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Original subtitles

Pas un geste !

Par ici !

Ça doit être le chef. Emmenez-le.

Tirons-nous !

Le garde des Sceaux Palmer

bloque le plan des communistes pour renverser le gouvernement US.

Les radicaux terrassés à Boston et dans le Massachusetts

Non à la révolution bolchevique aux USA

La campagne hystérique de Palmer

Une menace sérieuse pour la démocratie

Intolérance USA 1920 Notre liberté menacée

SACCO ET VANZETTI

Comment douter que les anarchistes aient posé cette bombe ?

C'est leur signature.

M. le Ministre,

falsifier un tract est plus facile

que poser une bombe.

Après tout, M. Palmer, vous êtes vivant.

Vous le déplorez ?

Vos expulsions sont-elles légales ?

- 25000 expulsés... - Il a raison.

D'après vous, les bombes

des anarchistes contre Morgan

et moi sont légales ?

Avec vos rafles,

vous terrorisez les syndicats ouvriers,

les vrais ennemis de Morgan et Rockefeller.

Vous parlez comme un Rouge !

Votre ministère est accusé d'avoir infiltré les syndicats

avec des espions et des provocateurs.

Vous aussi, vous parlez comme un Rouge !

L'évêque de New York a dit :

"L'hystérie et la panique minent le pays.

"C'est une honte

"pour l'Amérique."

L'Église catholique aussi parle comme les Rouges ?

Que l'évêque s'occupe du salut des âmes,

moi, je m'occupe de celui de mon pays.

À Boston, le secrétaire d'État a déclaré :

"Si je pouvais, j'en expulserais tous les jours

"et je les fusillerais."

Moi, je ne fusille pas.

Parlez-nous d'Andrea Salsedo.

De quoi parlez-vous ?

De l'homme mystérieusement tombé du 14e étage du commissariat.

Taisez-vous ! C'est honteux !

Le ministre du Travail, Post,

est contre ces expulsions. Lui aussi est un Rouge ?

L'Amérique saura qui est le chef des Rouges.

Vous accusez le ministre du Travail.

Je n'accuse personne !

Rennie, voilà une vraie bombe ! De quoi faire une édition spéciale.

Qui ĂŞtes-vous ?

Boda. Je suis venu

chercher la voiture.

Un instant.

Qu'y a-t-il ?

Cet Italien, M. Boda... il n'est pas seul.

Appelle la police. Signale-leur ces étrangers.

J'ai compris.

Elle téléphone.

On s'en va.

J'arrive. Le temps de m'habiller.

Ça ne fait rien. J'enverrai quelqu'un demain.

Pas un geste !

Lève-toi !

Colt .32 trouvé sur celui-ci : Sacco Nicola.

Dans les poches, 32 balles de marques différentes.

Un Harrington & Richardson, calibre .38,

avec un chargeur plein, 6 cartouches, trouvé sur l'autre.

Bartolomeo Vanzetti.

Ils disaient ne pas avoir d'armes.

Pourquoi avez-vous menti ?

M. Sacco...

daignez répondre, s'il vous plaît.

- On n'a pas de port d'arme. - Je sais pas m'exprimer.

Italiens ?

Naturalisés américains ?

Des anarchistes !

Asseyez-vous, M. Sacco.

Vous n'avez aucune raison de vous inquiéter.

Vous me comprenez ?

À peu près.

C'est vrai, vous parlez mal notre langue.

Tout sera fait dans les règles.

Vous comprenez ?

Oui. Dans les règles.

Pourquoi circulez-vous armé, M. Sacco,

avec un tel arsenal ?

On vit une époque dangereuse.

Trouvez-vous normal, en une époque dangereuse,

de se promener la nuit, armé,

sans port d'arme ?

Que faisiez-vous Ă  Bridgewater ?

J'accompagnais Vanzetti.

J'allais voir un ami.

Quel ami ?

Poppy.

Poppy comment ?

Je ne lui connais que ce nom.

OĂą devais-tu retrouver ce Poppy ?

Au drugstore.

Pourquoi allais-tu voir ce Poppy, au drugstore,

armé, de nuit, et avec l'autre, armé lui aussi ?

J'allais voir ce Poppy, au drugstore,

Ă  propos d'un ami.

Il voulait lui vendre des poissons.

Elle est bien bonne !

"Il voulait lui vendre des poissons" !

Quel genre de poissons ?

Requins-marteaux ? Espadons ? Poissons-chats ?

Bartolomeo vend du poisson.

Et vous, que vendez-vous ?

Des conneries ?

Je travaille dans une usine de chaussures.

Qui étaient les 3 autres, ceux avec le side-car ?

Je l'ignore.

Des amis de Vanzetti, je crois. Je ne connais pas leur nom.

L'un d'eux s'appelle Boda.

Mike Boda.

Ce nom ne vous dit rien ?

Tu te promènes armé avec l'autre idiot.

Puis tu te retrouves avec ces 3 types au side-car

que tu ne connais pas.

Je ne connais rien Ă  la politique.

Tu es syndiqué ?

Alors, tu es anarchiste ou pas ?

Connaissiez-vous, par hasard...

Andrea Salsedo ?

Aujourd'hui, mercredi 5 mai 1920,

j'ai interrogé deux suspects.

Leurs déclarations se contredisent.

Sacco Nicola, ouvrier dans une usine de chaussures...

Lors du hold-up Ă  l'usine de chaussures de South Braintree,

les balles ont été tirées par un Colt .32.

Nicola Sacco ou Nick Sacco ?

Ne bougez plus.

Le 15 avril, Nicola Sacco n'était pas au travail.

Quoi d'autre ?

Rien. À la connaissance du ministère,

récemment, le mouvement anarchiste n'a pas encaissé de grosse somme.

Votre chapeau !

Mettez votre chapeau !

Ôtez votre chapeau !

Comme ça.

Tendez le bras, comme si vous teniez une arme !

Le bras droit !

Soyez plus naturels.

Dépêchez-vous !

Visez vers le haut !

Que font-ils ?

Gardez le bras levé !

Face au mur !

Ils veulent nous impressionner.

Maintenant, tournez-vous Ă  gauche.

Vous mentez. Vous n'avez pas arrêté de mentir.

C'est une habitude chez vous ?

Je ne mens pas.

Vous étiez armé, n'est-ce pas, M. Vanzetti ?

MĂŞme lĂ -dessus, vous avez menti bĂŞtement.

C'est une habitude chez vous.

Je ne mens pas !

Vous ĂŞtes anarchiste ?

Vous n'avez pas compris ?

Anarchiste ?

Communiste ?

M. Vanzetti,

ne me faites pas tout répéter.

Socialiste ?

Non, monsieur.

Non, monsieur.

Syndicaliste ?

Non, monsieur.

Vous appartenez Ă  la mafia ?

Non, monsieur.

Où étiez-vous la nuit du 2 janvier ?

Vous ne vous souvenez pas ? Vous mentez.

C'est une habitude chez vous.

C'est bien vous ?

Vous vous rappelez quel jour c'était ?

Eh bien ?

C'était le 2 janvier.

De cette année ?

De cette année ?

De cette année.

Et le 15 avril de cette année,

Où étiez-vous à 3 heures de l'après-midi ?

Dois-je aussi répéter cette question ?

Je vais vous aider.

Aujourd'hui, nous sommes

le jeudi 6 mai. il y a 3 jeudis, on était le 15 avril.

C'est simple, non ?

Où étiez-vous il y a 3 semaines, le jeudi 15 avril de cette année,

à 3 heures de l'après-midi ?

Je vendais du poisson !

J'ai un chariot, je vends du poisson !

OĂą ?

Ă€ Plymouth !

La nuit du 2 janvier, vous n'y étiez pas.

La nuit dernière non plus.

Si je vous montrais une autre photo,

prise à 3 h de l'après-midi le 15 avril

de cette année, 1920, où on vous voit à South Braintree ?

South Braintree ?

Le Parquet des comtés de Norfolk et Plymouth que je représente

vous inculpe, Bartolomeo Vanzetti,

d'homicide et hold-up

avec la complicité de Sacco et de tiers non identifiés.

Ces crimes ont été commis le 15 avril, à 3 h de l'après-midi,

Ă  Pearl Street, South Braintree,

devant l'usine de chaussures Slater & Morrill

oĂą a eu lieu le hold-up sanglant au cours duquel

ont été tués Frederick Parmenter, trésorier de l'usine,

et Alessandro Berardelli, son garde du corps.

Mais...

vous devez plaisanter.

Emmenez-le.

Que faites-vous ?

- Emmenez-le ! - Que faites-vous ?

Vous êtes un lâche !

Lâchez-moi !

Bartolomeo !

Nicola ! Ils m'accusent d'homicide !

Bartolomeo !

Laissez-moi sortir !

N'oubliez pas votre promesse.

N'en faites pas une affaire politique.

Rosa, maître Moore a défendu des ouvriers pendant les grèves.

C'est l'avocat des syndicats.

Il sait ce qu'il a Ă  faire.

Rassurez-vous, Mme Sacco.

Le procureur est d'accord. Pas de politique.

Au tribunal, évidemment.

Mais dehors...

Assassins ! Pas de Rouges aux États-Unis !

À mort ! La chaise électrique !

L'Amérique aux Américains !

Les Rouges sur la chaise électrique !

La Cour.

Lisez l'acte d'accusation.

Votre attention, s'il vous plaît.

L'État du Massachusetts

contre Sacco Nicola et Vanzetti Bartolomeo ici présents,

arrêtés le 5 mai 1920 au soir, à Brockton,

accusés de double homicide et de hold-up

Ă  Pearl Street, South Braintree,

le 15 avril 1920, Ă  15 heures.

C'est là qu'a commencé la fusillade.

M. Bostock,

vous y avez assisté.

À quelle distance étiez-vous de Parmenter et Berardelli ?

À cinq, six mètres environ.

Vous avez donc vu les 2 malfaiteurs ouvrir le feu ?

Reconnaissez-vous les deux accusés

ou, au moins, l'un d'eux,

comme étant les malfaiteurs de South Braintree ?

Je ne suis pas sûr.

En entendant tirer,

vous avez regardé par la fenêtre. Qu'avez-vous vu ?

J'ai vu Berardelli juste en dessous, et un homme lui tirant dessus.

Décrivez cet homme.

Il était brun, les cheveux coiffés en arrière.

À quelle distance étiez-vous de lui ?

4 ou 5 mètres...

Cet homme est dans la salle ?

Montrez-le-nous.

C'est lui.

Vous connaissez son nom ?

Celui sans moustache.

Son nom ?

Moi ?

C'est faux !

Restez calme.

- Et l'homme au volant ? - Blond, pâle.

Maigre, blond, le visage émacié...

Teint mat, moustache brune...

Je l'ai déjà dit.

Pas de doute.

C'est lui.

Bartolomeo Vanzetti.

Le train arrivait. J'avais baissé la barrière du passage à niveau.

Depuis la voiture, il a pointé sur moi

son revolver en criant :

"Lève la barrière !"

Il était au volant.

- Qu'a-t-il ajouté ? - "Fils de pute !"

Vous oubliez un petit détail :

Vanzetti ne sait pas conduire.

Ne pensez-vous pas plutĂ´t que l'homme Ă  la moustache

était assis derrière le chauffeur,

et qu'il s'est penché au dehors pour vous menacer avec son arme ?

Dans la confusion...

- Objection, Votre Honneur. - Accordée.

Je pose ma question autrement.

Êtes-vous sûr que l'homme à la moustache,

identifié comme étant Vanzetti, était au volant ?

Ă€ vrai dire, non...

Le visage que vous avez vu est-il bien celui de l'accusé ?

En résumé, M. Goodridge,

quand vous avez entendu tirer, vous jouiez au billard ?

Vous êtes d'abord allé à la fenêtre et n'avez rien vu.

Ensuite, vous vous êtes précipité sur le trottoir.

Et vous avez vu...

À quelle distance était la voiture ?

Environ 6 m.

Qu'avez-vous vu ?

J'ai vu un homme aux cheveux foncés

se pencher et pointer son arme sur moi.

Vous le reconnaissez ?

C'est celui Ă  gauche.

- Vous en êtes sûr ? - Absolument.

Votre Honneur,

ce mĂŞme tribunal

ne juge-t-il pas le témoin pour une autre affaire ?

Maître Moore,

veuillez vous lever pour vous adresser Ă  la Cour.

Vous avez compris, maître Moore ?

Vous devriez également savoir que les antécédents pénaux

ne peuvent être mentionnés que si la personne a été condamnée.

Rayez cette question du procès-verbal.

On a couru

Ă  la fenĂŞtre donnant sur Pearl Street.

J'ai vu la voiture passer la voie ferrée.

Elle roulait vite.

Demandez-lui à quelle distance elle était.

Vous avez compris ?

Disons...

à une vingtaine de mètres. Ça peut se mesurer.

Continuez !

J'ai vu le malfaiteur.

Lui, lĂ -bas.

Objection !

Objection accordée.

Que le témoin s'en tienne aux faits.

- Puis-je parler ? - Bien sûr.

Donc,

je dirais qu'il avait un visage

aux traits marqués,

un peu émacié, mais pas beaucoup.

Le front haut, dégagé, les cheveux coiffés en arrière.

Longs...

de 6 à 7 centimètres environ.

J'ai surtout remarqué sa main gauche.

La droite tenait le revolver.

La gauche

reposait sur le dossier du siège avant.

Je m'en souviens parce que...

c'était une belle main.

Puissante.

Avez-vous vu sa fossette au menton ?

Maître Moore !

Combien de temps a duré cette vision de rêve ?

Je proteste, Votre Honneur. La parole n'est pas à la défense.

Votre protestation est légitime.

Veuillez poser tout de même la question au témoin.

Répondez à la question !

Je ne sais pas exactement...

plusieurs secondes.

Dites-nous, Mlle Splaine,

qui était ce malfaiteur décrit avec tant de minutie.

Je vous l'ai déjà dit !

Nicola Sacco. Sans l'ombre d'un doute !

Un instant.

Merci.

La voiture a été retrouvée dans un bois près d'ici.

Ă€ cette fenĂŞtre, Mary Splaine.

LĂ -bas, Goodridge.

Pelser et les autres Ă  ces fenĂŞtres.

Levangie au passage Ă  niveau.

Les coups de feu étaient destinés à Bostock,

qui a voulu secourir le trésorier.

C'est tout. Merci, messieurs.

Mlle Splaine...

savez-vous que l'accusation repose avant tout sur votre témoignage ?

Objection !

Objection accordée.

Vous dites que vous étiez à environ 20 m de la voiture.

Ă€ quelle vitesse roulait-elle ?

Objection.

Objection accordée.

Regardez cet homme, lĂ -bas,

assis au bout du 2e rang, Ă  droite.

De quelle couleur est sa cravate ?

Je ne sais pas.

Il est trop loin.

Ă€ quelle distance est-il ?

Objection !

À moins de 15 mètres !

Et vous voulez nous faire croire...

Dites la vérité. il n'y a aucune honte à porter des lunettes.

C'est vrai.

Quand je travaille, je porte toujours des lunettes.

C'est vrai.

Quelle idiote ! J'aurais dĂ» le dire.

Pour vous, nul doute que l'homme qui a tiré est M. Sacco.

N'est-ce pas ?

Aucun doute ?

Je vous dis que non.

Pourtant, au commissariat, vous en avez identifié un autre !

En montrant une photo du fichier, vous avez dit :

"Ça pourrait être lui qui a tiré en premier."

Pourquoi ce revirement ?

Répondez à la question !

Je me suis trompé.

Vous vous êtes trompé ?

En montrant la photo ou en montrant Nicola Sacco ?

Je n'ai pas dit que c'était lui,

mais que c'était tout le portrait de l'homme que j'ai vu.

Qu'avez-vous vu ?

Objection, Votre Honneur.

La défense essaie d'intimider le témoin.

Objection accordée.

Vous pouvez vous retirer.

Mais ne quittez pas l'audience.

Je n'en ai pas fini avec vous.

Vous travaillez à côté de Pelser ?

Dites-nous ce que vous savez.

Lors de la fusillade, Pelser et moi avons plongé sous le banc.

On était côte à côte.

Ce n'est qu'après qu'il est allé à la fenêtre.

Il a dit : "Je n'ai pas vu les hommes.

"Mais j'ai le numéro d'immatriculation."

Merci, M. McCallum.

Vous travaillez Ă  la station-service

qui se trouve ici.

En rentrant chez vous, vous êtes passé à moins de 8 mètres

de la voiture des malfaiteurs qui se trouvait ici.

Vous avez dit : "C'est une affaire très sérieuse,

"mais cet homme ressemble Ă  Nicola Sacco."

Pouvez-vous le confirmer, sous la foi du serment ?

Je n'en suis plus aussi sûr, à présent...

Pourquoi n'en êtes-vous plus sûr ?

Le fait est

que par la suite,

chez le barbier, j'ai vu un autre homme

ressemblant à celui qui a tiré sur Berardelli.

Merci, M. Wade.

Voilà qui ébranle l'accusation de Katzmann.

Vous êtes le seul témoin à avoir affirmé

que l'homme au volant avait une épaisse moustache noire

et qu'il s'agissait de Bartolomeo Vanzetti.

Tous ont décrit l'homme au volant comme étant blond et mince,

au point qu'on vous a même suggéré

de dire que Vanzetti "pouvait" être l'homme assis derrière le chauffeur.

Il s'est penché à l'extérieur et ça vous a induit en erreur.

Vous étiez ici ?

Ce n'est pas vrai !

Vous veniez d'abaisser la barrière donc vous étiez ici.

Sur le côté droit de la route et pas ici, côté chauffeur.

Après avoir baissé la barrière,

il a peut-être traversé.

Merci, maître Katzmann.

Mais laissez M. Levangie répondre.

C'est exact.

Quoi donc ?

Ce qu'a dit M. Katzmann.

Vous avez donc traversé la route

et quand la voiture est arrivée, vous étiez de l'autre côté ?

L'ennui pour M. Levangie et pour l'accusation,

c'est qu'il y a beaucoup de témoins, des ouvriers travaillant non loin,

prêts à témoigner du contraire.

Était-il près du poste de garde-barrière ?

Ă€ gauche de celui-ci ?

Bien sûr.

Je demande l'inculpation de Levangie pour faux témoignage !

La séance est suspendue.

Qu'en dis-tu ? Ça s'annonce bien.

Si on était des assassins, oui.

Mais on est des anarchistes.

Regarde.

Ça doit être dur pour vous aussi. Que faites-vous ?

On travaille au comité.

Mais sans moyens.

La défense est notre seul salut.

Le camarade Moore...

il se contente de petits exploits. C'est un avocat.

Un avocat...

C'est loin d'être gagné, mais il y a un renversement de situation.

Le jury devra réentendre les témoins,

et sera alors convaincu.

- Comment allez-vous ? - Félicitations.

Faut lui donner une leçon.

Allons-y.

La Cour

rejette la demande d'inculpation du témoin Michael Levangie

et ne peut que condamner

les procédés terroristes employés par la défense.

N'oublie pas qu'ils font un procès politique.

Nous avons des responsabilités.

Nous devons les assumer.

Ne nous en tenons pas qu'aux témoins.

Ils se démasquent tout seuls.

Attention, il y a du monde.

Écartez-vous. Laissez passer.

Ne t'inquiète pas, Nicó. Tout ira bien.

Sois confiant.

Moi, je suis très confiante.

On vous sortira de lĂ  !

Merci.

Dante !

Que faites-vous ? Que voulez-vous ? Laissez-moi !

Salaud !

Lâche !

Ça t'apprendra à te rétracter !

Fumier !

Vu qu'ils ont interdit l'alcool,

ils devraient aussi abolir les soirées.

Des Français,

des Irlandais,

des Anglais,

et maintenant, un zeste d'Italiens, de Grecs,

de Polonais...

C'est ça, Boston.

Vous oubliez les Allemands.

Vous faites allusion Ă  Katzmann, Mme Evans ?

VoilĂ  vos Allemands, madame.

Thayer !

Et enfin,

pour agrémenter le cocktail :

la majesté de la justice.

Votre idée de la justice est plutôt amère.

Vous ne croyez pas Ă  leur innocence ?

Je ne sais pas.

Je sais juste qu'ils ont droit à un vrai procès,

alors qu'il y a peu, deux anarchistes comme eux auraient été expulsés.

Ils risquent la chaise électrique !

Après un procès régulier.

Et je crois qu'après les rafles de M. Palmer,

L'Amérique démocratique ne peut que s'en réjouir.

Vous, M. Thompson,

l'avocat le plus célèbre de Boston, parlez d'un procès régulier !

Un nouveau cocktail ?

Parfaitement légal,

M. Katzmann. Pas une goutte d'alcool.

Je l'appellerai, le "side-car".

Pourquoi ?

Tout a commencé avec une moto, un side-car, n'est-ce pas ?

Vous parlez du procès ?

Oui... Un curieux procès...

D'abord, un side-car, ensuite, un témoin tabassé...

Vous vous souvenez de Wade, l'employé de la station-service ?

Qu'insinuez-vous, M. Rennie ?

Le ministre Post accuse Palmer

Les expulsions étaient impopulaires.

Alors qu'un procès exemplaire...

Le procès de deux anarchistes.

Est-ce un crime d'ĂŞtre anarchiste ?

- Anarchistes et immigrés. - C'est l'Amérique.

Vous ĂŞtes ici depuis longtemps ?

Je suis convaincu de la culpabilité de Sacco et Vanzetti.

Je suis en train de le prouver.

Si la sentence a par ailleurs une signification politique...

Capitaine, expliquez au jury ce qu'est une expertise balistique.

Au moins, les grandes lignes.

Voici le Colt calibre .32 appartenant Ă  M. Sacco.

Voici le Harrington & Richardson calibre .38 de M. Vanzetti.

On reconnaît une balle à son calibre, évidemment,

et selon qu'elle provienne d'un canon dextrorsum ou senestrorsum.

C'est-à-dire quand le canon est rayé de gauche à droite

ou de droite Ă  gauche.

Or, le seul revolver américain

ayant un rayage sinistrorsum est le Colt .32.

Merci.

Merci, capitaine Proctor. Asseyez-vous.

3 des 4 balles tirées sur Berardelli ont un rayage dextrorsum,

ainsi que les 2 extraites du corps de Parmenter.

La 4e balle tirée sur Berardelli, celle qui lui a été fatale,

a un rayage sinistrorsum.

Elle provient donc d'un Colt .32.

Capitaine Proctor, d'après vos expertises,

pouvez-vous nous dire si cette balle provient du Colt de M. Sacco ?

Tout porte Ă  croire qu'elle provient de ce revolver.

Sacco ne pouvait pas se trouver Ă  South Braintree le 15 avril !

Ce jour-là, il s'était absenté de l'usine

pour de graves raisons personnelles !

"Mon cher fils,

"je sais que l'annonce de la mort de ta mère te fera de la peine.

"Avant de mourir, elle aurait voulu te revoir.

"Vivement que tu nous reviennes.

"C'est si dur d'avoir un fils à l'étranger

"depuis tant d'années...

"Nous attendons avec impatience...

"le moment de te revoir."

M. le Consul, excusez-moi...

Pas d'autres photos ?

Je n'ai que ça.

Je n'avais jamais vu des photos de ce format,

de cette taille, je veux dire.

Il devait être 14 h ou peu après 14 h.

Justement, le 15 avril.

Je m'en souviens,

car j'ai regardé le calendrier accroché au mur du bureau voisin.

Oui, 14 h.

Ou légèrement plus tard.

Car je me souviens parfaitement

que ce jour-là, j'ai fermé le consulat

environ 30 mn plus tard.

Avec toutes les personnes qui passent dans votre consulat,

vous avez dit

entre 150 et 200 par jour, si je ne m'abuse,

vous devez avoir une mémoire d'éléphant, M. Adrower.

Que portait l'accusé, ce jour-là ?

J'ai oublié. Seule la photo m'a marqué.

Dites-nous ce qui vous a "marqué" le 17, le 19,

le 21,

le 24 ou le 29 avril. À votre guise.

Choisissez une date, n'importe laquelle.

Le 2 mai, le 3 mai, le 4 mai, ou bien le 6...

Je me souviens d'un fait marquant survenu le 1er mai,

mais de l'année précédente.

Les immigrés affluaient au consulat

pour échapper

aux rafles du ministre Palmer.

VoilĂ  des faits !

M. Adrower,

répondez aux questions !

M. Palmer est le ministre de la Justice des États-Unis.

Vous représentez un pays étranger. Vous lui devez du respect.

Répondez aux questions.

Donc,

aucun autre fait ne vous a "marqué" au consulat d'Italie

sauf celui concernant Sacco.

Oui, si vous préférez que je réponde ainsi...

M. Kelley,

regardez bien ce béret.

Regardez à l'intérieur.

Vous ne remarquez rien ?

Si, la doublure est déchirée.

Vous ne nous avez pas dit que Sacco

accrochait son béret à un clou ?

- Si, mais je ne vois pas... - C'est son béret, oui ou non ?

Il est plus petit.

Sinon, diriez-vous que c'est celui de Sacco ?

Objection !

M. Sacco, pouvez-vous l'essayer ?

Non.

Comment ça, non ? Vous devez le faire.

Je ne suis pas un clown.

Personne ne vous manque de respect. Vous ne pouvez pas refuser.

Mettez-le bien.

Vous m'entendez ?

Ça suffit !

Ça suffit !

Ce 15 avril, j'étais à Plymouth, comme chaque matin.

Bart !

Tu veux un café ?

J'en ai déjà bu deux, merci !

Achetez mon poisson !

Il est bon, il est frais !

Il a l'air bon. il est frais ?

Regardez.

- Ça vous va ? - Ça me va.

Comment savez-vous qu'il était 12h30 ?

Il est artisan,

il débraye à 12h30, quand la sirène de la corderie retentit.

Comment sait-il que c'était le 15 avril,

et pas le 13 ou le 14 ?

Je ne sais pas pour lui, mais moi, j'achète du poisson frais le jeudi.

Je ne le garde pas une semaine.

C'était peut-être un autre jeudi. Le 8 avril ? Ou le 22 ?

Il dit qu'il a été opéré de l'appendicite le lendemain et...

- Et ? - Et qu'il n'en avait qu'une.

Mme Brini, vous connaissez M. Vanzetti depuis longtemps ?

Depuis qu'il s'est installé à Plymouth, il y a 4 ans.

- Il habitait chez vous ? - Oui.

Vous étiez contente de sa présence ?

Je ne l'aurais pas gardé, sinon.

Votre mari était-il content

de cette cohabitation ?

Objection !

Que voulez-vous me faire dire ?

N'en déplaise à la défense, je vais vous poser une question.

En cas de besoin, vous feriez des sacrifices pour un ami,

italien de surcroît ?

- Objection ! - Qu'y a-t-il, encore ?

Maître Katzmann,

veuillez retirer la fin de la question.

Retirez "italien de surcroît", je vous prie.

Vous feriez n'importe quoi pour un ami ?

- Évidemment. - Répondez par oui ou par non.

Vous vous rappelez qu'il était le 15 avril,

car vous avez acheté une robe.

N'est-ce pas absurde ?

Les gens comme moi n'ont pas l'habitude de faire certains achats.

Nous en avons parlé.

Vous en avez parlé ? Vous l'avez reconstruit ? Avec qui ?

Avec mon mari.

Et avec les voisins.

MĂŞme avec l'homme de l'appendicite ?

Évidemment.

Merci, Mme Brini. J'en ai fini avec vous.

L'expertise du capitaine Proctor a établi qu'au moins une balle,

celle qui a tué le pauvre Berardelli,

provient du revolver de Sacco.

Face Ă  une telle preuve,

scientifique et irréfutable,

les alibis fournis aux accusés fondent comme neige au soleil.

De nombreux témoins ont déclaré...

Quels témoins ?

Un défilé de misérables,

la lie de notre société...

Des va-nu-pieds...

il nous hait tous !

Silence !

L'accusation a insulté les témoins !

Elle a prouvé la participation des deux accusés au hold-up féroce

du 15 avril Ă  South Braintree.

Je dis juste que les témoins italiens ne sont pas dignes de foi.

Maître Katzmann, modérez vos propos.

Modérer ?

C'est du racisme !

Le banc des accusés vous guette !

C'est l'endroit le plus propre de cette salle.

Maître Moore !

Certes, ça fait de la peine de voir ces malheureux

venus de pays lointains, pauvres et barbares, disons-le...

Italiens, Grecs, Polonais, Portoricains, Chiliens...

Ça fait de la peine de penser à leurs efforts surhumains

pour s'intégrer dans une civilisation supérieure,

pour s'adapter à nos coutumes, à notre mentalité...

C'est du racisme !

Messieurs les membres du jury, c'est la défense qui est raciste

en opposant à de loyaux citoyens américains,

des témoins irréprochables, une masse de pauvres immigrés.

Des individus ignorant tout de nos principes nationaux,

des grands idéaux de démocratie et de justice

qui régissent notre pays.

Des individus ne parlant mĂŞme pas notre langue.

C'est du racisme !

Ce sont ces mêmes idées qui animent les fanatiques du Ku Klux Klan.

Continuez, maître Moore,

et je vous inculperai pour outrage Ă  la Cour !

Poursuivez, maître Katzmann.

Ces individus représentent un réel danger

pour nos institutions démocratiques.

Il faut être tolérant, mais pas jusqu'à mettre en danger...

C'est du racisme ! Comme le Ku Klux Klan !

Cet avocat californien,

l'ineffable M. Moore, a mentionné le Ku Klux Klan.

Mais connaît-il les liens de sang entre les immigrés ?

Les Italiens ont des rites de sang,

où le sang du "maître" est véritablement

mêlé à celui du disciple, de "l'initié".

Ce sont des barbares !

Merci, maître Thompson, de participer au Comité de défense.

Mais je ne suis pas d'accord avec vous.

Le tribunal veut à tout prix une condamnation, c'est évident.

Je n'en suis pas si sûr.

Il veut une condamnation exemplaire. Une condamnation politique !

Voilà le vrai but du procès.

Ce n'est pas sur ces prémisses que vous les ferez acquitter.

Vous croyez vraiment qu'ils puissent être acquittés ?

Je crois en la justice.

Maître Thompson, c'est pourtant clair !

Je me demandais, maître Moore...

Allez-y, maître. Parlez ouvertement.

Nous sommes tous convaincus

que Sacco et Vanzetti sont innocents.

Ils le sont !

Alors, oĂą sont les vrais coupables ?

Où ? À vous de les chercher !

Précisément.

Vous avez essayé de les trouver ?

Les trouver ? Avec quels moyens ?

Demandez ça à la police, à Thayer ou à Fuller.

Ce n'est pas ainsi que vous nous aidez.

Vous vous refusez Ă  croire que police, juge et ministres

veulent tous une condamnation Ă  tout prix.

Si vous le pensez, pourquoi écarter l'aspect politique du procès ?

Vous avez raison. J'ai commis une erreur.

Je demande

à interroger l'accusé Bartolomeo Vanzetti.

Quand êtes-vous arrivé aux États-Unis ?

Il y a 13 ans, en 1908.

Vous étiez déjà anarchiste ?

Pas complètement.

Expliquez-vous.

J'avais vu comment les choses se passaient dans mon pays.

J'espérais trouver mieux ici.

Vous ĂŞtes devenu anarchiste ici ?

Disons qu'ici, je le suis devenu complètement.

Quand on commence, comme moi, Ă  travailler Ă  l'usine Ă  13 ans...

Lors de votre arrestation, étiez-vous anarchiste ?

Et je le suis toujours.

Tout le monde ici le sait. Pourquoi cette mascarade ?

M. Vanzetti,

pourquoi avoir menti au commissariat le soir où vous avez été arrêté ?

J'avais peur.

De quoi ?

Savez-vous ce que Nicola et moi faisions dehors cette nuit-lĂ  ?

On allait chercher le matériel de propagande chez des camarades

pour le cacher.

Pour ça, on avait besoin de la voiture de Boda.

Nous savions

qu'une autre grande rafle contre les étrangers se préparait.

Deux jours auparavant,

on avait retrouvé...

le corps...

d'un de nos camarades...

Ă  l'aube... et je...

M. Vanzetti...

Je tiens Ă  dire son nom ici : Andrea Salsedo !

Andrea Salsedo,

notre camarade, a été trouvé mort, à l'aube,

devant les locaux de la police de New York !

Nous avions peur.

C'est pour ça que vous étiez armé ?

Savez-vous vous servir d'une arme ?

Je n'ai jamais tiré un coup de feu de ma vie.

Et je ne sais pas conduire.

S'il vous plaît, dites à la Cour

pourquoi vous aviez une arme.

En fait, on voulait s'en débarrasser.

D'oĂą toutes ces cartouches sur moi.

N'aviez-vous pas une arme quand vous étiez gardien de nuit

Ă  l'usine de Kelley ?

Je voulais quand même la jeter. C'était trop dangereux.

Pourquoi ne pas avoir demandé un port d'arme ?

Ce pays n'en accorde pas aux anarchistes.

Comme tous les pays.

Oui.

Comme tous les pays.

Vous n'aimez pas ce pays, n'est-ce pas ?

Pourquoi dites-vous ça ?

J'aime ce pays.

L'aimiez-vous aussi en mai 1917 ?

C'est dur Ă  expliquer...

Avez-vous compris ? Avez-vous besoin de l'interprète ?

Inutile, j'ai compris.

Alors, répondez par oui ou par non.

Oui.

Vous aimiez ce pays

mais au lieu de le servir, n'avez-vous pas fui

au Mexique ?

- Je vais vous expliquer... - Oui ou non ?

Avez-vous fui, refusant de combattre pour ce pays que vous aimez ?

Je suis un ouvrier !

Étiez-vous au Mexique

en mai 1917 ?

Oui, j'y étais.

Enfin !

Pas facile d'obtenir une réponse ! Pourquoi y êtes-vous allé ?

Je suis un ouvrier anarchiste.

Mais encore ?

Les anarchistes aspirent à un monde sans frontières.

Je vois.

On est objecteurs de conscience.

Aimez-vous le gouvernement des États-Unis ?

Je ne l'aime pas.

Alors, vous lancez

des bombes contre les ministres, les banquiers, l'État ?

Je n'ai jamais lancé de bombes ni tiré sur personne.

Vous ne lancez pas de bombes... Vous ne croyez pas aux bombes ?

Je crois Ă  l'anarchie.

Mais Ă  quel type d'anarchie croyez-vous donc ?

Expliquez-le Ă  la Cour.

L'anarchie, c'est la liberté,

l'abolition des classes sociales,

le respect d'autrui...

VoilĂ  ce qui compte dans la vie.

Et j'essaie de vivre en accord avec ces principes.

L'accusation reproche aux ouvriers de combattre la police des patrons,

pour réduire des horaires de travail inhumains.

16,17,18 heures !

Pour obtenir des salaires décents.

Voilà le vrai but de ce procès :

briser les ouvriers, les syndicats,

en menant une campagne ignoble contre les immigrés.

Maître, je vous ordonne de vous taire !

Vous deviez interdire à l'accusation de distribuer aux jurés...

Je rappelle à l'ordre la défense et l'accusation !

Reprenez ces photos !

Silence !

Ou je fais évacuer la salle !

Vous distribuez des tracts, mais ne savez rien des bombes.

Vous aimez votre prochain, mais vous circulez armé.

Vous aimez ce pays, mais au lieu de le servir, vous fuyez au Mexique.

Pourquoi n'êtes-vous pas resté au Mexique, ce pays libre ?

Je n'arrivais pas à gagner ma vie, ne pouvant exercer mon métier.

J'en ai trop bavé pour l'apprendre, je n'allais pas en changer.

Votre amour pour les États-Unis repose sur votre paie hebdomadaire.

En somme, votre amour pour ce pays se mesure en dollars et en cents.

Objection !

Rejetée. C'est la défense qui a soulevé ces arguments.

Veuillez poursuivre.

- Tu me laisses parler ? - J'allais vous le demander.

Vous ne parleriez pas en dollars et en cents,

mais en millions de dollars s'il s'agissait d'un de ces patrons

qui font des dons aux universités et dont on loue la générosité.

Mais je ne suis qu'un pauvre ouvrier travaillant dans ce pays dit libre.

J'ai trimé comme un chien

sans même pouvoir mettre un seul dollar de côté.

Vous me parlez de passeport,

mais moi, au consulat, j'avais demandé un certificat

de rapatriement, ne pouvant pas payer le voyage.

Après 13 ans, je serais rentré au pays sans un sou,

aussi pauvre que je l'avais quitté.

Restez assis.

VoilĂ  pourquoi je suis devenu anarchiste.

Il faut des salaires décents.

Nos enfants doivent avoir la possibilité d'aller à l'école,

que ce soient des fils d'ouvriers blancs ou noirs.

Je refuse que ces capitalistes

juste bons Ă  mettre leur argent Ă  la banque

les envoient mourir Ă  la guerre.

Nous ne voulons pas de ça ! On dit non !

On est contre la guerre.

Pourquoi devrions-nous nous entre-tuer ?

J'ai travaillé avec des Allemands, ils m'ont traité comme un frère.

Pourquoi devrais-je les tuer ?

Morgan et Rockefeller ne sont pas les grands hommes de ce pays.

J'ai vu des gens mieux qu'eux,

jetés en prison pour des années.

Eugenio Debs, un grand homme de ce pays,

est actuellement en prison parce qu'il est socialiste.

Eux, oui

je les aime, M. le Procureur.

C'est eux qui me font aimer ce pays.

Je ne voulais pas le dire...

Je n'aurais pas dĂ»...

Grâce à la tolérance bienveillante de la Cour,

vous avez entendu de la bouche même des accusés

ce qu'ils pensent de nos institutions.

Conjuguez ce que vous avez entendu et ce que vous avez vu,

et vous aurez un aperçu

de l'activité des anarchistes et des Rouges contre notre pays.

Ă€ ce stade,

je vous invite à méditer ceci

par rapport à ce qui a été dit

Ă  propos du hold-up de Braintree.

Il n'y a qu'un verdict possible.

J'ai terminé mon réquisitoire.

Merci.

Shérif, on a terminé.

Déjà ?

J'avais parié avec mon adjoint que vous mettriez 5 heures, pas 2.

- Vous avez fait vite. - Vite ?

Vous avez peut-ĂŞtre raison.

Si vous avez dit 5 h, on va pouvoir déjeuner aux frais du gouvernement.

Amenez-vous, minables !

On est lĂ  !

Soyez sur vos gardes.

Des Italiens armés arrivent de New York,

pour libérer les condamnés !

Presse.

Ça devient sérieux. Ils fouillent les gens.

- Pourquoi ? - Ils ont peur.

C'est bon, ne vous inquiétez pas.

Ils ont débattu pendant 5 heures, c'est bon signe.

La Cour !

Le jury est-il parvenu Ă  un verdict ?

Oui.

Nicola Sacco.

Bartolomeo Vanzetti.

Veuillez lever la main droite et regarder les accusés.

Accusés, regardez le représentant du jury.

Le jury

déclare-t-il les accusés coupables ou non coupables ?

Coupables.

- Coupables d'homicide ? - D'homicide.

- Au premier degré ? - Au premier degré.

Vous déclarez sous serment Nicola Sacco

et Bartolomeo Vanzetti

coupables d'homicide au 1er degré

eu égard à tous les chefs d'accusation ?

Oui.

C'est ce que vous déclarez ?

C'est ce que je déclare.

C'est ce que vous déclarez tous ?

C'est ce que je déclare.

Ils vont le tuer !

Je ne comprends pas le verdict.

Tout ça est absurde.

C'est un verdict absurde, ignoble.

Vanzetti ! C'est un complot !

Sacco... C'est un complot ! C'est ignoble !

Nous ferons appel.

- Va-t'en ! - On les bombardera d'exceptions !

C'est votre faute, la vĂ´tre et celle de la politique !

Pas de chaise électrique !

Je ne veux pas ĂŞtre un martyr politique !

Je veux vivre !

Moi aussi, je veux vivre, mais autrement.

Libérez Nick et Bart !

"Libérez Nick et Bart."

Ils nous appellent Nick et Bart.

On est deux pauvres malheureux.

On s'est fait avoir !

Comité de défense

Felicani, regarde.

Il faut absolument faire appel. C'est capital.

Il faut tout d'abord mettre la main

sur Mary Splaine, Goodridge, Pelser, les témoins-clés de l'accusation.

La police est en train de charger. Sortez tous !

Chargez !

Vous n'avez pas le droit !

Vous êtes blessé ?

Elle est dure, cette légalité, hein ?

Où vouliez-vous aller ? Au Comité de défense ?

Rennie, laissez mon nom en dehors de cette histoire.

En ce qui me concerne, vous pouvez ĂŞtre tranquille.

Comment ça ?

Ma façon d'écrire a déplu à quelqu'un et j'ai été...

Viré ?

Thompson va épauler Moore. C'est un grand avocat.

Ils vont faire appel. Tu seras bientôt libéré.

Tu es superbe, Rosa.

Je t'aime énormément.

Approche-toi.

Je ne peux pas vivre sans toi.

- Tu te souviens... - Calme-toi. Tu sortiras bientĂ´t.

Je pense Ă  toi sans arrĂŞt.

L'Amérique honnête est avec nous.

Ton discours les a impressionnés. Les journaux et la radio en parlent.

Ils impriment des tracts. Ils font des manifestations.

Qu'y a-t-il, NicĂł ?

Moore t'a demandé de dire ça ?

Que dis-tu ?

On devait rentrer en Italie.

Et maintenant...

Pourquoi tout ça ? Tu peux me le dire ?

Ne fais pas ça, Nicó !

Dante...

Viens ici. Viens voir papa.

Approche-toi.

Approche-toi !

Qu'y a-t-il ? Tu as honte de ton père ?

Parce qu'on l'a traité d'assassin ?

Emmène-le ! Va-t'en !

Tous ces salauds mourront un jour !

Ils crèveront tous !

Libérez Nick et Bart !

Je sais qui a commis le hold-up de South Braintree

ils m'ont traité d'assassin !

Ils m'ont traité d'assassin !

D'assassin et de voleur !

Je sais que tu ne t'appelles pas Goodridge, mais Corning.

Que tu es accusé de bigamie, de pyromanie et d'usage de faux.

Tu étais plus bavard quand Katzmann t'interrogeait.

Que t'arrive-t-il ?

Tu as fait un faux témoignage. En échange de quoi ? Réponds !

Ils t'ont promis l'impunité ?

C'est ça, hein ?

J'étais à bout.

Tu vis reclus

comme un animal.

Sans autres amis que des flics.

Pourquoi as-tu menti ?

Ils t'y ont obligé ?

Oui.

Nous avons lu les rétractations que maître Moore a réussi à arracher

à certains témoins de l'accusation : M. Pelser

et M. Goodridge.

Dommage que M. Pelser et M. Goodridge,

dans leurs rétractations envoyées à la Cour

aient dénoncé les violentes pressions

exercées sur eux par M. Moore.

Maître,

vous n'avez pas respecté la déontologie.

Vous avez obtenu ces déclarations par l'intimidation.

Par conséquent, la Cour rejette votre demande d'appel.

Vous osez parler de déontologie,

vous qui tout au long du procès,

n'avez pas raté une occasion pour manifester votre autorité,

vos préjugés, votre racisme envers les accusés !

Quant Ă  vous, Katzmann, vous vous servez de gibier de potence

- comme Pelser et Goodridge... - Attention Ă  ce que vous dites.

Sans la bienveillance de la Cour, je vous inculperais.

La séance est levée.

J'ai appris que vous partiez.

Je voulais vous remercier.

On a vécu des moments difficiles. Hélas, on ne s'est pas compris.

Mais vous ĂŞtes un homme honnĂŞte. Je voulais vous remercier.

Thompson s'en sortira mieux que moi.

Il est plus habile.

Mais si c'était à refaire,

j'en ferais autant.

Vous partez tout de suite ?

J'ai tout avec moi.

Ça...

et ça !

Donnez-nous de vos nouvelles.

Au revoir, maître.

- Je suis désolé. - Au revoir.

Bon voyage, maître.

Je suis désolé. Pour tout.

Je sais qui a fait le hold-up. Tu n'y es pour rien.

Comment t'appelles-tu ?

Celestine Madeiros.

C'est la vérité.

Ils sont venus me chercher Ă  quatre dans une voiture Ă  5 places.

Dans un bois, on a changé de voiture.

On est arrivés à South Braintree vers midi.

On s'est mis Ă  boire.

OĂą sont-ils venus vous chercher ?

Je travaillais depuis longtemps chez Barney,

le propriétaire du Blue-Bird Inn.

C'est à 6 km de Providence, à la frontière du Massachusetts.

Un endroit idéal pour se reposer entre deux coups.

Vous les avez connus lĂ -bas ?

Ils sont de Providence ?

Leur nom ?

Je ne vous le dirai pas. Je ne suis pas un indic.

Tu en as trop dit ou pas assez.

Je ne suis pas un indic.

Pourquoi avez-vous décidé de parler ?

J'ai vu Sacco... il m'a fait de la peine.

Vous devez être exécuté pour hold-up et homicide.

Vous espérez retarder le moment ?

À quoi ça m'avancerait ?

Vous avez des témoins ? Quelqu'un vous a vu tirer ?

Je n'ai pas tiré

à South Braintree. J'étais soûl.

J'étais à l'arrière de la voiture, terrifié.

Je n'ai pas bougé d'un poil.

Ils m'ont eu.

Quand on s'est séparés

dans le bois, pour changer de voiture,

ils se sont tirés avec le magot, et adieu !

OĂą travaillez-vous ?

Barney vit ici ?

Mae

Je cherche Barney.

Il est sorti.

C'est une auberge ?

Autrefois.

Tout va de mal en pis.

Vous connaissez Madeiros ?

D'oĂą le connaissez-vous ?

Je suis avocat.

Vous n'avez pas l'air d'un flic.

Madeiros travaillait-il encore ici en avril 1920 ?

Il était peut-être déjà parti au Mexique.

Non !

Il est parti le 1er mai. Il m'avait offert un cadeau.

Lui qui était toujours fauché.

Je m'en souviens. il m'avait montré une liasse de 2 800 dollars !

Il nous a raconté des histoires.

Il ne s'est pas fait avoir.

Juste après le hold-up, il avait 2 800 dollars.

Un cinquième de la somme volée à South Braintree.

10 juin 1924

Des milliers de manifestants

pour sauver Sacco et Vanzetti !

Londres

New York

exige la libération de Nick et Bart !

À Providence, une bande dévalisait les trains de marchandises.

Des Américains d'origine italienne,

surnommés la bande de Morell,

ou Morelli.

Ils ont été arrêtes le 18 octobre 1919.

Le 15 avril 1920, ils étaient donc en prison ?

On va voir.

Il y avait aussi Chip le Sanguinaire,

Mancini, un Polonais...

Jugés en mai 1920.

Non ! En avril, ils étaient dehors,

en liberté surveillée.

- Merci, inspecteur. - De rien.

Excusez-moi, inspecteur,

vous souvenez-vous du nom de l'avocat qui a défendu Morelli ?

Ne me parlez pas de code d'honneur

avec cette bande de minables.

Surtout Joe, le chef.

Un lâche.

Ils avaient des indics dans les zones industrielles

qui repéraient les wagons de marchandises

au moment du chargement.

Maître Geary, quelles usines étaient concernées ?

Il y en avait beaucoup !

Tout figure dans le procès-verbal.

Rice & Hutchins, par exemple. J'ai oublié où elle se trouvait.

Moi, je sais. À South Braintree.

Tout figure dans les archives du tribunal.

Maître...

Le dossier a disparu.

Il n'a absolument rien dit de suspect,

même pas dans son délire.

Il ne prononçait que deux noms :

Rosa et Dante.

Aucun message de l'extérieur. Sauf le courrier que vous contrôlez.

Avez-vous d'autres instructions Ă  me donner ?

Non, rien d'autre. Merci.

Je pourrais te dire de guérir

pour ta femme et tes enfants.

Mais je te dis de guérir pour tes camarades.

Et quand je dis "camarades", je parle de notre innocence,

de la vérité, de nos idées.

Il faut les écraser... Je parle de notre liberté...

Docteur,

pas aujourd'hui.

S'il vous plaît, pas aujourd'hui.

J'y arriverai seul.

Si tu t'en crois capable,

ça veut dire que tu vas déjà mieux.

Je vends des pianos.

Quelles marques, Morelli ?

Si t'es venu m'emmerder, tire-toi.

Tu as déjà entendu parler

de South Braintree ?

Connaissez-vous un Portoricain

du nom de Madeiros ?

Je n'ai jamais connu de Portoricain.

Et Benkovsky Steven, un Polonais ?

Aucun Polonais.

Et lui, Chip le Sanguinaire ?

- Jamais esgourdé. - Quoi ?

Jamais entendu parler.

Et Mancini ?

Mancini, comment ? Y a un tas de Mancini.

Y a un tas de Morelli aussi.

Mancini faisait partie de ta bande, avec les autres.

Avez-vous déjà entendu parler de Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti ?

J'ai lu quelque chose dans les journaux.

Ils ont été condamnés pour un hold-up.

Oui, justement. Vous savez lequel ?

Puisque vous connaissez Mancini,

vous n'avez qu'Ă  lui demander.

Ce sont Sacco et Vanzetti. Vous les avez déjà vus ?

Ils n'ont pas une tĂŞte Ă  faire des hold-up.

Bien sûr, il ne faut pas se fier aux apparences.

Ce sont peut-être des extrémistes mais des malfaiteurs,

j'en doute.

Vous trouvez qu'ils se ressemblent ?

Pas du tout.

Utilisiez-vous un Colt .32 ?

Non, un revolver espagnol, un Star.

À propos de la balle qui a tué Berardelli,

vous avez dit : "Tout porte Ă  croire

"qu'elle provient de ce revolver."

C'est-Ă -dire ?

J'espérais que Moore me poserait

cette question au tribunal, mais il ne l'a pas fait !

J'aurais dit que parmi les divers revolvers américains, le Colt .32

peut tirer ce genre de balles.

N'importe quel Colt .32.

Pas forcément celui de Sacco ?

Je n'ai aucune preuve qu'elles proviennent

du revolver de Sacco.

Il fallait le dire pendant l'audience.

Parmi les revolvers américains, avez-vous dit ?

Il en existe aussi un autrichien, le Steyr,

et un espagnol, le Star,

qui peuvent tirer ce genre de balles.

Le Star espagnol...

Le rapport sur l'arme de Mancini. Elle est espagnole.

C'est un Star automatique.

Je peux voir ce revolver ?

Pour un vieil ami ? Pas de problème.

Viens avec moi.

C'est une faveur personnelle.

Impossible de se tromper.

Le numéro d'archive est le 33.410.52.

Mais...

C'est Nicola Sacco.

Sans l'ombre d'un doute.

Merci, Mlle Splaine.

C'est lui qui a tiré sur le caissier.

L'homme au béret.

Il lui ressemble énormément. C'est lui.

- Parfait, merci. - A votre service.

Oui, c'est l'un d'eux.

Il était au volant.

La mort du capitaine Proctor rend notre tâche plus pénible.

Mais je dois fonder mon jugement sur ce qu'il a dit au procès.

Exigez une nouvelle expertise, Votre Honneur.

Ayant d'autres preuves accablantes de la culpabilité de Nicola Sacco,

cela me semble superflu.

Quant à un nouveau procès

fondé sur le soi-disant témoignage du Portoricain Celestine Madeiros,

condamné à mort,

je considère ce témoignage dénué de tout fondement,

point digne de foi et totalement faux.

Annuler le verdict sur de telles bases

serait une insulte Ă  la justice.

C'est vous qui insultez la vérité et la justice !

Vous taisez la disparition du dossier Morelli,

le "mystère" du revolver de Mancini,

disparu des archives du Parquet général.

Qu'insinuez-vous ?

Je n'insinue rien, je cite des faits.

Vous faites des accusations.

Vous nous accusez, moi, l'ex-ministre de la Justice,

le Parquet général des États-Unis, nous tous,

de conspirer pour envoyer Sacco et Vanzetti à la chaise électrique.

C'est ce que je pense.

La Cour, en vertu des pouvoirs qui lui sont conférés, rejette

la demande d'un nouveau procès.

Espérons que rien ne fera obstacle à l'exécution du verdict.

Je vous remercie, M. Thayer.

Vous m'avez fait perdre les dernières illusions

que j'avais sur la justice et la magistrature de cet État.

Je ne mettrai plus jamais les pieds dans un tribunal.

Je n'exercerai plus une profession m'obligeant Ă  cĂ´toyer des gens

pour qui je ne peux nourrir que du mépris.

"On n'exécuterait même pas un chien

"à partir des preuves du procès de Dedham."

Un radical ?

Un conservateur, du Republican de Springfield.

Ne mentionnez que les choses essentielles.

C'est quoi ?

Une requĂŞte vous demandant d'intervenir,

signée par 474842 personnes.

J'ai une liste des autres pétitions.

Les universités de Yale, Columbia, Kansas, Ohio,

Illinois, Missouri, Minnesota...

Dites-moi juste celles qui manquent.

Aucune, monsieur.

- Maître Thompson. - Faites-le entrer.

Concluez.

À ce jour, notre bureau a reçu

plus de 17000 lettres et télégrammes.

Autorisez-moi à accroître les effectifs du secrétariat.

On en reparlera, Adams.

Bonjour, M. Thompson.

Bonjour, M. Fuller.

M. le Gouverneur, je demande une révision du procès.

Il y a tout lieu de douter

de l'intégrité de Katzmann et de Thayer.

Vous ne voulez pas vous asseoir ?

Ce sont des affirmations graves.

Un cigare ?

Le climat de peur et de persécutions instauré par Palmer est loin.

Palmer a été destitué par l'Amérique démocratique.

Pourquoi tout ça ?

Maître Thompson, je sais bien ce que vous allez me dire

et vous, ce que je vais répondre.

Vous voulez sauver Sacco et Vanzetti.

Je ne peux rien faire contre Thayer, vous le savez.

Il n'y a qu'un moyen...

Bartolomeo Vanzetti, avez-vous quelque chose à déclarer

avant que la condamnation à mort soit validée ?

Oui ! Je suis innocent !

Je n'ai jamais volé ni tué de ma vie.

Je n'ai jamais fait couler le sang d'un homme.

Je me suis battu contre le crime, le pire étant à mes yeux

l'exploitation de l'homme

par l'homme.

C'est la seule raison pour laquelle je me trouve ici.

M. Katzmann, une de vos phrases m'obsède :

"M. Vanzetti, vous ĂŞtes venu au pays de cocagne,

"pour vous enrichir."

C'est une phrase qui m'amuse.

Je n'ai jamais cherché à m'enrichir.

Ce n'est pas la raison pour laquelle on me persécute.

On me persécute pour ce que j'ai réellement commis.

On me persécute car je suis un anarchiste

et fier de l'ĂŞtre,

parce que je suis italien

et fier de l'ĂŞtre.

Mais je suis si convaincu d'ĂŞtre dans le vrai

que, si vous pouviez me tuer deux fois

et que je pouvais ressusciter deux fois,

j'emploierais mes deux vies Ă  refaire exactement la mĂŞme chose.

Nicola Sacco...

Mon camarade Nicola...

il se peut que je parle mieux que lui.

Mais combien de fois,

en le regardant,

en pensant Ă  lui,

Ă  cet homme

que vous accusez d'ĂŞtre un voleur et un assassin

et que vous allez tuer...

Quand ses os ne seront plus que poussière

et que vos noms et vos institutions

ne seront plus qu'un souvenir du passé,

un souvenir maudit,

son nom,

le nom de Nicola Sacco,

continuera à vivre dans le cœur des gens.

Nous devons les remercier.

Sans eux, nous serions morts comme deux pauvres exploités.

Un brave cordonnier

et un brave vendeur de poissons.

Jamais de la vie nous n'aurions pu espérer

en faire autant

en faveur de la tolérance, de la justice,

de l'entente entre les hommes.

Vous avez donné un sens

à la vie de deux pauvres exploités.

Nicola Sacco,

avez-vous quelque chose Ă  dire

avant que la condamnation à mort soit validée ?

Non !

En ce 9 avril,

année du Seigneur 1927,

cette Cour valide la sentence et ordonne

que vous, Nicola Sacco,

et vous, Bartolomeo Vanzetti,

soyez exécutés au moyen d'une décharge électrique

vous traversant le corps.

Ainsi l'exige la loi.

Pourquoi tu ne regardes pas ?

Regarde dehors, c'est beau.

Regarde.

Qu'y a-t-il Ă  regarder ?

Tu as perdu espoir ?

Au bout de sept ans...

Je veux en finir.

Il y a eu des débats au Comité.

As-tu lu la pétition que Thompson a adressée

au gouverneur Fuller ?

Oui, je l'ai lue.

Comment la trouves-tu ?

Bien.

J'ai modifié deux ou trois choses mais c'était bien.

- Très bien. - Tu l'as signée ?

Oui, je l'ai signée.

Virginia !

Tu n'as pas confiance ?

Pourquoi Nicola ne l'a pas signée ?

Vous connaissez Nicola.

Il n'y croit plus.

Il s'obstine.

J'espère qu'un camarade du Comité de défense

le convaincra.

Virginia !

Bartolomeo Vanzetti.

Asseyez-vous. Cela fait longtemps que je voulais vous connaître.

Je suis le gouverneur Fuller.

Bartolomeo Vanzetti.

Je ne tiens pas Ă  rester.

Je vous en prie,

asseyez-vous.

Vous êtes le célèbre Bartolomeo Vanzetti.

Je n'avais aucune intention de le devenir.

Mais à présent, vous l'êtes.

Vous faites appel à ma clémence mais ne demandez pas à être gracié.

Vous le regrettez ?

Cela peut vous surprendre, M. Vanzetti,

mais j'ai un conseil Ă  vous demander.

Que feriez-vous Ă  ma place ?

Vous représentez le pouvoir.

Voyons...

Vous ĂŞtes anarchiste.

Je suis conservateur.

Je suis même le gouverneur de l'État le plus conservateur d'Amérique.

Pourquoi espérer un acte de clémence de ma part ?

Vous cherchez Ă  me faire dire

que, bien qu'anarchiste, je crois au pouvoir bourgeois.

En fait,

nous voudrions comprendre comment vous voyez les rapports de pouvoir

au sein de la "bourgeoisie".

M. Fuller,

vous me reprochez d'avoir demandé un acte de clémence ?

Vous vous croyez face à un système de pouvoir qui va

du président Coolidge au juge Thayer en passant par le gouverneur.

Qu'est-ce qui vous fait penser que ce système

soit incohérent au point qu'un maillon,

disons le gouverneur, qui n'est pas le dernier maillon,

puisse être clément envers un anarchiste, un ennemi

du système ?

Vous dites qu'on a été condamnés parce qu'on est des anarchistes,

et non pour homicide.

Imaginez que vous ne soyez ni anarchiste,

ni radical, ni rien, et qu'on vous accuse

d'homicide et de vol.

Le monde entier aurait-il réagi aussi violemment ?

Sûrement pas, M. Vanzetti.

Vous ne vous adressez pas Ă  moi en citoyen innocent quelconque.

Vous ĂŞtes un anarchiste.

Tout ça a provoqué un mouvement mondial.

Un acte de clémence changerait-il son opinion vis-à-vis du pouvoir ?

Ou y verrait-on un acte de faiblesse ?

Je parlais uniquement de justice, M. Fuller.

La justice ne fait-elle pas partie d'un système de pouvoir ?

Si vous représentiez ce pouvoir, accorderiez-vous la grâce ?

Je ne réclame que la justice.

Mais vous rétorquez que le système repose sur la force, la violence.

Vous, Vanzetti, un anarchiste,

vous nous parlez de violence ?

Vous dites ça depuis 7 ans !

Et moi, je vous répète que la société dans laquelle vous nous enfermez

et que nous voulons détruire, est entièrement bâtie sur la violence.

Mendier du pain, c'est de la violence.

La misère, la faim dans le monde, c'est de la violence.

L'argent, c'est de la violence. La guerre.

MĂŞme la peur de mourir...

qu'on a tous, chaque jour.

Y réfléchir, c'est de la violence.

M. Fuller, pourquoi vous ne m'avez pas dit tout simplement :

"Bartolomeo Vanzetti, votre demande est rejetée" ?

Vous devriez déjà être à la mairie

pour accueillir le pilote Lindberg.

J'arrive.

Je n'ai pas encore pris de décision.

Avant d'en prendre une, je voulais parler avec vous.

Vous ĂŞtes un symbole, M. Vanzetti,

mais l'homme qui l'incarne est condamné à mort.

Qui devons-nous sauver ?

L'homme ou le symbole ?

Fuller dit non !

Nicola !

Tu as bien fait de ne rien demander.

Ce ne sont que des assassins.

Mon cher fils,

j'ai rêvé de vous jour et nuit.

Je ne savais plus si j'étais vivant ou mort.

J'aurais voulu vous revoir, toi et ta maman.

Pardonne-moi, mon enfant,

pour cette mort injuste qui te prive si jeune d'un père.

Ils peuvent brûler nos corps,

mais pas détruire nos idées.

Elles appartiennent aux jeunes,

aux jeunes comme toi.

N'oublie pas, mon fils,

de partager avec les autres

la joie de tes jeux d'enfant.

Essaie de comprendre ton prochain avec humilité,

aide les faibles, ceux qui souffrent,

les persécutés, les opprimés.

Ce sont tes meilleurs amis.

N'oublie pas, mon fils,

de partager avec les autres

la joie de tes jeux d'enfant.

N'oublie pas, mon fils,

la joie de tes jeux d'enfant...

ils ne peuvent pas détruire nos idées.

Elles appartiennent aux jeunes,

aux jeunes comme toi.

Adieu,

ma femme,

mon enfant,

mes camarades...

Vive l'anarchie.

Conformément à la loi, je te déclare mort.

Traduction : Giacinto Pizzuti

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