All language subtitles for Maigret ep 10

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Original subtitles

Monsieur Maigret, vous êtes commissaire de la police judiciaire chargé de l

'affaire René Lecoeur ici présent au banc des accusés ? Oui.

L 'accusé s 'est plaint d 'avoir subi un mauvais traitement de votre part au

cours de l 'enquête.

Reconnaissez -vous lui avoir extorqué ses aveux ? Sûrement pas.

Le témoin nie avoir frappé ? Je lui ai peut -être donné une gifle comme je l

'aurais fait pour un fils.

Avez -vous un fils, commissaire ? Non.

Avez -vous jamais eu d 'enfant ? Oui, j 'ai eu une petite fille.

Pardon, je ne vous ai pas entendu.

Nous avons eu une fille qui n 'a pas vécu.

Je vous remercie, commissaire.

Patron ! Dans une impasse près du boulevard Saint -Martin, Un type tué d

coup de couteau.

Règlement de compte ? Pas sûr.

D 'après son Tony, ça a l 'air bizarre.

Il nous attend sur place.

Par là, Macaulay, le patron.

Oh, son Tony, tu prends la cocotte.

C 'est pas d 'autres colonnes que tu te mettais du désinfectant.

C 'est l 'odeur des cadavres, moi je supporte pas.

Le

corps

est encore tiède, mort instantanée.

Il connaissait son assassin.

Dommage qu 'il puisse plus parler alors.

Louis Touré, domicilié à Villeneuve -Saint -Georges, 13 rue des Vergers.

Monsieur Dross, sa tête me dit quelque chose.

Ce genre de type qu 'on croise tous les jours sans y prêter attention.

Et vous ? Je ne connais pas, non.

Ça, c 'est une affaire de mœurs, ça.

Après, ça donnait dans la bijouterie de la place. Il fallait qu 'il vende pas

cher. Qu 'est -ce qu 'il pouvait bien faire, là, lui ? Il était pour pisser.

Bon temps.

On va chez la veuve.

Pardon,

monsieur. C 'est pas chaud, hein ? Vous ne sauriez pas par hasard où se trouve

la maison des Tourais ?

Le touré ? Bien sûr que je connais. Il habite au 16 juste en face. C 'est même

le seul qui ne travaille pas dans les trains ici.

Merci beaucoup.

Qui c 'est ? Madame Touré ?

C 'est pourquoi ? Je voudrais vous parler.

Police. Vous avez votre carte ?

Montrez.

Je vous écoute.

Votre mari s 'appelle bien Louis Touré ? Il travaille à Paris ? Chez Caplan.

Rue de Bondy.

Il est sous -directeur depuis trois ans.

Je pourrais voir une de ses photos.

Pour quoi faire ? Pour m 'assurer que c 'est bien lui.

C 'est lui.

Ma fille Monique.

Attention, c 'est fragile.

Je peux l 'emporter ?

Je

vais vous demander de nous accompagner à Paris.

Qu 'est -ce qui est arrivé ? Votre mari a été tué d 'un coup de couteau, cet

après -midi, à 4h15.

Chez Kaplan ? Non, dans une impasse près du boulevard Saint -Martin.

Qu 'est -ce qu 'il faisait là ? C 'est ce que j 'aimerais savoir.

Attendez -moi, j 'en ai pour une minute.

Encore rien, ce plateau.

Il faut que je passe prendre ma sœur.

Sans elle, je ne viens pas.

Son mari est contrôleur des trains.

C 'est lui.

On lui ferme pas les yeux ? Vous pouvez le faire, maintenant.

Qu 'est -ce que c 'est que ça ?

C 'est Soulier.

Du chevreau jaune.

Chou de gueule à doigts.

C 'est impossible, je n 'aurais pas permis.

Tu as vu ça, Jeanne ? Ce ne sont pas les souliers de Louis.

Cette cravate.

Qui lui a mis cette cravate ? C 'est son costume.

Oui.

Mais pas ses souliers.

Ni sa cravate.

L 'étiquette cinéma, boulevard Bonne Nouvelle.

Au cinéma, mais avec qui ? Ils ont servi aujourd 'hui.

On a vérifié à la séance de 14 heures.

C 'est pas possible.

Loin sur du travail à 17 heures.

Il a son train de 16h28 à la gare de Lyon. N 'est -ce pas, Jeanne ?

Je peux ?

Vous n 'avez pas tous les billets ce matin ? Comment le savez -vous ? C 'est

qui lui donne tout ce dont il a besoin pour s 'entraîner avec une cigarette.

Vous ne voyez pas d 'où peut venir cet argent ? Non.

Non, je ne comprends rien.

Quelqu 'un pour vous, commissaire ?

Mademoiselle

? Commissaire Maigret ? Je suis Monique Touré.

J 'ai voulu venir tout de suite, mais il n 'y a pas beaucoup de train le soir

pour revenir sur Paris.

Quand je suis arrivée à la morgue, vous étiez déjà parti.

Vous êtes allée à la morgue ? On m 'a dit que je vous trouverais ici.

Je me suis un peu perdue.

Je vous remercie d 'être envenue si vite.

C 'est oncle Albert qui m 'a annoncé la mort de papa.

Le contrôleur ? Oui, le mari de tante Jeanne.

Oncle Julia aussi travaille au chemin de fer.

En somme, toute la famille est dans les trains.

Sauf votre père.

Dites -moi, mademoiselle Touraine, est -ce que vous avez déjà vu votre père

portant des souliers jaunes ? Je ne me souviens pas.

Vous connaissiez bien votre père ? Évidemment.

Non, je veux dire, vous aviez des relations de confiance ? C 'était un bon

Tenez.

C 'est une photo de vous, enfant.

Vous la retrouvez sur lui.

Si vous voulez la garder.

On se voyait souvent pour déjeuner, vu qu 'on travaillait tous les deux à

Vous allez le chercher à son travail ? Non, on se retrouvait à la Chope

Alsacienne pour voir Sébastopol.

Dernièrement, vous êtes allée au cinéma ? Oui.

Dimanche dernier, à Villeneuve, un film de James Dean.

Avec votre père ? Non.

Vous avez un amoureux, Mlle Touré.

Je ne sais pas si c 'est le moment de parler de ça.

Oui.

Je vous remercie, Mlle.

Mlle Touré.

Je crois que votre mère aura besoin qu 'on s 'occupe d 'elle.

Si vous voulez savoir, commissaire, je m 'en fiche de ma mère.

Maintenant, au moins, mon père aura la paix.

Santoni, vous suivez la petite tourée et jusqu 'à nouvel ordre, vous la lâchez

pas.

— Allô, Mme Maigret ? Dis donc, je ne rentrerai pas dîner.

Comment ça, tu le savais ? Ah ben, excuse -moi, je ne m 'étais pas rendu

Oui.

Oui, bien sûr. À tout à l 'heure.

On peut savoir ce que vous cherchez ? La maison Kaplan.

Kaplan ? Mais ça n 'existe plus Kaplan. Il y a trois ans qu 'ils ont fermé

boutique.

Est -ce que vous avez connu un certain Louis Touré ? Qui vous êtes ?

Maigret.

Qu 'est -ce que vous lui voulez à monsieur Louis ? Il a été assassiné.

Je vais dire qu 'il n 'y a même pas 15 jours, il était assis là, à votre place.

Il n 'y avait plus que lui qui venait me voir, et toujours avec un petit quelque

chose dans la poche.

Il venait respirer l 'air de la maison.

Ah, le pauvre, quand Caplan a fermé, ça lui en a fiché un coup.

Et qu 'est -ce qu 'il a fait après ? Il n 'en a jamais causé.

Ça a dû passer des moments difficiles parce qu 'il restait un bon bout de

sans venir.

Mais même, je l 'ai aperçu sur un banc un jour.

Ça m 'a fait quelque chose. C 'était pas la place d 'un homme comme lui.

Vous comprenez, j 'ai fait un détour.

Un

si

brave homme.

On a dû le prendre pour quelqu 'un d 'autre.

Il a souffert, commissaire.

Alors il est mort sur le coup.

Et juste au moment où il commençait à être un petit peu heureux. Il avait

rajeuni, il ne s 'habillait plus pareil.

Et moi, je le taquinais.

Ce n 'était pas un homme à se fâcher.

Une femme.

Et pourquoi pas ? Vous la connaissez, Mme Touré, elle est comment ?

Un rabat -joie.

J 'en étais sûre qu 'il n 'était pas heureux en ménage.

Il en avait toujours pour sa fille, Monique. Il l 'adorait.

Il parlait toujours d 'elle, il montrait ses portraits.

Vous la connaissez ? Oui, il avait toujours dit qu 'il ne la mènerait, il

'a jamais fait. Je me demande pourquoi.

Encore un petit coup, commissaire ? Non, merci.

Alors, on va la voir à la maison ? Allons -y.

Il a porté son manger dans une toile tirée.

Et il déjeunait là, debout.

Je le revois encore dans sa blouse grise.

Il est toujours resté magasinier, alors ? Je pense bien que ce n 'était pas un

homme à se faire valoir, même avec les femmes.

Et pourtant, les emballeuses, ce n 'était pas des vertus.

C 'était le seul homme ici.

Ah, avec M. Sembron, le comptable.

Il tenait ses registres dans ce cas -ci.

Et puis là -bas, c 'était le bureau de Mlle Léon, la secrétaire.

Elle est dans la layette, maintenant.

Elle a sa petite boutique.

Rue de Clignancourt.

Oh bébé rose que ça s 'appelle !

Vous désirez, monsieur ? Commissaire Maigret, de la police judiciaire. Police

J 'ai une nouvelle pénible à vous annoncer.

Votre ancien collègue, Louis Touré, a été assassiné hier.

Permettez.

Vous pouvez parler, commissaire.

Elle ne nous entend pas.

Cela a dû être très dur pour Louis quand Kaplan a fermé.

C 'est toujours dur, passé 50 ans, de retrouver du travail.

Il a cherché beaucoup.

Madame Touray a été très surprise de trouver au pied de son mari des

jaunes.

Pour elle, c 'est l 'assassin qui les lui a mis.

Non, Louis les portait toujours.

Même à l 'époque de Caplan ? Un an après, environ.

Oui, il a commencé à s 'habiller autrement.

Il avait changé.

Il s 'était même mis à rire.

Il y a eu quelque chose dans sa vie.

Et vous ne savez pas quoi ? Un homme qui devient heureux comme ça, brusquement,

il n 'y a pas 36 raisons.

Vous lui aviez prêté beaucoup d 'argent.

J 'aimerais que ça reste entre nous.

Sa femme est tellement fière.

Ses beaux -frères ont de belles situations à la SNCF. Ils sont

leur pavillon.

Oui, j 'ai prêté... Une grosse somme.

Et lui a continué à faire croire qu 'il avait fait qu 'un plan.

Il voulait faire de peine à personne.

Il pensait trouver rapidement une nouvelle situation.

Et comme il n 'osait pas garder tout cet argent sur lui, eh bien, chaque mois,

je lui donnais le montant de son salaire.

Oui, oui, je sais.

Sa femme fouille à son portefeuille.

Il a disparu pendant six mois.

Et puis il est revenu.

Il m 'a tout remboursé.

Il vous a tout remboursé ? Tout.

Et vous ne savez pas comment il a fait ? Il ne m 'en a jamais parlé.

En tout cas, il n 'avait pas d 'heure du bureau.

Et il gagnait beaucoup.

Et le comptable, je ne sais plus son nom.

M. Saint -Bron ? Voilà, M. Saint -Bron, c 'est ça.

Ils étaient amis ? C 'était pas le genre, M.

Louis.

Écoutez, madame, je ne peux pas vous payer pour le moment. Ça fait une

que je n 'ai pas de quoi manger, alors.

Ne me dites pas que vous n 'avez pas d 'argent. Vous avez un poste de radio

neuf. Un pâté Marconi, en plus.

Ça fait longtemps que j 'ai ce poste.

Comment voulez -vous que je m 'en sorte, moi ? Écoutez, maintenant, vous payez

ou je vous fais ce dire.

Vous m 'avez fait demander, monsieur le juge.

Oui, je vous ai fait demander, monsieur le commissaire.

Alors, l 'affaire Touray ? Crime crapuleux, non ? Si vous le dites,

juge.

C 'est évident.

Vous avez un suspect ? J 'en ai six.

Le docteur Paul a -t -il envoyé son rapport ? Oui.

Perforation du ventricule gauche, mort quasi instantanée, aucune trace de coup.

Mais si vous le permettez, j 'aimerais tout de même qu 'on envoie les vêtements

au laboratoire.

Pas la peine de chercher la petite bête.

C 'est une grosse bête que je cherche, monsieur le juge, capable de poignarder

un homme.

Alors trouvez -la, maigret.

Et tenez -moi au courant.

J 'ai trouvé quelque chose.

Monika, c 'est la petite tourée.

C 'est une petite garce, avec ses airs de Tintinitouche.

Vous savez pas quoi c 'est, son job ? Elle bosse pour un huissier.

Elle récupère les loyers.

Continuez à la suivre.

T 'as pas bien dormi, hein ? Hein, si bonhomme ? Hein ?

Bon, allez, va.

Oui, j 'arrive.

J 'arrive.

Ah,

entrez, messieurs.

Tout effondré, quelle tragédie.

Asseyez -vous, messieurs, je vous en prie.

Un être si doux, si délicat.

Nous étions très liés, tous les deux.

Vous manquez pas de musique, vous, au moins ? Vert comme l 'espérance, jaune

comme le soleil, et de toutes les couleurs par la grâce de l 'homme, le

est le prince des chanteurs, monsieur.

Celui -là aussi, c 'est un canari ? Vous avez l 'oeil, tout de suite au plus

beau. C 'est un frisé parisien.

Et ça ? C 'est quel marte ? Zyber italicu.

Difficile à accoupler, celui -là.

On ferait qu 'il est seul ? Eh oui, il fait une dépression.

Que voulez -vous, c 'est ma faute.

S 'il était resté célibataire sans jamais connaître de femelle, il se

habitué à la solitude.

À propos de la victime, vous n 'auriez pas une petite idée ? Quelqu 'un qui

aurait des raisons de lui en vouloir, son assassin ? Personne ne pouvait lui

vouloir. Louis était bon comme du pain blanc.

Et la victime venait souvent ici ? Au début, les après -midi, surtout.

Il les mangeait avec son casse -croûte.

Vous savez, l 'adversité, ça rapproche. Mon capelin a fermé.

Heureusement que vous aviez vos moineaux.

C 'est mes économies.

D 'ailleurs, ça m 'a permis de venir en aide à Louis.

Bien naturel.

Mais il m 'a remboursé, vous savez.

Il m 'a offert un canarit avec son pédigré.

Vous avez vu ça, commissaire ? Un piaf avec un pédigré.

Et où a -t -il trouvé l 'argent ? Louis était très distrait là -dessus. Je n 'ai

pas voulu lui demander, je ne voulais pas le gêner.

Pas d 'autres questions, inspecteur ? Je crois qu 'on a tout, commissaire.

Assis.

Quand avez -vous vu la victime pour la dernière fois ? Bonne question,

inspecteur. Ça remonte à plusieurs mois. J 'étais sur le boulevard, assis sur un

banc. Sur un banc ? Oui, je lui ai proposé de monter à la maison, mais il n

pas voulu.

J 'ai l 'impression que quelqu 'un rodait autour.

Comment ça ? Une impression, commissaire.

Un homme ou une femme ? Un individu bizarre entre deux âges.

Louis a promis de passer me voir le lendemain, et je suis parti.

Quand je suis retourné, ils étaient tous les deux assis sur le banc, en grande

conversation.

Merci pas trop mal sorti, commissaire. Ah, très bien, très bien, inspecteur.

Surtout avec les canaris.

Ça doit être celui -là.

Asseyez -vous, inspecteur.

Et ouvrez l 'œil.

Je vais pas arrêter assis là, patron.

Et pourquoi ? C 'est trop facile ? Tu perds ton temps ? Moi aussi, je croyais

au début.

Et puis j 'ai vite compris que savoir attendre, ça faisait partie de notre

métier.

Je vous laisse la voiture.

Patron, ça attend, patron ! T 'as trouvé l 'endroit où il déjeunait ? Comment

vous avez deviné ? Oh, parce que le genre a fréquenté toujours la même

on devait lui garder sa serviette et son rond. Ouais, là -bas, à la biche au

bois. La serveuse l 'appelait mon petit homme.

Mon petit homme.

Ouais, elle l 'avait plusieurs fois dans la rue, assise sur un banc.

Un jour, elle a même charrié, elle lui a fait comme ça.

Alors, mon petit homme, on se la coule douce.

Il lui a répondu qu 'il travaillait la nuit.

Elle l 'a jamais vue avec une femme ? Elle, non, mais le patron de la

bijouterie, si.

La semaine dernière, Louis Touré et une femme sont venus acheter une bague et

des boucles d 'oreilles.

Brousse -pierre et du plaqué, hein.

Et la femme, elle était comment ? Brune, la quarantaine.

C 'est peut -être chez elle qu 'il se changeait ? Vous croyez ? Bah, ses

chaussures jaunes et sa cravate, il fallait bien qu 'il les laisse quelque

avant de rentrer chez lui.

À moins qu 'il ait loué une piôle.

Bon. Ah ben, dis -donc, t 'as maigri.

Ça marche ton régime, cette fois -ci ? Plus d 'alcool, plus de sucre, patron.

Très bien.

Allez, continue les recherches.

Le mieux, c 'est de faire la tournée des bistrots. D 'ici deux heures du matin,

tu peux en faire au moins une quinzaine. Vous n 'allez pas me faire lever le cou

toute la nuit, patron ? Toute la nuit et plus s 'il le faut.

Et trouve -moi cette piole et cette femme. Et de préférence, les deux.

Et bois de l 'eau !

Allez, avance, bouge -toi.

Allez, là, à droite.

Tonique Touré.

Elle a une petite amie.

Son nom ? Alfred Joris, étudiant.

Vous l 'avez volé.

Vous n 'êtes plus au mœurs ici, Santoni.

Pas trop à la guerre comme à la guerre.

Celle -ci, elle fait connaître la photo. Sa mère, elle a rien vu.

Et où est -il, cet oiseau ? Comme vous voulez.

Il a disparu de la circulation.

Depuis quand ?

Depuis hier. Sa mère, un peu chère, elle arrête pas de pleurer.

Même à la fille de Touré, il lui a posé un lapin.

Son signalement aux gares et aux frontières.

Vite, Anthony.

Et faites surveiller le domicile.

Patron, la petite, je continue à la filoucher ? Non, non, je m 'en occupe.

D 'ailleurs, elle a dû vous repérer.

On vous suit à la trace, Anthony.

C 'est le comble pour un inspecteur.

On dirait qu 'il dort.

Désolé de vous déranger à un moment pareil.

Je vous présente mon beau -frère, M. Morchin. Il travaille à la SNCS.

Vous connaissez ma soeur Jeanne.

Elle, c 'est Hélène, ma seconde soeur.

Son mari arrive par le train bleu cette nuit.

Ma fille, Monique.

Je suppose que vous connaissez toutes les personnes qui seront là le jour des

obsèques, ce qui n 'est pas mon cas.

Alors s 'il y avait une personne inconnue, le jour de l 'enterrement...

pensez à une femme ? Je ne pense à rien, je cherche.

Si l 'un d 'entre vous me fait signe, je comprendrai.

Fourrez, fourrez jusque -là.

Fourrez, fourrez jusque -là.

Portez la lettre, mettez -la. Portez la lettre, mettez -la.

J 'ai ri.

Et Raoul de Gare de Feu, il était bien, tu trouves pas ? Tu te rends

compte, ce Louis Tourette.

Pendant trois ans, tous les matins, il a pris le train de 6h47 avec son déjeuner

dans une toile cirée.

Et tous les soirs...

Il est reparti par le train de 17h28.

Comme si de rien n 'était.

Personne ne s 'en était passé.

Il passait ses journées sur un banc comme un rentier.

Il devait se sentir libre.

Il a même porté des chaussures jaunes.

Des chaussures jaunes ? Comme celles que tu as ramenées un soir.

Ah, tu t 'en souviens ? Oui, c 'était à ta première augmentation.

Tu as ramené une belle boîte à chaussures à la maison et tu n 'osais

'ouvrir. Bien sûr.

Tu m 'as dit que tu ne vas pas mettre ça.

Non, moi, je n 'ai jamais osé les porter.

J 'en avais rêvé pendant des années, ces chaussures jaunes.

C 'était la mode à l 'époque, des par -dessus aux trois quarts des fesses.

Tu te rappelles ? On appelait ça des raspés.

En fait, cet homme, il commençait tout juste à vivre.

Et c 'est là qu 'on l 'a tué.

... ... ... ...

Je n 'ai remarqué personne.

Je vais attendre encore longtemps, ça va faire trois heures que je suis là.

Je vais voir s 'il est rentré.

Le commissaire n 'est toujours pas rentré.

Oui ? Allô, patron ? Oui, j 'ai du nouveau.

Notre homme a été vu plusieurs fois sur le banc, face à la bijouterie.

Celui où on s 'est retrouvé hier ? Oui.

Un autre homme venait le rejoindre.

Toujours le même et ils repartaient ensemble.

Un type tout petit avec une tête ronde comme une pomme. Et toute blanche qu 'on

dirait maquillée.

Vous voyez ce que je veux dire, patron ? Une tête de clown, quoi.

Rien sur la femme aux bijoux ? Non.

Et sur une chambre qu 'il aurait louée en ville ? Non plus.

Rappelle dès que t 'as du nouveau.

Je continue, patron ? Patron ?

Allô ? Bon, allez, faites la rentrée. Tout de suite.

Le commissaire est rentré. Vous pouvez y aller.

Vous aimez votre père ?

Je ne sais pas maintenant qu 'il est mort.

C 'était un pauvre type.

Qu 'est -ce que vous appelez un pauvre type ? Toujours à éviter les scènes, à

essayer de contenter ma mère.

Et elle, toujours à lui faire des reproches.

Ses soeurs ont fait un plus beau mariage avec leur pension et leur retraite de

SNCF.

Et ça, elle n 'a jamais pu le digérer.

Vous savez, commissaire, il y a longtemps que je ne pense plus qu 'à une

Fichez le camp d 'ici.

En vous mariant avec lui ? En me mariant ou pas, pourvu que je parte.

Où ça ? En Australie.

J 'ai déjà fait ma demande de passeport.

Votre père ne travaillait plus chez Kaplan, vous le saviez ? Oui.

Vous l 'avez appris comment ? Par hasard.

Un jour, je suis passée devant l 'immeuble.

J 'ai vu que c 'était fermé.

Vous avez dû être étonné, j 'imagine.

Capelan fermé, votre père qui fait comme si de rien n 'était.

Vous l 'avez suivi ? Oui.

Il se promenait, il s 'assied sur les bancs.

Un jour, il m 'a vu bouvoir Sébastopol et il est devenu tout pâle.

Il m 'a dit qu 'il était dans les assurances et que son travail lui

déloisir.

Mais il n 'a rien dit à votre mère ? Elle méprise les gens qui font du porte

-porte. Elle les appelle des mendiants. S 'il avait su qu 'il faisait ce métier

-là... Elle aurait rendu la vie impossible.

Vous êtes dans le porte -à -porte, vous aussi.

Qu 'est -ce qui vous fait dire ça ? Est -ce que vous venez de me dire de votre

mère qu 'elle méprise les gens qui font ce métier -là ? Elle m 'en a fait baver,

commissaire, vous ne pouvez pas savoir.

J 'étais prête à tout pour m 'en aller.

Je comprends très bien que vous vouliez changer d 'air.

Mais ce que je comprends moins, c 'est que pour partir, vous ayez soutiré de l

'argent à votre père.

Vous travaillez dans une maison de recouvrement de quittance.

Extorquer de l 'argent aux pauvres gens, ça vous connaît, non ? Donc à ne pas

faire de dette ? Quant à mon père, vous savez, il ne s 'embêtait pas.

Il avait même une maîtresse.

Vous l 'avez vu ? Oui, une fois de loin, dans le café où il se retrouvait.

Même pas fichue de s 'en trouver une jolie.

Elle ressemble à maman.

Et vous trouvez ça bien ? Deux tourtereaux qui font chanter un père qui

sa fille.

On ne faisait pas chanter, c 'est lui qui nous donnait de l 'argent.

Votre père a un point de chute à Paris ? Mais je vous l 'ai dit, il allait sur

les bancs dans les cafés.

Alfred Joris, vous avez couché avec lui ? Il y a assez d 'hôtels à Paris qui

sont faits pour ça, non ?

Où est -il ? Je ne sais pas.

Il se cache, il a peur, cet imbécile.

Je ne sais pas où il est, d 'ailleurs, maintenant, je m 'en fiche.

Parce que vous avez l 'argent du voyage ? Oui.

Maintenant que mon père est mort, cet argent me revient, non ? C 'est celle

votre père aurait dû vous donner depuis longtemps.

Allez -vous -en.

Oui,

c 'est pour ? Vous auriez une chambre à louer ?

Pour vous ? Oui.

Vous êtes seul ? Oui.

Très bien.

Vous n 'avez pas de bagage ? J 'ai deux vaisseaux à la consigne.

Parfaitement, je peux l 'avoir ? Peut -être bien.

Vous louez au moins ? Oui, oui.

C 'est quoi votre boulot, à vous ? J 'ai trouvé une place dans un café, pas

loin. Non, parce que ici, c 'est une maison honnête.

Bon, c 'est en haut. Allez -y.

Qui vous a donné mon adresse ? Un copain, il a habité ici. Qui ça ? Louis

Je ne connais pas.

Vous avez l 'habitude de rentrer tard ? Non, parce que si vous rentrez tard, je

ne peux pas vous prendre.

Aujourd 'hui, c 'est exceptionnel, c 'était mon premier jour.

Attendez, il faut qu 'on cause un peu d 'abord.

La chambre, ça se fait d 'avance.

Combien ? Tiens, c 'est lui justement.

Je crois pas qu 'on s 'entende, tous les deux.

Je comprends pas.

Ça vous ferait rien de partir ?

J

'ai mon poulet au four qui va cramer.

C 'est pas bien d 'être Hubert quelque chose.

Hubert est à l 'équipe, commissaire.

J 'ai cru bien faire.

Lui m 'avait demandé un endroit discret où passer la journée à Paris.

C 'est pour ça que vous l 'avez emmené dans un claque ? C 'est pas un claque,

commissaire, c 'est une pension.

Je suis obligé de payer, moi, pour faire l 'amour.

Toute ma vie, j 'ai dû payer. Jamais une femme a voulu de moi.

Vous croyez que c 'est facile à dire, vous ? Louis.

Louis, c 'était le seul avec qui je pouvais parler. C 'était mon seul ami.

Heureusement que j 'aimais Titi.

Vous saviez combien de fois ils m 'ont donné de l 'espoir, du courage.

C 'est drôle.

La dernière fois j 'avais l 'impression qu 'il était tout seul.

Mariette Vibaud.

Je me disais bien qu 'il n 'était pas franc d 'écolier, celui -là.

Mais que César de Saint -Denis touche.

Allez.

Alors, on s 'est acheté une conduite ? On serait dans le meublé, maintenant.

Dix ans que je suis garée des vélos.

Trottoir depuis de mon âge.

Sans bourgeoise.

Combien de gens ? Quatre.

De gens convenables.

Convaincable peut -être, mais pas déclaré au garni, sûrement.

C 'est quoi votre grade maintenant ? Il est resté combien de temps chez vous ?

Je vois, c 'est du sérieux.

Écoutez, je sais qu 'il s 'est fait striner, c 'est tout ce que je peux vous

dire. Deux ans qu 'il est resté ici.

Il n 'y avait pas plus tranquille.

Jamais un problème.

Elle est où sa chambre ? Si ces messieurs voudraient bien me suivre ? Je

aller tout de suite, commissaire ? Oui, oui.

Commissaire ! C 'est pas les meufs, Sibeth !

Et

lui ? C 'est l 'inspecteur des impôts ? Non, c 'est mon fiancé.

Il m 'aide à gérer la pension.

Si vous vous occupiez un peu de ces demoiselles, inspecteur... Patron, vous

croyez vraiment que je dois aller ?

Une femme, tout ce qu 'il y a de bien.

Quelqu 'un qui fait de tenir.

Elle venait souvent ? Qu 'est -ce que vous appelez souvent ? Deux, trois fois

par semaine.

Elle restait longtemps ? Le temps qu 'il faut.

Son nom ? Madame Antoinette.

Je suppose que vous ne connaissez pas son adresse ?

Je ne suis pas curieuse.

Et ça, c 'est quoi ? Le canarie à M. Louis.

C 'était laissé avoir.

Une femelle qu 'on lui a refilée pour un mâle. Elle ne chantait jamais.

C 'est bizarre.

Toute il est mort, elle s 'est barrée.

On a beau dire les animaux, ça sent tout.

Mais c 'est bien plus fidèle qu 'un homme.

D 'autres visites ?

Une pain -bêche qui est venue plusieurs fois.

Monique, qu 'elle s 'appelle.

Alors, de quoi ils ont parlé ? Ne me dites pas que vous n 'avez rien entendu.

Désolée, je ne savais pas que vous alliez venir.

Il ne vous a rien dit sur elle ? Je me demandais si je la trouvais jolie.

Et alors ? Je lui ai dit que pour l 'instant, elle avait l 'air gentille.

Mais... Que dans quelques années, ce serait une vraie gare.

Qui encore ? Un petit jeunot.

Ah, plutôt beau gars.

Monsieur, lui, il avait pas l 'air ravi.

Deux fois qu 'il est venu.

Je l 'ai fait monter, ils ont causé une dizaine de minutes.

J 'en sais pas plus.

C 'est tout ? Ça vous suffit pas ? Et les filles, ils les fréquentaient ? Dis

donc ! Faut vraiment me tirer les verres du nez à toi, hein.

Ah, mais non, il était pas porté sur la chose.

Pas comme Saint -Vron.

Dis donc, il a ses petites habitudes, M. Saint -Vron, ici.

Il aime bien Lucille.

Ah ben, d 'ailleurs, M.

Louis aussi, il aimait bien Lucille.

Il donnait des cigarettes.

J 'ai une petite partie de belote, un, deux, de temps en temps.

C 'est de Saint -Bron dont je te parle.

Moi aussi, dans le temps, j 'ai eu mon air de gloire avec lui, si c 'est ce que

vous voulez savoir.

Ce que je voudrais savoir, mademoiselle Gibon, c 'est où a bien pu s 'envoler ce

canarie femelle ?

Mais qu 'est -ce que c 'est que ce mortel ?

Vous croyez que c 'est comme ça qu 'on parle à un policier ?

C 'est une maison honnête, ici.

Des vertus comme vous.

Si je vous fous à la porte, vous verrez si ça trouve facilement astrologer.

Alors, respecteur, vous avez appris des choses intéressantes ? Oui, commissaire.

La dénommée Lucille, c 'était la seule à avoir des rapports avec la victime.

Enfin, je veux dire, il jouait de temps en temps une belote à deux dans sa

chambre. C 'est tout ? Vous

pourriez peut -être vous rhabiller ?

Vous voyez bien, commissaire, qu 'elles sont gentilles, ces petites.

Vous avez promis de ne pas m 'attirer d 'ennuis, hein ? Oh, je n 'ai pas le

souvenir de vous avoir promis quoi que ce soit, mademoiselle Gibon.

C 'est pour votre maman.

C 'est gentil à vous.

Vous ne voulez pas les lui donner vous -même ? Ça lui ferait tellement plaisir.

Je suis un peu pressé.

Je suis venu vous montrer cette photographie.

C 'est Mme Lachaise ? Oui, elle travaillait chez Caplan, elle aussi, à

manutention.

Son mari est mort, il était agent de police.

Maman vous remercie.

Dites -moi, commissaire, M.

Louis n 'avait pas une relation avec cette femme ? Il se voyait de temps en

temps.

Vous ne savez pas ce qu 'elle est devenue ? Après Caplan ? Je crois bien

'elle a trouvé une place comme ouvreuse au théâtre du Châtelet.

Je vous remercie, Mlle Léon.

Vous savez, commissaire, je suis sûre qu 'il n 'y a jamais rien eu entre eux.

Vous avez sans doute raison.

Patron, il y a le juge Comilo qui a demandé après vous toute la matinée.

Ah, celui -là, non.

Tout ce qui l 'intéresse, c 'est d 'avoir un coupable. N 'importe lequel, d

'ailleurs.

Qu 'est -ce que je vais bien pouvoir lui raconter, moi ?

Vous avez une idée, vous ? Vous avez un suspect ? L 'amoureux de la petite.

Toujours en cavale. Pas trace de lui ni dans les gares ni aux frontières.

Quelqu 'un qui se planque comme ça, c 'est bien qu 'il a fait quelque chose.

Monique Touré savait que Caplan avait fermé. Elle savait que son père avait de

'argent. Même sa piole rue d 'Angoulême, elle la connaissait.

Elle en fait des mensonges.

Depuis le début, elle nous mène en bateau.

Et Torrance ? Peut -être ce type à la tête de Clouse.

Allô ? Bonjour, monsieur le juge.

Je me suis rendu à vos raisons, monsieur le juge. C 'est un crime crapuleux,

sans aucun doute.

Oui, un homme qui passe sa vie sur les bancs.

Ah non, pas si vite, monsieur le juge. J 'ai encore un témoin à interroger.

C 'est ça.

Au revoir, monsieur le juge.

On n 'entra plus, monsieur.

Le spectacle a commencé.

Pardon, je ne viens pas pour le spectacle.

Le commissaire Maigret, je le reconnais.

Mon pauvre mari me parlait souvent de vous.

Venez.

C 'est ici qu 'on s 'est retrouvés avec lui la première fois.

C 'était huit ou neuf mois après la fermeture de Caplan.

J 'ai reconnu Louis en le conduisant à sa place.

Il m 'a reconnu aussi.

Et je vous ai la cour.

Il est revenu, toujours en matinée.

Il me cherchait des yeux en entrant.

Ça a duré longtemps.

Parce qu 'on ne joue que deux matinées par semaine.

Un jour, à la sortie, il m 'a invité à

prendre l 'apéritif.

Il avait déjà sa chambre dans cette maison de rendez -vous ? Je suppose.

Et que lui faisait la journée ? Il ne m 'a pas permis de lui demander.

Il ne vous parlait pas des gens qu 'il fréquentait ? Non, jamais.

Il ne vous a jamais parlé de sa femme, ni de sa fille ? Beaucoup.

Mais vous savez, quand un homme n 'est pas heureux en ménage, il vous fait des

confidences.

Il aimait beaucoup sa fille.

Il aurait fait n 'importe quoi pour elle.

Ces derniers temps, je crois qu 'il était quand même un peu déçu.

Vous étiez sa maîtresse ? Je suis allée chez lui.

Il vous offrait des bijoux.

Juste ces pendants.

Et cette bague.

On l 'a choisie ensemble.

N 'allez pas vous imaginer.

J 'étais surtout une amie pour lui.

Sa seule amie.

Vous étiez avec lui lundi.

On est allés au cinéma.

Boulevard Bonne Nouvelle.

Ils vont pas parler de moi dans les journaux.

Non, ne vous inquiétez pas.

Vous savez, au théâtre, je pourrais perdre ma place.

Il ne vous a jamais parlé divorce ? Oh non, il avait bien trop peur de sa

Tu ne devineras jamais ce que j 'ai trouvé en fouillant dans les placards.

C 'est quoi ? Attends, tu vas voir.

Où ? Mes chaussures jaunes.

Celles d 'il y a 30 ans.

quand je pense que je n 'ai jamais osé les mettre à cause de toi.

Et maintenant, tu ne les mettras plus jamais.

Oui, mais c 'est ce qu 'on va voir.

Qu 'est -ce que j 'ai gonflé ?

La

bijouterie, là -bas, elle concrétise tout seul.

Il a essayé de se tirer avec la caisse avant d 'avoir failli le coincer.

Il est rentré dans l 'hôtel en face. Il peut pas s 'échapper. On a bloqué toutes

les issues.

Là, patron, là -haut.

Par ici ! C 'est déjà ?

Il a repris du service.

Oh, la paix !

Plus large, mon vieux. Allez, descend.

Faut savoir prendre sa retraite, hein, que lui sert.

Allez, viens et n 'essaie pas de faire des histoires.

Je l 'emmène avec moi.

Quel honneur, commissaire.

Un petit cambrioleur de rien du tout comme moi.

Ah, mais témoin numéro un dans l 'assassinat de Louis Tourain.

Quoi ? Oui, c 'est pas l 'imbécile, Jeff.

Les bancs, on croit que c 'est anonyme, mais avec toi dessus, il n 'y a rien de

plus voyant.

Allez.

Passez -moi le bar chez Fernand, rue Blondel.

T 'as toujours ton ardoise chez Fernand ? C 'est pas de jeu, commissaire.

On ne joue plus, mon petit Jeff.

Avec Coméliot, t 'es bon pour les assises.

Alors, le commissaire Maigret, c 'est au sujet de Jeff Shramek, l 'acrobate,

oui.

Il a joué gros ces derniers temps ? Combien ? Non, non, pas ce samedi -ci,

l 'autre.

Je vous remercie.

Tu veux que je te répète ce qu 'il vient de me dire ?

Je ne suis pas sensible aux ragots.

Tu n 'auras jamais eu de peau avec les canassons, toi.

Il en t 'a perdu gros.

Deux jours avant l 'assassinat.

D 'où venait l 'argent ? J 'ai ma Françoise qui travaille.

À quoi ? Elle fait des ménages.

On se connaît bien tous les deux, alors on va essayer de gagner du temps.

Pour ce que j 'ai à faire, vous savez.

Comment as -tu rencontré Louis Tourelle ? Je suppose que vous n 'avez rien à

boire ici.

Pour mieux causer ? Je suis en train de me demander si j 'ai quelque chose à

dire.

Allez.

Dorothes, file au 28 remulaire et ramène -moi une certaine Françoise Lescope.

Allons, commissaire, faites pas ça.

Je crois que ça m 'aiderait si j 'avais un pilier.

Cette rencontre avec ton ami Louis...

Ça s 'est passé quand ? Je n 'ai pas noté la date sur mon agenda.

Ça s 'est passé quand ? Il y a deux ans environ, sur un banc,

boulevard Bonne Nouvelle.

Lui, il était sans boulot et moi, j 'étais dans la dèche.

Il était content de trouver quelqu 'un avec qui parler.

Je crois que c 'était la première fois qu 'il pouvait lâcher son paquet et ça

soulageait.

Ensuite ?

Qu 'est -ce que vous voulez savoir, au juste ? Cambriolage ? Oh non, c 'est

compliqué que ça.

Qui en a eu l 'idée ? Lui, bien sûr.

Moi, je ne suis pas assez malin pour ça.

Vous voyez le magasin d 'imperméables sur le boulevard ? Oui,

ça s 'y est toujours sur le banc juste en face.

Quand on ne fait rien de la journée, on gamberge.

On se fait des films.

Allez, la brèche.

Encore un verre, non ? Après.

Après, c 'est loin.

Un jour, Louis m 'a dit, je me demande comment personne n 'a encore volé la

caisse.

C 'est tellement facile.

Il avait tout repéré, Louis.

À midi pile, les employés sortent pour becqueter.

Louis m 'a dit, et...

Si un client se laissait enfermer.

Pas bête, ça.

Génial, vous voulez dire.

Quitte qu 'elle ait vérifié derrière des milliers d 'interméables.

Alors, je me suis laissé enfermer, j 'ai vidé la quête, et après, devinez ce que

j 'ai fait ? J 'ai été dans les chiottes, j 'ai balancé le paquet de

par la lucarne, et comme par hasard, Louis passait dans la cour, juste à ce

moment -là.

Et à la reprise, t 'as attendu qu 'il y ait assez de clients, et t 'as filé

comme si de rien n 'était.

Oui, sans effraction.

Ni vu, ni connu.

Le plus dur, ça a été de convaincre Louis.

Lui avait imaginé tout ça par plaisir, en artiste, comme qui dirait.

Mais quand j 'ai proposé de faire le coup, il a été scandalisé.

Et après ? Vous avez changé de bond ? Oui, puisque la méthode était bonne.

Et c 'était toujours lui qui repérait les lieux ? Ah oui, parce qu 'avec moi,

n 'y a rien à faire. J 'ai beau m 'habiller comme un rupin, je fais

mauvais genre.

Et c 'est en repérant pour la bijouterie qu 'il s 'est fait poignarder dans l

'impasse. Je me demande le salaud qui a fait ça.

Moi, à ce moment -là, j 'étais chez Fernand, je buvais un coup. Il peut vous

confirmer.

La bijouterie, ça devait être notre dernier coup.

Louis voulait se mettre au vert, changer de vie.

Changer de vie ? Ben oui, il avait mis de l 'oseille à gauche.

Beaucoup ?

Quatre jours avant sa mort, au Galerie Magenta, on avait ramassé un gros

Moi, j 'ai reperdu ma part aussi sec.

J 'ai voulu me refaire avec la bijouterie.

J 'aurais mieux fait de m 'abstenir.

Lâchez -moi, je vous dis ! J 'ai tarassé le bras, j 'ai tarassé ma veste. M 'en

veux que tu aies. J 'ai laissé mon plein gré, comment faut vous le dire ? Il n

'est pas que tu chaînes je la vis.

J 'ai à voir le commissaire Maigret.

Tu l 'as trouvé.

En plus, il me cassait le bras.

Il est tout neuf dans le service, il vient des mœurs.

Et là -bas, il y en a d 'autres, des mœurs.

Tenez, Santoni.

On échange.

Rembarquez -le au dépôt.

Dépassez -lui les notes.

C 'est une anguille.

Contre pas trop méchant avec lui.

Commissaire... Ne dites pas à ma Françoise que j 'ai tout mis sur les

Elle serait capable de ne pas m 'envoyer de douceur.

Allô, avertissez les gars à les frontières qu 'on ne recherche plus le

Alfred Joris.

Il est chez moi.

Oui.

Un jeune homme qui m 'écrit qu 'il pourrait être mon fils, comme toi.

Je l 'ai arrêté l 'année dernière.

Il avait tué sa tante à coups de bouteille.

On vient de le condamner à mort.

À mort ? Oui.

La guillotine.

Il n 'a pas eu ta chance, lui.

Il n 'était pas étudiant.

Mais je n 'ai tué personne, moi.

Ça, je te crois.

Il faut du cran pour poignarder quelqu 'un.

Vous croyez que je ne suis pas capable ? Non, sûrement pas.

Alors ? Si tu n 'as tué personne, pourquoi tu t 'es planqué tout ce temps

Parce que... Comme j 'avais emprunté de l 'argent à M.

Tourelle... Emprunté ? Oui, enfin, j 'en ai demandé, si vous préférez.

Demandé ? Quand l 'autre ne peut pas refuser, ça s 'appelle du chantage.

De toute façon, il était obligé de nous aider.

Obligé ? Oui, obligé.

Monique est enceinte de trois mois.

Du coup, je ne peux pas l 'épouser, je n 'ai pas de situation.

Alors, on a décidé de partir.

En Australie.

Son père, ça a dû lui faire de la peine.

Il a pleuré.

Mais après, il s 'est rendu compte que c 'était la meilleure solution.

Et il a promis de nous aider pour le voyage.

Il attendait une grosse rentrée d 'argent, alors...

Tu l 'aimes, Monique ? C 'est ma femme.

Même si on n 'est pas passés devant le maire.

Vous me méprisez ? Ça va, hein ? Vous n 'allez pas passer votre vie

avec une mère qui tremble à chaque fin de mois, vous ? T 'as faim ?

Passez -moi la brasserie Dauphine, s 'il vous plaît.

Gaston, c 'est Maigret.

Est -ce que tu peux me fermenter des sandwiches et de la bière ? Fromage,

? Jambon.

Alors, quatre jambons, quatre bières et deux cafés.

Merci.

Une fin de loup, moi.

C 'est embêtant, parce que quand j 'ai faim, je deviens mauvais.

Si vous voulez bien me suivre.

Entrez.

Monique.

Alors, tu l 'as conduite chez le Toubib ? Je sais qu 'elle ne voulait pas y

aller.

Résultat ? Négatif.

Elle n 'est pas enceinte ? Je ne l 'ai jamais été.

Qu 'est -ce que ça veut dire ?

Vous y avez été fort, là, patron. Vous les soupçonnez ? Oh non, ils l 'ont pas

tué.

Mais ils l 'ont fait souffrir.

Et ça, c 'est pas puni par la loi.

Alors...

Alors,

patron, le petit Joris, vous l 'avez pas trop malmené ? Si.

Mais après ça, je crois qu 'il va s 'en tirer.

Ah bon ? Oui, à demain, commissaire.

Tiens, Torrance, tiens le bol de Végime.

Qu 'est -ce qu 'ils font ? Rien, ils se taisent.

Vous êtes libre.

Ce sera dans les journaux ? Il n 'y a pas de raison.

Ma mère le saura ? Ce n 'est pas indispensable.

Et mes patrons ? Vous l 'avez fait exprès ? Oui.

T 'es libre, toi aussi.

J 'ai plus de moi.

Tu retrouveras une autre.

Tu ne penses pas ?

Qu 'est

-ce

que vous allez lui dire, demain, au juge Comelio ?

Allez, on y va.

Je voulais...

Ma femme a comparé ça pour toi.

Merci bien, commissaire.

Fallait pas.

Je t 'ai apporté ça.

C 'est mon premier Noël depuis longtemps.

Tu t 'es fait des amis ? Pour l 'instant, j 'ai causé avec personne.

Faut pas croire, mais je fais pas copain comme ça, moi.

Ça, non.

Le mec qui en cellule avec moi, il s 'appuyait 20 ans.

Il dit pas un mot de la journée.

De temps en temps, il s 'approche de moi et... J

'ai

oublié les cigarettes.

Pas grave, commissaire.

J 'ai décidé d 'arrêter de fumer. Ah bah c 'est bien.

Si j 'avais eu un père comme vous, je serais pas comme je suis.

Vous savez, commissaire, j 'ai bien réfléchi.

C 'est pas ma tante que j 'aurais dû assommer avec la bouteille.

C 'est mon père.

J 'aurais dû lui faire gicler la cervelle, celui -là.

Dommage que j 'étais trop petit quand il est parti.

Quand je pense...

S 'il n 'avait pas quitté ma mère, s 'il n 'était pas parti refaire sa vie avec

une autre femme, rien de tout ça serait arrivé.

Je vous ai menti, ce idiot.

Louis avait décidé de changer de vie, de partir avec vous.

On voulait s 'installer en province, dans mon village natal.

C 'était tout décidé.

Il avait même donné son congé pour la chambre.

Il n 'attendait plus qu 'une grosse rentrée d 'argent.

Dire qu 'on allait enfin être heureux ensemble.

T

'es

content, hein ? Elle est revenue.

C 'est la planque, commissaire.

Tu veux voir ? Ils sont tous dégueulasses.

C 'est toujours des dames, patron.

Police ! Ouvrez ! Du calme, c 'est Anthony.

Ça lui manque les mœurs, patron.

Hé ! Qui m 'aide ? C 'est les mœurs ! Ramenez -moi tout ce bon monde au salon.

Je ne bouge plus.

On va écrire la musique.

Je t 'habille en décembre.

Sors de là.

Sors de là.

Révolver. Alors, ton ami Louis, ton seul et meilleur ami, tu lui as même pris

son canarie ? C 'était une femelle et moi j 'avais un mâle.

Qui n 'avait pas de femelle ? Au fond, c 'était une histoire d 'amour.

Ça coûte cher l 'amour.

Surtout quand on est amoureux d 'une jolie fille comme ça.

Vous ne croyez pas si bien dire, commissaire.

L 'amour, on dit que ça se mérite, mais pour des gens comme moi, ça se paye.

Et toutes tes économies y sont passées.

Je ne regrette pas.

Heureusement, tu as découvert que Louis avait de l 'argent.

Beaucoup d 'argent.

Il n 'a jamais refusé de m 'en prêter.

C 'était un vrai ami.

Mais elle et son gigolo, ils en voulaient toujours plus.

Toujours là à faire grimper les prix. Ta gueule, cravure ! On n 'y a pour rien,

nos commissaires.

Malheureusement, Louis a décidé de partir avec son magot.

D 'aller refaire une nouvelle vie.

Alors, adieu la poule aux œufs d 'or.

On a paniqué.

On a mis cette brave mariette au parfum et on lui a demandé de donner un petit

coup de main.

Je n 'ai rien à voir là -dedans, commissaire.

C 'est lui qui l 'a tuée.

Pour lui piquer son oseille. Tais -toi ! Mets tes poches, toi.

Tout neuf, commissaire.

Il n 'a jamais servi.

C 'était pour remplacer celui -là.

Pas très malin.

Allez, embarquez -moi tout ce monde.

Santoni, fouillez la maison et trouvez -moi l 'argent.

C 'est elle qui m 'a dit de le tuer, commissaire.

Mais c 'est pas vrai, commissaire ! Il ment ! J 'avais juste dit de le suivre

de lui piquer son oseille. J 'y ai jamais dit de le tirer.

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