All language subtitles for Quai.des.Orfevres.1947.1080p.BluRay.x264

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Original subtitles

- On arrive ?

- Plus qu'un étage. T'entends ?

- Tant mieux, j'ai un clou dans la chaussure.

♪ Il est en, il est en, ♪ ♪ il est en couleur. ♪

♪ Je te dis ♪ ♪ que je t'ai dans la peau. ♪

♪ Prends-le donc ♪ ♪ et mets-le dans un pot. ♪

- Vous désirez ?

- Vous avez des salades pour nous ? - Des bonnes.

- Quel genre ? - Fantaisiste.

- On en a. Et toi ? - Réaliste.

- On en a aussi. On a de tout, ici. Vous passez où en ce moment ?

- Casino de Maisons-Alfort. - C'est bien, ça. Bon public.

Je connais. De mon temps, il n'y avait pas de casino.

Je faisais la terrasse.

♪ Prends mon bouq' prends mon bouq', ♪ ♪ prends mon bouquet de fleurs. ♪

♪ Prends-le donc ♪ ♪ et partons de ce pas ♪

♪ demander ta main à ton papa. ♪

♪ Je suis fri, je suis fri, ♪ ♪ je suis frissonnant. ♪

♪ Partons sur, partons sur... ♪

♪ Partons sur-le-champ. ♪

♪ N'attends pas ♪ ♪ surtout qu'il soit trop tard. ♪

♪ Dépêche-toi car il est ♪ ♪ midi un quart, on n'a pas ♪

♪ une minute à perdre. ♪

♪ Pour que j'aie ton cœur ♪ ♪ en tout bien tout honneur, ♪

♪ prends mon bouq'... ♪

- Jenny, tiens-toi.

- Léo me montrait une chanson. - Il la montrait avec les gestes ?

- Quelle mentalité !

A Marseille, on chante avec les mains.

- Pelote pas ma femme !

- Il battait la mesure. - Laisse-le dire.

Que ce freluquet soit jaloux d'un vieux museau comme le mien,

c'est flatteur. Bête, mais flatteur.

- Je suis pas jaloux. - Tu me fais un affront.

Il veut quoi, ce polichinelle ? - Travailler, pardi.

T'attends quoi ? Vas-y, fiche-nous la paix.

- Eh là ! C'est qui le patron, ici? Assieds-toi, Maurice.

Je vais te susurrer ma romance.

Le polichinelle attendra. Tiens-moi ça, Jenny.

♪ Elle habitait Séville. ♪

♪ Et dans toute la ville, ♪

♪ c'était la plus agile. ♪

♪ De toutes les gitanas. ♪

♪ Il en était de plus belles. ♪

♪ Mais elle avait pour elle ♪

♪ une chose exceptionnelle ♪

♪ que les autres n'avaient pas. ♪

♪ Avec son tra-la-la, ♪ ♪ son petit tra-la-la, ♪

♪ elle faisait ♪ ♪ tourner toutes les têtes. ♪

♪ D'un coup de tra-la-la, ♪ ♪ elle faisait tra-la-la. ♪

♪ Et chacun rêvait ♪ ♪ d'être dans ses bras. ♪

♪ Ce qui les troublait à l'extrême, ♪

♪ et les rendait fous de désir, ♪

♪ c'était pas ♪ ♪ la chose en elle-même, ♪

♪ c'était la façon d's'en servir. ♪

♪ Avec son tra-la-la, ♪

♪ son petit tra-la-la, ♪

♪ elle n'avait pas ♪ ♪ besoin d'castagnettes. ♪

♪ Car son p'tit tra-la-la ♪ ♪ était si tra-la-la, ♪

♪ que nulle part ♪ ♪ y en avait un comme ça. ♪

- Hé, la clarinette, là !

Ut dièse mon ami, ut dièse ! - C'est pas écrit.

- Regardez, Léo, une faute de copie.

- Pas étonnant ! - On enchaîne ?

- Dépêche-toi, Jenny.

♪ Avec son tra-la-la, ♪ ♪ son petit tra-la-la, ♪

♪ elle faisait ♪ ♪ tourner toutes les têtes. ♪

♪ D'un coup de tra-la-la, ♪ ♪ elle faisait tra-la-la, ♪

♪ et chacun rêvait ♪ ♪ d'être dans ses bras. ♪

♪ Ce qui les troublait ♪

♪ à l'extrême ♪ ♪ et les rendait fous de désir, ♪

♪ c'était pas ♪ ♪ la chose en elle-même, ♪

♪ c'était la façon d's'en servir. ♪

♪ Avec ♪

♪ son petit tra-la-la, ♪

♪ elle n'avait pas ♪ ♪ besoin d'castagnettes. ♪

♪ Car son p'tit tra-la-la ♪ ♪ était si tra-la-la, ♪

♪ que nulle part ♪ ♪ y en avait un comme ça. ♪

♪ Un jour, sous les arcades, ♪

♪ elle eut une toquade ♪ ♪ pour don Pedro ♪

♪ l'alcade, à cause ♪

♪ de ses gros bras. ♪

♪ Loin de s'laisser séduire, ♪

♪ il eut un p'tit sourire, ♪ ♪ qui avait l'air ♪

♪ de dire : ♪ ♪ Oh toi, tu ne m'auras pas ! ♪

♪ Avec son tra-la-la, ♪ ♪ son petit tra-la-la, ♪

♪ aussitôt elle se mit en campagne. ♪ ♪ D'un coup de tra-la-la, ♪

♪ elle fit tra-la-la ♪ ♪ et Pedro brusquement s'emballa. ♪

♪ Forcé d'avouer sa défaite, ♪

♪ Pedro reconnut loyalement, ♪

♪ elle avait une arme secrète, ♪ ♪ avec des effets foudroyants. ♪

♪ Avec son tra-la-la, ♪

♪ son petit tra-la-la, ♪ ♪ elle aurait ♪

♪ fait trembler des montagnes. ♪ ♪ Car son p'tit tra-la-la ♪

♪ était si tra-la-la ♪ ♪ que Pedro le lendemain l'épousa. ♪

♪ Ay ay ay. ♪

♪ Ay ay ay. ♪

♪ On n'a pas besoin d'être belle. ♪

♪ Ay ay ay ay ay ay ay ay. ♪

♪ Quand on a un p'tit tra-la-la. ♪

- Tra-la-la, hein ?

- On remet ça ? - Non, ça ira.

- Je vais lui chercher un grog. - C'est ça.

- Monsieur Maxwell, ça crie ! - Forcément !

Elle montre son derrière.

- Si c'est si facile, fais-leur voir ton cul aussi.

- Fous-moi la paix, toi.

- Maintenant, dilatez vos rates et numérotez vos boyaux,

car voici Julot et Picrate, les fameux cyclistes poivrots.

Et hop !

- Ça a marché !

- Tu les a entendus ! - Et tu verras demain en matinée !

- Quand j'ai peur, je transpire des genoux.

Mes cuissardes sont trempées. - Montre.

- Monsieur !

- Bravo, cocotte. Très bien. - Vrai ?

- Les gestes sont minables, mais c'est parfait.

- Je te fais tirer un format en deux couleurs : "Avec son tra-la-la.

"Paroles et musique Léopardi, créée par Jenny Lamour."

- Merci bon maître. - Y a une place pour moi ?

- Toujours pour les directeurs !

- Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades !

- Oh, ma vieille poire !

Tu pourrais enlever ta bouffarde.

- Vous en faites une tête !

- Donnez-lui ça. - Allons, Maurice, vous êtes fou.

- Il comprendra jamais.

- Il a été mal élevé, c'est un fils de bourgeois.

Il voit le mal partout.

- Regarde la lampe. - Comme ça ?

- Parfait.

Le bras plus haut.

Encore.

Il faudrait que...

- J'aime pas qu'on me tripote.

- Ça doit être agréable pour Maurice.

- Avec lui, c'est pas pareil. J'en redemande.

- Vous vous entendez là-dessus ?

- Tu veux des détails ? Les jours avec et les jours sans ?

- Ce que tu es agressive. - Ça t'intéresse tellement !

Tu reviens toujours sur ce sujet. - C'est que

vous vous ressemblez si peu.

Bouge plus.

Une seconde.

Souris -J'ai pas envie.

Je t'aime bien,

mais t'es trop curieuse. - T'es bête.

C'est un vieux copain, on a été élevés ensemble.

- Les amis d'enfance, ça commence avec les billes et ça finit

dans les draps. - Pas nous.

- Vous, c'est plus grave.

Quand je suis seule avec toi, ça va. Avec lui seul, ça va aussi.

Quand vous bavardez

et que j'arrive, vous arrêtez. - Pourtant, c'est toujours de toi

que nous parlons.

Attention, j'y vais.

Merci.

Lève-toi. Gros plan maintenant. - Maurice ne me comprend pas.

- Les hommes ne peuvent jamais nous comprendre tout à fait.

- C'est pas dur,

je veux arriver, mais c'est lui que j'aime.

Je me rase avec les autres.

Sans lui, je perds les pédales.

Maurice, c'est ma flamme.

Il a pas l'air de brûler, mais il m'éclaire.

- Bon. Tu es prête ? - Minute.

Vas-y.

- Merci. - Fini ?

- Epatant ! Ça ira.

- Chic alors !

J'en avais ma claque.

C'est casse-pied, les photographes.

- C'est un plaisir de te rendre service.

- Je rouspète qu'après les gens que j'aime.

- Vrai ?

- Tu les développes maintenant? - Je crois pas.

- Pourquoi ? - Je reviens.

- Chère amie, mes respects. - Je ne vous attendais pas.

- Je sais. Je suis venu à tout hasard.

Vous êtes occupée ? - C'est que...

- Pardon d'insister, mais à mon âge, on devient capricieux.

Quand ça vous tient...

- Je vais voir. Asseyez-vous. - Pardon.

- Vous aussi.

- Alors ? - File en vitesse.

- Un raseur ? - Un client.

Un vieux dégoûtant qui vient faire photographier les filles.

Et quelles filles ! - Joli métier.

- Je ne fais pas ça par plaisir. Le vieux, c'est Brignon.

Tu sais, le Comptoir Colonial, Oméga Films.

T'auras pas froid ? - Penses-tu, pour monter un étage !

- Quelle bonne surprise !

Comment allez-vous, petite fille ? - Bien.

- Je voulais vous convoquer demain, j'ai du nouveau pour vous.

- Vrai ? - Et du bon.

- Je suis ravie. - Il est tard.

- Tout de suite, instantanément.

Nous passons à côté et je vais la faire préparer.

- Dis donc, toi...

- A demain !

N'est-ce pas ? - A demain.

- Je savais pas que tu le connaissais.

- Tu m'as pas demandé. - Où l'as-tu vu ?

- Ici, en rentrant. Il m'a promis de me faire

tourner. - Jenny !

- Quoi ? - Tu sais

ce qu'il fait ?

- Et après ?

C'est moi qui le ferai marcher, ton bonhomme.

Et loin encore !

Biquet !

- Elle est prête ?

- Une seconde, je vous prie.

- J'enlève tout? - Non.

Pas les chaussures.

Jamais les chaussures.

C'était Jenny qui posait pour vous tout à l'heure ?

- Oui. - Cédez-moi une épreuve.

- Non, c'est pour un magazine. - C'est regrettable.

Extrêmement regrettable.

- Ben oui.

- Ça va, comme ça ?

- Oh, délicieux !

Simplement délicieux.

Et si chaste !

Dites ce que vous voulez,

j'aime mieux m'offrir ça qu'un Manet ou un Picasso.

C'est plus intéressant.

- Dis donc? - Hum.

- Jenny est là ? - Depuis cinq minutes.

- Fais passer Maxwell à sa place. Colle-la derrière les cyclistes.

- Elle va râler. - Tant pis.

Deux soirs de suite, c'est trop.

- D'où viens-tu ? - Du coiffeur.

- Regarde-toi. - Justement.

- Comment ça ? - Je devais voir Alfred.

Il est pas venu, je l'ai attendu. - Jusqu'à 10 heures !

- Mais non.

- D'où viens-tu ? - Tu aurais dû être juge !

- Dis-moi d'où tu viens ?

- J'ai pris l'apéritif avec un monsieur important, là !

- Brignon peut-être ?

- Pourquoi lui ?

Ah, je vois !

Dora m'a mouchardée. - Ne dis pas ça.

Dora te défend.

Brignon est dangereux. - Elle en sait quelque chose.

- Si c'était un pauvre bougre, il serait déjà à l'ombre.

- Ça y est, les capitalistes ! - On peut y aller ?

- Oui.

- T'en veux aux riches parce que tu sais pas gagner d'argent.

Je suis pour la royauté ! - Ton père était ouvrier.

- Sous Louis XV, j'aurais été la Pompadour.

Les sans-culottes auraient eu chaud aux fesses !

- Tu deviens odieuse.

- A quoi ça sert de nous disputer ?

Je ne verrai plus Brignon. - Promis ?

- Juré. - Martineau.

- Demain, dès que j'ai signé mon contrat, au revoir Monsieur Brignon !

- Tu le vois demain ? - On déjeune avec le réalisateur.

Chez Lapérouse. - Non.

- Comment ? - Ça suffit !

J'aimerais mieux t'enfermer. - Parfait.

Tu sais ce que représente le cinéma. Je vais rater ça

à cause d'un déjeuner ? Merci. - Pourquoi Brignon m'invite pas ?

- Il sait pas que tu existes. - T'as caché que tu étais mariée ?

- Evidemment.

On va être ridicules. - T'es ma femme, je te dépose

en passant au restaurant. J'en profite pour saluer Brignon.

- Tu l'auras voulu. - Que fais-tu ?

- Je me décommande, t'as gagné. Profites-en,

t'en entendras parler. - Où est le problème ?

- C'est foutu ! Ça marchait bien, il a fallu que tu t'en mêles.

Allô, Lapérouse ?

Monsieur Brignon, s'il vous plaît.

Il a retenu

une table.

- Bravo. Deux couverts et un cabinet particulier !

C'est ça le déjeuner d'affaires ? - Où vas-tu ?

- M'occuper de ton contrat ! - Maurice !

- Bonjour. - Monsieur Brignon.

- C'est que... - La dame m'envoie.

- Pardon, par ici.

- Que voulez-vous ? - Je suis le mari de Jenny Lamour !

- Les maris n'arrivent que le lendemain !

- Pas d'ironie ! - Ça suffit !

- Ça barde.

- Sortez.

- Salaud, va !

Estimez-vous heureux que je ne vous casse pas la gueule.

Tournez autour de ma femme et je vous descends ! Pardon !

Te voilà !

Tout est arrangé !

- Qu'as-tu fait? - Va lui demander, il t'attend.

- Je te le pardonnerai jamais !

Je reverrai Brignon et il me pardonnera.

- Je vous tuerai tous les deux. - Tue-moi

et on te coupera la tête ! - J'aurai un alibi.

- Maladroit comme t'es ? On te coupera la tête !

- Tu serais trop contente.

♪ Les amoureux ♪

♪ qui s'enlacent, ♪ ♪ passent gaiement dans le soir. ♪

♪ Moi je m'en vais triste et lasse, ♪

♪ sans amour ♪

♪ et sans espoir. ♪

♪ Ce n'est jamais mon tour. ♪

♪ C'est toujours pour les mêmes. ♪

♪ Aucun bras ne m'entoure. ♪

♪ Y a personne ♪

♪ qui m'aime. ♪

♪ J'ai rêvé d'un amour ♪

♪ aussi beau qu'un poème. ♪

- Maurice ? Pardon.

Jenny a téléphoné. Sa grand-mère n'est pas bien.

La petite part pour Enghien. Elle y passera la nuit.

- J'y vais. - Elle a raccroché.

- Vous lui avez dit que j'étais là ? - Oui, mais elle était pressée.

- C'est drôle. - Non, ce n'est pas drôle !

Que vas-tu imaginer encore ?

Je me ferais honte d'être sceptique sur une fille comme Jenny

qui t'adore et qui t'est fidèle. Que les hommes sont couillons !

Pas vrai, Ginette ?

- Heureusement.

Allons-y.

♪ Mais le long des faubourgs, ♪ ♪ je m'en vais seule toujours. ♪

♪ Ce n'est jamais mon tour. ♪

- Monsieur Maurice, je vous guettais.

Madame est partie vers 4 heures. - Je sais.

- Je devais vous dire que... - Je sais.

- Bon, très bien. Elle vous a dit aussi

pour le dîner ? - Non.

- Le veau

est dans le placard ! - Laisse, c'est un pauvre mec.

- Ça fait de la peine.

- Allô le régional ?

Donnez-moi le 203 à Enghien.

C'est impossible, il y a quelqu'un de malade. On va sûrement répondre.

Bon, bon.

Je rappellerai, merci.

- On te coupera la tête ! - J'aurai un alibi !

- Maladroit comme t'es ? On te coupera la tête, je te dis !

- Un promenoir, s'il vous plaît.

- Maurice ? Vous n'allez pas payer votre place.

Vous êtes du métier.

Jenny n'est pas là ? - Elle est à Enghien.

- C'est gentil de venir nous voir. Violette ?

- Oui ? - Placez Monsieur Martineau.

- Oui. - Je reste là.

- On a un bon fauteuil au quatrième rang.

Amusez-vous bien. - Par ici.

- Je vais rester au promenoir.

Je veux pas déranger les gens. - On peut dire que vous êtes timide.

- A mes heures, oui.

- Bonsoir, Monsieur Martineau. - Bonsoir.

- Ça va ? - Admirablement.

- Mademoiselle Jenny va bien ? - Admirablement.

- Merci.

- Maurice ! Ça va ? Vous êtes dans la salle ?

- Oui.

- Vous cherchez quelqu'un ? - Oui... Léon.

- Je vous l'envoie. Léon ? On te demande.

- Vous me demandez ?

- Oui. Vous auriez du beurre ?

- Non, j'ai pas été livré ce soir. J'ai des chaussures comme ça !

- Ça sera pour une autre fois. - Je regrette.

- Hé !

Hé, hé !

Taxi ! Taxi !

Taxi !

- C'est si grave que ça ?

Tu t'es fâchée avec Maurice ? - Je viens de tuer Brignon.

- Quoi ? - J'ai pas fait exprès.

- Chez lui ? - Si j'avais su...

- On t'avait prévenue. - Me fais pas de peine.

Je croyais que tout se passerait bien.

C'était pour signer mon contrat,

tu comprends.

- Et alors ?

- On a dîné et puis...

J'ose pas t'expliquer.

Un vieux qu'aurait pu être mon père.

J'ai voulu partir, il a fermé la porte à clé.

J'ai pris une bouteille de champagne et j'ai tapé fort.

Il est parti en arrière la bouche ouverte, en me regardant.

- C'est du propre. - J'ai peur, Dora. J'ai peur.

- C'est bien fait. Maurice va tomber de haut.

- Lui dis pas, je t'en supplie.

Il me pardonnerait jamais, ça lui ferait tant de peine.

Je veux pas, je l'aime si fort. Je savais pas comme je l'aimais.

Tu me jures, hein ? - Je te le jure.

- Tout le monde me croit

à Enghien.

Mon Dieu ! Mes renards ! - Quoi ?

- J'ai oublié mes renards ! - Sûre ?

- Sur le canapé.

- Faut aller les chercher ! - Je ne pourrai pas !

Ne me demande pas ça. - J'y vais, moi.

- Toi ? - T'inquiète pas.

Je veux pas que t'ailles en prison. Ils vous coupent les cheveux.

Il fait froid, je veux pas. - Pourquoi fais-tu ça pour moi ?

J'ai toujours été méchante. - Je le fais... pour Maurice !

Pour Maurice !

- Taxi !

- Tiens, Maurice, vous étiez là ? - Oui.

- On part ensemble ? - Mon manteau est au vestiaire.

- Ça ne fait rien, je vous accompagne.

Nom de Dieu, nom de Dieu !

Mon vieux, quelle soirée ! - Pardon ?

- Vous n'avez rien vu ? - Quoi ?

- Sans blague ? J'aime mieux ça.

En ouvrant le sarcophage, j'ai cru que la glace n'allait pas jouer.

On n'a rien vu ? - Non.

- Vous voilà tout de même ! J'allais rater mon métro.

Venez prendre vos affaires.

Où étiez-vous à l'entracte ? Léon avait reçu son beurre.

On vous a cherché. - J'étais au balcon.

- C'est ça !

Alors, au revoir.

- Au revoir, Pâquerette.

- Maurice, qu'est-ce que vous avez ? Vous n'avez pas l'air bien.

- C'est rien, c'est la chaleur.

- Attention, mignonne !

- Marcel, tu me les prends ? - Ouais !

- Ils sont croustillants ?

- Il y a des choux pour toi, là-bas. - Où sont les caisses ?

- Maurice ? Qu'est-ce qu'il y a encore ?

- Sale histoire. J'arrive de chez Brignon.

J'ai eu peur d'aller à la police, ils ne me croiront pas.

Pourtant, c'est pas moi. Je le jure, je l'ai pas tué !

Vous me croyez, pas vrai ? - Vous n'avez pas l'air

d'un assassin, je vous le promets.

- J'espère que c'est pas Jenny. - Vous êtes fou. Jenny ?

Jenny, tuer quelqu'un ?

Elle est à Enghien. - J'ai appelé, on répond pas.

- Elle a pu sortir. - La vieille est malade.

- Faut en finir. - Que faites-vous ?

- Allô le régional? Donnez-moi le 203 à Enghien.

On vous le passe.

- T'as compris ? Je suis arrivée à 17 heures 30 parce que t'étais malade.

- Je vous enterrerai tous. - Il s'agit pas de ça.

Allons bon !

Allô ?

Naturellement, c'est moi !

Qu'est-ce qu'il y a de cassé ?

En voilà une heure pour déranger le monde. T'es cinglé !

- Mais...

J'ai appelé à 9 heures, ça répondait pas.

- La vendeuse avait laissé la ligne branchée sur le magasin.

Quand ça sonne en bas, on n'entend rien en haut.

T'aurais pu réfléchir avant de réveiller mémé en pleine nuit.

Quand même ! C'est ça, à demain.

- Qu'est-ce que je disais ? - Je suis idiot. Je me suis mis

dans la mélasse pour rien. - Quand Jenny saura !

- Elle ne doit pas savoir.

- Vous êtes sûr ?

- Je suis déjà assez malheureux comme ça.

- D'accord.

- C'est juré ?

- Encore ?

- Comment "encore" ? Vous n'avez pas

juré. - Vous croyez ?

Alors, qu'est-ce que vous voulez, dans ces conditions-là,

Je le jure.

- Je suis un imbécile.

C'est une femme comme vous qu'il m'aurait fallu, Dora.

- Ne regrettez rien, je suis une drôle de fille.

- Alors...

- La voiture est en bas, un type s'est fait descendre à Passy.

Les domestiques l'ont trouvé. - Il aurait pu attendre demain

pour se faire buter, ce con ! - Il aurait bien aimé.

- Et moi donc ?

Demain, Balandieu prend la permanence. Il aurait été ravi.

Ça le chatouille, d'être appelé "Monsieur le principal".

- On doit passer prendre le patron. - Il se dérange ?

- En personne. - Bravo.

C'est pas qu'il soit fortiche, le patron, on sera pas les seuls

à être emmerdés. - Vous râliez du peu de clients.

- Ce soir, ça me gêne. - Vous êtes pris ?

- Moi ? Ça me ferait mal. Avant qu'une femme rentre ici...

Ça m'embête de laisser le petit pour une fois qu'il couche pas

au dortoir.

Je descends manger au bistro avant de le ramener au lycée.

Il va être déçu. - Vous l'aimez,

votre gosse. - C'est tout ce que j'ai emporté

des colonies avec le paludisme. Quinze ans de brousse.

Il travaille bien, sauf en géométrie.

Là, il est pas champion.

- Il veut faire quoi plus tard ? - Aviateur.

A son âge, j'étais comme lui et j'ai atterri à Sidi-bel-Abbès.

Sergent-chef ! - Il fallait rempiler,

vous auriez trois ficelles à présent. - J'avais une trop grande gueule.

- Vous avez été verni de vous en tirer.

Un peu plus à gauche...

Ça vous fait encore mal ? - Des fois.

On est payé pour ça. Enfin, voilà.

- Vous avez passé le concours des commissariats ?

- Deux fois. Ils m'ont recalé pour la présentation,

le concours de binettes ! Je leur ai dit merde.

Qui c'est, ton Brignon ? - Un richard avec des relations.

Faudra mettre des gants. - J'en ai pas.

- Votre pardessus, chef.

Ça gèle.

- J'y pense...

T'en fais pas, mon coco, si j'en cravate un,

il me le paiera, ton casse-croûte.

- Une femme a fait le coup ? - Les flics ont trouvé

un cheveu blond sur le gilet. - Emile, c'est ton secteur, Passy.

T'as pu conduire la blonde. - Ouais.

J'en ai chargé une, de femme blonde, ce soir-là.

Je l'ai prise près de la villa. Je l'ai menée rue des Bourdonnais.

- Dis-le aux flics.

- J'ai une tête de mouchard ?

Je m'en fous, moi, de leur crime.

C'est leur boulot. - Si t'étais un bon citoyen...

- Je suis un bon citoyen. Moins je vois les flics,

mieux je me porte.

- Hé, Paulo !

T'as lu le canard ? - Non, pourquoi?

- T'as volé la bagnole Villa St-Marceaux ?

- Moins fort !

- Un mec a été buté Villa St-Marceaux.

Un nommé Brignon. - Qui a fait le coup ?

- Un cave, il a rien pris. - Histoire de fesses.

- Tu devrais fourguer ta trottinette.

Tu risques d'avoir des ennuis. - J'en ai besoin.

Ça t'intéresse, toi ?

- Pour mon peignoir, j'aimerais une garniture en marabout.

- J'en ai rien à foutre.

- C'est pas pour dire, ce que tu peux être aimable !

T'as changé depuis quelque temps.

Tu devrais être débarbouillé à cette heure-ci !

Tu pourrais me répondre !

- Jenny...

Viens m'embrasser ! - Attends.

- Laisse ça !

- Tu deviens cinglé. - Peut-être.

Bouge pas.

Reste là.

- Mais enfin...

- Il insiste... Vas-y.

Je suis pas là, je suis sorti.

- Mademoiselle Dora Monier, s'il vous plaît.

- En bas.

- Ça répond pas. - Dora est en course.

- Je la ferai convoquer à la PJ. - Vous êtes de la police ?

- Oui. Au plaisir. - Restez. Dora

va arriver. Je vous prenais pour un vendeur

d'aspirateurs. Ça vous vexe pas ? - Pas du tout.

C'est un bon métier.

J'ai peu de temps. - Ce sera pas long.

Prenez les patins ! Sans ça, je peux ravoir

mon parquet. - Vous devriez venir chez moi.

- Pour Dora, c'est pas grave ? - Deux ou trois renseignements.

- L'inspecteur te le dirait pas. - Forcément.

Monsieur. - Monsieur.

- Vous êtes des amis

de Mademoiselle Dora, pas vrai ? - Oui.

- A vous voir, je vous aurais pas pris pour un policier.

Vous n'avez pas d'imperméable ? - On me l'a volé.

- A vous ? - Oui.

- Où ? - Dans mon bureau.

- Ça alors !

- La maison est une turne, on entre, on sort, une vraie taule.

Moi, je suis de la criminelle.

C'est ce qu'il y a de mieux.

A la volante, votre indic vous rencarde sur un tricard,

sur un interdit de séjour... - J'avais compris. Je suis artiste.

- Nous, on nous met

devant un cadavre et vas-y, mon p'tit gars !

Permettez ? Pardon.

On en met un coup, j'vous jure.

- Et les résultats ?

- Cette année, c'est mieux.

Ça fera du 48 pour cent. - Une chance sur deux

pour l'assassin. - A peu près.

Je suis sur l'affaire Brignon.

On ira jusqu'au bout, tant pis pour celui qui a fait l'imbécile.

La société se défend. Dans une affaire comme ça,

on y met le prix. Ça va coûter cher.

De nos jours, c'est de la folie. - Ah ?

- Je vais faire le compte,

vous aurez une idée.

Quinze inspecteurs, neuf mille.

- Neuf mille ?

- Faut ce qu'il faut.

Trois IPA. - "IPA" ?

- Inspecteur principal adjoint.

Onze mille. C'est ce que je gagne. Un principal à treize.

Le commissaire divisionnaire, l'identité judiciaire,

police secours,

ces messieurs du parquet.

Six cents billets par mois.

Sans compter le procès, si on y arrive.

C'est cher

pour un saligaud pareil.

- Si vous ne l'attrapez pas, peu importe ?

- Non, justement ! Il y a un côté sportif dans le métier.

Schnock ou pas schnock...

- Jenny ? - La voilà.

Vous voyez ? J'avais raison. - Je descends tout de suite.

- On descend ! - Qui ça ?

- Un... Un monsieur, tu verras.

- Bon. Merci, chérie.

- Au revoir, toutes mes excuses. - De rien.

- Au plaisir. - Je vous en prie.

Pourquoi tu l'as retenu ? - C'est intéressant, ce qu'il a dit.

- Il a allumé sa pipe avec l'adresse de Brignon dessus.

J'ai trouvé le papier caché derrière une casserole !

Bizarre ! - Je t'avais dit que je le verrai.

- Il t'a donné son adresse ?

- Je devais aller le chercher chez lui et puis...

J'ai pas voulu, c'était pas convenable.

- Jenny, Jenny ! Tu es terrible.

- Idiot.

- Vous avez pris ces photos ?

- Les photos de nu, c'est pas interdit.

- Ça dépend lesquelles.

Ce qui m'intéresse, ce sont les modèles.

- Je ne les connais pas.

Il les ramassait partout et il m'en amenait de toutes les couleurs.

Celle-ci faisait de la figuration.

Agence Baricco.

Celle-là aussi.

- Un instant, je note. - Vous recherchiez pas une blonde ?

- Le cheveu ? Faut pas s'emballer.

Il était peut-être sur le gilet depuis deux jours,

le cheveu.

Vous étiez intime avec Brignon ? - Moi ?

- Pour ce genre de travail...

- Je l'ai rencontré sur les plateaux quand j'étais photographe.

- Il ne vous a jamais invitée chez lui ?

- J'étais pas son type.

Brignon, c'était un bourgeois, un timide.

Il voulait des petites qu'il pouvait dominer tranquillement.

- Un dégoûtant. - Comment avez-vous su

que j'avais pris ces photos ? - On a repassé vos photos

à la brigade des mœurs. Une poule leur a refilé le tuyau.

Ça doit être cher, un projecteur comme ça.

- Assez, oui.

- Fromentin ! Un 2-8.

- Vous êtes connaisseur ? - Je bricole un peu le dimanche.

Je tire des maisons, des boutiques, des petites rues.

Barnivel m'a donné ce goût-là. - Qui ?

- Un vieux bonhomme épatant.

Il avait la manie d'empoisonner les gens.

Toute sa famille y est passée, la femme, les deux filles,

le beau-frère. Il les photographiait

sur leur lit de mort. Un artiste. On était devenus des amis.

- Ça vous arrive souvent ? - De faire copain avec les clients ?

A force de se fréquenter, c'est comme ça qu'on se dégrossit.

On navigue dans toutes les eaux, on se frotte à des tas de gens.

J'ai appris à graver avec un faussaire.

La compta avec un escroc.

Un danseur mondain a voulu m'apprendre le tango,

mais j'avais pas de disposition. Main gauche, celle du cœur.

Au plaisir. - C'est ça, au plaisir.

♪ Danse avec moi, ♪

♪ grisons-nous tous les deux, ♪

♪ de l'instant merveilleux. ♪

♪ Fermons les yeux. ♪

♪ Danse avec moi. ♪

♪ Profitons de l'accord, ♪

♪ qui fait vibrer nos corps. ♪

♪ Dansons encore. ♪

♪ Que le destin ♪

♪ dans nos cœurs ♪

♪ fasse naître ♪

♪ ce que demain ♪

♪ nous chercherons ♪

♪ peut-être... ♪

- Pardon, je suis fatiguée. Permettez ?

- Si c'est pour moi, j'attendrai. - Allons, répétons.

- Vous avez à nous parler ? - Un peu.

- Ce n'est guère l'endroit. - En effet.

Comme c'est pressé, je me suis dérangé moi-même.

- Je m'assois, je suis debout depuis une heure.

- C'est si urgent ?

- Plus tôt ce sera liquidé, mieux ce sera pour tout le monde.

Garçon ? - Le bar est fermé.

Monsieur désire ? - De l'espace.

- Pardon ? - De l'air, compris ? Barrez-vous.

- Oui, monsieur.

- A nous, asseyez-vous.

Ça me rappelle mes nègres à Sidi-bel-Abbès, le tam-tam !

Dites donc, vous vous êtes foutus de moi tous les deux.

Vous connaissiez bien Brignon. - Bien, bien...

- Ah si !

Vous aviez même des relations tendues avec Brignon.

- Je l'ai un peu engueulé une fois. - Une petite engueulade...

Je lis la déposition du sieur Michaud

commis au restaurant Lapérouse, etc.

"La porte s'est refermée, mais on l'entendait du vestibule

"qui injuriait Monsieur Brignon. Il le traitait de salaud.

"Il lui a dit: Si vous tournez autour de ma femme,

"je vous descends." Vous appelez ça une petite engueulade ?

- Quand on est en colère, on ne choisit pas ses mots.

- Mais des mots comme ça,

ça s'appelle des menaces de mort, aux assises.

- Aux assises ? - Vous n'êtes pas les seuls

à avoir eu des crosses avec lui. Vous voilà en tête de liste.

- Vous accusez Maurice d'avoir tué Brignon ? Drôle de policier !

- Tais-toi, Jenny. - Vous étiez où le soir

du crime ?

- J'ai passé la soirée à l'Eden, un music-hall de Ménilmontant.

- Ah.

Parfait.

J'ai la tête comme une passoire, je note.

"Eden, Ménilmontant."

"t", "a", "n", "t".

Voilà.

Je vous laisse tranquilles.

Madame était là aussi ?

- Non, j'étais chez ma grand-mère. Madame Bedin, teinturière à Enghien.

"h", "i", "e", "n". Des fois que moi aussi je serais en tête de liste.

- Parfait.

- Embêtez pas trop ma mémé.

- Si vous croyez que ça nous amuse. Monsieur Martineau, demain à la PJ.

- Il faut que j'aille...? - Simple procès-verbal.

Au plaisir !

- Merci pour le plaisir !

C'est vrai que t'étais à l'Eden ? - Qu'est-ce que ça a de bizarre ?

- Ça m'étonne, tu trouvais le programme infect.

- Cours le lui dire !

- Parle moins fort !

Si t'avais pas insulté Brignon... - Et toi,

si tu l'avais pas fréquenté ! - Je sais, j'ai eu tort !

Crois-moi, mon biquet, c'est plus le moment de nous disputer.

On a les flics sur le dos, ils nous lâcheront pas

avant d'avoir trouvé. - Trouvé quoi ?

- Trouvé leur bonhomme, leur assassin.

- Pourquoi tu t'inquiètes, puisque t'étais à Enghien ?

T'y étais à Enghien, hein ? - Evidemment.

- C'est pas vrai.

- Mon pauvre biquet, t'es malade. - J'ai parlé à ta grand-mère.

- Et ? - Elle ment aussi.

- Mémé ? - Oui.

- Mémé, une menteuse ? - T'étais pas là quand j'ai appelé.

Où étais-tu ? - A Enghien !

- Juré ? - Oui

- Sur ta grand-mère ? - C'est pas un jeu !

- Tu risques quoi

puisque tu mens pas ? - Si je te jure sur mémé,

tu parleras plus de ce soir-là ? - Non.

- T'es prête ? - J'arrive.

On va répéter. - Non, t'as pas juré !

Répète "sur les yeux de ma grand-mère".

- Je jure que j'étais à Enghien lundi soir.

- Martineau est venu passer la soirée, il y a huit jours.

Il voulait même payer sa place. Pourquoi, quelque chose ne va pas ?

- Probable. Sans ça, à cette heure-ci,

je serais au lit.

Et où était-il assis ?

- Au quatrième rang.

Attendez. Violette ? - Monsieur ?

- Vous aviez placé Monsieur Martineau.

- Il a voulu rester au promenoir pour pas gêner.

Il est gentil. Pas comme Fernand.

- Fernand ? - Mon fiancé.

Il est mal élevé. - On s'en fout.

- Pardon. - Donc...

Martineau a passé la soirée au promenoir.

- Il n'est pas ressorti, je suis resté dans le hall.

- Et à l'entracte ? - J'ai donné des contremarques.

Ça se passe en famille ici. - Monsieur...?

- Mareuil. - "r", "e", "u", "i", "l".

- C'est ça.

- Tenez...

Une invitation pour demain 11 heures, 36 quai des Orfèvres.

Vous confirmerez tout ça. - D'accord.

Vous venez voir la fin du spectacle ? - Merci.

Je suis pas obligé d'accepter, je vais me coucher.

Bonsoir.

- Si vous vouliez noter pour moi aussi...

- Quoi ? - Moi aussi j'ai vu Monsieur Martineau.

- Tant mieux.

- Je peux apporter des précisions.

Monsieur Martineau m'a laissé son vestiaire.

Il ne l'a repris qu'à 23 heures 45.

- Nom de Dieu ! Tiens, tiens...

Les spectateurs du promenoir laissent souvent leur vestiaire ?

- Non, évidemment !

- Dites donc !

C'est normal pour un professionnel de passer l'entracte

dans la salle ? - D'habitude, ils vont dire

bonjour aux copains. - Je vais y aller.

- Sur le plateau ? - Oui.

- Porte de fer au bout du promenoir.

- Maintenant, cher public, puisque vous avez été sages,

vous avez dix minutes d'entracte. Et hop !

- Demandez le programme !

- Vous avez vu Martineau à l'entracte ?

- A l'entracte, non. Je l'ai vu au début et à la fin du spectacle.

- C'était lundi soir ? - Peut-être.

C'est le jour où Nitram n'a pas chanté, il était malade.

Lundi, vous avez raison.

Avec la police, faut faire attention à ce qu'on dit.

- Comment donc !

Demain 5 heures, à la PJ.

- Le mardi après-midi, c'est sacré.

Je vais voir ma copine. - Ça lui fera des vacances.

- Vous retournez dans la salle ? - Je vais au pieu.

- Passez par la petite rue, si vous êtes pressé.

- On peut sortir par là ?

- L'entrée des artistes.

- Il y a un concierge ? - Ici, ça se passe en famille.

- Je commence à le penser.

- Oups, pardon !

- Je peux partir ? - Pas encore.

- Ça fait deux heures que je réponds aux questions.

- Et moi, dix ans que j'en pose, est-ce que je m'énerve ?

Du feu ? C'est le même prix. - Merci.

- Je vais vous arranger ça.

Ton briquet. Ça gaze ?

- Il est intimidé, Eugène. Pourtant, on lui cause gentiment.

- On se met à table ? - Pas faim.

- J'ai le temps.

T'as eu ton téléphone ? - Non.

- Avec ça, tu sors

un brochet de six livres.

- Alors, nous disions...

Vous avez quitté l'Eden à 11 heures 45, vous étiez chez vous à...

- A minuit et demi.

- Quinze minutes pour aller et quarante-cinq minutes pour revenir ?

- Je suis entré dans un café pour boire un verre.

- Quel café ?

- Un bistro près du théâtre. - Allô ?

Oui, Monsieur le juge. Bien.

Mes respects, Monsieur le juge.

- Allô, Fayard ? Je viens vous voir avec Martineau.

Cinq minutes, pas avant.

Standard ? Ici, Antoine.

Si vous avez ma communication, passez-la-moi chez Fayard.

Par ici la sortie.

- Où m'amenez-vous ?

- On va dresser un procès-verbal, pour la bonne règle, comprenez ?

- Mademoiselle Pinceau !

- Albert, tu t'es fait viander ? - Comme un cave !

- T'aurais pas dû rester à Pigalle. - Je suis pas encore dans le trou.

- Il va s'allonger. - Quand t'auras marre

de la bigorne, tu me comprendras. La colonie, c'est tellement

plus large. Un caïd comme toi,

tu reviendrais bourré. - Ou je finirais comme vous

dans les poulets ! Merci bien.

- A ton idée, bonhomme !

- A la prochaine !

- Allez, en route !

- Ce gars, c'est un dur.

- Il a fait quoi ? - Cherchez pas à comprendre,

c'est un autre monde.

Allez.

Asseyez-vous.

Ça va, Mireille ? - Antoine.

- Le patron est là ? - Dans son bureau.

- Vous déposez sous serment. - Devant qui ?

- Le patron. Le commissaire est un magistrat.

- Il n'est pas là ? - Il va venir. Quel chichi !

Vous n'allez pas dire de salades ? - Je le jure.

- Faites votre déposition. - J'ai ce qu'il faut.

"Serment préalablement prêté, Monsieur Martineau Maurice,

"né à Avranches. - Avranches.

- "Le 15 juin 1916.

"Pianiste accompagnateur aux Editions

"Léopardi.

- Chef, j'ai déjà trouvé sept comptes au nom de Brignon.

Je vais voir son agent de change. - Une seconde.

"Demeurant 22 rue des Bourdonnais.

Il nous déclare...

Vas-y et demande à Bachelet le rapport de la financière.

"Après de sérieuses études musicales

"au conservatoire de Paris,

"où j'ai obtenu un premier prix d'harmonie...

"je poursuivais la carrière de compositeur

"quand j'ai rencontré

"la nommée Marguerite Chauffolier, 2 'f'

"dite Jenny Lamour, 'l', 'a', 'm', 'o', 'u', 'r'." C'est quoi ?

- Monsieur de la Mauricière, directeur des frais, fileries Brignon.

Témoignage spontané.

- Messieurs.

- Messieurs.

"Jenny Lamour que j'ai épousée

"malgré l'opposition formelle de mes parents,

"révoltés par son inconduite."

- Jamais de la vie. - Vous l'avez dit.

- Mon père est prof

à Henri IV. - Votre femme a eu des amants

avant de se marier, je résume.

"Mon intention a été attirée par les assiduités de Brignon,

"mais je me refuse à préciser si cette jalousie était motivée

"ou non. - J'ai dit ça ?

- Vous m'avez répondu : "Ça ne vous regarde pas, c'est ma vie privée."

"Je me suis rendu le mercredi 2 décembre 1946,

"pour lui reprocher son attitude

"au lieu dit restaurant Lapérouse.

"Je reconnais, à cette occasion, avoir proféré à son adresse

"des menaces de mort caractérisées."

- Faux !

- On va pas revenir là-dessus ! Ce sont des menaces de mort,

j'y peux rien.

Paragraphe suivant.

"Le jour du crime, je suis allé

"à l'Eden où j'ai passé la soirée.

Question.

"On ne vous a vu qu'au début et à la fin du spectacle.

"Où étiez-vous dans l'intervalle ?" Réponse.

Tiens, vous n'avez pas répondu.

Alors, on met quoi ?

- Ben...

- Bonjour, patron. - Bonjour.

- Vous avez entendu la question, répondez.

- A l'entracte, où étiez-vous ?

- Au balcon. - Pour quoi faire ?

- Pour quoi ? - Oui.

- Pour l'acoustique.

- A l'entracte ? Drôle d'idée. - J'étais monté

pendant le dernier numéro, le quatuor vocal.

- Vous pensez quoi des chansons de Nitram ?

- Faibles.

- Il a pas chanté ce soir-là !

- Je sais.

Je l'avais entendu à la radio.

- Allô ?

Allô, oui ?

Impossible.

- Pendant la deuxième moitié du spectacle, vous n'avez remarqué personne ?

Pas d'incident ?

- Si, Valtone a eu un pépin avec son sarcophage.

Le public n'a rien vu, mais moi si.

- Antoine ?

- Ça s'est passé à quel moment ?

- Oh, une demi-heure après l'entracte environ.

- Votre idée ?

- C'est un peu tôt.

- J'ai l'impression que vous ramez. - Si c'est lui, je l'aurai.

- Mettons que je n'ai rien dit.

Dites, Antoine...

C'était pour vous, l'appel.

- Ah ?

- C'est à l'examen d'entrée qu'il se présentait, votre garçon ?

- Recalé ?

- A cause de la géométrie.

- L'imbécile ! Je lui avais déjà acheté son mécano.

Enfin !

Je lui donnerai quand même.

Pour Noël.

- Il m'a dit: "Je te donne 15000 par semaine et ton nom encadré

"mais tu passeras aussi à l'heure de l'apéritif !"

Je lui ai répondu : "Je renonce à chanter

"dans votre établissement et pour toujours !"

Je lui ai foutu ça au travers de la gueule !

- Oui.

- Tant pis, merci.

- Vous avez l'adresse de Valtone ? - Un flic vient de me la demander.

- Déjà. - Allô ?

Je vous le passe.

Parlez. 22 rue Biot. - Merci.

- Valtone n'est pas chez lui ! - Alors ?

- Vous le verrez ce soir à Medrano.

Allô ?

Non, monsieur.

Ils sont à Marseille pour quinze jours. Il entre en piste à 10 heures 30.

- L'heure où on passe, merci.

♪ Danse avec moi. ♪

♪ Grisons-nous tous les deux ♪

♪ de l'instant merveilleux. ♪

♪ Fermons les yeux. ♪

♪ Danse avec moi. ♪

♪ Profitons de l'accord ♪

♪ qui fait vibrer nos corps. ♪

♪ Dansons ♪

♪ encore. ♪

♪ Que le destin ♪

♪ dans nos cœurs ♪

♪ fasse naître ♪

♪ ce que demain ♪

♪ nous chercherons ♪

♪ peut-être ♪

♪ en vain. ♪

♪ Danse avec moi. ♪

♪ Que s'efface ♪

♪ la nuit. ♪

♪ Rien ne compte ♪

♪aujourd'hui ♪

♪ que toi et moi. ♪

♪ Danse avec moi. ♪

♪ Danse avec moi. ♪

♪ Avec ♪

♪ moi. ♪

- T'es fou, où vas-tu ?

- Course urgente.

- Bonjour, Mademoiselle Jenny !

- Bonjour, Pierrot.

Vous avez entendu ?

- Non, rien du tout.

- Encore vous ? - Un reproche ?

- Que faites-vous là ? - Je vous attendais.

- Vous gênez plus. - Je suis venu faire la causette.

Monsieur Martineau n'est pas là ? - Non. Je vais me changer,

ça vous gêne pas ? - Non.

- Moi, si.

Tournez-vous.

- Dans votre milieu, on s'en fiche.

- Chez nous, un homme ne parle pas à une femme avec le chapeau

sur la tête. - Vous pensez que je vous en veux.

- J'aimerais mieux ne pas vous voir. - Je m'occupe de Brignon.

Lui s'occupait de vous.

- Je me suis pas occupée de Brignon. Vous perdez votre temps.

- Là, je ne suis pas d'accord. Vous pourriez m'aider drôlement.

- En signant une déclaration sur papier timbré:

"Je reconnais avoir tué Brignon."

- C'est pas vous. Vous savez qui a tué.

- Moi ? - Vous voulez pas le dire.

- Non.

- Brignon était votre amant. - Taisez-vous !

- Ça n'aurait pas été le premier.

Ne jouez pas les vertus.

Vous êtes une petite arriviste. - Ça veut dire quoi "arriviste" ?

Mon pauvre ami.

Je suis née rue de L'Entrepôt en hiver.

Nous étions six dans un deux-pièces. J'y suis restée douze ans.

Douze ans à entendre gueuler

la concierge, et le mal au ventre "because" la charcuterie.

Mon père a mis six ans à claquer sans avoir revu le soleil !

C'est être arriviste,

que de vouloir en sortir ? - Evidemment.

Moi, mon père vivait dans un château au milieu d'un parc.

Il était larbin. Payé pour nettoyer les saletés des autres.

J'ai pris la suite.

Allez.

Maurice n'en saura rien. Vous avez vu quoi chez Brignon ?

Parlez-moi en amie. On est faits pour s'entendre.

- Papa était ouvrier, mais il n'aimait pas les flics non plus.

- Ils vous ont fait quoi ? - Et vous, ils vous ont fait quoi,

ceux que vous traquez et que vous remettez aux juges

qui les condamnent ? La société !

Monsieur défend la société.

Brignon était un vieux dégueulasse, mais vous poursuivez

le bougre qui l'a descendu. Il a bien fait !

Vous faites un joli métier. - Oui, un sale boulot.

Tenez, regardez.

L'inspecteur Février victime du devoir, c'est joli,

ça fait bien, hein ?

Nous, on l'appelait "bébé barbu" parce que c'était un gosse

et qu'il était toujours mal rasé. Il est mort.

L'encaisseur est mort.

Il n'y a que Paulo qui se porte bien. Débinez les flics,

vous avez raison. Ce sont des gens qu'il vaut mieux pas côtoyer.

Quand on vous aura tuée, vous serez contente de nous trouver !

- Personne n'a demandé Valtone avant moi ?

- Je vous l'ai déjà dit !

- Tour parfaitement réussi !

- C'est à moi.

- Par exemple ! Un flic est venu me parler de vous.

- Il a demandé quoi ? - Si vous étiez à l'Eden le huit.

- Et ? - Je lui ai dit que je vous avais

dit l'histoire du sarcophage. - C'est moi

qui vous en ai parlé le premier. - Vous ?

C'est grave ?

- Oui. - Je peux

aller leur expliquer. - Non.

- Vous ne l'avez pas vu

de la soirée ? Merci. - Où peut-il bien être ?

- On a tout essayé.

- Quelle heure est-il ?

- Presque 3 heures.

- Où il a bien pu aller ? Vous me cachez quoi tous les deux ?

- Rien du tout.

Fiche-lui la paix, il n'est pas dans son état normal.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? T'es trempé !

Tu vas attraper la crève ! - Tant mieux.

Dans ma situation, une bonne congestion

et plus de Maurice ! Les salauds seraient bien attrapés.

- Il a bu. - Oui !

J'ai bu mais je suis pas soûl ! Je peux plus me soûler.

Où est mon passeport ?

On m'a fauché mon passeport ! Je suis foutu.

- Mais non, calmez-vous.

Jenny va vous donner votre passeport.

Venez vous allonger. Aide-moi, toi.

- Valtone, quel ballot ! - Bien sûr.

- Elle sait pas elle dit "bien sûr". - Vous lui direz demain.

- Demain, tu parles ! - Couchez-vous.

- Je suis bien ici. - Fais-lui une bouillotte.

Il a les pieds gelés.

- Tu t'occuperas de ma valise. - Pourquoi ?

- Je vais pas attendre qu'ils viennent me cueillir ici.

- Je vais pas attendre qu'ils viennent me cueillir ici.

Je prends le train de 5 heures pour Marseille.

- Oui, chéri. - Tu me rejoindras là-bas.

Je suis malade.

Je suis malade !

- Dora, écoute-moi. Ça suffit !

Je veux savoir la vérité. De quoi a-t-il peur ?

- Autant que tu saches. Il était chez Brignon le soir du crime.

- Quoi ? - Il avait décidé de le tuer.

A son arrivée, c'était déjà fait.

- Tu aurais pu me le dire avant ! - J'avais juré de me taire.

- Merci pour la confiance.

- Que fais-tu ?

- Je prépare mes affaires, je vais à la police.

- Tu es folle. - Maurice n'a pas à payer pour moi.

- On n'en est pas là. - Si, c'est foutu.

Regarde son état. - Jenny, qu'est-ce qu'il y a ?

- Rien, mon chéri. Calme-toi.

- T'oublies pas ma valise.

- Tu vois mon biquet, tout est prêt.

Regarde.

- T'es gentille, on peut compter sur toi.

- Oui, mon biquet. Tu peux compter sur moi.

Tu lui expliqueras. Tâche de le ménager.

- Tu n'iras pas. - Si.

Lâche-moi.

- Attends, ça peut s'arranger. - Mais Maurice...

- Il ne faut pas qu'il sache.

Laisse faire le temps. Leur piste peut se brouiller.

Je suis sûre que le fil est cassé.

- Où est-il, ton copain ? - Il va arriver.

Vous le verrez.

- Il aurait pu venir déposer avant. - C'est un mauvais esprit.

- Toi, pourquoi t'es venu ? - J'ai pas peur de la police.

Je respecte la police. - Bravo.

- Merci.

Et la prime ? - Doucement, on n'y est pas encore.

- Ça dépend du résultat. - Puisque je vous dis que...

Attention, le v'là.

- C'est vous, Lefort ? - Oui.

Et alors ?

- Antoine, je file.

- Vous ne regardez pas la confrontation ?

- Je dois trouver des places pour la messe de minuit à Notre-Dame.

- Vous ne trouverez plus rien.

- J'aurai toujours des strapontins. - Derrière une colonne.

Vous avez réfléchi ?

- J'ai pas bougé de chez moi, je faisais du développement.

- Du développement ?

Un taxi a chargé une dame blonde à 11 heures

pour la rue des Bourdonnais.

- Je suis pas la seule blonde.

- Les autres ne connaissaient pas Brignon.

Elles n'étaient pas en relation avec Martineau.

- Il y a des coïncidences. - Ne vous y fiez pas.

Qu'alliez-vous faire là-bas ?

Vous étiez la maîtresse de Brignon ou de Maurice ?

- Pourquoi pas des deux ? - En effet.

- Vous y croyez ?

- Non, vous êtes une femme sérieuse. Les aventures, c'est pas pour vous.

Pourtant, vous étiez là-bas. - Non.

- Soit.

Venez avec moi.

Du monde nous attend.

Asseyez-vous là.

Allons-y, Picard.

- Entrez.

- Vos papiers.

Maintenant, attention.

On fait plus le mariole.

La femme blonde que vous avez chargée le 8 décembre est ici.

La reconnaissez-vous ? Approchez !

Vous n'avez pas peur des femmes ?

- Vous n'en avez pas d'autres ?

- Non.

- Elle n'est pas dans le lot.

- Sans blague ?

- Je peux m'en aller ? - Ben oui.

Dis donc...

T'as un permis de conduire de 1910.

Ça fait plus de quarante ans que tu fais le taxi.

Avec ta mauvaise vue... - J'ai encore l’œil pointu.

- On dit ça mais on commence par plus reconnaître ses clients

et un soir de pluie, on passe dessus au carrefour.

S'il arrivait un malheur, je me sentirais responsable...

- Je ne peux pas tout de même vous dénoncer quelqu'un au hasard ?

- Tu diras ça à ta femme et à tes trois gosses.

- Je vous fais bien mes excuses, madame, mais on n'est pas

les plus forts.

- C'est elle ?

Je crois qu'on peut passer au PV.

- D'accord.

- Picard, faites sortir

tout ce monde-là. - Mesdames.

- Antoine, tu t'occupes pas d'un Martineau ?

22 rue des Bourdonnais. - Si, pourquoi?

- Il est en cheville avec Paulo ? - Pas le genre.

- Paulo a fait le coup de l'encaisseur avec la bagnole

de Martineau. Ça t'intéresse ? - Tu parles !

Où est Paulo ? - Aux agressions avec Marchetti.

- Mes papiers ? - Vous verrez Antoine.

- Antoine !

- Alors ?

- Tu réponds pas ?

Je vais t'apprendre la politesse. - J'ai rien à dire.

- Marchetti, deux mots avec ton client.

- Cinquante si tu veux, il veut rien dire. - On ne sait jamais.

Où tu l'as piquée, la bagnole ? - Je l'ai pas piquée.

On me l'a cédée. - Qui ?

- Un type. - Qui ?

- Un bon copain. - Quel copain ?

- Jules. - Quel Jules ?

- Grand Jules, quoi.

Julot qu'on l'appelle. - Antoine est patient, pas moi.

Il va t'arriver un malheur. - J'ai répondu.

- Il habite où, ton copain ? Ton bon copain...

- On se voyait au bistro. - Lequel ?

- Un p'tit zinc vers la République.

- Quelle rue ?

- Rue...

Mince, j'ai le nom sur le bout de la langue.

- Mouais. - Une rue qui fait un coude.

J'ai oublié. Vous m'en avez fait trop voir depuis hier.

- Je vous dérange ?

C'est rapport à la couronne pour bébé barbu.

- Eh ben, mes enfants !

Je vous le laisse.

- Tu sors ?

- Je vais montrer mon chapeau neuf à mémé.

- Il va neiger. - J'irai en taxi.

- Reste, je veux pas rester seul.

- Viens avec moi. - J'ose plus sortir, on me regarde.

- Ne te laisse pas aller comme ça, tu n'as rien fait.

Ils n'ont rien contre toi. - Si t'étais

à ma place. - Ecoute.

Ecoute-moi, tu n'as aucune raison de t'inquiéter.

Ça s'arrangera

pour toi, je te le jure. - La seule chose qui me sauverait,

c'est qu'on arrête le coupable.

Tu ne me crois pas ?

- Peut-être.

- Fais vite ! - Je rentre avant 8 heures.

Avec un tas de surprises ! On fera notre réveillon quand même.

- On va attendre encore longtemps ? - Un jour, j'ai poireauté douze heures.

- Ils le cuisinent depuis trois heures. - J'aime mieux être à ma place...

Du nouveau ? - Ça va durer longtemps ?

- Comment va l'affaire ? - Laissez-moi ! Voyez Antoine.

- Antoine m'a viré. - Bien fait.

- On se connaît depuis vingt ans, parlez.

- Je vous dis... - Oh !

- En voilà encore une ! - Laissez passer.

- Y a de l'abus !

Bande de vaches !

- Oui, Monsieur le juge.

Ben oui, il neige.

Oui, heureusement que vous avez la voiture de votre cousin.

Merci de vos vœux. Pareillement, bon Noël.

Non, ça ne traîne pas tant que ça, Monsieur le juge.

Oui.

Evidemment.

Vous maintenez vos déclarations ? - J'y étais pas.

J'y étais pas.

J'y étais pas. ce type n'a pas pu me voir !

- On t'a vu. - Il y était pas.

- Crétin.

- Je me barre. - Si tu passes chez Benedetti,

fais préparer des casse-croûtes. - Quel réveillon !

- Je peux pas rester, j'ai la dinde.

- Bon Noël, chef ! - Bon Noël, mon p'tit gars !

- On s'en fout de savoir qui a tué ! - Les gens lisent pas le journal

le matin de Noël !J'ai gratté pour Brignon, il payait mal !

- Tiens, le voilà !

- C'est le père Noël !

- Qu'est-ce qui t'arrive ?

- J'ai laissé ma moto dans la neige. - Ça se voit pas.

- Je suis en retard ? - Pas du tout.

- Du temps de l'affaire Landru...

- Dis-leur de la boucler ou je me fâche.

- Fermez vos gueules !

- On est d'accord. Ce soir-là, vous êtes parti de chez vous

à 9 heures, vous êtes arrivé à l'Eden à 9 heures 15.

Vous y êtes resté jusqu'à 11 heures 30. Vous étiez chez vous à minuit 15.

- Exact.

- Quinze minutes pour aller, quarante-cinq pour rentrer. - Je suis allé au bistro.

- Le patron ne se souvient de rien. - Il en voit tellement.

- Ouais.

A minuit 15, vous aviez déjà remisé votre voiture au garage ?

- Oui.

- On ne vous l'avait pas encore volée ?

- "Volée" ? - On vous l'a volée oui ou non ?

- Oui. - Pourquoi ne pas porter plainte ?

- C'est simple. - Tant mieux.

- Parce que... - Oui ?

- On ne les retrouve jamais. - Faut pas

dire ça, c'est pas gentil.

Dehors, y en a une vingtaine qui attendent leurs propriétaires.

- On a retrouvé votre voiture.

- Vous nous remerciez pas ? - Si, je suis content.

- Ça n'a pas l'air.

Entrez.

- T'es là, papa ?

- Qu'est-ce que tu fais là ? - Je suis venu te chercher.

Il y a plein de neige. On a fait un bonhomme. Bonjour.

- Bonjour. - Assieds-toi.

Alors, où on vous l'a piquée,

votre bagnole ? - Je sais plus.

Ma tête tourne, c'est le froid.

- Remets du charbon dans le poêle.

On gèle ici.

- Y a plus de charbon.

- Vous vous rappelez le numéro de votre auto ?

- 437 RJ 2.

- Curieux ! Vous vous souvenez du numéro de votre auto,

et vous oubliez

l'endroit où on vous l'a volée ? - C'était devant l'Eden !

- Vous voyez, on y arrive toujours.

Le 8, c'est ça ?

- Le 8 ?

- Le soir du crime.

- Peut-être.

- Ça explique tout.

Voilà pourquoi vous avez mis quarante-cinq minutes pour rentrer.

Vous n'aviez plus votre auto. - Oui évidemment.

- Ah, par exemple !

Il y a quelque chose qui ne s'explique pas,

c'est pourquoi vous avez eu besoin de passer au garage ?

Tu nous prends pour des andouilles.

Assez rigolé, on n'a pas que ça à faire ! Moi aussi, on m'attend.

Debout ! - Comment ?

- Retire

ta cravate. - Pourquoi ?

- T'occupe pas !

C'est nous qui posons les questions.

- Retire tes lacets.

- Vide tes poches ! - Bravo, mes enfants.

Ça va mieux, à ce que je vois.

- Dites ce que vous voulez, mais à côté de la bande à Bonnot,

c'est petit, petit...

Tout petit.

- T'es fini ! Quand t'as quitté l'Eden, t'as été Villa St-Marceaux.

- Non! - Tu sais bien qu'on y arrivera.

Avoue donc.

Tiens.

- J'ai froid.

- On te rendra ta pelure, dis que tu y étais.

- J'y étais pas ! Foutez-moi la paix, j'en ai ma claque !

- Antoine ?

Je vous laisse. Si je rentre pas, les gosses en feront une maladie.

J'emmène le petit ? - Il vous gênerait.

- Pas du tout, pauvre petit gars. - Tu veux aller voir la crèche ?

- Avec toi ? - Non, avec le patron.

Sois gentil. - A plus tard.

Viens, mon ami.

- Qui t'a dit de t'asseoir ?

Debout, lève-toi !

Tu y étais ? - Non !

- Parfait.

Pousse-toi.

On recommence dès le début.

A quelle heure es-tu parti de chez toi ?

- Vous pouvez me tuer, je répondrai plus !

Oui, j'y étais ! Oui, j'ai voulu le tuer, mais il était mort !

Vous comprenez ? - Il était mort?

Hein ?

On va aller mettre tout ça noir sur blanc.

Ça te reposera.

Allez, viens.

- Silence, nom de Dieu !

Laissez-le tranquille !

On vous le dira s'il y a du nouveau.

Allez, viens.

- Vous aussi, vous êtes témoin ?

Ça sera pas long maintenant. On arrivera à temps

pour les huîtres.

Moi, je devais pas réveillonner. Si vous aviez vu la tête du chef.

"Vous êtes le plus jeune, vous devez assurer le service

"jusqu'à 2 heures du matin !" Quand ils sont venus me chercher,

si vous aviez vu sa bobine ! Bon.

- Lecture faite, persiste et signe.

- Ça m'épate qu'un type comme vous, intelligent, puisse nous prendre

pour des imbéciles à ce point. - Il était déjà mort !

- Ça va, tu te répètes. Mets ta signature là.

Tu veux que je te dise ce qui s'est passé, moi ?

T'as su que ta femme avait rencard avec Brignon, tu les a surpris

et t'as buté le vieux. - Elle était à Enghien !

- Tu crois au père Noël?

- Salaud !

- La paix, la paix.

- Poitevin, vous connaissiez Jenny ? - Oui, je vous l'ai dit.

Vous l'avez même écrit. - Comment la connaissez-vous ?

- Je ramasse les billets à Enghien.

- La dernière fois que vous l'avez vue ?

- Le 8 décembre dans le train de 23 heures 05.

- Tu vois ? - Pas possible.

- On n'invente rien. - Elle m'a menti, comme toujours.

- Tu l'as surprise là-bas et t'as vengé ton honneur.

Allez.

- Crime passionnel, le jury adore. - La moitié est cocue comme toi.

- Ils aimeraient faire comme toi. - Tu avais un revolver ?

- Oui. - Où est-il ?

- Chez moi. - Tu l'as encore ?

- Oui. Pourquoi? - On y va.

- C'est illégal, si le patron... - Il nous remerciera, le patron !

- Je désapprouve. Notez.

- Collez-le au trou !

- Allez, par ici.

Vous, attendez là.

Debout. - Je veux voir personne, jamais !

- Personne, ça tombe bien. Gardien !

- Attention, ils se débinent !

- Où allez-vous ? - Aux fraises !

- T'en fais donc pas,

y en a plus pour longtemps. Demain, au dépôt, vous serez mieux.

- Le nouveau, pourquoi qu't'es là ?

Sois poli, réponds !

- Il a buté l'amant de sa femme, ça te suffit ?

- Joyeux Noël !

Qu'est-ce que vous voulez ?

Vous n'avez pas le droit ! Où est Maurice ?

- T'inquiète, il est bien où il est.

- Drôle de garni, on serait mieux dans ton pageot !

T'es pas bavard.

T'as le bourdon pour sûr !

C'est comme si je te voyais.

Tu dois être un doux, toi. Un sentimental.

Faut pas s'attacher comme ça. Elle est belle,

ta femme ?

Maintenant, tu la reverras plus de si tôt.

Et puis, c'est peut-être elle qui veut plus te voir.

C'est pas marrant, la vie, tu peux le dire.

- Jenny...

- Ça vous coûtera cher, voyous. - Crâne pas.

- Mes dessous vous intéressent ? - Où est le revolver ?

- Quel revolver ?

- Oh, dis donc. T'entends

les cloches ?

Si tu veux pardonner à ta femme, c'est le moment.

Minuit ! Chrétiens,

c'est l'heure solennelle.

Ça me rappelle ma première communion. Je vais me payer

une pipe !

Aaahhh !

- Chef, je l'ai !

- Fais voir. - Qu'est-ce que c'est ?

Allô ? Allô, oui ?

C'est pour vous.

- Oui, c'est moi !

Quoi ?

On vient ! - Qu'est-ce qu'il y a ?

- Martineau s'est suicidé. - Il est mort?

- Pas encore. - Je veux le voir !

Emmenez-moi !

- Tu parles qu'on t'emmène !

- C'est pas lui, c'est moi toute seule.

Je l'ai frappé avec la bouteille. - Et après ?

- Je me suis sauvée.

- Tu pouvais pas le dire avant ! - Mon Dieu, faites que je revoie

Maurice ! - Fallait y penser avant, à Maurice,

andouille !

- Ça ne tourne pas trop ?

- Je vais pas mourir ? - Non.

- Fallait pas, j'étais bien si loin. Pourquoi avoir fait ça ?

- Mon biquet !

Mon pauvre petit biquet !

Dis que tu me pardonnes avant qu'on m'emmène.

Faudra pas penser de mal de moi quand je serai plus là.

J'ai pas pu te tromper. Y a que toi qui as le droit

de me serrer fort. Serre-moi, mon biquet.

- Les jeux sont faits, ma fille.

La rue des Bourdonnais est au trou.

- Jenny aussi ? - Elle a avoué.

- Elle ment, j'ai tué Brignon. - Tiens !

- Je l'ai assommé...

- Il est mort d'une balle

de revolver. - Quoi ?

- J'en ai marre de vos cachotteries.

Martineau n'a pas tué Brignon et sa femme non plus.

Mais ils étaient là-bas et vous y êtes allée aussi. Pourquoi ?

Pourquoi ?

- Jenny avait oublié ses renards.

J'avais peur qu'il y ait des traces.

- Vous avez effacé les empreintes ? En brouillant les cartes,

la petite Jenny

risque de payer. - Sauvez-la.

- Vous l'aimez bien, votre amie.

- Bien ou mal, je l'aime.

- Je sais.

Je vais essayer de la tirer de là.

Je connais le vrai coupable. - Merci.

- Ne me remerciez pas, je fais mon boulot.

Je vais vous dire, vous m'êtes sympathique.

Mademoiselle Dora Monier.

- Moi ?

- Oui. Je vais vous dire, vous êtes un type dans mon genre.

Avec les femmes, vous n'aurez jamais de chance.

- C'est embêtant pour Antoine.

Si le mec clabote, il va la sentir passer.

- Il a l'habitude.

- C'est le pépin ?

- On verra.

Tête de lard, tu m'as fait des cachotteries !

T'as volé la caisse

Villa St-Marceaux ! - Moi ? Jamais de la vie !

Je voudrais voir ça. - Pourquoi tu te défends tellement ?

Ici ou là, peu importe.

Je suis rencardé, parle !

Tu vas répondre, hein ?

Lacoste, fais un saut chez Plukanec.

- Oui. - Il est en famille.

Demande-lui si la balle qui a tué

l'encaisseur a les mêmes rayures que celle de Brignon. Je suis

tranquille.

- Vous allez pas me mettre ça sur le paletot, c'est faux !

- Dans dix minutes, on sera fixés.

A moins que tu préfères l'ouvrir maintenant, au point où tu en es !

- Bon Dieu, si j'avais su.

- Bravo, Antoine.

Dès que j'ai le dos tourné, les conneries commencent !

- Une minute, patron, je suis à vous.

Encore un mot avec monsieur.

Alors, Paulo ?

- Qu'est-ce que vous voulez ?

La porte était ouverte, je suis rentré.

C'était l'occase.

Brignon, la tête barbouillée, se met à gueuler au secours.

J'ai eu les foies, j'ai tiré ! La frousse, ça se commande pas !

- Pauvre type.

- J'ai parlé trop vite.

- Tout le monde peut se tromper. Y a un mois que je me goure.

Histoire sordide. - Une de plus.

- On s'excite, on s'emballe. - On croit que ça va être

une belle affaire. - Et ça finit en pipi de chat !

- Eh ben ! Vous en avez fait une noce.

- Et une drôle !

- Vous êtes blessé ? - Un peu de verre cassé.

- Ça porte bonheur. - On dit ça.

Madame Beauchamp, tâchez qu'on nous dérange pas.

- Compris, on vous laissera dormir.

- Tu vois le bon petit réveillon si tu étais rentré ?

Je vais te soigner, va.

Tu oublieras tout. - J'essaierai.

- Salaud de concierge !

Encore vous ?

- Je sais pas ce que ça vaut, ces trucs-là, mais arrêtez

de les laisser traîner. - Merci.

- Vous n'entrez pas ? - Non, on m'attend.

Au plaisir.

- Bon vent.

- Quand je pense que je ne le verrai plus, je suis déjà à moitié guéri.

Mon biquet.

- Monsieur Martineau !

- Oh !

- Quoi ?

- Demain, à la PJ !

- Ça recommence ?

- Non, simple procès-verbal !

- Hou, hou !

- Allez, viens. Tu l'auras quand même, ton casse-croûte.

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