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...
- Qu'est-ce qu'on a ? - Adrien Dorval, 65 ans.
Ancien ingénieur en mécanique.
Il avait un atelier de poterie.
- Ah.
- Merci, Astrid.
- De rien.
- Astrid ? Qu'est-ce qui se passe ?
Ah, la banderole.
- Merci. - Je t'en prie.
- Le légiste est arrivé.
- Bien.
- Vous voulez une rampe pour le commandant Coste ?
- Je suis là, hein !
- Perdon.
- Oui, le capitaine Perran souhaiterait
que la scène de crime soit accessible au commandant Coste.
- Bien sûr.
- Bien sûr, oui.
Je rêve !
Je suis invisible !
Salut, Fournier.
- Ca va, Coste ?
- C'est quoi, ce bain de sang ? - Le sang provient des entailles.
- Il a pas fait semblant !
C'est ça qui a provoqué la mort ?
- Absolument pas. Bonjour, Dr Fournier.
- Les entailles ont été réalisées post-mortem.
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
- Il n'y a aucune boursouflure,
donc ces lacérations ont été infligées post-mortem.
- Exactement.
On lui a fracassé le crâne avec un objet contondant.
- Il y a de la terre.
- Ca n'a rien d'étonnant,
dans un atelier de poterie.
- Cette terre est d'une couleur différente.
Il y en a là, là, là, là, là.
Et là.
Cette terre provient de cette statuette.
Une goutte de sang.
Elle coule de la bouche de la statuette.
Il est frais.
- C'est l'arme du crime ? - Absolument pas.
- Astrid a raison.
Ca ne correspond pas à la plaie.
Et puis...
Ca n'a pas l'air solide.
Si on l'avait utilisée comme arme, elle se serait brisée en morceaux.
- Pourquoi il y a du sang ? - Mystère.
- Une autre goutte.
...
- C'était pas prévu que je vienne.
Le rideau de fer était baissé. Je l'ai relevé.
- Vous avez vu une silhouette s'enfuir ?
- J'ai vu quelqu'un sortir par derrière.
Puis je suis entrée, et...
Il y avait tellement de sang !
- Vous lui connaissiez des ennemis ? - Aucun.
Adrien, c'est...
C'était l'homme le plus gentil du monde.
- Cette statuette vous dit quelque chose ?
- Non, et elle n'a pas été faite à l'atelier.
- Comment vous pouvez en être sûre ?
- On n'utilise que de l'argile ocre, ici.
- Il a pu la ramener de chez lui.
- Peut-être.
La couleur rouge, dessus, c'est... - C'est du sang.
On ne sait pas à qui elle appartient.
- C'est horrible.
- Le suspect n'est pas identifiable ?
- Non.
Il n'y a aucune caméra et les voisins n'ont rien vu.
- On a retrouvé l'arme du crime. C'est un rouleau à argile.
- Tenez-moi informé.
Oui ?
- Je sais ce que c'est, votre statuette.
Ca s'appelle un boli. - Un quoi ?
- Un boli.
- C'est un fétiche bambara. - Bamba-quoi ?
- Bambara.
- C'est une ethnie
qui vit au Sénégal, au Mali, en Côte d'Ivoire...
- J'en ai vu sur Internet.
Aux enchères, ça peut monter à 100 000 euros.
- Ca fait un joli mobile de meurtre.
- Je ne suis pas certaine
que l'adjectif "joli" soit approprié.
- Joli ou pas joli,
pourquoi cette statuette était pleine de sang ?
- Elle, elle pourra nous le dire. Elle s'appelle Fanta Samaké.
Elle est spécialiste des Bambaras à l'Institut des mondes africains.
- Elle milite pour la restitution du patrimoine africain.
- Peut-être qu'elle pourra nous dire qui ça aurait pu intéresser.
- L'institut est juste à côté.
Je passe dire un mot au commissaire
et on y va, Astrid.
- Oui.
Vous voulez de l'aide ? - Non.
- Raphaëlle... - C'est bon.
- Attention. - Merci.
- Oui, tout à fait.
Bien sûr. Coste est une enquêtrice hors pair.
Etant donné la situation, je pense qu'elle accepterait.
Ca l'éloignerait du terrain, mais elle verrait les avantages.
Bien entendu.
Je me charge de lui en parler.
Merci.
Astrid,
j'ai surpris malgré moi une conversation du commissaire.
Il veut me mettre au placard.
- Etes-vous sûre d'avoir compris ? - Oui, c'est sûr.
Regardez quelle enquêtrice je fais.
Je suis bonne à mettre au placard.
- Pourquoi le commissaire vous rangerait dans un placard ?
- Ah...
Non, c'est imagé.
Il veut me mettre à l'écart, c'est ça que ça veut dire.
Et c'est pas le seul.
Regardez, ce matin, ce flic...
Il a fait comme si j'existais pas !
- Il vous serait profitable
de m'accompagner à un atelier d'aptitudes sociales.
- J'ai aucun problème.
- Vous semblez avoir un problème lié à votre nouvelle situation.
William est très compétent
pour résoudre les problèmes.
- D'accord, j'y réfléchirai.
- Bonjour.
Fanta Samaké. Je vous attendais.
- Nous ne pouvons pas prendre les escaliers.
- Mon bureau est là.
- Dans la culture bambara, les boliw protègent les villages.
Dans les années 30, beaucoup ont été volés.
Le célèbre boli dansant du quai Branly
a été volé par l'écrivain Michel Leiris.
Il voyait une oeuvre d'art, mais les boliw sont sacrés.
Il s'en est débarrassé très vite. - Pourquoi ça ?
- Il pensait qu'il était maudit.
- Les boliw peuvent-ils faire l'objet
d'un trafic ?
- Oui.
La plupart sont assez prisés,
et certains sont très chers.
- Jusqu'à 100 000 euros.
- Par exemple.
Vous vouliez me parler d'un boli particulier ?
- Astrid, vous pouvez lui montrer ? - Oui.
Avez-vous déjà vu ce boli ?
- Non, jamais.
C'est une belle pièce.
Il est recouvert de quelque chose ? - Oui.
De sang.
Du sang frais.
- Vous voulez dire qu'il a bu ?
- C'est une statuette. Une statuette ne peut pas boire.
- Vous voyez ce trou ?
C'est la gueule du boli.
Pour jouer son rôle de protecteur, il doit être chargé en "nyama",
en énergie vitale.
- Pour le recharger, il doit boire du sang ?
- C'est ça.
- Mme Samaké,
dans la culture bambara,
est-il possible, lors des rituels,
de faire boire du sang humain au boli ?
- Ah, non, non ! Non, jamais de la vie !
Je suis de culture bambara.
Les sacrifices humains n'existent pas.
Les colons dans les marmites, c'est pour les BD.
- Un sacrifice humain dans Paris, on est mal !
Elle me file la frousse, cette statuette, pas vous ?
Mme Samaké a dit qu'elle était maudite.
- Non, elle a dit que l'écrivain l'avait considérée comme telle.
- Je vais être en retard à mon... - A votre séance de rééducation.
Il ne faut pas être en retard.
Raphaëlle, nous nous situons à 1,3 km de l'hôpital.
Pour parcourir cette distance, il faut 17 mn.
Avec les feux de circulation et les éventuels ralentissements,
il faut rajouter 30 % de temps supplémentaire.
Nous y serons donc dans 22 mn.
- Je savais pas que vous aviez un GPS intégré !
Oui, Fournier ?
Oui.
D'accord, OK.
Fournier a quelque chose pour nous. Vous pouvez y aller avec Nicolas ?
- Après vous avoir déposée à votre séance de rééducation.
- Je vais être en retard, regardez l'heure !
- 22 mn.
- C'est super, ça.
Je vais appuyer un peu.
- Ca fait un mois et je sens toujours rien.
On me blesserait les pieds, je m'en rendrais pas compte.
- Votre système neurologique a été touché.
C'est long, pour que les sensations reviennent.
- Mais elles vont revenir ?
- Elles devraient revenir.
Mais il va falloir s'armer de patience.
Je vous amène votre fauteuil.
On va s'arrêter là.
Perdez pas espoir, hein !
OK ?
Je vais vous aider.
Tac.
Allez, donnez-moi votre bras. Voilà.
Voilà.
- Oh, la vache !
- Fournier, qu'est-ce qui se passe ?
- Vous voyez bien, ce qui se passe !
- Dr Fournier,
vous êtes blessé à la région frontale.
- Je cherchais le compteur d'eau. On a une fuite.
Après la panne d'électricité !
C'est depuis que le boli est là.
- Vous êtes pas sérieux ? Le boli n'est pas maudit !
Ce sont des coïncidences. - Ca fait beaucoup de coïncidences.
- Les coïncidences n'existent pas.
- Côté victime,
il a bien été tué avec le rouleau de poterie.
Pas d'ADN dessus.
- Là.
La peau est hypopigmentée.
- Tout à fait.
Sûrement une ancienne brûlure.
Le sang retrouvé sur le fétiche est bien le sang de la victime.
- On avance.
- Lorsque le Dr Fournier vous regarde comme cela,
c'est qu'un sujet le préoccupe.
- Un sujet vous préoccupe ?
- On a trouvé 3 autres échantillons de sang humain.
Ce boli, c'est un tueur en série.
- 3 autres victimes ? On sait qui c'est ?
- Astrid en a identifié une.
- Absolument.
Raphaëlle...
- Ah oui, Perdon.
- L'un des échantillons sanguins correspond à un autre dossier.
J'ai trouvé le dossier.
Simon Vitelli, 71 ans.
S'est donné la mort par exsanguination auto-infligée,
il y a 18 jours.
- Il s'est ouvert les veines.
- Il a été retrouvé à son domicile, dans une grande quantité de sang.
- Il a fait de la taule, il y a 25 ans.
Depuis, il était instructeur dans l'aviation.
- Ce serait un meurtre ?
Pourquoi couvrir le boli de sang ? - Pour le recharger en "nyama".
"Nyama" signifie "énergie vitale", en bambara.
- On pense
qu'il y a une dimension rituelle.
- 4 meurtres
pour recharger une statuette en énergie vitale...
On a affaire à un fou !
- Les fous, c'est ma spécialité. - Salut.
- Merci d'être venue.
Je pensais pas que tu viendrais.
On a besoin de ton avis de profileuse.
- Un tueur en série, des rituels...
Comment résister ?
- J'ai hâte de savoir ce que vous pensez du boli.
Merde !
- Ce n'est pas une brûlure.
- Ca va, Nico ? - Ouais.
- La brûlure, ce n'est pas une brûlure.
- Si, c'est une brûlure.
- Ce n'est pas une brûlure.
- Vous avez vu ce qui s'est passé ?
- Quoi ? - La tasse !
Elle s'est brisée quand j'ai prononcé le mot "boli".
- Nico, je t'en prie !
Tu veux dire que le boli est maudit ?
- Non, je dis pas ça.
Mais quand même !
C'est...
- Elle va être intéressante, cette affaire !
...
- On a identifié 2 victimes :
Simon Vitelli, qu'on a trouvé il y a 15 jours,
et Adrien Dorval, tué ce matin.
Et il y en a 2 autres.
- Il ciblerait ses victimes ? Il aurait un profil type ?
- On a 2 hommes blancs de 60 ans.
Même tranche d'âge,
mais de là à voir un profil type...
Tu as rencontré une spécialiste de la culture bambara ?
- Répandre du sang sur le boli, c'est une manière de le nourrir.
De le charger en énergie vitale.
- L'acte du meurtrier pourrait être lié à ça.
- Les Bambaras font pas de sacrifices humains.
- Ce rituel veut dire quelque chose, pour le meurtrier.
Soit il est bambara et il connaît la tradition,
soit il fait ça pour des raisons intimes.
- J'ai quelque chose qui relie nos victimes.
Ils ont grandi et vécu dans des villes différentes,
pas de connaissances communes, des métiers différents...
Aucun croisement,
sauf ici.
En 1981.
- Adrien Dorval,
il était mécano dans la marine.
Vitelli vivotait entre 2 boulots, et il voyageait.
Je vois pas le point commun.
- Le bateau sur lequel travaillait Adrien Dorval
sillonnait la côte ouest de l'Afrique.
Il passait par Dakar.
- Vitelli était au Sénégal, en 81.
- On tient un truc. - On avance.
- Oui. Ouais.
Bonjour. Allô.
Orange, c'est l'autre. Bleu, c'est moi.
Bleu, c'est moi.
Oui, allô ?
Bonjour, je suis Astrid Nielsen.
Je souhaiterais parler à Mme Sophie Lemaître,
des archives du ministère des Affaires étrangères.
D'accord. Je patiente.
"Je patiente", j'ai pas.
- Très bien, merci. Au revoir.
- Alors ?
- Vitelli était bien au Sénégal, en février 81.
- Il y a un "mais" ? - On n'a aucune trace de sa sortie.
- Ce serait un bug ? - L'ambassade dit que non.
- Il est sorti par un pays voisin.
- C'est possible.
J'appelle la Mauritanie et le Mali.
Norah, tu te charges du Burkina et de la Guinée ?
- Oui, Astrid ?
J'arrive tout de suite.
Oui, avec Delphine.
Au revoir, Astrid.
Au revoir.
- Astrid, vous avez quelque chose ? - Oui.
Où est le commandant Coste ? - Elle était avec moi.
- Hé oh !
Quel est le con d'architecte
qui m'a foutu des marches ici ?
C'est pas adapté.
C'est pas adapté !
Il faut revoir l'accessibilité !
C'est honteux.
- Les 3 marches. 1, 2, 3.
Je ne connais pas le nom de l'architecte.
Je connais une autre entrée plus adaptée.
- Elle est où ?
Derrière ?
J'ai pas besoin d'aide, c'est bon.
Ca va pas très vite, votre truc.
- C'est un monte-charge.
Il transporte des archives.
Les archives n'ont pas besoin d'aller vite.
- Ah ! Pas trop tôt !
- Vous avez trouvé notre chaînon manquant ?
- Je n'ai pas trouvé de chaînon. J'ai trouvé un dossier.
- Ah bon ?
- J'ai l'impression de pousser mon chariot d'archives.
J'aime bien pousser votre fauteuil.
- C'était pour aller plus vite, sinon je peux me débrouiller seule.
- "Otto Gruner, 75 ans.
"S'est empalé accidentellement sur la grille de sa propriété."
Ce serait pas un accident ? - Oui.
- Ce serait une de nos victimes ? - Oui.
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? - Ceci.
- Je peux voir ? - J'ai pas fini de lire, mais tiens.
- Là.
- "Une terre sèche de couleur brune a été retrouvée."
- Ah ouais.
Comme chez Adrien Dorval.
Le boli serait venu jusque-là ?
- Le boli n'a pas pu venir seul. C'est le tueur qui l'a apporté.
Ces indices concordants
suggèrent l'implication du même tueur.
Regardez.
Voici l'analyse sanguine qui avait été effectuée.
- On va la comparer au sang trouvé sur le boli.
- Bravo, Astrid.
Comment vous avez fait le lien ?
- Le tatouage.
Otto Gruner avait le même tatouage que Simon Vitelli.
Les deux tatouages sont identiques. Ils sont situés au même endroit.
Sur le cadavre d'Adrien Dorval,
la tache hypopigmentée est située au même endroit,
sur son épaule gauche.
La taille correspond.
- C'était pas une brûlure, c'est la cicatrice d'un tatouage.
- Vous connaissez sa signification ? - Absolument.
Otto Gruner
a un dossier dans les archives des Affaires étrangères.
- Au quai d'Orsay ?
C'était un diplomate ?
- En 1981, Otto Gruner a été mêlé à un incident diplomatique
entre la France et la République de la Haute-Volta.
- L'actuel Burkina Faso. - Je sais.
- Il est indiqué qu'il appartenait aux Léopards fantômes.
- C'est quoi, ce truc ?
Une équipe de basket ?
- De 1971 à 1983, les Léopards fantômes
constituaient un groupe paramilitaire officieux.
- C'était un barbouze ?
- Des barbouzes ?
- Oui.
Ils faisaient partie d'un groupe paramilitaire officieux
appelé les Léopards fantômes.
- On a la confirmation qu'Otto Gruner est la victime.
Son ADN était sur la statuette.
Donc on a 3 barbouzes.
- Ils faisaient quoi, ces Léopards fantômes ?
- C'est un groupe de mercenaires qui a agi en Afrique de l'Ouest.
- Entre 1971 et 1983.
- Merci, Astrid.
Participation aux conflits, soutien des dictateurs locaux...
Les archives sont éloquentes.
- Ils ont pas chômé.
Ils ont vendu leur âme
à de grands groupes industriels.
- Ce qui nous intéresse, commissaire,
c'est qu'au-delà de l'aspect rituel des meurtres,
je crois qu'on a affaire à un tueur qui se venge
de quelque chose qui se serait passé en Afrique,
et qui serait lié aux Léopards fantômes.
- Vous avez une piste ?
- Pas pour le moment.
Cependant, d'après nos éléments,
nous savons que les Léopards fantômes
sont intervenus sur un vaste territoire
allant du Sénégal au Mali.
- Et on ne parle que des opérations connues.
Imaginez la partie immergée de l'iceberg !
- Et la dernière victime ? Celle qui n'a pas été identifiée ?
- On n'a rien.
- Il n'y a pas d'icebergs en Afrique.
- Bien vu, Astrid.
- Raph, il y a quelqu'un pour toi.
- J'ai trouvé d'où vient votre boli.
- C'est celui-là ?
- Oui.
Le boli photographié ici a le membre avant gauche décalé,
comme celui de la scène de crime,
et la forme correspond.
- Votre collègue a l'oeil. - Elle en a même 2.
Bon !
Il est mentionné un collectionneur anonyme.
- Notre commissaire d'exposition a une bonne mémoire.
- Comme Astrid.
- Bernard Nilès.
Il a fait sa carrière chez DynamoCorp,
une société d'extraction minière.
*- Il était en Afrique
*de 1975 à 83.
*Il a monté un paquet de mines.
Mauritanie, Burkina, Mali, Guinée, Sénégal...
- Je vois.
Un nostalgique de l'époque colonialiste.
- Un profiteur de la France-Afrique.
*Ca l'a pas gêné de voler les terres des villageois.
- Il est où, ce monsieur ? - Il est décédé il y a 2 mois.
- Il est mort suite à une agression.
D'après le rapport d'autopsie, il a été poignardé à la carotide.
- Il a dû pisser le sang.
- J'ai les analyses sanguines. Ca matche avec le sang sur le boli.
*Le plus ancien.
*- C'était la 1re victime.
- Il est donc possible
que ce soit chez M. Nilès
*que le tueur a récupéré la statuette.
- Dans la croyance bambara, le boli, c'est un protecteur.
Et si notre tueur essayait de venger son village,
qui aurait été détruit par les mines de Nilès ?
- Norah, tu peux me répertorier les mines de la région ?
*Nico, retrouve-moi la brigade
qui a enquêté sur Nilès.
*Quant à moi, j'ai un rendez-vous.
- Exactement.
- Ce soir,
je suis venue vous demander de l'aide.
Parce que j'ai un problème.
- Nous vous écoutons.
- J'ai eu un accident neurologique.
Depuis un mois, je suis en fauteuil roulant.
- Vous ne pouvez plus faire ce que vous faisiez avant.
- C'est dur,
mais c'est pas le pire.
Le pire, c'est...
C'est la façon dont les gens me regardent.
Ou plutôt la façon dont les gens ne me regardent pas.
- Moi, on s'adresse à mon voisin pour me dire quelque chose.
- C'est exactement ce que je vis.
Mes collègues
me considèrent différente.
- C'est le regard des autres qui vous donne cette impression.
- Je me rappelle qu'un jour, vous m'avez dit :
"Quand je suis seule, je suis moi-même.
"C'est avec les autres que je suis différente."
- Oui. C'était dans la salle du papier.
- C'est ça.
- Raphaëlle,
ici, vous n'avez rien à craindre du regard des autres.
- Alors merci.
Merci beaucoup.
- Bonjour, Astrid.
- Bonjour, capitaine Perran.
- J'ai contacté la fille de Nilès. Elle se souvenait du boli.
Ca te dérangerait de venir l'interroger avec moi ?
Raphaëlle est chez le neurologue.
- Cette situation est inconfortable. - Je comprends.
Quand Raphaëlle sera remise, ça ira mieux.
- Capitaine Perran,
vous ne pouvez pas dire "quand Raphaëlle sera remise".
Il n'y a aucune certitude
quant à sa capacité
à retrouver un jour l'usage de ses jambes.
- Je vous attends là-bas.
- D'accord.
- Quand on m'a interrogée pour savoir ce qui avait été volé,
je n'avais pas pensé au boli.
Papa l'avait rapporté d'Afrique, à notre retour, en 1983.
Il trônait dans la salle à manger.
Ca rappelait à mon père ses années africaines.
Moi, il me mettait mal à l'aise. - Mal à l'aise ?
Il vous faisait peur ?
- Non, pas du tout.
Il me rappelait notre villa à Ouagadougou.
Il y avait une cloche pour sonner les "boys".
J'étais gamine,
mais je me rendais compte que c'était pas normal.
Après, mon père a mis la statuette au grenier.
Quand vous m'avez appelée, j'ai vérifié.
Le boli avait disparu.
- Au grenier ? Pourquoi ? Pour l'écarter ?
- Oui.
Après notre retour d'Afrique, mon père a enchaîné les problèmes.
Sa société a fait faillite.
Il a eu un accident de ski.
Et puis maman est tombée assez malade.
Mon père attribuait ces déboires au boli.
Il disait qu'il était maudit, alors il l'a enfermé au grenier.
- D'accord.
Mme Nilès, savez-vous de quel village provient ce boli ?
- Je ne l'ai jamais su.
J'ai conservé les archives de mon père.
Ca pourrait vous aider ?
- Des archives ? Vous allez faire une heureuse !
- Moi !
- 45 villages, répartis entre le Sénégal,
le Burkina, le Mali
et la Guinée.
- 45 villages ont été détruits pour implanter des mines ?
- Les habitants ont été expropriés ou ont abandonné leurs terres,
à cause de la pollution.
- Il faut qu'on trouve d'où provient le boli.
- Je sais qui peut nous aider.
- Merci de nous aider à savoir d'où vient le boli.
- Le boli va nous aider.
- C'est l'intérieur du boli.
- Exactement.
Le boli est constitué d'éléments symboliques du village.
- C'est quoi, ça ? - Un fragment de crâne.
- Paniquez pas.
Ca doit être un petit carnivore, genre suricate ou mangouste.
- Et ça, c'est quoi ?
- Ca, c'est le boli qui nous dit d'où il vient.
- Ah, d'accord.
- Il y avait cette fleur, à l'intérieur du boli.
- L'Acridocarpus monodii. - Ca pousse où ?
- D'après l'expert,
ça pousse dans une région très précise,
dans le Bandiagara.
- Entre le Mali et le Burkina.
- Ca nous laisse 9 villages.
- Ca réduit les recherches, mais ça va quand même être long.
Les recensements n'ont pas été précis,
dans les zones rurales.
- J'ai un autre moyen.
Merci.
- Comment ça s'est passé, chez le neurologue ?
- Rien de nouveau.
- OK.
- Nico. - Hum hum ?
- Il va falloir qu'on se fasse à l'idée que je remarcherai plus.
Plus jamais.
- OK.
Quoi qu'il arrive, je suis là, OK ?
Tu m'entends ? Quoi qu'il arrive.
- Pas dépasser le trait.
Doucement, c'est fragile.
1, 2, 3, 4, 5, 6.
- Merci d'être venu jusqu'à nous, M. Cissoko.
- En quoi je peux vous aider ?
- Oussmane,
on a besoin que tu nous parles de Bandiagara.
- Les falaises sont vastes, Fanta.
- On cherche un village dont le boli aurait disparu.
- En quoi ces vieilles histoires vous intéressent ?
- Ca a conduit un Bambara au meurtre.
- Celui qui ôte une vie humaine n'est pas digne d'être bambara !
Qui est-ce ?
- On sait pas.
Il a tué plusieurs personnes
pour nourrir le boli.
- Il n'a rien compris !
Un boli ne veut pas s'abreuver du sang des hommes !
Votre meurtrier se croit bambara mais il ne l'est plus.
- Et concernant les falaises du... - BANDIAGARA.
- Bandiagara.
Quand j'étais jeune,
mon père me contait cette histoire.
Au pied de la falaise,
la terre était prodigue, pour ses habitants.
Le sorgho et le mil poussaient à foison.
Il n'y avait pas que la surface de la terre
qui était riche.
Son coeur aussi, l'était.
Les Blancs voulaient ce coeur.
Les hommes blancs ont proposé leur argent,
mais les villageois ne voulaient pas donner leur terre.
Mais le chef aimait l'argent.
Alors il a volé le boli
et l'a donné aux Blancs.
Sans sa protection,
le village a commencé à dépérir.
La rivière s'est asséchée et les cultures se sont flétries.
Alors les Blancs
ont possédé la terre
et ont violé son coeur.
- Oussmane,
tu te souviens du nom de ce village ?
- Koridogou.
Le village s'appelait Koridogou.
Honte à Alassé Barry.
- Qui est Alassé Barry ?
- Le chef du village.
C'est lui qui a volé le boli.
- Alassé Barry était le chef du village de Koridogou.
- Aujourd'hui, il y a une mine de manganèse.
- Très rentable, le manganèse. - C'est pour faire des batteries.
- Il y en a partout.
- On a trouvé des coupures de presse de l'époque.
- "Alassé Barry
"a volé le boli de son village et l'a offert aux Blancs."
- Alassé Barry s'est défendu.
Il a accusé DynamoCorp d'avoir volé le boli.
Les villageois l'ont pas cru.
- Ce serait un coup des barbouzes ? - Hum.
- Ils ont fait porter le chapeau à Alassé.
- Alassé Barry se serait vengé en les tuant.
- Y a un truc qui cloche. - Qu'est-ce qui cloche ?
- Pourquoi il aurait attendu ?
- Il avait pas le boli.
- Alassé Barry n'est pas le tueur.
Il est mort à Montreuil, il y a 3 mois.
...
- La mort d'Alassé Barry coïncide avec le début des meurtres.
Sa mort a déclenché l'assassin.
- Il y a un conflit sur son lieu d'inhumation.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il a été considéré comme un traître,
quand il a volé le boli de son village.
Il est venu en France, mais il n'a pas été bien accueilli.
Il voulait être inhumé sur sa terre natale,
mais les anciens s'y sont opposés.
- Donc nous cherchons un proche d'Alassé Barry.
- Vous devriez commencer par Mathias Barry.
C'est l'aîné.
C'est lui qui est censé devenir chef du village,
être un protecteur.
- Si c'était lui le coupable,
en effectuant les sacrifices, il rechargerait le boli de "nyama".
Il vengerait son père
et il remplirait son rôle de protecteur.
- J'ai son CV. Mathias Barry. Grand lycée parisien.
Prépa, école d'ingénieur. - Mais pas de boulot à la sortie.
- Il a galéré.
C'est frustrant, pour un ingénieur.
- Il a appris le bambara.
Il a validé une licence de langue.
- Des voyages au Burkina. - Retour aux sources.
C'est commun, dans notre communauté.
Tu fais Maths Sup,
tu mets un costume,
mais ça cache pas la couleur de ta peau.
- Un des enfants d'Alassé a séjourné en hôpital psychiatrique
parce qu'il était persuadé de faire l'objet de racisme.
- J'ai trouvé notre meurtrier.
Ecoutez ça.
"Koridogou, je suis ton digne chef. je vais te venger."
- C'EST MATHIAS BARRY. - Comment vous savez ?
- Vous l'avez localisé ?
- Personne ne l'a vu depuis des semaines.
- Norah ? - Pas mieux.
Il a quitté son logement sans laisser d'adresse.
Bernard Nilès, Otto Gruner, Simon Vitelli, Adrien Dorval.
...
- Ca va ? - Ca va.
Je pense à Mathias Barry.
Sombrer dans la folie comme ça, c'est...
Ca aurait pu être moi.
Ah, si.
Si j'avais été recalée de mes boulots,
reléguée à des emplois sous-qualifiés
parce que je m'appelle Fanta Samaké...
- C'était un garçon instable.
Il a séjourné en hôpital psychiatrique.
- On a identifié le dernier barbouze.
Sylvain Belrois.
- Tu emmènes Fanta avec toi ?
Mathias parlera, si elle est avec vous.
- Fanta, vous venez avec moi ? - OK.
- Vite ! Il faut intervenir !
- Lâche ton arme.
- Cet homme mérite de mourir. Il a tué le village de Koridogou.
Mon père a tout perdu à cause de lui.
- Arrête !
- Mathias.
- Vous êtes qui, vous ?
- Mathias...
Mathias !
- Désolé.
Cet homme doit mourir.
- Non !
Mathias !
- Qu'est-ce que je fais là ?
J'ai failli être tué ! Je suis traité comme un coupable !
- Vous êtes coupable.
- Quoi ? Vous délirez ! Coupable de quoi ?
- Avec les Léopards fantômes,
vous avez volé le boli de Koridogou.
Par la même occasion, vous avez gâché la vie d'un homme.
Et celle de son fils.
- C'était un fou furieux !
- A cause de vous.
- Tous ces villageois débiles !
Ils croyaient tellement à leur statuette,
leur morceau de terre !
- Je sais pas combien de vies vous avez gâchées,
mais mettez-vous un truc dans le crâne :
vous n'allez pas vous en sortir.
Justement...
On a perquisitionné chez vous. - Vous n'avez pas le droit !
- On a trouvé des armes sans permis et votre petit recel de bijoux.
C'est pas grand-chose, mais ça vous pourrira la vie.
- Vous êtes ridicule.
- Une dernière chose...
Je sais pas s'il est maudit, le boli,
mais j'espère qu'il vous a pris en grippe.
- J'ai contacté les anciens de la communauté.
Je leur ai dit qu'Alassé Barry n'avait pas volé le boli.
Ils ont levé l'interdiction de retour à la terre.
Le corps d'Alassé retrouvera son pays.
- Et pour Mathias ?
- C'est plus compliqué.
C'est drôle...
Je sais qu'il a commis un acte que rien n'excuse,
mais je peux pas m'empêcher d'être touchée par son histoire.
Coincé entre 2 mondes, aucun ne l'acceptant vraiment.
Ca a pas dû être facile.
Merci, commandant.
- Commissaire ?
- Oui, Coste ? - Je dois vous parler.
- Entrez.
- Je suis pas encore bonne à mettre au placard !
- Perdon ? - Mon handicap.
C'est pas un problème, pour moi.
- Qu'est-ce que vous racontez ? - J'ai entendu votre conversation.
"Etant donné la situation,
"le commandant Coste acceptera un poste de subalterne."
Votre poste,
vous pouvez vous le carrer où je...
Je n'accepte pas le poste, voilà.
- Coste.
Attendez.
Il y a un malentendu.
OK.
Je parlais du poste de commissaire.
Je m'en vais, Coste.
On m'a proposé un poste au ministère de l'Intérieur.
Quand on m'a demandé qui j'imaginais pour me remplacer,
j'ai pensé à vous,
parce que vous êtes une fabuleuse enquêtrice
et que vous feriez un excellent commissaire.
- Je suis désolée.
- Vous y réfléchissez ? - Oui.
Merci, boss.
Ca m'avait manqué, nos petites habitudes.
- Moi aussi.
- Ca fait un siècle qu'on n'a pas fait de dîner !
- Un siècle est constitué de 7 200 semaines.
Cela fait 7 semaines que nous n'avons pas fait de dîner.
- Vous m'avez pas raconté...
Quand est-ce que vous reprogrammez le mariage ?
- Vous n'avez pas demandé.
Le mariage est reprogrammé
le 14 décembre.
- Super.
Et...
Je suis toujours votre témoin ?
- Absolument.
Administrativement, vous êtes toujours inscrite.
- Super ! Je suis contente !
Je vous jure de pas essayer les alliances, cette fois.
Du thé ?
- Hum hum.
- Aïe !
La vache ! - Raphaëlle, vous avez crié.
Vous vous êtes brûlée ? - Ouais !
- Vous avez mal ? - Oui.
- Vous souriez.
Pourquoi ?
- Je sens mes jambes !
Je sens mes jambes ! - Vous êtes brûlée.
Vous sentez vos jambes.
C'est une très bonne nouvelle.
Vous devriez mettre de l'eau froide.
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