejoindre pour ce qu'on appelle une "extase".
C'est une danse de joie en mon honneur,
en l'honneur du dieu pour son anniversaire.
C'est un genre de nativité, voyez-vous.
Promettez-moi une chose. Si vous ressentez l'envie de danser
ou de faire tout ce que vous voulez, claquer des doigts
ou frapper dans vos mains, tout ce que vous voulez, faites-le.
Je vais vous parler un peu d'histoire.
Je me suis rendu compte de qui j'étais
à l'âge de onze ou douze ans.
Nous étions catholiques. J'ai donc reçu une éducation sévère.
Pour m'éclater, j'allais dans un endroit qui n'existe plus.
Ça s'appelait le "Lab Movie". Ça a brûlé.
J'y allais après l'école, vers onze ou douze ans,
pour m'éclater,
et j'ai remarqué...
un jour, qu'il y avait un homme à l'air obscène et plutôt gros
assis à côté de moi, pendant un épisode intéressant de Bugs Bunny.
Il s'est tourné vers moi et m'a dit : "Eh, petit,
"Eh, petit... Oui, toi.
"Tu ressembles à Dionysos.
"Ça me plaît."
Je me suis déplacé de trois sièges,
et ce qui est drôle,
c'est qu'il avait raison. Il disait la vérité.
Je le suis.
Encore une chose avant de commencer.
Même si les préparatifs sont très soignés,
les conclusions ne sont pas toujours claires.
Maintenant, dansons.
Si je permets le désordre chez moi,
je devrais le permettre au dehors.
Qui est juste envers les siens peut faire régner la justice dans l'Etat.
Qui transgresse les lois ou tente de dominer ses gouvernants
ne sera jamais encouragé par moi.
Un homme d'Etat doit obéir au moindre de ses commandements,
qu'il soit juste ou non.
Dirigé ou dirigeant, s'il l'accepte, il sera digne de ma confiance.
Il sera digne de sa fonction
et gardera la tête haute même dans une tempête de lances,
tel le camarade que l'on souhaite à ses côtés pendant la bataille.
Cette obédience permet de terrasser les villes,
de déchirer les foyers et de semer la panique dans les armées.
Si nous menons une vie décente, c'est grâce à notre discipline.
Un seul insurgé doit-il me faire céder une ville entière ?
Non.
Je préfère être vaincu par une femme
plutôt que de céder la ville à un seul homme.
Rentrez chez vous.
Penthée ?
Tu permets à un honnête homme de plaider une cause légitime
et son éloquence n'est en rien remarquable.
Je te dis que ce dieu
que tu nargues,
possèdera un jour un pouvoir et un prestige immenses
dans toute la Grèce.
Ne l'oublie pas, Penthée.
Ne sois pas si sûr
que le pouvoir soit essentiel à une vie d'homme.
Ne prends pas pour sagesse les inventions de ton esprit dérangé.
Penthée,
mon garçon,
tu as entendu les conseils de Tirésias.
Mais tu es ici chez toi.
Nos coutumes, nos traditions sont les tiennes.
Ta place n'est pas seul, hors d'ici.
Tu déraisonnes.
Tes pensées, tes paroles sont pure démence.
Même si ce Dionysos n'est pas un dieu, comme tu le prétends,
persuade-toi qu'il l'est.
Sémélé fera figure de mère d'un dieu,
ce qui prodiguera à notre maison une grande distinction.
Viens donc avec nous
pour honorer le dieu.
D'accord ?
Allons.
Viens.
Honorez Dionysos si ça vous chante,
mais ne me demandez pas de vous suivre.
Tu as beau nous ridiculiser, Cadmos et moi,
nous nous couronnerons de lierre et danserons pour le dieu.
Tu ne me feras pas changer d'avis
ni ne déjoueras la volonté céleste.
Tu es fou ! Au-delà de tout remède !
Tu es ivre de folie !
Incroyable !
Tirésias, le devin,
affublé d'une peau de faon tachetée.
Et toi, mon propre grand-père, qui joue avec une bacchante !
Je tremble de te voir si vieux et pourtant insensé.
Ote ce lierre, grand-père.
Ote-le !
C'est ta faute, n'est-ce pas, Tirésias ?
Tu veux encore les soumettre à un dieu
pour empocher les profits de leurs sacrifices.
Ton grand âge m'empêche de te jeter en prison
avec ces femmes,
ou de te dénoncer à Thèbes pour ces mystères obscènes.
En flairant le vin à la fête,
tu as compris que les festivités étaient pourries.
Les paroles des fous les mènent à la démence !
"Au-dessus de la terre des hommes vivent les fils du ciel.
"Ils observent les actions des hommes,
"et ce qu'on prétend sage
"ne l'est pas."
Les gestes des gens ordinaires,
les croyances des hommes simples...
"Ne l'est pas."
Là où se rendent les délicieuses grâces,
nous vouons notre culte en toute liberté
à la divinité en liesse, au fils de Dieu,
dans des festivités exquises.
Gardien de la bonté, gardien de la jeunesse,
si généreux !
Mais il abhorre celui qui l'outrage
et celui qui bafoue... et celui qui bafoue...
et celui qui bafoue sa vie, il l'abhorre.
Laissez-moi venir à Chypre, l'île d'Aphrodite,
où vivent celles dont l'amour ensorcèle le cur des hommes.
Du vin !
Du vin !
Allez !
Que quelqu'un se rende là où officie son prophète.
Emportez des barres de fer.
Abandonnez ses filets au vent.
Ça le rendra fou de rage. Tant que je suis encore ici,
je veux qu'on me le ramène enchaîné, pour affronter la mort qu'il mérite.
Il sera lapidé à Thèbes !
- Où est-il ? - Me voici !
Vous êtes attirant, étranger, en tout cas pour les femmes,
ce qui explique votre présence à Thèbes.
De si longues boucles...
Vous ne m'avez pas l'air d'un lutteur.
Comme votre peau est claire !
Prenez-en soin. Ne l'exposez pas au jour.
Vous la tenez de la nuit, lorsque votre beauté hante Aphrodite.
- Vos rites se déroulent-ils la nuit ? - Pour la plupart.
L'obscurité leur convient mieux.
Pour séduire les femmes.
Vrai, si c'est votre truc. Le jour aussi. Quand on veut.
Vous regretterez ce sophisme pernicieux.
Comme vous êtes beau !
Bacchante téméraire, vous avez la langue bien pendue.
Bien...
Qu'allez-vous faire de moi ?
D'abord, couper vos boucles efféminées.
Un instant.
Mes cheveux sont les cheveux de Dieu.
En touchant mes boucles, vous offensez Dieu.
- Vous leur devez le respect. - Vos lunettes.
Elles sont à Finley. Je les porte pour Dionysos.
Je vais vous mettre en prison sous bonne garde.
Qu'en pensez-vous ?
Merde !
Me voici placé sous surveillance.
Le garde me libérera.
Il vous entend.
Vous serez emprisonné avec vos femmes
lorsque vous l'appellerez à l'aide.
Vous n'avez pas compris. Il est parmi nous.
Il sait ce que vous faites.
- Où ? Je ne le vois pas. - Vous êtes aveugle. Il est ici.
Saisissez-le. Il se moque de moi et de Thèbes.
Bill, tu es beau mais tu es fou.
Je compte jusqu'à trois. Quelqu'un peut-il l'emmener ?
- Un, deux... - Emmenez-le. Je suis le plus fort.
- Qu'on l'enchaîne. - Un : Tu ne connais pas tes limites.
Deux : Tu ne sais pas ce que tu fais.
Trois : Je parie que tu ne sais pas qui tu es.
Je suis Penthée, fils d'Echion et d'Agavé.
Penthée, fils d'Echion et d'Agavé.
N'importe quoi. Tu es Bill Shepard.
Tu fais partie de la troupe.
Tu n'es pas un dieu, je te connais.
Penthée, Echion. N'importe quoi. Tu es cinglé. Emmenez-le.
Emmenez cet homme au haras,
là où les bêtes copulent.
Puisqu'il aime l'obscurité,
qu'il y danse dans le noir.
- Au haras ? - Oui.
Quant à vos femmes,
je les ferai vendre comme esclaves
ou travailler pour moi comme tisseuses.
Ça mettra fin aux cadences de leurs tambours.
D'accord, j'y vais.
Mais je n'en souffrirai pas.
Tu ne vois donc rien. D'abord, on joue ton jeu
jusqu'à ce que tu admettes qui tu es.
Ensuite, on joue mon jeu,
le jeu de Dionysos. C'est bien plus amusant.
Tu prétends que je ne suis pas le dieu ?
Alors, je dis que tu n'es pas Penthée.
Ne sois pas si coincé.
Tu devrais te détendre.
N'essaie pas de punir Dieu.
Je ne te laisserai pas accabler mes bacchantes.
Pas de morale. Je vous ai jeté au cachot
et je peux vous y renvoyer.
Mais tu es un homme et je suis un dieu.
Ceci est une tragédie.
Pour toi, c'est perdu d'avance.
Si j'étais toi, je me ferai une offrande,
un sacrifice, car vois-tu, les dieux n'ont pas tout.
Je donnerai à votre dieu le sacrifice qu'il mérite.
Les victimes seront ses femmes.
Je les massacrerai dans les bois du Cithéron.
Tu seras détruit
car leur consentement noiera ton refus
et leur extase absorbera ta haine. Tu n'as aucune chance.
Inutile de discuter avec vous.
Vous ne lutterez pas contre moi.
Je ne lutte pas, Bill,
mais je sais comment sortir de ce pétrin.
En obéissant à mes propres esclaves ?
Non. Je le ferai moi-même.
Je les emmènerai.
Inutile d'user de la force, je le ferai.
C'est un piège.
"C'est un piège..."
Piège, piège, piège...
"Paranoïa !
"Paranoïa !"
Je te tendrais un piège alors que je veux t'aider ?
Vous y perdriez trop si je sortais vainqueur.
D'accord. C'est vrai.
Je ne comprends pas. On essaie ensemble
de trouver un moyen pour que tu...
Et... Conspiration !
Je ne comprends pas que tu ne l'aies pas su.
Tu es un idiot.
Quand danserai-je encore ?
Possédée par Dionysos.
Possédée par Dionysos.
Dieu, Dieu...
Depuis l'Asie et le Tmolus, le mont sacré.
Nous servons notre dieu
en venant à Bromios.
Il est si doux de servir Bacchus.
- Pourquoi as-tu fait cela ? - Il le fallait.
- Pourquoi ? - Je t'ai dit qu'il le fallait.
Tu devais le faire ?
Qu'attends-tu de moi ?
Rien, en tout cas pas de toi.
Je sais ce que tu veux, enfin, je crois.
Tu veux une femme, n'est-ce pas ?
Je peux te donner n'importe laquelle.
Il y a une très belle femme, là.
Ne gaspille pas ta salive.
- Tu n'as pas besoin de moi ? - Non.
Vraiment pas ?
Ecoute...
Dans ce cas, fais-le toi-même.
Dix minutes avant qu'elles le réduisent en charpie.
Dix minutes.
Dix minutes.
Tel un faon bondissant, je gambade.
Tel un faon bondissant, je gambade dans les verts feuillages.
Pour danser de joie dans la forêt,
pour danser là où l'obscurité est profonde...
Affranchie des rabatteurs,
des mailles de leurs filets
et de leur meute glapissante.
Puis, poussée à bout, elle court à la vitesse du vent.
Gambader joyeusement
dans la gaieté du vert feuillage
pour danser de joie dans la forêt,
là où l'obscurité est profonde...
où ne s'aventure aucun homme...
Bill...
Calme-toi.
Bill, je te donnerai ce que tu désires.
Je te donnerai ce que tu désires.
Je te comblerai, mais d'abord, tu dois faire quelque chose pour moi.
Que dois-je faire ?
C'est simple.
C'est simple. Tout ce que tu dois faire,
c'est...
c'est me faire l'amour.
Tu es un expert en la matière.
Dionysos m'a tout appris.
Que dois-je faire pour toi, plus précisément ?
C'est simple.
D'abord, enlève-moi ma chemise.
Puis, mon pantalon.
Puis, caresse mon corps.
Partout, très lentement.
Puis, enlève-moi mon slip.
Caresse ma bite.
Prends-la dans ta main
et passe lentement ta main dessus.
Prends-la dans ta bouche
et avec ta langue et tes lèvres,
suce-la.
Je ne peux pas le faire.
Je ne peux pas.
Tu ne peux pas ?
Non !
- Tu ne peux pas ? - Non !
- Tu ne peux pas ? - Non !
Tu ne peux pas ? Alors, affronte les bacchantes.
Ça veut dire violence et exclusion.
Veux-tu être rejeté par toutes ces femmes ?
- Non. - Evidemment, non.
Alors, essaie.
Essaie.
C'est très simple. Très très simple.
Très bien.
D'accord.
Où ?
Au cachot.
Au cachot. On y est au calme.
Tu veux voir ? Tu veux comprendre ce que c'est ?
Toi et moi, seul à seul.
Personne ne le saura.
Attends-moi.
Ou bien je ferai ce que tu veux, ou je te réduirai en bouillie.
Mes amis,
chers sceptiques
et bacchantes,
je vais citer Euripide :
"S'il est sain d'esprit, cet homme ne se travestira pas,
"mais hantez son âme, et il acceptera, affaibli."
Voilà ce que ça veut dire.
Il n'existe qu'une extase pour lui :
Moi. Il doit connaître ma chair.
Dionysos, William Finley,
dieu du désir,
le plus terrible et le plus doux envers les hommes.
Que la vérité éclate.
Il n'y a pas dieu plus grand que Bill Finley.
Deviens un taureau.
Tel un faon bondissant, je gambade dans les verts feuillages,
affranchie de la peur des chasseurs, affranchie des rabatteurs,
des mailles de leurs filets et de leur meute glapissante.
Puis, poussée à bout,
elle court à la vitesse du vent,
bondissant au-dessus des marais,
bondissant de joie dans la gaieté du vert feuillage,
pour danser de joie dans la forêt,
pour danser là où l'obscurité est profonde,
là où n'existe aucun homme.
Là où n'existe aucun homme.
Là où n'existe aucun homme.
Bill...
Viens.
Ils sont en train.
On peut les voir.
Démentiel.
Viens.
Prends ma main.
Je distingue deux soleils qui s'élèvent dans les cieux
et deux Thèbes.
Deux villes avec sept portes chacune.
Tu es un taureau, Finley ! Des cornes te poussent sur le front.
Tu as toujours été une bête ?
C'est le dieu, vois-tu.
Il est avec nous.
Il est en paix avec nous.
J'ai changé ?
Je ressemble à quelqu'un d'autre ? A Joan, à ma mère ou à Dieu ?
Je ne vois rien.
Oui, tu as changé.
Tu ressembles à ta mère.
Tu transpires.
Tu transpires.
C'est parce que j'ai dansé de joie.
Je vais t'essuyer.
Tu as déjà joué à chat ?
Quand tu étais petit.
Tu veux jouer avec moi ?
D'accord.
- Compte jusqu'à trois. - Un, deux, trois.
Je suis ton meilleur ami, non ? J'ai confiance en toi.
Je t'ai donné ce que tu voulais ?
Tu les vois, n'est-ce pas ?
Pour être une vraie bacchante, je devrais porter un thyrse.
Dois-je te tenir ainsi de la main droite ?
Ça ne fait plus aucune différence.
- Je suis content que tu aies changé. - Tu pensais pouvoir
retenir les rochers ?
Oui,
si je l'avais voulu.
Tu es fou, maintenant. Je te préfère ainsi.
Je me suis penché contre les rochers. Ils ont chauffé.
Ne le refais pas.
Si tu le fais, il arrivera malheur à quelqu'un.
Quelqu'un tombera. Il ne faut pas.
Dieu aime cet endroit. Il est sacré.
Tu avais raison, comme toujours.
Les femmes ne doivent pas être prises de force ni à plusieurs.
Allons là-bas les regarder encore.
Non, là.
On ne les a pas encore vus.
Regarde-les.
Ils s'accouplent comme des oiseaux emportés par un torrent d'amour.
Oui, tu peux les voir.
Regarde-les mais fais attention.
Tu peux être pris au piège.
Nul ne ferait ce que j'ai fait, je suis le seul...
Pourquoi ne pas les devancer ?
Oui, tu es le seul homme.
Le seul.
Tu veux une récompense ?
Je t'y conduis.
Un autre te ramènera.
Mon argent...
C'est ça. On te portera haut.
Tant mieux ! Je n'ai pas le vertige.
Tous te regarderont. Tu feras figure d'exemple.
Bercé jusqu'à chez toi, dans les bras de ta mère,
tu feras figure d'exemple.
- Tu veux ta récompense ? - Oui.
Descends.
Allez, Bill.
Attention où tu mets les pieds.
Tu es un jeune homme extraordinaire
qui va vivre une expérience extraordinaire.
Personne ne la partagera avec toi.
Ils seront tous jaloux
de ta célébrité et de cette expérience extraordinaire.
Tu es prêt ?
Un lion rôde dans la forêt du Cithéron.
Rattrape-le et déchiquète-le à mains nues.
Tu auras besoin d'aide.
Tuez-le !
Lève-toi.
Ecoutez, un lion rôde dans la forêt du Cithéron.
Je veux que tu le réduises en charpie.
Nous étions trois : Penthée, moi-même et ce svelte étranger,
l'homme aux longs cheveux blonds.
Il était notre guide. Il nous a conduits
à la montagne, au Cithéron,
loin de nos foyers, de nos coutumes et de nos traditions thébaines.
A notre arrivée, nous avons exploré l'endroit,
tels des espions, voulant voir sans être vus.
Ils étaient tous là.
Roseanne, Raimi, Margaret, Joan, Seal, Pat,
Sam, Richard. Calmement, comme en transe,
ils ont formé des unités de plaisir.
Les bacchantes étaient toutes absorbées par leur plaisir.
Bill Shepard, les regardant, eut envie de les imiter.
"Etranger, dit-il, d'ici, je perçois à peine ce qui se passe,
"mais si je pouvais m'approcher de ces deux groupes,
"alors je verrais mieux leurs orgies éhontées."
Alors, l'étranger accomplit un miracle.
Attrapant la branche d'un arbre géant, il l'a tirée vers le bas
jusqu'à la terre noire, la courbant comme un arc,
tirant le majestueux pin à terre.
Aucun mortel n'y serait parvenu.
Puis, il percha Penthée sur la branche la plus haute.
Et, à mains nues, l'étranger laissa se relever le tronc,
tout droit, doucement, pour ne pas jeter bas son cavalier.
L'arbre se redressa vers les cieux,
Penthée à sa cime.
Il n'était plus ce qu'il avait été.
C'était un nouveau Penthée,
exposé au plaisir,
entre les mains de son nouveau maître,
de son dieu.
Il commençait tout juste à se sentir émoustillé
lorsqu'une voix retentit dans le haut-parleur :
"Mes surs, cet homme est toujours mon ennemi.
"Ce soir, il m'a outragé.
Il doit souffrir.
"Ll doit être puni.
"Compagnons d'ivresse, je suis votre dieu,
"vous, mes esclaves.
"Je vous ordonne de lui procurer le plaisir, l'extase,
"la récompense qu'il mérite.
"Je vous ordonne de le tuer."
Alors, ciel et terre s'unirent en un terrible éclair de feu.
En un instant, ce fut comme un nouveau Watts, un nouveau Vietnam
ou un nouveau Dallas.
Puis, les doux chantonnements,
obéissant à leur maître,
les doux chantonnements se turent.
Ils furent remplacés par des cris abominables
d'animaux sauvages.
Ils ne s'adonnèrent plus aux rites ni au plaisir,
mais devinrent une meute enragée, un seul corps
soumis à un esprit devenu fou sous l'emprise de l'extase.
La meute commençait à peine à l'encercler
lorsque sa mère Agavé dit :
"Ne pensez pas. Agissez.
"Tuez cette brute !"
Sur ces mots, ils se mirent à le déchiqueter.
Alors Penthée prononça une dernière prière.
"Mère, dit-il, ne va pas, pour me châtier, tuer ton propre fils."
Mais il était trop tard. Ignorant ses supplications,
elle saisit son poignet gauche,
puis, posant le pied sur son torse,
elle lui arracha le bras, le déchirant à l'épaule.
Elle n'y mettait aucune force, car le dieu lui facilitait le travail.
Une autre femme déchirait les chairs de l'autre côté.
Puis la meute entière des bacchantes fondit sur lui.
L'une lui arracha un bras, l'autre un pied avec sa botte.
Le flanc, déchiré, était dépouillé de sa chair.
Toutes les femmes, couvertes de sang,
lancèrent de tous côtés les chairs de Penthée.
D'autres lambeaux gisaient sur le flanc de la montagne.
Quant à la tête de cet infortuné, sa mère l'a fixée à son thyrse.
Elle semble croire que c'est un lion
qu'elle porte à travers les broussailles du Cithéron,
laissant ses surs poursuivre leurs danses.
Elle approche avec son trophée, le sourire triomphant.
Elle implore Bacchus. Elle implore Dionysos,
son dieu, et le maître des chasseresses.
Elle prétend l'avoir couronné de gloire.
Mais la seule victoire qu'elle lui consacre
est sa concupiscence.
Bonsoir, monsieur. Puis-je vous mener à votre mort ?
Bonsoir, monsieur. Puis-je vous mener à votre mort ?
Vous tenez votre enfant dans vos bras...
hurlant, maculé de son sang.
Puis-je vous mener à votre mort ?
Bonsoir, monsieur. Puis-je vous mener à votre mort ?
Le trophée du deuil...
- Puis-je vous y mener ? - ... du deuil.
Tenant votre enfant dans vos bras, hurlant, maculé de son sang.
Mère...
C'est moi, Penthée.
Ton fils, mère.
Tu reconnais ton fils.
Ne le tue pas.
Pas moi ! Pas ton fils adoré !
J'ai commis une erreur, je le sais.
Ne me tue pas pour châtier mon erreur.
Réjouissons-nous et partageons ce festin.
Nous mangerons ensemble le lion.
Vous en êtes fiers ?
J'ai gagné le trophée.
J'ai gagné le trophée de chasse et Penthée n'est plus.
Tout le monde le verra !
Citoyens de cette ville,
hommes de Thèbes,
voyez le trophée de ma chasse.
C'est la proie tant convoitée,
prise, non pas grâce au filet ou à la lance de bronze,
mais par des blanches et délicates mains de femmes.
Que valent maintenant votre orgueilleux triomphe
et vos vaines armoiries,
puisqu'à mains nues, nous avons capturé et déchiqueté la proie.
Où est mon père ?
- Il arrive. - Et mon fils ?
Où est Penthée ?
Amenez-le-moi.
Qu'il apporte son échelle.
Ainsi, je grimperai
et je suspendrai la tête du lion
que j'ai tué,
digne trophée de ma chasse.
Je porte entre mes mains la proie de ma chasse,
un trophée pour notre maison. Prenez-le.
Puis conviez les nôtres à partager notre festin triomphant.
Jouis, père,
de l'exploit que j'ai accompli...
C'est une perte
si grande qu'elle est incalculable.
On me reproche d'avoir mal agi ?
Lève les yeux au ciel.
- Allons. - Voilà.
Pourquoi ?
A-t-il changé ?
Il est plus lumineux.
Plus dégagé qu'avant.
Tu m'entends toujours ?
Tu entends ce que je dis ?
J'ai oublié ce que tu disais.
Qui était ton mari ?
Echion.
Echion.
Un homme, à ce qu'il paraît, né des crocs d'un dragon.
Quel était le nom de l'enfant que tu donnas à ton mari ?
Le nom de l'enfant ?
- Penthée. - William.
Penthée.
Qu'est-ce ?
Un lion de montagne, m'ont dit les chasseurs.
Regardez-le bien.
Regardez.
- Regardez-le bien. - Qu'est-ce ?
Observez-le attentivement.
- Que voyez-vous ? - Penthée.
- Observez-le. - Mon Dieu, non !
Est-ce un lion de montagne ?
Vous le pleuriez sans le savoir.
Que fait-il entre mes mains ?
- Vous l'avez tué. - Où a-t-il été tué ?
- Ici ? - Sur le Cithéron.
Qu'y faisait-il ?
Il étudiait vos mystères pour narguer le dieu.
Pourquoi y sommes-nous allées ?
Vous aviez perdu l'esprit. La ville entière était possédée.
Dionysos nous a détruits.
Vous l'avez outragé.
Vous avez refusé d'admettre qu'il était un dieu.
Père, où est le corps de mon pauvre fils ?
Où est le corps de mon fils ?
Est-il vidé ? A-t-il été dignement étendu ?
J'ai fait de mon mieux, malgré ses horribles mutilations.
Non !
Il est ma joie ! Mon Penthée !
Comme vous, Penthée a outragé William Finley.
Que de larmes !
La bouche de mon adorable fils.
Penthée !
Que ceci serve de leçon aux témoins de ce spectacle.
Dionysos est le fils
de Zeus.
Bonsoir. Ici William Finley,
un dieu qui fume sept marques de cigarettes,
qui se nourrit d'aliments, d'hommes et de femmes,
qui possède un numéro de sécurité sociale,
mais un dieu au chômage,
Dionysos, fils de William et Dorothy, qui tarde à être reconnu
par vous tous dans ce hangar comme un véritable dieu.
Vous ne m'avez pas reconnu alors,
et vous en doutez encore. Je suis venu ici,
dans ce hangar, à New York où je suis né, en vous disant qui j'étais.
Au lieu de dire : "O.K. C'est Dionysos, je le reconnais",
vous m'avez bafoué et jeté au cachot.
Vous ne m'avez pas emballé ni épaté, rien.
Je vais donc vous montrer le résultat
de la fierté mal placée et de l'incrédulité.
Bill Shepard, toi d'abord.
Tu t'es présenté à moi, furieux, tu m'as jeté au cachot
et tu as dit ce qu'il fallait éviter à tout prix,
la vérité. Je ne suis pas satisfait de toi.
Tu n'as rien fait pour moi.
Tu n'as rien obtenu d'autre qu'une mort de pacotille,
de l'hémoglobine et la perspective de te retaper tout ça demain soir.
Quant à vous, Agavé, Seal et Joan, je déclare votre deuil terminé.
Vous avez voulu qu'on vous distingue ce soir,
mais vous ne m'avez pas ému.
Vous quitterez ce hangar pour expier vos meurtres
et vivrez le reste de vos misérables vies
sans savoir qui de vous deux a joué Agavé.
Quant aux autres... Quoi ?
Merci. Nous admettons nos erreurs.
Désolé. Il est trop tard.
Il fallait me reconnaître à temps.
Notre châtiment est trop sévère.
Je suis un dieu. Tu m'as outragé.
Comment peux-tu nous juger ainsi ?
Euripide a écrit ceci il y a fort longtemps.
Au travail !
Quant aux autres citoyens,
à ceux qui ne m'ont pas directement attaqué
ou qui ont cru en moi,
je demande solennellement
de bien vouloir prendre en compte, en cette année terrible,
ma candidature aux élections présidentielles des Etats-Unis.
Ce que je vous propose est la liberté absolue,
c'est-à-dire de faire ce qui vous plaît.
Ce n'est pas la liberté selon la Déclaration d'indépendance,
mais la liberté absolue ! Faites ce qui vous plaît !
Faites-le ! Vous vous sentirez bien.
Faites souffrir, la douleur vous fera du bien.
Mais n'oubliez pas le plus important :
"Elisez Finley "en 68,
et vous aurez Dionysos en 69 !"
Que Dieu vous garde !
William Finley a de nombreux visages.
William Finley revêt de nombreuses formes.
Avec William Finley, les dénouements sont inattendus.
Ce que vous pensiez voir ici ce soir,
vous ne l'avez pas forcément vu. Remerciez-nous-en.
Car j'ai le premier trouvé le moyen...
le moyen de gagner cette pièce.
En avant !
Mes chers concitoyens
et citoyens de cette rue,
vous n'avez rien à perdre
à part vos chaînes !
Nous ne tolérerons plus la domination !
Nous voulons la liberté absolue !
Prodiguez vos caresses à M. Le maire, Lynsey.
Prodiguez vos caresses au président Johnson.
Embrassez Hubert Humphrey !
Puis, réduisez-les en charpie !
Je vous conduirai tous
à la victoire en novembre.
Si vous ne votez pas pour moi,
votez pour vous-même !
Nous aurons alors 200 millions de présidents.
Nous ne tolérerons plus les rituels !
Nous voulons la vraie vie !
FIN
Traduction Esther Sermage
S O F T I T L E R C O M Paris
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