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Merci.
Tiens, cher loin, qu 'est -ce que tu fais là ? Vous savez, commissaire, si on
'avait demandé mon avis...
Enlevez -lui ça, voulez -vous qu 'il aille.
D 'ailleurs, Friche, n 'avez -vous pas une cigarette par hasard ? Une brune de
préférence ? Non, désolé.
Et toi, tu n 'aurais pas du feu ? J 'avais trois jolies briques en or
Mais à la fouille, vous comprenez.
Bonjour, patron.
Vous avez vu, on a réussi à le coincer.
Oui, j 'ai vu.
Quoi, il y a un problème ? Tout va bien, monsieur le commissaire.
Il y en a un qui aurait du feu, par hasard.
Bon, ça fait rien. Le chanoine, il a avoué ? C 'est un coriace.
Quoi, il n 'a pas avoué ? Non, non, pas encore, mais...
Bon, allez me le chercher.
Assieds -toi.
Ça fait un bout de temps qu 'on se connaît, hein ? Une bonne trentaine d
'années, commissaire.
Et en trente ans, toujours la même méthode.
Tu repères un appartement vide et tu t 'y installes jusqu 'à épuisement du
et de la cave à liqueur.
Il faut bien vivre, commissaire.
Mais ce coup -ci, je vous assure, il y a erreur.
Fracturer des tiroirs au pied de biche, c 'est pas ma méthode.
Enfin, chaque fois que vous m 'avez arrêté, je me suis toujours mis à table
faire de manière, vrai ou faux.
Si vous voulez mon avis, c 'est un jeune qui a fait ripaille.
Un jeune ?
Croyez -moi, commissaire, un train peut en cacher un autre.
Commissaire Maigret.
Lachaud, vous vous dites ? Oui.
Oui.
C 'est noté.
J 'arrive tout de suite.
Un homme a été tué d 'une balle en pleine poitrine, quai de la gare, à
Destour, tu téléphones au parquet.
Janvier et Torrance, vous venez avec moi.
Veuille -moi, commissaire.
Quoi, toi ? Qu 'est -ce que je fais, moi ? Pour l 'instant, tu retournes au
dépôt. Ça te fera toujours le gîte et le couvert.
Ça vous empêche pas de repenser à ce que je vous ai dit, monsieur le
commissaire. Ah oui, un train peut en cacher un autre.
C 'est ça.
Tannerie Zuber.
Vous ne trouvez pas que ça pue, patron ? Les tanneries, ça n 'a jamais senti la
rose, hein ? Vous pouvez fermer votre fenêtre, patron ?
Par ici, comme ça.
Merci, commissaire.
Merci.
Docteur Bertin, médecin de la famille.
Mais malheureusement, je suis arrivé trop tard.
Pauvre monsieur Léonard.
J 'espère que vous n 'avez touché à rien.
Je n 'ai fait que constater le décès.
Où est la famille ? Vous verrez.
Chacun est dans sa chambre. Ils n 'ont rien vu ni rien entendu.
Et qui vous a fait appeler ?
Armand Lachaume, le frère cadet.
Combien de personnes habitent dans cette maison ? Monsieur Lachaume père et sa
femme, ils sont très âgés.
Monsieur Armand Lachaume et sa femme Solange. Monsieur Léonard et son jeune
Jean -Paul, 12 ans et demi.
Et il y a aussi Catherine.
La femme de Léonard Lachaume ? Non, monsieur Léonard était veuf. Sa femme
morte il y a plus de 8 ans d 'une pleurésie.
Là encore, je n 'ai pu que constater le décès.
Non, Catherine est la bonne.
Et selon vous, à quand remonte la mort ? Vous savez, je ne suis guère compétent.
Je soigne des angines de poitrine, mais... ça.
Eh bien, ce sera tout. Merci, docteur.
Vous verrez.
Je verrai quoi ? La famille.
Je vais fouiner un peu en bas, patron.
Patron, venez voir.
C 'est drôle.
D 'habitude, les familles sautent en larmes aux cheveux du mort.
Ici, personne.
Rien ne bouge.
Oui.
Pesante, l 'atmosphère.
La servante s 'appelle Catherine.
J 'ai essayé de lui tirer le verre du nez.
C 'est pas de la tarte, une vraie teigne.
Ça fait 50 ans qu 'elle est à leur service.
Elle se prend pour la reine du château.
Tout ce qu 'elle répète, c 'est... Monsieur Léonard a été assassiné par un
cambrioleur qui a volé la paie des ouvriers.
C 'est là.
Elle a peur qu 'on lui vole son argenterie.
Et où est -ce qu 'il doit rester ?
Vous pensez comme moi.
C 'est trop beau pour être vrai.
Armand Lachaume, je présume.
Je vous attendais.
On ne le dirait pas.
Dites -moi ce que vous savez.
Je ne sais rien.
Qui dirige la bucuterie Lacombe ? Mon frère Léonard, depuis que notre père s
'est retiré des affaires.
C 'est une entreprise familiale.
Elle a été fondée en 1817.
Deux ans après Raterlon.
Vous faites quoi, dans l 'entreprise, exactement ? Je m 'occupe de la
manutention et des expéditions.
Ça vous laisse du temps libre ? Non ?
Votre
frère était veuf.
Il avait des liaisons.
Je ne sais pas. On a toujours vécu ensemble dans cette maison.
Je suppose qu 'en dehors de cette maison, il avait néanmoins...
Une existence personnelle, non ? Je ne vois pas en quoi la vie privée de mon
frère est en rapport avec le cambriolage.
Parlons -en.
Catherine Labonne a déclaré à mon adjoint que la paie des ouvriers avait
volée. C 'est exact ? Que faisait autant d 'argent dans la chambre de votre
frère au lieu d 'être en sécurité dans un coffre -fort ? Il devait la remettre
au comptable ce matin.
Votre frère a été abattu d 'un coup de pistolet en pleine poitrine et vous n
'avez rien entendu.
L 'entreprise emploie combien de personnes
? Une vingtaine, mais nous avons eu jusqu 'à 150 ouvriers.
Vous n 'en soupçonnez aucun.
Vous pensez donc que le meurtrier est venu du dehors dans l 'intention de
que votre frère l 'a surpris et qu 'il s 'est fait tuer ? La
seule
chose qu 'on vous demande, commissaire, c 'est de retrouver le meurtrier de mon
frère, qui n 'est autre qu 'un cambrioleur.
Qu 'en savez -vous ?
Bonjour, Moës. Ça va comme vous voulez ? Ça peut aller.
Il ne fait pas de choses dans cette biscuiterie.
Où est le mort ? Dans la chambre.
Dites -moi, vous n 'auriez pas du feu, par hasard ? Un peu de chance.
J 'ai oublié en bas dans l 'auto.
Commissaire Maigret.
Très heureux et très flatté de faire votre connaissance.
Marc Agnello, juge d 'instruction.
Mais comme Elio n 'est pas là... Monsieur, le juge Comenio est souffrant.
remplace. J 'espère qu 'il ne souffre pas trop.
Alors, où en êtes -vous ? Avez -vous retrouvé l 'arme du crime ? Ah non, pas
encore, non.
C 'est par là, n 'est -ce pas ?
La balle n 'a pas traversé.
Petit calibre à vos portants.
Vous savez qu 'ils en ont pour un moment.
Mais j 'ai tout mon temps, monsieur le commissaire.
Si vous ne touchez à rien, ça m 'arrangerait.
À quelle heure le crime a -t -il été commis ? Je l 'ignore.
Vous avez interrogé tous les témoins, déjà, non ? Seulement le frère de la
victime. Armand Lachaume.
Je viens d 'arriver, monsieur.
Veuillez m 'excuser, je m 'informais, rien de plus.
Tout ce que je peux vous dire, c 'est qu 'un homme a été tué d 'une balle en
pleine poitrine par un soi -disant cambrioleur et que personne n 'a rien
entendu.
C 'est maigre, en effet.
Monsieur le commissaire, il ne faut pas m 'en vouloir.
C 'est pour moi l 'occasion d 'en apprendre sur votre fameuse méthode.
Mais je prends de méthode.
Mais pour l 'instant, je ne sais rien.
Tenez, regardez.
Il semble qu 'il y ait eu effraction.
Qu 'en pensez -vous ? Ah, peut -être.
Vous n 'auriez pas un briquet ou des allumettes ? Je suis désolé, je ne fume
pas.
J 'aimerais vous poser une ou deux questions.
Madame Lachaud, j 'aimerais vous parler.
Dans un endroit un peu plus tranquille.
Excusez -moi.
Excusez -moi.
Vous
voulez
me parler ? Non.
J 'aurais cru.
Que fait une femme comme vous dans une maison pareille ? Je vous demande pardon
? Vous préférez pas vous asseoir ? Merci, je
préfère rester debout.
Quand avez -vous vu votre beau -frère pour la dernière fois ? Vivant ?
Hier soir.
Vers minuit.
Où, si ce n 'est pas indiscret ? Dans le couloir.
Nous nous sommes croisés.
Et vous attendez ? Je ne sais pas.
Vos relations avec votre beau -frère étaient... Comme dans toutes les
je suppose.
Intimes. Que voulez -vous dire ? Commissaire.
Vous avez là de jolis draps brodés. Le S, c 'est pour Solange.
Cette porte donne dans la chambre de votre mari, n 'est -ce pas ? Oui.
Mon mari est de santé fragile.
Au point que vous lui fermiez votre porte à clé.
Ce n 'est pas ce que j 'ai voulu dire.
Depuis quand faites -vous chambre à part, madame la chambre ?
Je suis
profondément
choqué par votre méthode, monsieur le commissaire, et je vous prie de cesser d
'importuner ma femme.
Solange, passez au salon.
Vous vous méprenez, mon ami.
Le commissaire ne fait que son métier.
Il pose des questions, il cherche la vérité.
Peut -être que la présence de notre avocat vous rassurerait, si nous l
'appelions.
Ce n 'est guère dans les usages, madame Lachaud.
Mais si tel est votre souhait, en tant que juge d 'instruction, je ne peux m 'y
opposer.
Moërs, venez voir.
Vous n 'avez pas quelque chose pour emballer ça ? Oui, j 'arrive.
Ça vous arrive souvent d 'oublier ce genre d 'objet dans la chambre de madame
C 'est... C 'est M. Armand qui s 'en est servi.
Mais le chauffage...
Il marchait mal, alors il l 'a réparé.
Il a dû l 'oublier.
Et maintenant ? Quoi ?
Maintenant, qu 'allez -vous faire ? Rien.
Commissaire, je comprends que vous devez vous concentrer, mais l 'échelle et le
carreau cassé semblent désévident.
Le cambrioleur est passé par là. Pas trop.
Juste derrière, sur le mur d 'enceinte, les tessons de bouteilles ont été
réduits en miettes.
C 'est le juge que ça intéresse.
Il est clair que le cambrioleur se sera ménagé un passage.
Tous les indices concordent.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Après
vous, monsieur le juge.
Cette rengaine, on la connaît par cœur.
Elle a retrouvé un autre frein. On se remet en grève.
C 'est vous, je vous le dis.
C 'est pas moi qui les fabrique, les billets de banque.
Vous n 'avez qu 'à demander directement, madame Solange.
Allez -y, vous.
Commissaire Magret.
Marc Aguilera, une instruction.
J 'étais un vrai comptable.
Je suppose que vous êtes au courant de ce qui s 'est passé ici, cette nuit.
Je suis arrivé comme tous les matins à 9h.
J 'ai vu les policiers et j 'ai alors appris que M. Léonard avait été tué.
Il y a longtemps que vous travaillez chez les Lachauds ? Plus de trente ans.
Trente ans, vous avez dit.
Vous avez donc connu M.
Léonard en France ? C 'est étrange.
Avec la vie de Catherine, vous semblez être les seuls dans cette maison à avoir
de la peine.
C 'est le commissaire cette maison et toute ma vie.
J 'ai mes habitudes, la confiance de mes patrons. D 'abord M. Félix, ensuite M.
Léonard. Maintenant qu 'il est mort, c 'est pas l 'autre.
Vous voulez dire que l 'autre frère, Armand, est incapable de diriger l
'entreprise ? Je sais comment tout cela va se terminer.
Comment ? Liquidation, fermeture, chômage.
Je suis plutôt jeune.
Retrouver du travail à mon âge.
On n 'a même plus de quoi payer le chauffagiste.
C 'est comme ça depuis des mois.
Donc personne parmi les employés n 'aurait eu l 'idée de cambrioler la
Il y a quelque chose que je ne comprends pas, monsieur le comptable.
Vous me dites que depuis des mois, l 'affaire bat de l 'aile, que les pièces
sont vides.
Alors, qui paye les salaires ?
C 'est chaque fois un miracle.
Je ne crois pas au miracle.
D 'où vient l 'argent ? Commissaire, je m 'étonne que vous ne vous intéressiez
qu 'à l 'argent alors que vous enquêtez sur un meurtre. Comment voulez -vous que
je découvre l 'assassin si je ne recherche pas le mobile du crime ? De
façon, c 'est en apercevant, en épluchant les comptes ou en interrogeant
banque. C 'est généralement Mme Solange qui tire l 'argent de son compte
personnel.
Elle remettait la somme à son beau -frère.
Ça vient nous y voilà.
C 'est là.
Elle doit être vraiment riche pour avoir une voiture comme ça.
Tu es sûr que c 'est elle ? Parce que j 'ai pu glaner, oui. Ils sont un peu
retors dans cette famille.
J 'ai tout pouvoir, non ? Mais vous n 'avez pas à vous justifier, monsieur.
Vous aurez fini de fouiller partout sans demander, vous le direz.
Si le commissaire est attendu au salon.
Oh, ben ça alors ! Comment vas -tu, mon cher Arnaud ? Très bien, je te remercie.
Commissaire, je vous présente Maître Radel.
Nous avons fait notre droit, enfin.
Si vous voulez que M. Félix fasse une crise d 'acte, on continue.
Commissaire, c 'est en ami, plutôt qu 'à titre d 'avocat, que je suis venu.
Et afin de dissiper tout malentendu, je tiens à vous signaler qu 'Armand Lachaud
m 'est mal portant.
La mort de son frère, qui était l 'âme de cette maison, l 'a profondément
ébranlé.
Il n 'est pas surprenant que, faute de connaître les méthodes de la police,
il se soit arrédit devant certaines questions.
J 'insisterai donc, comme on me le demande, aux interrogatoires qu 'il vous
plaira de décider.
Mais j 'insiste pour que ma présence ne donne pas à l 'attitude de la famille un
caractère défensif.
Qui souhaitez -vous interroger ? Vous, maître Aradel.
Je vous écoute.
Depuis combien de temps êtes -vous l 'avocat de la famille Lachauve ? Je
pourrais me réfugier derrière le secret professionnel et ne rien vous dire.
Je sais, oui.
Mais vous êtes trop intelligent pour ça.
Je répète donc ma question.
Une quinzaine de jours.
Et pourquoi avez -vous été engagé ? Je ne peux pas répondre.
Vous avez peur de quelque chose, madame Lachaud ?
Non, non.
Votre avocat me permettra peut -être de vous poser une question.
Qu 'avez -vous fait le soir du crime ? Je dois répondre ? Je vous le conseille.
Encore que cette question ne concerne que votre vie privée.
J 'ai dîné à Paris.
Où ? À la Closerie des Lilas.
Seule.
Cela me rappellera.
Quel est votre nom de jeune fille, madame Lassau ? Zuber.
Zuber.
Zuber cuir zépeau.
Oui.
Je suis la fille de Frédéric Zuberski, le possier d 'à côté.
Mon père est mort il y a quelques mois.
Et vous avez hérité de lui ? Commissaire, je proteste.
Je sais que la biscuiterie est en pleine déconfiture. C 'est le comptable qui me
l 'a dit.
Je ne vois vraiment pas où vous voulez en venir, commissaire.
Oh, mais moi non plus, maître. Vous savez, au début d 'une enquête, on est
le noir.
On tâtonne.
A combien s 'élève votre fortune, Mme Lachaud ? Je proteste.
Disons que Solange Lachaud me tient les cordons de la bourse et que les biscuits
grignotent peu à peu l 'héritage.
Avez -vous donné de l 'argent à votre beau -frère la veille du crime ? Non.
Donc le cambrioleur n 'a rien pu voler.
Pourquoi est -ce si important pour vous, madame la chambre, que cette entreprise
survive ? Je ne vois pas où cela vous mène.
Et moi, je ne vois pas où ça me mènerait de chercher dans tout Paris un
cambrioleur assez bête pour pénétrer dans une maison où il n 'y a pas d
En utilisant une lourde échelle et en brisant un caron alors qu 'il n 'y a qu
pousser un carton au rez -de -chaussée.
Tout cela pour s 'introduire dans la chambre d 'un homme et le tuer d 'un
bruyant coup de pistolet que personne n 'a entendu.
Alors qu 'il y a cinq adultes et un enfant qui dorment dans cette maison.
Au fait, votre neveu, le petit Jean -Paul, où est -il ? Je ne l 'ai pas
vu. Il n 'est pas ici.
Je le vois.
Où est -il ? Je l 'emmenais à l 'école.
Il ne fait rien.
Pourquoi sa chambre est -elle si bien rangée ? On dirait qu 'il est parti en
vacances.
On l 'a installé au second.
Mon beau -frère avait pensé qu 'il serait plus tranquille là -haut.
Solange, je vous interdis d 'en dire davantage.
Je fais toutes mes réserves devant le juge d 'instruction sur les suites que
pourraient comporter vos questions tendancieuses, monsieur le commissaire.
Non, de toute façon, j 'en ai fini pour l 'instant.
Une question encore.
Quelle est cette jeune fille -là, au milieu de toute la famille, la chambre ?
Véronique.
C 'était ma soeur aînée.
Elle est morte il y a plus de vingt ans.
J 'ai terminé avec la cambra du mort. Rien de particulier.
Je continue.
Va bien, moi.
Pourquoi tu ne m 'as pas écouté ? Tu veux la mort, maintenant ? Pourquoi toi,
mon petit garçon ? Pourquoi ? Oh, mon Dieu ! Tu n 'as jamais voulu écouter ta
vieille nounou.
Mais moi, je voulais bien mourir à ta place, mais pas... Ah, ne me touchez pas
On ne peut pas se faire part de là !
Vous avez l 'intention d 'y retourner, monsieur le commissaire ? Oh non, pas
pour le moment.
Dorénavant, j 'exige que les interrogatoires se déroulent au parquet,
bureau.
Voulez -vous que je vous raccompagne à la PJ ? Non, merci, je vais flâner un
peu.
Mes hommes me raccompagneront ?
Vous pouvez nous marquer longtemps la culotte, celui -là ? Pas très gai, comme
enquête, hein, patron ? Non.
J 'allais essayer de te renseigner sur les mariniers qui ont accosté ici cette
nuit. C 'est comme si c 'était fait.
Vous avez un verre, patron ? C 'est ma tournée.
Qu 'est -ce que vous prenez ? Un blanc sec.
Deux petits blancs, mademoiselle.
J 'ai tuyauté la patronne.
Un vrai délice.
J 'ai pas besoin de la forcer, elle déteste les lâchos. Il suffit d 'appuyer
le déclic et elle déballe tout ce qu 'elle fait.
Bon, ben alors, ça fait un bout de temps qu 'un homme jeune, beau gars, embarque
la belle -sœur à la nuit tombée dans son auto décapotable.
Quelle marque ?
Une triomphe rouge.
C 'est quoi le plat du jour ? Cassoulet.
Je te dis.
On peut déjeuner, mademoiselle ? Oui, bien sûr.
Je vous dis, patron, ces deux jeunes, le juge et l 'avocat, parmi ces vieux
biscuits de la chambre, moi, ça me déprime. Je ne sais pas comment vous
pour tenir le coup.
Alors, deux cassoulet et un rouge de la maison.
Bien, monsieur.
Vous voulez le format de pensée ? Pour moi, la petite dame, elle est trop belle
pour faire une nonne.
La pauvre Mme Solange, elle n 'est sûrement pas servie à domicile.
Avec un cousibis pareil.
C 'est sûr que c 'est M. Armand, il en avait une. On dirait que c 'est la
cheminée.
On en est.
On rigole.
On va se retrouver sur le carreau.
La seule chose qu 'on peut espérer, c 'est que la mort se ressuscite.
Et qu 'elle reprenne la boîte.
T 'inquiète de ça.
Monsieur. Monsieur.
Monsieur Hirschfeld est ici.
Qu 'est -ce que vous lui voulez ? Commissaire Maigret.
C 'est à cause de la mort de Léonard Lachaud.
C 'est moi, David Hirschfeld.
Vous avez connu M.
Zuber ? Si je l 'ai connu.
J 'ai travaillé pendant plus de dix ans avec lui. C 'est moi qui m 'occupais de
la gestion.
Un vrai bras de type comme on n 'en fait plus.
Partie de rien, voilà.
T 'es arrivé à ça.
Oui, en effet.
Et vous connaissiez aussi la fille, Solange ? Bien sûr.
Mais depuis qu 'elle avait épousé un lâche -chaume, ses visites se faisaient
rares.
À la mort de son père, c 'est elle qui a hérité de la fortune ? Je suppose.
En tout cas, c 'est moi qui ai acheté l 'entreprise.
Oui, Juvert se savait condamné.
Alors, il en avait fait don à sa fille, pour éviter les droits de succession.
Alors, comme ça, elle est...
Les 300 millions... 300 millions ! Belle somme, hein ? Oui, oui.
Oui, c 'est pas un travail très redoutant, mais... ça va pas être gros.
Moi, je vais verser une partie comptant et le reste en 10 échanges.
Le tout au nom de Mme Armand Lachaud.
Voilà. Mais si vous voulez d 'autres renseignements, adressez -vous à Maître
Barbarin. C 'est lui qui s 'est occupé de la succession Zuber.
J 'ai pas son téléphone en tête, mais vous le trouverez dans l 'annuaire.
Merci, M. Hirschfeld. Je vous en prie.
Revenez me voir. Et si je ne suis pas là, adressez -vous à mon fils. Il
travaille avec moi.
Bonjour, mademoiselle. Bonjour, monsieur.
Qu 'est -ce que je vous sers ? Une bière.
Vous auriez un annuaire ? Oui.
Par profession, ça va ? Oui, très bien.
T 'es fameux, hein, votre cachoulaire.
Ah ben dites, je ne suis pas toulousaine pour rien.
Vous ne seriez pas le commissaire Maigret ? Mon adjoint m 'a dit que vous
vu Solange Lachaud me rejoindre un homme dans une triomphe rouge, c 'est exact.
Pensez donc, il est là presque tous les soirs, il fait le pied de grue à l
'angle de la rue.
Hier soir aussi ? Pareil, même qu 'il avait l 'air nerveux parce qu 'elle
en retard.
D 'ailleurs, depuis une semaine, j 'ai remarqué un drôle de manège.
Une fois qu 'elle s 'était envolée avec son joli cœur, l 'autre, le grand
escogrif de la chaume, le mort, il sortait avec la pontiac et il prenait la
direction.
Vous ne trouvez pas que c 'est curieux ? Et le joli cœur, vous le reconnaîtrez ?
Je pourrais même vous décider son portrait, si je savais dessiner.
Des fois, il venait pour se remonter quand elle y avait posé un lapin.
Comment est -il ? C 'est un monsieur très comme il faut, habillé très chic,
toujours beaucoup d 'argent sur le vis.
Dites -moi, vous semblez vous y connaître en voiture. Vous n 'auriez pas
hasard relevé le numéro de la Triomphe ? La commissaire, vous vous trompez de
crèmerie. Je n 'ai pas l 'habitude d 'espionner les gens dans la rue.
Allô ? Ah, c 'est pas. Je vous le passe.
C 'est pour vous, commissaire.
Ah, c 'est toi, Terrence.
Quoi ? Ben oui, il était très bon, le cassoulet. Le janvier s 'est régalé.
C 'est tout ce que tu as d 'intéressant à me dire ? Ah.
Très bien, j 'arrive.
De nouveau, commissaire ? On progresse.
Vous me raconterez, hein.
Au revoir, mademoiselle.
Au revoir, mademoiselle.
C 'est la péniche, là -bas.
Rien de tout de suite, c 'est pas incommode.
Bonjour.
Quoi, c 'est encore ? Tout, j 'ai dit déjà ? Je voudrais que vous le répétiez.
Vous foutez -moi la paix. Moi, mal à la tête.
Il a entendu des coups de feu.
Vous avez entendu des coups de feu ? Oui, des pang, pang. Mais moi, j 'étais,
comme vous le disiez, bourré.
Moi, j 'étais bourré.
La fête dans les bateaux avec mes amis à moi.
Moi, je pissais devant la factorie car pang, pang.
Des fois, voilà.
Et après ?
Moi, retourner boire avec les amis à moi dans les bateaux. Moi, croyais que c
'était vision de Nightmare avec la femme qui crie.
Et puis, le train qui passe, l 'enfer dans la
tête. Boum, boum, boum.
Lumières et tout partout.
Vous voulez dire que vous avez entendu la femme crier ?
avant les coups de feu, et qu 'ensuite toutes les fenêtres se sont éclairées.
Combien de fois je répète à vous ? Merci de votre amabilité, monsieur.
You are welcome.
Les lumières allumées.
Ils étaient tous éveillés.
C 'est pas un témoin valable.
Et les autres, tu crois qu 'ils le sont davantage ? Lui, en tout cas, il était
beurré comme un petit luge.
Deux coups de feu, il a vu double.
Si vraiment il y avait eu deux coups de feu, Moët aurait retrouvé la deuxième
balle.
Sauf si le crime a été commis ailleurs.
Allez, j 'en ai pas pour longtemps.
Vous désirez... Maître Radel est -il là ? Maître Radel ne reçoit pas son rendez
-vous. Allez lui dire que le commissaire Maigret voudrait lui parler.
J 'ai très peu de temps, commissaire.
Je suis attendu pour dîner.
Je serai bref.
Juste une question ou deux.
Sous quel régime, selon Germain Lachaume, se sont -ils mariés ?
biens.
C 'est tout.
La fortune de Mme Lachaume revenant à ses enfants éventuels.
Les fautes d 'enfants ? Aux derniers vivants.
Il s 'agit bien d 'une somme dépassant les 300 millions, n 'est -ce pas ?
Mademoiselle, il y a du courrier à ranger dans mon bureau.
Malgré une certaine exagération, c 'est à peu près ça, oui.
300 millions.
Quoi d 'autre ? Merci, maître.
Quand Solange Lachaud m 'est venu vous trouver il y a une quinzaine de jours, c
'était au sujet de son divorce, n 'est -ce pas ? Je ne suis pas autorisé à vous
répondre.
C 'est ce que je voulais savoir.
Oh,
vous m 'avez fait peur, patron.
Je suis obsédé par cette histoire.
Pourquoi vous avez dit « sauf si le crime a été commis ailleurs » ?
Tu sais, on ne meurt pas toujours dans son lit.
J 'ai une autre visite à rendre, c 'est tout prêt. Tu m 'attends là ?
Maître
Barbarin, commissaire Maigret.
Je suppose que vous ignorez qu 'un de vos clients a été assassiné cette nuit.
J 'ai pris ma retraite il y a six mois, deux semaines et un jour, commissaire.
Je ne suis plus au courant de rien.
Qui est le mort ? L 'aîné des enfants à la chaude.
Véronique ? Ah non, non.
Léonard. Une balle en pleine poitrine.
Je ne vous demanderai pas de trahir le secret professionnel, maître, mais j 'ai
besoin d 'en savoir davantage sur cette famille.
Les histoires de famille, ce n 'est jamais simple, commissaire.
Les Lachomes, au fil des ans, ont vu disparaître leur train de vie sans même
comprendre ce qui leur arrivait.
À se demander comment ils s 'y sont pris pour sauver la biscuiterie.
Armand Lachome m 'a dit que sa soeur était morte. C 'est faux, n 'est -ce pas
Oui et non.
Comment ça ?
Quand elle a quitté la maison à sa majorité, le vieux Félix Lachaume,
par sa femme, a modifié son testament et l 'a rayé de la liste de ses héritiers.
Autre chose, c 'est bien vous qui avez rédigé le contrat de mariage entre
Solange Zuber et Armand Lachaume. En effet.
Vieux Zuber était fier de marier sa fille à un Lachaume, mais il était
Est -ce que vous avez connu...
Madame Léonard Lachaume ? Bien sûr.
Je m 'étais également occupé de leur contrat de mariage. À peu de choses
ils étaient identiques.
Oui, j 'imagine que sa dot devait être assez rondelette.
En somme, les deux frères Lachaume, à peu de distance, ont fait tous les deux
très beau mariage.
Oui.
C 'est comme ça que ça s 'appelle dans certaines familles.
Il ne va pas, patron ? Véronique Lachaume, que sa famille a enterrée il y
ans, est bien vivante.
Il faut me la retrouver.
Tiens, le chanoine, on se promène ? Vous en avez de bonnes, vous, alors.
Je préférais être au bord d 'une rivière à taquiner le goujon.
Oui, ça, je veux bien le croire.
Mais pour le reste aussi, je dis la vérité, j 'ai jamais mis les pieds là où
prétend que j 'étais, jamais.
Jamais de chance dans la vie, moi.
A 40 ans, j 'ai eu les oreillons.
Toujours pas de cigarettes, commissaire ? Et l 'eau ? Des brunes de préférence.
Commissaire, Solange Lachaud m 'a pris la fuite. Les agents qui planquaient l
'ont vu partir à 7h30 avec une valise.
Ils l 'ont suivi, mais ils n 'ont pu venir que jusqu 'à la porte d 'Ivry.
Les Américaines, ça roule vite.
J 'étais tout seul, il fallait agir. Alors j 'ai fait bloquer les gares et
aéroports. Il ne pourra pas aller bien loin.
Commissaire, toute la soirée, j 'ai essayé de vous joindre. Et ce matin, j
'espérais au moins vous trouver à mon bureau. Vous devez me tenir informé. Où
êtes -vous ? Allô ? Oui ?
Où ? Attends -moi, j 'arrive.
Pourrais -je savoir ?
On a retrouvé Solange Lachaume.
Elle avait disparu ? Laisse tour, tu viens avec moi.
Tiens, arrête -moi là.
Au revoir. Faire repartir les trains et décoller les avions, patron.
La petite dame avait juste besoin d 'un gâteau.
Quand on a un train ou un avion à prendre, en général, on y va en métro, à
rigueur en taxi, pas avec sa voiture.
Ou alors, c 'est qu 'on a décidé de partir en voiture.
Auquel cas, c 'est pas parce qu 'on est jeune qu 'on n 'a pas de cervelle.
Allez, fichez -moi le camp.
Vous avez cru que je prenais la suite ? Pourquoi ? Vous y avez pensé ? Il y a
deux semaines, oui.
Au moment où vous avez engagé M.
Radel ? Oui. C 'est votre amant qui vous a poussé à demander le divorce ? Je n
'ai pas besoin d 'hommes pour prendre une décision.
Comment s 'appelle votre amant, Mme Lachaud ? Je ne peux pas vous le dire.
C 'est votre neveu, n 'est -ce pas ? Jean -Paul est comme mon fils.
Il est suffisamment perturbé par la mort de son père.
Je veux le mettre à l 'abri.
C 'est vous qui payez ? Oui.
J 'espère que vous n 'avez pas l 'intention.
Oh non, je ne vois pas pourquoi j 'irais interroger ce garçon.
Lui non plus, bien sûr, n 'a rien entendu.
Commissaire, je commençais à croire que vous ne reviendriez jamais.
Je travaille, monsieur le juge.
Du nouveau ? Solange Vachaud m 'a mis son jeu en pension.
Intéressant.
Et quand comptez -vous l 'interroger ? Qui ça ? L 'enfant, qui nous dit qu 'il
'a pas entendu le coup de feu.
Ça ne nous apprendrait rien que nous le sachions déjà.
Et s 'il avait vu le cambrioleur ?
Je vous rappelle qu 'il dort depuis une semaine au second étage entre ses grands
-parents et la vieille Catherine.
Et alors ? Alors je vois mal votre cambrioleur monter le bordé après avoir
assassiné son père.
J 'insiste pour que vous l 'interrogez.
Dans ce cas, monsieur le juge, il faudra compter sans moi.
Ça n 'a pas de sens.
Commissaire, si je pense qu 'il y a eu cambriolage...
C 'est faute d 'éléments décisifs susceptibles de m 'arracher à cette
erreur. Oui, selon vous, je piétine.
Je n 'ai pas dit ça.
Je vous rappelle que vous devez me communiquer tout ce que vous savez.
Mais ce que je sais, monsieur le juge, c 'est que nous sommes en présence d 'un
crime bien sordide, commis dans une maison respectable au bord de la
où de jeunes et riches épouses entrent pleines d 'espoir avant de ressortir les
pieds devant.
Je ne comprends pas. Solange Lachaume est toujours vivante, non ?
Bonjour, Moës.
Qu 'est -ce que ça raconte ? Le dernier à s 'être servi de la clé anglaise, c
'est le mort.
Je peux vous dire qu 'il n 'aimait pas le Bordeaux.
Il a même dû casser pas mal de bouteilles.
Excusez -moi, ne pourriez -vous pas être un peu plus clair ? Le haut de la clé
est plein d 'éclats de verre identiques à ceux des tessons brisés sur le mur.
Pas d 'empreintes sur la fenêtre, pas d 'avantages sur les chaînes.
Vous pouvez me confirmer que vous avez retrouvé une seule balle dans la chambre
de Léonard Lachaume ? Une seule, oui. Tirée à bout portant par un automatique
635.
Eh bien, merci, moi.
Je suis désolé, commissaire, mais je ne vois rien dans tout ça de probant de
nature à contredire l 'hypothèse du cambriolage.
Quand un cambrioleur décide d 'escalader un mur hérissé de tessons de
bouteilles, monsieur le juge, il ne prend pas la peine de les casser.
Non. Il se sert d 'un sac de jute plié en quatre.
Ce qui lui suffit pour éviter de se blesser.
Quant à l 'arme du crime... J 'allais vous en parler. Oui, bien, quant à l
du crime, un automatique 635, c 'est un petit calibre qu 'utilisent justement
les gens qui ont peur des cambrioleurs.
Aucun professionnel à ma connaissance...
n 'emploieraient cet accessoire de sac à main.
Et là, je vous parle des criminels, pas des cambrioleurs.
Pour la bonne et simple raison qu 'un cambrioleur n 'est jamais armé.
Jamais ! Ils connaissent le code aussi bien que vous. Ils ne prendraient pas le
risque de voir doubler leur peine s 'ils venaient à se faire pincer.
Eh oui, monsieur le juge, c 'est l 'ABC du métier.
Alors oui.
Où ça ?
Elle n 'a pas bougé de
ses ailes ? Une vraie marmotte, patron.
Les fenêtres, là, au premier étage.
Les rideaux sont restés fermés presque toute la journée.
Ça fait à peine une heure qu 'elle les a ouverts.
Elle s 'est misée la fenêtre et puis elle a passé la main comme ça, dehors,
prendre la température.
T 'as vu la concierge ? Oui, elle vous salue bien.
Et son mari, un ancien de la police, il vous a connu il y a longtemps, il se
souvient très bien de vous.
Il en t 'enquête sur moi ou sur la soeur Lachaume ? C 'était juste pour dire.
Sinon, la morte a une vie irrégulière.
Elle travaille la nuit, sans doute dans la restauration.
Elle est célibataire.
Rien d 'autre à ajouter.
Je la finis là ? Non, non, laisse -la moi.
Ça m 'en perdra le bon vieux temps.
C 'est fermé.
Je voudrais parler à Véronique Lachaume.
Lachaume ? Oui, la personne qui vient d 'entrer.
Véro.
Véronique Lachaume.
Il a dû se passer quelque chose de grave pour qu 'on vienne débusquer ici la
brebis galeuse.
Personne ne me connaît sous ce nom -là.
Votre frère Léonard a été assassiné.
Dommage pour l 'entreprise.
Il aurait mieux valu que ce soit l 'autre.
Cette nouvelle n 'a pas l 'air de vous bouleverser.
Écoutez, monsieur... Maigret, commissaire Maigret.
Commissaire Maigret.
La tristesse, j 'en ai eu ma dose.
Et les lâchons, croyez -moi, ils n 'en valent pas la peine.
Ça vit dans une maison bourgeoise accrochée à des privilèges, avec pour
paysage des arbres généalogiques et des broussailles d 'histoires sordides.
Ça crève à petit feu, sans même s 'en rendre compte.
Si vous avez le malheur d 'avoir envie de vivre...
Alors vous n 'êtes pas de ce monde.
Qu 'est -ce que vous voulez boire ? On ne pense que vous.
Qu 'est -ce qu 'on fête ? Vous n 'êtes jamais venu ici, commissaire ?
J 'ai l 'impression de vous avoir déjà vu quelque part.
Moi aussi.
Nous vous voyons, là, tout à l 'heure.
Vous savez qui a tué mon frère ? Je croyais que ça ne vous intéressait pas.
Je la revois encore, mes deux frères.
Quand je me suis engueulée avec la vieille et puis j 'ai quitté la famille
claquant la porte, deux pauvres gauches écrasés par cette autorité de pacotille,
ils étaient terrorisés.
Même si ma vie à moi n 'a pas été facile, la leur a dû être un cauchemar.
Vous connaissez Solange Lassau ? Solange ?
C 'était une amie d 'enfance.
Nous allions à l 'école ensemble.
C 'était une gamine prite.
Elle est venue une fois à la maison pour ma communion solennelle, et puis... Et
puis ? Et puis ma mère m 'a interdit de la réinviter.
Pour quelle raison ? Parce qu 'elle pouvait.
Elle sentait la tripaille et la bouse de vache.
C 'était faux, bien sûr.
Mais tout le monde s 'amusait à le croire.
Et elle lui répétait, tu pues, tu pues, tu pues.
C 'est comme ton père le possier, tu te laves dans le sang des porcs.
Les mômes ne se font pas de cadeaux.
Vos parents n 'étaient plus des enfants.
Non, des lâchaumes, catholiques, pratiquants.
Et elle, une zyberski, une juive.
C 'est pour ça qu 'elle peut, monsieur le commissaire.
J 'aimais longtemps avant de le comprendre.
Mais plus tard, vos parents l 'ont tout de même accueillie comme belle -fille.
L 'argent n 'a pas d 'odeur.
Cela dit, ne m 'en demandez pas plus.
Je n 'ai pas été invitée au mariage, ni à celui de Léonard, pas plus qu 'au
baptême de mon neveu.
Bonsoir. Bonsoir, Véro. Tu vas bien ?
Moi, en tout cas, c 'est pas ici que je vais rencontrer le prince charmant.
Ne me dites pas que vous n 'avez pas de relation.
La relation, c 'est une chose.
Mais le grand amour... En ce moment, par exemple, j 'ai un gars, un beau gars.
Il danse le tango comme un dieu.
Mais de là à savoir si c 'est l 'homme de ma vie.
Il y a tellement d 'hommes dans la vie que c 'est difficile de reconnaître le
bon.
Vous savez danser, commissaire ?
Quand j 'avais 20 ans... Ça ne s 'arrange pas en vieillissant.
Ce que je vis aujourd 'hui, c 'est comme un rattrapage.
Cela dit, ça vaut mieux que rien.
Désigné.
À la vie, commissaire.
Vous partez déjà ? Je dois rentrer. Je vais.
Vous allez rater mon amoureux, je suis sûre qu 'il ne va pas tarder. À une
prochaine fois, j 'espère.
Mais qui sait ?
Allô, Jeanvier ? Oui, je sais, il est tard.
Bon, écoute -moi.
Pas se prendre torrent, c 'est filer tous les deux chercher la reine du
cassoulet, qui est de la gare.
Mais brouille -toi, mon pire, c 'est pour nous aider.
Oui.
Mais qu 'elle prenne pas une heure, qu 'est -ce que ça se passe dans son 31 ?
Amenez -la -moi à l 'Amazone.
Oui, l 'Amazone, oui, Chabanet.
Tu verras, il y a une triomphe rouge décapotable derrière nous.
Mais volontiers, un verre pour mademoiselle.
Vous avez bien fait de revenir, ce soir il y a de l 'ambiance.
Je vous présente Jacques Saint -Vall, mon ami, monsieur le commissaire
Le monde est une comédie pour l 'homme qui pense, une tragédie pour l 'homme
sait. C 'est un proverbe espagnol, à la fin.
Merci.
J 'aimerais vous parler.
Depuis quand connaissez -vous Solange Lachombe ? Solange comment ? Je ne
pas Solange.
Vous n 'êtes jamais allé qu 'à de la gare, à dix pas de la maison Lachombe.
Mais non, je ne sais pas, je ne comprends pas.
Où étiez -vous avant -hier soir ? Avant -hier ? Je ne sais plus.
Chez moi, j 'imagine.
Allons, allons, monsieur Saint -Val.
On vous a vu des dizaines de fois qu 'Ed Lagarde attendre Solange Lachon.
C 'est une blague.
Parce que j 'ai l 'air de plaisanter.
C 'est sûr que je ne connais pas cette femme. Oui, c 'est sûr que tu la
T 'en ai parlé plusieurs fois.
J 'ai oublié.
Ed Lagarde, vous dites ?
Avant -hier ? Non.
Non, c 'est impossible.
Avant -hier soir, nous étions ensemble, Véronique et moi.
Véronique, dis -le.
Quoi ? Que tu mens ? Tu dis toujours non.
Vous vous rendez compte de ce que vous faites ? Mais toi, ça ne te gêne pas de
vivre au crochet des femmes ? S
'il vous plaît, vite, patron.
Père, je m 'attendais à vous trouver dans un endroit pareil.
C 'est une honte.
M 'avoir fait traverser tout Paris pour m 'emmener dans...
Vous reconnaissez cet homme ? Ben oui, c 'est le monsieur à la triomphe rouge.
Maintenant, je voudrais rentrer chez moi, commissaire, et tout de suite.
Tout de suite.
Tu ne vas pas nous faire un caprice devant ces dames, traîner.
Reprenons. Je vous ai déjà dit tout ce que c 'est.
Eh bien, je veux le réentendre.
C 'est quoi ton nom ? Jacques Saint -Vall. Jacques Saint -Vall.
Combien de fois faudra -t -il vous le répéter ? Celui -là, le vrai.
Jacques Cuvelard.
C 'est moins chic.
Parce que Torrance, vous trouvez ça beau ? Tu réponds que le canton de cause.
C 'est quoi ton métier dans la vie ? Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.
C 'est ça, rigole.
Je fais du cinéma.
Je ne te demanderai pas à qui, parce que ça, on le sait. On somme tes gigolos.
Et alors ?
C 'est un crime ? Non, non.
Même pas un délit.
Depuis combien de temps es -tu l 'amant de Solange Lachaume ? Six mois, environ.
Quand on aime, on ne compte pas. Je me demande bien ce qu 'elle lui trouve.
Vous n 'avez qu 'à lui poser directement la question.
Je ne sais pas si tu te rends compte que tu es interrogé au sujet d 'un crime.
Alors moi, à ta place, j 'arrêterai de faire le mariole.
Je vous l 'ai dit, commissaire, j 'ai rien à voir avec cette histoire.
Donc à 18h, tu retrouves la petite dame et tu te fais payer à dîner.
Où ça, déjà ? À la Closerie des Lilas. C 'était bon ? Qu 'avez -vous fait
ensuite ? Ensuite, on est allés dans son studio derrière les Invalides.
Elle voulait continuer à parler.
Je vous l 'ai dit, elle avait peur.
Que craignait -elle, précisément ? Elle pensait que sa famille était au courant
depuis quelque temps de son intention de divorcer.
Depuis combien de temps ?
Une semaine, à peu près.
Je ne sais plus.
En tout cas, elle avait besoin de se confier à quelqu 'un capable de la
protéger. Une semaine ? Que s 'est -il passé depuis une semaine ? Une lettre de
son avocat avait disparu.
Maître Radel ? Oui.
Je le lui avais recommandé.
Tu le connaissais personnellement ? Il m 'a déjà sorti d 'une affaire délicate.
Reconnaissance de dette dans tout Paris et remboursement au lance -pierre, c
'est ça ? Tu joues à quoi ? Les courses, le poker ? Chacun ses vices.
Ouais.
Mais toi, tu les connais de cœur.
Patron, il est temps.
On en fait quoi du danseur de tango ?
Foutez -moi ça dehors.
Vous me relâchez ? C 'est vrai ? Eh oui, mon petit.
Pour garder un étalon, il nous faudrait de l 'avoine.
On peut aller se coucher maintenant, hein, patron ?
Je
vous attendais.
Je suis désolé, mais... il fallait que je l 'interroge.
Je l 'ai mis en liberté, je n 'avais aucune chance contre lui.
Vous, non.
Ne vous en faites pas, je m 'embêterai.
Les histoires qui tournent mal, je connais.
Celles -ci, voyez -vous, n 'étaient pas très intéressantes.
Une femme qui croit aimer un homme qui ne l 'aime pas, c 'est banal à mourir. C
'est du mauvais roman.
Et la fin n 'est jamais très intéressante. On y perd quelque chose de
Il y a ce qu 'un très force pour continuer à vivre, continuer à rêver.
Le lendemain ne chante pas pour tout le monde.
Et ça, c 'est bien dommage.
Vous avez des enfants, commissaire.
C 'est la seule chose, au fond, que je regrette.
Si mon père m 'avait laissé épouser l 'homme que j 'aimais à 18 ans et qui m
'aimait vraiment, alors je crois que j 'aurais eu une existence meilleure.
J 'aurais pas passé toutes ces années à courir après des fantômes.
Pour chasser des ombres.
Tant pis.
Une autre fois.
Dans un autre monde.
Je suis contente de vous avoir connus.
Surtout, ne parlez pas de moi à la famille.
Ils ont bien assez d 'un mort sur les bras sans une morte qui leur tombe sur
tête.
Bonjour.
Il n 'est pas là, le chanoine ? Bonjour, patron.
Bien récupéré ? Oui, très bien dormi.
Oui, je lui dirai.
Oui ? Vous partez déjeuner ? Oui. À quel numéro ? Balzac, 1940 ?
Oui.
Oui, je lui transmettrai. Entendu.
Oui.
Entendu, monsieur le juge. Entendu.
Ça fait dix fois que le juge rappelle, monsieur le commissaire.
Moi, je veux bien ne prendre aucune initiative, mais je ne sais plus quoi
raconter.
Il parle de faire un rapport à la direction de la police.
Eh ben, ça l 'occupera.
Alors, Thoreau, quoi de neuf ? Je vais faire un petit tour à la closerie des
Lilas. La petite dame est une heure habituée. Elle y est un soir sur deux.
Toujours la grande toilette, escortée par le Casagor.
Et puis les auditions sont même les regardées.
Hier soir, elle a attendu. C 'est pour cause.
Et le soir du crime, elle n 'a pas menti, patron.
Ils étaient bien là -bas avec l 'autre guigus. La seule chose qu 'ils ont
de nous dire, c 'est qu 'un homme d 'une quarantaine d 'années est venu se
glisser au milieu de leur chandelle.
Il a demandé au serveur que Mme Lachaume vienne le rejoindre au bar.
Tout à coup, il est venu comme un esclavage. Le serveur n 'a pas bien
mais ça avait l 'air de sentir le vinaigre.
Quelqu 'un l 'a identifié.
Le portier, bien connaisseur, l 'a vu monter dans une pontiac noire.
Léonard à la chambre.
La dernière balade de Léonard avant qu 'on l 'expédie dans l 'au -delà.
Bonjour, patron.
Bien dormi ? Ah, Jeanvier, tu viens avec moi.
J 'ai un problème de drap à résoudre.
Si le juge rappelle après son déjeuner, qu 'est -ce que je dis ? Je lui fais mes
amitiés.
Vous croyez que je n 'ai que ça à faire ? Je pense que les lâchons vous payent
pour que vous les assistiez.
Ils vous font confiance.
Qu 'est -ce que vous faites ici ? Vous ne comprenez long jamais rien.
Allez, faisons.
Venez, ne restons pas là.
Maintenant ?
Les draps brodés de la lettre S servent -ils à d 'autres qu 'à vous ? Non.
Saint -Val, c 'était juste impactant pour vous, n 'est -ce pas ? Oui.
Vous ne l 'avez jamais aimé.
Ce n 'est donc pas pour lui que vous vouliez divorcer ? Non, bien sûr.
Le divorce, c 'est un interceptant, une lettre de votre avocat.
Qu 'Armand l 'a appris ? Oui.
Et comment a -t -il réagi ? Il n 'a pas réagi.
Et la famille ? Rien.
Pas un mot.
C 'est là que vous avez pris peur, n 'est -ce pas ? Selon je, pourquoi avez
-vous épousé Armand Lachaud ? Ce n 'est pas un homme très...
Très séduisant.
Vous ne pouvez pas comprendre, commissaire.
J 'ai passé mon enfance au milieu des bêtes mortes.
Des intestins crevés, des excréments.
Vous aviez senti cette odeur.
J 'avais l 'impression que tout mon corps en était imprégné.
Mes vêtements, mes cheveux.
Une odeur de charogne.
La nuit, en dormant, je la sentais encore.
Je voyais ces animaux, suspendus par les pattes,
ventre ouvert, dégoulinant le vent chaud.
L 'hiver, les rigoles fumaient, l 'été, elles empestaient la mort.
Pouvez -vous le comprendre ? Dès que j 'arrivais quelque part, je ne pouvais
plus bouger.
De peur que quelqu 'un d 'autre que moi ne la sente, cette odeur.
Je vivais immobile dans l 'angoisse.
Et plus tard, j 'ai fui les garçons, ils n 'étaient pas pour moi.
La première fois qu 'un homme m 'a embrassée, je suis partie en courant de
qu 'il ne s 'en aperçoive.
Depuis toujours, j 'entendais ces mots qui me poursuivaient.
Épouser Armand Lachaume, commissaire, c 'était... Fuir ce charnier où j
'avais grandi.
Si j 'avais su... Le premier soir de notre mariage,
il a fait une crise des pieds.
Bonjour, commissaire. On ne vous a pas vu ce matin ? Tiens.
Merci.
C 'est moi qui te remercie. Tu avais raison avec ton histoire du train.
Un coupable peut en cacher un autre.
De ce tour, appelle Agnello.
Le juge ? Oui, le juge.
Et demande -lui de m 'en joindre immédiatement chez Léla Chaume.
Bien, commissaire.
Commissaire, votre méthode est scandaleuse.
Vous enlevez ma cliente pour lui soutirer des renseignements sans me
Ne vous donnez pas cette peine, maître.
Laissez faire le commissaire.
Il est temps qu 'on cherche la vérité.
L 'enquête est arrivée à un point où il me paraît nécessaire de procéder à une
petite reconstitution. Mais cette pièce ne s 'y prête pas, alors je vais vous
demander de bien vouloir me suivre.
Mes parents aussi ? Oui.
Voilà. Le soir du crime, Solange rentre vers minuit après avoir passé la soirée
avec son amant.
Léonard l 'attend.
Il l 'a pourchassé dans Paris jusqu 'à la Closerie des Lilas où il a continué à
la menacer.
Car Solange veut s 'en aller.
Elle a engagé pour cela un avocat, spécialiste des divorces.
N 'est -ce pas, maître ? Tout a été dit.
Solange ne reviendra pas sur sa décision.
Et Léonard le sait.
Quand il la croise sur le palier, vers minuit, c 'est juste pour s 'assurer que
sa belle -sœur va bien se coucher.
Dans la maison, depuis une semaine, chacun attend ce moment.
Car tout le monde est complice ! Sauf le petit Jean -Paul, déménagé au second,
et qui dort du sommeil du juste.
C 'est probablement aussi Léonard qui a brisé les tessons de bouteille sur le
mur d 'enceinte, et...
Casser le carreau de la fenêtre du salon pour faire croire à un cambriolage.
Au milieu de la nuit, Léonard traverse le palier qui le sépare
de la chambre de sa belle -sœur.
Vous entendez le parquet qui craque.
Peut -être un train passe à ce moment -là et couvre le bruit.
Mais Solange ne dort pas.
Elle a peur.
Elle s 'est même procuré un pistolet 6 .35 automatique, fourni sans doute par
son ami Jacques Saint -Vall.
Je me trompe, Madame Lachaume.
Léonard ouvre doucement la porte.
La pièce est dans l 'obscurité.
Il avance.
Allons, venez.
Restez pas là figés dans le couloir.
Solange est là, couchée.
Elle sent le souffle de l 'homme sur sa nuque.
Il lève la clé anglaise pour frapper.
Elle braque son revolver et tire deux fois. La première balle se perd, on la
retrouvera plus tard.
La seconde atteint Léonard Lachaume en pleine poitrine.
Monstre, mais taisez -vous ! Vous voulez la ruine de notre maison ! Lâchez -moi
! Lâchez -moi ! Lachaume, ça, c 'est un nom ! Vous ne savez pas ce que c 'est,
vous, hein ? Mais lâchez -moi ! Torrance ! Janvier ! Cette chienne de juif
voulait partir avec son argent ! On était tous d 'accord pour l 'en empêcher
Lâchez -moi ! Moi, j 'étais d 'accord pour faire le travail ! Quand M.
Léonard est mort...
Si M.
Armand n 'en avait pas empêché, je l 'aurais même achevé.
Toupie ! Mais lâchez -moi ! Lâchez -moi !
Vous avez même eu droit à des aveux en direct.
Pour le reste, le camouflage du meurtre en cambriolage qui a mal tourné, il est
né dans l 'esprit de cette pauvre vieille folle.
Allons, pour le temps qu 'il leur reste à vivre, fichons -leur la paix.
Venez.
Voilà libre.
Vous ne resterez pas longtemps en prison.
Vous allez trouver un bon avocat qui plaidera la légitime défense.
Merci.
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