All language subtitles for 1954 - Le Comte de Monte-Cristo

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Original subtitles

Mère Céleste, j 'ai beaucoup de peine pour toi, mais cette fois c 'est

Le pharaon est considéré comme définitivement perdu.

Qui t 'a dit ça ? Le pilote du port.

Je ne crois pas.

Je ne crois personne.

D 'ailleurs, le pilote du port, depuis que sa femme le trompe, il voit des

malheurs partout.

Tout Marseille te le dira.

Oui, tu as beau faire, j 'ai confiance.

Dantès reviendra.

Qu 'il revienne ou non, il y a une chose qui est certaine.

C 'est que tu seras ma femme et pas la sienne.

Tu crois vraiment ? J 'en suis même sûr.

Je suis têtu, moi, tu sais.

Comme tout le monde égaux.

Moi aussi.

Tu oublies qu 'on est un peu cousins.

Ce que je veux, je l 'obtiens toujours, Mercedes.

Tiens, tu te souviens, il y a 18 mois, quand je suis parti pour m 'engager, j

'avais un baluchon sur l 'épaule et des souliers percés.

Eh bien, regarde -moi.

Je reviens en permission et je suis sous -lieutenant.

Napoléon n 'a pas commencé autrement.

Napoléon, tu parles toujours de Napoléon. N 'empêche que le mois

prêté serment à Louis XVIII. Pourquoi pas ? Le sous -lieutenant Bonaparte a

prêté serment à Louis XVI.

Réussir, c 'est un jeu.

Et au jeu, il faut savoir changer de couleur.

Si tu es ambitieux, épouse donc une femme riche. Non.

Je me suis mis dans la tête de t 'épouser et je t 'épouserai.

Et tu verras, un jour nous serons les maîtres de Paris. Les maîtres de Paris.

Mon pauvre Fernand, tu es toujours aussi fou.

Et toi ?

Tu te crois raisonnable de guetter des journées entières à bateau qui ne

reviendra jamais ? Qui ne reviendra jamais, tu n 'entends jamais ? En tout

laisse -moi te donner un conseil.

Ne regarde pas trop souvent de ce côté -ci de l 'horizon.

Ces messieurs de la préfecture n 'aiment pas beaucoup ça.

On tient à vous dire quelque chose. Quoi ? On est contents.

Contents pour quoi ? Pour rien, comme ça, on est contents.

Le commandant Dantès change les itinéraires.

Le commandant Dantès improvise les escales. Oh, ça nous fait perdre 36

pas plus.

Après tout le retard qu 'on a déjà pris. Enfin, il est premier lieutenant et moi

second, alors j 'aboucle.

Discipline d 'abord et salut à Sipa. Télé -Madivise.

Vous trouvez des charbons pour aller au bal ? Faut d 'abord briquer le pot et

faire l 'équilibre.

Je vous préviens, dès que M. Dantès n 'est plus à bord, c 'est moi le

commandant. Insulte au commandant qu 'il y a un jour de fer, c 'est le tarif.

Goûtez -moi ça, commandant.

Oh, fameux.

Tiens, je t 'enverrai bien une barrique si tu pouvais m 'expliquer pourquoi on

est venu justement relâcher ici.

Monsieur le grand maréchal, vous attendiez le capitaine d 'Arneville,

le pharaon.

En effet.

Il est mort il y a aujourd 'hui une semaine, en rade de Taron.

Voici ce qu 'il m 'a chargé de vous mettre.

Ce brave d 'Arneville.

Vous avez l 'intention de lui demander un service ? Assurez -vous, pas de

politique.

À Paris, on nous accuse de conspirer.

Eh bien, nous ne conspirons pas, monsieur.

En voici la preuve.

Lisez. Si, si, lisez.

Monsieur, conformément à votre commande, les 50 barriques de vin blanc et les 50

de vin rouge seront embarquées le 28 février par un armateur de Livourne

qui le fera se miner vers Paris où il compte les livrets vers le 20 mars.

Vous voyez, nous en sommes réduits à faire du commerce.

M. le Grand Maréchal... C 'est la lettre que je vous ai demandé au capitaine d

'Arneville de faire parvenir à notre correspondant.

M. le Grand Maréchal, on m 'a chargé de vous remettre une lettre.

Je l 'ai remise.

La mission est terminée.

Soit. N 'en parlons plus.

Ne vous

dérangez pas.

M.

l 'officier, depuis que vos bateaux grattent pavillons à fleurs d 'hélices,

font toujours un grand détour pour éviter l 'île d 'Elbe.

On dirait que je fais peur à tout le monde avec mes 500 soldats, mes 4 canons

mon drapeau tricolore. Sire, je dois vous dire... Voilà pourquoi je suis

de voir ici un marin français.

Présentez -vous.

Edmond Dantes, commandant le pharaon.

Dantes.

J 'ai connu un Dantes. Il était... il était... Tambeau -major au 2e régiment

la garde. C 'était mon cousin.

Je me rappelle.

Les tambeaux du 2e régiment étaient les meilleurs de l 'armée.

Votre cousin était décoré.

Non, sire.

J 'aurais dit.

Au revoir, Nantes.

Vous avez de la chance de commander le pharaon.

Je viens de le regarder, c 'est un beau bateau.

Quel armateur.

Monsieur Morel, sire. Excellent armateur.

Vous lui ferez mes compliments.

Monsieur le grand maréchal, je prends la lettre.

Vous ne mettez pas d 'adresse ? On viendra la prendre chez vous.

On saura qu 'elle est chez moi.

Bien sûr.

Puisque vous remplacez d 'Arneville.

Et... Qui viendra ? Un certain monsieur Noirtier.

Noirtier. D 'ailleurs, le temps est beau. En partant tout de suite, vous

Marseille après le matin.

Monsieur Morel, ça y est, il arrive.

Monsieur Morel, il arrive.

Il n 'y a pas qui arrive, le pharaon.

Fernand, le pharaon arrive, je savais bien qu 'il arriverait.

Ne fais pas ta mauvaise tête, viens avec nous. Si tu ne viens pas, on dira que

tu es jaloux, on se moquera de toi. Je n 'ai pas le temps.

Monsieur Dantès, monsieur Dantès.

Qu 'est -ce qu 'il y a ? Mais pourquoi ne parle -tu pas ? C 'est à cause de

votre maladie du cœur.

Préparez -vous à une grande joie.

Non. Si, il est dans le port.

Vous allez venir, mais vous ne pouvez pas aller comme ça.

Chapeau. Oui, oui, je ne sais plus.

Et la cravate ? Heureusement que je sais où sont vos affaires.

Ah, bien. Non, non, inutile. J 'ai un mécanisme.

Oh, ma cape.

Et vous l 'avez à la main. Oui.

Ce brave d 'Arneville.

Quel malheur ce mec.

Il est marchandise, pas d 'avarie.

Réponds, puisque ce n 'est pas le commandant.

Non, pas d 'avarie.

Voici les bordereaux.

J 'ai refait l 'inventaire, tout est en bon état.

Entrez.

Monsieur Dantès, il y a votre affaire sur le pont avec une dame.

Eh bien, allez vite.

Je vous ai parmi le livre de bord. Vous m 'avez tout raconté, je n 'ai plus

besoin de le lire. Mais si, allez, allez.

Mais bien sûr, je le dirai plus tard quand je serai tiré des affaires.

Ça m 'amusera. Et même quelquefois, ça vous surprendra.

Tiens, pourquoi ? Quoi ? Qu 'est -ce que je vois ? Avant -hier, vous avez fait

un lâche en pleine mer pendant deux heures ? Oh, en pleine mer, il y avait

de même une petite île, pas très loin.

Il s 'agissait, paraît -il, d 'un paquet que M. D 'Arneville voulait qu 'on

remette là -bas.

Enfin, vous me comprenez.

Dantès a donc bien fait d 'exécuter un ordre.

Discipline d 'abord, comme vous dites si bien.

Bien sûr.

D 'ailleurs, tout ça n 'a aucune importance, mais tout de même, je suis

franchise, moi. Vous connaissez mon caractère. Mauvaise tête, mais bon cœur.

Ça se refait pas, monsieur.

Passons aux choses sérieuses.

Dans huit jours, le mariage. Je vais tout à l 'heure à la mairie pour la

publication des bons.

Ah, écoute -le. Elle entendre croire que c 'est lui qui se marie. C 'est presque

vrai. Depuis un an, elle et moi, on ne se quitte pas. Oui, on parle de toi tout

le temps. Et aussi, naturellement, de Victor.

Victor ? Qui est Victor ? C 'est le nom que j 'ai choisi pour ton fils aîné.

Parce que, naturellement, je veux un garçon.

Il est inexigeable. Il sera terrible, ce garçon.

Je le vois d 'ici.

Il cassera tout.

Sacré Victor.

Edmond, tu te rappelles ce que tu m 'avais promis le jour de ton départ ?

sûr, qu 'on se fiançait le jour de mon retour.

Eh bien, si tu veux, ce soir, on va inviter tous nos amis.

Ah, Dorothée, je vous cherchais. Monsieur Morel, je vous présente ma

Oh, nous nous connaissons déjà. Il y a un homme qui nous parle entre les droits

de ce fameux dîner de fiançage. Et naturellement, je m 'invite.

Je vous ramène en voiture.

Mais il y a des tas de choses à régler à bord.

La douane et les... Cadrouze s 'occupe pas de la douane. Les passe avant. Pour

une fois, ils passeront après.

Et puis, c 'est ton ordre. Allô, rentre.

Hé, Cadrouze, on t 'attend ce soir.

Et je viendrai.

Pas de doute. Il y en a qu 'en toutes les veines.

Toutes les veines, toutes les veines.

Eh, dis donc, il te reste pas un petit peu de ton petit vin blanc de l 'autre

jour ? Ah non, mon vieux, maintenant tout est bouclé.

D 'ailleurs, voilà la douane. Tu vas pouvoir jouer au commandant.

Il vous a serré la main ? Puisque je vous le dis.

Comment ?

Mais comme ça, tout simplement.

Et il a remarqué le pharaon ? Puisqu 'il m 'a chargé de vous en faire

compliment. Alors, il vous connaît aussi ? Mais bien sûr, puisqu 'il aimait me

jouter. Monsieur Morel, excellent armateur.

Voilà, ce sont des mots qu 'on n 'oublie pas.

J 'espère bien qu 'un jour je pourrai crier vive le... Vive le marié !

Une

mauvaise nouvelle ?

Non.

Fernand, tu sais ce cousin, je t 'ai parlé.

Moi qui me faisais une joie de te le faire connaître.

Eh bien ? Il part brusquement pour nous.

Il faut l 'empêcher de prendre la diligence.

Viens vite, on a juste le temps.

Je reviens.

Vous écrivez avec une lenteur.

Forcément, j 'ai fait de la main à gauche, vous me l 'avez dit.

Un ami du trône et de la religion vous prévient

que... Dis donc, c 'est bien vrai qu 'on s 'est encore fichu de moi tout à l

'heure ? Oui.

Ceux qui étaient assis là, il y en a un qui a dit, Cadrous, il sera capitaine

quand les andouilles auront des ailes.

On ne sait pas, on ne prévient que le nommer.

C 'est la vérité, oui ou non ?

Ah oui, ça c 'est la vérité.

Alors ?

Vous avez raison, la vérité, ça n 'a pas besoin de signature. La vérité, c 'est

sacré. Vous avez assez bu comme ça ? Jamais assez.

On dit que la vérité se cache dans un pub, et c 'est pas vrai. La preuve, s

n 'y a pas plus de menteurs que les buveurs d 'eau.

Relâche avant -hier.

À l 'île d 'Elbe.

Attends qu 'on les voit.

Avantez ce que vous voudrez, maintenant qu 'on les voit.

Il n 'y a pas de commandant entre nous, voyons.

Dites -donc, monsieur Cadrous, vous n 'avez pas vu un sous -lieutenant d

'artillerie, Fernand Mondego ? Vous le connaissez ? Ah oui, il vient justement

de partir. Il n 'a pas voulu attendre la diligence, il a profité d 'une voiture

de l 'armée.

Oh, ça alors ! Tant pis, on se passera de lui.

Tu le regrettes ? Un peu, tout de même. Vous n 'essayez pas le temps de prendre

un verre. Mais puisqu 'on se revoit tout à l 'heure.

Oui, c 'est vrai.

Mais on voudrait déjà te demander quelque chose.

Oui, d 'être notre garçon d 'honneur dans huit jours.

Ben, dis -donc, on dirait que ça t 'ennuie.

Oh, monsieur Cadrous.

Allons, mon vieux, tu ne vas pas nous refuser ça.

Alors, c 'est oui ? Bon Dieu, bon Dieu, ça tombe mal.

Ah ben, c 'est oui, quoi.

Merci, mon vieux.

Laissez -moi vous embrasser, monsieur Cadrous. Oui, tu peux.

À ce soir.

J 'ai écrit la moitié, j 'irai pas plus loin.

Pourquoi ? Ça m 'étonnerait, moi, je viens de lui serrer la main.

Une main droite, il doit toujours ignorer ce qu 'il vient d 'écrire la

gauche.

Et puis, elle me plaît, cette petite, moi.

C 'est vrai, elle est encore plus jolie qu 'il y a un an.

Elle a de la veine, elle va pas s 'embêter.

Si c 'est vous.

Ils sont allés du côté de la mer, vous déjà êtes en train de l 'embrasser.

À l 'île d 'Elbe, où il a eu une entrevue.

avec l 'usurpateur qui lui a remis une lettre.

Tu crois toujours aux lignes de la main ? Je t 'ai dit, tout ce qui nous arrive

est inscrit là.

Tout, absolument tout.

Même ça ? Oui, même ça.

Si tu m 'embrasses tout le temps, comment veux -tu que je lise l 'avenir ?

tu liras l 'avenir demain.

Aujourd 'hui, le présent nous suffit.

Tiens, d 'où te vient cette cicatrice ? C 'est rien.

Un accident ? Non.

Ne m 'interroge pas.

Edmond, c 'est moi.

Une nuit, j 'avais fait un rêve affreux.

Tu t 'en allais je ne sais pas où, et pour toujours.

Je me suis réveillée en sursaut.

Tu sais que je suis superstitieuse.

Et pour conjurer ce mauvais rêve, je me suis fait une blessure au poignet.

Et tu vois, j 'ai bien fait.

Puisque le rêve ne s 'est pas accompli.

Écoute. Tu reconnais ? C 'est notre air.

Pendant ton absence, chaque fois que je l 'ai entendu, j 'ai fermé les yeux.

Il me semblait être avec toi.

Il faut rentrer.

Pourquoi ? On n 'est pas bien ici ? On est trop bien.

Je me méfie un peu.

On laissera passer l 'heure et il y a le dîner de fiançailles.

Et si je t 'enlevais avant ? On prendrait la diligence et on s

pendant huit jours dans un coin perdu.

C 'est ce que nous ferons tout à l 'heure à minuit. On prendra la

Vous ne fermez jamais votre porte mieux que ça.

Oui, ça me va.

Un tort.

Je suis bien chez M. Edmond d 'Antès, le nouveau commandant du Pharaon. Et en

effet. Je voudrais lui parler.

Je recrète, mais mon fils vient de sortir.

Alors il a peut -être laissé une lettre.

Je suis M.

Noirtier. Non, non, il n 'a rien laissé.

Vous êtes sûr ? Absolument sûr. Mais qu 'est -ce que je veux dire ? Mercedes !

Mercedes ! Qu 'est -ce qu 'il y a ? Comment a -t -il laissé une lettre pour

Noirtier ? Non, pas de lettre.

Eh bien, vous le voyez, pas le plus petit bout de lettre.

Vous êtes bien gai dans cette maison. Pour se fiancer en 1815, il faut un

certain courage.

Enfin, bon, parfait.

Je repasserai. C 'est ça, vous repasserez. À tout à l 'heure.

Monsieur,

monsieur, rappelez -moi donc votre nom.

Noirtier. 52 ans, favori roux.

Redingote noir, boutonné jusqu 'au menton.

Chapeau à large bord, aux aides de la Légion d 'honneur.

Vous ne savez pas son nom ? Il en change tous les jours. Et vous le suivez

depuis Paris ? Oui.

Il a sauté dans un cabriolet à la barrière de Montrouge.

Vous êtes sûr que c 'est arrêté à Marseille ? Absolument sûr.

Au relais, il n 'a pas demandé de cheval de rechange.

Le maître de poste est un de nos indicateurs. Oui, je sais.

Et cet homme serait ? Un agent de l 'usurpateur.

Encore un. Oui.

Et depuis quelque temps, toutes les pistes se croisent à Marseille.

Le ministre en a fait lui -même l 'observation.

Le ministre ? J 'ai vu son chef de cabinet.

Il sait que nous pouvons compter sur vous malgré vos origines

Mes origines révolutionnaires ? Monsieur, votre père a bien été

empire. Je ne le vois presque plus.

Nous savons.

En outre, je suis fiancé avec la fille du marquis de Saint -Méran, lequel, vous

le savez, est un ancien émigré. Nous savons ça aussi.

Oui, vous faites un mariage très apprécié en haut lieu.

Je me marie selon mon cœur, monsieur, et aussi selon mes opinions.

J 'ai un homme d 'honneur, l 'un ne va pas sans l 'autre.

Naturellement.

D 'ailleurs, je tiens à le préciser.

J 'ai subi le corse comme tout le monde.

Moi aussi, hélas.

Mais tu n 'as jamais crié vive l 'empereur. Moi non plus. Ça, jamais.

Voilà pourquoi nous pouvons compter l 'un sur l 'autre.

Mon père, vous avez interdit d 'entrer dans mon bureau.

Qu 'est -ce que tu veux ? Les rues de Marseille sont si mal fréquentées qu 'on

cherche un refuge où on peut.

Et où peut -on être mieux qu 'au sein de sa famille ? Ouf, je respire.

Car vous êtes suivi, naturellement. Oui, on s 'intéresse à ma promenade.

Aussi, lorsque j 'ai aperçu ce bâtiment qu 'on appelle encore, Dieu sait

pourquoi, le palais de justice, je me suis rappelé que j 'avais un fils

magistrat. J 'ai senti vibrer ma fibre paternelle et me voici.

Chez monsieur le substitut Noirtier. De Villefort.

De Villefort.

Devillefort, si tu veux.

Décidément, je ne m 'habituerai jamais à ce nom que tu as fait ajouter au mien.

J 'ai voulu rompre avec votre passé bonapartiste.

Vous connaissez mes opinions.

Bien sûr.

Elles sont toujours conformes à la dernière édition du bulletin officiel.

Malheureusement, je connais aussi les vôtres.

Vous conspirez, monsieur.

Bien sûr.

En ne vous livrant pas, je me fais compliquer une trahison. Une trahison ?

'emploie donc pas des mots dont personne ne connaît plus le sens.

Je vous demande pardon, monsieur, mais j 'ai une conscience. Une conscience ?

Mais ce n 'est pas ça, c 'est voyant. À notre époque, un homme comme toi se doit

d 'avoir au moins deux consciences.

Une pour aujourd 'hui et l 'autre pour demain.

Et puis le principal pour toi, c 'est que ton père ne soit pas coffré le soir

même de tes fiançailles.

Tu vois la tête du noble Marquis de Saint -Méran en lisant dans son journal

Arrestation du père de monsieur le substitut Noirtier » ? De Villefort.

De Villefort. De Villefort.

Est -ce que tu m 'agaces avec ton De Villefort ? Mais aujourd 'hui, ça peut

servir.

Grâce à ce double nom, monsieur De Villefort nous sauverait monsieur

Et il le fera.

Parce que si l 'empereur revient,

Le général Noirtier pourra rendre service à M. Guilfort.

Dors.

C 'est que des idées.

C 'est la raison d 'un fils qui a d 'abord sauvé son père.

Entrez là.

Excusez -moi, monsieur le substitut, de venir frapper chez vous à cette heure.

Nous sommes sur la piste d 'un individu très suspect et qui n 'a rien trouvé de

mieux pour nous fausser compagnie que de se précipiter dans le palais de

justice. C 'est une plaisanterie, monsieur.

Vous êtes ici chez le substitut du procureur du roi. N 'oublions pas,

le substitut, mais les ordres sont les ordres.

Voyons.

Cette porte ouvre.

Sur l 'entrée personnelle de mon bureau. Une entrée peut être aussi une sortie.

Naturellement. Mais voici la clé, je la porte toujours sur moi.

D 'ailleurs, cette porte donne sur le greffe qui est à cette heure -ci fermée.

Oh, pardon, mon fils.

Je vois que tu as affaire avec ces messieurs.

Messieurs ? Messieurs.

Non, je vais te laisser.

Seulement, je vous en prie, messieurs, ne leur tenez pas trop longtemps.

Il faut tout de même qu 'ils soient auprès de sa fiancée tout à l 'heure,

le préfet ouvrira le bal. Et toi, Gérard, n 'oublie pas le mot de monsieur

Talleyrand l 'autre jour, quand il a pris le ministère.

Surtout, messieurs, pas trop de zèle.

Fais mes amitiés à ce bon monsieur de Saint -Méran.

Messieurs, j 'ai bien l 'honneur.

Et surtout, pas trop de zèle.

Vous êtes chez vous, messieurs.

Faites votre travail.

Vous voyez bien qu 'il n 'y a personne.

En effet.

Eh bien, nous allons continuer nos recherches dans les bureaux voisins.

Mesdames, messieurs, continuez.

Continuez. Seulement, vous m 'excuserez, je suis en retard.

S 'il y a du nouveau, le secrétaire de garde au palais se chargera de prévenir.

Tu dis quoi ?

Au revoir.

Mon cher Dantès, le plus beau voilier de Marseille et la plus jolie fille du

quartier des Catalans, voilà ce que vous avez gagné à la grande loterie du

bonheur. Eh bien, aujourd 'hui, j 'aimerais m 'appeler Edmond Dantès pour

quart d 'heure. Je saurais au moins ce que c 'est qu 'un homme heureux.

Ah,

c 'est encore un coup de peine, là ! Lequel d 'entre vous,

messieurs, est Edmond Dantès ?

Que voulez -vous ? Edmond Dantes, au nom du roi, je vous arrête. Vous m

'arrêtez, mais pourquoi m 'arrêtez -vous ? Votre premier interrogatoire vous l

'apprendra. Vous n 'allez pas nous l 'emmener ? Enfin, maintenant tout de

Je suis obligé. Nous avons trinqué assez souvent ensemble sur le port pour que

vous nous disiez de quoi il s 'agit.

Allons, monsieur Barbaro. Quand je suis en service, il n 'y a plus de monsieur

Barbaro. Il n 'y a plus que monsieur le commissaire.

Allons, commissaire.

Il y a sûrement méprise. S 'il y a méprise, M.

Morel, croyez bien qu 'elle sera promptement réparée. Mais bien sûr, tout

'expliquer. Qu 'est -ce que tu as bien pu faire, mon pauvre petit ? Mais rien

tout, papa.

Allons, allons, dépêchons.

Au revoir, mon frère.

Au revoir, M. Morel. A tout à l 'heure, mon garçon.

Au revoir, Carlos.

Au revoir, à tout de suite.

Je parie tout ce qu 'on voudra qui reviendra tout de suite.

Allez, allez, en route.

Et dansez en m 'attendant.

Oh, Gérard, ne me quittez pas. Pas ce soir.

Mais René, mon devoir est d 'aller immédiatement interroger cet homme.

Monsieur de Villefort, s 'il ne préférait pas son devoir à son plaisir,

serait pas digne de nous.

Surtout quand il s 'agit d 'étouffer un complot de ces messieurs, les

bonapartistes. Sans doute.

Mais une jeune fille n 'a jamais qu 'un seul bal de fiançailles. Ne m 'abîmez

pas cette soirée -là, mon père.

Oubliez -vous, ma fille, que votre grand -père est monté à l 'échafaud en 92.

Et que nous sommes restés 15 années dans l 'immigration.

J 'ai donné des leçons de piano, moi. L 'échafaud de grand -père et les leçons

de piano de maman. On ne parle que de ça dans cette maison.

Et moi, ce soir, je n 'ai dansé qu 'une seule fois.

J 'espère que M. de Villefort ne vous écoutera pas malgré ses origines.

Vous savez bien, madame, que chaque fois que j 'ai pu requérir contre l 'agent

de l 'usurpateur, j 'ai toujours demandé la peine de mort.

J 'espère que vous n 'y manquerez pas cette fois -ci non plus. Oh, mon père.

René, tu lis trop.

Au lieu de t 'abandonner à tes sentiments humanitaires, Tu devrais

fiancé à être inexorable.

Tout à l 'heure.

Alors, René, qu 'est -ce qu 'on t 'a dit de demander à M. Biffon ? Gérard,

soyez inexorable.

Mais pas pour tout de même.

N 'oubliez pas que c 'est le soir de nos fiançages et que c 'est la première

fois que je vous demande quelque chose.

C 'est promis.

Oui, entrez, oui.

Le commissaire est là avec un nommé d 'Antès.

Fais entrer l 'Antès, il est ici.

Monsieur d 'Antès ! Monsieur le substitut, comme il s 'agit évidemment

d 'un malentendu, je vous serai très obligé de faire vite.

Mes invités m 'attendent.

Vous invitez ? Oui, je fête mes fiançailles. Pas possible. Et vous

dérangé un jour comme celui -là, c 'est plutôt désagréable.

Vous ne pouvez pas vous rendre compte. Croyez -vous.

Je voudrais tout de même savoir de quoi on m 'accuse. Eh bien, procédons par

ordre.

Vous êtes bien de bonne hantesse, commandant du pharaon.

Oui.

Vous n 'avez jamais été bonapartiste. Je me suis engagé dans la marine à 16 ans.

J 'ai presque fait le tour du monde. Alors, la politique... Avez -vous des

ennemis ? Pas de ça.

C 'est on jamais.

Tenez, voici la lettre que j 'ai reçue et qui vous concerne.

Elle me paraît d 'une écriture déguisée.

Je ne vous demande pas d 'en connaître l 'écriture, mais de me déclarer que

cette accusation est fausse.

Dites -moi que vous n 'avez jamais rapporté aucune lettre de l 'île d 'Elbe

je vous relâche immédiatement.

Alors répondez.

Si, monsieur le substitut.

J 'ai rapporté une lettre.

La voici.

Vous voyez, une histoire de barrique de vin. Rien de politique.

Oui, mais cette lettre peut être chiffrée. Oh, monsieur, la sceptique. Ne

fâchez pas, Nantes.

À l 'île d 'Elbe, on a dû trouver que vous aviez une figure loyale et honnête.

Et on s 'est dit que personne ici ne se méfierait de vous.

En somme, votre seul crime est d 'être un brave garçon.

Je ne peux tout de même pas vous mettre en prison pour ce crime -là. C 'est très

vraiment exagéré. Alors vous allez me faire relâcher. C 'est probable.

C 'est même certain.

Et je m 'en réjouis pour vous et pour moi.

Comment pour vous ?

Oui, figurez -vous que moi aussi j 'ai ce soir un bal de fiançage.

Une coïncidence qui m 'amuse et dont je veux que vous profitiez. Alors je vais

être libre.

Mais bien sûr.

Votre liberté sera le petit cadeau que je ramènerai ce soir à ma fiancée.

La mienne en ce moment doit être très malheureuse. Elle m 'attend bien.

La mienne doit s 'impatienter aussi.

Ah, j 'oubliais.

Une dernière question.

À qui deviez -vous porter cette lettre ? On devait venir la chercher.

Qui ? Un certain monsieur...

Vous avez dit ? Noirtier.

Cette lettre, vous ne l 'avez montrée à personne ? Non, non, à personne.

Très bien.

Pour vous prouver ma bonne volonté, regardez ce que j 'en fais.

Plus aucune trace de lettre, maintenant.

Êtes -vous content ? Merci, monsieur le substitut.

À présent, vous et moi sommes seuls à Marseille à savoir que cette lettre a

existé.

Ni de l 'ancien que j 'en parle.

Ni le hardiment, et vous êtes définitivement sauvés.

Soyez tranquille, je n 'irai.

D 'ailleurs, c 'est très simple, il n 'y a jamais de lettre. Jamais.

Ni de monsieur Loirtier. Ni de monsieur Loirtier.

Jurez -le.

Tenez, sur la Bible.

Levez la main droite, Edith. Je le jure.

Et maintenant, je peux m 'en aller ? On vous ramènera.

Je vous demande d 'avoir encore un tout petit peu de patience.

Ayez confiance et laissez -vous conduire sans discussion.

Comptez sur moi.

Je pars vers vous.

Voici l 'ordre.

Regardez si tout est en règle.

Ordre d 'incarcérer Edmond Dantès au château d 'If, à tenir au plus grand

et sous la plus stricte surveillance.

Mais où m 'emmenez -vous ? On t 'a laissé conduire, allez hop !

On vous a dit de me relâcher, vous n 'avez pas compris ? Qu 'est -ce que vous

faites ? Mais on m 'attend chez moi, il faut me relâcher ! Vous prenez la route

de Paris.

Si, même à l 'île d 'Aisne, Buenaparte reste dangereuse. Mais non, mais non,

votre majesté aurait bien le temps de s 'inquiéter.

Buonaparte passe ses journées à faire des ricochets dans le... Vous le voyez,

mon cher Blacas, notre ministre de la police est optimiste, lui.

Si, puisque vous ne me croyez pas, je vous demanderai au moins de vouloir bien

entendre ce petit magistrat de Marseille.

C 'est bien, monsieur, faites entrer.

C 'est un cadeau de mon cousin, l 'empereur d 'Autriche.

Alors, dépêchons -nous.

Ce n 'est d 'André. Jetez donc un coup d 'œuf sur ces dépêches qu 'on vient d

'amener. Sire.

Sire, les renseignements que j 'ai réunis, Ils me font supposer que l

'usurpateur... C 'est sur le point de s 'embarquer.

Et vous avez couru jusqu 'à Paris pour me faire part d 'une supposition.

Eh bien, retournez paisiblement à Marseille, monsieur.

Vous ferez mes compliments au marquis de Saint -Méran.

Si. Qu 'est -ce qui vous prend ? Je vais être évoqué dans cinq minutes. Et

pourquoi ? L 'usurpateur a débarqué le 1er mars. Et nous sommes le 3.

Comme toujours, vous êtes le dernier renseigné. Un simple magistrat en savait

plus long que vous avec toute votre police.

Monsieur, ne craignez pas de vous rappeler à notre souvenir.

Nous ne vous oublierons pas.

Vous savez bien que non.

Je n 'aime pas les imbéciles.

Mais j 'aime encore moins les figures nouvelles.

Merci.

D 'ailleurs, à l 'heure actuelle, ce but à la tarte doit être arrêté.

Nous le ferons danser devant votre majesté, avec une chaîne aux pieds,

ours dans une foire.

Et c 'est aujourd 'hui seulement qu 'on accroche son portrait.

C 'est le service d 'immobilier, monsieur le substitut.

Il est toujours en retard d 'un régime, ce service -là.

Monsieur le substitut de Villefort.

Appelez -moi le mortier, tout simplement.

Il s 'agit toujours d 'être mon dentiste, mais cette fois, je suis venu

père. Monsieur.

Sa fiancée, apparemment celle -ci, et quelques amis.

Une véritable délégation. Je vous en prie, monsieur.

La perdantesse.

Mais oui, je me rappelle très bien.

Voyons, Dantès, accusé d 'être bonapartiste. La justice du roi peut

son devoir en l 'arrêtant, mais nous nous adressons aujourd 'hui à la justice

l 'empereur. Monsieur, j 'ai subi le roi comme tout le monde.

Hélas. Mais je n 'ai jamais crié vive le roi.

D 'ailleurs, mon père vient de reprendre du service.

Je le savais.

Vous voyez que vous pouvez compter sur moi.

Si on tarde à relâcher Dantès, tous mes amis du cercle impérial de Marseille

nous aideront et enverront une pétition en haut lieu.

L 'ennui, c 'est qu 'on a dû le changer de prison plusieurs fois.

Je vais

simplement

mon devoir, comme d 'habitude.

M. Morel, avez -vous été au cercle inférial aujourd 'hui ? J 'en ai un.

A -t -on des nouvelles de cette bataille que le télégraphe nous a annoncée hier

soir ? Aucune.

Et c 'est où elle se livre ? À Waterloo, au renom accouché dehors.

Ce sera sûrement une grande victoire.

Sûrement. Eh bien, nous fêterons bientôt et en même temps la libération des

mondantaises et la victoire de Waterloo.

Merci.

Ça aussi, c 'est pour le courrier.

Non, pas encore.

J 'attends à demain.

C 'est encore toi, ta seule gueule.

Oh, vous pouvez m 'insulter, j 'ai l 'habitude.

Écoute.

100 pièces d 'argent.

Vous avez de l 'argent ? Oui, chez moi.

C 'est tout ce que je possède, mais on te le donnera si... Si tu veux bien

descendre jusqu 'au quartier des Catalans.

Et remettre une lettre à une jeune fille nommée Mercedes.

Même pas une lettre, deux lignes seulement.

Et si je perds ma place ?

Écoute, si tu refuses, demain je t 'attends derrière la porte et je te

tête avec ces testabours.

Ça me fera un mois d 'hôpital et puis un mois de convalo.

Mais vous, je vous préviens, on vous passera la camisole de force.

Et c 'est plutôt désagréable.

Je veux voir le gouverneur ! Ah, pourquoi pour le peuple ou le bon Dieu ?

Quoi faire ?

Attends.

Alors, comment ça va aujourd 'hui ? Je me suis traîné jusqu 'ici.

C 'est pas que la fin, proche, monsieur Morel.

Alors, alors, si on peut vous écourager.

Voici votre bouillon.

Merci. Je vous remercie, monsieur Morel.

Et il a encore payé des fournisseurs ? Le loyer.

Je ne veux pas, monsieur Morel. Vous êtes vous -même gêné. Mais si, je le

Qui vous l 'a dit ?

Vous avez vendu un beau bateau.

Rassurez -vous, je ne vendrai pas le pharaon. Il attend votre fils.

Oui, j 'ai confiance.

Tenez, voici une bourse que ma femme a vendue pour vous. Je veux bien la

mais je ne veux pas de l 'argent qui est.

Bon, bon, bon, bon. Je remporte le tout.

Ce qui est terrible, c 'est que je m 'en irai sans avoir revu le petit.

Maintenant que l 'empereur est reparti, personne ne nous écoutera.

Personne. Monsieur Morel, dites -lui de ne pas s 'agiter comme ça.

Dites -lui aussi qu 'elle adore de gaspiller son temps à me soigner.

Et à attendre son fiancé.

Tant que votre fils sera vivant, je l 'attendrai.

Il est en mon égo.

Je suis venu vous féliciter.

Voyons, vous vous êtes vu.

Ah oui, vous êtes venu en délégation.

Ne parlons plus de ça, monsieur le procureur. J 'étais là contre mon prix.

vous êtes vu encore avant ce jour -là. Une nuit.

Février 1815.

Ah oui.

Il y a des rencontres qu 'il vaut mieux oublier.

Même quand elles auront du service à tout le monde.

Bien.

Vous aussi.

Enfin, je veux dire, au substitut du procureur dans l 'exercice de ses

fonctions.

Mais si je peux vous être utile un jour, n 'hésitez pas.

Merci.

Je vous envie, monsieur le procureur.

À cause de ma nomination ? Non.

À cause de votre mariage.

J 'aimerais pouvoir en faire autant.

Mercedes, vous avez deviné ? Dans mon bureau, vous aviez une certaine façon de

ne pas la regarder.

Oui.

Seulement, Mercedes ne m 'épousera pas tant qu 'elle pourra supposer qu 'Edmond

Dantès est encore vivant.

Vous ne me demandez pas.

Monsieur le procureur, il n 'est pas nécessaire de le fusiller. Vraiment.

Il suffirait d 'en laisser courir le bruit.

À la fin des 100 jours, il y a eu tant d 'exécutions sommaires.

Il y a eu tellement de morts qui n 'ont jamais eu d 'acte de décès.

Il peut bien pour une fois y avoir un décès sans qu 'il y ait eu de mort.

Après tout, il y gagne.

Eh bien, c 'est entendu.

Pauvre Dantès.

Pauvre Dantès.

Nous allons voir le numéro 27, monsieur l 'inspecteur.

Non mais, je ne peux pas lire.

L 'humidité passe les noms.

Enfermé depuis 17 mois.

Et au secret ? Oui, oui. Dans un sens, cette solitude absolue ne rend plus beau

service aux prisonniers. Ça les rend fous en deux ans.

Dantes, voici M. l 'inspecteur général des prisons qui vient vous interroger.

Mon ami, ne vous fatiguez pas à me répondre.

Vos réponses, je les connais d 'avance.

Il y a quinze ans que je les entends dans toutes les prisons de France.

Vous êtes mal nourri et vous êtes innocent, n 'est -ce pas ? Oui.

La tradition continue.

D 'ailleurs, ça m 'est égal d 'être mal nourri.

Pourquoi ? Il y a quatre jours qu 'il refuse toute nourriture.

Je veux être jugé.

Cet homme n 'a pas été jugé.

Un jugement, c 'est tout ce que je demande.

Savoir au moins quel crime j 'ai commis, à quelle peine je suis condamné.

Mon ami, je vous promets d 'examiner votre dossier.

Alors je peux... Je peux espérer.

Bien sûr.

Mais en attendant, que diable nourrissez -vous?

Je ne dis pas qu 'on mange ici aussi bien qu 'au café anglais, mais j 'ai

la soupe. Elle est fort bonne.

En tout cas, j 'espère bien qu 'à mon prochain passage ici, je vous

jugé.

Et il s 'agit ? Vous n 'avez pas autre chose à me demander ? Si, quelle date

sommes -nous ? Le 30 juillet 1816.

Merci, monsieur l 'inspecteur.

Et qu 'est -ce qu 'il y a dans son dossier ?

Je me rappelle maintenant.

Une note de monsieur de Villefort.

Le nouveau procureur du roi ? Oui. Il a fait arrêter cet homme la veille du

démarquement de l 'usurpateur.

Ou alors, évidemment.

Il vaut mieux ne pas remuer ces choses -là.

Non ! Non !

Vous ne pensez tout de même pas que je m 'en vais vous en chercher une autre,

non ? 180 d 'arches à monter ? Vous savez pas ce que je fais, vous ? Vous

que je vous dise avec ça ?

Vous m

'entendez

? Vous n 'êtes plus là ? Vous avez peur de répondre ou bien quoi

? Ou bien...

Il n 'y a personne de l 'autre côté de ce mur. À force d 'être seul, je suis

peut -être devenu fou.

Qui êtes -vous ? Répondez, qui êtes -vous ? Et toi, qui es -tu ? Un

numéro 27.

Moi, le numéro 34.

Tu as des outils ? Oui, un morceau de fer. Travaille de mon côté.

Ici ? Tu y es presque.

Ici ? Oui, oui, ça y est.

Je suis, ou plutôt j 'étais, l 'abbé Faria. L 'abbé Faria.

C 'est bizarre.

J 'ai perdu l 'habitude d 'entendre prononcer mon nom.

C 'est pourtant un beau nom, Faria.

Un nom que tous les révolutionnaires d 'Italie ont acclamé.

Et toi, qui es -tu ? Edmond Dantes.

Edmond Dantes.

Moi aussi, j 'ai l 'impression de l 'entendre pour la première fois.

Pourtant... Il n 'y a sûrement pas longtemps que tu es prisonnier. 17 mois,

ans, je ne sais plus.

Les chiffres commencent à s 'embrouiller dans ma tête.

Et vous, il y a longtemps que vous êtes ici ? 10 ans.

J 'ai été condamné à la prison perpétuelle, en France et en Italie.

Pour quel motif ? Le même partout.

J 'aime la liberté.

Vous conspirez ? Oui, contre tous les tyrans.

Et je continue.

La haine.

Ça rend fort.

Ça empêche de vieillir.

Mais toi aussi, tu es prisonnier politique puisque tu es au château d

Eh bien, tu me parleras de tes ennemis et je te parlerai des miens.

Nous bâtirons ensemble des projets de vengeance.

Je n 'aime pas la vengeance.

Quand la vengeance est au service de la justice, il n 'y a rien de plus beau sur

la terre. Et de qui pourrais -je me venger ? Je n 'ai pas d 'ennemis.

Je n 'ai même pas été jugé.

J 'ai été amené ici sans explication.

Par ordre de qui ? Personne n 'a voulu me le dire.

J 'ai beau chercher, je ne trouve pas.

Nous trouverons.

Et si tu ne mens pas,

et tu ne mens pas, nous punirons les coupables.

J 'ai usé mes forces à combattre l 'injustice.

Eh bien, je reprendrai la lutte avec toi.

Et nous en aurons les moyens.

Car retiens bien ce que je te dis.

Ce prisonnier en rayon que tu as devant toi est peut -être l 'homme le plus

riche du monde.

Tu me crois fou, toi aussi.

Non, mais je voudrais vous ressembler.

Comment avez -vous fait pour rester si courageux après dix années ? Je n 'ai

cessé un seul jour de travailler.

À quoi ? À l 'évasion.

J 'ai tout essayé.

J 'ai simulé des maladies, assommé un gardien, offert ma fortune au directeur.

Tout a échoué.

J 'ai réussi à fabriquer cet outil.

Et depuis trois ans, je creuse.

Trois ans pour déplacer quelques pierres et pour échouer une fois de plus.

Car je me suis trompé dans mes calculs.

Je croyais déboucher au -dessous de la terrasse et juste au -dessus des

Mais les rochers, c 'est par là, je le sais.

Quand on m 'a fait descendre les escaliers, j 'étais admis à sommet, mais

tout de même pris mes repères et gardé mon orientation. Nous allons nous

remettre au travail.

Seulement, même à deux, il nous faudra encore des années.

Quand on a retrouvé l 'espoir, le temps de compléter, et tu verras comme il sera

beau le jour où nous reverrons la mer.

Regardez l 'horizon. Je m 'en fous de l 'horizon. C 'est moi qui commande ici et

personne d 'autre.

Vous les menez dur, hein ? Tu m 'aimes d 'abord.

Après Dieu.

Et encore, si Dieu s 'occupait de nous, je serais pas ici.

Mais vous non plus.

On va voir la termination.

Vous avez eu l 'avancement assez rapide.

Oui, on m 'a détaché à l 'état -major du... Je ne sais plus, je crois bien,

puisque c 'est moi qui vous emmène à Constantinople.

Vous -même, c 'est un poste important.

Comment l 'avez -vous décroché ?

Personne n 'a de reproches à se faire, c 'était écrit.

Et même un peu écrit, de la main gauche.

Vous y êtes mis, vous parlez trop.

Même si notre tape n 'aboutit pas, l 'un de nous deux pourra forcément s 'évader

un jour. Comment ça ? Quand un prisonnier meurt, on glisse son corps

sac. Et on jette le tout à la mer.

Eh bien, ce jour -là...

Il suffit de prendre la place du mort. Mais dans un sac, on ne peut pas bouger.

Une fois dans l 'eau, on coule à pique.

Pas si on ouvre très vite le sac avec un couteau. Je pourrais t 'avoir un

couteau.

J 'ai un couteau.

J 'ai mis longtemps à le fabriquer.

Tu peux vérifier la lame.

Tu vois, le survivant pourra s 'évader.

Et comme c 'est toi le plus jeune, mais est -ce que tu auras la patience d

'attendre ? Vous supposez que je pourrais avoir l 'idée de vous tuer ?

Maintenant, je sais que tu n 'as pas de mauvaise pensée.

Tu n 'as pas détourné la tête.

Entre nous deux, c 'est Dieu qui décidera.

Un dernier coup de fendre, et on remonte.

Mon père, vous êtes blessé ? Répondez -moi, mon père !

J 'ai blessé mon père.

Je ne peux plus bouger.

Je dois avoir quelque chose de cassé. Là, je vais appeler. Non, non, il ne

faut pas.

Ne parlez pas.

Ne parlez pas. Gardez vos forces jusqu 'à ce soir.

Ce soir, je serai mort.

Mais non, mon père, vous n 'allez pas mourir.

Mais je vais mourir sans regret.

Mon expérience, ma pensée, mon œuvre, rien n 'est perdu.

Puisque je t 'ai tout enseigné.

Tu es vivant et tu continues.

Mon père, je vous en supplie.

Il faut...

Que je te révèle mon secret.

Écoute, Dantès.

C 'est toi qui vas devenir l 'homme le plus riche du monde.

J 'ai réussi à retrouver le trésor de César

Spada.

Ce trésor, il est caché depuis deux siècles.

au large d 'Orbetello, dans l 'île de Monte Cristo.

Va voir, là, sur le mur.

Oui, là, le dessin de l 'île.

Le saut d 'Espada dans une grotte. Le présent,

le...

Ne vous agitez pas.

Le trésor.

Mais tu ne me crois pas. Si, mais vous avez la fièvre. Jure -moi.

Jure -moi que tu iras. Je vous le jure.

Tu vois.

Dieu a décidé. Il veut que tu rendes la justice.

Que tu punisses les coupables.

Mais n 'oublie pas.

N 'oublie pas. Quoi ?

Le couteau.

Je prendrai votre place si vous m 'aurez.

Vous faites encore la grâce à Thierry ? J 'en ai eu de la veine.

Je changerai bien ma place contre la hausse.

Ça va pas ?

Il va avoir frisqué. Bon, vous pourriez en être.

Oh là là, toujours à remplir.

On devrait vous nommer gardien, si vous avez les pieds.

Ça va pas ?

des douaniers que ça ne m 'étonnerait pas. On va pas s 'arrêter, pour vrai. La

barre à bas bord.

T 'as pas un peu d 'âme, Jean Copot ? Jean Copot n 'a jamais laissé crever un

homme. Et puis, les douaniers, ça n 'aime jamais beaucoup se mouiller.

Enfin, pas pour de vrai.

Et quoi ? J 'ai dit la barre à bas bord.

T 'as pris un bon bain ? D 'où viens -tu ? Allez, réponds. Nous, on reçoit pas

tout le monde.

Notre bateau a cogné contre les rochers cette nuit.

Les rochers ? Où ça ? Là -bas.

On a passé devant tout à l 'heure.

Et alors, ni vu ni connu. Plus de bateau, plus de mâclot, plus rien.

Mais dis -donc, tu te fous de nous ? T 'as pas de meilleure explication à nous

donner ? Non.

C 'est le canon du château d 'If.

C 'est peut -être un prisonnier qui vient de s 'évader.

Viens, ça lui rôde.

Ça fait sûrement une paie que tu n 'y as pas goûté.

Quel jour on est ? 28 février.

De quelle année ? 1833.

Oh, non.

Vous me dites ça pour me faire une blague.

1833.

C 'est pas possible.

18 ans.

Allez, bois un coup.

Et ne te presse pas. Ici, t 'es chez toi.

Nous, on aime mieux les évadés que les douaniers.

Alors, vous avez compris.

Bien sûr.

Les évadés ont droit à la grande salve.

Sous -titrage Société Radio -Canada

C 'est sur Tarot.

D 'accord.

On y sera demain matin. Hein ?

Au revoir.

Vous désirez ? Je crois que c 'est normal.

C 'est -à -dire qu 'aujourd 'hui, n 'est -ce pas ? Je ne vais déranger personne.

Pour une question.

Est devenu M.

Dantès le retraité qui l 'a jeté ici ? Attendez. M. Dantès, vous dites ? J 'ai

entendu ce nom -là.

Je crois qu 'il est mort.

Oh, il y a longtemps.

Et... Mademoiselle Herrera.

Mercedes Herrera.

Ne me tenez pas.

Tout ça doit remonter à très loin.

Oui, après le matin.

Ou alors, nous n 'étions pas à Marseille.

Excusez -moi, vous les entendez ? Ils sont un peu fous.

Qu 'est -ce que vous voulez ? On n 'est pas heureux tous les jours.

Qu 'est -ce qui se passe chez M. Morel, l 'armateur ? Pourquoi demandez -vous ça

? Vous avez vu l 'affiche ? Oui, à l 'instant.

Ah,

s 'il n 'était pas aussi bravo, non.

Il y a déjà longtemps qu 'elle y saurait l 'affiche.

Ses créanciers ont tout fait pour le sauver, alors.

Mais qu 'est -ce que vous voulez de tout ce qui s 'est mis contre lui ? Les

concurrents, la préfecture... Pourquoi la préfecture ? Ben, à cause de ses

opinions, et surtout, la malchance.

Vous pariez bien avéré avec moi.

C 'est pas le refus.

Tous ces malheurs ont commencé avec le naufrage du pharaon. Le pharaon a coulé

Et par beau temps encore.

Il faut vous dire qu 'il était commandé par un drôle de capitaine.

Un ivrogne que vous n 'avez sûrement pas connu, Cadrous.

Cadrous ? Oui, et il a pris la place de nôtre comme on est d 'arrêté pour l

'histoire de politique.

Un qui s 'appelait... Attendez.

Et il navigue toujours ? Oh non, après cette histoire de naufrage, il a tout de

même durant ses galons.

Il s 'est marié.

Il fait le cabaretier, maintenant.

Où ça ? Au pont du Gard.

Regarde -moi cette foule, un samedi soir.

Je me demande ce qui m 'a pris de t 'épouser. Si jamais je me remarie, ce ne

sera sûrement pas dans la limonade. S 'il n 'y a plus personne ici, c 'est de

faute. Chaque fois que tu fais payer, tu voles le client. Moi aussi. Pas

toujours. Puis moi, au moins, je fais ça avec le sourire. Le sourire, justement.

Tu ne vas jamais traiter le fadrel, le sourire.

Tiens, le premier adjoint à qui je veux emprunter.

Eh bien, hier encore, tu t 'es arrangé pour le vexer.

Figure -toi que je n 'avais pas envie de te faire cocu. Enfin, pas avec lui. Et

surtout pas pour te faire plaisir. Eh, tout de suite, les grands mots. Oui, d

'ailleurs, avec toi, c 'est toujours la même chose. Quand c 'est un pauvre

roulier qui vient me taquiner au comptoir, tu te fâches tout rouge. Mais

'est un riche, tu regardes par la fenêtre. Mais n 'empêche que si on ne

pas vingt mille francs, on est mis en faillite.

On vante un barraque, ma fille.

Si tu n 'étais pas un lâche, il y a longtemps que tu les aurais trouvés, tes

vingt mille francs.

Et comment ? Le mois dernier, ces passeurs de tabac qui voulaient planquer

marchandises dans la cave, ils n 'avaient pas accepté

Eh bien, essaye donc ! Espèce de lâche ! Tu vois, t 'es pas un homme.

Excusez -moi, je suis le père Busoni.

Je voudrais parler à M.

Gaspard Cados. J 'ai pas d 'argent pour les beaux. Aujourd 'hui, je ne tiens

pas.

Asseyez -vous, mon père.

Je vous dérange pas, non ?

Ma femme,

voyons, avez -vous connu en 1815 un officier au long cours qui s 'appelait

Dantès ? Si je l 'ai connu, je pense bien que c 'était son second.

Et même un de ses meilleurs amis.

Son emprisonnement m 'a rendu malade.

Ce pauvre Dantès, tout de même.

Dire qu 'on l 'a fusillé.

Fusillé ? Qui vous a dit ça ? Fernand.

Fernand Mondego. Vous ne connaissez pas ? Si, Dantes m 'en a parlé. C 'était le

cousin de sa fiancée, Mercedes.

Oui, et bien, Fernand nous a annoncé à tous en 1816 l 'exécution d 'Edmond

Dantes. Et Mercedes l 'a cru ? Ben, la preuve, c 'est qu 'elle l 'a épousé.

ça, vous pensez bien que... Ah, sacré Fernand ! C 'était un malin, tout de

Alors, comme ça, Dantes, il n 'a pas été fusillé ? Non, il est mort il n 'y a

pas longtemps. Et c 'est moi qui suis venu lui offrir les derniers secours de

religion. Et il savait pourquoi on l 'a emprisonné ? Non.

Bon, on vous emprisonne et on ne vous dit même pas pourquoi. C 'est l 'époque.

Le pauvre, il est mort dans la misère. Pas tout à fait. Il avait un compagnon

prison, très riche, qui a été libéré l 'année dernière et qui lui a fait don d

'un diamant.

Un diamant ? Oui.

C 'est vrai ? Le voilà.

Il t 'a vaut ? 50 000 francs, même un peu plus avec la monture.

Il vous a fait son héritier ? Non, son exécuteur testamentaire.

Il m 'a chargé de partager le prix de cette pierre entre sa fiancée, son père

son ami Cadros.

Pour ce qui est de son père, il n 'y a déjà plus que deux héritiers. Je sais,

vous aurez donc la moitié chacun.

Je peux le regarder ? Oui, oui.

Oh,

j 'en ai jamais vu un aussi gros.

Et pourquoi seulement la moitié ? On t 'a dit qu 'on partage avec Mercedes.

Avec Mercedes, alors ça c 'est un peu fort.

Pourquoi ? Pardon ? Oui, je sais, elle s 'est mariée. Mais à part ce mariage,

son ancien fiancé aurait -il quelques reproches à lui faire ?

C 'est bien, oui.

Lesquels ? Non, mais d 'ailleurs, elle n 'a pas besoin de ça.

Montego a fait une carrière en Orient et a ramené une fortune.

Il s 'appelle à présent, tenez -vous bien, le comte de Morcerf.

Ce n 'est pas une raison pour l 'écarter de l 'héritage. Oh, et puis tant pis,

je vais tout vous dire. Si Dantès a été emprisonné, c 'est à cause d 'une

dénonciation. Impossible.

Et cette dénonciation, Fernand n 'y est pas étranger. Tu parles trop, c 'est une

supposition, pas plus.

Si c 'est une supposition.

Mais non, c 'est la vérité, voyons, mon mari était là. Je sais que tu parles

trop. Et il a très bien vu Fernand prenant la plume et achetant la lettre.

Quelqu 'un avait long commencé.

Oui, peut -être, par plaisanterie. Moi, j 'ai pu. Moi, j 'étais ivre. En tout

cas, c 'est Fernand qui a porté la lettre au palais de justice.

Dans ce cas, évidemment.

Vous pouvez nous le laisser aller.

Ce pauvre Dantès n 'a jamais eu de meilleur ami que Tadros. La preuve, c

que je me suis occupé de l 'enterrement de son père.

Oui, j 'ai même vendu tous ses meubles.

Et le mal qu 'on a eu à les transporter.

Tenez cette table.

Ça vient de chez lui.

Elle fait deux chaises aussi. Cette suspension, ce habitable est donné.

Même cette vieille bourse que voici.

Vous voyez qu 'on ne l 'avait pas oubliée.

Mais il y a un J et un M. Ce ne sont pas les initiales de M.

Dantès. Ah non, ce sont les initiales de M.

Morel. Il avait laissé chez M. Dantès un jour avec un peu d 'argent dedans.

Eh bien, tout cela me paraît clair.

Et ce diamant vous revient de droit.

Il est tard et je dois regagner mon cou.

Laissez -moi vous offrir quelque chose. Un petit souvenir de notre amie Dantès.

Alors, oui, cette bourse.

Si elle est vide, bien entendu.

S 'il n 'y a que ça pour vous faire plaisir.

Pour vos pauvres.

Vous ne me croyez pas si bien dire.

Adieu.

que ce diamant vous profite, puisque vous l 'avez si bien mérité.

Qu

'il

soit vrai, au moins.

Il est forcément vrai, voyons. Un curé.

Ou alors, je n 'irai plus à la messe.

Mais le meilleur moyen de le savoir, c 'est de demander à M.

Joannès, le bijoutier de Paris.

Il est justement à Beaucaire, pour la foire. Et puis, il vaut mieux s

à un Parisien. Les gens du pays sont tellement bavards.

Le temps, c 'est là. Un cheval, puis j 'y vais.

Il voulait vous demander votre avis.

Jean Drette, mais nous ne sommes pas assez riches pour perdre 5000 francs.

alors tant pis.

Vous avez pourtant apporté l 'argent.

Non, nous trouvons un autre acheteur.

Qui pourra peut -être trouver bizarre qu 'un diamant vous soit tombé du ciel

comme ça, brusquement.

Et qui pourra même peut -être appeler la police.

Enfin comme vous voudrez, n 'est -ce pas?

Ben, donne le diamant.

Comme ça, on n 'aura pas dérangé M. Joannès pour rien.

Et quarante -cinq.

Et maintenant, vous allez bien souper avec nous, n 'est -ce pas ? Ah non, j

'aurais hâte.

Monsieur Joannès, on se voit une fois par an. Vous n 'allez pas refuser,

Allez, bonne franquette, allez. Ça nous ferait tellement plaisir.

Non, il faut que je rentre.

Attendez -moi à la fin de l 'orage.

Oh, mais c 'est qu 'il y en a pour toute la nuit.

Justement, tenez, vous feriez beaucoup mieux de coucher ici.

Non, mais j 'ai encore une affaire à traiter. Oh, bien, il y a une affaire à

traiter. Merci.

Ah, vous ne dérangez pas. Je sais où est l 'écurie.

partir. Tu n 'as donc pas vu tout l 'argent qu 'il avait sur lui ? S 'il est

cédé sur les 5000 francs, c 'est que j 'avais bien l 'intention de les lui

reprendre et le rester avec.

Oh, tais -toi.

Je suis sûre que tu as pensé la même chose que moi.

Seulement, voilà, t 'es pas un homme. Quoi ? Mais si t 'étais un homme, il

serait pas sorti d 'ici.

S 'il te tait, 45 000 francs, c 'est pas de ma journée, non ? Naturellement, t

'es toujours content, quoi.

Mais d 'abord, l 'argent, ici, c 'est moi qui le garde. Hé, donne -moi ça. C

'est là, il est à moi.

Donne -moi au moins la moitié tout de suite, puisque tu me les dois pour les

dettes. Fous -moi la paix.

Sous la pluie. Oh, ma foi.

Je me suis dit que tout de même.

Vous serez plus ici.

Bien au chaud.

Avec nous.

Cadrous, débouche donc une bonne bouteille pour fêter le retour de M.

Joannès. Dis donc.

Quoi ? Je crois que l 'orage, ça s 'arrête.

Pas du tout. Au contraire, ça reprend.

Oh, c 'est pas que j 'ai peur des voleurs, mais tout de même, à part une

aussi noire.

Oh, écoutez, dire qu 'il y a des gens qui sont...

Sous -titrage Société Radio -Canada

Vous êtes bien mademoiselle Julie Morel, la fille de l 'armateur ? Oui.

Voulez -vous remettre ceci à votre père ? De la part de qui ? Mon nom ne lui

apprendrait rien. Mais monsieur... Et ne m 'interrogez pas.

Vous comprendrez plus tard.

Nous disons demain à 10h précise.

Je sais combien il est pénible d 'assister à la vente aux enchères de ses

propres biens.

Aussi, je vous conseille de ne pas venir.

Sauf, bien entendu, si vous voulez enchérir vous -même.

Si je pouvais enchérir, je n 'en serais pas là.

Évidemment.

Père ! Quoi ? Vous êtes sauvé ! Sauvé ?

Ouvrez donc.

Regardez ce qu 'il y a dedans.

Toutes vos traites sont là.

Écoutez.

Écoutez. Qu 'est -ce que ça veut dire ? Monsieur Morel.

Monsieur Morel.

Qu 'est -ce qu 'il y a encore ? C 'est le commandant Maritim. Il m 'envoie vous

prévenir qu 'un bateau battant votre pavillon et portant le nom du pharaon

d 'entrer dans le port.

En quoi mon pavillon ? Ce navire vous appartient. Les titres de propriété sont

dans ma cabine. Mais je ne comprends pas.

Et d 'abord, d 'où venez -vous ? De Gênes, où le bateau a été armé. Armé ?

par qui ? C 'est une banque qui a versé l 'argent.

Mais ni les constructeurs, ni moi ne connaissons la personne qui en a donné l

'ordre. C 'est un inconnu.

Bonjour, mon brave Jacopo. Eh bien, tu ne vas pas regretter ton précédent

? Ah, la langue, c 'est devenu monotone.

Tabac, bon tabac.

J 'avais envie de changer.

Tu voilà devenu l 'intendant du comte de Montecristo. Oui, c 'est le titre que

tu m 'apportes de la part de son altesse, le duc de Toscane.

Quelqu 'un avait grand besoin d 'argent.

Monsieur le comte ? Ah non, pas toi.

Non, ne m 'appelle jamais monsieur le comte.

Monte, je t 'expliquerai.

200 louis pour vous si vous êtes devant la porte de Luxembourg mardi avant midi.

Et maintenant tu vas savoir pourquoi le comte de Montecristo est si pressé de

rentrer à Paris.

Jacopo, il faut tout de même que tu apprennes qu 'il est inconnu que tu as

de l 'eau il y a un an.

Écoute, à 20 ans, je me croyais le plus heureux des hommes.

J 'étais premier officier à bord du pharaon.

Nous faisions voile vers Marseille où m 'attendait ma fiancée Mercedes.

Cadrous, le second officier, voulait se débarrasser de moi pour devenir

capitaine.

Il a eu l 'idée d 'écrire une lettre anonyme pour me dénoncer comme agent

bonapartiste. Le cousin de ma fiancée, Fernand, était amoureux d 'elle.

A aidé Cadrous à rédiger la lettre, puis il a été l 'apporter lui -même au

palais de justice.

Le soir même de mes fiançailles, j 'étais arrêté et interrogé par le

du procureur, M. de Villefort.

Villefort m 'a promis la liberté, mais en réalité, par crainte d 'être lui

compromis, il donnait l 'ordre contraire.

Et ce soir -là, au lieu de me ramener chez moi,

les soldats m 'ont conduit au château d 'If.

J 'ai demandé à être jugé, rien à faire.

J 'étais au secret et pour la vie.

Je serais devenu fou si je n 'avais réussi à communiquer avec un autre

prisonnier, l 'abbé Faria.

Un jour, celui -ci se sentit mourir.

Il m 'a fait une grande révélation. Il avait retrouvé dans l 'île de Monte

Cristo un trésor qui était enfui depuis trois siècles.

Le jour suivant, j 'ai réussi à m 'évader.

Je me suis glissé dans le sac des morts pour être jeté à la mer, à la place de

son cadavre.

Et c 'est ainsi que tu m 'as repêché, Jacopo.

À ma demande, tu m 'as déposé dans l 'île de Monte Cristo.

Et toute cette fortune, je la consacrerai à punir ces trois hommes qui

pris l 'un ma fiancée, l 'autre mon navire et le troisième ma liberté.

J 'ai commencé par Cadros.

Déguisé en moine, je lui ai rendu visite.

Je lui ai remis un diamant.

Le soir même, affolé par l 'argent, il a tenté d 'assassiner le bijoutier auquel

il voulait le vendre.

Je voulais qu 'il choisisse lui -même son destin.

Il l 'a choisi.

Mais il reste encore deux comptes à régler.

Celui de Villefort et celui de Fernand.

Villefort est devenu procureur du roi à Paris. Quant à Fernand, Il s 'appelle

maintenant le général de Morserf.

Il doit être reçu mardi solennellement à la chambre des pères.

Avez -vous le droit de vous venger après si longtemps ? Ça, c 'est une affaire

entre Dieu et moi.

Messieurs,

nous allons recevoir aujourd 'hui solennellement M. le Général Comte de

qui vient d 'être élevé à la dignité de Père de France.

Je ne vous rappellerai pas les étapes d 'une carrière entièrement consacrée au

bien public.

Je donne la parole à M. de Morcerf en le priant de monter à la tribune.

Messieurs, avant de vous remercier, permettez -moi d 'offrir l 'hommage de

reconnaissance et de ma fidélité.

A sa majesté le roi Louis -Philippe.

Debré, c 'est vous qui faites le compte -rendu pour le national ? Oui, 50

lignes. Qu 'est -ce que vous crayonnez là ? Madame de Mortier, je suis écoutant

le discours de son mari.

Elle sourit trop.

Elle se force.

Elle doit s 'ennuyer. En France comme en Orient, je n 'ai fait que suivre la

ligne droite, qui est toujours la plus simple et la plus claire.

Soldat obscur, je n 'ai jamais songé à moi -même.

Tu m 'embrasses tout le temps, comment veux -tu que je lise la...

Maintenant, je me tombe.

Vous allez se faire au bal de l 'Opéra ? Oui, et vous -même vous direz en quoi

sera déguisée la belle Madame de Morcerc.

Nous avons la même culture.

Dites -le -moi. C 'est moi qui fais le confondu du bal pour le National.

On se sale.

C 'est le bourreau des queues.

La Belgique n 'acceptera -t -elle de dire l 'avenir au bourreau de Venise ? L

'avenir d 'un bourreau, ça doit être passionnant à connaître.

Voilà une main bien curieuse.

Cette ligne toute droite, vous devez avoir de la suite dans les idées. Je

oui.

Tiens, cette ligne transversale, vous devez avoir quitté une femme qui vous

aimait. Oui, peut -être.

Vous la retrouverez ? Oui, pourtant vous n 'arriverez pas à la rejoindre

complètement.

J 'ai l 'impression d 'avoir déjà vu cette main -là. Je ne vous ai jamais lu

'avenir. Si, peut -être.

Quand ? À vous de deviner, puisque vous savez lire l 'avenir. Vous devez aussi

savoir lire le passé.

Vous êtes un homme redoutable.

Vous avez bien choisi votre déguisement, monsieur le bourreau. Qui vous dit que

c 'est un déguisement ? Je suis peut -être un vrai bourreau qui surveille ses

futures victimes. Qui sont au bal ? Peut -être.

Je serais curieuse de les connaître.

Rassurez -vous, belle gitane, vous les connaîtrez un jour.

Qui êtes -vous ? À quoi bon vous le dire ?

J 'ai l 'impression d 'avoir déjà entendu votre voix. Où et quand ? C 'est

que je cherche.

Si je croyais au fantôme, je dirais que vous êtes un fantôme.

Un fantôme qui vous rappelle de bons ou de mauvais souvenirs ? Répondez.

Moi aussi j 'ai peut -être des souvenirs ce soir.

Tenez cette musique.

Quand je l 'entends, j 'ai 20 ans.

Vous aussi ? Oui.

Amusons -nous à comparer nos sujets.

Dites -moi d 'abord les mots.

Ils ne peuvent pas vous intéresser. Croyez -vous.

Et puis vous profitez du bal masqué pour nous faire parler. Je ne sais même pas

qui vous êtes.

Arrêtons -nous.

Sous votre masque, je vois vos yeux.

Ils sont pleins de larmes.

Ce n 'est rien.

Il fait si chaud ici.

Qu 'est -ce que vous regardez ? Cette cicatrice là, au bras gauche.

Elle est ancienne, presque effacée. D 'habitude, on ne la voit presque pas.

bourreaux de Venise ont de bons yeux.

En Espagne, on se blesse parfois au bras gauche. Oui, juste là.

Pour conjurer le sort.

Qui vous a dit ça ? Seulement, je ne le conjure pas toujours.

Accompagne -moi jusqu 'à ma loge. Pourquoi ? Vous n 'aimez pas danser avec

Si. Mais pour la première fois de ma vie, j 'ai l 'impression d 'être

un souvenir.

Je vois votre succès d 'aujourd 'hui.

J 'espère que ce sera bientôt à votre tour d 'être nommé à la Chambre des

Pourquoi souriez -vous ? Je remonte à vingt ans en arrière. Oui, que de chemin

parcouru depuis Marseille.

Et je vous vois beaucoup.

Si, si.

C 'est grâce à vous que j 'ai été nommé en Orient.

Mais à votre tour d 'Orient, vous m 'avez donné un sérieux coup de main.

Vous voyez, nous sommes à la gaieté.

Au fond, un petit groupe d 'hommes qui concluraient un pacte d 'alliance.

pourrait finir par conquérir le monde, à condition qu 'ils soient unis les uns

aux autres par... enfin, je veux dire par... par un cadavre.

Mais maintenant, madame, il ne me reste plus qu 'à prendre congé levé.

Le général de Morserf et le procureur de Villefort ne m 'en voudront pas, j

'espère de vous avoir gardé si longtemps.

Comment avez -vous pu nous reconnaître ? Le bourreau reconnaît tout le monde,

puisque tout le monde, un jour ou l 'autre, peut avoir affaire au bourreau.

Eh bien, puisque vous connaissez nos noms, monsieur, dites -nous le vôtre.

Impossible, un bourreau n 'a pas de nom.

Il n 'est que la main droite du destin.

Un bourreau est avant tout aux ordres de la justice, cher monsieur.

Et je suis procureur du roi.

Au -dessus de la justice du roi, il y a la justice de Dieu.

Et je suis peut -être aux ordres de celle -là seulement.

Vous êtes bien romantique, monsieur.

Je parie que vous applaudissez au drame de monsieur Hugo.

Je ne les déteste pas.

Eh bien, nous ne nous rencontrerons certainement pas dans les mêmes

monde entier est un théâtre, monsieur.

Et on ne choisit pas toujours la pièce dans laquelle on a son rôle à jouer.

Nous nous rencontrerons d 'autres si l 'auteur le veut.

Mes hommages, madame.

Eh bien, ne vous inquiétez pas, nous partons. Mais je sais rentrer avant le

jour. Vous paraissez bien gai, mon garçon.

Où allez -vous ? Nous allons à l 'âle, dans un bouche, au cabaret de la cloche.

Vous verrez.

La réputation des bouches est très surfaite. On n 'y court plus aucun

Bientôt, on y promènera des étrangers qui paieront à l 'entrée, comme dans les

musées. Tiens, il y a encore des gars de la haute qui viennent ici pour se

foutre de nous.

Oui, c 'est très pittoresque. On est de nous -mêmes mieux ici qu 'à l 'apéra,

mon cher.

Moi, les ducs et les marquis, j 'en ai zoupé.

J 'aime les gens simples.

Alors, les enfants, vous buvez un coup de rouge avec nous ? Non.

Il est 5 heures du matin, la frime pour les caves, elle est partie.

Maintenant, c 'est des vrais. Des vrais quoi ? On te dit que c 'est des vrais.

Et puis on vous conseille de gueuler un peu moins fort. Oh non, on n 'est pas

venu ici pour vous vexer.

Patron, du champagne pour tout le monde. T 'as des sous au moins ?

À cette heure -ci, on payera.

Bien sûr, j 'ai pris mes précautions.

Il a pris ses précautions.

Allez, monte les sous.

Albert, on finit de s 'en aller.

Ici, on rentre quand on veut. Mais pour sortir, c 'est plus difficile. Nous ne

faisons que passer. Nous cherchons quelqu 'un. Eh bien, moi, quand on me

cherche, on me trouve. Ce n 'est pas vous qu 'on cherchait. Laissez -moi avec

vos trouvées. Servions -mêmes.

Alors, on veut visiter les bas -fonds, hein ? Et puis, au petit jour, on

retourne se plimer chez soi. Et l 'arbat vous apporte le chocolat à midi.

Laissez -nous passer.

Essayons un peu.

Je vous dois beaucoup, monsieur.

Puis -je vous demander votre nom ? Je suis le comte de Montecristo. Moi, je m

'appelle Albert de Morcerf.

Ma mère sera sûrement très heureuse de vous remercier. Elle reçoit le premier

mardi de chaque mois.

Montecristo, mais c 'est un nom italien, voyons. Oui, mais en réalité, c 'est un

Américain. Il a des mines d 'or dans le Colorado.

Est -ce possible ? Si, si, c 'est le croquet d 'un cercle qui me l 'a dit. Un

cercle où il a encore perdu hier soir près d 'un million.

Mais non, c 'est le dernier descendant direct des Rallies de Bagdad. De Bagdad

Nous sommes en pleine ville et une nuit.

Ma mère, voici le comte de Montecristo.

Je vous remercie, monsieur.

Sans vous, je ne sais pas si j 'aurais vu mon fils.

Et moi, je remercie votre fils.

Sans lui, je ne sais pas si j 'aurais eu le grand plaisir de me trouver devant

vous aujourd 'hui.

C 'est un grand plaisir pour moi aussi.

C 'est une surprise.

Tout Paris ne parle que du comte de Montecristo.

Oui, on s 'interroge sur ce personnage bizarre.

On voudrait savoir d 'où il vient, s 'il a été marié ou fiancé.

Bien sûr.

Mais que vous importe à vous.

Quand on est heureux et riche, on oublie facilement le passé.

On le voudrait, mais on ne peut pas toujours.

Albert, vous devriez vous occuper de nos invités.

Moi, je vais faire visiter la serre à M. de Montecristo.

Vivant. Vous êtes vivant.

L 'autre soir en bas, j 'ai presque deviné que c 'était vous.

Alors, pourquoi m 'avez -vous quitté si brusquement ?

Si j 'étais restée quelques minutes de plus, je n 'aurais plus jamais rejoint

mon mari.

Heureusement que je me suis reprise à temps.

Mon ami, mon pauvre ami, il est trop tard.

Non.

Si, nous avons vingt ans de plus. Écoute, Mercedes, c 'est vingt années de

séparation. Nous allons les effacer.

Nous partons ce soir.

Et personne ne pourra jamais retrouver nos traces.

Je te dis qu 'il est trop tard.

Non, pas pour nous.

En prison, jour après jour, j 'ai durci ma volonté.

Et maintenant que je suis libre et que j 'ai une fortune immense, je t

'expliquerai de mieux.

Je crois que rien ne pourra plus me résister.

Mercedes, nous partons cette nuit.

Tu crois qu 'il suffit de partir pour tout effacer ? C 'est ça trop beau.

Mais qu 'est -ce qui te retient ? J 'ai un fils.

Oui, vous avez oublié ce détail.

Vous le voyez demain matin, en prenant que sa mère s 'est enfuie avec un amant.

D 'ailleurs, il doit s 'étonner de ne pas nous voir revenir au salon.

J 'entends déjà les réflexions de nos invités. Tes invités, ton salon, ton

J 'ai l 'impression d 'être un étranger devant toi.

Est -ce ma faute s 'ils t 'ont fait passer pour mort, pour fusiller ? Ce

mensonge, qui avait intérêt à le faire ? Tu as compris maintenant ? Oui.

Mais je ne peux pas quitter mon mari. J 'étais pourtant décidé à oublier nos

malheurs. Vous ne l 'avez pas permis, tant pis pour ceux qui les ont causés.

Non, je ne veux plus écouter ce que vous dites.

C 'est vous qui l 'aurez voulu.

Ma chère amie, je suis en retard, comme toujours.

Pardonnez -moi.

Albert m 'a dit que le comte de Montecristo était venu.

Oui, je viens de le reconduire. Il était pressé.

Tant mieux.

Cette visite ne me plaît qu 'à moitié.

Albert lui doit beaucoup.

Peut -être.

Mais un père de France se doit de choisir ses relations.

Et ce Montecristo doit être d 'une noblesse très récente.

Nous aussi.

Raisonne plus pour être difficile.

Et puis il dépense trop.

Les vieilles maisons font moins de tapage.

Tiens, à propos de maison, il en a encore acheté une. Un hôtel particulier

les Champs -Élysées.

Monsieur de Morserf est mort.

Non, nous garderons Monsieur de Morserf pour la fin.

Il y a un proverbe arabe qui dit, le plus coupable doit d 'abord voir mourir

autres. Les autres ? C 'est -à -dire Monsieur de Villefort ?

Vous avez l 'intention de vous battre au pistolet avec M.

de Villefort ? Je ne refuse jamais à duel, mais je ne le cherche jamais non

plus. Comme punition, c 'est trop facile et trop rapide.

Avec un peu d 'imagination, on peut trouver mieux.

M. de Villefort me paraît invulnérable. Vous avez lu le rapport de l 'agence ?

Magistrat intègre, bon père de famille, citoyen respecté.

Rien à signaler du côté de M. de Villefort.

À part cette maison qu 'il a louée il y a 20 ans sous un nom d 'emprunt et où il

n 'a jamais remis les pieds.

Tu te rappelles l 'adresse ? 28 rue La Fontaine, à Hauteuil.

Alors, qu 'est -ce que vous lui voulez à cette maison ? Je vous l 'ai dit, je

suis acheteur.

Acheteur, acheteur.

Mais il y en a des tas dans le quartier qui sont à vendre, et plus belles que

ça. Oui, mais c 'est celle -là que je veux.

Je voyage beaucoup.

Si j 'achetais la maison, j 'aurais besoin d 'une personne de confiance pour

garder. Une personne dans votre genre. J 'ai bien l 'adresse du notaire.

Oh, mais c 'est Mlle Picard des nouveautés grammatiques.

Vous l 'avez vu jouer, Mlle Picard ? Non, mais j 'en ai beaucoup entendu

Et j 'ai vu cette gravure dans des albums.

C 'était moi.

Non. Si.

J 'ai eu ma carrière brisée.

Un accident ? Non.

Un hussard de la garde, que voulez -vous.

On n 'est pas de voix.

Il m 'a fallu quitter le théâtre.

C 'est dur, tout de même.

Depuis 20 ans, je vivais ici, en rendant des petits services de droite et de

gauche. Au début du temps de mademoiselle, je lui servais de dame de

Elle se cachait de tout le monde.

On vivait dans le mystère. C 'était encore du théâtre.

Elle n 'était certainement pas seule. Nous ! Lui, il se faisait appeler le

d 'Anglard.

Elle, la pauvre petite, elle était un peu nerveuse sur tous les derniers

Forcément, à cause de son état.

Ah oui ? Naturellement. C 'était une jeune fille du très grand monde.

C 'était pour ça qu 'ils s 'étaient cachés ici.

Et à leur départ, ils ne vous ont pas emmené avec eux ? Pensez -vous.

Ils se sont enfuis une nuit, comme ça, à la sauvette, comme des romanicelles.

Je dormais, j 'ai entendu tout un rumenage dans le jardin, et puis plus

La cage était vide.

Ils nous ont écrit.

Pas mal.

Le lendemain matin, ce monsieur me disait de garder la maison.

Ça se passait il y a longtemps ? En 1817.

Dans la nuit du 27 au 28 septembre 1817.

Quelle mémoire.

Que voulez -vous ? C 'est justement cette nuit -là que mon dernier amant m

plaqué. En Corse.

Bertuccio qu 'il s 'appelait. Un bel homme.

Eh bien, cette nuit -là, il n 'est pas venu.

Bien, ils ont remis non plus, d 'ailleurs.

Ce sont des choses qu 'on n 'oublie pas, vous pensez. Quand on a eu tout Paris,

on ne sait plus.

Je n 'ai jamais cherché à le revoir.

Et pourtant, ce serait facile. Je crois qu 'il est toujours maître d 'hôtel au

café anglais.

Merci, monsieur le comte.

Bonsoir, monsieur le comte.

Bonsoir, bienvenue.

Le vestiaire de M. Lecomte.

M.

Lecomte a oublié quelque chose ? Oui, Bertuccio.

Ma montre.

Je n 'ai rien vu.

Monsieur le comte est bien sûr de l 'avoir eue en arrivant ? Tout à fait

Pourtant, elle n 'est ni sur la table ni dessus.

Cherchez donc dans la poche gauche de votre gilet.

Et comment monsieur le comte peut -il savoir qu 'elle se trouve dans cette

-là et pas dans une autre ? Parce que c 'est dans cette poche -là que je vous ai

vu glisser ma bourse en or l 'autre jour.

Voici la montre.

Gardez -la, et la bourse aussi.

Oh, monsieur le comte est trop généreux. Mais non, vous ferez beaucoup plus que

ça chez moi, quand vous serez à mon service.

À votre service ? Oui, à partir d 'aujourd 'hui, vous êtes mon majordome.

Vous aurez un traitement de ministre, et l 'autorisation de doubler ce

traitement par vos propres moyens.

C 'est -à -dire ? En me volant, Bertuccio. Oh, monsieur le comte emploie

mots.

Alors, monsieur Bertuccio, je vous attends.

Mais, il faut que je prévienne la direction.

C 'est fait.

Et où m 'emmèneriez -vous ? Dans une maison que je viens d 'acheter, 28 rue

Fontaine à Hauteuil.

Qu 'est -ce qu 'il y a ? Vous n 'aimez pas ce quartier ? Non, je ne veux pas

aller à Hauteuil.

Vous préférez que j 'appelle la police ?

Pourquoi m 'amenez -vous ici ? Pour que vous me racontiez ce qui s 'est passé

dans la nuit du 27 au 28 septembre 1817.

C 'est la nuit où le couple qui logeait dans cette maison a disparu.

Et c 'est aussi à partir de cette nuit -là que vous avez cessé de voir votre

maîtresse. Alors, vous croyez que je voyais Mlle Picard par intérêt, pour

ses maîtres ? Eh bien, vous vous trompez, monsieur.

Je n 'ai rien volé.

Bien.

Disons alors, essayez.

Essayez, ça je ne dis pas non.

Mais j 'aurais mieux fait de rester tranquille.

C 'était cette nuit -là ? Oui.

J 'avais été me poster au fond du jardin quand j 'ai aperçu un homme qui

finissait d 'enfouir quelque chose.

Tenait là, au poids de cet arbre.

Je n 'osais plus bouger.

Et puis cet homme est retourné à la maison.

Il en est ressorti en soutenant une femme qui avait du mal à avancer.

Un fiacre les a emmenés.

Alors, je me suis glissé jusqu 'à l 'arbre.

Je pensais trouver de l 'or, des bijoux.

C 'était... C 'était... C 'était quoi ? Un

gosse. Et il a poussé un cri.

Un tout petit cri.

Alors, c 'est bête.

J 'ai pas pu faire autrement. J 'ai pris le gosse et je me suis sauvé. C 'était

une fille, un garçon ? Un garçon.

Qu 'est -ce qu 'il est devenu ? J 'avais mon petit projet.

Ça ne m 'aurait pas déplu de faire chanter un peu le papa.

Le baron d 'Anglard ? Oui.

Seulement, il n 'y avait jamais eu de baron d 'Anglard.

Le père, c 'était monsieur de Villefort, procureur du roi.

Alors, il valait mieux ne pas insister.

Et j 'ai porté le loupio chez le professeur.

Qu 'est -ce que c 'est, ce professeur ? C 'est le nom qu 'on lui donne.

Et où est son école, ce professeur ? Dans le quartier de la Goutte d 'Or.

Allez, à toi.

Doucement.

Doucement. Recommence.

Vas -y.

Doucement.

Ne jamais forcer sur les poches.

Attention de ne pas faire sonner la cloche. Attention.

Professeur.

Alors, quoi ?

Tu ne reconnais pas Pertuccio ? Mais excuse -moi, il a si longtemps.

Vingt ans.

Un ami qui s 'intéresse à un de tes anciens élèves.

Tu sais, ce gosse qu 'ont apporté ma soeur et moi.

Vingt ans.

Vingt ans.

Ah, j 'y suis.

On l 'avait baptisé Bruno.

La grande Charlotte.

Tu t 'en rappelles ? Celle qui manquait de bon sens sur le piste.

Elle avait fait fortune avec lui. Ah, c 'était un bon héberge.

Toujours premier en tout.

À dix ans, il aurait barbeté les bretelles d 'un sergent de ville sans qu

en aperçoivent.

Et qu 'est -ce qu 'il est devenu ? Il est tombé amoureux fou.

Quand la tête n 'y est plus, les malheurs commencent, surtout dans les

de précision comme le nôtre.

Il a été pitié au marché de la Villette, alors il a buté le gendarme qui l

'arrêtait. Pourtant, je le répète toujours aux gosses, jamais de violence,

jamais de violence.

Résultat, il en a pris pour dix ans.

Il est au bagne. Oui, à Toulon.

Qu 'est -ce que vous faites ici ? Voulez -vous aller au travail ? Et plus vite

que ça ! Mon enfant, je suis sûr que le secret de votre naissance vous a souvent

tourmenté. Je dis pas, non. Être un enfant trouvé, c 'est jouer à Colin

Maillard. On cherche quelqu 'un et on a un bandeau sur les yeux.

Eh bien, aujourd 'hui, je vous apporte des nouvelles.

Mon père, c 'est pas un nocteur, moi.

Rassurez -vous, mon ami.

Vous êtes d 'une grande famille.

Ça vous fait plaisir ? C 'est pas que j 'aime spécialement les grandes familles.

Sauf toujours des avantages.

Il s 'appelle comment, le papa ? Je dois vous laisser encore le bandeau sur les

yeux. Vous serez le nom plus tard.

Je m 'y attendais.

Les riches, c 'est bon pour vous faire la morale, mais pour lâcher les sous,

sont pas là.

Cette fois, c 'est le contraire. On ne vous fera pas de morale et on vous

donnera beaucoup d 'argent.

Assez pour manger à la cantine ? Vous n 'aurez plus besoin de manger à la

cantine, mon enfant.

La nuit prochaine, il y aura une voiture arrêtée au premier croisement de route

à gauche.

Ça se voit que vous savez pas ce que c 'est qu 'une évasion.

Il y a les sentinelles qui tirent à vue. Le poste de garde va recevoir une

bonbonne de vin.

Et la porte de la chambre ? Elle sera ouverte.

On nous attache avec une chaîne la nuit.

Votre chignon sera à moitié limé. Il vous suffira d 'achever le travail.

Tenez, mon enfant, voici un pain que j 'ai eu la permission de vous apporter.

Je vais être obligé de le partager avec mes compagnons de chaîne. C 'est l

'habitude de la maison. Je sais.

Vous vous arrangerez pour garder la moitié que voici.

Vous y trouverez une ligne.

Et maintenant, allez, mon enfant.

Vos gardiens vont s 'impatienter.

Il ne faut pas leur perdre de peine. C 'est votre dernier jour.

Il est un drôle de moine, quand même.

Et tâchez de vous montrer digne à l 'avenir de la chance que vous avez

'hui.

C 'est pas buccanique, c 'est pas buccanique, c 'est pour la paix !

On est deux. Lui, c 'est Calros. J 'ai voulu profiter de la voiture.

Si on me renvoie, je gueule. Si on le renvoie, il gueule. Bien, vous partagez

les vêtements. Venez.

Ils sont deux.

J 'ai vu, j 'ai reconnu l 'autre.

Tant pis pour lui.

Je voudrais parler à M.

l 'inspecteur général des prisons, s 'il vous plaît.

Écrivez, on vous répondra.

C 'est vous qui lisez tous ces livres ? Non.

Ah non, c 'est M. l 'inspecteur. Non, c 'est sa femme.

Elle a déjà dévoré trois cabinets de lecture.

Voulez -vous annoncer à M. l 'inspecteur M.

Honoré de Balzac ? M.

Honoré de Balzac ?

Vous êtes bien M.

de Balzac, le romancier ? Oui, mais je vous demanderai de ne parler de ma

à personne. J 'ai quelques amis à Marseille et je crains d 'être accablé d

'invitation. Je vous le promets.

Je suis ravi de vous connaître, monsieur.

Et que puis -je pour votre service ? Voilà, je voudrais écrire un roman.

Dans les premiers chapitres, ce passera dans une grande prison.

Vous allez me parler du château d 'If.

Hélas, monsieur, la règle est formelle. On ne visite pas le château d 'If. Oui,

mais vous pouvez me renseigner.

Les prisonniers y mènent une vie austère, sans doute, mais saine.

Je sais, je sais. D 'ailleurs, je vais les voir souvent.

Et je note soigneusement toutes leurs réclamations.

Oui, on me l 'a dit.

Et ils ne cherchent jamais à s 'évaluer ? Si, quelquefois.

pour maintenir la tradition.

On m 'a parlé d 'un personnage curieux, l 'abbé Faria.

1833. Quelle mémoire vous avez. C 'est que la mort de ce pauvre diable fut

accompagnée d 'une circonstance singulière.

Oui, un de ses voisins de cachot, un nommé... Attendez. Un nommé...

Dantès, oui. Un homme dangereux, d 'ailleurs.

Avait réussi à communiquer avec Faria.

À sa mort, il est parvenu à se substituer à lui dans son sac et à se

à la mer.

Et il a pu s 'évader ? Non, non, il n 'est jamais remonté à la surface.

Il ne se doutait sans doute pas qu 'on lui attacherait au pied un bon petit

boulet de 36.

Merci. J 'aurais voulu voir sa figure à ce moment -là.

Oui, moi aussi. Nous en avons beaucoup ri avec le directeur. Il a eu ce jour

un mot charmant.

Sefaria. Je savais bien qu 'il avait plus d 'un tour dans son sac.

Je vois que vous avez beaucoup d 'esprit dans les prisons.

Je crois même que le mot est de moi.

Vous permettez. Mais bien sûr, monsieur de Balzac. Quand les prisonniers sont

morts, les dossiers n 'ont plus de secret.

J 'ai quelques lettres à signer, vous permettez aussi.

Une lettre anonyme. Oh, ça n 'est pas ce qui marche dans nos archives.

Vous ne cherchez pas à savoir qui les écrit ? Si, quelquefois.

D 'ailleurs, le moyen est bien simple.

Il suffit de savoir à qui la lettre a profité.

Naturellement.

Il y a une autre signée de Villefort et Noirtier.

Et les deux signatures sont de la même écriture.

Monsieur Noirtier de Villefort est maintenant procureur du roi à Paris.

Vous devez sûrement le connaître.

Oui, je l 'ai rencontré une fois, il y a longtemps.

Si je le revois, je lui parlerai de l 'affaire Dantès.

Ils sont là ? Oui, Excellence.

Ils viennent d 'arriver par le bateau. Pardon.

Excellence, voici Aïdé, la jeune esclave dont le seigneur El Khobir vous a parlé

dans ses lettres.

Le seigneur El Khobir ne parle pas français. Vous êtes ? Je m 'appelle

'étais au service du pacha de Janina. Je suis vie à Aïdé dans son esclavage.

Que lui va -t -il ? Qu 'elle vous dise bonjour.

Je suis heureuse que ce soit vous qui achetiez Aïdé.

Il l 'a batté quelques fois.

Vous avez les papiers ? Voici l 'acte de vente précédent.

Il date d 'il y a 13 ans.

En paiement de la petite Aïdé, âgée de 6 ans et fille du seigneur Ali Teblin,

qui fut pacha de Jannina.

Et c 'est signé Fernand Mondego.

Et voici l 'acte de naissance d 'Aïdé, attestant ses origines.

Parfait.

Mon intendant va déverser la sainte pomme.

Tu ne seras jamais obligé de me sourire si tu ne le veux pas.

Ni de me parler.

Tu entends ? Tu crois qu 'on va pouvoir devenir amis, tous les deux ?

Je... crois.

Excellence, votre voiture est avancée.

Bien, merci.

Alors, je t 'emmène.

Je t 'emmène à Paris.

Tu as déjà entendu parler de Paris ? La mer, c 'est pas la peine d 'être à Paris

pour ne voir que ça.

T 'as pourtant assez gueulé pour qu 'on t 'y amène. Peut -être m 'a tout le

monde, non, respiré.

Moi, un ancien marin, je suis pour le gronter.

Il n 'y a pas quinze jours qu 'on s 'est tiré du bagne. Il faut laisser couler

la flotte sous les ponts, non ? La flotte, ici, elle coule de partout. On n

que ça à boire. Et même on la reçoit sur la gueule. Eh bien, mon frère, la porte

est grande ouverte. On ne retient personne.

Non. Si je me fais piquer par la roue, je serais trop content.

Oh, bien sûr, toi, tu t 'en fous. Tu te prépares pour la grande scène de la

reconnaissance. Mon père, j 'attendais ce jour depuis 20 ans.

C 'est le moment -là, ce jour -là, qu 'elle vous sera encore dans le paysage

fera passer la monnaie.

Mais puisqu 'on est d 'accord... Parce que je suis bavard, moi, t 'as compris ?

Oh, oui.

Et puis, je vais à saut.

Alors, ton copain, il s 'amène pas avec la vectance. C 'est pourtant l 'heure,

non ? Justement, voilà que ça vient.

Alors, qu 'est -ce qu 'on va se coller dans le buffet à s 'en faire péter la

sous -ventrière ? Vous direz à votre patron que son petit destin est

Une litienne ? C 'est pour monsieur.

Des croquements ? C 'est pour monsieur.

Un costard ? C 'est pour monsieur.

La cravate aussi, les gants et le chapeau et la cave.

Alors et moi ? Monsieur veut -il que je l 'aide à passer son avis ? Merci mon

ami, merci.

Alors et moi ? Je n 'ai pas reçu d 'ordre en ce qui vous concerne.

Et on ne bouffe même pas ? Si.

Monsieur trouvera son déjeuner dans ce dernier petit paquet.

C 'est tout ? C 'est tout.

J 'aime pas le pain sec.

Monsieur pourra ajouter quelques oignons.

Un pain pour deux, c 'est maigre.

Mais non, ce pain, c 'est pour vous tout seul, ne vous gênez pas.

Ben, et lui ? Monsieur déjeunera en ville.

Non, mais vous foutez de moi. Alors, c 'est quartier libre aujourd 'hui ? Pour

moi aussi.

Je ne m 'occupe qu 'un monsieur.

Monsieur fera comme il veut.

Oh, merde.

Modérez vos expressions, mon cher.

Non, mais dis donc, tu te prends pour le prince de Galles.

Cadros, tâchez donc d 'être un peu intelligent, voyons.

Si ça va pour moi, ça ira pour vous, puisque c 'est convenu. Bien vrai.

Parole d 'honneur. Oui, parole d 'honneur, je suis pas en confiance. Dis

parole d 'homme, tout simplement.

Parole d 'homme.

Décidément, nous ne sommes pas du même monde.

N 'essayez pas de me consoler, c 'est inutile.

Cette fois, mon chagrin est trop grand.

Je sens que je vais me tuer.

Un peu de champagne vous fera du bien.

Je veux bien un peu de champagne.

Je me tuerai quand même.

Emilienne. Oh, rassurez -vous. Je ferai ça sans bruit.

Personne ne le saura.

Je me laisserai mourir de longueur, Anna.

Comme la dernière fois.

Non, la dernière fois, c 'était à Palerme. Et puis c 'était pour un petit

de rien du tout.

Tandis qu 'aujourd 'hui, c 'est le duc de Saxe.

Je ne lui reproche pas de se marier.

Il le faut.

Question dynastie, n 'est -ce pas ? Ça ne fait rien.

Je ne survivrai pas.

Elle m 'a dit qu 'il a très bien fait les choses.

Oh, trois rangs de perles seulement.

Et vous partez aujourd 'hui ? Oh, vous oubliez que je danse ce soir l 'opéra

comique. Ce sera mon chant du cygne.

Emilienne, vous tenez absolument à mourir. Que voulez -vous ? Il le faut.

Vous avez raison, Emilienne. Dans un grand chagrin comme le vôtre, il n 'y a

deux solutions.

Mourir à nappe, ou bien... Ou bien... Prendre un nouvel amant.

Je ne donnerai jamais de successeur au duc de Saxe.

Jamais. Sauf, bien entendu, s 'il s 'agit de vous.

Les souvenirs me reviennent.

Si tu voulais.

Non, aujourd 'hui, il ne s 'agit plus de moi.

Hein ? De qui, alors ? D 'un petit vicomte qui nous arrive tout droit de

Florence. Andrea Cavalcanti.

Cavalcanti ? C 'est un grand nom.

Disons... Un an suffisant.

Et une très grande fortune.

Une très grande fortune ? Tiens, c 'est curieux.

J 'en ai seulement entendu parler.

C 'est qu 'il n 'en dispose que depuis quelques jours seulement.

Ce garçon a été pour ainsi dire abandonné par ses parents.

Et élevé, je sais par qui.

Mais alors, il n 'a aucun usage du monde.

Il s 'agirait justement de lui en donner.

Mon cher, vous me prenez pour une gouvernante.

Tant pis.

Je le présenterai à Armandine.

Vous ne ferez pas ça.

Le vicomte a déjà les plus beaux équipages de Paris.

Le matin, quand Armandine fera son tour au bois, on ne regardera plus qu 'elle.

Vous ne songez qu 'à me tourmenter. Et pendant ce temps -là, vous vous en irez

au bout du monde.

Ma chère amie, ce qui compte pour les Parisiens, c 'est ce qui se passe à

Un bel équipage au bois.

Ce soit beaucoup plus qu 'un suicide à Naples.

C 'est vrai.

Vous vous bercez tous mes projets.

Entrez.

Monsieur le comte peut -il recevoir ? C 'est lui.

Alors, oui ou non ? Oui, bien sûr.

Mais c 'est affreux comme ça, sans préparation.

J 'ai encore tout mon chagrin sur la figure. Il faut que je m 'arrange un

Je passe à côté pour un instant.

Non, non, non. Je connais le chemin.

Et Cadros, furieux. Il ne comprend pas ce qui lui arrive.

Parfait.

Mon père, j 'attends ce jour depuis vingt ans.

Très mauvais.

Vous forcez le ton et vous remuez trop les bras.

Avouez que vous répétez cette phrase depuis quinze jours.

Comment le savez -vous ? Oh, je ne vous reproche rien.

Mais je voudrais vous donner un conseil.

Votre destin vous accorde aujourd 'hui la plus grande chance de votre vie.

Tâchez d 'en être dignes.

Et surtout, ne simulez jamais des sentiments que vous n 'éprouvez pas.

Enfin, pas encore.

C 'est fini la leçon, oui ? Oui.

Maintenant, laissez -moi vous regarder.

Oui, après tout, vous pourrez peut -être faire bonne figure dans le monde.

À condition d 'avoir un nom.

Bien entendu.

Un nom qui est peut -être le vôtre, monsieur de Montecristo. Non, j 'ai le

plaisir de vous annoncer que vous n 'êtes pas mon fils.

Je connais très bien votre père.

J 'ai des sentiments pour lui que je m 'efforcerai de lui prouver bientôt.

Si j 'ai un nom à tiroir, il faut me le dire tout de suite, ça sert toujours.

Je vous le dirai le jour venu.

Pour commencer, vous vous installerez dès ce soir dans votre nouveau domicile,

28 rue La Fontaine à Hauteuil.

Mais sous quel nom alors ?

Vous vous appellerez pour le moment le vicomte Andrea de Cavalcanti.

Comme il importe que vous ne soyez pas ridicule, voici déjà un manuscrit qui

relate les aventures de vos ancêtres.

J 'ai deux pattes dans ma famille.

À la dernière page, vous avez votre arbre généalogique.

Et où suis -je là -dedans ? La troisième branche à gauche, tout en haut.

Ce n 'est pas tout simple.

Un vicomte de Cavalcanti, ça doit pouvoir les lâcher.

Vous les pépètes, moi ? Justement, monsieur.

Chaque mois, je vous remettrai la somme de 15 000 francs.

C 'est vous qui versez le fric ou c 'est papa ? Pour l 'instant, c 'est moi.

Mais n 'ayez aucun scrupule, je dois beaucoup à votre père.

Comment ça ? Oui, j 'ai considérablement augmenté ma fortune au cours d 'un

certain voyage qu 'il m 'a fait faire qui a duré plus de 15 ans.

Plus de 15 ans ? Vous avez dû en voir du pays.

Pas tant que ça.

C 'est mademoiselle Emilienne de Beaujancy. Non, non, non, ne dites pas

n 'êtes pas là.

Je ne fais qu 'entrer et sortir.

Et promettez -moi que je viendrai ce soir à l 'opéra comique.

Hélas, ce soir, ma chère amie, je suis invité.

Et voici le bicon de Cavalcanti qui rêve de vous voir danser.

Oh, mais j 'ai qu 'un tout petit bout de rôle dans le ballet de ce soir. De

faire rien.

Mais tout de même, j 'en suis déjà toute émue.

Je vais faire un tour au bois.

Le vicomte vous y mènera.

Il a justement sa calèche en bas.

Ma calèche, moi ? Bien sûr, voyons.

Ah bon ?

Décidément,

ce garçon est aussi ignoble que son père.

Dans mon cœur, vous êtes vraiment mon seigneur.

Alors permettez -moi de vous appeler ainsi.

C 'est même mon premier plaisir quand vous venez me voir.

Et quel est le second ? Vous préparez votre narguilé et y mettre beaucoup de

tabac. Beaucoup.

Et pourquoi beaucoup ? Tu ne veux pas me le dire ? Parce que s

'il y a beaucoup de tabac dans le narguilé, vous restez plus longtemps.

Allez, tu es heureux.

Oui et non.

Heureuse d 'être avec vous.

Mais peu heureuse d 'être à Paris.

Et pourquoi ? Pourquoi, Fatima ? Parce que le fille de 18 ans, c 'est déjà une

femme en Orient.

Ici, c 'est encore une enfant.

Nous irons en Orient.

Et tu seras bientôt une femme.

Et pour l 'instant, nous devons rester à Paris.

Pourquoi ? Qu 'est -ce qui vous retient à Paris ? Une autre femme.

Vous ne voulez pas me le dire, mais j 'en suis sûre.

Elle sera là, cette grande soirée que vous allez donner.

Répondez.

Elle sera là.

Si nous nous étions mariés il y a vingt ans.

Nous aurions été ainsi sur les marches de l 'église, en nous donnant le bras.

Comme maintenant.

Nous n 'aurions pas fait un trop vilain couple, vous ne trouvez pas ? Enfin,

tâchons d 'oublier ce que nous n 'avons pas su.

Attention à nos observes.

Vous allez rester longtemps à Paris, mon cher comte ? Tout dépendra de mes

projets. Je prépare une grande fête, dont je vais encore garder le secret.

Aussitôt après, je m 'en irai très loin.

C 'est vrai que vous partez ? Tout seul ? Non, avec ma petite protégée. Que vous

ne voulez pas nous faire connaître ? Pas encore.

Que de mystères mes compliments.

J 'ai l 'impression que vous vous êtes consolé assez vite.

Ne plaisantez pas.

C 'est encore une enfant.

Les garçons parfois sont des enfants.

Les filles jamais, c 'est tout de suite des femmes.

Seriez -vous jalouse ? Peut -être un peu.

Vous n 'avez qu 'un mot à dire.

Et demain, je renvoie cette petite dans son pays.

Non, vous savez bien que c 'est impossible.

Pourquoi te couvres -tu le visage quand j 'arrive ? Aïdé est malheureuse. Vous n

'inquiétez pas cette femme.

Je lui ai parlé de toi.

Aïdé n 'est pas seulement malheureuse, elle est offensée.

Pourquoi ? Regardez, cet homme c 'est Fernand Mondego, l 'officier français

a trahi son père il y a douze ans.

Calme -toi Aïdé, cet homme est mon ennemi comme il est le tien.

Et c 'est pour m 'aider à le punir que je t 'ai fait venir en France.

C 'est pour que tu le reconnaisses que je l 'ai invité ce soir.

Quoi ?

Et cette enquête que vous deviez faire, elle est terminée.

La signature du comte de Montecristo est acceptée dans toutes les banques d

'Europe. Vous voyez bien que c 'était pas un escroc. Je le regrette. Moi

Ça ne m 'aurait pas déplu de le faire arrêter.

N 'empêche qu 'on est bien obligé de venir chez lui. On y rencontre le tout

Paris en cette saison.

Monsieur de Montecristo, nous étions en train de dire beaucoup de mal de vous.

On se fait rami pour vous désennuyer, je vais vous présenter à quelqu 'un.

Un procureur. Un procureur, c 'est pas très marrant. Enfin, ça peut toujours

servir.

Monsieur le procureur, laissez -moi vous présenter le vide -compte de

Cabalcanti. Il s 'amuse souvent à parler rargo.

Il pourrait être à la mode.

Vous n 'imaginez pas le plaisir que j 'ai à vous mettre en présence.

A tout à l 'heure.

Je connais votre nom, Cabalcanti.

Noblet de l 'Arnaissant. Nous avons deux papes dans la famille.

Ça fait sérieux.

Mais moi aussi, je connais votre nom.

J 'ai même vécu dans un milieu où l 'on parle de vous tous les jours.

Je sais que j 'ai mon public.

Monsieur le procureur, vous connaissez la loi ? Oh, mon Dieu.

Eh bien, vous allez m 'affranchir. J 'ai un copain qui est enfant naturel et qui

voudrait retrouver son père.

Noble sentiment.

Surtout que le père est bourré de fric, paraît -il.

Et mon copain a des soupçons sur quelqu 'un.

Qu 'est -ce qu 'il peut faire ? Pas un procès me paraît délicat.

Et vous croyez que s 'il essayait un peu de chantage, il aurait des embêtements

? Une drôle de question, monsieur.

Non, pas non plus.

Bon, je suis pressé, j 'ai une voiture en bas et une danseuse qui m 'attend à l

'opéra comique, alors il serait temps que je me tire.

Maintenant, si ça vous amuse de venir faire un tour dans les coulisses, je

emmène, vous gênez pas ? Non, merci, sans façon.

Monsieur le procureur.

Alors, on n 'a plus de petites nouvelles ? On n 'a plus confiance dans les

copains ? Pas ce soir, mon vieux, je suis pressé.

Antoine, va prévenir Mlle Emilienne de Bourgency à l 'opéra comique et dis -lui

que j 'arriverai en retard.

On va récupérer de la cloche, allez.

On sera mieux pour causer, hein ?

Écoute, Cadroux, des picaillons, j 'en ai pas.

Tu te fous de moi ? Tu dois claquer dans les 20 billets par mois.

On paye mes factures directement, je te dis. Ah oui ? Et ta voiture ? Et ta

maison de hauteuil ? Rien n 'est à moi, je te dis que j 'ai rien.

J 'ai l 'air rupin comme ça, mais je suis aussi raide que toi.

Toi, t 'essaies de m 'endormir.

Mais fais gaffe. Si dans une semaine, je suis pas tiré d 'affaires, je gueule.

Écoute, j 'ai une idée.

C 'est un tuyau en or. Seulement après, tu vas me foutre la paix, d 'accord ?

Parle d 'abord.

T 'as vu la maison d 'où je suis sorti, ce soir ? Elle appartient à un des

hommes les plus riches de Paris.

Et tous les vendredis soirs, il s 'en va dans son château avec ses domestiques

et la maison reste vide.

Et dans son bureau, il y a un secrétaire tout plein de fric.

Tu vois, là, c 'est l 'entrée.

Que fais -tu, mon trésor ? Mettre un ami pour lui rendre service.

Dis donc, qui vous veut, ça prend un S ou un T ? Un X, mon trésor.

Il va être 11h30.

Tout est prêt.

Si mes calculs sont justes, le cambriolage sera suivi d 'un individu

'attendra dehors.

Tu vas te poster au premier étage et me prévenir immédiatement.

Sous -titrage Société Radio -Canada

Bonsoir, Cadros.

Je savais bien que je vous reverrais.

Je vous ai rencontré deux fois.

La première fois, je vous ai apporté la fortune.

Elle a fait de vous un assassin.

La seconde fois, j 'ai favorisé votre évasion.

Elle a fait de vous un voleur. Voilà où vous en êtes, Cadros.

Voilà ce que vous avez fait.

de ces deux grandes chances que j 'ai mises entre vos mains. Oui, c 'est vrai,

'ai eu ma chance deux fois grâce à vous.

Eh bien, donnez -la -moi une troisième fois, ma chance.

Je vous en prie, je vous en supplie, je ne recommencerai plus.

Mais n 'appelez pas, ne me livrez pas à la police. Mais toi, Cadrous, n 'as -tu

jamais donné personne à la police ? N 'as -tu jamais fait emprisonner

un homme innocent au château de... Vous savez ça ? C 'est Dantez qui a parlé.

Eh bien oui, c 'est moi.

Je le reconnais.

J 'étais une crapule, une ordure.

Mais cette fois, ça y est, j 'ai compris.

Est -ce bien vrai ? Jurez, jurez, crachette.

Bon, Cadrous, je te donne ta troisième chance.

Qu 'est -ce que vous attendez ? Appelez la police.

C 'est pas l 'habitude d 'appeler la police, moi.

Allez, va -t 'en.

Va -t 'en, mais par où tu es venu ? C 'est vrai, je peux partir ? Oui, mais

attention. Tâche cette nuit de rentrer chez toi, sain et sauf.

Et va -t 'en ! Pourquoi me regardes -tu au lieu de t 'en aller ? Je ne sais pas,

vous me faites peur.

Quand j 'étais gosse, je croyais au revenant. Va -t 'en.

Laisse -le passer.

Adieu, mon père. Adieu, Cadros.

Vous l 'avez laissé s 'échapper ? Vous lui pardonnez ? C 'est Dieu qui

C 'est Bruno.

Bruno, à l 'échappée du bagne.

Je fais appel à Vicombe.

Cavalcord.

Cavalcord.

Cavalcord.

Est -ce que tu as le compte de Montecrisso ? Je m

'excuse de déranger un homme aussi occupé que vous.

Mais le crime a été commis devant votre porte.

Et les traces d 'effraction ont été relevées sur le mur.

Je suis donc obligé de vous entendre comme témoin.

Oh, affaire banale, d 'ailleurs.

Et si j 'étais lié à me l 'occuper moi -même, c 'est parce qu 'il n 'y a pas d

'autres assassinats dans ma session.

Quelque chose a -t -il été dérobé chez vous ?

De l 'argent, une œuvre d 'art ? Non, absolument rien.

L 'assassinat a donc eu lieu avant et non après le cambriolage.

Discussion d 'intérêt, probablement.

Dites -moi, ce Cavalcanti, vous le connaissez depuis longtemps ? Depuis son

arrivée à Paris.

Il est très jeune.

Je demande pour lui votre indulgence.

Oh, n 'y comptez pas.

Vous avez déjà rencontré ? Chez vous, il était mec.

Il m 'a toujours donné l 'impression d 'une parfaite canaille.

Il a tout de même une circonstance atténuante.

Son véritable père l 'a abandonné à sa naissance.

Oh, vous savez, nous connaissons la musique.

C 'est peut -être vrai.

Peu importe.

D 'ailleurs, j 'ai l 'intention de revivre la fin de demain.

Accusez -le de vous.

Dites -nous vos noms, prénoms, âges et lieux de naissance.

Mon nom, M. le Président ? Lequel ? J 'en ai eu tellement.

On m 'a d 'abord appelé Bruno, Bruno tout court.

Et quand on m 'a envoyé au dail, les cantons m 'appelaient Petite Pogne.

Après, on m 'a demandé de m 'appeler Vicomte de Cavalcanti.

Vicomte, hein ? Pourquoi pas ? J 'en ai vu d 'autres. Allez, va pour le Vicomte.

Alors, choisissez vous -même, M. le Président. Moi, je ne suis pas

m 'en fous un peu.

Passons, passons, nous reviendrons là -dessus.

Vous êtes né le... M. le Président ?

L 'accusé est un enfant trouvé.

Ses réponses seront forcément approximatives. Soir.

Accusé, vous nous avez déclaré qu 'on vous avait demandé de vous faire appeler

le vicomte de Cavalcante. On. Qui ? On.

La cour aimerait savoir qui est ce on.

Bruno, répondez.

Le comte de Montecristo.

Une déclaration bien surprenante. Il ne tient qu 'à vous de la vérifier.

Monsieur le comte de Montecristo est parmi les témoins.

Huissier, faites entrer le comte de Montecristo.

Je suis obligé, monsieur, de

vous demander vos noms, prénoms et dates de naissance.

Comte et nom de Montecristo.

Né à Marseille, le 21 septembre 1793.

Vous jurez de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Levez la

droite, dites je le jure.

Je le jure.

L 'accusé prétend que c 'est à votre instigation qu 'il s 'est fait appeler

Vicomte de Cavalcanti.

C 'est l 'exacte vérité, monsieur le président.

Mais alors, monsieur, vous vous reconnaissez pour complice de l 'accusé

qui concerne la dissimulation d 'identité, certainement. Mais ma

comme vous dites, s 'arrête là.

Et avec quelle intention avez -vous agi d 'une façon aussi singulière ? Je

voulais éviter le discrédit et peut -être le déshonneur à une famille

et honorée. Quelle famille ? Ne m 'interrogez pas davantage, Monsieur le

Président. Ma réponse provoquerait un scandale.

Et ce scandale rejaillirait jusqu 'au sommet de la magistrature. Vos

Monsieur, sont encore plus scandaleuses que ne pourrait l 'être la vérité.

Si vous connaissez la véritable identité de l 'accusé, je vous somme de nous la

dire.

Le dénommé Bruno est né dans la nuit du 27 au 28 septembre 1817, à

Auteuil, 28 rue La Fontaine.

Vous paraissez bien renseigné.

Comment pouvez -vous connaître ces détails ? Par trois personnes qui se

dans la salle.

Et qu 'en vertu de vos pouvoirs discrétionnaires, je vous prie, M. le

de bien vouloir interroger. La défense s 'associe à la requête du témoin.

Il s 'agit de M.

Bertuccio, de Mme Picard et de M.

Mireille.

Soit que les personnes désignées viennent à la barre.

Vous vous appelez ? Bertuccio Emile, né le 14 avril 1790 à

Bastia, maître d 'hôtel, actuellement au service de M. Lecomte de Montécristi.

Dites ce que vous savez de la naissance de l 'accusé.

J 'étais dans le parc de la maison d 'Auteuil dans la nuit du 27 au 28

1817. Qui faisiez -vous ? J 'étais venu pour cambrioler la maison. Je cite pour

étayer ces affirmations fantaisistes, la défense n 'a trouvé qu 'un cambrioleur.

S 'il n 'y avait que des cambrioleurs comme moi, vous ne gagneriez pas votre

vie, monsieur le procureur.

Car même cette fois -là, je n 'ai rien cambriolé du tout.

Dans le jardin, j 'ai surpris un homme qui était occupé à enterrer un enfant

nouveau -né.

et vivant que j 'ai emporté une fois cet homme disparu. Monsieur le Président,

je crois qu 'il est inutile de continuer.

Monsieur le Président, j 'étais au service de cet homme dont vient de

Monsieur.

Cet homme -là était en effet le père de l 'enfant.

Il se faisait appeler le Baron d 'Anglard.

Le Baron d 'Anglard maintenant.

Le Baron d 'Anglard n 'a jamais existé.

L 'homme qui se faisait appeler ainsi, c 'est Monsieur de Villefort, procureur

du roi.

C 'est à vous de faire cesser cette abominable accusation.

Monsieur le Président, ce que ces gens viennent de dire est exact.

Je me reconnais coupable et me tiens dès à présent à la disposition du procureur

du roi, mon successeur.

Maintenant, je suis sûr de sauver votre tête.

Vous ne vous souvenez pas d 'un marin à qui vous aviez promis la liberté et que

vous avez envoyé à la prison perpétuelle.

Pourtant, c 'était le soir de vos fiançailles et des siennes.

Venez.

Voici une note signée de votre main.

Et mon ordre.

Adieu, monsieur de Guilfort.

Monsieur le procureur de Villefort est devenu fou.

On vient de l 'emmener.

Je crois que nous ne le reverrons plus.

C 'est le comte de Monte Cristo qui est l 'auteur de tout ce scandale.

Qu 'est -ce que vous avez ? On dirait que ce malheur vous touche

personnellement.

Ce n 'est rien.

Je suis nerveuse, fatiguée.

Oubliez Paris, oubliez tout.

Albert.

Nous devrions passer quelques semaines à la campagne. C 'est impossible, père a

une session à la chambre. Et puis nous n 'allons tout de même pas quitter Paris

parce qu 'un maltais, il fait scandale. Nous n 'avons rien à craindre de lui,

nous.

Rien. Tu as raison.

Moi, je veux assister à cette séance -là. Moi aussi, je veux le voir

dans la fosse au lion. Qui ? Monsieur de Villefort ? Mais non ! Monsieur de

Villefort, c 'était hier. C 'est de l 'histoire ancienne. Aujourd 'hui, il s

'agit de Monsieur de Morserf. Bertrand, passe -moi la partiale.

Monsieur de Morserf n 'osera certainement pas pire. Ce serait moquer

Ce serait que je vous avoue coupable.

Mon cher, laissez -moi vous dire au nom de nos amis que toutes nos sympathies

vous sont acquises. Cette campagne de presse est absolument scandaleuse. Ma

parole, on se paraît en République.

au sujet d 'une campagne de presse qui met en cause l 'honneur de cette

assemblée.

Je voudrais savoir quelle réponse M.

de Morserf entend donner aux accusations portées contre lui par l 'impartial.

Mais peut -être M.

de Morserf n 'est -il pas encore prêt à répondre.

Si, monsieur ! Ce n 'est pas en demandant des délais qu 'on repousse une

comme celle que dirigent en ce moment contre moi des ennemis qui ne sont pas

tous des inconnus.

C 'est pourquoi je demande la discussion immédiate.

La Chambre est à l 'accord.

Monsieur le Marseille, vous avez la parole.

Messieurs, général à 36 ans, blessé deux fois, j 'ai

consacré ma vie entière à la grandeur de notre pays.

qu 'un journal ose attaquer mon honneur.

Mais nous savons tous que derrière ce journal, il y a un homme, un étranger,

dont la fortune immense reste un mystère.

Messieurs, entre cet homme et moi, vous n 'hésiterez pas.

On m 'accuse de trahison. On prétend que j 'ai livré à ses ennemis le pacha de

Janina auprès de qui j 'avais été détaché.

Mais pour vous prouver combien la confiance du Pacha était grande, il me

de vous dire qu 'en mourant, il m 'avait confié son épouse et sa fille Aïdé. Ils

sont intervenus.

Hélas, elles sont mortes au cours des derniers combats.

Et leur mort est restée pour moi un des plus grands chagrins de ma vie.

Ces événements sont loin et les témoins ont disparu.

Pas tous, monsieur de Morcef.

Il en reste un qui demande à être entendu.

Ce témoin, nous n 'en doutons pas, est appelé à prouver la parfaite innocence

notre collègue.

Je propose donc de l 'entendre.

Messieurs, êtes -vous d 'accord ? Oui ! Monsieur de Morcef, veuillez regagner

votre place.

Messieurs, faites entrer le témoin.

Veuillez nous dire votre nom.

Haïdé.

Fidélité Bélin Pacha de Jadina.

Pouvez -vous nous prouver votre identité ? Oui.

Voici mon acte de naissance, ainsi que l 'acte de vente qui fut fait de la

princesse Haïdé au marchand d 'esclaves El Khobir par l 'officier Fernand

Mondego.

Monsieur le Marseille.

Reconnaissez -vous, madame, pour la fille du pacha de Janina ? Non ! Eh bien

Moi, heureusement, je le reconnais. C 'est toi qui as trahi mon...

Vous pouvez vous retirer.

La commission d 'enquête vous entendra demain.

Je vous demande une explication. Une explication à l 'opéra ? Je veux que

Paris sache que vous, votre maîtresse et vos journaux avez menti. Un conseil.

Ne faites pas tant de tapage.

Le tapage ne va pas à tout le monde, monsieur de Morcerf. Vous êtes un

et un lâche ! Vos amis me trouveront chez moi après le spectacle.

Messieurs, je ne vous retiens plus.

C 'est entendu à 8 heures au bois de Vincennes, au pistolet à 20 pas, qui ira

volonté.

Je vous attendais.

Vous ne pouviez pas ne pas venir cette nuit.

Vous venez me supplier d 'épargner votre fils demain matin, n 'est -ce pas ?

Oui. Vous allez pleurer et m 'attendre à y avoir des souvenirs.

Je voudrais bien.

Vous allez même m 'annoncer que vous acceptez enfin de partir avec moi.

Oui.

Maintenant, il est trop tard, Mercedes.

J 'ai donné rendez -vous sur le terrain.

J 'y serai.

Mais enfin, pourquoi vous acharner sur nous ? Bien sûr.

Fernand a menti autrefois quand il m 'a rapporté la nouvelle de votre exécution.

Et je ne lui pardonnerai jamais ce mensonge -là.

Mais de toute façon, nous étions perdus l 'un pour l 'autre, puisque vous étiez

en prison.

Et par la faute de qui ?

Tenez.

C 'est à cause de ces dix lignes d 'écriture que j 'ai passé toute ma

dans un cachot.

Que mon père est mort de misère.

Et que celle que j 'aime est mariée à un autre.

Mais... C 'est une lettre anonyme ? Et même doublement anonyme.

Les premières lignes sont de Cadrous.

Les dernières sont de Fernand Mandego.

Votre mari.

Alors, t 'es perdu.

Vous ne pardonnerez jamais.

On m 'a fait trop de mal.

Pourtant, il y a pire.

Oui.

Toute cette nuit que je passe à me répéter que mon fils va être tué.

Toute cette nuit à attendre le petit jour.

Quelle heure est -il ? Deux heures.

Encore six heures.

Moi, je voudrais vous pardonner.

Je ne crois pas que je pourrais.

Mercedes, vous avez gagné.

Je vous promets que votre fils vous reviendra demain matin vivant.

Et en même temps, vous serez débarrassé de moi.

Oui, si je le rate.

L 'Iago a parié qu 'il ne me rentrera pas.

Il tire le second.

Mais vous me promettez qu 'il ne sera ni tué ni blessé.

Je vous le promets.

M. Morcerf nous a fait prévenir qu 'il viendra nous rejoindre sur le terrain.

D 'ailleurs, le voici.

Quelle imprudence, venir à ce fal pour se battre au pistolet. Avec un habit

ouvert, il est fou.

Je voudrais parler à M. le comte de Monte Cristo.

Mais c 'est contraire à tous les usages.

Vous désirez le voir en particulier ? Non, devant tout le monde.

Monsieur de Montecristo, lorsque je vous ai provoqué hier soir, je ne

connaissais que la moitié de la vérité.

J 'ai appris l 'autre moitié cette nuit seulement.

Et je viens vous présenter mes excuses pour la trahison envers vous du sous

-lieutenant Fernand Mondego il y a 23 ans.

J 'espère que mes témoins ne me tiendront pas pour un lâche.

Mais en tout cas, si on se trompait sur mon compte, je tâcherai de redresser les

opinions.

Mon cher de Morcerf, je crois que nous pouvons nous quitter ici. Je rentre avec

vous, de vrai.

Entrez.

Monsieur de Morcerf désire parler à monsieur le comte.

Monsieur !

Mon fils a refusé de se battre avec vous. J 'espère que vous ne refuserez

vous battre avec le père.

Oui, mais alors tout de suite et ici même.

Regardez -moi.

Maintenant, vous saurez que c 'est Edmond Dantès qui vous a désarmé.

Edmond Dantès.

Reconduisez M.

de Morcerf.

Ma porte lui sera désormais condamnée.

Vous êtes prête ? Tout de suite.

Mère, ça y est, vous n 'avez plus le droit d 'être triste.

L 'engagement est signé.

Votre fils devient officier au long cours.

Et c 'est bien le diable si je ne décroche pas dans 4 ou 5 ans le

'un bateau.

Quel jour embarques -tu ? Mardi.

Pour où ? L 'Egypte, par Bastia, Malte et Tripoli.

Oui, l 'itinéraire n 'a pas changé.

Et moi, qu 'est -ce que je ferai pendant ce temps -là ? Vous m 'attendrez ?

Tenez, vous vous mettrez ici, à cette fenêtre.

J 'ai l 'habitude.

J 'ai passé toute ma jeunesse à attendre quelqu 'un, en regardant la mer.

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