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Original subtitles

"Voici quelques ann�es...

peu importe combien,

le porte-monnaie vide ou presque,

rien ne me retenant � terre,

je songeai � naviguer un peu

et � voir l��tendue liquide du globe.

C�est une m�thode � moi pour secouer la m�lancolie,

et rajeunir le sang.

Quand je sens s�abaisser le coin de mes l�vres;

quand s�installe en mon �me le crachin d�un humide novembre;

alors, j�estime qu�il est grand temps pour moi

de prendre la mer.

Il n�y a l� rien de surprenant.

S�ils en �taient conscients,

presque tous les hommes ont, une fois ou l�autre,

nourri, � leur mani�re, envers l�Oc�an, des sentiments pareils aux miens. "

Maintenant j'en suis certain.

Le d�but de Moby Dick d�crit presque exactement

ce qui nous est arriv�.

Tout a commenc� il y a trois ans,

quand Luciano est parti �tudier en Espagne.

D�sol�, mon ch�ri. Je ne sais pas ce qui m'arrive.

je m'�tais pourtant pr�par�e � ton d�part mais...

- Je ne pars pas � la guerre, tu sais. - Je sais bien.

Papa.

- Bon voyage. - Ok.

- Fais attention. - Je vous appellerai demain sur Skype.

Ok.

- Ok? - Bien.

Bye.

Salut.

- Au revoir, mon ch�ri. - Au revoir, maman.

Tu as tes m�dicaments?

Quels m�dicaments?

- Pour la naus�e. - Tu exag�res!

On l'a fait.

- Oui, et bien. - Tr�s bien, m�me.

- On va f�ter �a? - D'accord.

Oui?

Allons-y.

Ouh l�.. c'est parti pour la m�lancolie.

Tu regardes les photos avant m�me que l'avion soit au-dessus de l'Uruguay !

- Tu vas te coucher? - Oui, pourquoi ?

Tu es en pyjama.

Je voulais me mettre � l'aise.

- Il ne faut pas? - Si, si.

Je pensais que tu serais plus sexy pour notre premi�re nuit seuls.

Je ne suis pas sexy comme �a?

Regarde cette photo. Luchi venait de na�tre.

- Regarde-toi. - Ce n'est pas moi.

Ce type, ce n'est pas moi.

Ce type n'a pas les cheveux gris, et il a toutes ses dents.

Ce n'est pas moi.

- Regarde celle-l�! - Laquelle?

A Tenochtitlan. - Ne m'en parles pas.

Tu t'�tais "enpiment�e".

- Quoi? - Enpiment�e.

Une vraie Mexicaine.

"J'aime le piment, j'en veux plus,

j'aime la nourriture �pic�e."

Et on a pass� les 3 jours suivants �comprendre notre douleur.

Je m'en souviens parfaitement.

J'aime go�ter la nourriture locale l� o� je vais.

Pas comme toi, qui te passionnes pour la litt�rature latino-am�ricaine,

les Rulfo et les Fuentes,

mais qui finis par manger au MacDonalds.

Bien s�r, parce que le peuple va au McDonalds.

Les petits-bourgeois �clair�s,comme toi, ne jurent que par la nourriture ethnique,

et ce "Mac Taco",

c'�tait la chose la plus ethnique que j'ai go�t�e dans ma vie.

L�,�on �tait �Cordoue.

Je pouvais encore plier mes genoux, � l'�poque.

Regarde ces baskets, on n'en fait plus des comme �a,

vraiment r�tros. - Bon...

- Qu'est-ce qu'il y a? - Rien. Je les regarderai demain tranquillement,

sans personne pour m'emp�cher d'�tre triste.

J'essayai de te faire rire, ma ch�rie

- Fais �a un autre jour, je t'en prie. - Ok, merci.

Merci, ch�rie. Tchin.

Quoi? Tu fais quoi?

- Quoi? - Tu es si sexy.

Je te l'avais bien dit. Et �a se voit.

D�sol�, ch�rie, je suis en retard.

J'ai un cours dans une demi-heure. Je ne sais pas ce qui m'arrive.

Tu n'es jamais � l'heure!

Toujours en retard, o� que tu ailles.

Tu devrais t'acheter une montre.

Pourquoi faire? J'ai mon portable.

- Alors regarde-le, dans ce cas. - C'est ma faute, je sais

- Encore un peu de caf�? - Oui mais verse-le l�, l�.

L� ? Un peu "prolo", cette tasse.

Pas grave, �a le gardera au chaud toute la journ�e.

- Ok. - Assez, assez.

- Et roule doucement . - T'inqui�tes.

Au revoir, d�sol�. Embrasse-moi. Au revoir.

- Arrange ta chemise. - Oui, oui.

Au revoir.

Nous allons parler aujourd'hui de l'ennui, de la lassitude.

La question est : Est-ce un univers ad�quate pour un �crivain Latino-Americain ?

Non, bien s�r.

La seule chose que l'on peut emprunter � l'Europe

c'est le mod�le Nietzsch�en.

Nous devons sans cesse nous questionner.

Discuter, se passionner...

Comprendre.

Se perdre.

La cl�, c'est peut-�tre : ne pas comprendre.

Mais ne vous laissez pas gagner par l'ennui, de gr�ce.

Ce qui nous interpelle

c'est la faim, la mis�re,

l'angoisse de l'avenir.

Quel serait l'unique signe identitaire

de l'�crivain Latino-Am�ricain ?

Attendre le coup de fil d'un �diteur Espagnol ?

Si vous voulez mon avis, les gars

ne tournez pas autour du pot.

Je sais que �a ne fait pas tr�s acad�mique,

mais c'est ici et maintenant. Si vous voulez �crire,

ne tournez pas autour du pot.

Cela vaut aussi pour la vie.

C'est ma chambre, maman

mon bureau est petit, mais �a va.

Tr�s bien.

Voil� Lao Phen.

Je suis � deux rues de la Place Carabajal.

C'est bien.

Comment tu vas ? Et papa ?

Tout va tr�s bien, mon amour.

Papa va arriver.

C'est qui cette fille ? Je n'ai pas bien entendu.

C'est Lao, ma coloc.

Tu partages ton appart avec elle?

Oui, c'est �a. Et alors?

Rien... Voil� ton p�re.

Viens. Viens voir �a.

Je suis avec Luchi.

Salut, fiston. Ca va ?

Bien, et toi? - Tout va bien.

Tu as commenc� les cours?

Oui, depuis quelques jours.

Bien. Avec qui tu es ?

- Sa coloc. - C'est Lao, ma coloc.

- Lao, viens voir mes parents. - Sa coloc ? Mon oeil !

Bonjour !

- Hello! - Enchant� !

Elle est Vietnamienne.

Je pense que tu ne vas pas beaucoup �tudier...

Tr�s dr�le.

Non, c'est la v�rit�.

Tu es lourd, papa.

Je vais me coucher j'ai cours demain.

- C'est �a, bonne nuit.. - Mon amour, tu nous manques!

- Bisous! - Fais attention � toi, bye.

- Bye. - Bye.

Incroyable mais vrai ! Le type est parti faire ses �tudes en Espagne

et il a p�cho une coloc Vietnamienne avec les seins d'une Italienne.

- Luchi avait raison. - Pourquoi?

- Tu es vraiment lourd. - Mais non, je m'inqui�te pour lui

et pour son int�grit� physique. - Elle venait d'o� d�ja, la fille ?

Du Vietnam.

Qu'est-ce qu'on mange?

Des empanadas, je n'ai pas envie de cuisiner.

J'en ai de Capri et de Tucumana.

De Capri ? Pourquoi de Capri ?

Qu'est-ce qu'ils connaissent aux empanadas, les Italiens ?

- Tu aimes celle de Capri. - Non, toi, pas moi !.

Et pourquoi les empanadas de Tucumana? Je pr�f�re celles de Salta.

- C'est la m�me chose, allez. - Pas du tout!

Toi, tu crois que Jujuy, Salta et Tucumana c'est la m�me chose !

Je vais encore t'expliquer la diff�rence.

Mais fais bien attention.

- Je t'�coute. - Ok.

Dans celle de Salta, il y a des pommes de terre,

pas dans celle de Tucumana.

Dans celles de Salta, il y a de la viande h�ch�e,

Dans celles de Tucumana, elle n'est pas h�ch�e.

Et, autre diff�rence,

une est piment�e, pas l'autre.

- Je continue? - Non, �a va.

Un jour, j'en ach�terai de Salta, de Tucumana et d'ailleurs,

et je te les ferai go�ter et si tu arrives � les diff�rencier, tu auras gagn�.

Gagn� quoi?

Tu pourras faire de moi tout ce que tu voudras..

- Ok, on le fait tout de suite - Non, pas maintenant.

Si, tout de suite, j'en ai assez de cette discussion interminable.

- D'accord. On le fait tout de suite. - Bien.

- Ne triche pas, ne regarde pas. - D'accord, vas-y.

On commence.

C'est quoi, �a? Tu te prends pour un sommelier d'empanadas?

- L'odeur, c'est important... - vas-y.

- Tucumana. - Tr�s bien.

Pourquoi Tucumana?

Parce que la viande a �t� coup�e au couteau...

avec un petit go�t frais que n'a pas celle de Salta.

Bien.

Une autre.

Tu as eu de la chance.

- De la chance? - Ouais.

Tucumana, encore. M�me odeur.

- Je peux enlever �a? - Non. Arr�te.

- J'ai faim. - Attends.

- La derni�re. - Donne-moi un peu d'eau,

sinon les go�ts se m�langent...

C'est de l'eau?

Sans sodium.

Salta.

C'est �a ! Super !

Tu es un g�nie.

- Tu as gagn�. - Je sais.

Demande-moi ce que tu veux.

Attends.

Mange de la Tucumana.

Je peux l'enlever, maintenant ?

Oui.

Ca m'a donn� faim.

- C'�tait comment aujourd'hui? - Ennuyeux.

On a commenc� avec un groupe de m�nag�res de plus de 50 ans,

Dans quel but ?

Parce que d'apr�s les sondages, si tu restes chez toi

� cet �ge-l�, sans rien faire,

tu d�primes.

Pas de r�flexion, s'il te plait.

- Je n'ai rien dit. - Je sais.

Mais je te connais et je sais ce que tu penses.

Et je pense quoi ?

Qu'un jour, je pourrais faire partie de ce groupe.

Toi ?

Jamais .

Non, laisse tomber.

Vous regardez la t�l�? - Oui, oui.

- Non, pas moi. - Oui, des s�ries.

- Des s�ries? - C'est �a.

- Moi, c'est l'ordinateur.

Vous regardez quel genre de s�ries?

"Merli." "House of cards."

Je regarde "La casa de papel", les filles.

-ils disent que c'est g�nial. - Oui, super, je l'ai vue.

- Et � la fin... - Non, ne dis rien !

La meilleure s�rie c'est "Game of Thrones".

- Arr�te! Avec ce nain, l�.. - Je l'adore.

Il est si beau.

J'arr�terai les s�ries quand je serai grand-m�re.

j'aimerais �tre grand-m�re.

j'aimerais �tre grand-m�re.

Qu'est-ce que tu as? Tu ne peux pas dormir?

Non.

Il s'est pass� quelque chose?

Non. Je ne sais pas.

Peut-�tre.

Il te manque.

Qu'est-ce qu'on va faire?

Comment �a?

Nous.

Je ne comprends pas. Qu'est-ce que tu veux faire?

Je suis ici...

Je regarde ces choses.

Les cadres, la table, le canap�, cette tasse...

Je ne sais pas.

Pourquoi on a tant d'objets?

J'ai un peu sommeil. Tu peux pr�ciser?

Pourquoi tu es si cal� sur les empanadas?

Je ne sais pas...quand j'�tais petit...

Ecoute, on savait que �a n'allait pas �tre facile.

On a donn� plus de 20 ann�es de notre vie � notre fils.

On l'a �lev� avec amour, �ducation,

sacrifices et joies...

pour qu'il puisse faire exactement ce qu'il est en train de faire aujourd'hui,

y compris la Vietnamienne.

Il est parti il n'y a m�me pas un mois.

D�tends-toi, nous avons toute la vie devant nous.

C'est ce qui me fait peur.

Quoi?

Qu'est-ce qui nous attend? A toi et moi.

Je ne sais pas. Quel va �tre le prochain �v�nement important dans notre vie?

Devenir grand-parents?

Avec un peu de chance, dans 10 ans.

Et j'esp�re bien que �a arrivera.

Mais en attendant, je fais quoi?

La m�me chose que durant toutes ces derni�res ann�es.

Tu as un boulot, que tu aimes. Tu as des amies, sinc�res.

Tu cherches des probl�mes l� o� il n'y en a pas.

Je crois que tu ressens fortement

l'angoisse du "nid vide".

Je n'�tais pas s�r, mais l� �a devient clair.

C'est toi qui parle du syndrome du "nid vide"?

Le professeur de la crise existentielle ?

Ne t'inqui�tes pas.

Ce n'est pas � cause de toi. Je t'aime.

Je ne veux pas que tu me tranquillises, je ne veux pas trouver le calme.

Je ne veux pas fuir ce qui m'arrive.

Allons nous coucher.

Tous ces trucs, c'est quand je conduis que �a m'arrive...

- Vous en voulez? - Il y a quoi dedans?

De la viande, de la coriandre et du piment doux.

- Non, merci. - Moi, j'en veux bien.

Merci.

On m'a enlev� la v�sicule biliaire il y a trois mois.

Je ne savais pas.

Et qu'est-ce que tu peux manger?

Tout, mais bouilli d'abord. Ca craint.

Et pas d' alcool.

Et jusqu'� quand?

Encore au moins 6 mois, jusqu'� ce que mon syst�me se r�tablisse.

- En plus, mon colon est foutu. - Merde!

Apr�s 50 ans, il faut �viter les �pices.

Et tu me conseilles quoi, apr�s 50 ans?

- Une bonne assurance. - C'est �a.

Tu as raison!

Ca va durer presqu'un an.

Un an, c'est une �ternit�.

C'est dur. Je vois �a tous les jours en consultation,

mais je ne l'ai compris que lorsque �a m'est arriv� � moi !

C'est vrai.

Tu as perdu d'un coup toutes tes inqui�tudes,

tous tes probl�mes,

tout projet. - C'est �a.

Tu te souviens comment j'�tais quand Manu est parti ?

Non.

J'avais l'air de m'en foutre!

- J'ai pris au moins 12 kilos. - Non...

Je mangeais � longueur de temps. J'avais l'air d'un tonneau.

Tu te souviens quand je suis all�e aux Temazcales?

Tu m'as racont�.

Tu sais ce qui m'a sauv� la vie?

L'aventure que j'ai eue. Tu te souviens?

C'est fini?

Oui ! J'ai perdu 2, 3 kilos.

Quand j'ai perdu 7 kilos, je ne l'ai plus revu.

Salut, Gonza.

- Ca va? - Salut, Marcos.

Je ne savais pas que tu avais une petite-fille!

De quoi tu parles? C'est ma fille, Leia.

Tu ne savais pas?

Tu d�connes? Avec Miriam?

Non! J'ai divorc� il y a 4 ans.

- Non, non. - Je ne savais pas.

- Voil� ma femme, Natacha. - Bonjour!

- Gonza, Marcos. - Bonjour.

F�licitations. - Merci.

- Je dois changer ses couches.

Elle est magnifique.

- A tout-�-l'heure. - Oui.

- J'y crois pas. - Je suis si heureux, Marcos.

Je te f�licite.

J'aurais jur� que tu ne divorcerais jamais.

Il y a 10 ans, tu m'as dit:

"On a h�te d'�tre seuls pour voyager, �tre heureux.."

On dit tellement de choses. Et heureusement, la vie se charge de tout changer...

- Et Miriam est aussi tr�s bien. - C'est bien, �a.

Allo, vous m'entendez ?

Bonjour

Merci d'�tre venus, mes amis. Je suis tr�s �mu.

Depuis toujours, vous �tes mes amis.

Merci, Marquitos, Aldo, Gonza,

Anita, Carlos Maria...

Fefu. Fefu! Mauro...

Je suis si content.

Ernesto, qui est parti l'an dernier.

Il est all� o� ?

- Il est mort, idiot. - Tu ne le savais pas?

Luisito, Marta...

J'en oublie peut-�tre.

J'en ai pas oubli�s?

Mano, mon cher fils.

Et enfin, ma femme Lili Ma tr�s ch�re Lili.

Vingt-cinq ann�es ensemble et le feu est intact.

Je n'�tais pas n�e.

Une passion sans limite.

Et nous avons d�cid�, il y a longtemps, un �tat permanent de bonheur!

Avec des c�lins, des caresses, de la compr�hension

de l'amour, des jeux...

- du sexe sans limite! - Arr�te, �a suffit !

- la levrette... - Enlevez-lui le micro!

Emp�chez-le de parler et de boire! Il est bourr�.Stop !

Merci d'�tre venus.

Maintenant, partageons le g�teau.

Attends, j'ai une surprise.

- Quoi? - Baissez la lumi�re.

Qu'est-ce que c'est?

Qu'est-ce que tu fais?

Je fume.

Quand as-tu repris ?

Maintenant.

Il y a 2 jours, j'ai achet� un paquet,

et �a m'a rappel� combien j'aimais fumer apr�s l'amour.

Fais pas l'idiote. Tu as eu tellement de mal � t'arr�ter.

J'avais une bonne raison.

Il y a toujours une bonne raison.

Pour moi, �tre enceinte, c'est la meilleure raison.

Bien, alors fais attention.

La nuit derni�re, j'ai senti quelque chose.

Tu devrais faire un test de grossesse.

Revoil� l'humour noir !

Ne t'inqui�tes pas,

ce corps

n'a plus aucun oeuf � f�conder.

Je ne fumerai que 2 cigarettes par jour.

- Ne t'inqui�tes pas.. - Ouais. C'est ce que tu dis maintenant.

Il est quelle heure en Espagne ?

4 heures dix.

J'appelle Luchi.

Il est en ligne !

On fait quoi ? On va au cin� aujourd'hui?

Ok, mais plus tard.

On va faire une balade avec Edi.

Il ne r�pond pas.

Il est peut-�tre sorti.

Mais il est en ligne.

Il fait peut-�tre une petite sieste avec Miss Sa�gon.

Je vais d�jeuner avec ma m�re

et on se retrouve apr�s.

- Ok. - A 8 heures.

A 8 heures.

Mais pas tes 8 heures � toi, � 8 heures.

D'accord, � tes huit heures.

Non, � 8 heures.

Oui. On se voit � 8 heures.

Cet homme a conquis mon coeur.

- Ne sois pas choqu�e. - Je ne suis pas choqu�e.

J'aime te voir heureuse.

Mais je me sens un peu nerveuse.

Regarde ce que je fais.

- Tiens. - Merci.

Magnifique.

Tu sais ce qu'on ressent quand on tombe amoureuse...?

Laisse-moi t'aider, c'est lourd.

Tomber amoureuse � 82 ans?

C'est pareil qu'� 20 ans, mais mieux.

Parce que rien ne presse.

Il a une peau si douce.

Super.

- Et il embrasse si bien! - Ca va, maman, arr�te.

D'accord.

Comment va mon petit-fils?

Tr�s bien.

Il est bien install�, il �tudie beaucoup.

Il va bien.

Et toi?

Je fais aller. Ca va, je pense.

- Il te manque? -Oui.

Oui, mais...

je ne sais pas si c'est �a, mon probl�me..

Tu sais quoi, ma ch�rie?

Ce moment �trange que tu es en train de vivre,

�a passera.

Regarde-moi.

Quand tu as quitt� la maison,

et que ton p�re est mort quelques temps apr�s,

je pensais qu'il ne me restait plus rien.

Et regarde ce que je viens de te raconter.

Je suis retomb�e amoureuse.

Tu as de la chance, maman, je suis contente pour toi.

C'est bien ce que tu dis.

- Ca t'ennuie si je fume une cigarette? - Non, si tu m'en donnes une.

Tu fumes, maintenant?

Non, mais tu me donnes envie.

Alors, fumons.

Comment tu fais sans Luchito?

Bien, bien.

- Il va tr�s bien - Super.

Ana est un peu bizarre. Je pense qu'il lui manque. Elle est triste.

C'est sa m�re, c'est normal.

- Et toi? - Bien, �a va. Lili va bien.

Alors, pourquoi tu veux te s�parer ? "Je vais bien" "Lili va bien."

Elle va bien, je me sens bien. J'ai r�pondu � ta question, non?

J'ai demand� pour vous deux.

On va bien.

Si on est encore ensemble apr�s 25 ans,

-c'est parce qu'on va bien. - La crise va arriver.

De quoi tu parles?

Je t'ai dit qu'on va bien. On s'aime encore apr�s 25 ans.

Ca te semble peu? Tu penses que c'est anormal?

Tu vois quelqu'un d'autre depuis 7 ans !

- Tu me juges? - Pas du tout.

Je veux dire, si tu vois une autre femme depuis si longtemps,

�a veut clairement dire

que quelque chose cloche dans ton couple.

Je pense que tu es tomb� amoureux de cette femme.

Anabella? Mais non, c'est que du sexe.

Que du sexe.

Et c'est �vident que les couples, �a ne marche pas bien.

Qu'est-ce qui fonctionne bien apr�s 25 ans?

Quand tu as une voiture,

apr�s 5 ou 6 ans, elle commence � d�conner.

La direction, le circuit �lectrique,

mais tu ne la jettes pas, elle te sert encore.

Non. Les choses se d�t�riorent quand tu les utilises.

Elles s'abiment, elles changent.

Mais tu ne la jettes pas parce qu'elle ne marche pas bien.

Et qu'est-ce que tu me conseilles?

Que je plaque tout et que je m'installe avec Anabella ?

C'est pas ce que j'ai dit.

On est vieux, Marquitos. je n'aime pas les grands changements.

Alors on ne change que quand on est jeune, Edi ?

S'il te plait, on n'est pas des machines.

On a des pulsions, du d�sir, de la culpabilit�.

Je suis ton ami, et je veux t'aider � trouver la v�rit�.

La v�rit�? Ras le bol de la v�rit�.

Tu as un probl�me avec la v�rit�, toi.

De quelle v�rit� tu parles?

- Tu n'as pas aim� l'exemple de la voiture? - Non, non.

Regarde Gonzalo, avec sa v�sicule.

Elle d�connait, il l'a faite enlever.

C'est comme �a. Et sa femme ne l'a pas jet�.

Tu t'entends, l�?

Qu'est-ce que la v�sicule de Gonzales vient faire l�-dedans ?

Je te parle d'autre chose!

- Pourquoi tu ris? - Pour rien, j'ai le vertige.

Je me demande si on parle de moi ou de toi !

Fais pas chier!

- Bonsoir. - Bonsoir.

S'il te plait, �teins.

Qu'est-ce que tu fais dans le noir?

Je ne sais pas, je n'ai pas vu la nuit tomber.

Eteins, je t'en prie.

Merci.

Tu as fait le m�nage?

Un peu. L�, je me repose. Je continuerai plus tard.

On ne va pas au cin�, alors ?

Il est un peu tard, non ?

Oui, d�sol�e.

Ma m�re m'a sci�e !

Elle est amoureuse... la grande passion....

Eh bien...

Mon Dieu! Je n'ai pas envie d'en parler.

Et toi, quoi de neuf ?

On a fait une balade avec Edi,

et je suis rentr�.

Et en t'attendant, j'ai fait un peu de m�nage et j'ai r�fl�chi.

Non, non. Ce n'est pas bon de r�fl�chir le dimanche soir.

Tr�s tr�s dangereux.

Je peux m'asseoir?

- Passe-moi le verre. - Tiens.

Magnifique, cette orchid�e.

- Oui, c'est vrai? - Oui.

Magnifique.

Qu'est-ce que tu ressens pour moi?

Et toc !

Rien.

- Et toc ! - Tu peux pas �tre s�rieuse?

Non, je peux pas �tre s�rieuse avec une telle question,

surtout venant de toi.

Pourquoi? C'est une question simple. R�ponds simplement.

La premi�re chose qui te vient � l'esprit.

- D�licieux!

Tu es l'homme que j'ai choisi pour partager ma vie.

Le p�re de mon fils.

Tu me fais rire.

Tu es expert en empanadas.

Quoi d'autre?

Tu es doux, protecteur...

Enfin..Pas trop doux. Doux-amer plut�t..

Mais c'est mieux. Tu ne me dorlotes pas trop.

Je ne t'ai pas demand� de me dire comment je suis. Mais ce que tu ressens.

Je me sens aim�e. Beaucoup.

Je me sens prot�g�e, respect�e,

quelquefois...d�sir�e.

Ca te va? Je peux commander des pizzas?

Si, c'est bien.

Qu'est-ce que tu ressens pour moi?

- Tu aimes ce jeu.. - S�rieusement et honn�tement.

Je t'aime Je t'adore, en fait.

J'ai une totale confiance en toi.

Je t'admire car tu as une intelligence sup�rieure � la mienne.

Tu es ma compagne.

Et puis, je te d�sire, tr�s souvent.

- Mais? - Mais rien.

Je pense que nous entrons dans le prologue de ce que tu avais vraiment l'intention de me dire.

Tu vois, tu es tellement plus intelligente que moi.

Je l'ai toujours dit.

Je voulais aussi mettre l'accent sur ta modestie, c'est important.

Mais ?

Non, rien.

Je pensais � ce que tu m'as dit l'autre jour,

quand tu as commenc� � �num�rer ce que nous avions, les meubles, les chaises...

m�me les tasses... et j'aurais pu rajouter des tas d'autres choses.

Regarde tout ce que nous avons.

Des masques, des livres, des bibelots.

Le harpon.

Mais en r�alit�, je pensais plus particuli�rement � quelque chose que tu as dit.

Que l'�v�nement le plus important de notre vie serait de devenir grand-parents.

Et en fait...

Je ne sais pas.

Je me disais...comment arriver jusque l� ?

C'est ce qui m'inqui�te...

et me perturbe un peu.

J'avais...oubli� cela.

je r�fl�chissais � ce que tu m'avais dit,

ce truc sur le nid vide...

mais..je pense que ce n'est pas �a, hein. - Peut-�tre que si.

Non.

- Ce n'est pas �a. - Non, ce n'est pas �a.

Non.

Ce qui me fait un peu peur, c'est...

de rester tranquille,

install� dans le confort

sans que rien ne puisse me surprendre.

parceque..j'ai eu l'autre jour l'impression que je m'�tais moqu� .

De quoi je me suis moqu�?

Moi aussi j'ai peur.

J'ai peur de...

d'avoir des extensions de cheveux,

devenir une femme ennuyeuse,

qui parle toujours des m�mes choses,

qui..

se fl�trit, peu � peu.

J'ai peur d'envier ma m�re.

Pourquoi tu le ferais?

Parcequ'elle a 80 ans, et qu'elle est amoureuse.

Et toi non?

Toi, oui?

Je crois que non.

Quelle nouvelle !...

Pourquoi, tu es amoureuse, toi?

Je me trouve dans une phase sup�rieure � l'amour.

Explique moi cette phase.

Tu as rencontr� quelqu'un?

Non...

Non, Ana, non.

Je n'ai rencontr� personne.

Non.

Ecoute...

Tu n'es pas amoureuse.

C'est vrai.

Mais nous pourrions encore vivre ensemble pendant 30 ans

et �tre probablement tr�s heureux.

Oui.

- Non - Quoi?

Je ne suis pas amoureuse.

Qu'est-ce qu'on fait?

Je ne sais pas.

Je ne sais pas.

C'est comme �a qu'on s'est s�par�. D'un commun accord.

Ana est rest�e � la maison,

et je me suis install� chez un ami.

Oui, on s'est s�par�.

C'�tait bizarre parcequ'on s'aimait bien,

on avait des bons moments.

Mais un jour, comme �a, il est parti.

et depuis, on a facilement int�gr� le monde merveilleux

de ceux qui viennent de se s�parer.

Je crois au tout-puissant Facebook.

C'est incroyable d'�tre l� avec toi.

Je viens d'ouvrir mon compte,

�a fait 15 jours.

Je sais. Chaque mois, j'allais voir si tu �tais connect�e.

Sympa, �a.

Ca fait combien de temps qu'on ne s'est pas vu?

Depuis le si�cle dernier.

- Decembre 79. - Bravo.

Depuis le bal de promo.

Je voulais t'embrasser, tu te souviens?

Parfaitement.

Ce soir-l� tu as essay� d'embrasser toutes les filles.

J'�tais terrible, un peu dingue, tu vois,

mais maintenant, j'ai chang�, je suis quelqu'un d'autre.

Serein, beaucoup plus sage.

C'est une d�cision personnelle ou hormonale ?

Tu n'as pas chang�e !

"Voil� Fallaci," on disait toujours.

Tu es intelligente et vive.

J'adore �a.

Quoi?

Je crois au destin.

J'ai toujours su qu'on finirait ensemble.

Mais avant de finir, il faut commencer, tu ne crois pas ?

Oui.

Et?

Et quoi?

C'est maintenant que tu dois m'embrasser.

Tu es si merveilleuse! Tu es comme Mafalda.

Allez! Embrasse-moi, idiot!

Tu prends ta r�cl�e !

C'est ce que tu crois.

Regarde, regarde, c'est magique.

Comment va Anita?

Un peu choqu�e, je crois.

- C'est dur. - Oui.

Tu as quelqu'un?

Non, non

C'est trop t�t.

Qu'est-ce que tu vas faire?

Je ne sais pas trop. Ca ne fait que 3 mois.

Attends.

Une petite pause.

C'est bizarre, la libert�.

Compliqu�. Tu penses que quand tu seras libre,

tu vas conqu�rir le monde.

Mais quand tu l'es, tu ne sais pas quoi faire,

par o� commencer,

ou avec qui.

Et tu ne comprends pas toujours la raison de tes actes.

La nuit derni�re, j'ai pleur�.

Mais pas de tristesse, non

c'�tait comme une �motion...

un sentiment profond qui me traversait.

comme...

Je me suis dit " et si je mourais, l�, tout seul

sans que personne ne s'en rende compte ?"

Et au bout de 3, 4 jours

un voisin se plaindrait de l'odeur..

Anabella m'attend.

Je dois partir, d�sol�.

Non, non.

Si Lili appelle, dis-lui que je suis rest� avec toi jusqu'� 2 h.

D'accord.

Non, plut�t jusqu'� 4 h parce que

je lui ai dit que tu n'allais pas bien. - D'accord.

On reprendra plus tard. Tu prends une r�cl�e !

Ta gueule.

Pourquoi tu n'essayes pas Tinder?

Plut�t crever.

Il y a de quoi faire, pourtant.

Essaye, tu verras bien.

Marcelo?

Oui ! Bonjour. Barbara?

Barbara.

- Ca va ? - Tr�s bien.

- Super. - On reste au bar?

Comme tu veux.

Oui, c'est tr�s bien, le bar.

Je t'en prie.

Tu prends quoi ?

Champagne, mais bien frais, hein,

ou c'est pas la peine. - D'accord.

Tu as rencontr� beaucoup de femmes sur Tinder ?

Non, pas tant que �a.

Tu mens. Tu es tout nouveau.

- Pratiquement. - Oui.

Ne me dis rien.

Ca ne fait pas trois mois que tu es s�par�.

Exactement trois mois, comment tu as devin� ?

Ca se voit, tu sais.

D�tends-toi. Laisse venir.

Il ne se passera peut-�tre rien,

ou, qui sait, on finira peut-�tre par s'�clater � l'h�tel ?

Marcelo! Marcelo!

La vie m'a appris quelque chose: rien n'est �crit, rien.

- C'est vrai. - N'est-ce pas?

- C'est incroyable. - Merci.

- Il est ti�de, tu vois. - On peut en demander un autre.

Dans ce pays, pour �tre heureux,

il ne faut pas �tre trop exigeant.

Moi, je suis exigeante, j'ai du caract�re.

- Je suis tr�s exigeante. - J'aime les gens exigeants.

Tu fais quoi, dans la vie?

Je suis orthodontiste au top du top, ce qui fait

que je gagne tr�s bien ma vie.

Tr�s bien.

Comment vont tes dents?

Bien, je pense.

Ouvre, pour voir.

Allez, vas-y, montre !

Non, ouvre grand la bouche.

- Voil�. - Allez

Un peu plus, je ne vois rien.

Je ne vais rien te faire !

- Arr�te. - Attends, je regarde.

- Arr�te, arr�te - Tr�s bien !

Tr�s bien, vu l' �ge que tu as.

Je vois tant d'horreurs, si tu savais...

Toi, tu fais quoi ?

- Comment �a ? - Ton m�tier ?

Je suis podologue.

P�dicure?

- Tu gagnes bien ? - Oui, tr�s bien.

Je poss�de une cha�ne de cliniques du pied.

Moi, les pieds, �a me d�go�te un peu.

Tu es un peu agressive, non ?

Je suis sinc�re.

Mais je peux aussi �tre tr�s tendre, si je veux.

Je suis un peu nerveuse quand quelqu'un me plait beaucoup.

- Je te plais ? - Un peu, oui

Toi aussi, tu me plais un peu.

Tu assures, au lit ?

Heu.. personne ne s'est encore plaint.

Et toi?

Si tu sais me conduire, je suis la meilleure.

Plus tu me donnes, plus je te donne.

Tu aimes les jeux?

- Comment �a? - Les petits jeux.

- Quelles sortes de jeux ? - Les jeux sexuels, ma�tre-esclave..

Ah oui, mais je suis plus traditionnel.

Je l'�tais jusqu'� ce que je divorce.

J'ai tout essay�.

Tu aimes �tre humili�?

Non, non...

N'aies pas peur, ce n'est qu'un jeu.

Couillon !

Sant�.

Je n'ai pas beaucoup d'exp�rience dans ce domaine, mais...

je pense qu'on doit apprendre � se conna�tre

pour voir si �a fonctionne bien entre nous.

Et puis, si tu veux, on finit nos verres

et on va � l'h�tel, il y en a un juste � c�t�.

Ne sois pas si anxieux.

Joue un peu plus avec moi, s�duis-moi.

- Dis-moi quelque chose � l'oreille. - Comme quoi?

Quelque chose de tr�s cochon.

Cochon ?

Voyons....

Quel enc.... !

- Tu aimes ? - Un vrai pervers.

- J'ai ador�. Regarde ce que �a me fait. - Quoi ?

- Touche ma peau. - Oui?

Je suis toute mouill�e.

Allons � cet h�tel de merde et prends-moi.

Fils de pute!

Paye, je vais pisser.

La note, s'il vous plait.

C'est qui, Marcelo?

Y'a une femme qui s'est �vanouie dans les toilettes !

C'est votre femme, monsieur ? Vous �tes Marcelo!

- Quoi? - Appelez une ambulance!

Bonjour. Comment allez-vous?

Vous connaissiez cet endroit?

Non.

C'est une amie qui me l'a recommand�.

Elle vous a dit comment on travaillait?

Oui, plus ou moins.

Je vous explique.

Dans ce laboratoire, nous cr�ons des parfums tr�s sp�ciaux.

Nous poss�dons 103 parfums

class�s par familles olfactives.

Nous ne s�parons pas parfums pour hommes ou pour femmes.

Voici les agrumes, les verdures aromatiques,

les v�g�tales et les florales.

Vous voulez en essayer un? Allez-y. Celui-ci..

Un certain songe.

Approchez le ballon de votre nez.

- Le quoi? - Le ballon.

Osmanthus, patchouli, cassis.

Tr�s riche.

Vous en cherchez un en particulier?

Non, je ne cherche rien, j'essaye seulement.

- C'est pour vous? - Oui

Je peux vous en sugg�rer un?

Oui.

Baleine dans la pampa.

Imaginez une baleine �tendue sur l'herbe de la pampa.

C'est la combinaison de 13 muscs, ambre grise et paille.

Tr�s puissant !

Celui-ci

Frangipane, ylang-ylang et vanille.

Contes de la For�t.

Pour croire au retour de tout ce qui est possible.

Bergamote, m�lisse, benjoin...

Ah...Quelle force !

Merci.

Merci.

Merci.

Tr�s bien !

Super

Je vais t'aider � porter �a.

L'ampli. -D'accord.

Et quoi d'autre? Tu prends �a, aussi ?

Je porte aussi ta guitare ?

Non, je ne laisse personne la toucher.

- Personne? - M�me pas mon fianc�.

- En plus, je suis plus costaud que toi. - Ah bon?

Tu n'arr�tes pas de dire que tu as mal aux genoux...

Je pourrais te porter, toi, la guitare, l'ampli et tout le reste !

- Je parie que non - On parie?

- D'accord. - Et si je gagne?

Tu pourras me demander tout ce que tu veux.

- N'importe quoi? - Oui

- Sure? - Sure.

Allez, viens.

Tu dois me porter jusqu'� chez moi.

Non, �a, c'est plus cher.

- Tu abandonnes ? - Non, pas du tout

Je dis que c'est plus cher, c'est tout. Allez, monte.

On y va !

Je ne sais pas si c'est autoris�.

- Ah bon ? - Non.

Je pense que oui.

C'est plus lourd que je ne pensais !

Une vraie chochotte.

- Qui, moi ? - Oui!

- Tu es en train de perdre. - Chochotte.

- Tu es en train de perdre ! - Pas du tout!

- On parie? - Ok.

- Autre chose? - On a d�j� pari�.

Et tu as d�j� perdu!

Par ici.

C'est B�atrice.

B�atrice, je te pr�sente Ana.

Bonjour, B�atrice

Bonjour

Elle peut vivre 140 ans.

Elle nous survivra tous.

Mettez-vous � l'aise.

Je vous sers � boire ?

D'accord

Un peu d' absinthe?

Ah..je n'ai jamais go�t�.

Je vous en pr�pare une.

Elle a �t� distill�e � l'�tranger.

C'�tait la boisson pr�f�r�e des impressonnistes,

Van Gogh, Toulouse-Lautrec.

Une boisson que l'on associe � l'art et � l'inspiration.

Il y a une question que j'appr�cie particuli�rement.

Une question po�tique.

Quelle est la diff�rence entre un verre d'absinthe

et le coucher du soleil ?

Je ne sais pas. Je donne ma langue au chat.

Go�tez.

C'est fort.

- Ca va? - Oui, oui.

Je peux aller aux toilettes?

Bien s�r.

Par l�, par l�.

Qu'est-ce que tu fiches dans un appartement

avec un iguane de 140 ans et un type que tu ne connais pas,

� boire de l'absinthe?

Ana, tu es dingue ? R�agis !

Et si tu te r�veilles demain matin avec un rein en moins,

ou un oeil ? Qu'est-ce que tu fiches?

C'est un assassin, un psychopathe, s'il-te-plait !

Ana, dis-lui: "Anselmo, je ne me sens pas � l'aise ici.

Si tu veux sortir avec moi, je suis une femme, moi.

T�l�phone-moi, sors-moi, emm�ne-moi diner, allons danser,

allons voir le Cirque Du Soleil.

Mais �a, non!

Je rentre chez moi, merci pour tout. Bye."

Allez !Allez !

Vas-y.

Que faites-vous?

Un peu d'exercice. Vous ne vous sentez pas bien?

Si, �a va, mais qu'est-ce que vous faites, l� ?

Comment �a?

Euh.. tout nu.

J'aime �tre nu. Cela vous d�range?

Oui

Ana, s'il vous plait.

- Monsieur, je... - Sentez-moi, Ana.

- Je vous dis... - Sentez-moi.

Sentez-moi seulement.

Anselmo, ce n'est pas comme �a que �a marche.

Il y a quelque chose que tu n'aimes pas?

J'aime tout .

Tout? - Tout.

Tout, tout? TOUT!

Non, en fait

il y a quelque chose que je n'aime pas.

C'est quoi?

- Le matelas. - Le matelas?

Qu'est-ce qu'il a, le matelas?

Je ne peux pas supporter, l�, le matelas par terre.

Ca me tue le dos.

- O� tu vas? - Chez moi

Reste, je t'en prie.

Non, je vais me choper un torticolis.

Tr�s bien, je pars avec toi.

Non, vraiment, reste au lit

je reviens demain.

Ca ne fait rien.

Dis-moi ? Pourquoi tu ne veux pas que je vienne chez toi ?

Qui t'a dit �a ?

En fait, je n'ai pas un " chez moi," j'en avais un.

L�, o� j'habite, c'est juste temporaire. C'est moche, tu n'aimerais pas.

Je m'en fiche, je veux t'accompagner.

- Avoue. - Quoi?

Tu es encore mari�?

- Arr�te... - Ou, tu vis avec ta maman?

- Non. - Qu'est-ce que tu me caches?

Ce n'est pas un endroit o� je me sens � l'aise,

il ne me ressemble pas.

Qu'est-ce que tu racontes?

Je ne te demandes pas de me montrer ton journal intime,

je te demande juste de dormir une nuit avec toi.

Ca fait 3 mois qu'on sort ensemble et on n'a jamais pass� une seule nuit.

Pr�cis�ment.

Cela ne fait que 3 mois qu'on se connait,

ne g�che pas notre belle histoire,

je t'en supplie.

Dormir ensemble est compl�tement sur�valu�

Je ronfle, tu le savais?

Je sais que tu ronfles. mais c'est chouette de dormir ensemble.

Je veux dormir avec toi. Juste une nuit.

Une nuit.

Ce n'est pas si facile,

on est tr�s diff�rent on ne va pas au cin�,

on n'�coute pas de musique, il ne comprend pas mes plaisanteries.

On ne fait pas les courses ensemble,

on ne cuisine pas.

Vous faites quoi?

On baise, c'est ce qu'on fait � longueur de temps.

Tu d�connes?

Tu vas le quitter parceque vous n'arr�tez pas de baiser?

D'habitude, on se s�pare pour aller baiser.

Si tu ne veux pas baiser, tu restes avec ton mari.

Contr�le-toi, tu dis beaucoup de b�tises.

C'est une b�tise! Je le vois souvent dans mes consultations.

Tu veux que je te dises ?

Tu sais pourquoi 99% des couples se s�parent?

Manque de d�sir, manque de sexe.

Mais jamais par exc�s de sexe !

Ce n'�tait pas �a, mon probl�me avec Marcos.

Qu'est-ce qui te manque avec lui, je ne comprends pas?

Aller au supermarch� ? Cuisiner?

Tu peux faire tout �a avec moi.

C'est d�cid�. Je le quitte !

Je m'ennuie.

Ton plat pr�f�r�.

C'est mon plat pr�f�r�.

Je sais, je sais, voyons s'il est r�ussi.

- Qu'est-ce qu'il y a? - Non...

Attends.

- Elle est sale. - Qu'est-ce que tu racontes ?

Tr�s sale. C'est vrai.

Prends la mienne.

Tu l'as juste rinc�e. Y'a un morceau de tomate, l�.

- Prends la mienne. - Elle doit �tre encore pire.

- S�rieux. - Arr�te...

- Je vais la laver. - Non, je vais le faire.

- Tu es s�r? - Donne.

L�, tu vois?

Il n'y a rien, l�.

Tu as du produit vaisselle?

Oui.

- Tu en as achet�? - Il est par l�.

Je cherche.

Tu dois te dire: "Pourquoi on s'est s�par�", non?

Tu ne peux m�me pas trouver le produit vaisselle.

- Ferme-la !. - Ok.

- Le voil� ! - Tu l'as trouv�?

Regarde la date de p�remption.

Comment �a ? Comme les m�dicaments?

- Je plaisante, idiot. - Tr�s dr�le.

Vite fait, bien fait. Regarde.

- Ca te va? - Elle est propre.

- On trinque ? - Bien s�r.

On trinque � quoi?

A mon petit-fils.

- A Luciano. - Bonne id�e.

Bien.

Arr�te de te plaindre et donne-moi ton avis.

Pour quelle raison tu t'es s�par� ?

Tu veux dire "pourquoi"?

Qu'est-ce que je t'ai demand� ?

En g�n�ral on demande pourquoi, pas pour quelle raison.

C'est une bonne question.

Alors?

Je ne sais pas. Des trucs..

Peut-�tre l'�ge, ou...

certaines insatisfactions.

Pour essayer quelque chose de nouveau, vivre une exp�rience...

Ca ne t'ai jamais arriv�?

C'est quoi ce regard?

Quoi?

Et..?

- Ca vaut la peine? - Je ne sais pas.

C'est trop t�t, papa.

C'est, j'sais pas, c'est comme...

le besoin de...

retrouver un peu de vertige, ou de peur.

A peu pr�s �a. - Peur de quoi?

Peur d'�tre seul, par exemple.

Tu es seul?

Pas vraiment, je...

vois quelqu'un.

Si je comprends bien,

Monsieur s'est s�par�. Et pourquoi?

Pour ressentir du vertige de la peur...

Etre seul. C'est �a?

Et la premi�re chose que tu fais, c'est de chercher de la compagnie.

Pour ne plus avoir peur ni �tre seul.

Alors je me demande, et tu devrais le faire aussi,

pourquoi tu t'es s�par�?

Ok.

- Pascal. - Quoi, Pascal?

Pascal a �crit que l'insatisfaction de l'homme

vient du fait qu'il ne peut pas rester seul chez lui.

Qu'est-ce qu'il dirait s'il �tait ici.

Je vois que j'ai fait ce g�teau de pommes de terre pour Pascal !

Depuis quand tu lis Pascal?

Depuis que je suis seul.

Je t'ai d�j� racont� l'anecdote du balai ?

- Oui? - Je m'en souviens pas

Il y a 5 ans, j'�tais dans ma cour,

le regard dans le vide,

J'�tais triste.

Ta m�re �tait d�j� morte.

Donc, j'�tais assis dans la cour.

Tout-�-coup, j'ai senti un picotement comme si j'avais des fourmis sous la plante des pieds.

Bon...

Je me suis dit que mes membres s'�taient engourdis.

Ce picotement a commenc� � grimper,

grimper jusqu'aux genoux et �a continuait,

et il est mont� jusqu'� la taille.

Je me suis dit : "c'est la Faucheuse" ciao, je vais mourir.

"Je vais mourir"

Et je sentais...

comment dire...

de la panique, de la peur, une si grande peur.

Je me suis lev�.

J'�tais d�sesp�r�.

Et l�, j'ai vu le balai,

et je me suis mis � balayer le sol, fr�n�tiquement, comme �a,

comme �a, et je balaye, je balaye

je balaye, je balaye, je balaye

encore et encore...

Et j'ai commenc� � me calmer,

je me sentais mieux.

5 minutes plus t�t, je croyais que j'allais mourir,

et maintenant, je balayais des feuilles.

Encore une.

Encore une feuille. J'ai fait un joli tas,

et je sentais que je donnais...

un sens � ma vie.

Voil� l'histoire.

- Je ne t'ai pas dit, hein ? - quoi?

Que c'est le meilleur g�teau de pommes de terre de toute ma vie.

Quelles seraient nos premi�res conclusions?

Les empiriques, celles qui nous viennent par la simple observation.

Puis on passe aux statistiques.

Rebellion, inconstance et volatilit�.

Ils changent d'opinion et de croyance tr�s rapidement

et ind�pendamment de ceux qui les entourent.

C'est pour cela que je ne cesse de r�p�ter

que les �tudes de march� n'ont aucun sens.

Tr�s bien.

Quelqu'un veut prendre la parole avant que l'on passe aux chiffres et aux statistiques?

Toi ? Tu voulais dire quelque chose?

Moi?

Oui, j'avais l'impression que tu voulais poser une question.

Non, vraiment pas.

Et �a fait combien de temps que tu t'es s�par�?

Sept ans. Je suis un expert maintenant..

Et toi?

Presqu'un an et demi.

- Et tout va bien? - Oui, �a va.

Avant aussi, �a allait bien.

Mais maintenant, je vais bien d'une autre fa�on.

Pourquoi tu t'es s�par�e si tu �tais si bien?

- Tu poses beaucoup de questions. - Je suis enqu�teur.

Pourquoi tu t'es s�par�?

Je ne sais pas.

- Bonne r�ponse. - Vraiment, je ne sais pas

moi non plus

Dis-moi...

pendant tout ce temps, tu n'es jamais retomb� amoureux?

Non, non. La cohabitation, ce n'est pas pour moi.

Je suis un lion herbivore comme disait le G�n�ral (Peron)

C'est-�-dire ?

Je suis ennuyeux,

N�vrotique,

j'aime la routine. J'aime que chaque jour ressemble au pr�c�dent.

C'est la seule chose qui me plaise,

rester tranquille.

La seule chose qui me plaise.

Voil�, tu peux dormir l�.

Tu as 2 oreillers et une couverture.

- Merci. - Je pars demain.

- Ah bon? - Oui, Anabella m'a lou� un AirBnb.

Vous �tes modernes !

- Tchin. - Dis-moi. Qu'est-ce qui s'est pass�?

Quand tu es hors-jeu,

tu quittes le match.

Ca fait 9 ans que tu es hors-jeu.

Oui, mais c'�tait parfait.

Deux mondes qui ne se rencontraient pas, ne se touchaient pas.

D'un c�t� la partie charnelle,

la passion, pas la moindre promesse, pas de sentiments,

et de l'autre c�t�, la construction, la constance, la convivialit�.

- Pourquoi tu ris? - Non, pour rien, pardon.

Et qu'est-ce qui s'est pass�?

Tout a merd�.

Comment elle a d�couvert?

-Instagram. -Quoi?

Instagram. Tu ne sais pas ce que c'est?

Bien s�r que si. Tu es sur lnstagram?

Non, pas moi. Anabella.

Apparemment, elle a mis une photo o� on �tait ensemble.

Et la photo a voyag� par-ci, par-l�.

D'une ville � l'autre, les contacts,

triangulation, �a vole partout !

Et Lili l'a re�ue.

Pourquoi, Lili est sur Instagram?

Pourquoi elle l'utilise?

Mais elle y est, et je ne le savais pas.

Anabela et Lili �taient les deux personnes au monde les plus distantes l'une de l'autre.

Elles n'avaient rien en commun, rien du tout.

Mais elle a vu cette photo.

Et voila. Incroyable.

Je n'y crois pas..

C'�tait quel genre de photo? Vous �tiez nus? Vous faisiez quoi?

Ca m'emb�te.

Allez, dis!

On ne faisait rien, c'est le pire,

rien.

Regarde.

Oh l�, c'est �norme.

Il n'y a rien de plus porno que le bonheur.

Il aurait mieux valu qu'on te voit au lit avec 5 travelos.

Qu'est-ce que tu vas faire maintenant?

Je ne sais pas.

- Tu pourrais lui parler. - qui?

- Toi. - Moi ? Tu es fou?

Elle te croira, tu ne mens jamais.

- Tu es dingue? Je ne peux pas - Mais si, tu peux.

Ce n'est pas que je ne veuille pas, Edi,

mais �a fait 9 ans qu'on parle de �a,

que tu disais que c'�tait physique, sans sentiments, ni compromis, ni risque.

Mais tu as l'air si heureux, l�, comme un gosse..

Toi. Tu dois d'abord savoir ce que TOI, tu veux !

Non, non. Je ne peux pas vivre sans Lili.

Fais quelque chose, car je ne peux pas vivre sans Lili.

C'est ma compagne.

On a toujours v�cu ensemble.

Quelle merde !

Quelle merde...

Salut.

Qu'est-ce que tu fais l�?

Ah, tu as amen� ton garde du corps ! Tu as peur de moi, trouillard ?

- Je viens chercher des affaires. - Quelles affaires?

Des v�tements, des slips, des pyjamas..

Qu'est-ce que tu racontes, merde !

Je suis parti avec seulement �a sur le dos,

�a fait une semaine que je porte les m�mes chaussettes.

S'il te plait...

Tu as 5 minutes pour reprendre tes merdes !

Et tu d�gages.

Tu ne peux pas venir quand �a te chante

il faut me pr�venir avant.

On a de la visite.

- Salut, Anita. - Comment �a : "Salut Anita", connard !

Va chercher tes affaires !

Allez, tu perds du temps !

Tu veux me dire quoi, pour ton connard de copain ?

Je ne sais pas, Lili. Il est tr�s mal. Il dit que c'est la merde...

Tu pourrais peut-�tre...

Tu le savais, hein?

- Non, non. - Non ? Arr�te tes conneries, Marcos.

Arr�te tes conneries! On est des adultes.

- Qu'est-ce que je...? - Tu n'as pas vu la photo?

- Non, je ne veux pas la voir. - Regarde

- Non, non. - Regarde!

- Je pr�f�re... - Regarde, je te dis !

Depuis quand ce type fait des acrobaties avec des minettes ?

Et moi, depuis 7 ans il me dit qu'il ne peut pas monter les escaliers

� cause de ses crampes aux mollets !

Et il a le culot de porter le short

qu'on avait achet� ensemble � Florianopolis! Quel irrespect!

Vraiment!

- Calme-toi - Quelle conne j'ai �t� !

- J'ai �t� conne, hein ? - Calme-toi.

Pourquoi il met si longtemps? Il le fait expr�s.

Connard!

Tu es venu me faire chier

alors que je buvais tranquillement un th� avec ma copine.

Tu oses venir ici pour tes affaires !

Ce n'est plus chez toi! Mets-toi �a dans le cr�ne!

- Quel bordel! - Un sacr�.

Laisse �a! Tu ne prends pas �a!

Comment vas-tu?

Bien. Et toi ?

Bien.

On s'entendait mieux.

Oh oui.

Luchi m'a dit que vous avez parl� hier soir au t�l�phone.

- Oui, il va bien. - Oui, il va bien.

Mais il a chang�, non ?

Toi aussi.

Tu es plus...

plus resplendissante, tu es tr�s jolie.

Merci.

C'est d� � quoi, cette pl�nitude?

Je voulais te dire,

avant que quelqu'un d'autre ne te le dise,

que je vais m'installer avec Eloy.

"Elle" qui ?

Eloy, il s'appelle Eloy.

Pardon, je suis stupide.

Il a quel �ge ?

- Plus jeune que toi. - Ce n'est pas difficile.

Il a mon �ge.

Hmm

Tr�s bien...

Eh bien..

Je te f�licite.

Vous savez o� vous allez vivre ?

Ferme ta gueule!

Chez lui.

Je voudrais vendre notre appartement.

Que de nouvelles d'un coup !

On pourrait en parler plus tranquillement une autre fois ?

- Oui. - Ce serait mieux, non ?

Bon.

- Comment tu vas? - Bien

Et la Spice Girl?

- Qui te l'a dit? - Luchi

Il ma donn� le lien pour voir la vid�o que tu lui avais envoy�e.

C'est fini. Ca fait longtemps.

C'est triste...

- Tu es seul?

Tiens, ton ballon de merde!

Tu peux...?

-Allons-y.

- Au revoir, Anita. - Au revoir.

- Au revoir.

Non.

Je veux plus jamais te revoir !

Tu as bien compris?

Non, je n'y crois pas.

Je ne comprends pas

pourquoi personne n'a encore fait un film � partir de ce livre.

- Tu disais? - Rien, rien.

Dis, tu en as encore pour longtemps? Je suis fatigu�.

On pourrait prendre une douche et aller diner quelque part.

Allons, ne sois pas flemmard.

Encore un ou deux mesures

et on va o� tu veux. - Ok.

Tu ne vas pas le regretter, hein?

- Le regretter?

Je me demande quand tu vas me dire qu'on travaille ensemble,

que nos coll�gues, que ton ex , que mes ex...

Tes ex ?

- Tu les connais tous. - Tiens.

J'ai toujours suivi la m�me ligne :

intellectuels, bourgeois,

d�pressifs...

mais avec beaucoup de talent pour l'ironie.

- Tu es sortie avec Musaluppi? - Oui, 2 ans.

O� est l'ironie chez Musaluppi ?

- Musaluppi est tr�s dr�le. - Quoi ?

- Tr�s mordant. - Tu d�connes ?

C'est vrai!

Je le sais bien.

Je suis � un trou pr�s d'�tre ma�tre des lieux.

Si j'installe ma biblioth�que,

je ne d�m�nagerai pas avant au moins 5 ans.

J'y vais?

Avec plaisir.

Ca, c'est mon homme !

Vu l'�tat et la localisation de l' appartement,

on peut facilement le vendre au prix que vous en demandez.

Lorsque vous serez pr�ts, on le met sur le march�.

G�nial, pour moi, on le fait tout de suite.

Qu'en penses-tu?

On va y penser.

Penser � quoi?

Pensez-y, et appelez-moi.

- Voil� ma carte - Merci.

Je vous raccompagne.

Merci

-Au revoir

Pourquoi tu ne m'avais pas dit que tu ne voulais pas vendre?

Je n'ai pas dit �a. Je veux juste y r�fl�chir un peu.

R�fl�chir � quoi?

Comment �a, "� quoi "?

C'est incroyable que tu veuilles te d�barasser si vite de cet appartement.

C'est faux. Ce n'est pas facile pour moi,

mais je pensais que ce serait tr�s bien de le vendre,

et d'acheter trois appartements avec cet argent.

Un pour Luciano, un pour toi et un pour moi.

Je suis un peu surpris par la froideur de ton plan.

Tu as oubli� combien �a a �t� difficile de trouver cet appartement ?

On a boss� pour le transformer. C'est moi qui ai tout fait .

On a tout fait ensemble. Tous les deux.

- Bon, d'accord. - Oui

C'est comme si on signait le certificat de d�c�s de 25 ans de ma vie.

Marcos, je t'en prie...

Pourquoi tu penses �a?

Ca va faire 3 ans qu'on est s�par�.

Tu as refait ta vie,

moi aussi.

C'est beau, les souvenirs, mais ce ne sont que des souvenirs.

Cet endroit avait un sens quand on y habitait..

Mais maintenant...

Tu veux en faire quoi, de cet endroit ?

Un mus�e familial ? C'est �a, l'id�e ?

Tu serais �tonn�e de la beaut� d'un coucher de soleil � Canelones !

Tu y es d�j� all�e ?

- Je n'ai pas eu ce plaisir - Il faut qu'on y aille.

Prends un cong�, et on y va.

Le ciel...

c'est comme du miel. On a envie de le toucher.

Incroyable que tu ne sois jamais all�e � Canelones.

En parlant de "cannelloni", j'ai faim.

On commande des empanadas?

Des empanadas ?

C'est un plat typiquement argentin � base de viande coup�e ou h�ch�e,

quelquefois avec des pommes de terre, et quelquefois sans,

mise dans un chausson.

Et un peu d'ironie.

Un peu d'ironie, un peu de piment, celles de Tucumana sont excellentes.

Non, merci.

Je ne peux pas en manger, �a me donne des br�lures d'estomac.

Quoi?

Pardon de ne pas t'en avoir parl� plus t�t, mais j'ai un r�tr�cissement du pylore.

Pourquoi tu me l'as pas dit plus t�t?

Tu pensais me le cacher encore longtemps ?

Si je te l'avais dit � notre premier rendez-vous,

tu ne serais pas l� aujourd'hui, n'est-ce pas ?

Non, vraiment, c'est tr�s grave, �a.

C'est un probl�me qui ne touche que 1,7% de la population.

- Ah bon? - Oui

Tu veux que je te dises quels gens c�l�bres ont eu la m�me chose ?

Staline.

Non!

- Cl�opatre aussi. - Tu plaisantes ?

Sylvester Stallone, Guido Kaczka.

Peut-�tre m�me Evo Morales.

Mais comme Evo Morales prend de la coke, il n'en souffre pas trop.

Pourquoi?

La coke c'est comme la "Renacuaja."

- La quoi ? - La "Renacuaja."

La "Renacuaja", c'est une boisson que faisait ma grand-m�re.

Dans ma famille on a tous un probl�me au pylore.

Alors, � No�l, on mangeait tout ce qu'on voulait,

et le soir, quand on allait se coucher ma grand-m�re arrivait

avec une bouteille pleine de "Renacuaja" pour toute la famille.

Au matin, on �tait tous en forme. C'�tait g�nial !

Il y avait quoi dedans?

Je ne sais pas, elle ne l'a jamais dit.

Elle a emport� son secret dans la tombe. Ma grand-m�re...

...elle �tait g�niale, mais elle venait de la campagne.

Elle �tait analphab�te, comme beaucoup de gens de cette �poque.

Si je pouvais prendre un peu de "Renacuaja" maintenant,

je pourrais manger une demi-douzaine d' empanadas sans probl�me.

C'est s�r.

Alors, commandons des cannelloni.

A la Rossini.

On trinquera � ta grand-m�re,

et tu me parleras des couchers de soleil.

Qu'en pense ton pylore?

Des Cannelloni ? Excellent! Les Cannelloni me font un bien fou .

Quand tu dis les mots "renacuaja", cannelloni, pylore...

�a me donne envie de t'embrasser. - Moi aussi.

- Quoi ? - Je pense que c'est Luchi.

Vas-y.

- Bonjour mon ch�ri! - Hello, maman.

- Comment vas-tu? - Tu es o� ?

Chez Eloy.

Donne-lui le bonjour.

- Il t'envoie son bonjour. - Moi aussi.

- Comment �a va? - Tout va bien, c'est cool.

Je voulais te dire quelque chose, dont on a parl� avec papa.

Quoi donc?

Salut.

- Bonjour - Comment �a va, Ana?

- Bien

On se voit � la maison. A plus.

Je termine mes cours.

Au revoir. Merci

Je ne comprends pas pourquoi tu ne m'as rien dit.

- Il voulait te le dire lui-m�me. - Tu aurais quand m�me pu m'appeler.

J'allais t'appeler mais tu l'as fait avant.

Qu'est-ce qu'on fait ?

Il n'y a pas grand chose � faire. C'est un adulte, Ana.

Alors, on le laisse faire tout ce qu'il veut ?

On l'a �lev� pour �a.

Comment, pour �a ? Pour faire du stop autour du monde ?

On l'a �lev� pour �tudier.

Je lui ai demand� s'il voulait prendre une ann�e sabbatique,

et il a �clat� de rire, comme si c'�tait une plaisanterie.

Je suis d'accord.

Avec qui tu es d'accord ? Avec lui ou avec moi ?

Avec les deux.

- Je te d�teste. - Ne t'�nerves pas.

On a beaucoup parl�. Il a �t� tr�s convaincant.

En tant que p�re, je pourrais �tre aussi en col�re que toi,

mais en tant que personne, je ne peux rien lui dire.

J'envie sa libert�, il est comme �a.

Il ne demande pas d'argent, il ne demande rien.

Il ne demande pas d'argent ! On s'en est occup� pendant 24 ans,

il a une dette envers nous.

Il a une dette envers nous, une dette morale, si tu pr�f�res.

Il a cette dette parce qu'on avait un accord avec lui,

pas un accord �crit, mais implicite, d'accord ?

Ana, c'est ton fils. De quoi on parle?

C'est � cause de toute cette litt�rature que tu lui as fait lire,

Le Dharma , les beatniks et j'en passe.

- Qu'est-ce que tu as ? - J'ai un truc qui me fait mal au pied.

Tu aimais cette litt�rature, toi aussi.

Tu ne vois pas que c'est une vengeance ?

Il fait �a par r�action contre nous.

Il dit "je veux vivre, je ne veux pas �tudier."

Comme si c'�tait deux choses diff�rentes!

Qu'est-ce qui t'ennuie le plus ?

Qu'il s'arr�te d'�tudier, ou qu'il veuille voyager ?

Je ne comprends pas ta question. Il faut que je m'assoie.

Je te repose la question.

Qu'est-ce qui t'ennuie le plus?

Qu'il voyage, ou qu'il ne respecte pas notre projet pour lui ?

Les deux choses ! Les deux !

Parce qu'on s'est sacrifi� pour qu'il aille � l'universit�,

pour qu'il �tudie ce qu'il voulait,

pour qu'il puisse acqu�rir les outils indispensables pour r�ussir sa vie,

pas pour aller � la d�rive, faire la plonge en Afghanistan,

ou dans un autre endroit de merde ! - Ana...

Allez, Ana.

On l'a pr�par� � �tre heureux. Il a les outils.

Je sais que c'est dur,

mais le d�fi est d'accepter...

que ton fils..

ne se conforme pas � tes d�sirs, mais vive sa propre vie.

Tu dis n'importe quoi.

On ne peut jamais parler avec toi.

Ana...

- Salut

La chaudi�re s'est �teinte. Comment je la rallume?

Ah oui, mince ! il y a un petit bouton vers le bas.

Mais merde ! Je...

O� �a ? Quel bouton?

Il y a un bouton noir par en-dessous. Mets ta main.

Il y en a plein ! O� ? A droite ? A gauche?

Je g�le!

C'est le seul bouton. Si tu regardes bien, tu vas le trouver.

C'est sous la chaudi�re.

Je fais quoi, d'apr�s toi ?

Je ne le trouve pas! Il est o�, bordel?

Tu n'�coutes pas ce que je dis, calme-toi.

Mets la main sous la chaudi�re et tu vas le trouver.

- Mets ta main - Quand tu vas la r�parer?

- O� es-tu? - Je te dis que c'est sous la chaudi�re, bon sang !

Non! Toi, o� es-tu?

J'arrive, je serai l� dans 15 minutes.

- H�. - H�.

Tu sors?

Oui, on est jeudi.

Ah, j'avais oubli�. D�sol�e.

Je voulais te parler.

Que se passe-t-il? Il y a un probl�me?

Non. Oui, je ne sais pas.

- Je ne me sens pas tr�s bien. - Tu veux que je reste?

Non, non. Ils t'attendent.

Oui, il faut �tre 10.

Si je n'y vais pas, ils ne pourront pas jouer.

- Mais je peux rester si tu veux. - Non, non.

On parlera � ton retour. A quelle heure tu reviens?

Comme d'habitude, entre minuit et une heure.

Il va y avoir un barbecue, c'est l'anniversaire de Ruben.

Tu peux me dire de quoi il s'agit?

Ca ne va pas avec Luciano,

et j'ai vu mon ex.

- Je reste. - Non, non.

- Ca va, �a va, va les rejoindre.

On parlera demain.

- Tu es sure? - Oui, oui

- Ok. - Va marquer des buts.

Je vais essayer.

O� sont mes clefs?

- Qu'est-ce que tu fais? - Je reste.

- Non, non. - Si, je reste.

Parlons.

Dis-moi.

- Quoi? - Tu es bizarre depuis quelque temps.

Je m'inqui�te pour Luciano, c'est tout.

Pourquoi ce regard?

Tu lis dans mes pens�es?

Oui.

Et qu'est-ce que tu vois?

Que tu penses sans doute qu'il y a des choses qui ne vont pas entre nous.

Quoi, par exemple ?

Vivre ensemble.

- Et tu le penses aussi? - Non.

C'est le contraire,

�a m'a pris longtemps pour me d�cider � vivre avec toi.

J'aurais aim� te rencontrer 10 ans plus t�t.

- Je pense la m�me chose. - Ah bon?

Alors, pourquoi tu n'as pas apport� toutes tes affaires?

Parceque je ne sais pas combien de temps �a prend

de d�m�nager une maison pour emm�nager dans une autre, je ne sais pas.

Pense que ce n'�tait pas agr�able pour moi de te voir aller chez toi tous les 2 jours

pour rapporter ce dont tu avais besoin.

Je suis � Ho Chi Minh Ville. Une ville incroyable.

C'est l� que sont les parents de Lads

Ils sont Marxistes, L�ninistes, Bouddhistes and Mao�stes.

C'est dingue! Ils sont vraiment super.

Et tu fais comment pour l'argent?

Je donne des cours d'Espagnol.

- C'est vrai? - Oui.

C'est bien, c'est tr�s bien.

Et tu sais quand tu vas revenir?

O�?

Ici, avec nous.

Je ne sais pas. Pourquoi cette question ?

J'ai entendu dire que grand-m�re allait se marier !

Tu d�connes ?

Non, je ne d�conne pas. C'est maman qui me l'a dit.

Ca alors !

Maman a cass� avec Eloy. Tu le savais ?

Non, non, mais je vois que tu en sais plus que moi.

Bonjour !

Bonjour, comment vas-tu ?

- Au revoir! 'Bye, bye!

Tu parles Vietnamien ?

- Quelques mots. - Mince !

J'�cris beaucoup, papa

C'est vrai ?

Et tu �cris quoi ?

Toutes sortes de choses. Des nouvelles, des r�cits de voyage, des po�mes.

Je ne peux plus m'arr�ter.

Je t'en prie, envoies-moi quelques trucs.

Non, pas question. Tu vas critiquer

-et j'aurais les boules. - Allez, envoies-moi quelque chose.

Ce que tu pr�f�res, ce que tu veux, allez !

- D'accord, je vais t'envoyer quelque chose. Je t'en prie, je t'en supplie.

Comment va maman ?

Je ne sais pas. Tu dois le savoir mieux que moi.

Pourquoi ?

Je ne sais pas ...

Je n'ai jamais compris ce qui s'�tait pass� entre vous.

Pourquoi vous �tes-vous s�par�s ?

Je ne sais pas.

Il n'y a pas qu'une seule raison.

C'est comme suivre une impulsion, qui...

semblerait �tre une folie.

Essayer de d�couvrir quelque chose en nous-m�mes,

un peu comme ton voyage.

Et tu as d�couvert quelque chose ?

Pas si simple. Ca pourrait t'inspirer, �a..

Non, rien encore.

Bon, papa, je dois partir.

- D�sol� - Pas de probl�me.

Je t'aime.

Moi aussi, �norm�ment, et tu me manques.

Allez, au revoir, au revoir !

-Toi aussi, tu me manques. - Au revoir.

Bye, bye.

O� tu m'as dit qu'il �tait, ton fils ?

Au Vietnam.

C'est joli, le Vietnam .

Je suppose qu'il te manque.

- Enorm�ment. - Et il fait quoi ?

Rien.

Enfin, c'est une sorte de voyage initiatique.

Il a une amie Vietnamienne.

- C'est un peuple noble. - Ah bon ?

Oui, oui, oui.

Je ne connais aucun Vietnamien.

Elle est un peu triste.

Je peux te demander pourquoi ?

Maman..

Dis-lui.

Maman...

Elle s'est s�par�e.

Viens.

C'est �a!

Viens danser avec nous.

Allez, Ana, viens.

Ca ira mieux.

C'est magique, je peux te le dire.

Entre, tu as la clef !

Oui, mais je...

je ne voulais pas te surprendre en petite tenue,

tu �tais peut-�tre avec quelqu'un.

Qu'est-ce que tu as fait ?

Qu'est-ce que tu fais ?

- Comment �a ? - oui.

Tu ne te sens pas bien? Tu as la t�te qui tourne ?

Non, non. Je suis tr�s surpris !

Ah d'accord, g�nial.

Ecoute, respire un bon coup,

et �vite-moi la sc�ne m�lancolique.

Non, tr�s bien, tr�s bien, je r�cup�re, sois tranquille

Toutes ces bo�tes-l�, et celles-ci,

sont remplies avec tes affaires.

Tt il y en a d'autres dans la chambre � coucher.

Ana...

- Qu'est-ce qui s'est pass�? - Comment �a ?

Avec Eloy. Tu �tais si excit�e, si contente.

Une consultation sentimentale, tr�s peu pour moi, merci !

Viens dans la chambre, je veux te montrer quelque chose.

- Il y en a encore ? - Oui, viens.

Tu ne me tends pas un pi�ge, hein ?

Un pi�ge ? Sois pas b�te.

Il y a un tas de sacs l� avec des v�tements � toi

en bon �tat, que tu devrais donner.

- Chaussettes, chemises.. - Pourquoi les donner ?

Et dans la salle de bains il y a le porte-revues de ton grand-p�re

que je ne peux plus supporter, jette-moi �a.

- Tu ne l'as jamais aim�. Le pauvre.

- Et �a. - quoi ?

Les masques ont tous disparu il ne reste que ceux-l�.

- Mais �a, s'il te plait... - quoi ?

Le harpon de Moby Dick, enl�ve-le.

Il est bien fix�, ce ne sera pas facile.

Faudra trouver un moyen.

Dis ? Quoi ?

Tu te souviens que tu voulais le vendre ?

Oui, mais j'avais chang� d'avis.

Je veux repartir � z�ro sans tous les souvenirs.

Je ne veux plus de �a.

Ce n'�tait pas une si mauvaise id�e, alors, d'annuler la vente ?

- Reconnais-le.

Je reconnais. Si �a peut te faire plaisir, ce n'�tait pas une bonne id�e.

- Ecoute. .. Ecoute-moi bien.

- Oui, oui, je t'�coute. - Tu veux que je d�barasse tout �a aujourd'hui?

Je veux bien, tout ce que tu pourras.

Tu veux ce canap� , ou on le vend ?

J'adore ce canap� ! Pourquoi tu veux le vendre ?

Alors voil� le num�ro d'un d�m�nageur,

Appelle-le, et emm�ne �a o� tu veux !

- Chez toi, je suppose - Je sais comment �a marche.

Il faut d'abord �valuer le volume

de toutes les choses que je dois enlever, et apr�s, je l'appelle.

- Il faut au moins 10 types... - Minimum..

En attendant, on pourrait tout mettre devant,

pr�s de la porte. Tous ces sacs...

- Il y a une valise, l� - Bien

- Aide-moi, c'est lourd - Oui, oui, attends

Pourquoi une telle pr�cipitation...

La cha�ne st�r�o...

Celle-l� ? c'est � moi.

Je v�rifiais, c'est tout.

- Non, non. - L�.

Non...

- Donne-moi le marteau. - Non, laisse-moi faire.

- Le marteau. - Non, non.

Je vais taper pour le faire bouger...

Arr�te, arr�te.

- Qui a mis cette merde, l� ? - C'est toi.

Descends, j'essaye.

Qu'est-ce que pourras faire de plus ?

Combien de fois j'ai bricol� des trucs que tu n'arrivais pas � faire ?

- Bon, bon... - Tiens-moi l'escabeau.

Oui

- Voyons. - L�.

Tu vas te couper, c'est tr�s coupant.

- Putain, j'ai le vertige. - Je t'avais dit.

Attends, attends..

- Non, non! - Il tient vachement.

- On pourrait casser le mur autour. - Non, faut pas exag�rer !.

Alors, je suis condamn�e � garder �a ?

Au moins, c'est beau. Il y a pire.

Je t'avais dit mille fois de ne pas acheter ce truc.

On fait quoi, maintenant ?

Je vais appeler le d�m�nageur pour prendre tout �a.

En attendant, on pourrait prendre un verre de vin.

Ok - Je vois que tu es d'accord.

Pour une fois...

On trinque � quoi, alors ?

Je ne sais pas, �...

ta nouvelle vie, sans souvenirs..

D'accord.

- Sant�.

C'est si b�te.

Quoi ?

Tout �a.

Les iguanes...

Tu as d�ja �t� � Canelones?

En Uruguay? Non.

- Et toi ? - Si.

Ses couchers de soleil sont magnifiques.

Eloy vient de l� ?

- Qui ? - Ton fianc�.

- Mon ex. - Ok, ton ex.

- Le peintre. - Il �tait aussi peintre ?

Oui, mais je n'ai pas envie de parler de lui.

Je n'ai rien dit..

Et toi, la petite jeune de la fac ?

- Tu es vache. - Pourquoi?

C'est vache.

- Pourquoi? - Parce que c'est une femme maintenant.

Je ne sais pas, elle s'habille comme une petite jeune.

- Ca, c'est mesquin. - Je blague.

Et �a va ?

Oui, tr�s bien. Tr�s stable.

Tu as de la chance.

Stable.

Comme le cours du dollar.

Quelque chose comme �a.

- Je vais te dire quelque chose - quoi?

- Je prends des cours de danse - S�rieux ? de tango?

- Non, non. - alors quoi ?

De rythmes latinos.

Cha-cha-cha, bachata, merengu�.

Super ! la m�re-patrie, l'Am�rique m�tiss�e.

C'est �a.

- C'est tr�s tendance. - oui.

Plus pour le corps, moins pour l'esprit. Voil� ma nouvelle devise.

Toi aussi, tu devrais prendre des cours.

- Pourquoi? - Parce que tu es coinc�.

- Je suis coinc� ? - Oui.

- Je suis l'homme le plus simple du monde. - Quoi?

Oui.

Je suis le d�fenseur de la vie simple.

- Tu crois que tu es simple? - C'est la v�rit�.

Qu'est-ce que tu racontes ?

Rappelle-toi, quand on �tait en Equateur,

et que tu as perdu ta carte de cr�dit et failli avoir une crise cardiaque !

Comment ne pas devenir dingue ! Elle a disparu d'un coup, comme �a.

Je devenais dingue.

Ne me rappelle pas �a, je vais encore p�ter les plombs !

J'y crois pas.

Mais tu dansais tr�s bien la lambada.

Mais la lambada, c'est un rythme complexe,

plus raffin�.

- Et c'est pour �a que tu la dansais bien ? - Je n'ai pas dit �a.

Mais tu dois �tre plus en accord, plus en harmonie avec ton partenaire.

Oui.

Tu as toujours tr�s bien su bouger tes hanches.

Toi aussi.

Tu sais, il y a des gens comme toi, du troisi�me �ge,

-Tu es m�chante...

qui prennent des cours.

Tu es vraiment m�chante.

Je te montre ?

Allez.

- Attends. - Donne-toi du courage !

Allez.

Bien.

Imagine la musique.

Bien s�r, je me l'imagine.

Et on tourne ! On tourne beaucoup !

Viens, l�.

- Moi? - Oui.

- Non, je t'en prie - Allez, viens

Ne me demandes pas �a.

Je vais pas y arriver.

Allez, allez

Je pourrai jamais, moi !

- Allez. - J'y crois pas !

Allez, viens !

Le d�m�nageur! Sauv�! Sauv� !

Qui est-ce ? Oui, oui, je descends.

Putain !

Celia!

Combien de fois je t'ai dit de remettre le bouchon sur le tube de dentifrice !

Hein?

Je t'ai dit de mettre le bouchon sur le dentifrice !

- Qui a fait �a? - C'est toi !

Quand tu m'as dit �a ?

- Je te l'ai dit dix mille fois - C'est la premi�re fois que je l'entends.

Il n'y a pas que �a. Tu fais s�cher tes culottes

sur le robinet,

et la baignoire est pleine de cheveux. C'est d�go�tant !

C'est plut�t toi qui perds tes cheveux.

Bien s�r.

Je te demande juste de faire un peu plus attention,

parce qu'on a la m�me salle de bains, toi et moi.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? - Rien.

Pourquoi tu me parles comme � ta petite fille de 12 ans ?

Parceque je n'ai pas envie de vivre comme �a,

avec le bazar dans la salle de bains.

Tu es s�rieux ?

Ca fait 6 mois que la chaudi�re est en panne

et tu me dis comment tu veux vivre ?

Qu'est-ce qui te prend ?

- Pourquoi tu m'agresses? - Je ne t'agresse pas.

Je te parle en g�n�ral de l'hygi�ne de la maison.

Non.

On arr�te �a, et on parle des vraies raisons.

Ok

Qu'est-ce que tu as ?

- Tu te sens envahi ? - Non, non, pas du tout.

Je ne veux simplement pas vivre dans le bordel, c'est tout.

- Le bordel ? - Oui, le bordel.

Qui m'a dit de venir vivre ici ?

Qui m'a dit que j'�tais chez moi ici ?

Si tu as un probl�me avec mon d�sordre, dis-le.

J'ai eu des tas de relations,

et je m'en sortirais tr�s bien sans un mec qu'un bouchon

de dentifrice mal ferm� perturbe et destabilise !

Je peux appeler un d�m�nageur,

et tes probl�mes hygi�niques seront r�solus dans l'heure !

Il faut appeler un chat un chat, et si �a ne fonctionne pas,

on arr�te tout, tout de suite.

Ce n'est pas difficile de rompre.

On n'a rien � se partager.

Le plus compliqu�, c'est de d�monter ma biblioth�que.

Rien ne nous lie.

C'est peut-�tre la raison.

- C'est-�-dire ? - Que rien ne nous lie.

Nous n'avons..

..rien en commun, aucun souvenir,

pas m�me une photo ensemble � la mer.

Tu es tendre,

tendre et bizarre.

Pourquoi tu dis �a ?

Parce que toutes tes th�ories tournent autour du risque, du vide,

de l'aventure.

Mais tu cherches quelque chose d'autre,

Tu aimes l'ordre...

l'ordre et les souvenirs.

Tu devrais revoir tes th�ories.

Elles sont trompeuses, et tr�s efficaces.

Je suis bien plus heureux maintenant. Avec Anabella c'est super.

J'ai m�me pens� � lui faire un enfant.

Te d�p�ches pas, calme-toi.

Tu n'as pas chang� !

Laisse-moi r�ver !

Toutes ces th�ories, le bord du gouffre,

l'instinct. Quel instinct ? Celui d'un vieux?

On en reparlera dans 10 ans,

quand tu iras � la Maternelle, ou aux r�unions de parents d'�l�ves !

- L�, on en reparlera. - Avec plaisir !

J'ai r�t� tout �a avec mon gosse � cause de mon boulot.

Alors l�, je veux la totale, ce n'est pas bien ?

- Non, c'est parfait. - Alors..

Je n'ai pas dit que ce n'�tait pas bien.

Comment va Lili?

Tr�s bien.

C'est chouette.

Je crois qu'elle sort avec son prof de salsa.

- C'est vrai ? - Hmm.

Ce genre d'endroits, c'est id�al pour draguer.

- Anita aussi y va. - Oui, elle me l'a dit.

C'est dangereux, ces endroits.

- Quoi ? - Quoi ?

- Qu'est-ce qu'il y a ? - Rien, pourquoi ?

Ne me dis pas que...

Je te f�licite. Ca me fait plaisir que tu sois heureux,

que tu aies des projets d'avenir.

-Je suis content aussi pour toi.

Merci, mon pote.

Tu es l� ?

Oui.

Comment vas-tu ?

Bien, je suis en train de d�ner. Et toi ?

Pareil. Je d�ne et je bosse.

Tu es seul ?

Oui.

Et Celia?

Elle est partie.

Tu la laisses sortir seule le soir ?

Non, elle est partie. On s'est s�par�.

D�sol�e. Quand ?

Ca fait plus d'un mois.

Et comment tu te sens ?

En v�rit� ?

Oui.

Je vais bien.

Tu veux qu'on se voit ?

Pour quoi faire? Je suis mal plac�e pour te consoler.

Je ne demande pas � �tre consol�.

Alors pourquoi on se verrait ?

Je ne sais pas, je dit �a comme �a.

Mais si tu ne veux pas, �a ne fait rien.

Je ne sais pas, laisse-moi y r�fl�chir.

C'est bizarre que tu veuilles me voir justement maintenant.

Oui, tu as raison.

Demain apr�s-midi, je serai � la biblioth�que.

Je termine � six heures, si tu veux venir.

A six heures ou � tes six heures ?

Non, � six heures, heure officielle.

Bon, si je n'y suis pas, va-t-en

Tr�s bien.

- H� ! Comment �a va ? - Salut

- Comment vas-tu ? - Tr�s bien

Super.

- On �tait oblig� de se voir ici ? - Pourquoi ?

Je voulais m'�chapper de tout �a.

Alors, viens, on s'�chappe.

Oui, s'il te plait.

On marche ou on court ?

On marche. Mon genou droit est foutu.

- Bien - On y va?

D'accord.

Je suis un peu nerveux, excuse-moi.

Un peu nerveux? Normal, moi aussi..

..m�me tr�s nerveuse!

- Pourquoi? - C'est quand m�me bizarre, cette rencontre.

Je sais.

J'ai l'impression d'�tre � un premier rendez-vous.

Pareil pour moi..

- Alors, tranquillise-moi. - Comment ?

Je ne sais pas.

Dis-moi que tu fr�quentes une gymnaste Russe,

ou une institutrice.

Je ne peux pas dire �a, ce serait mentir.

Et toi ?

Un oenologue, ou un ost�opathe,

et que maintenant tu privil�gies l'esprit plut�t que le corps ?

Justement, la bachata prend tout mon temps.

- La bachata? J'y crois pas ! - Si, si.

- Tu peux rire, mais c'est vrai. - Comment ne pas en rire !

Ni toi, ni Borges, ni Freud. La bachata.

C'est tout pour moi..

La bachata, c'est la question � toutes mes r�ponses.

Tu entends ce que tu dis ? ...

Je sais, j'ai dit l'inverse ! Mais tu as compris.

Pourquoi tu voulais me voir ?

Je ne sais pas.

Vraiment, je ne sais pas.

Peut-�tre pour..rire un peu.

- Comme c'est romantique - Oui.

- J'ai l'air d'un clown ? - Non, je n'ai pas dit �a.

J'ai l'impresson que ces derni�res ann�es,

j'ai beaucoup moins ri que pendant n'importe quel week-end avec toi.

Pourquoi tu es venue ?

Par respect.

Par respect...

Je suis quoi, un symbole national ? Commme un drapeau ou un embl�me..

- Quelque chose comme �a. - Ah bon ?

Oui. Je n'ai pas beaucoup ri non plus.

Je n'ai m�me pas ri du tout cette ann�e.

Qu'est-ce que tu as fait ?

Tu veux savoir ?

Mais toi d'abord, raconte ton histoire.

Non, c'est inutile.

Il y a encore un peu de place dans ta vie pour quelque chose d'autre ?

Comme quoi?

Arr�te, arr�te, arr�te....

Qu'est-ce que tu fais ? Tu es fou ?

Je veux t'embrasser ? C'est interdit ?

Oui, c'est terrible. Tu veut flirter ?

Oui.

Alors vas-y, flirte.

Tu es la femme de ma vie.

La meilleure, la plus belle, la plus intelligente,

la meilleure danseuse de bachata du monde entier.

C'est comme �a que tu veux me s�duire ?

Refais-le.

Tu es la femme de ma vie, Ana.

Tu m'as tellement manqu�.

Tu es amoureux ?

Non.

Heureusement ! Moi non plus !

- C'est bien. - Oui ?

- Oui. - Encore.

C'est mieux !

- Oui ?. - Bien mieux !

Qu'est-ce qu'on fait ?

- On s'�chappe !

Sous-titres de CEMURIA

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