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J'esp�re que tout ira bien.
Quand tu arrives, essaie de nous t�l�phoner.
Essaie de nous �crire aussi.
Fais attention � toi, l�-bas.
N'oublie pas d'appeler.
Appelle sans faute !
Et pourquoi �tes-vous partie ?
� ce moment-l�, c'�tait diff�rent.
C'�tait un pays communiste.
J'ai pens� que j'allais trouver la libert� l�-bas.
C'est ce que je pensais trouver...
La libert�.
Maintenant, je ne sais plus.
Je comprends.
Et vous ?
Je ne veux pas partir. Pas maintenant, en tout cas.
De toute fa�on, je n'ai pas encore de passeport...
Et sans �a, vous voudriez partir ?
Ici, tout m'est connu.
Ici, il y a tout ce que j'aime.
En m�me temps, comme je n'ai jamais �t� � l'�tranger...
Mais l'id�e de partir ne me pla�t pas.
Quand je suis partie,
on ne pouvait pas revenir.
De toute fa�on, je ne pense pas partir.
Ceux qui partent aujourd'hui,
c'est toujours pour gagner de l'argent.
Pour certains, c'est difficile de vivre.
- L�-bas ? - Non, ici.
Il y a des gens qui n'arrivent pas � gagner leur vie ici,
ils pensent trouver mieux l�-bas.
Mais je pense que c'est pareil l�-bas.
Je pense que �a ne change rien...
Ceux qui partent aujourd'hui
pensent revenir ici plus tard.
Oui, c'est vrai,
mais certains restent.
Vous �tes de nationalit� tch�que ?
Non, fran�aise.
- Vous avez un passeport fran�ais ? - Oui.
Bi�re ?
Deux bouteilles d'eau.
Deux.
- Gazeuse ou plate ? - Plate.
Je vais jusqu'� Moscou.
Il faut quand m�me remplir le formulaire.
Si ce n'est pas clair...
je vais vous aider.
Et vous mettez le tout dans votre passeport.
En quittant la Bi�lorussie, vous le gardez dans votre passeport.
- Vous �tes de quelle nationalit� ? - Ukrainienne.
Vous n'en avez pas besoin.
N'h�sitez pas � venir me voir.
J'arr�te pas d'y penser.
Tu imagines la libert� qu'on aura...
L�-bas, si tu veux voyager,
tu dis : je veux aller � New York.
Tu prends tes affaires et le lendemain tu pars.
Quand tu veux lire un livre,
Kerouac, par exemple,
tu le trouves facilement.
La musique, c'est pareil. L�-bas, tu trouves tout.
"Exile On Main Street", ici tu peux oublier.
L� bas, tu le trouves dans le premier magasin.
L�-bas, tu as la libert�.
Tu peux t'habiller comme tu veux.
Tu peux dire que le gouvernement, c'est de la merde,
il ne t'arrivera rien.
Je vais venir l�-bas,
d�s que j'aurai mon passeport.
On m'a promis qu'on me le donnerait bient�t.
�a va �tre super.
La fille a disparu.
Apr�s Lvov, vous allez o� ?
Je vais � Kiev.
Et apr�s Kiev ?
Ensuite, Minsk...
Vilnius, Moscou.
S'il n'y avait pas eu Moscou,
je ne serais jamais partie de Prague.
On n'aimait pas l'URSS.
� l'�poque, je ne voulais pas parler russe.
Maintenant, je viens voir.
Il n'y a pas de quoi avoir peur, non ?
C'est beau.
C'est les Carpates.
L'air est pur.
Il n'y a pas d'usines.
C'est la haute montagne.
C'est ici que j'ai �t� � l'�cole.
Dans cette ville.
C'est Slaviana.
C'est pas loin de Moukatchevo.
Tu dois aller voir la mer.
Tu vois cette route, tu la suis.
Apr�s, tu vas un peu � droite.
Tu vas tout droit... loin, loin.
Toujours tout droit et tu verras la mer.
J'ai compris.
Tu ne peux pas te tromper.
C'est tr�s simple.
Tu vis � P�rnu ?
Oui.
Tu fais quoi � P�rnu ?
J'aime les femmes.
Tu aimes les femmes.
Quoi d'autre ?
Je ne fais que �a.
J'aime les femmes, beaucoup.
Je pense qu'Olga ne me dit pas tout.
C'est �a, l'amour.
Quand on ne veut pas que l'autre soit triste.
Bien s�r, je vis sans elle,
mais si elle �tait rest�e ici, elle ne serait pas heureuse.
J'aurais peut-�tre �t� plus tranquille
si elle �tait rest�e
comme moi je suis rest�e aupr�s de ma m�re.
Mais si elle �tait rest�e ici,
est-ce qu'on aurait �t� heureuses ?
Elle n'aurait pas pu se r�aliser ici.
Je pense qu'elle n'aurait pas pu.
Je pense qu'elle est plus heureuse l�-bas qu'ici.
J'esp�re que tout va bien se passer.
Je peux seulement prier
pour que tout aille bien pour elle,
pour qu'elle puisse r�aliser ses r�ves.
Je suis fi�re d'elle.
Tous mes coll�gues au travail, l� o� j'enseigne,
sont tous aussi des ex-komsomols,
des ex-communistes.
Quand ils ont appris que ma fille partait � Paris
pour �tre top mod�le...
Pour eux, c'�tait compl�tement...
inimaginable.
Top mod�le, c'est pas un m�tier.
Pour eux, top mod�le...
c'est mal vu.
Top mod�le, c'est...
Ici, top mod�le, c'est comme... prostitu�e.
C'est surtout les jeunes qui partent travailler � l'�tranger.
Sp�cialement les jeunes filles.
Elles trouvent plus facilement du travail l�-bas.
C'est plus facile pour une jeune fille de trouver du travail.
Elles partent et elles ne reviennent pas.
Elles vont en Suisse travailler dans les bo�tes de nuit.
Elles font du strip-tease, ou des boulots comme �a...
C'est vraiment un petit caf�.
Je vous en prie.
Je vais vous dire comment je fais.
Je suis rest� deux semaines � l'h�pital.
Apr�s, il fallait payer 25 lats 75 centimes.
J'avais un sac avec mes affaires, je l'ai pris et je me suis sauv�.
Ils vous donnent un papier comme quoi il faut payer.
Et moi, je suis parti, je ne pouvais pas payer.
Si tu vas chez le m�decin, c'est tout de suite 4 lats.
Alors vous comprenez...
Qui peut payer 4 lats ?
Je vais vous expliquer.
Marie aime peindre.
Marie, c'est ma femme.
Elle aime �norm�ment la peinture.
Elle est partie parce qu'elle voulait �tudier la peinture.
Je ne pouvais pas l'emp�cher de partir.
Comment aurais-je pu lui dire : ne pars pas ?
Elle �tudie maintenant � Paris.
Donc vous �tes seul...
Ce n'est pas grave.
Nous avons v�cu dans la ville de Lida
pendant 25 ans.
Ensuite s'est pos�e la question de savoir
o� allaient travailler nos fils.
Apr�s l'universit�, pour Sacha,
il n'y avait pas de travail l�-bas.
Et Denis, il a pu seulement
travailler comme gardien.
Il a sa carte de gardien.
Oui, il �tait gardien.
Il disait que c'�tait bien comme travail
car il pouvait �crire.
Il fallait faire quelque chose.
Nous avons d�cid� de venir � Minsk.
Venir ici, ce n'�tait pas �vident.
On ne pouvait pas
�changer nos appartements.
Quand on a enfin pu
tout r�gler,
nous avons pu venir ici.
Mais nos fils en avaient d�cid� autrement.
On a pens� une chose et nos fils, autre chose.
Sacha
est parti en France.
Et Denis,
quand il a eu termin� la facult� de litt�rature � Moscou,
il est rentr� � l'universit� europ�enne
� Minsk.
Apr�s deux ans, il a pu partir,
gr�ce � l'aide du M�tropolite de Minsk,
� Paris,
o� il �tudie � l'institut Saint-Serge.
J'ai oubli� le cadeau sur la table.
"Oublier" se prononce "zabila" en russe
et "zaboula" en ukrainien.
All� ?
Salut, maman. C'est moi.
Marta ! C'est toi ! Comment tu vas ?
Super bien. Tout va bien. Je parle fran�ais, maintenant.
Pas de probl�me.
Tu es contente, alors ?
Tu veux que je t'envoie quelque chose ?
- Tu n'as pas froid ? - Non, il fait beau.
Tu n'as pas pris d'�charpe ni de pull...
- J'ai tout ce qu'il faut. - Je vais t'envoyer...
Non, je ne veux rien.
Un manteau, des chaussures ?
Tu veux des gants ?
- Est-ce que tu �tudies ? - Oui, �a va.
Tu es � la fac, alors...
Tu veux que je t'envoie du chocolat ou autre chose ?
Si tu veux, ce que tu veux...
Je t'envoie quelque chose.
Tiens bon, ma ch�rie.
Je te rappellerai.
Je t'embrasse encore.
Que dire de ma vie... Rien de sp�cial.
Je suis n�e, je me suis mari�e...
Je ne sais m�me plus.
Mon mari, son p�re...
Je l'ai rencontr� � la soir�e du Nouvel An.
Il m'a invit�e � danser et m'a demand�e en mariage.
Le troisi�me jour, je lui ai dit d'accord.
Apr�s, on est partis dans le Nord.
On a gard� la fronti�re du Nord pendant 3 ans.
Ensuite, on est revenus ici.
Dans le Nord, la vie �tait difficile.
C'�tait la fronti�re avec la mer du Nord.
Tout � fait au nord-est de l'URSS.
Pendant 3 ans, on a gard� notre pays.
Il �tait commandant du poste-fronti�re.
On est revenus ici.
Ania est n�e,
mais il n'a pas pu supporter de vivre avec nous,
et il nous a quitt�es.
Et nous sommes rest�es seules.
Si elle part � l'�tranger...
Il faut qu'elle revienne.
Elle nous manquerait.
Marta, je m'inqui�te pour toi.
Il n'y a vraiment pas de quoi. Tout va bien.
Tu habites o� ? Tu as une chambre ?
Oui. Pas de probl�me.
J'aimerais tellement te voir.
Envoie-moi une photo si tu en as.
Si je pouvais te voir juste une journ�e...
Mais avec ta condamnation...
Comme tu n'es pas rentr�e...
Tu me l'as d�j� dit.
Et nous, maintenant, pour obtenir un passeport...
Le toit de la datcha est tomb�.
Encore !
Il y avait un m�tre de neige.
Faut que je te laisse.
J'ai plein de choses � faire.
Je te rappelle.
Je n'ai pas d�barqu� � Moscou comme �a, avec mes valises,
ne sachant pas quoi faire.
J'avais des projets, je voulais chercher du travail.
Donc j'ai commenc� par chercher du travail.
J'ai cherch� partout.
J'ai fait plusieurs choses.
Et j'ai vu une annonce qui disait qu'on cherchait des gar�ons
pour danser dans une bo�te pour femmes.
C'est ce travail-l� que je fais.
Avant, j'ai travaill� comme barman
pendant un ou deux mois.
Apr�s, j'ai commenc�...
ce travail inhabituel que je fais maintenant.
Je me rappelle bien cette fille.
C'�tait l'�t�.
C'est beau l'�t�, l�-bas.
C'est tr�s beau.
On s'est rencontr�s.
La premi�re fois,
je me rappelle comment c'�tait.
Et puis, on a commenc� � se voir.
Mais la premi�re fois...
On a commenc� � se voir.
On ne sait jamais comment �a arrive,
mais je suis tomb� amoureux.
Et apr�s...
j'ai fait une quantit� de b�tises.
�a peut arriver.
J'ai fait une quantit� de b�tises.
C'est un th�me douloureux.
Perdre quelqu'un de si proche...
Elle m'�tait devenue tellement ch�re,
elle venait chez nous.
Et quand on s'est s�par�s,
c'est comme si elle �tait morte.
C'�tait comme �a pour moi.
Je ne pouvais pas faire autrement que partir.
Il fallait que je parte.
Doucement, cette douleur me quitte.
C'est difficile...
Il est difficile de se rappeler.
Pendant que vous �tiez l�-bas,
ici il y a eu tous ces �v�nements de l'�poque de Brejnev.
Tous les jours, il s'est pass� quelque chose.
Un jour, il s'est pass� ceci, un autre jour, Tchernobyl,
le lendemain, Gorbatchev a instaur� les �lections libres,
apr�s, il y a eu les tanks � Moscou,
puis le capitalisme est arriv� chez nous,
un ami est mort, des enfants sont n�s...
Notre vie, quoi...
Et vous revenez ici
et vous dites :
C'est moi qui suis partie il y a 15 ans.
Salut.
Salut.
Mais de quoi on va parler ?
De comment vous avez v�cu l�-bas,
� Londres, � New York, � Tel-Aviv ou � Paris...
Mais �a ne m'int�resse pas.
Moi, je vais parler de comment j'ai v�cu ici.
Il y a des choses que vous savez d�j�
et les autres ne vous int�ressent pas.
Celui qui partait � cette �poque, dans les ann�es 80,
on savait parfaitement que cette personne,
on ne la reverrait jamais.
Revoir cette personne, c'est comme revoir
celui que tu croyais mort,
celui que tu avais pleur�.
Nous sommes toujours libres.
M�me avant, nous �tions libres.
C'est vous, l�-bas, qui pensiez que nous n'�tions pas libres...
Si, on �tait libres.
On avait la libert� pour tout.
Nous sommes des gens libres. Toujours.
Si, m�me � cette �poque.
Chez nous, "libres" ne veut pas dire la m�me chose.
Nous, on appelle �a "kabala".
En russe, on appelle �a "kabala".
En fait, c'est les �tats-Unis qui imposent...
C'est la d�pendance.
Oui, la d�pendance.
D�pendants, nous ?
Comme a dit Churchill, c'est impossible...
Vous, l�-bas, vous ne pouvez pas comprendre comment on fait ici,
comment on vit.
Sous-titrage : MIKROS / VECTRACOM
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