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Original subtitles

[musique dramatique douce]

[souffle vu vent]

LE GRAND NORD, 1857

[officier] Capitaine !

- Capitaine. - [tic-tac]

- Je peux vous parler ? - [soupire]

[la musique s'évanouit]

Mmh.

[capitaine] Il faut briser la glace.

[officier] Les hommes sont affamés. Et épuisés.

En continuant à cette cadence, il y aura des conséquences.

[les marins s'exclament au loin]

[soupire]

- [capitaine] Écoutez tous. - [grognent d'effort]

Plus nous attendrons,

plus la glace resserrera son étau sur nous.

Le travail continue.

Alternez les groupes.

[officier] Sauf votre respect...

Ils ont besoin de garanties.

- Ah bon ? Des garanties ? - Oui.

Celle de retourner à Saint-Pétersbourg une fois à flot.

- Ils doutent qu'on navigue longtemps. - [soupire]

- Ils veulent... - [fort] Écoutez-moi !

[le silence se fait]

Ce n'est ni à vous

ni à l'officier ici présent

de penser quoi que ce soit.

Nous avons accepté une mission,

nous la mènerons à sa fin.

Nous conduirons ce navire jusqu'au pôle Nord.

- [fort] C'est bien compris ? - [ensemble] Oui, capitaine !

[coups de sifflet]

- [les marins s'exclament] - [musique dramatique douce]

[la musique s'interrompt]

[la musique reprend]

[la musique s'évanouit]

[soupire]

- [grondement au loin] - [verre qui tremble]

[musique haletante]

[officier] Une explosion.

À environ 3 km.

Allez rassembler les hommes.

- [la musique continue] - [cris, aboiements de chiens au loin]

- [halètent] - [la musique s'arrête]

Ce sont des chiens de traîneau. Aucun n'est blessé.

Alors, d'où vient tout ce sang ?

- [médecin] Par ici, capitaine ! - [coup de sifflet]

Un homme blessé. Il a perdu beaucoup de sang.

[respiration rauque]

Une blessure à l'épaule.

Et une jambe cassée.

Peut-être une attaque d'ours.

J'en doute, capitaine.

Larsen, enlève-lui ses bottes.

[Larsen] Oui.

Vas-y.

[musique haletante]

[médecin] Une prothèse.

[hurlement bestial au loin]

[clameur]

Mettez-le sur la civière !

Remontez tous sur le navire !

[hurlement bestial]

- [la musique continue] - [clameur]

Larsen, la chose s'approche.

[en étirant] Prêts à faire feu !

À mon commandement !

[hurlement bestial]

[capitaine] En joue !

Feu !

- [la musique s'arrête] - [grogne de douleur]

[grogne]

[musique inquiétante]

[hurlement bestial]

On change.

- [clameur] - On alterne !

Feu !

[grogne de douleur]

- [grogne] - [la musique s'arrête]

- [grogne] - [nappe menaçante]

Tout le monde à bord !

- [Larsen] Tout le monde à bord ! - À bord ! À bord !

[grogne]

[le marin crie]

[clameur]

- [grogne] - [crie]

[gargouille dans son sang]

- [grogne] - [crie]

[capitaine] Où est l'homme qu'on a secouru ? Où est-il ?

Quelle est cette chose ? Que veut-elle ?

[grognement bestial]

[le silence se fait]

[voix caverneuse] [fort] Livrez...

moi...

cet homme !

- [grogne d'effort] - [clameur]

[crie]

Le tromblon, Larsen ! Le tromblon !

[halète]

[grognement bestial]

[le silence se fait]

[voix caverneuse] [lentement] Victor...

[fort] Victor...

[coup de feu]

[grognement bestial]

[clameur]

[Larsen] Je l'ai tué ?

Je l'ai tué.

[la clameur s'évanouit]

[nappe menaçante]

[grogne]

[la clameur reprend]

- [grogne] - [capitaine] Il est vivant !

L'échelle !

- Remontez-la ! - [Larsen] L'échelle !

- Qu'est-ce que vous attendez ? Vite ! - [Larsen] Dépêchez !

Remontez-la !

- Dépêchez-vous ! Vite ! - [cris bestiaux]

[halète en grognant]

[voix caverneuse] [en détachant] Livrez-moi cet...

homme !

[crient de panique]

[grogne d'effort]

[un marin crie de panique]

- [Larsen] Capitaine ! - Larsen !

- [Larsen] Que fait-on ? - Il reste combien de coups ?

Un seul, mais ça ne le tuera pas.

Je sais !

C'est pas lui que je vais viser.

[pousse un long cri d'effort]

[pousse un long cri d'effort]

[respiration caverneuse]

[grogne]

[grogne]

[hurlement bestial]

[nappe menaçante]

- [halètent] - [grincement de la coque]

[docteur] Du laudanum. Pour soulager la douleur.

- Allez, buvez. - [respiration tremblante]

[haut-le-cœur] [bas] Merci.

Où suis-je, messieurs ?

Sur le navire royal danois, le Horisont.

Capitaine Anderson. Docteur Udsen.

Combien de vos hommes ce montre a-t-il tués ?

[respiration tremblante]

Six.

Il reviendra pour en tuer beaucoup plus.

Vous tous,

si nécessaire.

- C'est moi qu'il veut. Livrez-moi. - Non, non.

Non, il n'est plus là.

Il s'est noyé dans les eaux glacées. Il est mort.

[en criant] Il ne l'est pas !

Il ne peut pas mourir.

[agité] J'ai essayé de le détruire.

[sanglote faiblement]

Que vous me croyiez ou non...

il ne cessera jamais

de me suivre.

Et quand il reviendra,

vous devez me promettre

de me ramener sur la glace

et de le laisser me prendre.

Par pitié.

[Anderson] Quelle est cette créature ?

Quel est l'esprit diabolique

qui l'a créée ?

Je l'ai créée.

[bas] Je l'ai créée.

C'est moi, le diable.

[Victor] J'avais conclu que le souvenir de mes méfaits

devrait mourir avec moi.

Elle est prête.

Certains éléments de mon récit sont factuels.

[gémit]

D'autres, non.

Mais tout est vrai.

Mon nom... est Victor.

Victor Frankenstein.

C'est mon père... qui m'a donné ce nom.

Savez-vous ce qu'il signifie ?

Je crois le savoir, oui.

"Le conquérant".

Celui qui vainc tout.

[Victor] Exact. Tout a commencé avec lui.

Avec mon père.

[halète]

Et avec ma mère.

[musique mélancolique douce]

[mère, en écho] Victor ?

LE RÉCIT DE VICTOR

Victor ?

[la musique continue]

Victor ?

Dépêche-toi de descendre, ton père arrive.

[Victor] Maman.

Maman ?

Je suis ici, maman.

Je suis ici.

[Victor adulte] Mon père était baron. Et chirurgien de renom.

Il avait épousé ma mère essentiellement par convenance.

Séduit par sa dot généreuse et sa noble ascendance.

Ce... "mariage" avait permis à mon père de conserver son rang.

Ainsi que le domaine.

[la musique s'assombrit]

Il était...

absent de nos vies,

pourtant lorsqu'il revenait, le foyer se pliait à ses quatre volontés.

Ma chère Claire.

Le reste du temps...

Victor.

Père.

Le reste du temps, Mère était à moi.

[la musique s'évanouit]

Non. Apportez cela ici.

Le sel de la viande enrichira votre sang,

ainsi que celui du bébé.

Vous mangez pour deux, ne l'oubliez pas.

[musique douce]

Allons.

C'est très nutritif.

[Victor] Ange gardien,

- mon doux compagnon... - [la musique continue]

... reste à mes côtés et ne m'abandonne pas.

- [la musique s'arrête] - Sous tes ailes, abrite-moi.

- Et... - [éclats de voix au loin]

[Victor adulte] J'entendais leurs cris au travers des murs.

Les querelles incessantes

- à propos des richesses, du domaine... - [chœur doux]

... de moi.

Leurs voix m'emplissaient

de terreur.

- [musique sombre] - [Claire renifle]

[elle sanglote faiblement]

Maman ?

- Maman... - [sanglote faiblement]

- [battements de cœur] - [Claire] Mon petit...

[Victor adulte] Cet homme n'éprouvait que mépris pour nous.

Pour nos cheveux de jais,

nos yeux noirs, nos regards profonds.

- [musique douce] - Même notre tempérament calme,

quelques fois nerveux,

- semblait l'exaspérer au plus haut point. - [les battements cessent]

Énonce avec exactitude

la classification antique

des humeurs dans le corps humain.

[Victor] Sang... [soupire]

... bile noire, bile jaune et phlegme.

[père] Cœur d'un sujet masculin.

Poids moyen ?

Entre 250 et 300 grammes.

Cœur d'un sujet féminin.

Poids moyen ?

200 à 250.

Par quoi peut-on l'expliquer ?

Cette différence de poids dans le cœur féminin ?

Profondeur des émotions ?

Tendance à la mélancolie ?

La masse.

Le volume sanguin, l'irrigation musculaire, père.

[père] Très juste.

Il n'y a aucune teneur spirituelle dans un tissu.

Et aucune émotion dans un muscle.

À présent, décris la fonction principale de la valve tricuspide, s'il te plaît.

Euh, je ne m'en souviens plus, père.

Mais je vais me rappeler.

Oui, bien sûr. Je n'en doute aucunement.

L'ivoire ne saigne point, Victor,

contrairement à la chair.

Le temps que tu te rappelles, ton patient pourrait mourir.

Tu comprends ?

La principale fonction de la valve tricuspide

est de prévenir le reflux de sang

- dans la veine cave. - [inspiration tremblante]

Non. Range tes mains. Ne les blessons plus.

Elles sont l'instrument de ton travail et de ta volonté.

Il nous faut en prendre soin.

Ton visage, en revanche,

n'est que vanité.

[la musique s'arrête]

[halète]

Tu portes mon nom,

Victor.

Et avec lui, ma réputation tout entière.

Tâche de t'en souvenir.

[Claire] Tu es sûr que tu as la main ?

[glousse]

- [Victor] Vous avez un très bon jeu. - [glousse]

Trois,

deux,

un.

[ricane]

Ce n'est pas possible.

- Je rebats les cartes. - [hoquette]

[halète]

- [gémit] - [musique dramatique douce]

- Mère ? - [gémit]

- Maman ? - [gémit]

Maman !

[halète]

[paniqué] Père !

Père, c'est maman.

[Claire gémit de douleur]

[elle hoquette]

Maman ? Qu'est-ce qui se passe ?

[père] Eau chaude et linge propre. En grande quantité.

- Maman ? - Immédiatement.

- [Claire] Victor ! - Maman !

- [elle hoquette] - Parlez-moi !

- Maman ! - [père] Victor !

[Claire] [pleure] Mon petit...

Père.

- Père ? - [Claire] Victor !

Sauvez-la, je vous en supplie !

[halète]

[Claire pousse un long cri de douleur]

[il sanglote]

[Claire pousse un long cri de douleur]

[la musique devient mélancolique]

[un bébé pleure]

[le bébé continue de pleurer]

[Victor adulte] Ma mère...

celle que je considérais comme une partie de moi-même...

[la musique s'interrompt]

... celle que je n'imaginais pas me quitter un jour,

ma mère si pleine de vie... [inspire]

- ... était désormais la mort. - [la musique reprend]

Ses yeux éteints,

son sourire

nourrissant la terre froide.

- [respiration tremblante] - [la musique continue]

[sanglote]

[ému] Partez !

Partez tous ! [halète]

[sanglote]

[Victor adulte] Une partie de l'univers venait d'être réduite à néant.

Et le firmament serait dorénavant

noir, à jamais.

[sanglote]

[père] Allons, couvre tes yeux.

[la musique s'évanouit]

Ne regarde pas avant que je t'y autorise.

Maintenant.

[Victor adulte] William était solaire et souriant.

Il était d'un naturel plus calme,

plus doux.

Et, à l'évidence, le fils favori de mon père.

- Merci, père. - [tendrement] Oh !

C'est un plaisir, mon garçon.

- [musique douce] - [Victor adulte] Il était la douce brise,

j'étais le nuage orageux.

Il n'était que rires,

- je n'étais que tourments. - [William rit]

[père] Prends les rênes.

[William] Regardez-moi, père.

Regardez-moi.

[rit aux éclats]

[Victor adulte] Mais il y avait autre chose.

- [William rit] - Ou plutôt...

il manquait quelque chose.

Ma mère

était morte entre les mains du médecin le plus illustre de son époque,

- mon père. - [la musique continue]

Une idée

prit forme dans mon esprit.

[père, en fond] Définis l'appareil circulatoire.

Inévitable.

Inéluctable.

Tel que décrit dans De Motu Cordis de Harvey.

- Jusqu'à devenir la vérité. - [la musique s'arrête]

Père ?

Vous l'avez laissée mourir ?

J'ai fait ce qui était en mon pouvoir

pour la sauver.

Tu ne dois jamais en douter.

Donc, vous avez failli.

Nul ne peut vaincre la mort. Mmh-hmm.

Moi, si.

Moi, je la vaincrai.

Tout votre savoir, je l'apprendrai.

Et bien plus.

[père] Nous avons assez travaillé.

[Victor adulte] Je naissais une nouvelle fois, cette nuit-là.

- J'eus une vision. - [musique dramatique]

Je vis,

pour la première fois,

l'ange noir.

[chœur dramatique]

[hoquette]

- [respiration tremblante] - [la musique continue]

[Victor adulte] Il me fit une promesse.

J'aurais le pouvoir de dompter les forces de vie et de mort.

J'égalerais mon père dans sa maîtrise de la science.

Je le surpasserais

en ambition et en gloire.

Ange gardien...

- La vision était si claire. - ... ne m'abandonne pas.

Plus que tout ce que j'avais vu

dans mes heures éveillées ou dans mes rêves.

[chœur dramatique]

Et comment la réaliser.

[la musique et le chœur s'intensifient]

[inspiration caverneuse]

- [halète] - [la musique faiblit]

[la musique s'évanouit]

Ma ruine fut fulgurante.

[respiration tremblante]

Deux révoltes et un incendie sur les plantations de ma mère

eurent raison de la fortune familiale.

Nous avons gardé le domaine, mais hélas,

perdu tout le reste.

[tintement de cloche]

[le prêtre prie en latin]

- [musique mélancolique] - [on prie en latin]

[tintement de cloche]

[le prêtre prie en latin]

[on prie en latin]

[Victor adulte] William fut envoyé

dans une partie de la famille à Vienne.

Tandis que j'allais à Londres, puis Édimbourg.

Là-haut,

des années durant,

j'entrepris...

[la musique continue]

[soupire]

... de repousser les tristes limites du monde académique.

- La vie. - [la musique s'arrête]

Ceci...

est la vie, chers messieurs.

TRIBUNAL DISCIPLINAIRE, 1855

Nous venons au monde.

Hmm ?

Puis, lorsque l'on s'élève,

on tombe aussitôt.

La mort.

Et dans l'espace qui sépare l'ascension de la chute,

notre contribution est bien modeste.

[rires discrets]

La naissance n'est pas entre nos mains, me direz-vous.

- Ou peut-être que si. - [murmures désapprobateurs]

La conception,

cette étincelle...

[exalté] ... cette animation de l'âme et de l'esprit...

est entre les mains de Dieu.

- [en étirant] Dieu. - [rires]

La mort, en revanche...

Ah... Voilà un défi de taille.

Voilà qui devrait

nous préoccuper !

- Exclusivement. - [murmures]

Qui sommes-nous pour contrer la mort ?

Nous ne sommes pas des dieux, si ?

Néanmoins,

nous nous comportons aussi modestement qu'eux.

Alors, au bas mot, nous nous devons d'accomplir des miracles.

- Le concédez-vous ? - [murmures]

Attisez une étincelle divine

dans l'esprit de vos jeunes élèves.

Apprenez-leur la défiance,

plutôt que l'obéissance.

Montrez-leur que l'homme sait pousser la nature

dans ses retranchements,

au point d'arrêter la mort !

Non pas la ralentir...

[fort] ... mais la déjouer totalement !

[acclamations]

Silence.

Silence !

[le silence se fait]

Docteur,

vous suggérez donc, si je ne m'abuse, que nous enseignions

l'impossible ?

[exclamations de surprise]

[Victor] Sujet composite : le corps humain.

Celui d'un commerçant que l'on m'a confié peu après son trépas.

Cerveau à nu, mais fonctionnel.

Les branches spinales et les nerfs vagues sont intacts.

Observez la finesse des cicatrices.

Aucune suture grossière grâce à ma méthode personnelle.

Le bras, voyez-vous,

vient d'un autre spécimen,

un charpentier.

Muscles, ligaments, nerfs,

tout est relié, à présent.

[inspiration caverneuse]

- [exclamations] - [inspiration]

[Victor] Le mouvement spasmodique causé par le courant électrique

n'a rien de nouveau.

Rien de nouveau, cependant,

le flot d'énergie traverse le corps selon une notion nouvelle.

Une notion orientale, du nom de "ch'i".

Un flux d'énergie vitale qui circule

à l'intérieur et à l'extérieur.

J'ai introduit des aiguilles dans six...

Silence !

On s'assoit. Tout de suite.

[professeur] Ceci est une audience disciplinaire,

docteur, pas un numéro de cirque.

Vous ne plaidez pas votre cause, cher Victor.

Nous ne cautionnerons pas cette supercherie galvanique.

- Une supercherie ? - [murmures]

Vraiment ?

En êtes-vous sûrs ?

[exclamations de surprise]

Ceci n'est pas une supercherie, c'est une décision !

Une coordination motrice entre l'œil d'un individu mort

et le bras d'un autre !

Imprégnés d'une volonté nouvelle.

Animés par des rudiments d'intelligence !

[professeur] De l'intelligence ?

- Dans un cerveau déjà mort ? - [murmures]

- Relâche. - [respiration caverneuse]

S'il te plaît.

[acclamations]

"S'il te plaît", c'est imparable.

Arrêtez ce simulacre.

Sur-le-champ ! Charlatan !

L'avenir est sous vos yeux. Nous pouvons tromper la mort !

Pourquoi ne pas l'étudier ? La quantifier ?

Ceci est une hérésie contre-nature !

Une abomination.

Une obscénité !

[clameur]

Dieu donne la vie !

Et Dieu la reprend, Victor !

Peut-être que Dieu... est inapte !

- [clameur] - Et qu'il nous revient

- de réparer Ses fautes. - [acclamations]

Ne laissez pas ces vieux fous étouffer vos voix !

Les réponses ne germent que sur le terreau de la désobéissance !

Affranchies de la peur et de la lâcheté des dogmes !

[acclamations]

[cri caverneux]

[cri étranglé]

[pousse un long cri étranglé]

[murmures]

Professeur Krempe.

[acclamations]

[musique haletante]

- [la musique continue] - [brouhaha]

[la musique faiblit]

Baron Frankenstein, je me présente :

Heinrich Harlander.

J'ai ici une lettre d'introduction

de la part de votre frère, William.

De mon frère ?

À qui j'ai sollicité le privilège de faire votre rencontre.

Ça ne prendra qu'une minute. Après vous.

- Bien. - [la musique s'arrête]

- [Victor] William va me rendre visite ? - [musique douce]

Oui. D'ici quelques jours, à peine.

Il tient à vous présenter sa fiancée,

qui se trouve être ma nièce.

Elizabeth Harlander.

Une jeune femme fort charmante, tout juste sortie du couvent.

Les photographies sont de moi.

William rencontre un certain succès dans le monde de la finance.

Il commence à se faire un nom.

[moqueur] Ah ! Un nom. Voyez-vous cela.

Ma foi,

j'ai bien peur que lui et moi

ayons hérité de ce même nom à notre grand dam.

[Heinrich] J'ai lu votre article dans le Lancet.

Vous vous en croyez vraiment capable ?

- [la musique s'arrête] - De créer un homme ?

Assembler un corps humain ? Et lui conférer la vie ?

Vous l'avez vu aujourd'hui, non ?

[Heinrich] J'ai vu une crucifixion,

en réalité.

Vous étiez condamné avant même d'ouvrir la bouche.

[Victor] Pourtant, je leur ai montré.

Quoi donc ?

La vérité.

Ils l'auront oubliée à l'heure du souper.

[Victor, agacé] Oui. Oui, oui.

Et vous, qu'en avez-vous pensé ?

Hmm ?

Votre démonstration était brillante.

Elle l'était. Je suis d'accord.

Mais vous vous comportez comme un enfant

qui serre son animal de compagnie si fort qu'il l'étrangle.

Voilà pourquoi je m'inquiète pour vous, cher baron.

Saurez-vous contenir votre feu, Prométhée ?

Ou vous brûlerez-vous les mains avant même de l'offrir ?

[Victor soupire, amusé]

Très habile.

Veuillez pardonner mon impolitesse,

ma journée fut suffisamment éprouvante.

Je ne suis pas en mesure d'apprécier la compagnie... d'étrangers.

Alors, s'il n'y a rien de plus...

Au contraire, il y a bien plus.

J'ai pris mes nouveaux quartiers à Édimbourg.

Dans exactement trois jours, nous souperons avec William et Elizabeth.

Et ce soir-là, cher monsieur,

je changerai votre destinée.

Je vous montrerai quelque chose d'extraordinaire.

[une cloche sonne l'heure]

- [brouhaha] - [la cloche continue de sonner]

[la cloche continue de sonner au loin]

[Heinrich] [claque des doigts] La pêche.

La pêche. Tourne la pêche.

Tourne-la.

Tu l'as encore croquée ?

Tu manges les pêches.

Ceci est un memento mori.

La pêche

est symbole de vie et de jeunesse.

Et toi... Tu mords dans ce fruit ?

- J'avais faim, Kiki. - Ne m'appelle pas "Kiki".

[valet] Le baron Frankenstein.

[Heinrich] Tu peux partir. Veuillez m'excuser.

Bienvenue.

[Victor] Herr Harlander.

- [musique douce] - Un art si jeune.

La photographie.

[modèle] Au revoir, Kiki.

Mais déjà l'une de mes grandes passions.

Avez-vous apporté vos dessins ?

Oh, merci.

[émerveillé] Oh...

- Vous êtes extraordinaire. - [Victor] Merci.

[Heinrich] Mmh.

Vous utilisez le système nerveux

pour diffuser le flot d'énergie.

C'est bien cela ?

Exact.

Par conséquent, si je ne m'abuse,

la force vitale que vous maîtrisez

est d'une durée très brève.

Elle périclite. Elle s'évanouit.

[Victor] C'est-à-dire ?

L'autre jour,

vous avez mis fin à votre démonstration par fierté.

Mais en vérité, surtout, car la force galvanique s'affaiblissait.

Vous êtes vous-même chirurgien, monsieur ?

Oui, il fut un temps. Chirurgien militaire.

[amusé] Je n'étais pas particulièrement habile.

Néanmoins, ce métier m'a permis de consolider ma jeune fortune.

Je possède plusieurs usines de munitions.

Alors, vous êtes un marchand d'armes ?

Je suis un pragmatique.

Les Planches d'Evelyn vous sont familières ?

Naturellement.

Acquises par Sir John Evelyn.

Quatre planches, minutieuses dissections.

Parmi les plus vieilles d'Europe.

Exposant les nerfs, veines et artères des cadavres.

- Oui, mais... - Pourquoi ?

Il y en a une cinquième.

La plus captivante de toutes.

[la musique devient intrigante]

- [soupire, admiratif] - Sublime.

Nest-ce pas ?

La chair restituée sur du bois.

Le cadavre allongé sur la planche

est pelé couche par couche.

Et le... Le tissu restant est laqué sur le bois,

avec de la résine.

- Présentation du système lymphatique. - [bas] Oui.

Les médecins musulmans le qualifiaient

de système circulatoire secret.

Il transporte en tout et pour tout trois litres de liquide.

- Mais c'est un vaste réseau. - [admiratif] Oh...

- Elle est remarquable. - Oui.

Et pour nous,

pour vous,

l'élément fondamental

se trouve ici.

La neuvième configuration.

Une structure

très délicate, presque éthérée,

qui enveloppe le cœur.

Capable de distribuer,

mais aussi d'emmagasiner l'énergie.

Oui, si cet endroit est accessible, sans détruire

- les tissus avoisinants... - Non.

Pas devant, pas le torse. Le dos.

La colonne vertébrale. La courbure thoracique.

[bas] Mais bien sûr.

Flot d'énergie...

Cicatrisation et régénération à l'infini.

La vie éternelle.

[la musique s'assombrit]

J'allouerai à l'expérimentation

des ressources illimitées.

Et en échange ?

Inutile de se montrer indélicat.

Nous cherchons vérité et transcendance.

Je vous vois comme un alter ego.

Je pourrais demander une faveur, en temps voulu.

Je compte surtout sur le privilège

de documenter votre ouvrage pour la postérité.

Je travaille seul.

Je sais me montrer discret.

[valet] William et votre nièce sont arrivés, Herr Harlander.

Je vais y réfléchir.

J'y réfléchirai.

Baron.

Ne prétendez pas être un homme raisonnable.

Ce serait tellement dommage.

[soupire, amusé]

[la musique s'évanouit]

[pas dans l'escalier]

- [William] Victor. - [Victor rit]

- William ! - Victor.

[Victor] Que tu es chic. [rit]

Tu es devenu un homme.

Le mérite ne me revient pas.

Puis-je te présenter la femme que je vais épouser ?

Lady Elizabeth Harlander.

[musique mélancolique douce]

[soupire, amusé]

Je suis absolument enchanté.

[William] Ton renvoi ne me surprend pas outre mesure.

Mais le spectacle et la virulence de ta mise au ban...

Tout à fait injustifiés.

[Victor] Non, c'était justifié

- et mérité. - [la musique s'arrête]

J'ai mis un point d'honneur à le mériter.

Sa sortie était théâtrale, soyez-en sûr.

[William] Mais pourquoi les provoquer,

au lieu de continuer sans t'attirer leurs foudres ?

[Victor] [soupire, amusé] Tant de prudence me choque.

Même venant de toi, William.

On croirait entendre Père.

C'était un fin diplomate, notre père, voyez-vous ?

Précis, discret, mesuré...

Moi,

je peine à comprendre pourquoi la modestie serait une vertu.

Victor a toujours aimé accaparer l'attention.

Enfant, je tempérais sa voix en gardant le silence.

Peut-être trop, et certainement trop souvent.

N'est-ce pas, Victor ?

Si la vie peut être régénérée,

pas en tant que simulacre,

mais qu'acte divin, par des voies physiques, chimiques,

pourquoi le murmurer ?

[soupire, amusée]

Cela vous amuse ?

- Vous êtes amusée ? - Manifestement, je dois l'être.

Mes idées ne sont-elles pas claires ?

Vous les exprimez assez fort pour qu'elles le soient.

[Victor] Pas dignes d'intérêt ?

Les idées, dans l'absolu, ne sont jamais dignes d'intérêt.

Mais veuillez m'éclairer, de grâce.

Prenez la guerre,

par exemple.

[Heinrich] William ?

Cigares et brandy dans mon étude ?

Vous avez dû entendre ma nièce s'épancher maintes fois

sur le sujet auparavant.

Vous nous excuserez.

[Victor] Parfait. Continuez. Les idées.

[Elizabeth] Eh bien...

l'honneur,

la patrie,

la bravoure,

ce sont des idées dignes d'intérêt,

des idées nobles, dans l'absolu,

vous en conviendrez.

[il acquiesce]

Toutefois, on meurt pour elles chaque jour.

Dans des conditions résolument indignes.

Le visage enfoui dans la boue, s'étouffant dans son sang,

dans des cris inhumains.

Des fils, des pères, des frères périssent ainsi.

Des hommes choyés, nourris, soignés et éduqués,

par une mère aimante.

Pour tomber sur un champ de bataille, loin,

très loin

de ceux qui causent ces tragédies.

Car ceux-là restent chez eux.

À l'abri du sang et des baïonnettes.

Loin des lances qui transpercent

et bien au chaud dans leur lit.

C'est ce qui arrive quand les idées sont mises en œuvre par des fous.

Vous me considérez comme un fou ?

Hmm.

[musique douce]

Courez à votre brandy et vos cigares.

Les garçons vous attendent.

[soupire, amusé]

[Victor] L'homme croit trop souvent

avoir rencontré un ange ou un démon.

[inspire]

Avant de découvrir

que ce n'est qu'une illusion.

[la musique s'interrompt]

La vie est une partie d'échecs...

- [tousse] - [la musique reprend]

... que nous jouons contre nous-mêmes.

[tousse]

Aidez-le.

- [tousse] - Aidez-le.

[tousse]

- Tenez, buvez. Allez-y. - [on crie]

[Larsen] À vos armes !

- Tous à vos armes ! - [marin] Il est où ?

- [cris indistincts] - [tousse]

- [cris indistincts] - [la musique s'évanouit]

[Larsen] Ne va pas plus loin !

- Attendez qu'on le remonte ! - [cris indistincts]

[Larsen] Aidez-le ! Ne va pas plus loin ! Aidez-le !

[marin] Attention !

[Larsen] Je vais le chercher.

[pas accourant]

[Anderson hoquette]

[Larsen] Vous devriez venir voir.

[Anderson] Il n'y a rien.

[Larsen] Le guetteur l'a vu dans la brume.

Il faisait le tour du navire.

Nous l'avons tous vu se noyer.

Capitaine... Les hommes sont terrifiés.

Ils veulent remettre le gars sur la glace.

Et continuer sans lui.

[Anderson] Cet homme est sous ma protection.

Et sous la protection de la Couronne.

- [paroles indistinctes] - [coup de sifflet]

- [musique intrigante] - [marin] Monte la garde.

[coup de sifflet]

[Victor] Quelques semaines plus tard, nous nous rendîmes

à un lac près de Vaduz, de l'autre côté de la Manche.

La tour était vouée à devenir une usine de filtration d'eau.

Mais les travaux publics furent abandonnés au début de la guerre.

- [la musique continue] - Pas cette guerre. La précédente.

Ou celle d'avant encore. Je ne me rappelle pas.

[Victor] Dès l'instant où je posai les yeux sur elle,

sur la tour,

je ressentis

l'appel du destin.

[la musique s'intensifie]

La structure est en grande partie intacte.

Il y a une descente qui part de là-haut,

pour arriver jusqu'en bas.

Nous ferons porter vos effets

- d'Édimbourg. - [cliquetis de serrure]

Tous vos besoins, tous vos désirs seront aussitôt satisfaits.

[Victor] Tous ?

[Heinrich] Tous.

[la musique s'intensifie davantage, puis faiblit]

[Heinrich] J'ai contracté les services de William

pour toute la durée du projet.

[Victor] J'aurai besoin de chaînes.

- D'une chambre froide. - [Heinrich] William ?

Il y a deux réservoirs à la base de la tour.

Nous repenserons cet espace.

[Victor] Les machines à vapeur doivent être en état et assez alimentées.

Ici...

et ici...

quatre piles voltaïques haute capacité.

Polarité positive et négative.

Ainsi qu'un paratonnerre téléscopique en argent pur

qui descend jusqu'au laboratoire.

Oui ! Mes entrepreneurs pourront fabriquer

l'intégralité des équipements que vous solliciterez.

Bien. Dois-je en déduire...

que nous avons un accord ?

[la musique devient cocasse]

Voilà notre marché entériné.

[la musique s'intensifie]

- [acclamations] - [pousse des cris d'encouragement]

[brouhaha]

[Victor] Non. Pas lui.

Euh... Ouvre la bouche.

[dégoûté] Oh...

Estime-toi heureux qu'on te pende. Tu serais mort dans l'année.

Harlander m'avait promis des spécimens

en bonne santé.

Peut-être, baron,

mais comme vous le savez,

le crime ne rend pas riche, nous en avons la triste preuve.

Tous des pouilleux et misérables.

Vous m'en voyez navré. Que voulez-vous ?

Le dos est robuste, il fera l'affaire.

[acclamations]

[la musique s'évanouit]

[musique mélancolique douce]

[la musique s'interrompt]

[la musique reprend en fond]

[sœur] Revenez plus tard.

[Victor] Une confession ?

Je fus intrigué.

Que pouvait bien avoir à confesser

une créature aussi pieuse et fragile ?

Par chance,

une opportunité se présenta,

et...

j'allai bientôt le découvrir.

[Elizabeth] Pardonnez-moi, mon père, car j'ai péché.

[voix grave] À quand remonte votre dernière confession, mon enfant ?

[Elizabeth] À une semaine. J'étais au couvent.

Une semaine ?

Tss, tss. Avez-vous si hâtivement commis un péché ?

[Elizabeth] Oui, mon père. En intention. Je n'ai pas agi.

Un homme ? C'est cela ?

[Elizabeth] Oui. Le frère de mon fiancé.

- La luxure ? - [Elizabeth] La haine.

[normalement] La haine ? [se racle la gorge]

- [voix grave] La haine ? - Cet homme est affligeant.

Grotesque.

Pff. Vos paroles sont sévères.

Votre jugement, peu charitable.

[Elizabeth] Sauf votre respect, vous ne le connaissez pas.

Il désire contrôler,

manipuler les choses et ceux qui l'entourent.

Et comme tous les tyrans, il se délecte à jouer les victimes.

Son seul atout, à mon sens,

c'est qu'il est bien plus rustre qu'il ne le croit.

Rustre ?

[en bafouillant] Tâchez de vous expliquer.

[Elizabeth] D'abord...

il est facile à repérer.

On le remarque

même dans une rue animée, un jour de marché.

[un orchestre joue une valse enjouée]

[Victor] À quel moment m'avez-vous repéré ?

[Elizabeth] Bien avant que vous me remarquiez, certainement.

- [Victor] Avez-vous soupé ? - [Elizabeth] Je n'ai pas très faim.

[Victor] Moi, je suis affamé.

- Merci, mon brave. - C'est moi.

Quels livres avez-vous achetés ? Puis-je ?

Devinez.

- Que je devine ? Bien. - [acquiesce] J'aimerais mieux.

Une romance. [renifle]

- Sous le soleil méditerranéen. - [petit rire]

Au cœur de passions dévorantes et d'escarmouches amoureux.

[Elizabeth] Insultant.

- Mais si prévisible. - Vous trouvez ?

Les insectes ?

Mon intérêt pour la science se porte sur les petites créatures.

Qui bougent avec la nature.

Peut-être en rythme avec Dieu.

Depuis toujours, je suis en quête de pureté.

De merveilleux.

Est-ce ce que vous recherchiez au couvent ?

Pour ainsi dire.

Et était-ce digne de vos efforts ?

Qu'est-ce qui l'est ?

- [la valse s'arrête] - [applaudissements]

[valse enjouée]

Permettez-moi.

Chère sœur.

Ce ne serait pas convenable.

Qu'est-ce qui l'est ?

J'aime mieux ça.

[petit rire]

- Vous riez. - [glousse]

[Victor] Pour la toute première fois,

- je m'intéressai plus à la vie... - [elle rit]

... et étrangement, beaucoup moins...

à la mort.

[la valse continue]

[en soupirant] Ah...

[bas] Nerf vague...

[la valse continue]

[orfèvre] La tige principale

a un système de verrouillage rapide.

S'agit-il d'un alliage ?

Oui, de cuivre et de zinc.

C'est...

Ce n'est pas ce qu'il me faut.

L'argent pur est le conducteur parfait.

William, tu dois rester. S'il te plaît.

Tu es le seul en qui j'aie confiance.

Seulement quelques jours.

[la valse continue]

Vous n'allez pas l'avoir.

[rit]

[Elizabeth rit]

Magnifique.

Magnifique.

- On le laisse partir ? On le capture ? - Mmh...

- [bas] On le capture. - [gloussent]

[Victor] À présent, nous avons une chose en commun.

Votre prisonnier.

[Victor] Comme il s'y était engagé,

William se dévoua

corps et âme à la construction du laboratoire.

[la valse continue]

[en fond] Vérifiez ceci. Aidez-le.

[Victor] Il suivit mes instructions

à la lettre.

[en fond] Vous pouvez l'essayer.

- Tout est en argent pur. - [claquement]

Les points conducteurs, qui répondent au système lymphatique...

Ce fut d'ailleurs un défi... complexe.

- Mais je l'ai relevé. - [acquiesce]

[la valse continue]

[la valse s'arrête]

- [applaudissements] - [soupire]

[mélodie douce au piano]

[brouhaha au loin]

Herr Harlander.

Merci pour cette délicieuse réception.

J'espère que cela ne vous détourne pas

- de vos recherches. - [on ferme la porte]

D'être auprès de moi et d'Elizabeth.

Pas du tout.

Elle est si jeune. Heureusement, nous sommes là

pour veiller sur elle.

Je vous laisse.

Pas de faux-fuyants entre nous.

[urine]

La porcelaine française. Comme elle résonne au fluide des hommes.

[Victor] Je suis tout près d'une solution.

Pour le point d'accès au système lymphatique.

Ah, cette vieille histoire.

C'est tellement long.

La guerre touche à sa fin.

Et mon financement s'arrêtera avec elle.

Vous disiez que vos fonds étaient illimités.

Mais ma patience ne l'est pas.

Je sais de source sûre

qu'une bataille aura lieu d'ici une semaine.

La marée de la guerre fera s'échouer sa précieuse écume sur nos rives.

Un champ de bataille ?

- Les corps seront massacrés. - Une semaine.

- [Victor] Une semaine... - Passé cela...

l'histoire nous devancera.

Ah.

Tirez la chasse pour moi, voulez-vous, baron ?

[Victor] Une semaine.

Pour déterminer comment diffuser le courant.

Impossible.

Qu'allai-je faire ?

J'étais tout près, je le sentais.

- [on toque] - C'est là que...

la vie se mit au travers de mon chemin.

[Victor] Oh.

Vous lui manquiez beaucoup.

[Victor] Je dois vous prévenir, je travaille sur une dissection.

C'est prodigieux.

[Victor] Vous n'êtes pas choquée ?

[Elizabeth] Cela m'évoque les peintures de martyrs.

[grondement de tonnerre au loin]

Plus de douleur.

[musique douce]

On distingue l'œuvre de Dieu dans la symétrie et les formes.

Elizabeth...

Je dois vous confesser une chose.

Je suis attentif au merveilleux autant que vous.

[respire profondément]

Un lien profond nous unit, le ressentez-vous ?

Un lien presque physique.

Je crois même qu'il s'agit d'autre chose.

[respiration tremblante]

[petit rire]

Croire une chose n'en fait pas une vérité.

Alors, pourquoi êtes-vous là ?

[elle soupire]

- [la musique s'interrompt] - [elle soupire]

Ne trouvez-vous pas cette créature envoûtante ?

- Inaccessible ? - [la musique reprend]

Pleine de charme mais à la fois, tellement étrange ?

[renifle]

Avec ses trois cœurs,

ses yeux multiples, son sang transparent ?

[bas] Et cette fascinante absence de choix ?

Est-ce une énigme ?

Le choix est le siège de l'âme.

[bas] Le seul don que Dieu nous a accordé.

[Victor] Elizabeth...

- [renifle] J'ai fait un choix. - [la musique s'arrête]

[émue] Au revoir.

[intermède sombre]

Elizabeth.

Elizabeth !

[Victor] Je pensai avoir échoué.

Que la partie était terminée. Je pensai... [inspire]

Et pensai...

Et pensai...

La symétrie.

[respiration haletante]

[grondement de tonnerre au loin]

[agité] Mon Dieu, la symétrie. Oui. Oui.

[vrombissement de mécanismes]

[respiration bruyante]

[bas] Là. Là.

[bas] Oui, oui. Oui.

[hurlement caverneux puissant]

[hoquette, halète]

[pousse de longs râles étranglés]

- [musique haletante] - [halète]

[Victor] Placer la pile au-dessus du système lymphatique.

- J'avais trouvé la clé. - [souffle]

- Rien ne pouvait m'arrêter, désormais. - [intermède intrigant]

Rien.

- [cris indistincts] - [croassements]

Non ! Pas les dépouilles en haut ou en bas de la pile !

Sauf si elles sont marquées !

La glace ou la putréfaction ont détruit les tissus !

Ne cherchez qu'au milieu !

[expire bruyamment]

Vous savez, l'excès de choix est contre-productif.

Sauf si vous revoyez vos ambitions.

[Victor] Je cherche

des grands spécimens aux longs membres.

Cela me facilitera la tâche.

[Heinrich] Bon !

[grognent d'effort]

La perfection.

Pourquoi s'en priver, cher baron ?

- Pourquoi s'en priver ? - [croassement]

[Victor] Trouvez une tête intacte.

[croassements]

Celui-là, dans le chariot.

[soupire]

Installez-le là-bas.

Amenez les autres.

- [musique haletante] - Oh, grand Dieu.

[la musique devient enjouée]

[la musique devient exaltante]

Vous permettez ?

[la musique s'intensifie]

[grogne d'effort]

[grogne d'effort]

[la musique s'intensifie davantage]

Ouvrage achevé.

- [la musique s'arrête] - [grondement de tonnerre au loin]

[soupire profondément]

[le grondement s'intensifie]

[musique intrigante sombre]

[grogne d'effort]

[grogne d'effort]

[grogne d'effort]

[chœur dramatique]

- [le chœur s'intensifie] - Oui.

Oui.

Herr Harlander !

Un orage s'approche !

[la musique faiblit]

[Heinrich] Ma canne.

Ma canne ! Dans le manche, ma canne.

Du mercure ?

- Vous êtes malade ? - Merci.

C'est... la syphilis ?

[Heinrich] Je suis mourant.

"Une nuit avec Vénus, une vie avec Mercure."

N'est-ce pas l'adage ?

Quel stade ? Secondaire ?

[Heinrich] Nous connaissons la chronologie.

La maladie s'attaquera bientôt à mes os, orbites, joues...

dents, mâchoires, crâne...

- Jusqu'à atteindre mon ceveau. - [la musique s'arrête]

Tumeurs, démence, souffrance insoutenable...

[petit rire] Et un beau matin, je...

je me mettrai à hurler, et mes cris ne cesseront plus jamais.

Je ne puis me résoudre à une fin

- aussi vulgaire. - [le grondement continue]

Ce qui m'amène

à la seule et unique condition de notre accord.

Comme convenu...

en échange de ma généreuse contribution

à votre entreprise,

et tandis que nous insufflons la vie à notre Adam des temps modernes,

je voudrais être placé dans ce corps

neuf et parfait.

[lentement] Non.

[musique haletante]

- Non. Non. - Si !

[Victor] Pas maintenant. Pas maintenant !

Justement, maintenant.

Nous en parlerons après, pas maintenant !

Il n'y a pas d'après !

Il n'y a pas d'après.

[la musique s'intensifie]

[grogne d'effort]

Je vous ai donné tout ce que vous vouliez !

Je vous donnerai tout ce que vous demandez !

Vous n'avez qu'un mot à dire !

Même Elizabeth !

S'il vous plaît !

"S'il vous plaît", c'est imparable !

La maladie s'est répandue, elle a envahi votre corps !

Elle est systémique,

et vous le savez !

Chacun de vos organes est

contaminé ! Votre cerveau, votre sang, tout !

Tout sauf mon argent, c'est ça ?

C'est impossible !

Allez ! Vous n'avez qu'un seul mot à prononcer, un seul.

"Oui", ni plus ni moins !

[en criant] Non ! Vous comprenez ?

[la musique faiblit]

[musique intrigante]

Que faites-vous ?

Reposez ça.

Reposez ça.

Sans cela, nous n'avons plus rien. Nous perdons.

Je n'hésiterai pas à être l'aigle qui vous dévore le foie !

Je vous en prie, arrêtez.

Herr Harlander. Herr Harlander !

[Heinrich grogne]

[grognent]

[la musique s'intensifie]

- [gémit] - Tenez bon.

Regardez-moi.

[gémit]

- [hurle de peur] - [en hurlant] Herr Harlander !

[la musique s'arrête]

- [chœur dramatique] - [expire bruyamment]

[grogne d'effort]

[nappe sombre]

[musique haletante]

Non, non, non, non, non !

[expire bruyamment]

[grogne d'effort]

[halète]

[la musique faiblit]

[la musique s'évanouit]

[pousse des gémissements apeurés]

[pousse des gémissements apeurés]

[battements]

[musique exaltante]

[pousse des gémissements apeurés]

[grogne d'effort]

- [la musique faiblit] - Non, non !

- [musique menaçante] - Non !

[halète]

- [la musique s'arrête] - [nappe menaçante]

[en hurlant] Non !

Non !

Non !

[respire profondément]

[musique inquiétante]

[bas] Tu m'as menti.

Tu as menti.

[Claire, en écho] Victor ?

Victor ?

[hoquette, expire]

- [expire] - [tintement métallique]

[hoquette]

[respiration tremblante]

- [Victor hoquette] - [respiration tremblante]

[bas] Non. Non.

[soupire, admiratif]

[hoquette]

[musique douce]

[soupire, admiratif]

Regarde. On a les mêmes.

[soupire, admiratif]

[halète]

[pousse des gémissements apeurés]

[Victor] Shh, shh.

Soleil.

- Soleil. Lumière. - [gémit]

Shh.

Regarde-la en face.

La lumière du jour, le soleil.

Le soleil est la vie.

- [gaiment] Ah... - [gaiment] Ah...

La chaleur sur la peau. Hein ?

- [gaiment] Ah... - Tu la sens ? Oui ?

[inspire profondément]

Victor.

Victor.

- Victor. - [ému] Oui !

Oui, oui, oui. Toi aussi, bien sûr.

Toi aussi.

[expire bruyamment]

[battements]

[créature] Victor.

[soupire, joyeux]

[musique et battements s'évanouissent]

[valet] Le courrier, monsieur.

[William] Des lettres du domaine. À Genève.

- Rien de la part de mon oncle ? - Non.

[respire profondément]

[Elizabeth] Rendons-leur visite.

[Victor] Attention. Regarde. Regarde.

[Victor glousse]

C'est de l'eau.

De l'eau.

[pouffe de rire] De l'eau !

[en riant] Dis-le. "De l'eau".

- Victor. - Non, c'est moi.

C'est de l'eau. Viens.

- Victor. - Allez, viens. Voilà, c'est bien.

Fais un grand pas.

On y va ensemble ? Tu es prêt ?

Regarde. Comme ça.

[rit aux éclats]

Non !

[en riant] Pas comme ça.

Par ici. Oh non ! Non, non.

Chaud. Chaud.

Non, n'y touche pas. N'y touche pas. C'est chaud.

Assieds-toi.

Excellent ! Excellent ! Tu as réussi.

- [rit aux éclats] - [grogne]

Oui. Alors, regarde ce que j'ai là.

Qu'est-ce que c'est ?

Quelle est cette chose étrange ?

Doucement ! Oh ! [s'esclaffe]

Tu es très fort. Oui. [bas] Regarde.

Voilà.

- Oui. Tu en veux une autre ? - Victor.

Voilà, sur l'autre poignet.

Clé.

Vic... tor.

Une couverture pour être

bien au chaud.

Sens comme elle est agréable.

Vic... tor.

[Victor] Allez.

- Reste ici. - [expire]

Reste ici, maintenant.

[la créature gémit]

Reste ici, d'accord ?

Ne t'inquiète pas, je reviendrai.

[respiration caverneuse]

- [Victor] Non, non. - Victor.

Non, ne t'en fais pas.

- Je reviendrai. - [gémit]

- [créature] Victor. - [musique douce]

Victor.

[Victor] Tout était nouveau, pour lui.

La chaleur, le froid,

la lumière,

l'obscurité.

Et moi, j'étais là pour le façonner.

Je n'avais jamais songé à l'après-création.

Car lorsque l'on atteint les confins de la Terre,

il n'y a plus d'horizon.

Mon ouvrage semblait contre-nature.

Dépourvu de tout sens.

Et cela me tourmente tellement.

Vos hommes,

ils souhaitent rebrousser chemin, n'est-ce pas ?

Il semblerait.

[la musique continue]

Une fois libérés de la glace, nous irons vers le pôle Nord.

Quoi qu'il en coûte.

Vous partagez donc ma folie.

[soupire, désespéré]

Peut-être y a-t-il une raison plus noble

à ce que je vous livre mon histoire.

[Anderson] Je n'en doute pas, cher baron.

J'aimerais la connaître.

[la musique continue]

[Victor] Les semaines passaient,

et à mesure que sa force

se déployait,

la mienne déclinait.

Hélas, son langage et sa motricité n'évoluaient pas.

Non, non. Non, non, non. Non. Non.

Baisse la tête. Tu baisses la tête.

Voilà, très bien.

Voilà. Reste... Reste...

[Victor soupire]

Oui, c'est toi.

C'est toi.

- Tu es content ? - [la musique faiblit]

Parfait. La cicatrice est très propre.

[soupire]

Je suis épuisé.

Je n'ai pas fermé l'œil...

- depuis des semaines. - Oh...

Pas de repos pour les braves. Moi...

je te soigne,

je te rase...

[respiration gémissante]

Non. Non ! Lâche ça !

Tout de suite ! Lâche !

Non, non, non ! Ouvre ta main !

Ouvre ta main ! Ouvre ! Ouvre la main !

[soupire, exaspéré]

[la musique s'arrête]

Qu'est-ce que tu fais ?

Regarde. Regarde ce que tu as fait.

Il faut que tu m'écoutes. Je t'avais dit de lâcher.

Quelle... stupidité !

Non ! Du calme.

Donne-moi ça.

- Vic... tor... - Non !

[furieux] Ne me touche pas !

Ne me touche plus jamais !

Donne-moi ça.

Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même.

[aspire de douleur]

La plaie...

Elle s'est refermée.

- [dans un souffle] Comment ? - [grogne]

- Doucement. - [grogne]

Non, non, non.

Non...

Non...

[bas] Tout va bien. Tout va bien.

[hennissement]

[soupire] Je suis sûr que tout va bien.

Nous arriverons bientôt.

[respiration gémissante]

Je sais que tu penses, je le sais.

J'en suis sûr.

Quelque part, enfouies, il y a des pensées.

Mmh ?

Je me trompe ?

Tu ne veux pas parler ?

Même si c'est balbutiant ou confus ?

Mmh ? Rien du tout ?

Je t'ai surestimé ?

Victor.

[agacé] Oui. Oui. Oui. Oui ! On le sait !

L'information a été assimilée.

Nous l'avons bien compris, je m'appelle Victor.

Tu ne sais rien dire d'autre ? Quoi que ce soit ?

Hmm ?

N'importe quoi. Vraiment.

Euh... "Soleil" ? Mmh ?

"Froid" ?

"Pluie" ?

"Sang" ? N'importe quoi.

"Botte" ! Tu peux dire "botte" ?

Victor.

[rire dément]

[en criant] Non ! Oui ! Non ! Oui !

Tu peux dire...

Tu peux dire "main" ? Essaie.

[agacé] "Main" !

- "Main" ! - [grogne de peur]

Oh. Oh. Je vois.

- Moi, je te fais peur ? - [gémit]

[voix douce] Tu as peur de moi ?

[agité] Pourquoi aurais-tu peur de moi ?

[ému] Je ne te ferai rien, je t'ai conçu.

Je ne te ferai aucun mal, je t'ai créé.

- [furieux] Je suis ton créateur ! - [gémit de peur]

[grondement au loin]

[halète, souffle]

[en haletant] Oh...

[agité] Vous ici ?

Vous êtes vraiment là ? [halète]

Eh bien, entrez. Venez avec moi.

Si vous saviez ce que j'ai à vous montrer, Elizabeth...

Vous n'allez pas le croire, c'est merveilleux, venez.

Mon oncle est ici ?

Pardon ?

[angoissée] Mon oncle est ici ?

Non. Non...

Non, je suis tout seul. Il est parti.

- Quelques jours. - [William] Tu as mauvaise mine.

Oh ! Je suis plus en forme et clairvoyant que jamais.

Venez ! Venez !

Tu as l'air fiévreux.

[s'esclaffe] Je jubile de vous voir, voilà tout !

Je suis survolé. Les esprits m'ont porté si haut !

Tu ne vas pas en croire tes yeux.

[créature, en écho] Victor.

[William] Victor. Victor. Elizabeth est très inquiète.

[musique intrigante douce]

- [respiration tremblante] - [respiration gémissante]

- [la musique faiblit] - [elle soupire, admirative]

[la musique s'évanouit]

D'où viennent tes blessures ?

Je dois te montrer quelque chose.

Laisse-moi y mettre un peu d'ordre.

Moi aussi, je dois te montrer ceci.

Une lettre de la Société royale de Médecine.

Ils souhaitent te rencontrer.

Non, pas tout de suite.

Je ne suis pas prêt.

Mais... tu en as toujours rêvé.

[elle halète]

[agitée] L'homme...

- En bas... - Vous l'avez vu ?

Est-il un patient ? Une victime ?

[sanglote]

Ses blessures... Vous l'avez blessé ?

[Victor] Non, non.

C'est le monde qui lui a fait du mal.

Moi, je lui ai donné la vie.

[bas] Je lui ai donné la vie.

Viens, lève-toi.

Allez.

Là. Arrête-toi.

Il s'habitue encore à son environnement.

- [grogne] - [Victor] Shh.

Il est fort, William.

Tu as réussi.

[Victor] Si fort.

Tu as réussi.

Tous ses systèmes fonctionnent. Tout cicatrise.

Certes, la cicatrisation

est capricieuse, oui.

Mais pour autant,

exceptionnelle.

Pourquoi l'enchaîner ici ?

Pour sa sécurité et la mienne.

Pour... le nettoyer,

et...

le maîtriser.

Il ne s'en rend même pas compte.

Mais vous, oui.

Harlander est au courant ?

Nous devrons tout préparer pour son retour.

[Victor] Bien sûr.

Tout doit être présentable.

Est-il doué

d'intelligence ?

- [gémit faiblement] - Victor ?

Est-il intelligent ?

Je ne peux concevoir comment tu as accompli une telle prouesse.

Mais son ampleur ne m'échappe pas.

Victor ?

As-tu déjà cherché à savoir,

de toutes les parties du corps qui le composent,

laquelle... détient son âme ?

Non, je n'ai jamais cherché.

[William] Cette créature est si dérangeante.

Elle marche de guingois,

tel un mannequin devant un miroir déformant.

Mais animé.

Animé par quoi ?

[musique mélancolique douce]

[respiration gémissante]

[la musique faiblit]

Cette main ?

Une feuille ?

Pour moi ?

Merci.

N'est-elle pas magnifique ?

C'est une feuille.

Je m'appelle Elizabeth.

Tu peux le dire : "Elizabeth".

"Elizabeth".

Ma gorge produit un son.

"Elizabeth".

Je m'en vais, maintenant.

[la musique s'évanouit]

Eliza...

beth.

Vous ne devriez pas vous approcher de cette chose.

"Cette chose" ?

Cette chose. Oui.

Il y a bel et bien de la vie en elle,

mais il n'y a pas...

l'étincelle d'intelligence à laquelle j'aspirais.

Peut-être a-t-il une autre forme d'intelligence.

J'ai négligé quelque chose.

Une occlusion, une suture,

une... connexion.

Le grand Victor Frankenstein

aurait fait une erreur ?

Cette créature ne connaît qu'un seul et unique mot.

"Victor. Victor. Victor. Victor."

Et... Elle le répète sans raison, comme un perroquet.

Ce mot est peut-être son seul refuge, actuellement.

Et si cette renaissance l'avait doté

d'un esprit plus simple ?

- Plus pur. - Plus pur ?

- Plus pur que le commun des mortels. - [s'esclaffe]

Oh... Et si le souffle du Seigneur, sans être entravé par le péché,

avait directement pénétré sa chair meurtrie ?

[en soupirant] Grand Dieu, Elizabeth...

Si je pouvais me résoudre à y croire,

je distinguerais presque de l'attirance...

en vous pour cette chose.

De la compassion.

Son regard était empli de souffrance.

N'est-ce pas une preuve d'intelligence ?

[ému] Que faites-vous de ma souffrance ?

De ce dont vous m'avez privé ?

De ce que mon cœur désire encore ?

[moqueuse] Votre cœur ?

De toute l'anatomie humaine,

c'est l'organe que vous êtes le moins à même de comprendre.

Seuls les monstres se prennent pour Dieu, baron.

[tintement métallique]

[Victor] "Plus pur que le commun des mortels." Mmh ?

[glousse]

Et je deviens le monstre de l'histoire. Mmh-hmm ?

Ton cœur serait pur ?

Je peux t'assurer que non.

J'en sais quelque chose, je l'ai mis à sa place.

Monte.

Recommençons.

Maintenant, donne-moi ta jambe.

Ta jambe !

- [gémit, grogne] - Donne-moi ta jambe.

La souffrance

est une preuve d'intelligence, paraît-il.

Mettons cette théorie à l'épreuve.

- [grogne] - Donne-moi ta jambe !

Ta jambe.

Ta jambe !

- Allez ! - [gémit]

Donne-la-moi, monstre.

[en criant] Donne-moi ta jambe !

[gémit faiblement]

Ta jambe !

[hurlement colérique]

[en criant] Victor !

Victor !

[gémit de colère]

Victor !

Victor !

Victor !

Qu'y a-t-il ?

Viens, William.

J'ai failli.

J'ai commis une erreur.

- Non, j'ai vu tes rapports. - Si.

J'ai fait une erreur. Il est extrêmement... dangereux.

Écoute, Vi... Victor.

Attends Harlander pour en discuter.

William. Je dois t'avouer quelque chose.

Te montrer quelque chose.

[on ouvre la porte]

[musique sombre]

- Harlander... - Dans un accès de rage, il l'a tué.

Tu comprends que j'hésitais à partager cela

avec toi ?

Et encore plus avec Elizabeth ?

[troublé] Que devons-nous faire, maintenant ?

- Quoi ? - Que devons-nous faire ?

Toi, tu dois ramener Elizabeth à Vienne.

Dis-lui qu'une urgence est survenue, que vous partez sur-le-champ.

Cache-lui la vérité.

Pour sa propre sûreté.

Vous devez faire ce que je dis.

Nous reviendrons, mais pour l'heure, nous n'avons pas le choix.

Allez à la voiture. S'il vous plaît.

- [la musique s'évanouit] - [hennissement]

La créature, quelle espérance de vie ?

Brève.

Très brève, à mon sens.

[musique haletante]

[la musique continue]

[la musique s'intensifie]

[la musique faiblit]

J'ai un terrible pressentiment, William.

Lequel ?

Nous devons faire demi-tour.

Rentrez seul à Vienne.

Arrêtez la calèche, ou je saute. Votre frère va tuer cet homme.

[la musique continue]

Dis un seul mot.

Un seul, pas plus. N'importe lequel.

Et je t'épargnerai.

- Vic... tor. - [acquiesce]

Elizabeth.

[la musique faiblit]

[crescendo menaçant]

[musique menaçante]

[grogne d'effort]

[expire bruyamment]

[gémit de peur]

[créature, en hurlant] Victor ! Victor !

Victor !

Victor !

[la musique s'intensifie]

[pousse des grognements]

- [pousse des grognements] - [la musique s'arrête]

- [pousse de longs hurlements] - [musique douce]

[grondement au loin]

[grogne entre ses dents]

[la musique s'arrête]

[Victor] Mais l'histoire ne s'achève pas là.

En cherchant la vie, j'ai créé la mort.

- [grondement] - [Larsen] Faites feu !

- Attention, il arrive ! - [clameur]

[Victor toussote]

Il semblerait que je doive de nouveau calmer mes hommes.

[Larsen] Groupe deux, à vous !

- [toussote] - [Anderson] N'ayez crainte.

- Cette fois, ils m'écouteront. - [Larsen] Attention !

[grognement bestial]

[musique menaçante]

- [grogne] - [Victor] Non !

Je suis là. Ne lui fais pas de mal. Prends-moi.

- Prends-moi à sa place. - [grogne]

[Anderson] Vas-y, monstre.

Tue-nous tous les deux.

Confirme le récit de ton créateur.

[toussote]

Comme ça, mon créateur

a livré son récit ?

[expire en grognant]

[la musique s'évanouit]

Alors, je vais vous livrer le mien.

[musique dramatique sombre]

LE RÉCIT DE LA CRÉATURE

[créature, en criant] Victor ! Victor !

Victor ! Victor !

[créature] Je criai ton nom

et compris que j'étais seul.

[crie]

[pousse un long cri d'effort]

- [la musique s'arrête] - [grogne]

[musique mélancolique]

[la musique s'évanouit]

[gargouille]

[explosion au loin]

[respire difficilement]

- [respire difficilement] - [cris d'oiseaux]

[cris d'oiseaux]

[glousse]

[gémit faiblement]

- [coup de feu] - [crie]

- [cris d'oiseaux] - [homme 1] C'est quoi ?

[homme 2] Tire !

- [homme 1] Tire ! - [grogne]

- [musique intrigante] - [grogne]

[homme 2] Tu l'as eu ?

- [homme 1] Par là ! Par là ! - [homme 2] Il est où ? Il est où ?

[coup de feu]

- [grondement de tonnerre] - [croassement]

[respiration haletante]

[la musique s'assombrit]

[gémit]

[créature] J'étais guéri de mes blessures.

[croassements]

Mais j'avais froid.

Si froid.

[la musique s'adoucit]

[couinements de rats]

[la musique faiblit]

[respiration tremblante]

[gémit]

[couinements de rats]

- [la musique s'évanouit] - [claquement d'une charette]

- [on ouvre une porte] - [pas approchant]

- [homme 3] Allume le feu. - [femme] D'accord.

[homme 3] Je réparerai l'enclos.

[musique intrigante]

[homme 3] Vous l'avez eu ?

[homme 1] Non. On a cherché la bête partout.

Pourtant, on a tiré deux fois.

[homme 2] On a perdu sa trace à 1 000 m d'ici.

[homme 3] Allez, entrez. Entrez.

[homme 1] On l'a suivi quelque temps. Puis il a disparu comme par magie.

[femme] C'était quoi ? Un ours ?

[homme 1] Ni un ours ni un humain.

[homme 2] Je n'avais jamais vu ça.

[femme] Un fantôme ?

[homme 1] On a fait couler son sang. Cette chose est de chair et d'os.

[homme 2] Viens voir. Par là. Je te montre ce qu'on a pris.

Anna-Maria, emmène ton grand-père près de la cheminée.

Installe-le confortablement.

[la musique faiblit]

[Anna-Maria] Viens, grand-père.

- [musique douce émouvante] - [il soupire]

[paroles indistinctes au loin]

[grand-père] Ah.

[il glousse]

- [homme 3] On l'aura. Tôt ou tard. - [homme 2] Ouais.

[femme] Anna-Maria ? Viens.

Dépêche-toi. Viens m'aider.

[paroles indistinctes au loin]

[créature] Le vieil homme m'émut

- aussitôt. - [la musique continue]

Ses yeux aveugles étaient emplis de sagesse.

[la musique continue]

[créature] Ces gens possédaient des sons.

[grand-père, en fond] Ah. [glousse]

Ils s'en servaient pour se dire leurs sentiments.

Et leurs idées.

Ils les appelaient

"des mots".

- Sois bien attentive. - [la musique continue]

Qu'est-ce qui est dessiné ?

[Anna-Maria] Un garçon.

- Encore une fois. - Un garçon.

Excellent, mon enfant.

Et ici ?

Un...

Un œil.

- Encore une fois. - Un œil.

Oui, excellent. C'est excellent, ma fille.

- [créature, bas] Œil. - Et ici...

- [Anna-Maria] Une main. - [grand-père] Bravo.

Main.

[homme 3] Un coup de main. Ils ont mis le plus gros là-bas.

[créature] Je désirais tant faire partie de cette famille.

[homme 3] Il faut du petit bois pour l'hiver.

On fera des allers-retours.

[créature] Devenir leur bienfaiteur.

- [homme 3] Des troncs pour la structure. - [homme 2] Oui.

[créature] En quoi pouvais-je bien leur être utile ?

[la musique devient enjouée]

Anna-Maria ?

Père ? Venez ! Venez !

C'est un miracle.

Regarde, Anna-Maria.

Regarde tout ce bois. Regarde !

- [rit] - [homme 3] C'est impossible.

[femme] Qui a bien pu faire ça ?

Ce doit être l'Esprit de la Forêt.

Il faut le remercier.

Merci.

Dis : "Merci, Esprit de la Forêt."

- Merci. - [rit]

- Merci, Esprit de la Forêt. [rit] - [homme 3] Merci beaucoup.

[homme 2] Quelle chance. On est bien lotis.

Merci beaucoup.

- [la musique continue] - [créature] Alors,

je devins leur protecteur invisible.

L'Esprit de la Forêt.

Et de temps à autres,

eux aussi

déposaient des gages de bonté

à mon attention.

Des habits,

du pain.

Et pendant un instant,

un très,

très bref instant,

le monde et moi étions en paix.

[homme 3] Allez, hop. On rentre. C'est l'heure.

[homme 2] Faut bien fermer cette clôture.

[femme] Qui a bien pu faire ça ?

L'Esprit de la Forêt, hein ?

- [la musique s'évanouit] - [homme 2] Allez.

[Anna-Maria] "Et au bout du compte,

"le jeune homme... fier

"ne retrouva jamais sa main manquante.

"Elle se transforma en pierre

"et, sa fortune envolée,

"il perdit sa fierté

- "en même temps que ses terres." - [on applaudit]

[grand-père glousse]

Bravo, ma chère enfant.

Magnifique lecture.

Et maintenant, lis celui-ci.

[cris affolés des moutons]

[cri de loup]

[nappe menaçante]

[les moutons continuent de crier]

[grondement de bêtes qui courent]

Les loups arrivent.

[cris de loups]

[nappe menaçante]

[grogne]

[halètement, cris de loups]

[grognement féroce de loup]

- [nappe menaçante] - [grognement]

- [cri affolé d'un mouton] - [grognement d'un loup]

- [cris stridents du mouton] - [grognement du loup]

[grogne]

[aboiements de loups]

- [grogne] - [nappe menaçante]

[les aboiements continuent]

- [coup de feu] - [hoquette, gémit]

[coup de feu]

[respiration tremblante]

[grognement faible de loup]

[homme 3 grogne]

[créature] Une idée,

un sentiment s'imposa à moi.

Le chasseur ne détestait point le loup.

Le loup ne détestait point le mouton.

[grognement]

[aboiement]

Mais la violence entre eux

apparaissait inévitable.

- [nappe menaçante] - Sans doute, pensai-je,

le monde était ainsi fait.

On nous chasse,

on nous tue,

simplement pour ce qu'on est.

[grognement]

Le mouton sera vendu avant la fin du mois, père.

Ensuite, je vous emmènerai en ville, Alma, Anna-Maria et toi.

On chassera les loups dans les montagnes

et on reviendra à la fin de l'hiver.

Je prie seul ici chaque hiver.

- Je perpétuerai la tradition cette année. - [elle soupire]

S'il te plaît, viens. Sois raisonnable.

Agissez comme bon vous semble.

Et moi, j'en ferai autant.

Vieil âne têtu.

Il n'y a plus que toi et moi, Esprit de la Forêt.

Plus que toi et moi.

[créature] J'avais imaginé,

dans mon esprit, différentes façons

de me présenter au vieil homme.

[musique sombre]

Allait-il me craindre ?

M'ouvrir ses bras ?

Me rejeter ?

[grincement de la porte]

Qui va là ?

[hoquette]

[hurlements de loups au loin]

[créature] Avec un seul pas,

j'entrai dans un tout nouveau monde.

Un monde que je n'avais observé que de loin.

[la musique s'adoucit]

[grand-père] Qui êtes-vous, je vous prie ?

Répondez-moi.

Dites-moi...

Que faites-vous ici ?

[créature] Voyage.

Bienvenue, cher voyageur.

Veuillez ne pas me juger inhospitalier si je vous demande

de prendre vous-même une chaise.

Il m'est...

Il m'est devenu... difficile

d'être un hôte digne de ce nom.

Ma... Ma vue...

me fait cruellement défaut.

[soupire]

Toutefois, il y a

du pain et du brandy sur cette table.

Veuillez vous servir.

[créature] Bran... dy ?

Votre élocution...

Vous... Vous avez du mal... à parler.

Venez-vous d'une contrée lointaine ?

- [bris de verre] - [gémit de peur]

[sanglote]

Vous avez peur ?

N'ayez pas peur.

Venez.

Qu'est-ce qui vous effraie ?

- [créature] Tout. - Oh...

Vos mains...

sont gelées.

Et...

vous êtes blessé, n'est-ce pas ?

- [créature] Blessé ? - Vos mains...

et votre visage ont...

des entailles.

Et vous êtes en uniforme...

Avez-vous été blessé au combat ?

Vous vous cachiez

dans les rouages du moulin ?

- C'était vous, hein ? - [gémit]

[ricane]

[s'esclaffe]

Je le savais. Je le savais.

- L'Esprit de la Forêt. - [créature] Oui.

[rit]

Je ne puis juger de votre contenance,

mais il y a quelque chose dans votre voix qui me persuade

de votre bonne volonté et de votre gentillesse.

[bas] Gentillesse.

Restez... avec moi.

Partagez mon pain et mon feu.

Je serais enchanté de partager le peu que j'ai avec vous.

Et... votre compagnie me serait d'une grande aide.

Vous... Vous pourriez me faire la lecture.

- Lecture ? - Oui.

Vous seriez ici chez vous,

et moi,

je serais votre ami.

Ami ?

Ami.

[respiration gémissante]

- [la musique s'interrompt] - Mon ami.

- [la musique reprend] - [créature] Je lus ma première histoire.

Elle-même, la toute première histoire.

Le récit d'un homme du nom d'Adam,

d'une femme

nommée Ève

et de leur temps passé dans le premier jardin.

Je lus le récit de villes ennemies,

de l'effondrement d'une tour,

et de la colère d'un Dieu.

Je lus sur des hommes qui combattent les dragons

et sur des hommes qui ont tout perdu.

Et le temps s'écoulait.

Il s'envolait

avec les feuilles de l'automne.

[respiration gémissante]

Avais-tu déjà vu la neige, mon très cher ami ?

Elle purifie le monde,

elle le fait renaître.

[expire, admirative]

[créature] "Mon nom

"est Ozymandias,

"roi des rois.

"Voyez mes œuvres, ô puissants, et désespérez !

"Il ne reste rien d'autre.

"Autour de la ruine de cette colossale épave,

"nus et sans limites,

"les sables monotones s'étendent au loin."

- "Mon nom est Ozymandias." - [la musique s'évanouit]

[créature] Y a-t-il d'autres livres dans le monde ?

[grand-père s'esclaffe]

Quelques-uns, sans doute.

Mais... pas ici.

Tout à fait à gauche, le dernier livre.

Prends-le.

Nous ne l'avons pas encore étudié.

Le paradis perdu. Milton.

L'homme a des questions pour Dieu.

Mais Dieu aussi Se pose des questions.

Je crois qu'Il cherchait des réponses,

voilà pourquoi Il nous a envoyé Son fils.

La mort L'intriguait certainement.

La souffrance.

Je veux savoir d'où je viens.

Et qui je suis.

Dieu a choisi de reprendre tes souvenirs,

comme j'aurais aimé qu'Il reprenne les miens.

Il y a plusieurs années de cela,

j'ai pris la vie d'un homme,

un honnête homme,

et j'expie mon péché depuis ce triste jour.

Pardonner.

Oublier.

Les fondements même de la sagesse.

Savoir que l'on t'a causé du tort,

savoir qui est la cause de ton mal,

- mais choisir de tout effacer. - [musique sombre]

Mais je ne peux effacer

ce dont je ne me souviens pas.

[grand-père] N'as-tu aucun souvenir ?

Dans mes rêves...

j'en... vois des bribes.

Je vois des hommes.

Des morceaux... de souvenirs.

[inspiration tremblante]

Je...

Je me rappelle

le feu et l'eau froide.

Et le sable sous mes pieds.

Et puis, un mot.

Un seul mot.

Lequel ?

[en écho] Victor.

[grand-père] Va à lui.

Va à ce mot.

[la musique s'évanouit]

[musique douce]

[respiration gémissante]

[créature] Et là, je la découvris.

L'effroyable vérité.

Je compris que je n'étais rien.

Un misérable.

Une immondice,

d'une nature différente de l'homme.

Ce tourment s'accrocha

à mon esprit.

Et il ne relâcha jamais sa prise.

[grondement de tonnerre]

[la musique devient dramatique]

[créature] Puis, je le vis.

Ton nom.

"Victor... Frankenstein".

[créature] Et l'endroit où te trouver.

[la musique s'évanouit]

- [musique haletante] - [grognement de loups]

[la créature grogne]

[créature] Non !

[en criant] Non !

- [la créature grogne] - [grognement]

- [grogne] - [grognements]

[grogne en gémissant]

[grogne]

[cris de loup]

[grognement]

- [grognement] - [crie]

- [crie] - [gémissements]

[crie]

[grognement]

[grogne]

[grognement]

[gémit, grogne]

[pousse un long cri bestial]

- [pousse de longs cris bestiaux] - [la musique s'arrête]

- [cris de loups au loin] - [halète]

[grand-père respire faiblement]

[musique douce]

[grand-père] Tu es revenu.

J'ai découvert ce que je suis.

Ma nature méprisable.

[inspire] Infâme.

Je suis l'enfant d'un ossuaire.

Un déchet.

Assemblé avec des restes de cadavres délaissés...

[pleure]

Je suis un monstre.

[grand-père] Moi,

je sais ce que tu es.

Un homme bon.

Et...

un ami très cher.

Ami ?

Ami.

[homme 2] C'est une bête ?

[clic de fusil]

C'est... la chose qu'on a vue dans les bois ?

[homme 3, ému] Que lui as-tu fait ?

[la musique s'assombrit]

Bouge pas !

[grogne]

Vite. Baisse-toi.

- Tue-le ! - [pousse un cri bestial]

[la créature grogne]

[gémit]

[la musique s'arrête]

[gémit]

[respiration rauque]

[gémit]

[respiration tremblante]

[gémit]

[expire faiblement]

[pousse de faibles râles]

[créature] Ce fut de nouveau le silence.

Et puis...

- de nouveau, l'inexorable vie. - [musique douce]

[inspiration rauque]

[toussote]

[gémit faiblement]

Combien de temps ai-je été mort ?

Je l'ignore.

Mais je vis mes blessures guéries.

L'air glacial de l'hiver

transperça mes poumons.

Je me sentis

plus seul que jamais.

Parce que pour chaque homme,

il existe un remède ultime aux pires des maux :

la mort.

Un cadeau dont tu m'avais

aussi privé.

L'envie s'éveilla en moi,

et je décidai de demander une seule grâce de ta part,

à toi, mon créateur.

[la musique continue]

J'allai exiger

une compagne.

[la musique continue]

[la musique s'assombrit]

[hoquette]

[pousse un cri strident]

- [hoquette] - [la musique s'arrête]

[halète]

[on toque]

[William] J'ai besoin que tu te lèves.

[Victor] Oui, bien sûr. Bien sûr.

Le mariage va bientôt commencer, et je te veux à mes côtés.

Cela semble difficile à croire.

C'est ta bonté naturelle qui s'exprime.

[gémit]

Avec certains invités, nous avons parlé de l'enquête.

De l'explosion.

La majorité accepte de voir l'incident pour ce qu'il est.

Et qu'est-ce qu'il est, au juste, William ?

Le passé, Victor.

Un terrible accident.

Je vais vendre le domaine.

Tout ce qu'il reste, c'est nous.

[Victor pouffe de rire]

[un orchestre joue une mélodie enjouée]

[la mélodie faiblit]

[respiration gémissante]

Je veux des pétales absolument partout.

Jetez-en partout.

[brouhaha]

Montez les jeter de là-haut.

Je sais, cela porte malheur de voir la mariée avant la cérémonie.

Seulement pour le marié.

Oui, en effet. Pas pour moi.

Bonjour, Elizabeth.

[soupire] Moi qui ai rarement connu le remords,

aujourd'hui, je ne ressens rien d'autre.

Une fièvre... avait pris possession de moi,

mais elle est passée, et...

je vous vois telle que j'aurais dû vous voir.

[petit rire] Quoi qu'il en soit, je... je...

je vous présente, à vous et à mon petit frère,

que j'aime plus que la vie,

mes vœux les plus sincères.

Vous pouvez vous raconter cette histoire.

Mais l'entendre est pour moi un supplice.

Pour mon mariage, je ne vous demande qu'une seule grâce :

plus jamais de mensonges.

- [gêné] Je voudrais vous dire... - Quittez mes appartements.

Allez-vous-en !

[intermède mélancolique doux]

[grogne]

[grogne]

[nappe menaçante]

[souffle du vent]

[la nappe s'intensifie]

[la nappe s'intensifie davantage]

Tu peux sortir de la pénombre.

Si tu es là.

[hoquette]

Tu es venu me remercier ?

Tu as survécu

et tu es assez intelligent pour m'avoir retrouvé.

[musique menaçante]

J'ai réussi mon ouvrage.

[créature] J'ai... besoin

que tu fabriques

une compagne pour moi.

Quelqu'un comme moi.

Une com... Une compagne ?

Oh.

Je vois.

Un autre monstre.

Oui.

Il faut un monstre pour en aimer un autre.

[soupire]

J'ai...

retrouvé la raison au prix de terribles souffrances.

Et toi, tu viens

me rappeler à la folie.

Mourir m'est refusé.

Et je refuse de vivre

tout seul.

Tu as compris que j'avais fabriqué quelque chose d'horrible.

Pas quelque chose.

Quelqu'un.

Tu as créé de tes mains quelqu'un.

Moi.

Je suis peut-être un assemblage, mais je pense.

Je ressens.

Je n'ai qu'une seule requête :

fabrique

une autre créature comme moi.

Et après, quoi ?

La procréation ?

La reproduction ?

Mmh.

Un...

foyer, une tombe ?

La mort

engendrant la mort,

engendrant la mort.

Une race de démons qui se propage sur la Terre.

L'obscénité qui se perpétue à l'infini.

Je suis obscène à tes yeux,

mais aux miens, je suis, simplement.

Disparais !

[émet un grognement]

Jamais !

Jamais plus je ne fabriquerai quelque chose

d'aussi démoniaque.

Et difforme.

[créature] Ainsi,

encore une fois, seul ton désir compte,

Victor. [respiration rauque]

Ton infâme désir de me mettre au monde

aujourd'hui me condamne ?

[grognent]

Le miracle n'est pas que je sache parler,

le miracle serait que tu saches écouter !

- [pousse un grognement bestial] - [gémit]

[fracas au loin]

- Si tu refuses de m'accorder l'amour... - [gémit]

... je céderai tout entier à la rage.

- [gémit] - Et la mienne est infinie.

[gémit]

[gémit]

- [fracas au loin] - [exclamations]

- [murmures] - Écartez-vous.

Victor...

Que se passe-t-il ?

- [expire nerveusement] - [la musique s'évanouit]

[musique douce]

[elle pleure faiblement]

[Elizabeth, émue] Toi.

C'est toi. [pleure]

C'est toi.

Elizabeth.

Éloignez-vous de ce monstre !

[en hurlant] Non !

[elle hoquette]

- [gémit faiblement] - [respiration tremblante]

[elle pleure]

[éclats de voix approchant]

[invité] Chez Elizabeth. Un coup de feu.

[Victor] Il l'a attaquée.

Il l'a attaquée !

[la créature pousse des grognements]

- [crie] - [la musique s'assombrit]

[halète]

[la musique s'adoucit]

[Elizabeth, bas] Emmène-moi avec toi.

[la musique devient dramatique]

[murmures, exclamations horrifiées]

[Victor gémit]

Laisse-moi faire. Laisse. Je peux te sauver. Je peux te sauver.

- Me sauver de quoi ? - [la musique faiblit, s'assombrit]

[en pleurant] De toi ?

J'ai peur de toi.

[en pleurant] Non. [bredouille]

Depuis toujours.

Toute la démesure, la destruction...

la déflagration même qui a dévoré

nos vies entières.

Tout est parti de toi.

[pleure]

C'est toi, le monstre.

[la musique s'arrête]

[musique dramatique sombre]

[Victor pleure, l'embrasse]

- [la musique s'évanouit] - [halète]

[musique dramatique]

[Elizabeth] Ma place n'a jamais été dans ce monde.

Depuis toujours,

je désire quelque chose que je n'ai pas su nommer.

[en pleurant] Mais en toi, je l'ai trouvé.

Être perdue et reconnaître son autre

est l'essence même de l'amour.

[elle pleure]

Et par sa brièveté,

par sa tragédie...

cet amour est éternel.

Je préfère m'éteindre

sous tes yeux...

[renifle]

... avec ton regard ancré dans le mien.

[la musique s'intensifie]

[elle expire]

[la créature sanglote faiblement]

- [la musique continue] - [Victor grogne]

Elle est partie,

- et je veux la rejoindre. - [la musique s'évanouit]

- [grognent] - [musique sombre]

- Tu m'as donné une vie non désirée. - [gémit]

Alors maintenant, c'est mon tour.

Tu m'as traité de monstre.

Je te retourne

- le compliment. - [pousse un long cri de douleur]

[crie]

[Victor grogne]

Tue-moi ! Tue-moi maintenant !

Vas-y !

- [gémit] - Je te ferai saigner.

- Jusqu'à te rendre humble. - [gémit]

- Tu es peut-être mon créateur... - [halète]

... mais à compter de ce jour,

- ce sera moi, ton maître. - [toussote, gémit]

[gémit de douleur]

[gémit d'effort, halète]

[la musique devient menaçante]

[grogne]

[halète en gémissant]

[grogne]

[inaudible]

[créature] Tu m'as pourchassé

à travers les forêts,

à travers les montagnes,

à travers les horizons gelés.

Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien d'autre

que toi

et moi.

- [la musique s'arrête] - [aboiements de chiens]

- [brouhaha] - [aboiements au loin]

[Victor] Des munitions.

Aiguisez ma lame.

Trois boîtes de lait condensé, du bois à brûler.

[respiration tremblante]

Et six bâtons de dynamite.

[homme] Six ?

Qu'est-ce que vous chassez ?

Du très gros gibier.

[couinements, aboiements]

[les aboiements s'intensifient]

[respiration tremblante]

[pas approchant lentement]

[la créature crie]

[grognent]

- [les aboiements continuent] - [halète en gémissant]

[grognent]

- [Victor, en criant] Non ! Non ! Non ! - [musique menaçante]

[grognent]

Non ! Non ! Non !

[pousse des gémissements paniqués]

- [la musique faiblit] - [créature] Victor.

Tu écoutes uniquement quand je te fais mal.

- [craquement d'os] - [crie de douleur]

[nappe menaçante]

[crie de douleur]

- [craquement] - [crie]

[grognent]

[grogne de douleur]

[créature] Alors...

tu places tes espoirs dans ce bâton.

- [gémit] - Tu penses qu'il me détruira.

Allume-le et espère de toutes tes forces,

mais si je survis,

je continuerai de te pourchasser.

Allez, allume-le !

[halète en gémissant]

Maintenant,

- sauve-toi. - [grogne]

[musique haletante]

[pousse des grognements d'effort]

[continue de grogner]

[la musique s'intensifie]

[la musique s'arrête]

[crie]

[pousse des gémissements]

- [continue de gémir] - [créature] Ainsi...

- tu gisais... - [musique douce]

... blessé et désemparé.

[respiration rauque]

Et moi,

je naissais à nouveau.

Je sentais ma chair

écorchée

se régénérer.

Le craquement de mes os

recommencer.

- Le murmure de mon sang... - [battements de cœur]

... circuler dans les pulsations incessantes de mon cœur.

Et une fois encore, ni salut ni miséricorde.

Un seul chemin s'offrait à moi.

[pousse un long cri bestial]

[aboiements de chiens]

Mettez-le sur la civière !

Remontez tous sur le navire !

[créature] Et nous voilà, ici.

[la musique s'évanouit]

Sans espoir. Et vides.

Plus rien à donner,

plus rien à prendre.

- Le sang devant la tente... - [créature] C'est le mien.

C'est mon sang.

Je n'arrêterai pas de saigner.

D'endurer.

De souffrir.

Tu vois ?

Toute cette souffrance est éternelle.

[respiration sifflante de Victor]

[musique douce]

[Victor soupire]

[la musique devient dramatique]

Je te demande pardon.

Je suis rongé par le remords.

Et je ne me berce pas d'illusions sur mon existence.

Tu vas partir, maintenant, créateur.

Tu vas t'éteindre.

Ton trépas sera bref, n'aie crainte.

Ma naissance,

ma détresse,

ta tragédie...

Je ne serai jamais puni.

Et jamais pardonné.

Qu'importe mes espérances,

qu'importe ma rage...

tout cela n'est rien.

La vague qui m'a amené ici revient maintenant pour t'emporter.

Et moi, elle me laisse échoué.

Pardonne-moi.

Mon fils.

[sanglot étranglé]

Et si tu en trouves la force dans ton cœur,

pardonne-toi.

Pardonne-toi d'exister.

Puisque la mort t'est refusée,

considère ceci, mon fils :

pendant que tu es vivant,

quel autre recours as-tu que de vivre ?

[la musique faiblit, s'assombrit]

[Victor soupire]

Tu dois vivre.

Dis mon nom.

C'est mon père qui m'a donné ce nom,

mais il n'avait pas de sens.

Aujourd'hui, je te demande de me le rendre.

Donne-lui un sens ultime.

Dis-le comme aux premiers jours.

Quand ce mot était ton seul refuge.

[la musique s'adoucit]

Victor.

[inspire profondément]

Je te pardonne.

[sanglote]

[expire profondément]

[créature] Repose, maintenant,

père.

Peut-être qu'à présent...

nous pouvons être tous les deux humains.

[la musique s'évanouit]

- Baissez les armes. - [brouhaha]

- Baissez-les ! - Je suis responsable d'eux !

Vous le laissez partir.

[le silence se fait]

[musique douce]

[la musique s'interrompt]

[la musique reprend]

[la musique s'intensifie]

[la musique devient exaltante]

[clameur]

[la musique faiblit]

[marin] On est libres. On est libres !

[clameur victorieuse]

Capitaine ?

Quels sont vos ordres ?

On fait demi-tour.

On rentre.

Vous voulez leur dire ?

Messieurs !

On met le cap...

On rentre à la maison !

[clameur victorieuse]

[Larsen] Vous avez entendu le capitaine. On y va !

[la musique continue]

[la musique s'évanouit]

"AINSI, LE CŒUR PEUT SE BRISER ET CEPENDANT, CONTINUER DE VIVRE."

[le souffle du vent s'évanouit]

[musique douce émouvante]

D'APRÈS "FRANKENSTEIN OU LE PROMÉTHÉE MODERNE" DE MARY SHELLEY

[la musique s'évanouit]

[musique mélancolique]

[la musique s'évanouit]

[musique haletante]

[la musique s'évanouit]

[musique dramatique]

[la musique s'évanouit]

[musique haletante enjouée]

[fin de la musique]

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