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Original subtitles

Quelqu'un chantonne.

...

...

...

- Monsieur est servi !

Mon chat ?

- Qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi, ce bordel ?

- Désolée, je voulais te faire plaisir.

-Fais pas ça, je te l'ai déjà dit.

Viens.

Viens. Désolé.

Arrête.

Brouhaha

...

-Je vous demande une minute, s'il vous plaît.

Je voudrais dire un petit mot à Roman

et à Clara.

Quand il est parti,

tous autant que nous sommes,

sa famille, ses amis,

nous étions très fiers.

Aujourd'hui, tous réunis que nous sommes,

nous sommes très heureux

de le revoir parmi nous.

Je voudrais dire aussi bravo à Clara,

qui a été la gardienne,

la gardienne de la maison,

la gardienne de la famille,

et qui a tenu la lampe allumée

en base arrière, comme on a l'habitude de dire.

Alors tous,

la majorité d'entre vous ici,

ne connaissent pas

ces théâtres

d'engagement où nos soldats sont déployés.

Ce sont des rudes missions.

Nous ne sommes pas des touristes.

Nous ne sommes pas des voyageurs. Nous sommes des gens

qui sont déployés

pour ramener la paix, pour assurer la paix

et faire en sorte que les populations

puissent revenir à une vie normale.

Alors,

je te félicite, Roman,

pour cette mission réussie.

Je te félicite d'être revenu en bonne santé.

Et j'ai une demande à te faire,

c'est de pas repartir trop vite.

-Bravo !

-Ne repars pas trop vite !

Applaudissements

-Bravo.

- Roman, bon retour parmi nous.

- Merci.

-Waouh !

-WAOUH !

-Bravo !

Applaudissements

...

Brouhaha

...

*Tirs en rafale

*...

Quelqu'un entre.

- Roman, tu fais quoi ?

Tu viens ?

Y a tout le monde qui t'attend en bas.

- J'ai besoin de m'isoler un peu.

- Mon chat, j'ai préparé ça pour toi.

- Je sais, je sais.

-Allez, viens.

- J'ai pas envie de leur parler.

-Ca va être cool, arrête, s'il te plaît.

Tu peux pas nous planter comme ça.

- Je plante personne, je demande juste 5 minutes.

Tu peux me laisser m'isoler ? J'ai mal au crâne.

-Ca se fait pas !

- J'en peux plus, de leurs conversations.

J'ai pas envie de leur répondre.

-C'est ta famille ! Ca se fait pas ! Tu me fous la honte.

- Je vais marcher.

- T'es sérieux, là ? - Ouais.

- Non, arrête ! Arrête ! Mais viens, ça va te faire du bien !

Arrête de faire ça, là !

On est tous là pour toi !

*Explosion

Musique grave au piano

...

*Coups de feu et bombardements

... *...

-Tu désignes le secteur !

SGI ! Deux grenades ! Explo' !

... *...

-Feu !

... *...

-Allez, feu ! Feu ! Feu !

... *...

...

- Tout le monde est parti ?

(Ca va aller.)

Clara sanglote.

...

...

Un oiseau chante.

...

...

...

...

...

...

...

Roman siffle.

...

...

Roman siffle.

L'oiseau chante.

La porte grince.

- Hein ? Oui ?

- Allez. On rentre. - On va les acheter ?

Hein ? Les rouges ?

Tiens.

Elle est cool, cette rue.

- Ouais.

- Je verrais bien ma boutique ici, non ?

- Tu serais bien, ici. C'est commerçant.

Là.

- Et puis tu vois, ça...

Je pourrais travailler.

Ca te permettrait, toi, de plus repartir en OPEX.

- C'est quoi, le souci ? J'ai envie de repartir en OPEX.

Tu stresses pour ça, en fait.

Si t'as envie de ta boutique, tu l'auras.

Il y a pas de souci.

- Tu pourrais rester t'occuper de Maël.

-Maman ? -Je reste à la maison ?

- Ouais !

- Viens là !

-Maman ? -Oui ?

- Oui, on y va. - Oui, Maël, on y va.

-T'as vu la liste de courses ? -Pardon ?

-Tu lui as pris ses bonbons ? -Ouais.

C'est dans le sac bleu.

- Je lui donnerai tout à l'heure.

- Il fait quoi, cet abruti ?

- Bah, recule.

-"Recule" comment ?

Putain, on est bloqués.

Oh, putain.

Roman halète.

- C'est bon, calme-toi.

Roman tape sur la vitre.

-Bouge, là.

Roman halète.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Putain, on est piégés.

...

- Roman, ça va ?

- Reste là.

...

Oh, putain.

Putain, on est piégés.

- On n'est pas piégés, arrête.

-Oh putain ! -Roman, eh, calme-toi.

C'est rien, c'est un camion... -"C'est rien" de quoi, putain !

On est piégés, là !

On peut pas bouger, là.

-C'est pas grave, on attend.

-Attendre quoi ?

Roman halète.

Putain.

- Eh, calme-toi.

- Ca va pas, là.

- Pas devant Maël. Viens, on sort. Pas devant Maël.

- Non.

Bouge pas.

...

Putain, on est piégés.

-Ca va, ça va. -Je te dis qu'on est piégés,

putain !

- Mais tout va bien !

Viens, on sort. Je vais prendre le volant.

- Attends.

Attends.

Roman halète.

...

Putain.

...

-Allez, viens.

On va prendre l'air.

Je vais conduire.

- Non. Non, ça va.

Ca va.

- Allez viens, sors.

Sors.

- Oh, putain.

-Maël, mon coeur, va jouer dans le salon, hein ?

J'arrive.

- C'est là ? - Non.

Tiens.

- Frigo ? - Oui.

- Tu m'en veux ?

Clara ?

(Viens.)

Viens.

Maël babille.

T'en as trois ? -Oui.

- Hm.

C'est bon ?

Tu préfères quoi ? La banane ou la compote ?

-"Pocote". - La quoi ?

(-La "pocote".) - La quoi ?

(-La "pocote".) - La "compote".

(-Oui.) -"Compote".

-"Pocote". - Non. "Compote".

-"Com-pote". - Oui ! Bien !

Tiens, t'as gagné de la compote.

(C'est pas après toi que je crie, tu sais ?

(C'est que j'ai tout le temps mal à la tête.

(Je te demande pardon.

(C'est pas contre toi, c'est pas contre maman.

(Tu comprends ?

(-Oui.

(-Tu sais que je t'aime ?

(Tu le sais ? (-Oui.

(-J'ai vu des choses à la guerre

et j'arrive pas à les oublier pour l'instant.

(Je vais y arriver, je te le jure.)

- Hi !

Oui !

Clara rit.

- Tu lui as appris ça comment ?

- C'est lui tout seul.

Hein, Maël ?

Tu montres à papa ?

Tu montres à papa ?

Oui ? Attends.

Tiens, mets-en plus.

Clara rit.

Petite beauté.

- Je vais lui préparer ses couches.

- Oui, mais on est en transition. Essaie de lui enlever un peu.

Il y a des petits accidents mais ça va, il s'en sort bien.

- Doucement. - Hein, Maël ?

(-Doucement.)

- Non.

(-Roman ?)

- Quoi ?

(-Tu me manques.)

Coups de feu lointains

Bruits lointains

...

Coups de feu

...

Musique grave

...

Musique douce

...

- Hé, les enfants, vous avez vu l'heure, là ?

...

Qu'est-ce que vous faites ? - C'est les vacances, on s'amuse !

- Faut pas traîner ici, c'est dangereux.

- On joue, c'est notre quartier.

- Allez, rentrez chez vous, les gamins.

- Oh, mais t'as un souci !

...

- Je sais pas, j'ai pas fait le CEFE.

- C'est normal ! T'as vu ton gabarit ?

- Quoi, mon gabarit ? Tu plaisantes ?

- T'es tout maigre ! - Qui est tout maigre ?

- T'es fou ! Tes jambes, on dirait des cure-dents.

- Quel bâtard ! Et alors, c'était comment ?

- Tu sais, les orpailleurs, ils défendent leur territoire.

Donc, ils lâchent rien.

- Ca a tiré et tout ?

- Ouais, ça a tiré, mais bon, ça va, il y a eu de blessés.

- Toi, t'as dû te cacher, toi !

Ils rient.

- Comment ça ? - Tu t'es caché !

- Tu m'as grillé ! Tu m'as grillé !

Je me suis mis... Je me suis mis en petite posture

et j'ai trouvé un kéké !

- Nicole, ça va ?

- Ben... Il souffle.

- Qu'est-ce qui t'arrive ?

- Ben en fait, voilà... Elle est plus...

Elle est plus là.

Elle m'a quitté.

Elle m'a envoyé un message et... Plus rien.

La maison vide. - T'es rentré et plus rien ?

- Plus rien. C'est pour ça que je suis rentré au régiment.

- Ah, putain ! - J'ai plus mon appart, plus rien.

Elle a coupé son téléphone et...

Elle m'a abandonné.

Bon, après... L'avantage, c'est que je suis

retourné au quartier, je peux retrouver des camarades.

Se retrouver à la popote,

discuter ensemble, se soutenir,

Voilà, quoi. - C'est chaud, quand même.

Putain. Neuf ans, quoi.

- Mais bon, voilà. On a... J'ai assisté

à ta fête, ça m'a fait plaisir, ça m'a remonté le moral.

Mais...

Y a un truc qui allait pas. Je t'ai senti, t'étais pas...

T'étais pas comme d'habitude. - Moi ?

- Ouais. - Non, ça va.

Non, ça va, je suis un peu fatigué.

- T'es sûr ?

Tu peux m'en parler, hein. - Ca va, je te dis.

Non, vraiment, ça va. Nickel.

- T'façon, avec une petite binouze !

Comme à l'instruction, hein !

Binouze-chocolat. Et il t'en faut, du chocolat !

Ca, c'est des bons souvenirs. Ca me manque.

- Ben ouais, un peu. - Mais bon.

Il faut qu'on les refasse !

Faut qu'on parte à la montagne.

Faut qu'on fasse quelque chose. - Avec plaisir.

- T'es prévu pour partir quelque part en mission ?

- Non, je vais faire un peu de sentinelle, quoi.

- Ben ça va !

-Allez, on y va !

-Allez !

Maël, attends ! - Maël !

Allez ! - Attends !

- Arrête ! Regarde ! Maël !

Regarde, Maël.

Maël rit.

Allez, viens.

Allez... 1...

2... 3 !

Ouais !

T'as pris ton avion ? - Oui.

- Il est où ? - Dans ma cabane.

- Oh non ! Tu l'as oublié !

On va pas pouvoir décoller.

- On refait l'avion ?

- 1, 2, 3 !

Ouais !

- Marche pas.

- Hein ? - Marche pas.

-"Marche pas."

Ils poussent des cris à chaque pas.

...

- On va aller se mettre là.

- T'en laisses un petit peu ? Hop !

Si tu veux, je prends tous les lardons

et le fromage et toi, tu prends le pain.

T'en veux ?

Maël marmonne.

Tu sais ce que j'ai trouvé pour toi ?

J'ai trouvé un drone. Tu connais ?

Ca fait comme ça... Vroum !

Ca vole très haut dans le ciel. Viou !

Et tu peux tout surveiller.

J'en ai trouvé un, je vais te l'acheter. Tu veux ?

On va l'acheter ensemble.

- Tu vas pas lui acheter un drone ! - Pourquoi ?

- Il est trop petit. - Enfin, il est pas trop petit.

- Tu rigoles ou quoi ? - T'es trop petit ?

Non ? Ben voilà, il est pas trop petit pour un drone.

- Je suis sérieuse. Tu vas pas lui prendre un drone.

C'est pas parce que t'es pas là

que tu dois lui acheter ça. - Ca a rien à voir !

- C'est quoi, un drone ?

- Tu sais, ça se lève, comme ça.

T'as des hélices, tu le télécommandes.

Vroum !

Il vole haut dans le ciel et après...

Viou !

Pam-pam ! Et tu peux tout voir.

- Mais tu l'auras pas, t'es trop petit.

- Je peux grandir. Ca ! Viou !

- Ben tu vois ! Mais oui !

On ira voir tous les deux.

Hein ? On le dira pas. - Arrête !

- Ca va ! C'est bon. - Arrête.

Ouais. Non, c'était bien. Hum.

Oui, oui. Ben voilà. Voilà le problème, tu vois ?

*-Quoi ? Il y a un truc qui va pas ?

- Ben...

J'te jure, il a trop changé.

J'ai l'impression qu'en fait, je...

Je le soûle. Tu vois ? Il peut plus voir ma tête.

*-Hein ? -C'est...

*-Comment ça, il a changé ?

- Ben tu sais, depuis qu'il est revenu du Mali,

je sais pas, il...

Il est plus comme avant, quoi.

Il me parle pas.

On se parle pas, en fait.

*-Waouh.

- Je... Enfin, je te jure, il se passe rien. C'est...

Il en a marre, de moi. Tu vois ?

Moi, je sais plus quoi faire.

Même au lit, tu vois, genre on fait...

On essaie, on fait rien parce qu'en fait il a pas envie.

Ca vient peut-être de moi, c'est moi le problème.

Mais je sais pas, genre il bande plus rien,

c'est un truc de fou. - Tu parles à qui ?

Hein ?

- Rien, c'est Stana.

- Tu lui racontes quoi, à Stana ?

Regarde-moi.

Tu lui dis quoi, à Stana ?

- On parle, c'est tout. - Je bande plus ?

Tu viens de dire ça ?

Tu veux le raconter à tout le quartier ?

Tu veux m'humilier, c'est ça ?

- J'ai besoin de parler.

- Putain, tu racontes pas notre vie, OK ?

- Tu vois pas qu'il y a un problème ?

J'ai besoin d'aide ! Tu vois pas ?

Toi aussi, t'as besoin d'aide ! Ca va pas !

- Tu racontes pas ça à Stana !

Tu veux quoi ? Tu veux m'humilier ?

-J'ai besoin de me confier, de parler à quelqu'un !

-Tu racontes pas ça !

Vous me rendez fou ! OK ?

Vous me rendez fou !

Clara pleure.

...

- On va jouer dehors ?

Va jouer dehors ?

Va jouer dehors ?

- Je suis désolée.

- C'est pas grave.

- Roman ?

(-Quoi ?)

(-Roman ?)

-Quoi ?

- Tu m'aimes encore ?

-Qu'est-ce que tu racontes ?

(Viens.)

- Je voudrais que tu me parles, que je puisse t'aider.

-Ca va. Tout va bien.

C'est juste des fois, je panique.

(Une sorte de stress.

(Mais ça va.)

-Qu'est-ce qui s'est passé, là-bas ? -Je te dirai jamais

ce qui s'est passé là-bas. Tu le sais bien.

- Mais il faut... - Rien. Il faut rien.

Il faut juste que le temps calme les choses dans ma tête.

(C'est tout.)

Pose pas cette question.

Clara ? - Hum ?

(-Ca te dirait que je vous emmène déjeuner au restaurant ?)

- Oui. Pourquoi pas ?

Il faut que je te parle d'un truc. -Tu peux pas en parler au resto ?

La sonnette retentit.

- T'attends quelqu'un ?

- Non. Attends. Garde Maël, je vais voir.

Viens, mon coeur. Tu restes avec papa.

- Viens, mon canard.

C'est quoi ? C'est la voiture cassée ?

- Non, elle casse pas, la voiture.

- Tout à l'heure, tu m'as dit que t'en avais une cassée.

- Elle est où ? - C'est celle-là ?

- Celle-là est cassée.

- Ca, c'est cassé ? Montre.

Ben faut la réparer.

- Oui, réparer après.

- Ah ouais.

Je te la répare tout à l'heure, d'accord ?

Tu me laisses me reposer ? - Oui.

- Merci.

Ah, merci. Merci, mon amour.

- Coucou ! - Ca va ?

- Ouais, ça va.

- Tu m'as fait peur. - Je suis contente que tu sois là.

(-Tu m'as fait trop peur.)

Bon, allez. Maintenant, tu viens vider ton sac. Hein ?

Tout de suite. - Je peux pas, ma poule.

Il y a Roman qui veut nous emmener manger au resto.

-Cinq minutes, ça va aller. Prends ta veste. Allez.

Allez !

Ca va me faire du bien.

- J'ai failli avoir peur. Cinq minutes, c'était...

Qu'est-ce qui se passe ? - Ca va pas du tout, à la maison.

Je pense partir quelques semaines avec Maël.

- Attends, tu sais que t'as toujours

ta chambre à la maison, vous venez quand vous voulez.

Tu sais, ça ? - Hum. C'est gentil.

Non, mais je vais partir chez mes grands-parents.

Ca fait longtemps que Maël a pas vu ma grand-mère,

Ca va nous faire du bien.

Parce que là, ça va pas. Ca va pas du tout.

Mais Roman, je le reconnais pas, il pète des câbles.

Il switche d'un coup.

(Je sais pas.)

- Tu peux pas en parler à...

Son chef ? Son régiment ? - T'es folle, ou quoi ?

Je peux pas faire ça.

T'imagines, après, les problèmes ?

Il va trop m'en vouloir. Laisse tomber.

C'est pas possible. - Mais justement.

Enfin, tu peux pas tout régler toute seule.

A un moment, il faut demander de l'aide.

- Je suis pas toute seule, il y a Maël aussi.

- Ben raison de plus !

Parce qu'il y a Maël, tu dois demander de l'aide

aux gens concernés, ça me paraît logique.

- Il a pas envie, lui. Je sais pas.

- Il a pas envie, donc tu peux pas ?

- Faut que ça vienne de lui, tu vois ?

Faut que ce soit lui qui...

- Et ça fait combien de temps ? - Oh, c'est bon !

Stana rit.

- Attends, attends ! Tu m'as dit quoi ?

Tu m'as dit trois mois ?

- Ouais, c'est bon, m'en reparle pas.

- Mais trois mois, comment tu fais ?

- Oui, ben je fais pas. Voilà.

Trois mois, j'en peux plus,

mais c'est comme ça, qu'est-ce que tu veux ?

- Comment ça doit être dur ! Déjà trois semaines.

C'est un peu la limite.

- Oui, ben sans blague !

- Là, je te reconnais pas, quoi !

- Tu veux que je te dise quoi ? J'en peux plus !

Je me suis faite belle, j'essaie de le...

Voilà. Tu vois ?

- Et rien ? - Ben non, rien !

Rien, rien ! Voilà.

Oh ben c'est encore pire. Il me repousse, quoi.

- Non, je te crois pas. - Si, si.

- Il te repousse ? - Ouais.

Il me jette, clairement.

- Et ça, c'est pas une raison de dire merde ?

Genre là, merde, quoi ! Vraiment !

Je suis sérieuse !

- Oui, ben oui. Merde.

- Pas à moi ! - Oui, ben merde !

Elles rient.

Bon, allez, ma poule. J'y vais.

- Ouais ? Déjà ? - Oui.

Merci d'être venue.

On s'appelle ? - Oui. Oublie pas ce que je t'ai dit.

Hein ? Promis ? (-Oui.)

- OK. - Rentre bien.

Bisou ! - Bisou !

Tu m'appelles vite ! -Oui !

-Bonjour, monsieur. -Bonjour.

- Bonjour. - Bonjour.

- On est trois.

- Sans réservation ? J'ai une table au fond.

- Vous avez que cette table ?

- J'ai que ça, oui.

- C'est très bien. - Pas plus près de la sortie ?

- Non, je n'ai rien avant 30 minutes.

- OK, on va attendre. - On va pas attendre !

On va prendre celle-là, c'est bien.

- Très bien. - Super !

- Tu veux pas attendre ? - Tu fais quoi ? Arrête.

- Ca va, t'es bien ?

- Je suis contente qu'on soit là. - Moi aussi.

Maël ?

Doucement.

- J'arrive pas à te parler,

à la maison. - Je sais.

- Je trouve que t'as changé, depuis que t'es rentré.

T'es plus comme avant. On n'arrive pas à parler.

(-Je sais.)

-Ce serait bien que...

Que tu te fasses aider, peut-être.

Que tu voies quelqu'un.

- Je vais partir avec Maël.

Chez Stana.

(Juste quelques jours.)

- Tu veux me laisser tout seul ? (-Non.)

Je veux juste qu'on fasse une pause.

C'est pour nous.

Après, on se retrouvera. Ca va nous faire du bien.

T'as besoin de voir quelqu'un, Roman.

T'as besoin de te faire aider.

Roman ?

T'as besoin de voir quelqu'un.

- Je suis pas malade, putain !

- Pourquoi il fait ça ?

On va y aller ? - On va y aller. Hein ?

Hein, Maël ?

Roman ?

Roman !

Tu vas où ? -Qu'est-ce que ça peut te faire ?

Hein ?

- Roman !

- Tu voulais pas aller chez Stana, tout à l'heure ? Bah vas-y !

- Arrête ! Arrête !

Arrête ! Arrête ! Arrête ! Arrête ! Arrête !

Pars pas, s'il te plaît !

Non, non, arrête ! Nous laisse pas !

- Laisse-moi passer !

- Arrête !

Un téléphone vibre.

...

- Allô, la police ?

Oui. Je suis sur l'autoroute 43, là,

direction Grenoble,

au kilomètre 5, après le péage.

Il faudrait vérifier,

il y a des sacs de cailloux sur le côté.

Non, non, non, pas sur la route,

sur le côté, voilà.

Sur le côté.

Je pense que... Il y a quelqu'un de la DDE ?

Non mais...

C'est mon devoir, il faut que je vous prévienne.

Il y a des sacs de cailloux.

Ecoutez : en Afghanistan, des sacs comme ça,

ça peut être des IED, donc venez vérifier, vraiment !

Putain ! Ecoutez-moi ! Merde !

Musique triste

...

Un téléphone vibre.

... ...

...

Un cerf brame.

...

...

Combien de fois l'a-t-on parcourue

Cette petite piste

Traversant la lande herbue

Lorsque le jour se lève

En écoutant le rythme

De la chanson intime

Oh oh oh

Roman halète.

...

Un avion se rapproche.

...

L'avion se rapproche de plus en plus.

...

L'avion s'éloigne.

...

Approchez !

Venez, bande de bâtards !

Venez !

Je vais tous vous plomber la gueule, bande d'enculés !

Musique triste

...

Venez !

Enculés !

Roman crie.

Je te nique, moi ! Viens !

...

Roman pleure.

... ...

...

Dinoavi !

Marco !

Didian !

Kévin !

Jamel !

Yoan !

Dimitro ! Marco !

Jamel !

Didian !

L'homme frappe. -Oh !

Oh, oh !

Bonjour. - Bonjour.

- Qu'est-ce que tu fais tout seul ici ?

- Tout est sous contrôle, merci.

- C'est pas très prudent, ce que tu fais,

avec cette température, dormir dans ta voiture.

- Tout va bien, merci. C'est gentil.

- On est des bûcherons, notre campement est à côté,

si tu veux boire un café avec nous.

-C'est gentil.

Merci.

-Tiens.

- Merci.

-Bon, tu fais quoi, par là ?

-Rien.

- Il y avait un gîte pas loin.

T'aurais pu y passer la nuit,

au lieu de dormir dans ta bagnole.

Tu passes des nuits de plomb, au moins.

- Il faut pas rigoler. Il fait -10, la nuit.

Là, tu peux mourir

dans ta voiture.

Tu te rappelles,

il y a deux ans, dans la Chartreuse, celui qu'on a retrouvé mort ?

Et là, les mains, les pieds, ça va ?

- Ouais.

-Ils sont pas gelés, ça va ?

- Non, ça va. Pas de soucis.

Vous faites quoi, vous ?

- On nettoie une parcelle de...

d'épicéas, plus haut, là.

Pour les rendre propres.

- D'ailleurs, on va pas tarder.

-Il faut profiter du beau temps.

- Je peux vous aider ?

- Bah OK.

On peut te prendre quelques heures ?

On te paye pas, hein ?

- Non ! - T'es bien d'accord ?

-Ouais. -La seule chose que je demande :

tu te blesses pas.

- Je me blesserai pas.

Tronçonneuse

...

Comme ça. Voilà. Vas-y, je te la remets à zéro.

T'as vu le mouvement, hein ? - Ouais.

- Tu la tiens. - Un coup comme ça.

- C'est ça.

- J'enlève la sécurité ? - Normalement, elle est enlevée.

- OK. La tronçonneuse démarre.

- Ca va, c'est... -T'accélères.

...

Ouais, tu les enlèves, les picots.

-T'enlèves encore, ouais.

...

- T'appuies pas, c'est pas la peine.

- Ouais.

Oui, ça part tout seul.

- Voilà, elle rentre dans le bois tout seul, sans appuyer.

...

- Il faut les amener où, après ?

- C'est bon, attends un peu.

Je vais virer les autres.

- Je continue, ou pas ?

- Attends que je vire les bois.

- Tape sur le rondin.

- Sur le... OK.

-Voilà.

A un moment, il va s'enfoncer.

-Vas-y au coin.

-On voit que t'es stagiaire !

- Vas-y.

Rebaisse-le un peu, si tu y arrives.

-Cale-le sur du dur. -Voilà, c'est bien.

- Voilà !

Bruit du merlin

...

Allez, tchin, tchin.

Bon, Roman, ça a été quand même ?

- Ca a été très bien, merci beaucoup.

- Ca t'a plu ? - Oui, beaucoup.

- C'est la découverte.

- C'était bien.

-Après l'effort, le réconfort, voilà.

Ca, c'est quand on finit un bout de chantier et tout,

fin de matinée, tac, on casse la croûte,

on boit un coup, voilà.

Et puis ceux qui veulent goûter, il y a ça.

T'as pas goûté la rillette que j'ai faite hier ?

- Ca m'a pas l'air mal, ça.

-Tu veux du pain avec ?

- Allez, donne un morceau de pain. -Tiens.

-Un peu de caïon avec du sanglier.

- En tout cas, vous êtes une belle équipe.

-Ouais ? -Ah ouais !

- Et toi, du coup,

tu viens d'où ? T'es pas du coin ?

- Non.

En fait, moi, je suis un légionnaire.

Je suis au 1er REC, Carpiagne.

- D'accord.

- C'est ma famille.

Qu'est-ce que tu t'es fait à la jambe ?

- En fait, j'ai eu un accident.

Il y a un arbre qui m'est tombé dessus et qui m'a coincé la jambe.

J'étais coincé sous l'arbre

et du coup, ça m'a abîmé la fémorale.

Du coup, on a été obligé de m'amputer.

J'ai une prothèse.

Donc du coup...

Tu vois, ça me gêne pas pour aller gambader

dans la forêt.

- C'est du costaud !

- On est bien nourris ! -Voilà !

- Ouais. Je reviens d'opération, moi.

J'ai vu mes camarades sauter sur un IED.

- C'est quoi, un IED ?

- C'est une bombe artisanale.

Tu sais pas où ça pète, tu sais pas quand.

Ils sont tous morts.

- T'as été touché par un IED, toi ?

-Non.

-Ca fait combien de temps que t'es revenu ?

- 3 semaines.

-Bah à la tienne, Roman.

- Merci. A la vôtre.

- Allez, tchin. - Santé.

- Allez, tchin.

- Tu m'en remets une, s'il te plaît ?

On se connaît ?

Je veux dire, on s'est déjà vus ou pas ?

- Non, je crois pas.

- T'es de quel coin, toi ? Tu viens d'où ?

- Je suis pas d'ici.

- C'est où, "pas ici" ?

T'es de quel coin ? Tu parles pas ? - Je t'ai dit, pas d'ici.

- T'es énervé, toi.

T'as pas envie de parler ?

- Non.

- Je suis artiste-peintre.

Je travaille dans les galeries, à côté.

Je sais pas si tu connais.

- Non.

- A la tienne.

Tu fais quoi, toi ?

- Je suis légionnaire.

-Ah ouais.

Ah ouais !

Monsieur !

Monsieur est légionnaire.

Impressionnant.

Tu la connais, la chanson ?

"Il était fin, il était beau.

"Il sentait bon le sable chaud, le légionnaire."

- Me touche pas.

- T'es un énervé, toi.

C'est quoi, ton problème, toi ?

Hein ?

T'es énervé, ou quoi ?

- Qu'est-ce que tu fais ? Je t'ai dit : me touche pas !

Chante-la, ta chanson de merde ! Chante, bâtard ! Chante, je te dis !

Cris

-Mais c'est un malade !

-C'est bon ! C'est bon !

- C'est un malade, ce mec !

Enfoiré !

- Les mains dans le dos ! Qu'est-ce que t'as fait ?

- Je suis militaire.

J'ai ma carte d'identité militaire.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Rien, je vous dis. Il me parle mal,

je lui ai mis une droite, c'est tout.

- Si j'appelle ton régiment, tu vas ramasser, là.

Tu vas finir à l'isolement. T'es au courant de ça ?

- J'y suis tout le temps. Je m'en fous.

- Bon, écoute.

Je vais pas te créer d'emmerdes. Je vais te laisser partir.

Mais si tu recommences, je t'embarque.

C'est bon ? - C'est bon.

- Allez.

Je veux plus avoir affaire à toi.

- C'est bon. Merci, messieurs.

- Au revoir. -Allez, bonne soirée.

-Margis, s'il te plaît.

Margis ?

Je suis un ancien sous-officier de la maison.

Matricule 164-515.

Ca a pas l'air d'aller.

- T'as vu ? - Bah oui, j'ai vu.

Compliqué ?

- Je reviens d'OPEX.

- On a tous vécu ça, tu sais. C'est pas en te battant

dans les bars que tu trouveras les solutions.

-Tu fumes ? -Non, merci.

Ca donne pas une bonne image de toi ni de la Légion.

Personne comprendra ici.

Pourquoi tu restes pas plus près de ton régiment ?

- Je vais pas rentrer comme ça.

-Mais eux, ils pourront te comprendre.

Ici, personne te comprendra.

Réfléchis à ce que je t'ai dit, voilà. Allez,

je t'embête pas plus. Bon courage à toi.

- Merci, à toi aussi. - A plus.

Musique douce

*-Roman, c'est moi.

J'aimerais que tu me donnes des nouvelles.

*Clara pleure. Je pense beaucoup à nous,

même si c'est plus comme avant.

Rasoir

J'aimerais savoir comment tu vas.

...

On a fait un magnifique enfant et...

*Elle pleure.

...au moins pour Maël, j'aimerais que tout se passe bien.

Rasoir Musique dramatique

Musique intrigante

Pff ! Ca fait 10 fois que je tombe sur ta messagerie,

je vais pas insister plus, mais j'aimerais que

tu me fasses signe. Tu me rappelles quand tu veux, OK ?

*Elle pleure. Bisous.

Rasoir

...

Piano doux

... ...

...

- Oh oh ! -Hé !

- Ca va ? La forme ?

Ca va, Tommy ? C'est ta semaine ?

- Ouais, comme d'hab, mais toi, qu'est-ce tu fais ici ?

- Je suis rentré plus tôt. Il est là, le capitaine ?

-Tu voudrais le voir ? -J'aimerais bien.

-Je passe au spéc pour voir s'il pourrait

te recevoir après le rassemblement ?

- Ben super. - Sinon, l'OPEX ?

- Ca va. -Oui, je sais.

- Bon, allez, à tout à l'heure.

-T'as vu le spéc ? Il est dans son bureau ?

-Oui, il est là.

Propos indistincts -Présent, mon capitaine !

Il toque. Permission d'entrer ?

-Oui.

- Maréchal des logis Vandeville, 7 ans, 2 mois de service,

3 ans, 5 mois de grade, 4e escadron,

section du lieutenant Coste, chef d'engin. A vos ordres !

- Mets-toi au repos. - A vos ordres, mon capitaine !

- On va attendre l'adjudant d'unité. - Mon capitaine,

je préférerais vous voir seul.

- Ouais, très bien.

T'es déjà rentré ? - Oui, mon capitaine.

- T'as le mal de l'escadron ou quoi ?

- C'est pas vraiment ça, mon capitaine.

-Alors, c'est quoi ?

Pourquoi t'es là alors que tu es censé être en perm ?

- Je suis parti de chez moi, mon capitaine, mais tout va bien.

- Si tout va bien, pourquoi t'es parti de chez toi ?

Ecoute, Vandeville,

j'ai confiance en toi

et t'as confiance en moi, n'est-ce pas ?

- Oui, mon capitaine.

- Qu'est-ce que t'as à me dire ?

- Je suis parti de chez moi parce que ça n'allait plus.

Je suis énervé depuis que je suis rentré,

mon capitaine. Je suis à vif.

- Et ta famille, comment elle le vit ?

- Pas très bien.

C'est pour ça aussi que je suis parti.

Je pense souvent au Mali.

Je fais des cauchemars.

- Tu veux en parler ?

- Non. Non, mon capitaine.

-Y a 7 ans...

en revenant d'Afghanistan, j'ai connu la même chose.

Tu vois de quoi je parle.

J'étais lieutenant.

C'était pas simple.

Je vais même te confier une chose :

encore aujourd'hui, c'est dur d'en parler.

On va régler les problèmes un par un.

Tu as ramassé. J'ai lu le rapport, je sais ce qui s'est passé.

On va s'occuper de toi. Tu es ici chez toi.

Et moi, je suis ton capitaine, je te laisserai pas tomber.

- Merci, mon capitaine.

- Pour commencer, tu vas aller voir le médecin de garnison.

-A vos ordres, mon capitaine.

- Tu peux disposer.

- Je peux disposer. A vos ordres, mon capitaine.

Roman ferme la porte.

-Vandeville ?

Vous me suivez ?

Elle toque. Mon colonel ?

Allez-y.

-Comment ça va ?

- Ca va, ça va.

- C'est pas ce que m'a dit votre CDU. -Ouais, je...

Je suis fatigué, en fait. -Ouais ?

Depuis le retour ? -Ouais.

Je dors pas bien.

- Qu'est-ce qui se passe ?

Vous arrivez pas à vous endormir ? Des images ?

- Ouais, la tête, elle est encore là-bas, quoi.

Je suis nerveux, je...

- Votre capitaine s'inquiète.

Il m'en a parlé parce qu'on sait tous qui vous êtes.

T'es un super gars, on sait tous ce que t'as fait

et on s'inquiète pour toi.

Avec ton épouse, comment ça va ?

- Pas très bien. Du coup, je suis parti.

-T'es parti ? -Ouais.

On n'arrivait pas à communiquer.

-Tu bois un peu d'alcool ?

Le soir ?

- Ca m'aide un peu à dormir, des fois.

-T'as besoin d'un coup de main.

Ce qui s'est passé là-bas, c'est pas évident,

et particulièrement pour toi.

T'oublieras jamais, personne n'oubliera jamais,

mais il faut le digérer.

T'as... T'as déjà eu des pensées suicidaires ?

Un peu ?

- J'ai pas trop envie de parler de ça.

-On pourra en reparler. Y a le temps, t'inquiète.

Je pense qu'un temps d'hospitalisation...

-Longtemps ? -Hein ?

-Longtemps ? -Non.

Le but, c'est pas de te garder.

T'es un bon gars, on a besoin de toi, on compte sur toi.

Ton 10 RC, quand il a un problème, il faut le réparer

et il retournera au combat. Toi, c'est pareil.

T'as besoin d'un coup de main, on va s'occuper de toi,

tu fais un petit temps le temps de te remettre en forme,

que tu sois bien toi-même, avec ta femme, ta famille,

avec les camarades, et tu seras encore mieux.

T'es pas le premier, t'es pas le dernier,

y en a plusieurs au régiment.

Je m'occupe de tout ça. Je te revois tout de suite.

- Merci, mon colonel.

-Tu sais, y en a d'autres qui sont dans ton cas.

C'est pas un signe de faiblesse de devoir se faire aider.

Tu connais ton code d'honneur ? -Bien sûr, mon capitaine.

-Le 1er article. -"Légionnaire, tu es un volontaire

"servant la France avec honneur et fidélité."

- Je te donne une mission, c'est de te porter volontaire

pour au moins un entretien avec le psychiatre,

qui pourra sûrement t'aider.

- Bien, mon capitaine.

C'est moi. Ca va ?

*-Pourquoi tu m'as pas appelée avant ?

- J'avais besoin de temps.

-Je savais pas ou t'étais. -Non...

Je suis rentré au régiment.

-D'accord.

- Je vais me faire hospitaliser quelques jours.

-Pour quoi ?

- T'avais raison, j'ai besoin d'aide.

-C'est bien.

- J'espère. -C'est une bonne chose.

Ca va te faire du bien.

Tu seras à quel hôpital ?

- Laveran, Percy...

-OK. Je pourrai venir te voir avec Maël ?

- Je sais pas. Je pense pas.

Maël, ça va ? -Ca va. Il te demande.

- Tu l'embrasses fort pour moi ? -Tu sais quand tu rentres ?

- Je te dirai, d'accord ?

Je t'embrasse fort.

-Au niveau de votre programme, le petit-déjeuner est servi

à 8h dans votre chambre. - Mmh mmh.

- Ensuite, à 9h30, vous allez avoir la visite du médecin psychiatre,

à 15h, la visite de la psychothérapeute

et finalement, à 17h, vous allez avoir

des thérapies en groupe avec d'autres soldats

autour de la respiration et de la relaxation.

Vous avez des questions sur le programme

ou l'installation ? - Non, ça va, merci.

- OK. Vous allez vous plaire ici, ça va aller.

On arrive dans votre chambre, chambre 21.

Bonjour, M. Rodgers. Comment allez-vous ?

Je vous présente votre nouveau camarade de chambrée, M. Vandeville.

Je vous laisse vous installer et je reviens dans une heure.

C'est bon pour vous ? - Bon pour moi.

- Bonne installation. - Merci.

-Rodgers Abraham,

caporal au 2e REI.

- Vandeville Roman, 1er REC.

- Tu viens d'où ?

- Gaulois.

Il rit.

Et toi ?

- Cameroun, tu connais ? - Non, j'ai jamais été.

- Ca te fait pas trop bizarre d'être ici ?

- Un peu.

-T'as le cul sur un lit 5 étoiles, t'as des pom-pom girls

qui viennent à 18h, soda, pop-corn,

home cinéma, tu regardes ce que tu veux.

T'es bien, frère. T'es bien tombé.

Abraham rit.

- Ca fait longtemps que t'es là ?

Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

- J'ai mangé une rafale de 12 dans le bras gauche

suivie d'un bon syndrome post-traumatique.

Mais ça va, je suis en vie, non ?

- Ouais, t'as bonne mine. Abraham rit.

...

- Mon Gaulois ! Roman rit.

Et toi, t'es là pour quoi ?

- Pour faire un bilan. -Ca va.

- Je fais des cauchemars,

mais bon, ça va, je suis en forme physiquement.

- Y a pas de "ça va", frère.

Je sais ce que c'est, les cauchemars.

Des fois, c'est pire que d'avoir un bras déchiqueté.

Je suis sûr que t'as des clopes dans tes poches.

Roman ricane. Mmh ?

- Ouais. T'en veux une ?

- Après mes soins.

Y a les dames qui vont venir dans 20 minutes.

Si tu veux, je te rejoins après.

Ca va bien se passer ici.

Ca va le faire.

...

- M. Vandeville ?

Comment allez-vous ?

- Ca va.

- Vous êtes bien installé ?

Il renifle. -Oui.

- Vous avez rencontré un peu...

les autres patients ?

- Quelques-uns, oui.

- Et la nuit, ça se passe comment ?

- Je dors pas très bien. - Oui...

Vous continuez les cauchemars qui étaient mentionnés ?

(-Oui.)

- Est-ce qu'il vous serait possible de me...

raconter ce qui se passe dans les cauchemars ?

Roman pleure.

...

- Je sais pas trop comment en parler.

...

- Avec vos mots,

les images,

qu'est-ce qui vous vient là, tout de suite ?

- Ben...

Ce que je peux vous dire, en tout cas...

c'est que le soldat qui est mort,

c'était plus qu'un camarade.

C'était un frère.

Il a sauté sur un IED.

Un putain d'IED !

Il est mort à côté de moi.

Juste à côté de moi.

Et depuis, je me sens comme une merde...

Il renifle.

- Que voulez-vous dire ?

- Ben une merde, d'avoir rien fait pour lui !

OK, attendez, putain... C'est quoi, votre but, là ?

Je veux avancer,

d'accord ?

C'est pas en ressassant ces conneries-là

que je vais m'en sortir.

OK ? Je veux juste oublier.

- Je comprends très bien.

Je pense...

que ce dont vous souffrez, c'est...

C'est ce qu'on appelle, dans notre jargon médical,

"un syndrome de stress post-traumatique".

Vous savez ce que c'est ? - Non.

- C'est un désordre anxieux sévère

qui se manifeste

après une expérience qui a été vécue...

comme traumatisante,

avec une confrontation à l'idée de la mort.

- Et donc ? - Et donc,

il est nécessaire de pouvoir mettre des mots

et parler sur ce que vous avez traversé.

- Non, mais ça va, mais je suis pas une victime, moi !

Je suis pas une putain de victime ! Je... Regardez, je bouge !

Je peux me lever, parler, tout faire !

Y en a qui sont morts, putain !

Je peux pas faire ma chialeuse !

Je chiale tout le temps, putain !

Je vais pas parler de ça, merde !

On peut passer à autre chose ? J'ai envie de guérir !

Vous comprenez ça ou pas ? Guérir, putain !

Il claque la porte.

Il renifle.

Il inspire et expire profondément.

...

Il sanglote.

...

- Ca va ? (-Ouais.)

(Ca va...)

- Vas-y, pleure.

Oui.

Y a pas de mal.

Moi aussi, je me cache pour pleurer.

Vas-y, viens, on va fumer une clope. Vas-y, viens.

"Un jour, nous aurons notre matin

"et nous retrouverons notre soleil.

"Nous quitterons le tohu-bohu intérieur."

C'est mon psy qui dit ça.

- Le chaos... - C'est ça.

Qu'est-ce que j'ai fait de mon frère ?

Pourquoi il est parti et pas moi ?

Cette question qui me ronge tout le temps :

pourquoi mon adversaire est tombé et pas moi ?

Pourquoi mon camarade est mort et pas moi ?

La culpabilité, frère.

C'est le chaos qui amène toutes ces questions.

La communauté nationale,

elle nous accueille pas comme elle devrait.

On a frôlé la mort.

On peut pas oublier ça.

Ils nous envoient à l'étranger pour faire leur guerre,

on se charge de leur sécurité,

mais qui se charge de ta douleur ?

- Je sais pas...

- A titre collectif,

tout le monde nous comprend, tout le monde est choqué.

"On se sent seuls", "Oui, on vous comprend".

Tu penses qu'à titre individuel, ils sont choqués ?

Musique triste

...

-Et on rentre à l'intérieur.

A l'intérieur, au plus profond de soi-même,

où il y a peut-être des endroits

un peu sombres, et peut-être des endroits,

au contraire, où la lumière s'y trouve.

Tout ce qu'on ressent

est tout à fait normal.

On n'est pas là pour lutter contre ces agitations,

on n'est pas là non plus pour lutter

contre le bonheur, contre le bien-être, au contraire.

On va aller chercher

au plus profond de soi, dans le recoin le plus profond,

certains équilibres, certains points...

...lumineux,

et amener de plus en plus cette lumière,

de plus en plus profondément.

...

Il y a des endroits

encore plus fermés,

dont on ne se laisse pas l'accès.

Il y a une sorte de petite pièce

en chacun de nous qu'on ferme parfois à double tour.

Eh bien, cette pièce,

on va y pénétrer.

Peut-être que certains,

aujourd'hui, vont trouver ça un peu difficile de l'ouvrir.

Peut-être, au contraire, c'est le moment.

On a cette fameuse clé.

On tourne les deux tours,

puis on pénètre dans cette pièce, qui est la vôtre.

La pièce la plus profonde à l'intérieur de vous.

Il y a tellement de choses

qui ne vous appartiennent pas, dans cette pièce.

C'est le moment

de la vider.

...

-Là, je viens tous les mois,

par rapport au suivi de mon traitement.

- Parce que tu as déjà fait... -Plus la psy, à côté.

- Tu as fait d'autres consultations plus rapprochées,

et maintenant, ça s'espace ?

-C'est ça. Ca s'était espacé pendant un moment.

Puis là, ça s'est... J'avais pris un traitement.

Enfin, j'ai commencé à prendre un traitement.

Il fallait suivre, en fait. - Pour voir si tout allait bien ?

-C'est ça. -Tout va bien ?

-Ouais.

Fort accent de l'est -J'ai continué à servir la Légion.

J'ai resigné encore cinq ans.

Je reste dans le 2e REI.

J'ai changé de spécialité. -D'accord.

- J'étais avant tireur d'élite,

et maintenant, à cause de mon accident,

je pense que je vais prendre un métier administratif.

Je pense quelque chose...

Le capitaine m'a proposé de travailler sur l'administratif,

peut-être vaguemestre.

Vaguemestre dans un régiment.

Peut-être que c'est un bon boulot, plus tranquille,

et pas beaucoup de physique. -Je pense aussi.

- Maintenant, j'ai pas trop d'activité.

Je refais du sport de mon niveau.

Je fais du sport en salle.

-T'as repris ? -Oui, j'ai commencé.

Je fais la rééducation et je fais du sport au régiment.

-Ca, ça doit te...

- Oui, ça monte... -Reprendre le sport...

- Ca me remonte le moral. Psychologiquement,

c'est bien. -Oui, ça fait du bien.

J'avoue.

-Pour l'instant, j'habite à la caserne.

Peut-être que cette année ou l'année prochaine,

je prendrai un appartement.

-Trop bien !

- Là, ça va être bien. En termes de vie...

-Vie normale, pas militaire. -Ouais.

Oui, tu as le droit d'être heureux, maintenant, c'est bon.

Ca y est. C'est chouette.

- Tu rentres au régiment pour le week-end ?

(-Ouais.)

-Moi, je peux pas bouger.

Je suis en observation stricte.

Ils vont me transférer à Abidjan.

Il souffle.

Ils vont me transférer chez les fous !

Il rit.

Tu vois, des fois, je fais ce rêve étrange.

Il y a un village qui a été attaqué,

il y a des hommes qui supplient la mort.

Ils ont peur d'elle.

Ils lèvent la main vers le ciel.

Je vais vers eux et je leur dis

qu'il n'y a plus de Dieu...

...nulle part,

que cette nuit est éternelle,

c'est la dernière nuit du monde.

Il y avait cette maison,

une case faite de pierre.

Il y avait cette femme, allongée sur un drap blanc.

Elle avait une médaille de la Vierge.

Elle m'a regardé,

il y avait des mouches qui volaient sur son visage.

Elle m'a dit qu'elle a vu la beauté du monde

et la guerre qui la ronge.

Tiens, c'est pour toi. Cadeau.

-Pour moi ?

- Elle me suit depuis mes 13 ans.

Elle appartenait à mon grand-père.

Il me l'a offerte.

(-Merci.)

Elle soupire.

- J'ai été déployée en 2010 en Afghanistan.

De janvier... à juin.

Et...

J'ai vécu 17 morts,

dont mon premier avait 18 ans.

J'ai été blessée à la main

une semaine avant de rentrer en France.

Quand je suis rentrée en France,

on m'a annoncé...

que mon meilleur ami faisait partie des décédés

de l'attentat du 13 juillet.

Donc, moi, je l'ai mal vécu, parce que...

je devais le remplacer à la base sur ce poste-là,

mais comme j'étais une femme et que je me suis blessée,

je n'ai pas pu le remplacer.

Donc, j'ai vécu...

quatre ans avec la culpabilité, parce que quand il est mort,

sa femme était enceinte.

Elle a accouché 15 jours après qu'il soit décédé.

Et il laissait deux enfants, une femme.

Moi, je laissais rien, j'étais pas mariée,

j'avais pas d'enfant, j'avais que dalle, quoi.

Donc...

Donc, en fait, j'ai trouvé une solution,

c'est qu'en 2014, on m'a proposé la Centrafrique,

et je suis partie en Centrafrique.

En Centrafrique, j'avais pas prévu de revenir en France.

J'avais envie de ressentir ce qu'avait ressenti mon...

Mon ami qui était mort sur place.

Donc, je l'ai bien ressenti.

J'ai senti les tirs pas très loin, entre mes jambes,

j'ai vu deux jeunes soldats du 8e RPIMa

qui sont décédés, encore.

C'est la première fois de ma vie que j'avais pas envie de mourir.

(-J'y arrive pas.)

-En ce qui me concerne,

j'ai été déployé en Afghanistan en 2011-2012.

Et j'étais en Kapisa,

au niveau de Tagab, avec les chasseurs alpins.

Et lors d'une patrouille, on remontait du sud,

on remontait du poste de combat secondaire,

on remontait vers la base...

On prend le chemin, et un peu plus loin, sur le chemin,

on avait des enfants... qui jouaient.

Au bord de la route, il y avait un carton, une malle,

on ne sait pas trop, et ça avait attiré mon attention.

On n'avait pas d'unité du génie devant nous,

donc on a commencé à s'engager.

Et un peu avant d'arriver sur le point,

un des enfants s'est approché du carton

et a tapé dans le carton.

Le carton a explosé.

C'était un IED qui était placé pour nous

et qui devait exploser à notre passage,

ou peut-être en tapant dessus.

Les enfants ont volé un peu partout.

Il y en a plusieurs qui ont rampé.

Que des morceaux. On ne pouvait rien faire.

Puis la mission a continué, puis...

Puis je suis rentré en France,

plus tard, en 2012, et j'ai...

Par orgueil, par ego, j'ai mis un mouchoir dessus,

pensant, aussi par rapport à ma fonction de chef,

qu'il fallait pas que j'en parle, que je prenne sur moi,

et que je m'occupe de mes subordonnés.

Et plus tard, j'ai été muté dans une autre unité,

et ça allait pas. J'étais plus avec mes soldats.

Je pouvais plus parler.

Puis, finalement,

j'ai commencé à boire un peu plus.

Et puis à rester de plus en plus tard au bureau,

puis à ne pas vouloir rentrer chez moi.

Cet événement, ça m'a beaucoup marqué,

parce que j'étais jeune papa.

Ma fille était née une semaine avant que je parte.

Et finalement, étant de plus en plus absent,

étant de plus en plus loin,

et ayant de moins en moins de contacts,

le divorce est arrivé, les événements se sont enchaînés.

Ca a été une spirale, petit à petit.

Et un jour, un ami médecin m'a forcé à parler,

il m'a forcé à aller voir un médecin,

à aller voir un psy.

J'ai pas été blessé en tant que tel.

C'était pas nécessaire d'en parler ou de juger

qu'il y avait quelque chose de psychologique derrière,

mais au fond de moi, ça m'a vraiment marqué.

Voilà.

- Moi, j'ai toujours voulu faire l'armée

pour faire le tour du monde et faire des OPEX.

Et...

Et on fantasme un peu dans les théâtres d'opérations,

on cherche un peu tous l'adrénaline.

Au début, on se rend pas compte. Au début, c'est bien, c'est rigolo.

Et puis le temps s'installe,

et quand il faut aller au feu, ben...

On a été entraînés, payés pour ça pendant des mois ou des années,

c'est le but d'un militaire, on n'est pas là pour...

Pour jouer. On nous le dit.

"Entraînement difficile, mission facile."

Pendant des années, on nous répète ça.

Et puis il y a eu un jour,

on a été envoyés en mission de reconnaissance

avec un régiment de dragons parachutistes

et on était positionnés avec une unité

sur un petit promontoire,

sur une ville où il y a une autre section

qui investissait le petit village.

Et bien sûr, ce qui devait arriver arriva,

le moment qu'on attend tous, le feu de l'action.

Donc...

Donc, ça commence à pétarader de loin.

J'étais en appui.

Et au moment de l'accrochage, il y a un des insurgés

qui a sorti une arme.

Il a été neutralisé rapidement.

Sauf qu'à un moment donné, on...

Il y a une des maisons où il y a un gamin - il devait avoir

une dizaine d'années -, il est sorti.

Et...

Ben il a ramassé la kala de son père.

Euh...

Moi, je l'avais dans... dans ma lunette,

alors que j'étais assez loin, mais c'était un tir facile.

Donc...

Donc, j'ai... Je me suis dit :

"Il va pas la prendre ! Il va pas la prendre."

Sauf qu'à un moment, il s'est baissé et

il a ramassé la... l'arme.

J'ai eu deux secondes d'hésitation, parce que, bon...

Tirer sur un homme, déjà, c'est...

c'est compliqué, mais sur un gamin, c'est...

Et...

Sauf que là, j'ai douté, un moment de blanc, donc...

Et il a commencé à tirer sur la section...

sur l'unité qui était...

déjà dans le village, donc déjà sous le feu... ennemi.

Et...

Ben là, j'ai...

Quand j'ai vu qu'il... Voilà... J'ai appuyé, et puis...

J'ai descendu un gamin de 13 ans, une dizaine d'années.

C'est un tir de 300-400 mètres, quand même, donc...

Sur le moment, on se rend pas compte de ce qu'on fait, on...

C'est après, effectivement... C'est après que ça fait mal.

C'est comme un cancer, quoi.

Plus le temps passe, plus c'est dur.

Et...

Il faut vaincre ça et se dire que...

Ben...

T'es tout seul, quoi. Donc,

tu peux en parler, mais le peu que tu en parles,

personne peut te comprendre.

Ce que tu as ressenti de...

C'est... Même les autres avec qui tu étais,

soit ça minimise, soit c'est...

Soit on met un mouchoir et on n'en parle pas.

Quand tu rentres... à la maison, ben...

Y a... Dès qu'y a un bruit, une odeur,

ç-ça te fait des flash-backs, tu reviens en arrière.

Et... Je sais pas ce qui s'est passé. Je...

Donc, c'est... C'est...

C'est dur. Notamment les...

Au-delà des séquelles physiques que tu peux avoir

quand tu pars en mission ou que tu peux être blessé.

C'est compliqué, quoi.

(C'est compliqué.)

-Mon unité, elle est rentrée du Mali, mais

j'arrivais plus, on va dire...

J'arrivais plus à rejoindre mon unité.

Mais...

Au niveau de Cadière,

le BSTAT, en fait, se rapprochait. Je devais

faire le BSTAT,

donc le chef BEI, il m'a...

il m'a mis à l'instruction avec des jeunes.

Mais... Pour vous dire, par exemple, les jeunes, c'est les officiers

qui arrivent, au régiment, et ils sont formés en fantassins.

Voilà, 12 semaines de formation. Sur 12 semaines,

il y en a huit, c'est en forêt, dans la garrigue.

Et... là, j'ai pas pu supporter de...

cette responsabilité que...

Envoyer les gars au combat, comme ça,

sous... sous mes ordres,

mourir ou être blessés.

Voilà. J'ai...J'ai pas pu les...

Et les cauchemars qui sont revenus, j'ai pas pu les...

L'alcool, la drogue...

Voilà, j'ai été placé en congé...

congé maladie.

Et...

Et après, un CLDM.

C'est en positionnement actif, en fait.

Et...

J'ai séparé aussi avec ma femme. Ma femme m'a quitté.

On a deux enfants.

Là aussi elle a pas supporté. J'étais devenu violent, alcoolique.

Et... Mais...

La seule chose qui me restait,

c'est des valeurs,

les valeurs à l'armée.

Moi, je me suis engagé à 19 ans.

Les enfants aussi, il me restait.

Je me suis engagé à 19 ans, voilà.

C'est notre... C'est notre but.

C'est légionnaire. Tu es un volontaire.

Servir la France avec honneur et fidélité.

Voilà les valeurs que j'ai...

qui m'ont repêché...

de tout ça. Le sport.

Et mes enfants.

- En vous écoutant, je me rends compte

que je suis le seul qui ne soit pas militaire, ici.

Pourtant, ce que vous dites résonne beaucoup en moi.

Je vous ai dit que j'avais deux enfants.

En fait,

voici Hugo.

Hugo, c'est...

Eté 2015,

son dernier été. Il avait 23 ans.

Il étouffe un sanglot, puis soupire.

Et il est allé au concert au Bataclan.

J'ai pas connu, comme vous,

des théâtres d'opérations, de guerre,

mais je peux vous dire que...

Paris...

Tous les gens que j'ai rencontrés

étaient dans une... dans un état de chaos

qui faisait que

certaines personnes se sont, je dirais,

élevées au-dessus des autres.

J'ai été pris en charge

à l'institut médico-légal par une personne qui m'a dit :

"Vous avez de la chance, car vous pourrez voir votre fils,

"à travers une vitre.

"Y en a très peu que l'on peut voir, puisque,

"parfois, on ne peut montrer aux familles

"qu'une main à travers un drap,

"puisque les... leurs enfants sont dans des états

"qui font qu'on ne peut pas les montrer aux familles."

Donc, j'ai... j'ai pu

voir mon fils, j'ai pu le... le reconnaître.

Et puis, bien sûr, a commencé le moment

où on doit commencer à vivre avec,

notamment, la culpabilité.

Ce que vous avez évoqué sur la culpabilité, sur le fait

de prendre sur soi,

ben c'est moi qui l'ai payé, le prix, pour le Bataclan.

-Je pense que, quand on a,

surtout une blessure psychologique,

y a la culpabilité,

mais parfois, y a la honte.

On n'a pas...

On n'a pas la légitimité d'être blessé.

On n'a pas la légitimité à parler,

alors qu'il y a des gens qui ont perdu une jambe,

qui ont... perdu un conjoint,

qui... Enfin, voilà.

Cette honte, elle pousse beaucoup de gens

à se taire et à...

à s'enfermer, en fait, sur leur histoire.

Je pense que...

Enfin, pour ma part, en tout cas,

ce qui m'a beaucoup aidé, c'est... par hasard,

d'en discuter avec une collègue, une adjudant-chef,

qui a vécu un peu la même chose que moi :

pareil, un retour d'Afghanistan très compliqué,

des décès dans sa... dans sa section,

son... pareil, son meilleur ami qui reste...

qui revient pas.

Et ça fait cinq ou six ans que je la connais,

et j'avais pas du tout conscience de tout ça.

Elle, elle en a jamais parlé, avec aucun psy, aucun médecin.

Euh... J'ai toujours senti qu'il y avait quelque chose,

et puis, un jour, je me suis mise à pleurer,

parce que c'était très, très dur,

pendant un footing.

Passionnant !

Et... Et puis elle a tout lâché,

elle m'a dit : "Voilà, moi aussi j'ai vécu ça."

Et... Elle s'est reconstruite au travers d'une association,

pareil. Elle s'est... Elle a rencontré des gens

avec qui elle en a parlé,

complètement dans le cadre privé, la camaraderie,

et puis... Pour les civils, c'est un peu différent,

mais à l'armée, on a forcément quelqu'un...

Enfin, y a forcément quelqu'un

qui sait ce qu'on a vécu.

Il faut trouver la bonne personne.

Ca peut être un psy, ça peut être un camarade,

un ami. - Un binôme.

- Pardon ? - Un binôme.

- Un binôme, exactement. Faut se trouver un binôme

et il faut apprendre à vivre avec.

On parlait de résilience.

C'est quelque chose qui doit forger,

qui doit rendre plus fort.

"Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort."

Et c'est important, et je pense que d'en parler,

c'est... c'est le début de la guérison.

L'armée va de l'avant, mais il faut aussi,

individuellement, aller de l'avant.

-Ma compagne, elle était mineure.

Sur un axe qu'on devait sécuriser à pied.

Il déglutit.

Il soupire.

(Y a un IED au milieu de la route.)

Respiration chevrotante

(Moi, je suis sur le bas-côté,

(avec des camarades.)

Sanglots contenus

...

(Et tout a basculé.)

...

Sanglot

(Juste de la poussière.

(Beaucoup de poussière.

(Du sang,

(des cris...)

Sanglot contenu

Et de la culpabilité,

et de pas avoir fini la mission !

Il renifle.

Il souffle.

Il soupire.

(J'ai perdu beaucoup d'amis, là)

...

(Duhamel.

(Didier.

(Gaby.

(Dimitri.)

- Qu'avez-vous ressenti, durant cette explosion ?

Il renifle.

(-Rien.)

...

(J'étais...

(projeté mentalement en dehors de la scène.)

Il soupire.

(J'ai tout vu,

(tout entendu, même.)

Il déglutit.

Je suis revenu dans le monde des vivants

en étant comme mort, docteur.

(Depuis...)

Il souffle.

...j'ai honte !

Il sanglote.

... (Tout le temps !)

Il soupire.

(C'est comme si j'avais triché.)

Comme si j'avais pas le droit d'être vivant !

(Vous comprenez ?)

Il soupire.

-La honte,

c'est un sentiment qui conduit à l'isolement,

la solitude.

Soupir -Même au suicide, docteur.

-Vous y avez pensé ?

Il respire lourdement.

Il déglutit.

Il soupire.

(-Docteur,

(quand est-ce que je pourrai partir de cet hôpital ?

(J'ai envie de dormir au régiment.)

-Je comprends.

Il renifle.

Je vais vous proposer quelque chose.

Vous pourrez partir demain.

Mais, si vous êtes d'accord,

j'aimerais qu'on continue à se revoir ici,

régulièrement, à l'hôpital.

Je pense que c'est bien, pour vous,

de continuer ce que vous avez commencé.

Il renifle.

(-D'accord.)

Il soupire.

- Pour la garde,

garde à vous !

Clairon

Présentez

armes !

Attention, pour les couleurs !

Envoyez !

...

Musique douce

... Ils chantent.

... ...

... Brouhaha joyeux

... ...

... Ils rient.

... Brouhaha

... ...

...

... ...

... Ils comptent en choeur.

... ...

...

... Il grogne joyeusement.

... Ils rient.

... ...

...

Je vais rester au régiment.

...

-Et tu rentres quand ? -Je sais pas.

...

Mais je vais revenir.

...

... Clara.

... -Hm ?

-Pardon pour tout ce que je vous fais subir.

...

... Mais je vous aime.

Musique sombre

...

Musique douce

...

SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA

...

Musique douce enjouée

...

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